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-"Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avait éclose
"Sa robe de pourpre au soleil a point perdu cette vêprée
"Les plis de sa robe pourprée Et son teint au vôtre pareil
"Las ! Voyez comme en peu d'espace Mignonne, elle a dessus la place
"Las ! Las, Ses beautés le séchoir !"
-"Laissées choir". Pas le séchoir !
-J'ai fait une dinguerie. -Reprends.
-"Ô vraiment marâtre Nature
"Car une telle fleur dure Du matin jusqu'au soir !
-"Jusques-au" soir ! -"Jusques-au" soir.
-"Si vous me croyez, Tandis que votre âge fleuronne
"En sa plus verte nouveauté Cueillez votre jeunesse
"Comme à cette fleur la vieillesse Ternira votre beauté."
-De ? -De Pierre Ronsard.
-Pierre de Ronsard. Bravo, Modibo. Applaudissements
-Bizarre, frère. -Merci, Modibo.
Les élèves parlent entre eux.
-Très bien, merci. Alors, Roxana ?
Tu peux nous dire quoi sur ce poème ?
-Y a une fille vu qu'il dit "mignonne".
-Attends, qui dit quoi Ă qui ?
-Ben, le poète à la fille. -Ouais.
En haut, il y a une dédicace.
Regardez en haut du poème. -"À Cassandre" !
-"Ă€ Cassandre." Donc ?
-Il parle Ă une Cassandre.
-Oui. -Ronsard, c'est un charo en vrai ?
-Oui. Rires
Précise ta pensée. -Ben...
Il la drague, non ?
-C'est exactement ça, il la drague.
Un autre mot pour "draguer" ? -Gérer.
-Pécho. -Gérer, pécho.
-Séduire. -Séduire !
C'est intéressant ça, "séduire".
"Séduire", ça vient du latin
"se adducere", qui veut dire, au départ,
amener...
Ă soi.
Ça veut dire que, quand on séduit quelqu'un,
on l'amène à soi. Comment il s'y prend ?
Il lui parle de quoi justement ?
-De sa beauté ! -De sa beauté.
-Bravo, Océane. Tu suis.
-Ça parle de uc, donc elle suit. Rires
-Modibo. -T'es fou, toi !
-Tu t'excuses.
-Je tiens Ă m'excuser.
-Merci.
Ă€ quoi il la compare ? -Ă€ une rose.
-À une rose. Tu peux citer le poème ?
-"Et son teint au vĂ´tre pareil."
Elle a le teint comme la rose, la mĂŞme couleur.
-En fait, j'ai capté.
Le jardin, c'est pour aller ken. -Mais wesh.
-Et la rose, c'est le clito, t'as capté.
-Non, non, non. -Vous dites rien ?
Il nous sort des dingueries.
Il nous parle de schnek, ce pervers.
Mais il en a jamais vu, puceau !
-Ça suffit, Océane. Rires
On se calme. Modibo !
C'est bien de participer, mais attention Ă ton vocabulaire.
Puis, on lève la main. Allez, on se reconcentre.
-Quand c'est lui, il dit rien.
-On a parlé de séduction qui passe par la flatterie.
Mais on peut aussi utiliser un moyen plus subtil
qui s'appelle...
l'astéisme. -C'est quand on croit pas en Dieu ?
-Ça, c'est l'athéisme. Même sonorité, mais pas pareil.
L'astéisme,
c'est faire l'éloge de quelqu'un en faisant semblant de le critiquer.
-Je suis perdue. -C'est subtil, hein ?
Par exemple,
si je trouve Leslie très en beauté avec cette nouvelle coiffure.
Les élèves se moquent et chahutent.
On se calme. Du coup, si je lui dis...
Si je lui dis :
"Tu crois pas que tu exagères avec autant de beauté ?"
Qu'est-ce que je fais, lĂ ?
On se calme. Ils chahutent.
Qu'est-ce que je fais ?
-Ça s'appelle de la drague.
-Non, je la complimente en feignant de la blâmer.
-Vous voulez "l'amener Ă vous"?
-Je viens de le dire...
-C'est de la drague.
LE PROF, IL VEUT GÉRER LESLIE.
Sonnerie du collège : Antonio Vivaldi, "L'été"
Les élèves chahutent.
-Ça suffit !
Ramenez les poèmes demain. Les polycopiés, là .
Une photocopieuse est en marche.
-Bonjour. -Bonjour.
Musique discrète et menaçante
Des oiseaux pépient. Ambiance de la cour de récré.
-VoilĂ .
C'est ça. Encore.
C'est mieux.
VoilĂ .
-J'ai mal Ă la main.
-T'as mal Ă la main ? -Mmh.
-Faut la muscler cette main. -Comment ?
-Tu veux une technique ? Fais comme ça.
Imagine qu'il y a une grosse boule de coton.
Et hop, tu lui enlèves des petits bouts
entre ton pouce, ton index et ton majeur.
C'est ça. Et ça, tu peux le faire
le matin, sur ton temps libre. Une porte s'ouvre.
Vas-y. Finis la ligne.
La porte se ferme. Des pas approchent.
-Tu peux passer me voir ?
-Un problème ? -Non, mais passe.
OK ? -OK.
La porte claque. C'est ça.
-Je voulais te parler de ça.
C'est Leslie de 4e C qui me l'a apportée.
Elle était avec Océane et Sihem. -Avec Océane et Sihem ?
-Malgré mes mots dans leur carnet, j'ai jamais obtenu un rendez-vous.
-Du harcèlement ?
Quoi ? Je harcèle Leslie, moi ?
-Tu veux faire quoi ?
-Il faut lui parler pour comprendre ce qui lui passe par la tĂŞte.
On peut la faire descendre ? -Oui, mais t'es sûr ?
-Oui, s'il y a un malentendu, faut en parler.
-OK.
Tiens. Merci.
Elle passe un appel. -AllĂ´ ?
