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D'APRÈS LE ROMAN FABRICANT DE LARMES
ÉCRIT PAR ERIN DOOM PUBLIÉ EN ITALIE PAR ADRIANO SALANI
Maman, où est-ce que t'as mal ?
Ici !
Maintenant, ça va passer.
C'est bien, Nica, avec délicatesse...
Avec délicatesse, on soigne toute sorte de choses.
Un loup ! Comme il est beau !
Il est pas beau. Les loups, ça fait peur.
Parce qu'on a décidé que dans les fables, ils étaient méchants,
mais ils le sont pas toujours.
Je le vois pas. Où est ce loup ?
Attention, le camion !
Non !
FABRICANT DE LARMES
Au Grave, nous avions de nombreuses histoires.
Des récits susurrés, racontés le soir, avant d'aller dormir.
ORPHELINAT DE SUNNYCREEK
Des légendes lues du bout des lèvres, à la lueur d'une bougie.
La plus connue
était celle du fabricant de larmes.
Elle parlait d'un monde où personne n'était capable de pleurer.
Un monde où les gens vivaient comme des âmes vides,
dépourvues d'émotions.
Mais à l'abri de tous les regards, dans son immense solitude
se trouvait un artisan solitaire,
vêtu d'ombres...
Un homme pâle et voûté,
qui avec ses yeux clairs comme le verre,
était capable de confectionner des larmes de cristal.
Les gens se rendaient chez lui, et lui demandaient de les aider à pleurer,
à éprouver des sentiments, aussi infimes soient-ils.
C'est alors que l'artisan enfilait ses larmes dans leurs yeux.
Et ces personnes se mettaient à pleurer.
C'était de la colère, du désespoir, de la douleur et de l'angoisse.
C'était des passions déchirantes, de la désillusion et des larmes.
Jamais je n'aurais pensé qu'un lieu comme celui-ci puisse exister.
Jamais je n'aurais pensé que mes parents me manqueraient autant,
mais par-dessus tout, jamais je n'aurais pensé que cette histoire,
je l'aurais personnellement vécue.
Tu dois sûrement être Nica.
C'est le nom d'un papillon.
Étrange de donner à une fillette le nom d'un insecte qui meurt en quelques jours.
Ici, il y a trois règles :
discipline, respect et obéissance.
Suis-les, et tu n'auras pas de problèmes. Sa valise, prenez-la.
Ici, tout est à tout le monde.
Donne-moi ta chaîne.
Les effets personnels ne sont pas autorisés.
C'est celle de ma maman.
Discipline, respect et obéissance.
Tu n'enfreindrais tout de même pas les règles dès le premier jour. Rigel ?
Cette histoire deviendrait bien plus qu'une simple légende.
Je l'ignorais encore, mais ici, au Grave,
j'allais rencontrer le fabricant de larmes.
Pleurer ne fera pas revenir ce que tu as perdu.
Adeline, accompagne-la au dortoir.
Dépêche-toi !
Les enfants ? Tous à l'intérieur !
C'était le lit de Julia. Elle a été adoptée, hier.
Et toi, est-ce que ça fait longtemps que t'es là ?
Oui, j'ai la peau... qui est trop claire.
Miss Margaret dit que j'ai l'air malade.
Est-ce que tu veux être ma meilleure amie ?
Nica ? Ils sont arrivés.
Je reviendrai te voir, je t'en fais la promesse.
Certainement pas. Pars sans jamais te retourner.
J'aurais pas pu m'en sortir sans toi.
Il est à toi, maintenant.
Au Grave, je m'étais sentie comme derrière les barreaux d'une prison.
Pendant toutes ces années,
j'avais passé chaque jour à espérer que quelqu'un vienne me chercher.
Qu'on me regarde, et qu'on me choisisse,
moi, parmi tous les autres enfants qui étaient là.
Qu'on veuille de moi pour ce que j'étais, même si je n'avais rien d'exceptionnel.
Mais personne ne m'avait jamais choisie.
Personne ne m'avait jamais voulue, ni même remarquée.
J'avais toujours été invisible.
Tu es prête, Nica ?
Oui.
Moi aussi, j'ai un peu peur.
Tu veux que je t'aide à porter tes affaires ?
J'ai rien d'autre que ça.
Le partage est une valeur à laquelle nous sommes attachés.
Tu t'es blessée ?
Elle a l'habitude de s'occuper des animaux
et a toujours les doigts écorchés.
Très bien, Nica.
Souviens-toi de ce que tu as appris, ici.
Discipline, respect et obéissance.
Et souviens-toi que c'est seulement une période d'essai.
La garde peut être interrompue à tout moment.
Si tu crées des problèmes, nous viendrons,
et l'adoption ne sera pas validée.
Je suis sûre que tout ira au mieux.
Bien... Alors, nous pouvons y aller.
Ces mains...
Ces mains blanches qui glissaient sinueusement sur les touches de ce piano.
Voilà celui qui faisait la fierté du Grave.
Le fils des étoiles, l'enfant que tout le monde désirait...
Irréprochable avec tout le monde, sauf avec moi.
Qui est-ce ?
C'est Rigel.
Je vous ai montré le dossier de ce garçon. Vous êtes sûrs de vous ?
Oui, la maison est grande, et Nica se sentira moins dépaysée.
Oui, mais prendre soin d'un adolescent
est déjà dur, alors imaginez s'ils sont deux.
Rigel est un garçon extrêmement problématique,
et nous seuls pouvons nous en occuper.
Ne vous inquiétez pas, Miss Margaret, nous savons bien ce que nous faisons.
La période d'essai sert bien à ça, non ?
Bien.
Merci.
J'avais toujours désiré une famille,
une maison, une vie en dehors du Grave...
Et maintenant que cela arrivait enfin,
j'avais du mal à croire que lui aussi était là, assis à côté de moi.
De toutes les personnes au monde,
Rigel était bien la dernière que je voulais voir ici.
Et pourtant, j'étais incapable de le détester.
Quelque chose en moi me rappelait tout le temps que nous avions passé ensemble,
et je n'arrivais plus à être aussi détachée.
Je vous en prie.
Nous y voilà.
C'est peut-être pas un palace, mais vous ne manquerez de rien.
Anna est plutôt maniaque. Autant que vous le sachiez.
On peut pas en dire autant de toi.
Vous savez jouer du piano ?
Notre fils en jouait.
Je vous montre vos chambres ?
Norman, je te laisse t'occuper de Rigel ?
Bien sûr.
On y va ?
J'ai demandé des conseils à une amie.
J'espère qu'elle est à ton goût.
Ça faisait longtemps que j'avais pas une pièce à moi.
Je ne sais pas si c'est ton genre.
