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Merci.
Avec du lait.
Merci.
Je préférais le café de Fornos.
Dommage qu'ils aient fermé il y a 30 ans.
- Qu'est-ce que c'est ? - C'est anonyme.
Une critique de votre roman "La Volonté" qui arrive 30 ans plus tard.
Ça parle de Claret.
N'était-ce pas un moine de la coterie de la cour d'Isabelle II ?
Ce n'était pas un personnage intéressant. Je ne comprends pas cette critique acerbe.
Apparemment, il n'a pas aimé votre roman.
Manque d'inspiration ?
Comment va Julia ?
Elle va bien.
Claret.
Valle l'a mentionné dans son roman "La Cour des Miracles",
de la série "Les Arènes ibériques".
Il manipulait la reine pour qu'elle retire et nomme des politiciens et des évêques.
Il se pourrait même avoir été amants.
Il y avait un livre qui s'appelait "La Clé d'or" je crois.
Oui, cher ami ! "La Clé d'or" est très connue.
L'une de ses éditions est renommée.
- Ce ne sont pas toutes pas les mêmes ? - Apparemment non.
N'est-ce pas étrange ?
Dites quelque chose, vous n'avez pas dit un mot du chemin.
Vous n'êtes pas inquiet au sujet de cette lettre anonyme ?
Vous avez écrit ce roman il y a 30 ans.
Imaginez-nous redevenir deux anarchistes révolutionnaires.
Sacrée génération, celle de 98 !
Ne m'empoisonnez pas l'esprit, vous avez rejeté cette idée.
Vive la dissidence, cher ami !
Nous devons surmonter les désastres de 98 une fois pour toutes.
Vous commencez à devenir une génération de pessimistes.
Pessimistes !
- Notre discussion touche à sa fin. - Où allez-vous ?
- Je dois vérifier quelque chose. - Mais où ça ?
À la bibliothèque.
Vous êtes incorrigible.
Ne rentrez pas trop tard.
Cessez d'inquiéter votre femme.
"La Volonté". Où es-tu ?
Te voilà !
"C'est un symbole de volupté.
Représenté par un homme habillé en archevêque.
Cet homme s'appelle Antonio María Claret y Clará.
C’était un homme véritable
car il jouissait des choses les plus intenses et agréables au monde : l'amour.
L'expression de ses lèvres ressemble à celle de Baudelaire,
le poète pervers et décadent,
décadent tout comme l'était l'archevêque lui-même.
Et aussi, un de ses biographes dit de lui qu'une jeune femme l'a rendu fou,
et qu'avec elle il profitait de luxures souvent imaginées mais jamais écrites."
Où étais-tu ?
Je cherchais.
Que cherchais-tu ?
Ils sont différents.
Vive la République !
Oui ! Allez !
Un prêtre est à la porte, un certain Jean Postius.
Il dit qu'il est un Fils du Cœur Immaculé de Marie.
Fais-le entrer.
Bonjour à vous, Don José.
Excusez mon audace de m'inviter ainsi chez vous.
Asseyez-vous.
Je ne veux pas vous ennuyer trop longtemps.
Vive la République !
Que pensez-vous de ce qui se passe ?
Nous nous adapterons, aucune inquiétude.
Je suis venu vous proposer une petite collaboration.
- Une collaboration ? - Oui.
Vous connaissez le Père Claret.
Nous avons lu votre article "Les Péchés Capitaux" dans un journal argentin,
et il semblerait que votre opinion sur notre fondateur ait changé.
Je suis le Postulateur de sa cause de Béatification
et je recueille des écrits et témoignages de personnalités d'importance.
Don Pio Zabala, le recteur de l'Université de Madrid propose d'écrire une biographie.
Désolé, je ne pense pas pouvoir le faire.
Je comprends.
Ce n'est pas le moment de déterrer des histoires d'archevêques calomniés.
Vos collègues intellectuels pourraient mal interpréter vos intentions.
Nous voulons juste permettre aux gens de découvrir le vrai Claret.
Et pour que le monde puisse savoir qui il est, la vérité doit éclater.
Désolé, je suis très occupé, je viens de commencer un livre.
Je ne peux pas.
Je ne vais plus vous importuner.
Je vous les laisse, au cas où un jour vous voudriez y jeter un coup d'œil.