-Omar, tu peux m'amener Leslie Reynaud ?
Elle est en 108.
-J'y vais tout de suite. -Merci.
Elle raccroche.
Des feuilles sont dépliées.
-Ton professeur a lu la lettre.
Tu penses vraiment qu'il...
Qu'il te fait des avances ?
Pourquoi t'as écrit ça ?
Y a une raison, non ?
-Tu veux que...
que je te laisse parler Ă Madame Slimani ?
-Écoute, Leslie...
c'est grave ce qui est écrit.
Tes accusations seront prises au sérieux.
Tu comprends ?
Leslie soupire.
-C'est Océane et Sihem qui t'ont...
-Non !
-J'appelle tes parents ?
Si tu penses ce que tu as écrit, on sera obligés.
Tu comprends ?
OK. Je peux voir ton carnet, s'il te plaît ?
Merci.
Tonalité du téléphone Elle compose un numéro.
Merci.
Tonalité du téléphone
-AllĂ´ ?
-Bonjour. Madame Slimani, Collège Paul Éluard.
C'est monsieur Reynaud ?
-Bonjour, madame.
-Votre père pourrait passer au collège maintenant ?
-Mon père est décédé. Je m'occupe de ma famille.
-Vous pouvez passer maintenant ? -Y a quoi ?
-Je préfère en parler de vive voix.
-Je dois aller au travail. Je peux venir en fin de journée.
-Maintenant, ce serait mieux.
-Y a quoi ? Pourquoi vous dites pas ?
Kylian a fait une bĂŞtise ?
-Il y a un problème entre Leslie et un professeur.
-Il y a quoi avec le professeur ?
-Leslie a l'impression que son professeur est...
est intéressé par elle. -Intéressé ?
Comment ça "intéressé" ?
-Il essaie de la séduire. -Elle est là ? Elle m'écoute ?
-Oui, son professeur aussi, vous ĂŞtes sur haut-parleur.
-Bonjour, monsieur.
-On essaie de tirer au clair ses déclarations.
-Leslie, t'es lĂ ?
Oh, Leslie. T'es lĂ ?
-Réponds-lui, Leslie.
-Oui. -Il se passe quoi, lĂ ?
Leslie ?
T'es sourde ? Il se passe quoi ? -C'est le prof...
-C'est le prof, quoi ?
Leslie ?
Dis-moi si ça va au moins.
J'arrive.
-Alors, on vous... Il raccroche.
Elle repose le combiné.
-Mais, quand tu dis qu'il touche sa ceinture
il peut, comme tu écris dans ta lettre,
te faire une allusion ou il se réajuste, tu vois ?
-Mais au kebab, il a bu de l'eau, et il a dit qu'elle était fraîche.
-Je parlais de l'eau, c'est tout.
Elle était fraîche. Elle sortait du frigo.
-Il l'a dit en me regardant dans les yeux.
-Déjà , il fout quoi au kebab avec ma sœur ?
-C'était une sortie avec d'autres élèves
pour les récompenser. Votre mère était d'accord.
-Ma mère comprend rien.
Et ma sœur a pas besoin de récompenses.
C'est une bonne élève.
Il t'a fait quoi d'autre ?
-Ben...
-Allez, parle. -Il a...
Il me pose toujours des questions. -Parle !
-Il m'a demandé si je lisais des livres le soir.
Il a dit que le plus grand plaisir, c'est lire au chaud
dans son lit.
-J'ai...
J'ai dit ça à toute la classe.
Leslie ?
-Si tu mens, Leslie,
je te tue.
S'il ment, je le tue. -Attendez.
-Je m'en fous d'aller en prison. -Monsieur !
J'accepte pas vos menaces.
Vous êtes en colère, mais c'est inacceptable.
J'ai rien fait de mal.
-Leslie, retourne en cours.
Nous, on continue.
-On va se calmer.
Non, eh ! -Même moi, j'ai pas fait ça !
Et tu fais ça ? -Lâchez-la ! Ça va.
-Quoi "ça va" ? Pour qui "ça va" ?
-Lâchez-la.
-C'est pas déjà assez la merde ? -Stop !
Allez-y, s'il vous plaît, monsieur.
Ça va, Leslie ?
Il le toise.
La porte claque. Ça va ? T'as mal quelque part ?
Ça va ?
Bip du téléphone -C'est la CPE ?
-Ouais. -N'importe quoi.
Ă€ quel moment tu dragues des gamines ?
T'es inquiet ? -Non, non, pas du tout.
C'est des histoires de gamines.
-Alors pourquoi elle t'écrit encore ?
-Parce que c'est une bonne école. Et qu'on est attentifs à tout.
MĂŞme aux histoires de gamines.
-Envoie-leur une photo de nous, ça va les calmer.
Qu'on passe Ă autre chose.
J'ai ça, si tu veux. Il rit.
-C'est quoi, ça ?
-J'ai celle-lĂ , aussi. -C'est moi ?
Je suis affreux, ça sort d'où ?
J'ai pas consenti. -Y en a plein.
-Tu connais le consentement ?
Je supprime. -Vas-y, j'ai tout sur l'ordi.
Il soupire.
-Je vais pas leur dire que j'suis dép pour m'innocenter.
Ambiance de l'extérieur
-On discutera, mais calmez-vous. -Vous allez garder ce pervers ?
C'est quoi, ça ?
Il se comporte mal avec ma sœur.
C'est normal ? -Monsieur.
Venez dans mon bureau. -On va nulle part
tant qu'il est pas renvoyé. -On ne renvoie pas un professeur
à cause d'une famille mécontente.
-Ah ouais ?
Elle est traumatisée. Sonnerie : Antonio Vivaldi, "L'été"
Elle a pas dormi de la nuit. Elle ose mĂŞme plus bouger.
-Normal qu'elle soit effrayée. Vous voyez comme vous êtes.
-S'il vous plaît.
Monsieur, faites-moi confiance, on va étudier la situation.