Ah, si ça te pose pas de problème,
demain, tu pourras porter cet uniforme à l'école.
Il devrait être à ta taille. C'était celui...
Mais on pourra t'en acheter un nouveau.
Pas la peine, je suis sûr qu'il sera parfait.
Voilà ton uniforme pour demain.
Et je te présente Klaus.
Hein ? Il est du genre solitaire.
Mais il lui arrive aussi d'être affectueux, quand il veut, hein ?
J'peux entrer ?
Écoute, Rigel, maintenant que tous les deux...
Que tous les deux quoi ?
Maintenant qu'on est tous les deux ici, ensemble,
j'aimerais que les choses se passent bien avec Anna et Norman, pour l'adoption.
Si tu veux que les choses se passent bien, commence par t'éloigner.
Et n'entre pas dans ma chambre, ni maintenant, ni jamais.
C'est une menace ?
C'est un conseil...
papillon !
La serre, là, dehors, c'est la mienne.
Oui, je cultive et je vends des fleurs et des plantes.
Et toi, Norman, tu vends aussi des fleurs ?
Non, je travaille dans l'extermination des nuisibles.
Aussi bien des cafards que des fourmis, des blattes ou des petites souris...
Mais ce sont toujours des animaux déjà morts,
ou alors, ils sont très dangereux.
Est-ce que vous vous entendiez bien à l'orphelinat ?
Nous avons grandi ensemble.
On est comme frère et sœur.
On se connaît bien, oui. On est comme frère et sœur.
Excusez-moi, je dois aller aux toilettes.
Je t'en prie.
Mais, Rigel, c'est le nom d'une étoile, c'est ça ?
Tes parents étaient sûrement de grands passionnés ?
C'est Miss Margaret qui m'a donné ce nom. Mes parents, je les ai...
je les ai jamais connus.
Excusez-moi, je reviens tout de suite.
J'arrivais encore à sentir l'empreinte de ses doigts sur moi,
comme s'ils m'avaient marquée au fer rouge.
Son charme vénéneux était toxique.
C'est lui qui était toxique.
T'aurais pas dû t'enfuir comme ça.
À cause de toi, nos futurs parents se font du souci.
C'est un jeu pour toi, pas vrai ?
C'est seulement un jeu.
J'ai rien fait du tout, papillon.
T'approche pas de moi.
Et si Anna et Norman voyaient que tu me détestes autant !
Que les choses sont pas aussi parfaites qu'elles en ont l'air.
Ils changeraient d'avis.
Un jour, ils comprendront aussi qui tu es vraiment.
Et tu penses que je suis qui ?
Tu es le fabricant de larmes.
T'as pleuré ?
Non.
Arrête de mentir, ou le fabricant de larmes t'emportera.
Est-ce que tu crois vraiment qu'il existe ?
Qui ? - Le fabricant.
J'sais pas. Peut-être que les gens racontent ça
parce qu'ils veulent pas qu'on ressente des sentiments.
Nous, on deviendra pas comme eux.
Peter !
Rigel se sent encore pas bien. Venez vite !
Quoi ? T'as entendu ?
Allez vous coucher ! Dépêchez-vous !
Tout va bien. Tout va bien.
Tout va bien.
Tout va bien. Tout va bien.
Non...
Les enfants, il est tard !
LYCÉE BARNABY
Vous vous souvenez du trajet pour rentrer ?
- Facile. - Il suffit de traverser le pont.
Très bien. T'en fais pas pour nous.
À plus tard. À ce soir.
Fais attention à toi,
papillon !
Photo du premier jour. Moi, c'est Billie. Comité d'accueil.
Au lycée Barnaby, on prend les choses très au sérieux.
Suis-moi.
Nica, c'est le diminutif de Nikita ?
C'est seulement Nica.
On a tous cette expression, le premier jour.
Si t'avais vu la mienne. Tiens.
J'adore photographier les visages. J'ai un portrait de chaque élève.
À part pour Phelps, j'en ai fait plusieurs.
Le seul que j'ai pas, c'est celui de ma meilleure amie.
Impossible de photographier Miki, elle déteste les photos.
Je te la présente.
Miki ? Je te présente la nouvelle.
Salut.
Elle joue les dures, mais est douce comme une guimauve.
Ouais.
La nouvelle, une semaine, et elle écarte les cuisses.
Bonjour, Nica. Bienvenue.
Bonjour.
Je suis M. Kirill. J'ai vu que tu avais de très bonnes notes en sciences.
Je te félicite !
T'as entendu ?
Bougez pas, bougez pas, bougez pas.
Ils se battent.
Lâche-moi ! Arrête. Phelps ! Stop ! Arrêtez-vous.
Phelps ! Stop. Rigel !
Phelps ! Arrêtez-vous !
Phelps ! Arrête et relève-toi. Relève-toi !
- Tu veux encore être renvoyé ? - C'est lui qui a commencé.
- Tu veux l'expliquer au proviseur ? - Non.
C'est toi, Rigel Wilde ?
Tu veux aller à l'infirmerie ?
Alors, va en classe, dépêche-toi !
Et la prochaine fois, ce sera un avertissement.
Vous regardez quoi ? Retournez tous en classe ! Allez !
Mais, c'est lui, ton frère ?
Non, c'est pas mon frère.
T'as raison, on n'est pas frère et sœur.
Il était temps que quelqu'un donne une leçon à ce connard de Phelps.
Oui ?
Tu fais encore tes devoirs ? Je prends des notes.
Tu sais pourquoi Rigel n'a pas voulu dîner avec nous, ce soir ?
Il a des problèmes au lycée ?
Non, il est un peu fatigué.
Belle photo !
Qui l'a prise ?
Billie, la fille du comité d'accueil.
T'as déjà des amies ? Tu t'es bien adaptée, alors ?
Oui, et les professeurs aussi sont très gentils.
Je te laisse réviser.
- Te couche pas trop tard. - Bonne nuit.
Bonne nuit.
Anna ?
Oui ?
Merci.
Merci à toi.
Tout va bien ?
Oui, tout va bien.
Tu comptes me fixer comme ça longtemps ?
Pourquoi ?
Pourquoi tu les as laissés te choisir ?
Tu crois que c'était ma décision ?
T'as toujours été celui que tout le monde voulait,
mais t'as jamais permis à personne de t'adopter.
Qu'est-ce qui a changé ?
Tu ferais mieux de t'en aller.
Tu devrais prendre un torchon pour couvrir la glace.
Ne cherche pas des prétextes pour me toucher.
Jamais.
Et si je le fais ?
Si tu le fais...
Si tu le fais, je m'arrêterai pas.