Antonio María Claret y Clará,
est né à Sallent, évêché de Vic,
province de Barcelone, au début du XIXe siècle.
Ses parents étaient des artisans du textile, honnêtes et croyants.
Dès l'enfance ses parents lui inculquèrent la dévotion au Saint Sacrement
et à la Vierge Marie.
Depuis son plus jeune âge, Claret fut obsédé par l'idée de la damnation,
et que les gens puissent se perdre et souffrir pour l'éternité.
Pour toujours.
Jusqu'à la fin des temps.
Il voulait sauver tous les pécheurs du feu éternel,
mais avec le temps, cette idée romantique fut oubliée.
Jan.
Tricote un échantillon avec ce modèle.
Mais quand as-tu commencé ? Il est trop tôt, Antonio.
Je ne suis pas rentré. J'ai travaillé toute la nuit.
C'est un modèle très compliqué, tu es sûr ?
Absolument.
C'est de très bonne qualité. Comment as-tu fait ?
En étudiant les tissus concurrents.
Fabuleux.
J'ai l'intention d'ouvrir un autre atelier ici à Barcelone et je me disais
que tu pourrais le diriger.
Nous devons célébrer.
Josefa, apporte-moi la bouteille gardée pour les occasions spéciales.
Je ne sais pas si ce vin est bon.
Il est dans la cave depuis la guerre avec les Français.
Et ensuite ? Quand vas-tu ouvrir ton propre atelier ?
C'est trop tôt pour le dire, mais à ce rythme,
nous aurons assez d'argent pour ouvrir un autre atelier ici.
Nous allons nous démarquer sur le marché du textile à Barcelone.
En plus de travailler sans relâche,
il étudiait l'illustration et les langues à Lonja del Mar.
Toujours occupé.
Une pièce, pour l'amour de Dieu.
Concentré sur ses affaires
et aveugle au monde qui l'entourait.
Antonio, on a reçu ces tissus d'Angleterre.
C'est de bonne qualité.
- On peut faire quelque chose de proche. - Non, quelque chose de mieux.
Bien.
Tu te mets au travail ?
Allez, voyons !
Y a-t-il des choses que tu ne sais pas faire ?
Je ne sais pas nager.
J'ignorais que tu aimais dessiner des Vierges.
C'est la Vierge de Fusimanya, je lui suis dévoué.
Sais-tu ce qui est arrivé à Carme ? Son mari est finalement décédé.
Une veuve avec quatre enfants et l'atelier ne s'occupe de rien.
Elle mendie pour de l'argent à la porte.
Si tu comptes ne rien faire de productif, au moins va jouer ce numéro à la loterie.
Si on gagne, on ouvrira notre propre atelier.
Et on sera riche, Antonio.
S'il vous plaît, donnez-moi une chance.
Va-t'en Carme.
- Je ne veux plus te voir traîner par ici. - S'il vous plaît !
- C'est d'aujourd'hui ? - Oui.
On a gagné ! Jan !
- Vraiment ? - Oui !
- Où est Jan ? - Il n'est pas venu ce matin.
Quelle crapule !
Tu dis qu'il a emporté tout le gain de la loterie
et qu'il a aussi volé les bijoux d'une veuve ?
Oui.
C'est un joueur compulsif, il devait toujours de l'argent.
Ils l'ont arrêté cet après-midi.
Tu faisais affaire avec un criminel.
J'espère qu'on ne va pas t'associer à lui. Quelle honte !
Antonio.
J'ai perdu ta part.
Mais je connais un endroit où,
si tu pouvais payer ma caution on pourrait regagner tout l'argent et plus.
Non, Jan.
- N'es-tu pas venu me sortir d'ici ? - Pourquoi as-tu fait ça ?
Tu aurais fait pareil, c'était une opportunité.
- Une opportunité pour quoi ? - Pour gagner plus d'argent.
C'est ce que tu voulais. Être riche, vivre mieux ?
Pas ainsi.
Bien sûr.
Bien sûr.
Ta famille a des ateliers, à Barcelone ou à Sallent.
Tu auras toujours un toit et un plat chaud sur la table.
Nous autres devons travailler deux fois plus.
Personne ne m'a jamais rien donné ! J'ai dû travailler dur, pas comme...
Pas comme moi ?
Seuls tes machines et tes tissus t'importent !
Antonio.
Tu vas bien ?