Je prends pas ça à la légère. Suivez-moi.
-Vous le laissez alors ? C'est ça, votre décision ? Viens.
On va au commissariat.
On nous respecte pas ici.
Viens. -Non, attendez.
-Viens. -Attendez, s'il vous plaît.
Brouhaha -Idriss, le bonnet.
Bonjour.
Bonjour.
Bonjour.
Bonjour.
-Elle est au commissariat.
-Putain.
-C'est une bonne chose qu'elle y soit.
Si ça tient pas debout, ils le verront.
-T'as raison.
-Fais tes cours normalement.
-Ouais, OK. Merci.
Les élèves chahutent.
Allez, on sort ses affaires.
-La joie. -La joie.
On écrit au tableau.
Quoi d'autre ?
Erica. -La nostalgie.
-La nostalgie. Quelqu'un soupire.
Erica, tu peux expliquer
ce que c'est comme sentiment ?
-C'est des forceuses, les écoute pas.
-Pardon ?
T'es malade, toi ?
-Je te parle pas Ă toi.
-C'est de la tristesse.
-C'est un sentiment qui peut provoquer de la tristesse.
Mais elle vient de quoi ?
Brouhaha Sonnerie : Antonio Vivaldi, "L'été"
-Au revoir, monsieur. -Au revoir.
Au revoir.
Les élèves chahutent.
-Monsieur... -Ouais ?
Tu veux me dire un truc ?
-Oui, mais je suis pas une balance, y en a trop ici.
-T'es pas obligé de me parler.
-Mais c'est grave.
-C'est grave ?
-C'est Océane et Sihem.
Elles veulent qu'on raconte que vous ĂŞtes bizarre.
C'est pas vrai, mais elles montent la tĂŞte aux autres.
-Merci de me prévenir.
-Vous allez me balancer ? -Non, t'inquiète pas.
-Mmh.
-T'as pas cours, lĂ ?
-Si...
-Alors, file.
-Au revoir.
-Au revoir.
Note aiguë et angoissante
-Qu'est-ce que tu regardes ?
-Viens voir.
-C'est un chat qui fait du synthé ?
Un crabe qui fume un joint ?
Musique douce et rassurante -Regarde.
C'est lui, le plus drĂ´le.
Propos indistincts
-Je ne peux pas porter plainte contre Mlle Reynaud et son frère
au nom de l'établissement.
Et je ne peux pas non plus
punir une élève qui se sent harcelée.
-Son frère m'a menacé de mort.
-Ă€ sa place, je viendrais plus ici.
-Un prof absent, ça pénalise toute la classe.
-Et sa sécurité ?
-Je dis quoi aux surveillants ? Les élèves sont dans la cour.
-Je peux vous confier
un bip pour entrer et sortir par le parking.
-Merci, je me sens plus en sécurité.
-Par la porte de derrière, comme un voleur.
-On retourne pas en cours si vous l'aidez pas.
-Exactement.
-Bien. Alors, Madame Slimani,
qui a cru bon de gérer ce problème toute seule
vous accompagnera Ă la police pour porter plainte en votre nom.
Et moi, je ferai un signalement à l'inspection académique.
Ça t'irait ou pas ?
-OK.
Merci, au revoir.
Merci. Au revoir.
-Au revoir.
Brouhaha On tape sur un clavier.
Moi, j'ai rien fait de tout ça.
-Vous ĂŞtes lĂ pour une main courante,
pas pour vous défendre alors que l'enquête n'a pas débuté.
-Non, je suis là pour porter plainte pour dénonciation calomnieuse
et menaces de mort.
-Ça, c'est pas possible.
-Comment ça ?
-C'est la lettre de la gamine ? -Oui.
-Je vais faire une photocopie.
-Ils m'ont enfermée dans la salle de bain
et me donnaient Ă manger comme en prison.
Ils m'ont tapée. Regardez. Soi-disant, je suis escort.
C'est le bruit qui court. Et ils écoutent.
Donc, ils m'ont tapée. Mes frères, c'est pas des hommes.
Vous voyez ou pas ? -Vous portez plainte ?
-Oui, s'il vous plaît. Un téléphone sonne.
-Pourquoi je peux pas porter plainte ?
-Il faut que la plainte de la petite ait un impact sur votre carrière.
-Et les menaces de mort ? -Devant témoin ?
-Oui. -Combien de fois ?
-Mmh. Deux fois. -Oui.
-Le jour où c'est arrivé ? -Oui.
-Il était en colère.
Faut le comprendre.
-Non. Il faudrait comprendre sa situation et pas la mienne ?
-Ça créera encore plus de problèmes.
Le mieux, c'est faire une main courante.
-Je vous écoute.
-Après avoir ouvert la porte du four, on va démonter les vis.
-Tu peux baisser le son ?
-Je vous conseille de retirer...
Le tutoriel continue.
-J'arrive pas à bosser avec ça. -Je fais ce que je peux.
Il soupire.
-On va pas payer un réparateur si on doit prendre un avocat.
-Tu veux me faire flipper ?
C'est juste une enquĂŞte. -Et les erreurs judiciaires ?
Elle a porté plainte.
T'as posé une main courante. Ils ont l'avantage.
-T'es en colère pour le fric ? -Non, je fais attention.
Tous les mois, on est sur le fil.
Moi, j'assure tes arrières. -Tu m'en veux.
-Non, je suis fatigué, c'est tout.
Il soupire.
Note aiguë angoissante
-C'était lundi, après les cours.
-Vous allez oĂą, lĂ ? Demi-tour.
-Il y avait qui ? -Leslie, Roxana, Erica,
Modibo et Mohamed-Amine.
On t'amène un truc ? -Non, c'est bon.
-Vous allez oĂą ? -Le prof paie son grec.
-Et nous ? -Quand vous ferez des efforts.
-Les rageuses. -Salut.
-Et personne d'autre ?
-Non.