J'avais toujours cru aux contes de fées,
j'avais toujours espéré que j'en vivrais un.
Et maintenant qu'il était réel,
je me rendais compte que je m'étais trompée d'histoire.
Bonjour.
T'as bien dormi ?
Oui.
Après les cours, on ira acheter des vêtements en ville.
D'accord.
Tiens, c'est pour Rigel. Tu peux lui apporter ? Merci.
C'est quoi que tu comprends pas dans la phrase "N'entre pas dans ma chambre." ?
C'était une demande d'Anna.
Je t'ai rendu service. C'est dur à comprendre ?
Pour toi, je suis le fabricant de larmes.
Je suis le loup de l'histoire.
Maintenant, dis-moi.
Comment tu appelles rendre service à quelqu'un
que tu voudrais juste voir disparaître ?
Si c'est pas de l'hypocrisie...
Regarde-toi.
Tu trembles.
T'as même peur d'entendre le son de ma voix.
Je comprends pas ce que tu veux, Rigel. Je comprends pas.
Tu sais pourquoi les contes de fées finissent toujours par un happy end ?
Pour nous rappeler que certaines choses ne changent pas, Nica.
Cette fois-ci, elles ont fini par changer, et on n'est plus au Grave.
Tu t'accroches toujours à cette fin heureuse.
Tu n'es pas assez courageuse pour imaginer une histoire où le loup n'existe pas.
Tu t'appelles Nica, c'est bien ça ?
Comme le papillon ?
T'as fait des recherches sur mon prénom ?
J'ai fait des recherches sur toi.
Attends un peu.
- Qu'est-ce qu'il y a ? - Bouge pas.
C'est dégoûtant.
Non, il est timide.
Il essayait de se cacher. Cette coquille, c'est comme sa maison.
Mais si elle craquait, elle risquerait de le tuer.
Tu vois, les choses qui sont là pour le protéger...
sont aussi celles qui pourraient le faire souffrir.
Alors... merci de m'avoir sauvé la vie.
En réalité, c'est la sienne que j'ai sauvée.
- Ravi de te connaître, je suis... - Sur mon chemin.
Vous êtes ensemble, tous les deux ?
Euh, tous les deux, on... Non.
Je te cherchais. On a un contrôle, tu viens ?
Excuse-moi, Lionel. Elle doit m'aider à réviser.
Je suis trop stressée.
C'est là. Ils ont des vêtements magnifiques.
Non, Anna, vraiment. C'est pas nécessaire.
Allez, fais un petit effort.
Elle est vraiment splendide.
Oui...
Allez, viens, on va voir à l'intérieur.
On a déjà acheté plein de choses.
Bonjour. - C'était pour essayer cette robe.
Un instant. - Merci.
Anna ?
Tu es magnifique comme ça.
T'en es sûre ?
Oui.
Tu es belle, Nica.
N'aie pas peur de le montrer aux autres.
Attends, bouge pas. Il te manque la ceinture.
Anna ?
Voilà, comme ça, elle sera parfaite.
Nica ?
Nica !
Nica ?
Nica, respire.
Norman !
- Nica ! - Nica ?
Nica...
Nica ?
Margaret savait tout de nous.
Elle savait quelles étaient nos peurs, nos envies.
Elle savait que j'aimais les animaux et que j'avais peur du noir.
Elle savait que Peter était terrorisé par le bruit,
et qu'Adeline adorait les filles aux cheveux longs.
Elle connaissait les rêves auxquels on s'accrochait
pour pouvoir exister au Grave.
Et elle les détruisait.
Elle détruisait toute forme d'amour.
Cet amour, elle le consacrait uniquement à Rigel.
Non, non ! - [Margaret] Avance.
Avance !
Avec elle, quelque chose s'était brisé en nous,
quelque chose qui au lieu de grandir, resterait infiniment petit.
Quelque chose de fragile, d'infantile et d'abîmé.
Non !
À chaque fois que je m'étais retrouvée dans cette pièce sombre,
j'aurais pu hurler à en perdre la voix,
mais lorsque dans l'obscurité, j'entendais ses pas s'approcher de mon lit,
et que je sentais la tiédeur de ses doigts effleurer la paume de ma main,
la douleur se dissipait.
Mon cœur ralentissait.
Une seule de ses caresses suffisait à m'apaiser.
Ma seule source de réconfort, c'était toujours elle : Adeline.
Tu as entendu ? Réponds-moi.
C'est parce que j'ai pas été gentille.
Oui, tu as mérité une punition parce que tu es une petite fille désobéissante.
Qui voudrait adopter une gamine comme toi ?
Je vous obéirai.
Et baisse-moi ces manches.
Bienvenue ! Je vous en prie.
Merci.
Une préférence ? Dur de faire un choix.
Quand le passé revenait me hanter, je pensais à Anna.
Je ne pouvais pas lui avouer toute la vérité, mais elle était là pour moi.
Et je n'avais aucune raison d'avoir peur.
J'étais loin de l'orphelinat, en sécurité, j'étais libre.
J'avais la chance de pouvoir être heureuse.
Au revoir.
On y va ? Ouais.
T'es réveillée. Comment tu te sens ?
Beaucoup mieux, merci.
T'as beaucoup dormi, t'avais besoin de te reposer.
Ces derniers jours ont été intenses pour toi.
Un peu.
Tu sais que Klaus a passé la nuit à dormir sur ton lit ?
- C'est vrai ? - Oui.
Il a dû sentir que t'étais pas bien.
Je me sens mieux, maintenant.
Je pense que je peux retourner au lycée.
D'accord.
Tu t'es fait mal ?
C'est les roses.
Tout le monde enlève les épines, et moi, je préfère les laisser.
Ça me rappelle que les belles choses peuvent parfois être blessantes.
Je peux ?
Nica...
S'il y avait un problème ou quelque chose de grave, tu m'en parlerais ?
Oui.
Pourquoi il y a aussi peu de roses ?
J'ai été dévalisée. C'est le Garden Day.
Le Garden Day ?
Oui. Tu dois forcément savoir de quoi il s'agit !
Non. Je t'explique !
Chaque lycéen offre une rose anonyme à une personne.
Chaque couleur a une signification différente.
Toutes les filles laissent leur casier ouvert.
J'ai ouvert le tien.
Le jeu consiste à deviner qui t'a offert les roses.
Ça a l'air amusant.
On a pensé à moi. - À mourir de rire.
Elle critique, mais en a toujours plein. C'est bien ce que je dis.
Donne-les-moi.
Elles sont toutes à toi.
Tu sais qui te les a offertes ?
Un garçon de la section psycho fou amoureux d'elle.
On peut ouvrir le mien ? J'y arriverai pas.