Oui, oui.
Vous allez trouver cela idiot,
mais, je crois qu'elle
m'a fait venir ici.
Je ne sais pas ce qui m'arrive.
Je pensais que si je me consacrais à mon travail corps et âme,
je remplirais ce vide en moi.
mais je pense que les gens qui se condamnent eux-mêmes se perdent.
Pour l'éternité.
À jamais.
Je ne sais pas si je peux faire quelque chose,
ou si je veux faire quelque chose.
Je ne sais pas.
C'est très difficile.
Bonjour, je suis venu pour payer la caution de Jan Garcia Vila.
La caution a déjà été payée.
Comment ? Il n'est plus en prison ?
Non, Monsieur.
Merci.
Jan !
Jan, tu es là ?
Je suis désolé.
Comme le disait Jésus : "Celui qui veut sauver sa vie la perdra,
mais celui qui perd sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera."
Et que sert-il à un homme de gagner le monde si à la fin il perd son âme ?
Que me demandes-tu ?
Que veux-tu de moi ?
Comment ça tu pars ?
Cette vie n'est pas la mienne.
Et Carme ?
- Qui ? - La femme avec la robe bleue.
La femme de Soler ? On ne l'a pas vue depuis plusieurs jours.
Ceci est pour elle.
Si vous la voyez, donnez-le lui.
La parole est l'eau vive qui étanche la soif de ceux qui la cherchent.
Les gens nous écoutent pendant les homélies,
pendant les prédications et les sermons,
pour obtenir ce trésor que nous portons dans des jarres d'argile aux gens.
Un séminariste !
Et l’atelier ? Et tout ce que tu as accompli ?
Tu es devenu fou ? Tu as tout gâché.
Gardez des trésors dans le ciel,
là où il n’y a pas de mites ni de vers qui dévorent,
ou de voleurs qui percent les murs pour voler.
Car là où est ton trésor,
là aussi sera ton cœur.
Claret ne voulait pas être un prêtre conventionnel.
Il entreprit un voyage de recherche qui le mena jusqu'à Rome.
Finalement, il retourna en tant que missionnaire dans son pays natal.
Il retrouva un pays en proie à une guerre civile sanglante,
les guerres carlistes.
Ce furent des années compliquées.
Certains prêtres craignaient l'avenir libéral qu'offrait Isabelle II,
d'autres faisaient campagne en chaire pour les Carlistes.
D'autres furent expulsés de leurs villes par leurs fidèles,
créant une atmosphère anticléricale.
Bien que Claret eût pris soin d'éviter les troubles civils,
la guerre ne tarda pas à atteindre toutes les villes de Catalogne.
Va-t'en, corbeau !
Carliste !
Va-t'en !
D'où vient-il ? N'était-il pas Castillan ?
Ses parents sont de Sallent.
Il a vécu à Rome, où il a étudié chez les Jésuites.
Un missionnaire.
Il devrait rester dans sa paroisse et ne pas perdre son temps.
Qu'en est-il des autres ?
Comme je vous l'ai dit, dans cette ville, tout le monde est libéral.
C'est une cause perdue.
- Un médecin ! - Un médecin, de grâce !
- Les Carlistes ne les laissent pas. - On a besoin d'aide !
Je peux peut-être l'aider.
- On n'a pas besoin d'un prêtre. - Laissez-moi, je m'y connais en médecine.
Du calme.
Si vous voulez, je vous le donne.
Tu vas mieux ?
Les livres sont la meilleure création de l'Homme.
Sans eux, nous ne serions pas là.
Ce sont des fenêtres qui laissent entrer la lumière.
Bonjour.
N'êtes-vous pas le prêtre qui a guéri
un soldat à Villadrau l'autre jour ?
Pourriez-vous nous accorder un miracle
pour qu'on termine le champ avant la tombée de la nuit ?
Non, mais je peux vous aider à terminer plus vite.
Voici vos livres.
Merci.
J'en écris d'autres. J'en apporterai un autre à imprimer la semaine prochaine.
Mon Père, ne trouvez-vous pas ces livres trop fins ?
Les livres doivent être fins parce que les gens marchent vite.
- Bonjour. - Bonjour, mon Père.
- Tu vas mieux ? - Oui.
Voyons si tu aimes celui-ci.
C'est vous qui l'avez écrit ?