-Modibo s'est moqué de moi,
car j'ai pris de l'eau. -Sans sirop ?
Vous ĂŞtes un vrai prof.
-C'est très bon l'eau comme ça.
J'ai dit que l'eau, c'était bon.
Elle est super bonne.
Et j'ai ajouté : "Elle est fraîche."
Sans regarder Leslie particulièrement, sans intention.
-Ils ont commandé quoi ?
Musique douce
-Je prends un grec.
-Que salade.
-Des kebabs. -Un classique salade.
-Sauce biggy samurai.
-Un classique.
-Hop...
-Vous avez tout payé ?
Et ensuite ? -J'ai demandé :
"Vous visez quelle note ?"
-Quinze, c'est pas mal.
-Quinze. Et ils en ont plaisanté.
-Dix-huit.
-Tu te la racontes.
Je veux juste pas que mes darons me cassent la tĂŞte.
-Tu pourrais avoir la mĂŞme note.
-Faudra bosser.
-Et Leslie, elle a dit quoi ?
Musique angoissante -Toi, Leslie ?
-Je sais plus. -Réfléchissez.
-C'est dur de la faire sortir de sa coquille.
-Elle était assise où ? -Devant moi.
-Et toi, Leslie ? -Vous étiez...
face Ă elle, comme dans un tĂŞte-Ă -tĂŞte ?
-Non, on était six à table.
J'essaie de créer un lien avec eux.
Donc, oui, j'ai pris le risque de sortir du cadre.
-Vous prenez des risques inutiles, Monsieur Keller.
-Les élèves entrent et sortent de la classe,
du collège, on n'a jamais le temps de parler.
Moi, j'ai besoin de... Ben, de les écouter.
Pour savoir comment les aider Ă raccrocher.
En troisième, beaucoup n'ont pas le niveau.
On le sait. On voit bien qu'il y a un problème.
-Vous pensez pouvoir le régler seul, ce problème ?
Il expire fort.
Vous ne vous ĂŞtes pas dit que...
cette petite sortie exciterait la jalousie ?
-Non, je pensais que ça créerait de l'émulation.
-Là , vous êtes dans un mélange des genres.
Vous ĂŞtes Ă la fois professeur, animateur...
Il claque la langue. -Il faudrait peut-ĂŞtre...
qu'on reçoive les parents pour leur expliquer ma démarche.
-Non, non, surtout pas.
Vous créerez plus de soucis. Les parents vont s'interroger...
-C'est normal, et j'ai le droit de leur répondre.
-Évitons que ça monte dans les tours.
-On est pas déjà dans les tours ?
-Monsieur Keller.
Pas de vagues.
D'accord ?
-Et la protection fonctionnelle ?
-J'envoie votre demande au rectorat.
Vous avez rédigé votre courrier ? -Oui.
-Merci.
Brouhaha du couloir
Les élèves parlent entre eux.
-Vas-y, bouge. -Vas-y, bouge !
-Vas-y, accélère. -Tu casses les couilles.
-Alors ? "Profite de chaque jour."
"Fredonne cette mélodie." C'est quel temps verbal ?
Pas de pronom personnel devant le verbe.
C'est quel temps ? Adama, réveille-toi.
C'est quel temps ?
Erica ?
-Pourquoi moi ?
-Parce que, s'il te plaît.
-L'impératif.
-Le présent de l'impératif.
Donc, vous...
Tu vas où comme ça ?
-Truc de femme. Vous voulez venir ?
Quelqu'un rit.
-Tu dois demander la permission. Va t'asseoir.
-Laissez tomber.
-Vous pouvez pas.
-Elle doit demander avant.
Elle soupire.
La porte claque.
Les élèves parlent entre eux.
Un élève rit.
Silence.
Bien.
Passez à l'impératif les trois phrases en dessous.
Brouhaha
-Je t'ai dit quoi ?
Hein, la photo !
Une moto vrombit au loin.
Vous devriez attendre un peu.
Modibo, ton carnet. -Je l'ai pas.
-Va chercher un mot.
-Omar, j'ai entraînement. Laisse-moi passer.
-Ton oubli de carnet. -L'entraîneur va me défoncer.
-Il va te taper ?
-Ouais. -Je m'en fous.
-Vas-y, t'es un forceur, toi.
Ambiance de la rue
-Ça va ?
-Il a dĂ» partir.
-Ă€ demain. -Ă€ demain.
-Salut. -Salut, Julien.
-Merci, Nasser.
-D'un côté, il y a la culpabilité, ça, c'est une chose.
Mais il y a aussi la responsabilité. Et ça compte aussi.
-Voie A, attention au passage.
-Écoute, on a tous nos méthodes. Moi, je juge pas les tiennes.
-J'ai pas les problèmes que tu rencontres.
-Ça pourrait t'arriver.
-Je comprends que tu sois fermé. Mais réfléchis-y.
Ça t'arrive pas par hasard.
Les gamines ont vu une brèche. -Claire.
-Quoi ? -Lâche-le.
-Mais quoi ?
C'est vrai, non ?
Il a payé les kebabs avec son fric.
Qui paie des kebabs aux élèves ?
C'est la base du problème. Un téléphone sonne.
-Tu provoques, lĂ .
-AllĂ´ ? Oui.
Un train arrive.
-T'inquiète.
C'est sa nature, elle est...
Elle aime être au centre du débat.
-Elle peut prendre ma place.
J'ai merdé...
-Mmh. Au moins, toi, t'as tenté un truc.
Musique grave et dramatique
Ça va aller.
-Ça prend combien de temps ? -Je trouve pas.
-Putain !
Ce Steve-là , s'il croit que t'as fait un truc à sa sœur...
Julien soupire. -Bon, arrĂŞte, maintenant.
-Quoi "arrĂŞte" ?
-On met les choses en place, on va me protéger.
-Mais qui ?
Hein ? Ton directeur ?
Ton rectorat qui est injoignable.
Qui va te protéger, la police ? Arrête, réveille-toi.