- Nica, fais-le pour moi. - Comme tu veux.
Non, non, non, je peux le faire.
Dites-moi qu'il y en a une, dites-moi qu'il y en a une.
Oui ! [rit] C'est bien la sienne !
Elle est de qui ?
J'en sais rien. On me l'offre tous les ans.
C'est peut-être quelqu'un de timide. Cette histoire me rend dingue.
Allez, Nica, c'est à toi. Ouvre le tien.
- De toute façon, il y aura rien. - Ça, on peut pas le savoir.
Une rose noire, j'avais jamais vu ça. Magnifique.
Ça symbolise un amour tourmenté, obsessionnel,
un amour qui n'a rien de pur.
Et tu sais qui a pu te l'offrir ?
Je dois vous laisser.
Tu entres dans la tanière du loup, et tu ne veux pas te faire dévorer.
C'est toi qui m'as offert cette rose ?
Moi ?
Pourquoi je t'offrirais une rose ?
Donne !
Elle est à moi !
Nica !
Il y a un garçon à la porte.
Le Garden Day a porté ses fruits, non ?
Je voulais te dire que ce soir, Norman et moi, on sort
pour un dîner.
Je prépare à manger ?
Ce sera pas nécessaire, c'est gentil.
Allez, vas-y, le fais pas attendre.
Il est plutôt mignon, hein ?
Salut. - Salut.
T'as laissé ce livre au lycée, et il y avait ton adresse dessus, alors...
Merci.
Ça te dirait, une glace ?
Euh, ouais. Ouais.
OK, super. Super.
Et t'avais quel âge ?
Huit ans.
Toute petite.
Et tes parents, ils faisaient quoi ?
C'était deux biologistes.
Avant d'aller dormir, ils m'expliquaient
comment fonctionnent les cellules.
Ça remplaçait les histoires qu'on raconte aux enfants le soir.
C'est pour ça que t'es un génie en sciences ?
Peut-être que tu deviendras une personne qui change le monde ?
Donne ta cuillère, je vais la jeter.
Ça peut me servir.
Ça peut te servir à quoi ?
À soigner les ailes brisées d'un pauvre petit oiseau.
Et...
Tu soignes les cœurs brisés, aussi ?
Le cœur, c'est déjà plus compliqué.
On ferait peut-être mieux de rentrer.
OK.
Reste près de moi.
Non. Non, viens par ici. Non, attention, attention.
On y est.
Ouh !
Je suis fier de moi, je t'ai ramenée saine et sauve à destination.
Sans toi, je me serais noyée.
Non, je suis sûr que t'aurais pu t'en sortir toute seule.
Tu crois ?
Je pense que oui. Ta vie est tellement différente
de celle des filles et garçons que j'ai rencontrés ici.
Et puis,
t'es pas seulement une force de la nature...
T'es aussi très belle.
Je dois rentrer.
OK.
Alors... À demain.
À demain.
Une voix me disait que je le regardais trop,
mais il m'avait toujours été impossible de ne pas le regarder.
Ce papillon était naïf et courageux.
Ou peut-être était-il seulement fou et désespéré ?
Combien de fois je l'avais vu se faire écraser par des enfants au Grave ?
Ce n'était peut-être pas juste de la rage et de la douleur.
Il y avait peut-être de la lumière...
Au fond de moi,
je sentais que Rigel n'était pas méchant.
J'étais incapable de le laisser tomber.
Rigel ?
Qu'est-ce que t'as ? Ne me touche pas.
Je voulais savoir si tu allais bien.
Pourquoi ?
Ah, c'est vrai, c'est dans ta nature.
Hein ? C'est plus fort que toi. Tu voudrais t'occuper de moi.
On dirait que tu fais tout pour que je te déteste.
Et tu me détestes ?
Tu me détestes ?
Tu me détestes, papillon ?
C'est ce que tu voudrais.
Ouais. C'est ce que je voudrais.
Je ne détestais pas Rigel. J'essayais de le comprendre.
Je me disais qu'un jour, j'arriverais peut-être
à percer le mystère qui se cachait derrière ses gestes.
Mais il y avait une chose dont j'étais sûre et certaine :
fabricant de larmes ou non, personne ne faisait trembler mon cœur comme lui.
Regarde ce qu'il m'a fait.
C'est ton frère, je lui ai dit d'arrêter, mais il m'a tapé sans raison.
Qu'est-ce que t'as fait ?
C'est à lui qu'il faut demander.
Pourquoi ?
Pourquoi ?
Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?
Ne me touche pas.
Dis-moi pourquoi !
Tu es mon fabricant de larmes.
Rigel !
Rigel, t'es brûlant !
Qu'est-ce que t'as ? Je t'emmène dans ta chambre.
Je t'emmène dans ta chambre, aide-moi. Aide-moi.
Je t'emmène dans ta chambre.
Notre envoyé spécial sur place.
Suite aux pluies diluviennes, des voitures sont bloquées.
Les axes routiers qui mènent à la ville sont fermés.
Nous ne savons pas quand le trafic reviendra à la normale.
Les conditions climatiques...
J'appelle les enfants ?
... des orages et de fortes pluies...
Oui.
Essaie de lever les bras.
Allonge-toi.
Les provinces du sud sont touchées.
Ils ne répondent pas.
Peut-être qu'ils dorment déjà.
J'essaie de rappeler ?
Bonsoir, Anna. Bonsoir.
- Tout va bien ? - [Nica] Oui. Oui, oui.
On est bloqués dans les embouteillages à cause du mauvais temps.
Vous en faites pas pour nous.
T'as l'air bizarre. Tout va bien ?
Oui, Rigel a un peu de fièvre. Ils sont où, les médicaments ?
Commode de la salle de bains.
Je dois m'inquiéter ? Non, ça ira.
T'en es sûre ? - Oui. Oui.
Tout va bien, Anna. Une petite seconde... Attends une petite seconde.
C'est bon ! Je les ai trouvés. Ah, tant mieux.
On s'appelle plus tard ?
Bien sûr, je te rappelle. Ciao.
Des orages sont attendus toute la nuit, et l'ensemble de l'État...
Rigel a de la fièvre.
... jusqu'à demain matin. De fortes rafales de vent...
Tu dois prendre ces comprimés, Rigel.
Aide-moi.
Ouvre la bouche.
Bouge pas.
Reste avec moi, je t'en supplie.
Miss Margaret ?
- Oui ? - La nouvelle petite fille est arrivée.
Continue de jouer.
Ici, il y a trois règles : discipline, respect et obéissance.
Donne-moi ta chaîne, les effets personnels ne sont pas autorisés.
C'est celle de ma maman.
Discipline, respect et obéissance.