- Je vous dois combien ? - C'est gratuit.
J'en ai plusieurs si quelqu'un d'autre en veut.
Merci mon Père.
Merci mon Père.
Comme vous le savez, les Hommes sont motivés par trois choses :
l'intérêt ou l'argent,
le plaisir, et l'honneur.
Je ne suis pas là pour l'argent, je ne demanderai pas un sou.
Je ne recherche pas non plus le plaisir, car vos fatigues seront mes fatigues.
Ni l'honneur,
car ma cause est bien plus noble.
Je souhaite que Dieu soit connu et aimé de tous.
- Bonjour mon Père. - Bonjour.
Bonjour.
Aux armes !
Visez !
Feu !
Vous ne pouvez pas entrer.
L'église est fermée aujourd'hui.
Si les libéraux gagnent, ce sera la fin de L'Église.
Ce n'est pas une certitude.
Unissez-vous à nous, les gens feront ce que vous leur direz.
Ceci n'est pas la voie de l'Évangile.
Les armes ne seront jamais une option pour moi.
Peu après, Claret se vu offrir la possibilité d'aller aux îles Canaries.
Il accepta. Avec la guerre, il ne pouvait plus être missionnaire en Catalogne.
Qu'y a-t-il ?
Ces deux hommes nous écoutent.
Ce sont des critiques littéraires, je les connais.
Je me fiche de ce que les autres pensent et vous devriez faire de même.
J'imagine que le Père Claret s'en est bien sorti aux Canaries.
Et, comme d'habitude de la chaire au confessionnal et vice versa.
À son retour des îles Canaries, il rencontra cinq prêtres à Vic
et fonda la Congrégation Missionnaire des Fils du Cœur Immaculé de Marie.
Notre intention est d'apporter la parole de Dieu
aux quatre coins du monde.
La parole est lumière
et elle a tant de pouvoir qu'elle peut changer la vie des gens.
C'est vrai que les temps semblent sombres, y compris au sein de notre Église.
C'est pourquoi, plus que jamais, il faut que la bonne parole
soit accompagnée d'actions afin de la renouveler
et de renouveler l'Église.
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.
Mangez bien, car demain nous allons proposer des exercices spirituels
à quelques prêtres à Gérone.
Alors, allons-y.
Personne n'a dit que notre travail de prêtre serait facile.
Nous connaîtrons difficultés, découragement et perte de confiance.
Certains vous haïront, simplement pour qui vous êtes,
mais vous devrez les aider.
Vous avez reçu la parole gratuitement, offrez-la gratuitement.
Si on ne fait payer aucune rémunération, de quoi allons-nous vivre ?
Croyez en la Providence.
Rappelez-vous, les oiseaux ne vivent pas dans les granges et ne manquent de rien.
Que pensez-vous de la vente des indulgences ?
J'aimerais que comme dans les autres pays, cela n'existe pas...
Elles offrent du répit au pécheur affligé.
Le pardon est une grâce.
Il ne peut être ni acheté ni mérité.
Que peut-on se dire dans les moments difficiles ?
Moi, je me dis ceci :
"Fais-nous, Seigneur,
brûler de charité
et nous enflammer dans le feu de ton amour,
partout où nous allons."
Méditez en silence sur cela.
Beaucoup ne comprennent pas la profondeur de vos paroles.
Ils se sont habitués à une vie confortable dans leur paroisse.
Ils s'accrochent à leurs messes, soutanes et oublient le troupeau sans défense.
Paladio Currius, pour vous servir.
Que pouvez-vous me dire sur le Père Claret ?
Il est dangereux, ses enseignements sont subversifs,
et il a beaucoup d'adeptes.
J'ai entendu dire qu'il est aussi rentré en contact avec un prêtre carliste.
Ce n'est pas le moment d'attiser la flamme en Catalogne.
Qu'est-ce que tu fais ?
J'étudie.
je veux en apprendre plus pour pouvoir mieux parler aux gens.
Ça dit quoi ?
Ce livre dit qu'aux enfants comme toi
appartient le royaume du Ciel.
J'ai un royaume ?
- Tenez. - Maman.
- Vous devez reprendre des forces. - Merci.
Maman, le prêtre a dit qu'on a un royaume. Ça veut dire qu'on va être des reines ?
Dites-moi. Combien on vous doit pour vos services ?