Julien soupire.
Désolé, mais ça m'inquiète.
-Oui ? Moi aussi.
Il soupire.
Julien soupire.
Je me sens tout cassé.
-Je sais tout réparer, t'inquiète.
-T'as un tuto pour ça ? Rire ironique
Ambiance de la cour de récré
-Vas-y, fais la passe ! Allez !
J'en ai marre, vous me faites jamais la passe !
-Parce que tu sais pas jouer !
-Bonjour. -Vous devriez rester avec les profs.
-Pourquoi ?
Oh ! -Et vous rigolez ?
-La cour est faite pour nous.
-La cour est Ă tout le monde.
-Vous vous excusez.
-Et pourquoi ? On n'a rien fait.
-J'attends.
-Je m'en occupe.
-Ça vous coûte quoi ?
-C'est bon, je vais leur parler.
-Et bien, ça vous coûte un ballon.
-La police dit de pas vous parler.
-Je serai en 306.
-Vas-y, bouge. -Vous ĂŞtes contents ?
Il claque la langue.
Tu réponds en plus ?
Viens avec moi, lĂ . -T'es qui pour me toucher ?
-Tu les connais pas, ceux d'ici.
-Non, j'ai aucune expérience.
-Rends le ballon. On les convoquera.
Musil le leur rendra pour marquer le coup.
Mais tu fais pas justice toi-mĂŞme. C'est pas ton rĂ´le.
-Désolé, c'est non.
Je pose un cadre.
Les élèves en ont besoin.
Y a pas qu'eux.
Pour nous aussi. Ils peuvent pas faire n'importe quoi.
-En théorie, t'as raison. -Si j'ai raison, voilà .
Une porte s'ouvre.
Elle se ferme.
Regarde ta feuille, Seif.
-Vous avez dit que la rose était le sexe féminin ?
-Alors, non.
Mais c'est un élève qui a proposé cette interprétation.
-Et vous l'avez pas recadré ?
-Ben, je vais pas recadrer un élève, qui...
formule une hypothèse recevable. Je...
Je suis prof. Je dois les faire parler.
Pas les faire taire.
Vous orientez la discussion.
-Ben non, pas du tout.
Je pars de leurs intuitions Ă eux Ă chaque fois, et j'essaie...
de les faire aller plus loin... -Donc y a pas de limite ?
On peut tout dire ?
Sirène de police au loin.
-Écoutez, on étudie Ronsard.
Le poème parle d'amour, de séduction, de désir.
-Je dois faire quoi, moi ?
-Vous avez parlé de votre vie privée avec eux ?
-C'est-Ă -dire ?
-Ils savent que vous ĂŞtes homosexuel ?
-Vous parlez de vos amours lors de vos interrogatoires ?
-Je suis pas une élève, gardez vos leçons.
Répondez aux questions.
-Non, je l'ai pas dit.
-Ça aurait pu vous aider.
-Pour une fois.
Brouhaha
-Il va vous compter d'abord.
Tu peux y aller.
Laisse-le.
Bon, euh...
On est peu, mais ce sera super. -Ouais.
-On y va ? -Je préviens les parents qu'on sort
du collège. Bip du téléphone
-Vous allez tout leur raconter ?
-Ils m'ont demandé, ils sont inquiets.
Notification
Faut les comprendre aussi.
-C'était bien ce que t'as dit sur la naissance de l'univers.
-Ça a pas eu l'air de les fasciner.
-Ça fera peut-être un futur astronaute
ou quelqu'un t'en reparlera, tu sais pas...
J'aime bien tes mains.
MĂŞme si elles sont rugueuses.
-Je vais prendre le bus aujourd'hui.
-Avec toutes les correspondances ? -Oui.
-J'ai besoin de lumière.
Ă€ demain ? -Mmh.
-Bonne soirée. -Bonne soirée.
-Tu m'en veux pas ? -Non.
Musique grave
Musique électronique rythmée
-C'est quoi, ça ?
La musique s'arrĂŞte.
C'était quoi ?
Quelqu'un ricane.
Donne-moi ça.
-C'est pas moi.
La musique recommence.
Les élèves rient. -Hé !
-Vas-y. -Donne ton téléphone.
La musique s'arrĂŞte et reprend.
-Attention aux réseaux.
Rires
-Comment vous... ?
Vous arrêtez les téléphones ! Des élèves ricanent.
Je veux plus rien entendre.
La musique s'arrĂŞte.
Elle reprend.
Aminata, tu me donnes ça aussi.
La musique s'arrĂŞte.
Il crie. Ça suffit !
Des élèves ricanent.
-HĂ©, monsieur ?
Vous dansez comme ma cousine. Rires
La musique reprend.
Musique enveloppante et angoissante
-C'est quoi, cette histoire ?
-Là , ça va trop loin.
C'est mon intimité.
-Pourquoi tu l'as pas dit que tu vis avec un homme ?
-Ça m'aurait innocenté ?
Ma parole te suffit pas ? -Ben, non.
Ça suffit pas, non.
On prend des risques en te faisant confiance.
Et je suis pas contente de moi.
On t'a tous défendu unanimement, c'est du corporatisme.
Faut déconstruire ces réflexes.
-Ça change quoi, avec qui je vis ?
-T'es accusé d'harceler une gamine. Ça éclaire la situation, non ?
-C'est pas dit que dans les quartiers, ça éclaire.
L'homosexualité, c'est pas forcément bien vu.
Prends un avocat.
-Avec quel fric ?
Mon mec et moi, on n'a pas un rond.
-On peut utiliser la cagnotte ? -C'est compliqué comme décision.
C'est faire la justice nous-mĂŞmes.
Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire qu'on écoute pas la petite
qui est peut-ĂŞtre une victime. On n'en sait rien.
Toi, tu débarques ici, tu dis rien sur toi.
Tu te la joues proche des élèves et distant avec nous.
-D'accord.