Tu n'enfreindrais tout de même pas les règles dès le premier jour. Rigel ?
Ça va pas ?
Va-t'en, papillon !
Pourquoi tu n'es pas assise ?
Excusez-moi, Miss Margaret. Je me suis levée... pour prendre du sel.
- Viens avec moi. Viens ! - Non !
Je vous en supplie.
Lâchez-moi. Non !
Qu'est-ce qu'il a fait ? C'est Rigel. C'est Rigel.
Qu'est-ce que tu as fait ?
Appelez un médecin !
Qu'est-ce que tu as fait ?
Appelez un médecin !
T'as fait exprès de te couper.
Et pourquoi j'aurais fait quelque chose d'aussi stupide ?
Montre-moi ce que tu caches.
Fiche le camp !
Allez, montre-moi ce que c'est.
Attends...
Mais ça, c'est la chaîne de Nica ?
Elle pense que tu l'as jetée à la poubelle.
Pourquoi tu l'as gardée ?
Prends-la, si tu veux.
Mais elle te plaît, elle te plaît, Nica.
Tu dis que non, mais elle te plaît.
Tu dois pas lui dire.
Nica est convaincue que tu la détestes.
Et il faut que ça reste comme ça.
Je ferais mieux d'aller dans ma chambre.
Nica ?
Rigel !
Comment il va ?
Mieux, la fièvre est redescendue.
Mais que s'est-il passé ?
J'en sais rien.
Allez, va te reposer. On va s'occuper de lui, maintenant.
Qu'est-ce qu'il a sur la lèvre ?
APPEL ENTRANT
Il s'était passé quelque chose, nous le savions tous les deux.
Nous étions pourtant revenus au point de départ, comme quand on était enfants.
Séparés par cette frontière, où moi, j'étais la petite fille du Grave,
et lui, le fabricant de larmes.
Avec Lionel aussi, tout avait changé.
On se voyait au lycée, mais on ne se parlait pas.
Heureusement que mes amies étaient là. J'avais beaucoup de chance de les avoir.
Il n'y avait que pour Adeline que j'avais ressenti ça.
Waouh !
Miki est millionnaire, mais elle ne veut pas qu'on en parle.
Elle a trop honte. Tu trouves ça normal ?
Salut.
J'ai demandé qu'on nous prépare à manger.
- Je termine la toilette de mon cheval. - OK.
- Billie, tu l'accompagnes ? - Oui.
T'as compris la différence ?
Une bactérie est un organisme, bien qu'unicellulaire,
et le virus, une chaîne de protéines.
Tu devrais remplacer M. Kirill. Quand il l'explique, je m'endors.
On dirait que je lui fais exactement le même effet.
Je vais aux toilettes.
OK.
T'as rien vu du tout.
D'accord.
Personne ne doit le savoir.
Alors, c'était toi ?
La rose blanche.
Il faut que tu lui dises.
Billie est ma meilleure amie. Je risquerais de la perdre.
- Tu peux pas le savoir. - Si, je le sais.
Faut qu'on se prépare. Pourquoi vous m'avez pas réveillée ?
Qu'est-ce que vous avez ?
Rien du tout.
Nica, ça fait un mois que tu m'évites.
Pourquoi tu réponds pas au téléphone ?
Excuse-moi, j'ai pas pu répondre. Qu'est-ce que tu fais là ?
Tu me plais, Nica.
Dis à ton frangin de nous laisser respirer.
Il fera toujours partie de ma vie.
Qu'est-ce que ça veut dire ?
Qu'est-ce qu'il y a entre vous deux ?
Tu peux pas comprendre.
T'as pas été dans un orphelinat.
- Je dois y aller. - Non, reste là.
Pardon, je te la rachèterai.
C'était la dernière.
Elle était pour Rigel. C'est son anniversaire.
Et tu peux pas lui offrir quelque chose d'autre ?
Non.
Il déteste les cadeaux.
C'était le seul objet qui avait vraiment un sens.
Il faut que j'y aille.
Lionel ne pouvait pas comprendre.
Pour lui, c'était une simple sphère de cristal.
Pour moi, c'était le moyen de rappeler à Rigel qu'il pouvait briller,
comme l'étoile dont il portait le nom.
Nica, viens, ma belle. T'es rentrée. Viens.
Bonjour.
Vous m'aviez pas dit qu'elle était si belle.
Raconte-moi comment ça se passe avec ces deux énergumènes.
Quand j'aurai raconté mes secrets,
je ne suis pas sûre que tu voudras les garder pour parents.
Moi, c'est Dalma, et voici ma fille Asia.
Et celui qui est en train de se goinfrer de pain, c'est mon mari.
Anna me parle très souvent de vous.
Pourquoi tu es restée dans un orphelinat jusqu'à 16 ans ?
Asia !
Avec tout ce qu'elle sait sur nous,
j'aimerais bien en savoir un peu plus sur elle.
Rigel !
Salut, tout le monde.
Désolé pour le retard.
On va pouvoir passer à table.
Qui veut la première saucisse ?
Nica, tu peux aller voir qui c'est ?
Oui, j'y vais.
Adeline ?
Salut ! Que fais-tu là ?
Je l'ai invitée.
Comment t'as réussi à sortir ?
Je vais avoir 18 ans, on me laisse sortir en ville
pour aller chercher du travail.
Anna m'a appelée hier, et aujourd'hui, je suis avec vous.
Viens, fais-la entrer.
Merci.
J'ai cru comprendre que ta sœur avait de nombreux admirateurs.
Tu es fier d'elle ou jaloux ?
Je ne m'intéresse pas à la vie amoureuse de Nica.
Je sais que tu n'aimes pas fêter les anniversaires,
mais celui-ci est différent.
J'espère que pour Nica et toi, c'est le début d'une nouvelle vie.
Dès demain, vous deviendrez officiellement des Milligan.
La demande d'adoption a été finalisée.
C'est une plaisanterie ? Deux pour le prix d'un ?
Asia !
Vous essayez de remplacer Alan !
Ça fait des mois que tu dis plus son nom.
Pas besoin pour me souvenir de lui.
Oui ? Parce qu'à t'entendre, c'est comme si tu l'avais oublié.
Comment tu oses dire ça ?
Et vous, comment vous osez faire ça ?
Asia !
Tu restes attachée à ta douleur comme à un boulet
qui t'entraînera vers le fond.
Norman et moi, on essaie juste d'aller de l'avant.
En adoptant ces deux-là ?
Non...
En faisant le bonheur de deux ados qui ont besoin d'amour.
Et moi aussi, j'ai besoin d'amour, mais Alan n'est plus là.
Je pourrai plus le voir et je... je pourrai plus lui dire combien je l'aime.