- Nous n'acceptons aucune rémunération. - Père Claret !
Père Claret, ceci est arrivé pour vous, c'est urgent.
Je n'arrive pas à y croire.
Mon Père, qu'y a-t-il ?
On me propose le poste d'archevêque de Santiago de Cuba.
Mais je ne peux pas me retrouver ainsi rattaché à un diocèse.
Et je ne peux pas vous quitter si tôt. Je vais démissionner.
Ils ne vous laisseront pas démissionner.
Et que vais-je faire là-bas ?
Soyez un archevêque missionnaire.
Je n'aime pas les voyages et celui-ci sera long.
Paladio, que faites-vous ici ?
Vous allez être mon archevêque à Cuba.
J'espère que vous êtes prêt à partir aussi loin.
On a des nouvelles de Valle-Inclan ? On ne l'a pas vu ces derniers temps.
Il a divorcé puis est parti à Rome.
Et Maetzu ?
Don Ramiro est très impliqué dans la politique.
Cher ami, vous devriez sortir un peu de la bibliothèque et voir le monde.
Comment va l'inspiration ?
Je suis très pris par le sujet de Claret.
J'ai une idée claire de qui il n'était pas,
mais j'ai encore du travail.
Racontez-moi.
Je n'aime pas parler de lui en public.
Voyons, nous sommes seuls dans le café !
Quelques années après son arrivée à Santiago de Cuba,
Claret réforma le séminaire et régularisa l'activité pastorale.
Il fit tout en son pouvoir pour changer la situation sur l'île.
Mais cela ne suffit pas.
Le mal des anciennes générations rechignait à disparaître.
Pardon Madame !
Mais que diable faites-vous ?
Je vous ai donné l'opportunité de venir dans une bonne maison
et c'est comme ça que vous me remerciez ?
Sortez !
Dehors !
C'est ici ?
Que l'archevêque vient faire les confessions ?
- Oui, Madame. - Bien.
Faites-nous cette faveur. Merci.
Comment puis-je vous aider ?
Je suis venue recevoir le sacrement du pardon.
C'est très bien, mais toutes ces personnes sont arrivées avant vous.
Mais la plupart sont des esclaves.
Dans cette église, on ne fait pas de distinction
entre les esclaves et les personnes libres ou entre les riches et les pauvres.
Si vous voulez vous confesser, vous attendrez votre tour
comme tout le monde.
- Bénissez-moi, mon Père. - Je vous écoute, madame.
Ce n'est pas bien de faire attendre une dame si longtemps.
Regardez cette femme là-bas.
- Que la différencie-t-elle de vous ? - Croyez-moi, on n'est pas pareilles.
Pourquoi ?
N'êtes-vous pas toutes deux les filles de Dieu ?
Qu'est-ce qui fait que vous aurez une place privilégiée à côté du Seigneur ?
Votre argent ?
Vos propriétés et vos biens ?
Vos titres ? Les emporterez-vous dans l'autre vie ?
Savez-vous ce que vous pouvez emporter ?
Vos bonnes actions,
l'amour de votre prochain, quelle que soit sa distinction.
- Attrape ! Dépêche-toi. - Au voleur !
Ce diocèse est comme une maison en ruines.
Regardez.
C'est d'Antonia Paris,
une femme qui dit que Dieu l'a appelée à la mission d'évangélisation sur l'île.
Vous l'aviez rencontrée à Tarragone. Elle veut s'établir ici.
Notre projet est de vous aider dans votre mission,
bien que pour l'instant nous ne puissions que leur accorder une éducation,
indépendamment de leur couleur de peau ou statut.
Nous allons ouvrir une école pour filles ici même.
Vous avez le soutien du Saint-Père.
Il vous a donné la permission de choisir un couvent et une école,
avec les mêmes règles que Tarragone.
Merci, que Dieu vous bénisse.
Vous avez une tâche très importante à accomplir.
Quand nous nous sommes rencontrés à Tarragone,
j'étais emplie de certitudes que vous aviez une tâche très importante pour moi.
Croyez-vous toujours que l'Église a besoin d'être renouvelée ?
Bien entendu.
Ce ne sont là que quelques idées, des sujets qui nous préoccupent.
- Pouvez-vous me donner votre avis ? - Volontiers.
Par ici votre Excellence. Nous sommes ravis de vous accueillir.