C'est ça, tu t'es sentie blessée ? Excuse-moi.
-On vote pour la cagnotte ?
VoilĂ .
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Qui ne se prononce pas ?
Donc, il y a cinq pour et six contre.
Et deux qui se prononcent pas.
Des pas s'éloignent.
La porte se ferme.
Une porte claque.
-Laura ?
Laura ? -Laisse-moi.
-Tu veux pas en parler ? -Je t'écoute.
Non ?
On a passé du temps, on a fait des trajets.
Ça aurait été facile de me parler.
Peut-ĂŞtre que tu voulais pas.
Tu préfères peut-être l'ambiguïté.
Ça te plaît peut-être de plaire.
Désolée pour la cagnotte.
Une porte s'ouvre.
Elle se ferme.
-Non ! -Trouvé, trouvé !
Trouvé le petit pied. -Qui veut des coups de pied ?
Je vais le manger.
Je vais manger ce pied ! -J'ai fait pipi !
J'ai fait pipi sur moi !
Ses pas s'éloignent.
-Méchant chien, méchant ! -Attends.
Il est plus là . -Méchant !
-C'est fini. -Julien !
Tu peux m'essuyer, s'il te plaît ?
Je sais pas faire toute seule.
-Je m'en occupe. -J'ai fait pipi, maman.
-Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Allez, c'est pas grave.
-Tu m'excuses ? -Oui, ma chérie.
Je vais manger ces petites fesses. Hop, Ă la douche !
J'ai rappelé juste après. J'étais là : "Désolée,
j'ai besoin de la place en crèche." Je suis faible, voilà !
Tintement de verre
Ça se fait encore, ça ?
-Mon oncle m'a appelé.
-Mohamed ? -Oui.
-Il ouvre un hammam.
Il me propose d'être associé sur le projet.
Julien expire.
Quoi ?
-J'ai rien dit.
-J'aurai un salaire fixe.
Les fins de mois, je peux plus.
-Après tout ce qu'ils t'ont fait... Julien soupire.
-C'est toi qui parles de pardon.
Mon oncle s'en est jamais mêlé.
-Ne pas s'en mĂŞler, c'est s'en mĂŞler.
Ça veut dire un truc.
-Désolé pour ça. -Non.
-J'aurais dû la fermer. -Oh, ça va.
Mais bon, t'as raison, c'est rien.
T'as pas pu voir ton père avant qu'ils ferment son cercueil.
Ton oncle était là ? -T'es sérieux ?
Ouais. Il a rien dit ?
Mais faut pardonner, alors...
On pardonne. -Tu me dégoûtes.
T'utilises mes confidences contre moi ?
-Tu casses la tĂŞte. T'es relou.
-Tu as appelé ton oncle. Dis-le.
Genre, c'est pour le fric. N'importe quoi.
Il a besoin d'une famille.
Parce qu'il se prépare à me quitter.
Il assure ses arrières. -Tu nous fais chier.
C'est bien, comme ça tu seras jamais seul.
Il aura toujours son tonton. Il ricane.
-T'es ridicule. -Attends, reste, il va se calmer.
Ah, putain.
Une porte claque.
Musique de suspense
-Je comprends pas Ă quoi tu joues, lĂ ? Oh !
Il est avec toi. Qu'est-ce qui se passe ?
-Walid !
Walid.
Pardon.
Musique dramatique
Vos camarades sont absentes ?
En retard ?
-Elles vont pas venir aujourd'hui.
-Elles traînent dans les couloirs ? -Non.
Elles sont chez la police.
-Yassine,
tu peux aller souligner les compléments circonstanciels ?
On va t'aider. -Je veux pas.
-Quoi ? -Je veux pas, c'est tout.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Ça va ?
-Je suis pas d'accord avec eux, alors ils disent que je vous aime.
-Wesh, qui dit ça ?
C'est pas bien, frère.
-Yassine, tu vas me dire qui t'a dit ça ?
Je vais les gonfler direct.
-Vous avez pas honte ?
-J'ai rien à voir avec ça. -Moi non plus.
-C'est ça, bien sûr.
-J'ai rien Ă voir.
-Yassine, s'il te plaît.
Merci.
Ambiance de la rue Propos indistincts
-Ă€ demain. -Ă€ demain.
-Ă€ demain.
Musique angoissante
La musique devient de plus en plus angoissante.
Des enfants crient au loin.
Il halète.
Il soupire.
-Il n'y a pas de délai.
La décision pour la protection peut prendre 3 mois.
Et si elle n'est pas acceptée, il n'y a pas de notification.
-J'attends une réponse qui n'arrivera peut-être pas ?
-Et votre chef d'établissement ? -Il a promis de m'aider.
-Il a reçu des menaces de mort.
Son chef peut pas porter plainte pour lui ?
-Mais non.
-Si, tout Ă fait.
-Comment ça ? -Il peut.
Mais en général, ils suivent une autre logique.
Imaginez les conséquences d'une plainte contre un parent.
L'école peut se soulever si le parent a raison.
-Donc on peut menacer de mort sans ĂŞtre traduit en justice ?
Ils sont même protégés.
-Malheureusement, oui.
En cas de protection fonctionnelle, vos frais judiciaires sont couverts.
Vous devez ĂŞtre patient.
Le procureur doit entendre plusieurs personnes.
C'est long, et vous n'ĂŞtes pas prioritaire.
La justice est lente, et elle est débordée.
Surtout oĂą vous enseignez. -En attendant, je vis comment ?
-Appuyez-vous sur votre ami, il est lĂ pour vous.
-Je suis lĂ pour lui.
-Il paie mĂŞme les frais de justice.
-Rien de plus Ă faire. Autre chose ?
-Julien.
Coupe.
-Non, c'est...
C'est bon.
On a tout dit. -Je reste Ă disposition.
-OK, merci. -Bonne journée.
Les élèves discutent entre eux.
-Je comprends pas ma note. -Moi aussi.