Excuse-moi, mais je... je peux pas l'accepter.
Personne ne le remplacera.
Asia !
Je savais pas qu'Asia sortait avec le fils des Milligan.
Moi, je l'avais compris, même si Anna et Norman n'en parlent pas beaucoup.
On a tous nos propres tragédies.
Mais évite d'en faire une affaire personnelle.
Ça se voit qu'ils tiennent beaucoup à toi.
On a tous nos propres tragédies, mais elles sont différentes.
J'ai rien à voir avec eux.
Mais qu'est-ce que tu dis ?
T'as toujours rêvé d'avoir une famille.
Mais ils savent pas qui je suis vraiment.
Ils ignorent les épreuves qu'on a traversées.
Tu devrais leur dire.
J'ai pas envie qu'ils me voient comme une fille moche, brisée et inutile.
Nica,
tu n'es ni moche, ni brisée, ni inutile.
Tu dois juste te libérer du Grave.
C'est impossible. Non, c'est pas impossible.
Les choses sont différentes.
Depuis que Rigel n'y est plus, Margaret a beaucoup changé.
Elle est enfermée dans sa chambre.
Il y a des jours où elle hurle et casse même des choses.
Et donc ?
J'ai vu Peter, il y a quelques jours.
Comment il va ? - Bien.
Sa nouvelle famille est géniale.
Mais il a du mal à se reprendre, lui aussi.
Il veut réunir un groupe pour porter plainte contre Margaret.
Non. Si...
Non, non. - Nica.
Ton témoignage est fondamental pour nous.
Tu es celle qui a le plus souffert, à qui elle a fait du mal.
Il faut que tu nous aides. On a tous besoin de toi.
J'aurai jamais la force de l'affronter.
Si, tu l'auras.
T'es bien plus forte que ce que tu crois.
Dalma et George ont dû s'en aller. Ils te saluent.
Je suis désolée, Nica.
J'en profite pour vous dire au revoir, Mme Milligan.
- Je retourne à l'orphelinat. - Au revoir.
Au revoir.
Ciao.
T'aurais jamais dû entendre ces mots-là.
Asia était très en colère.
Ça fait rien.
Dis-lui que tu les as laissés te choisir pour rester avec elle.
Elle a toujours rêvé d'avoir une famille.
J'ai pas envie de briser son rêve.
Rigel...
Tu dois lui dire que c'était toi qui lui tenais la main.
Elle a toujours cru que c'est moi qui étais avec elle.
Les histoires où le loup prend la petite fille par la main n'existent pas.
Allez, vas-y.
Salut, Rigel. À bientôt.
Je t'aime.
Moi aussi.
Ça m'embête qu'Asia aille aussi mal.
Elle aussi ne distingue plus
où est la frontière entre son amour et sa douleur.
Elle doit se rappeler qu'entre les deux, il y a une différence.
Je voulais jouer du piano à ses côtés.
Joindre mes doigts aux siens, les effleurer.
Je voulais effacer sa tristesse.
Je voulais effacer Margaret, effacer le passé.
Je voulais qu'à présent, Rigel efface le souvenir
qu'il avait d'elle quand il jouait, et qu'il le remplace par le nôtre.
Celui de nos mains qui s'unissent, celui de nos deux cœurs entrelacés.
Nous pouvions être l'incarnation d'une mélodie remplie d'imperfections,
d'erreurs et de défauts...
mais aussi d'éclats de rire, de merveilles et de bonheur.
Je t'ai pas fait de cadeau.
C'est pas important.
Si, bien au contraire.
J'y tenais et j'ai envie de me racheter.
Je te dis que c'est pas important.
Il y a bien quelque chose dont t'as envie.
Ça peut être n'importe quoi.
Ça peut être n'importe quoi ?
Et si je te disais de rester immobile ?
Simplement immobile.
Ne bouge pas.
S'il te plaît, t'en va pas.
S'il te plaît.
Lionel, qu'est-ce que tu fais là ?
Je sais qu'il est très tard, mais j'arrive pas à dormir.
Je peux pas m'empêcher de penser à toi.
Je supporte pas de te voir vivre avec lui.
Je supporte pas de toujours le voir traîner autour de toi.
Vous étiez ensemble ce soir, c'est ça ?
T'as pas vu comment t'es habillée ?
C'est quoi, le cadeau qu'il t'a demandé, hein ?
Nica, vous allez devenir frère et sœur.
Et si ça venait à se savoir ?
- Tes parents voudraient encore de toi ? - Va-t'en !
Pardonne-moi.
Mais tu me plais vraiment beaucoup.
Rigel ?
Va-t'en.
Ton histoire parfaite, j'en fais pas partie.
Retourne avec lui.
Je partirai pas d'ici.
J'ai envie d'être avec toi.
Retourne dans ton lit, Nica, allez.
Tu continues à te faire des illusions, à croire en ton conte de fées.
Mais on est brisés, et nos vies sont détruites.
Certaines choses ne peuvent pas être réparées.
Ouais, t'as raison.
On est tous les deux détruits.
On n'est pas comme tous les autres.
Si nos vies ont volé en éclats,
peut-être que toi et moi, on peut essayer de recoller les morceaux.
Ça fait une vie entière que t'attends d'avoir une famille.
Et tu l'as méritée.
Tu mérites d'avoir des amis, tu mérites d'avoir un mec normal.
T'es heureuse, ici.
Si je suis heureuse, c'est parce que je suis avec toi.
- Et après ? - Et après quoi ?
Comment tu crois que cette histoire se terminera ?
Je suis bon qu'à te faire du mal.
Ce que nous avions traversé n'avait pas d'importance.
Peut-être était-ce la raison pour laquelle notre lien était si fort ?
Nous étions les seuls à connaître la vérité.
Lui et moi, éternels et inséparables.
Lui, l'étoile, et moi, le ciel.
Lui, la blessure, et moi, le pansement.
Tu sors ? Oui.
Je vais réviser avec Billie et Miki puis on va à la fête.
- Une fête ? - Du lycée.
Parfait. Il y aura Rigel ?
Je sais pas.
On se parle pas beaucoup, ces derniers temps.
Je m'en suis rendu compte.
- Bonjour, Mme Milligan. - Salut, Billie.
J'y vais, alors.
Amusez-vous bien, mais ne rentrez pas trop tard.
Ne vous inquiétez pas, madame. Nica est entre de bonnes mains.
Ciao. - Ciao.
Oui ?
Tu vas pas à la fête du lycée ?
Rigel, qu'est-ce que tu as ?
Tu es comme ça depuis le jour de ton anniversaire.
Anna, je...
J'ai besoin de te parler.