C'est pour la vente d'esclaves. Ce sera annoncé après chaque messe.
Il n'y aura pas de vente aujourd'hui.
Les chefs des nations les tyrannisent et les grands les asservissent.
Il n'en sera pas de même au milieu de vous.
Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur.
Et quiconque veut être le premier parmi vous,
qu'il soit votre esclave.
C'est ainsi que le Fils de l'homme est venu,
non pour être servi,
mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs.
Qui l'a laissé venir ici ?
Il voulait prêcher aux esclaves.
Qu'il s'en aille.
C'est compris ?
- Les esclaves veulent aller à l'église. - Personne n'ira dans une fichue église !
Excusez-moi Monseigneur, mais vous devez partir.
On a déjà perdu trop de temps aujourd'hui.
Personne ne se repose tant qu'il y a du travail.
Allez les chiens ! Vous avez entendu la parole du véritable seigneur.
Au travail !
Que fais-tu, mon frère ?
Tu es fou ! Ils vont t'attraper.
Et le Pharisien dit : "Nous sommes les descendants d'Abraham
et nous ne fûmes jamais esclaves de personne."
"Comment peux-tu donc dire 'vous deviendrez libres' ?"
Et Jésus leur répondit :
"Je vous le dis quiconque se livre au péché est esclave du péché."
Bonjour.
C'est celui qui parle avec Monseigneur.
Que se passe-t-il ?
N'intervenez pas. On ne prend que ce qui nous appartient.
Allez ! On y va, esclave.
Qu'as-tu là ?
- C'est à moi. - À toi ?
Tu as dû le voler à un religieux. Tu n'es qu'un sale voleur !
Qui sait combien de coups de fouet Jésus-Christ a reçu ?
39.
Donnez-lui en 40.
- Que cherchez-vous ? - La justice.
Nous ne devrions pas nous mêler de ces affaires, mon Père.
Peut-être que nous leur faisons plus de tort.
Ne devrions-nous pas nous limiter au prêche ?
Vous savez que la loi
punit d'exil les ecclésiastiques qui s'opposent à l'esclavage sur l'île.
Cette ville ne peut pas rester 14 ans de plus sans pasteur.
Oui mais ceux qui ont le pouvoir utilisent la peur pour opprimer les pauvres.
S'il y a injustice, il faut la dénoncer.
Bien que vous ayez raison, nous devons être prudents.
Nous voulons nous marier pour que nos enfants soient reconnus.
Mais la loi nous demande la permission du Colonel de la Concha.
Il a nié notre mariage, en disant que c'est une union illicite.
Des Blancs et des Créoles pensent qu'épouser une femme noire
est une façon de se rabaisser.
On peut être leurs maîtresses
et ils peuvent nous faire autant d'enfants qu'ils veulent,
mais ils ne prennent pas la responsabilité des conséquences.
Et quand ils en ont marre, ils nous abandonnent.
Avez-vous vos certificats de baptême ?
Moi oui,
mais elle...
Aucune inquiétude. Nous trouverons une solution.
Excusez-moi.
Voici le Père Esteban Adoain et le Père Dionisio Gonzalez.
Bonsoir.
Le Père Dionisio connaît les lois de l'Église mieux que quiconque,
et le Père Esteban a marié des centaines de personnes en secret.
Ils veulent nous aider.
L'article 44 des Principes et Pratiques de la Bonne Gouvernance n'est pas appliqué.
On nous renvoie à une loi antérieure, un arrêté royal du 15 octobre 1805,
qui a été partiellement appliqué.
Et pour le commun des mortels ?
Le Commandant abuse de la législation.
Dans ce raz-de-marée où chacun regarde dans l'autre direction,
qui se soucie des mariages entre personnes de couleur différente ?
Mais peut-on marier des personnes de couleur différente ?
La législation ne prévoit de demander l'autorisation du Commandant
que dans le cas d'un mariage entre nobles.
- Donc on peut marier tout le monde. - Il y a d'autres inconvénients.
Les autorités pourraient refuser de fournir les certificats de célibat.
Et même si elles les donnaient, le coût de leur délivrance serait si élevé
que les pauvres ne pourraient pas se le permettre.
Rédigeons un décret provenant de cet archevêché
permettant de délivrer les certificats.
Chaque jour sera proclamé férié pour pouvoir célébrer les mariages.