-C'est-Ă -dire ?
-Tout.
La correction d'une rédaction est subjective.
Votre note aurait pu ĂŞtre meilleure ailleurs
mais plus probablement, pire encore.
-C'est parce qu'on a parlé à la police.
Vous voulez vous venger.
-C'est pas bien. -Vos soucis, ça doit pas compter.
Faut des copies anonymes. -Sans nom.
-Ça changerait rien, je connais vos écritures.
-Non, c'est pas vrai. Vous mentez.
-Je t'explique ?
Aucune phrase ne tient debout.
Quand on écrit, on pense au point.
C'est pas un mot, puis un autre, puis un autre.
Et t'inventes. "Voyelle", c'est pas le féminin de "voyou".
Les élèves se moquent.
-C'est "vla la bouffonne", elle.
-Modibo, tu ris ? Chacun ses problèmes.
Tu le sais, non ?
Vous aspirez Ă quoi ?
Vous avez pas d'ambitions, d'espoir ?
Protestations
-Bien sûr.
Un élève rit.
Des élèves rient. -Chut !
La feuille est froissée.
-Ça se fait pas.
-Quoi ? -On fait pas ça.
-Ça sert à rien de me regarder.
-OK.
Rends mon crayon.
Une chaise grince.
Va te soigner, bipolaire. Lève-toi !
Une chaise grince.
-Maxime, lève-toi.
-Lève-toi. Dépêche-toi. -Je te casse la bouche.
-Tu vas l'accompagner chez la CPE. -Quoi ?
-Enfin ! -Bien fait pour ta gueule.
-Vous dites rien ! -Tu récoltes
ce que tu sèmes ! Tu comprends la métaphore ?
Dehors !
-Au revoir. -Merci, Maxime.
La porte claque.
C'est quoi, ça ?
-Je suis déléguée. J'écris ce que vous "disez" pour la police.
Ma mère est d'accord. -Ce que vous "dites".
-Pareil. -Non, c'est pas pareil. Justement.
Ta mère est prof ? Avocate ?
-Non, mais elle a dit que vous finirez violé en prison.
Les élèves protestent.
-Vous dites rien ?
Les élèves chahutent.
-Qu'elle se mĂŞle de ses affaires.
-Vous parlez pas d'elle. -C'est toi qui en parles.
Le prof mord sa lèvre comme dans un porno.
Les élèves chahutent.
-T'es bizarre, toi.
-Elle est chaude.
-T'as la dalle.
-T'es une meuf bizarre.
-Tu regardes du porno ?
-Non. -Ben, si.
Tu parles d'un acteur dans un porno.
Tu l'as pas inventé ça, tu l'as vu ?
Tu t'es affichée, là .
Ta mère va être contente quand je lui dirai pour le porno.
-Une grosse salope. -C'est vrai.
-Tu dis quoi, Modibo ? -Je dis que...
Elle nous fait la morale, mais c'est une grosse crasseuse.
-Parle pas comme ça, tu t'excuses.
-Vous savez ce qu'elle dit sur vous. -Ça m'intéresse pas.
-En fait... -Ça m'intéresse pas !
Le souci, c'est la manière dont tu écris.
Cinq fautes par phrase.
Ça, c'est un échec.
Le tien et le mien.
-Je vous remercie de l'avoir apporté, je vais garder ce torchon.
Il pose le cahier.
-Pour quoi faire ?
Pour quoi faire ?
Pour soi-disant m'aider ?
Vous allez baisser d'un ton. Moi, je vous défends ici.
-C'est faux.
Et je le sais.
J'ai appelé pour la protection fonctionnelle.
Vous n'avez rien envoyé. -Je vous permets pas.
-De dire la vérité ?
Vous pensez qu'Ă vos points
pour pouvoir aller dans un établissement plus prestigieux.
Vous n'aimez pas nos élèves.
Vous êtes là , enfermé dans votre bureau.
Je pensais que c'était de la peur. C'est pardonnable, mais...
En fait, vous vous en foutez. -Comment vous vous permettez ?
C'était pour vous protéger, pour vous éviter un blâme.
-MĂŞme si c'est vrai, il fallait me le demander.
Me présenter la situation.
Alors, si vous ne voulez pas que j'attaque l'établissement,
qui d'ailleurs a le droit de porter plainte pour un de ses agents,
si vous ne voulez pas de vagues,
il va falloir m'aider,
vraiment.
Musique grave
-Monsieur Keller voulait ajouter quelque chose.
-Oui, que Leslie, Océane et Sihem soient exclues de mon cours.
-Je suis pas d'accord.
Elles ont les mĂŞmes droits que les autres.
-Je peux plus travailler. Elles se sont exclues elles-mĂŞmes
de ma classe. Leur attitude pénalise les autres.
-Demandons aux délégués.
-Très bien.
Roxana.
T'en penses quoi ?
Comment sont les cours avec elles ?
-Ben, si vous me demandez, moi, je pense que...
-Pardon, madame, je m'adressais pas Ă vous.
On t'écoute, Roxana.
-Elles sont insolentes.
Et même insultantes. Et pas qu'avec le prof de français.
-Roxana... -Claire, on écoute Roxana, là .
Tu es si soucieuse de la parole des élèves,
et tu veux bâillonner Roxana ? On va l'écouter.
Je t'en prie.
-Ça irait mieux...
-On t'a pas entendue. -Ça irait mieux sans elles.
-OK. Je t'ai demandé de dire ça ?
-Non.
-Samir, t'en penses quoi ? -Je sais pas, moi.
-Tu dirais que Roxana a raison ? -Oui.
-Ah.
Merci.
VoilĂ .
Vous inquiétez pas, elles recevront les devoirs et les leçons.
Et peut-être qu'avec cette méthode, elles apprendront quelque chose.
Claire, elles ont combien chez toi ?
Sihem, deux.
Océane, trois. Bon. Qu'est-ce que t'as marqué ?