Alors, cette tenue vous plaît ?
Beaucoup.
- Comment vous me trouvez ? - Parfaite.
J'étais mieux avec la robe rouge ?
Qu'est-ce que t'as ?
OK, je vous le dis. Vous êtes prêtes ?
Je sais qui m'offre des roses blanches.
C'est Phelps.
Comment ça ?
Je l'ai vu au supermarché.
Je lui ai demandé, et il m'a répondu : "Oui, c'est moi."
De toute façon, j'ai toujours su que c'était lui.
Euh...
Non, c'est pas lui.
T'arrives jamais à être contente pour moi.
Billie, c'est pas lui.
Mais pourquoi ?
Parce que c'est moi.
T'as dit quoi ?
C'est moi qui, tous les ans, t'apporte une rose blanche.
Et pourquoi t'as fait ça ? Je te faisais trop de peine ?
T'avais pitié de moi ? Dis-moi pourquoi t'as fait ça, putain.
Parce que je suis amoureuse de toi.
J'ai tout gâché.
♪ Laisse tomber les filles Laisse tomber les filles ♪
♪ Un jour, c'est toi qu'on laissera ♪
♪ Laisse tomber les filles ♪
♪ Laisse tomber les filles Un jour, c'est toi qui pleureras ♪
♪ Oui, j'ai pleuré mais ce jour-là ♪
♪ Non, je ne pleurerai pas Je ne pleurerai pas ♪
♪ Je dirai c'est bien fait pour toi ♪
♪ Je dirai ça t'apprendra Je dirai ça t'apprendra ♪
♪ Laisse tomber... ♪
Comment tu vas ?
Je m'amuse comme une folle.
Miki se sent vraiment super mal.
J'ai pas envie de parler de cette histoire.
J'ai tellement envie de boire,
jusqu'à en perdre connaissance.
Salut, t'as envie de danser ?
Va te faire foutre, va te faire foutre, va te faire foutre.
Qu'est-ce qu'elle a ?
Salut.
Nica, pardonne-moi.
J'ai fait n'importe quoi, mais je crois...
Je crois que je suis tombé fou amoureux de toi.
Et je gère très mal la situation.
Et maintenant ?
Maintenant, viens, on danse.
On fait la paix.
♪ Alors tu te rappelleras Tout ce que je te dis là ♪
♪ Tout ce que je te dis là ♪
♪ Alors tu te rappelleras Tout ce que je te dis là ♪
♪ Tout ce que je te dis là ♪
J'ai la tête qui tourne.
J'ai pas l'habitude de danser.
On va trouver un endroit plus tranquille.
Pourquoi tu m'as fait venir ici ?
Regarde.
Waouh !
- Ça te plaît ? - Oui.
Ça va aller, Lionel.
Je me sens mieux, on retourne là-bas.
Tout à l'heure, tu voulais venir ici, et maintenant, tu veux t'en aller ?
Lionel, s'il te plaît.
Lionel, s'il te plaît. Je t'en supplie. Arrête, arrête, arrête.
Billie, Billie !
Où est Nica ?
Euh, j'en sais rien. Il y a une minute, elle était là.
Avec Lionel...
Attends. Je crois qu'ils sont partis par là.
Lionel !
Arrête !
À l'aide !
Non !
Lâche-moi.
Je te lâche, et tu t'en vas.
Tu te prends pour le sauveur, c'est ça ?
Tu viens jouer les héros ?
Je te montre ce que c'est de jouer les méchants ?
J'en ai pas fini avec toi.
Comment tu te sens ?
Ça va aller ?
Tu sais quelle a été la dernière phrase que ma mère a prononcée ?
"Si le loup est le méchant,
"c'est juste parce qu'on a décidé qu'il en était ainsi."
Alors, si le loup, c'est vraiment toi,
j'ai pas l'intention de vivre mon histoire sans toi.
Je ne suis qu'un sentier d'épines.
J'ai jamais eu peur de me blesser.
Vous me dégoûtez !
Je le dirai à tout le monde !
Ce que vous faites ensemble, je le dirai.
Lionel, fais pas ça.
Il devrait juste te considérer comme une sœur, tu t'en rends compte ?
Tu veux rester avec lui ?
Très mauvais choix !
Viens, on s'en va.
Je t'aime.
Nica ?
Nica ? Tu m'entends ?
Salut.
T'es à l'hôpital. T'as eu un terrible accident.
J'appelle Anna et Norman. Ils attendent.
Une minute.
Au Grave, quand Margaret...
me punissait.
C'était pas toi qui me tenais par la main.
C'était Rigel ?
Oui, c'était Rigel.
Mais il voulait pas que je te le dise.
Pourquoi ?
Parce qu'il est comme ça...
Salut...
Nica...
Tu nous as fait une de ces peurs, si tu savais.
Où est Rigel ?
- Je vais chercher le médecin. - Oui.
Où il est ?
Où... ? Où il est ?
Calme-toi. Ils avaient un bilan de santé à lui faire passer.
Quand ils auront les résultats, ils nous expliqueront ce qui se passe.
Je veux le voir.
Tu ne peux pas sortir d'ici pour l'instant, Nica.
Bonjour. Bonjour.
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Vous êtes tombés du haut d'un pont.
Votre corps a réussi à résister à la chute, mais lui, il est dans le coma.
Dans le coma ?
Malheureusement, ses antécédents médicaux
n'ont fait qu'aggraver sa situation.
Les antécédents médicaux ?
Nous avons détecté la présence de neurinomes au cerveau.
Ils provoquent de fortes fièvres et des maux de tête.
Sincèrement, je ne comprends pas pourquoi il n'a jamais été opéré.
Je veux le voir.
Ce ne sera pas possible de le voir.
Margaret ne laisse entrer personne.
Margaret ?
Nica...
Rigel s'est opposé à notre demande d'adoption.
Non, c'est impossible.
Quand il nous l'a annoncé, il était catégorique.
Et...
Il a préféré retourner sous la tutelle de Margaret.
Tiens.
Il a laissé ça pour toi, dans ta chambre.
Conduisez-moi près de lui.
Je vous en prie.
Je savais très bien que tôt ou tard, tu le détruirais.
Je n'aurais jamais dû vous laisser l'emmener loin de moi.
C'est de ta faute si Rigel se retrouve dans le coma.
Vous devez me laisser le voir.
Non, Nica.
Tu ne pourras pas le voir, ni maintenant, ni jamais.
Je vous en supplie.
Je te l'ai déjà dit une fois.
Pleurer ne fera pas revenir ce que tu as perdu.
Allez-vous-en, à présent.
Elle voulait m'écarter de Rigel,
mais je revenais tous les jours pour rester près de lui.
Je n'étais pas seule.
D'anciens et de nouveaux amis commençaient à se joindre à moi,
et je ne baissais pas les bras.
Le passé continuait à me faire mal, et j'avais l'impression que Rigel
s'éloignait de plus en plus.
Il n'existait qu'une solution pour nous libérer, tous deux.
Le premier témoin que nous appelons à la barre est M. Peter Corrin.
M. Corrin, avez-vous subi des violences physiques ou morales
pendant la durée de votre séjour à l'orphelinat de Sunnycreek Home ?
Non.
Dans votre déposition du 20 février,
vous avez formulé les déclarations suivantes :
"Les châtiments corporels étaient à l'ordre du jour.
"J'ai moi-même été frappé à plusieurs reprises,
"et on m'a souvent privé de nourriture."
Vous souvenez-vous de ces affirmations ?
Je me suis trompé.
Savez-vous que le parjure est considéré comme un délit ?
Objection !
Il intimide notre témoin, d'autant plus qu'il est mineur.
Accordée.
Salut.
Salut.
Comment il va ?
Il est là.
Anna et Norman
m'ont dit que le procès de Margaret avait commencé.
Comment ça se passe ?
C'est difficile.
Nica...
Je voulais m'excuser pour le comportement que j'ai eu avec toi.
Je te comprends.
- Vraiment ? - Je sais ce qu'on peut ressentir...
quand on perd quelqu'un qu'on aime.
Mlle Milligan.
Vous avez été adoptée, il y a tout juste quatre mois.
Il y avait un autre garçon avec vous, sauf erreur de ma part.
Oui. Rigel Wilde.
Il a pris la décision
de retourner à l'orphelinat Sunnycreek Home,
et de renoncer à son adoption.
Objection. Ça n'a aucune pertinence.
Laissez-moi une seconde, vous comprendrez la pertinence de ma question.
Procédez, maître. Le témoin peut répondre à la question.
C'est pas ce que vous croyez.
Je vous prie de vous en tenir à mes questions.
Rigel Wilde a-t-il refusé cette demande d'adoption ?
Oui.
Et donc, un garçon qui avait finalement réussi à trouver une famille qui l'aimait
aurait subitement décidé de retourner dans un orphelinat
où il se faisait constamment torturer.
C'est pas ça. Elle ne le battait pas.
Je ne vous ai pas entendue. - Elle ne le battait pas.
Que les autres ? Oui.
Pourquoi il n'était pas battu ?
Pour elle, Rigel était... comme un fils.
Êtes-vous amoureuse de Rigel Wilde ?
Objection, votre honneur !
Rejetée.
Répondez à la question.
Oui.
Ce qui signifie...
que vous étiez prête à être adoptée, avec un garçon que vous aimez,
qui au contraire a décidé de retourner
avec celle qu'il considère comme sa mère.
Il la déteste.
Vraiment ? Oh...
Je crois que c'est plutôt vous qui détestez Margaret Stoker,
qui se trouve aujourd'hui sur le banc des accusés
- pour vengeance personnelle. - Objection.
Elle intimide le témoin.
Qui a osé insulter ma cliente.
Je me sens pas bien.
Ce n'est que le début, tu ne peux pas laisser tomber, maintenant.
On n'y arrivera jamais, t'as vu comment elle s'est adressée à moi ?
Nous devons avoir confiance, Nica.
On retourne à l'audience, ça va aller.
- Oui. - Allez, viens là.
Tout va bien ?
Êtes-vous sûre de vouloir procéder ?
Nous pouvons aussi ajourner l'audience à demain.
Non.
Ça va aller.
Alors, je vous en prie, vous avez la parole.
L'orphelinat, nous l'appelions le Grave.
Pas à cause de ses murs qui s'effritaient ou de ses caves humides
dans lesquelles nous étions enfermés tous les jours.
Nous l'appelions le Grave parce que c'était la tombe de nos âmes.
Je ne porte pas de cicatrices physiques de ce qu'on m'a fait.
Et ce n'est que maintenant...
que j'ai compris que je n'étais pas seulement ici
pour dénoncer le mal qui m'a été fait à moi,
à Adeline,
à Peter,
ou à tous les autres enfants, mais aussi celui qui a été fait à Rigel Wilde.
Rigel,
que Margaret aimait comme un fils,
a été forcé à regarder les tortures qu'elle nous faisait subir tous les jours,
sans pouvoir nous sauver.
Margaret... l'avait convaincu d'être un monstre.
Elle l'avait convaincu d'être le loup, le méchant de l'histoire.
Si on est poursuivi par le mal,
comment peut-on... être aimé ou donner de l'amour ?
Aujourd'hui, Rigel est dans le coma.
Mais pour la première fois, je sais qu'il se sent vivant.
Parce qu'il sait ce qu'est l'amour.
Et il sait qu'il est aimé.
Peu importe que vous me croyiez ou non.
Je comprends ceux qui ont eu peur
de témoigner ou de dire la vérité, aujourd'hui.
Il est fort probable que leur âme soit encore restée enfermée au Grave.
Enfermée dans ces cellules sans ciel.
Sans jamais savoir que pour pouvoir être aimé...
ou pour donner de l'amour,
il ne faut pas avoir peur,
il faut seulement être très courageux.
Rigel...
On a gagné.
Margaret ne nous fera plus aucun mal.
Rigel, regarde comme tu me fais pleurer.
Tu es mon fabricant de larmes.
Chacun d'entre nous a le sien.
Et cette personne est capable de nous faire pleurer,
de nous torturer, ou de nous rendre heureux...
Un seul regard lui suffit.
Je t'aime.
Je t'aime plus que tout.
Nica...
Rigel !
Rigel ?
Je revoyais l'enfant qui m'avait regardée sur le parvis du Grave.
C'était la main qui avait trouvé le courage
de serrer la mienne dans la cave.
C'était le cœur qu'il n'avait jamais eu le courage de me donner.
Mais qui au bout du compte,
hurlait mon nom.
Et même si notre histoire ne serait jamais un véritable conte de fées,
et que nous resterions ces deux enfants
qui se sont connus dans un orphelinat,
peut-être que le bonheur existait aussi pour nous.
Je n'étais plus seule.
J'avais trouvé une famille,
des personnes qui m'avaient appris ce qu'était l'amitié,
et d'autres qui s'étaient retrouvées, écoutées et comprises.
J'avais découvert toutes les nuances qu'il y avait dans les sentiments,
combien il était difficile d'être soi-même,
et de laisser quelqu'un nous accepter comme nous sommes.
Et j'avais fini par comprendre
que le plus grand des contes de fées, nous l'avons dans le cœur.
FABRICANT DE LARMES
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