"En dessous de ses capacités." Ouais.
"En dessous de ses capacités." OK.
Original. Tu fais du copier-coller ? Tu personnalises parfois ?
-Toi, tu me dis comment bosser ? -Ça doit te piquer un peu, ça.
-Vous pensez pas que ça va mettre de l'huile sur le feu
de les ostraciser ? -Oh, ça va, là !
J'en ai marre d'entendre ça.
ArrĂŞtons de nous voiler la face.
Ça ferait pas de mal.
-J'ai le petit frère de Leslie. -Kylian.
-Kylian, oui. Et euh...
Ils parlent de persécutions avec sa sœur.
-De persécutions ? -Oui.
-OK.
Profites-en pour faire de la pédagogie.
Dis-leur que la vérité apparaît quand on entend toutes les parties.
Un petit rappel, au cas oĂą.
On doit en faire des citoyens, non ?
-Très bien.
-On pourrait créer un système ?
Pour ne pas pénaliser les filles.
-C'est ce que je demande.
Elle feront leurs devoirs dans ton bureau, et je les corrige
avec impartialité.
-Partons sur ça,
et puis, on verra comment ça marche.
Une porte claque.
-Vous parlez plus de moi, hein.
-Je te demande pardon ?
-Me mettez pas dans les histoires.
-Toi, tu me demandes ça ?
Alors que tu racontes des horreurs sur moi ?
Que tu mets la pression aux autres ? -Viens.
-Lâche-moi, il croit que je rigole avec lui.
-Tu sais, je peux te redire ce que j'ai dit.
Je t'ai peut-être pas donné assez d'attention.
Et j'en suis désolé.
Une porte claque.
Brouhaha
-Salut.
-Ça va ? -C'est lui, là ?
-Laisse, allez.
-Eh, attay !
-T'as dit quoi ?
-Sale zamel. -Walid !
Walid, arrête, arrête. -Hé, lâche-le.
-Arrête, lâche-le.
-Lâche-le. -Je sais où te trouver.
Lâche-moi. -C'est bon.
-MĂŞle-toi de ton cul.
On va se revoir.
Musique englobante et angoissante
-C'est bon.
Le moteur vrombit.
Propos indistincts -Viens. T'inquiète pas.
-Allez, rangez-vous !
-Tu sais ce qu'il m'a dit ?
Hein ?
Qu'il savait oĂą on habitait.
Je traduis comment on dit "sale pédé" en arabe ?
-Je fais comment ? -Quoi ?
Tu veux y retourner ?
Va te faire casser les jambes à la sortie du collège !
Promets-moi que t'iras plus.
-On est en milieu d'année, je peux pas.
-Désolé. J'oubliais, t'es essentiel, hein ?
Le monde tourne pas sans M. Keller ?
Hein ?
-Peut-ĂŞtre que c'est une erreur.
-Oui, c'est une erreur.
C'est Ă toi que tu fais plaisir.
Je veux ĂŞtre ce prof qu'on oublie pas.
Celui qui change une vie.
Comme celui qui a changé la mienne.
Une porte s'ouvre.
Elle se referme.
Brouhaha au loin
-Monsieur ?
-Tu devrais partir.
Sors, s'il te plaît.
-Monsieur... -Leslie.
Retourne avec les autres.
-Je sais plus comment faire.
-Sors, Leslie.
Tu parles de ce que tu veux avec qui tu veux, mais pas avec moi.
-Ă€ la maison...
À la maison, il parle que de ça.
J'en peux plus.
-Tu crois que je suis heureux ?
-Je me suis trompée.
Mais je peux le dire Ă personne, c'est trop tard.
J'ai peur de mon frère.
Et ma mère m'a demandé de rien dire.
Elle aussi, elle a peur de lui.
On a peur quand il est en colère.
Vous devez me détester.
-Non.
Non.
Il sanglote.
Note aiguë et angoissante
Une porte claque.
-Pardon.
Quelque chose brûle.
Des voix s'élèvent.
-C'est le petit frère de Leslie et ses amis.
-Tu les as vus ? -Non, mais c'est évident.
-Ou c'est Océane, Sihem, et ceux qui les soutiennent.
Ă€ leurs yeux, on couvre un criminel.
Des parents veulent interpeler la presse.
-Quoi ?
Moi, j'en peux plus.
Julien, fais quelque chose.
-Moi ?
-Oui, c'est Ă cause de toi si on est dans cette situation.
-Un suicide peut-ĂŞtre ?
On vote ?
Qui est pour ?
Qui est contre ? -ArrĂŞte, Julien.
C'est pas drĂ´le.
-Qui ne se prononce pas ?
Ses pas s'éloignent.
Une porte s'ouvre.
La porte se referme.
Ambiance de la cour de récré
Des oiseaux pépient.
Une alarme retentit.
On garde son calme.
C'est un exercice.
On garde son calme.
Youssef, ferme le rideau. Erica, devant.
C'est comme une intrusion, comme si on était attaqués.
On fait un bouclier avec les tables.
Allez ! Oh, oh ! Les élèves chahutent.
On m'écoute, on m'écoute, s'il vous plaît.
Vous allez vous faire mal !
Une élève crie.
Il crie. On arrĂŞte, lĂ ! C'est dangereux !
Cris
Ambiance angoissante On se calme lĂ , oh !
Vous allez vous faire mal !
Ça suffit ! L'alarme continue.
On m'écoute !
Julien hurle. Non ! Pourquoi t'as ouvert ?
Les élèves se taisent. L'alarme continue.
Ă€ cause de toi, on est tous morts.
Tu m'entends ? Note angoissante
Tu comprends ce que je dis ?
On est tous morts !
On est tous morts !
L'alarme continue.
-M. Keller, lâchez-le.
Lâchez-le.
-Allez-vous-en.
-Dépêchez-vous. Sortez.
-Il a ouvert la porte.
Chanson électronique rythmée
La musique couvre leurs paroles.
Musique grave
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