Mais peut-on faire ça ?
Aucune loi humaine ni divine ne l'interdit.
Nous devons publier quelque chose sur la législation espagnole des Indes.
Ces gens doivent savoir quels sont leurs droits.
Vous dites que l'homme blanc ne peut pas se mêler à l'homme noir,
mais vous n'avez aucun regret de prendre des femmes noires par la force.
Pourtant, ce sont vos enfants
qu'on appelle voyous et qui se promènent seuls dans la rue.
Pourquoi les avez-vous abandonnés ?
L'amour est patient,
serviable.
Il ne connaît pas la jalousie.
Il n'agace pas et ne recherche aucun profit.
Il ne tient pas compte du mal
et ne se réjouit pas de l'injustice.
Il se réjouit de la vérité.
Monseigneur, le général de La Cocha a arrêté le Père Esteban.
Vous comprendrez que je suis obligé d'appliquer la loi.
Appliquez-la, en interdisant le trafic et la vente d'esclaves.
Ma situation est aussi délicate que la vôtre.
Si j'interdis le trafic d'esclaves,
les propriétaires terriens et de plantations
ne tarderont pas à se jeter dans les bras du général Narciso López,
et réclameront l'adhésion de Cuba aux États-Unis.
Et après tout,
ce sont des nègres, sont-ils si importants ?
Vous permettez.
Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas mettre le feu.
Les gens de l'Église ne font plus ça depuis longtemps.
Dites-moi, général.
Pouvez-vous distinguer les cendres des individus ?
C'est ainsi que nous serons tous devant Dieu.
Je connais bien la législation.
Libérez le Père Esteban
et ne vous mêlez plus de ce qui touche le gouvernement de notre diocèse.
Ou je vous assure que Sa Majesté la Reine et Sa Sainteté le Pape
entendront parler de vous.
Bon après-midi.
Nous produisons près de 50% du maïs de l'île.
Nous avons aussi des plantations de café et de tabac.
J'ignore comment vous trouvez le temps de fréquenter
les tribunaux et vos plantations, Monsieur Bequer.
Avec dévouement, très chère.
Lève-toi, sale chien !
Allez !
Au travail tout le monde !
Êtes-vous heureuses ?
Pardon ?
Êtes-vous heureuses ici
de servir ?
Bien, peu importe.
Allez-y, reposez-vous
ou faites ce que vous voulez.
Mon Père.
Nous nous connaissons, n'est-ce pas ?
Et s'il ment et qu'il s'est enfui de la plantation pour voler ?
Il dit qu'il veut travailler. Où ? Ici, dans la maison ?
On ne le connaît pas du tout.
- Comment va-t-on le payer ? - Il a peur.
Il ne sait pas où aller.
Nous devons lui faire confiance, non ?
Nous partons pour Camagüey demain matin.
- Nous devrions tous nous reposer. - Je veux aller où vous allez.
Je veux vous aider.
Voilà l'archevêque ! Le voici !
Bienvenue votre Excellence.
Vous avez mis du temps à arriver, tout est chamboulé ici.
Les gens ne sont pas très amicaux envers la mère patrie.
Ils se sont mis en tête que Cuba doit prendre son indépendance.
Vous devez les convaincre qu'il faut rester lié à l'Espagne.
Je ne peux pas faire cela. Je ne veux pas m'impliquer en politique.
Vous le pouvez. La reine d'Espagne vous a envoyé.
Je ne suis pas ici pour la reine.
Je suis ici pour Jésus-Christ et je dois être un archevêque pour tous.
- Que nous apportez-vous ? - L'Évangile, Madame.
Et un livre avec les lois bien expliquées pour tout le monde.
Merci beaucoup.
- Une aumône pour m'acheter un esclave. - Madame.
L'archevêque de Cuba n'a ni esclaves ni argent pour en acheter.
Ne le prenez pas mal Monseigneur, mais acheter une vie est très bon marché.
Les esclaves ne vivent pas mal. Ils peuvent acheter leur propre liberté.
C'est un mensonge.
Un esclave ne sera jamais libre.
Ils doivent travailler pour leur maître et sont à peine payés.
Beaucoup doivent voler pour être libres.
Et quand on les attrape, on les pend.
- Et toi, que fais-tu ici ? - Une femme a acheté ma liberté.
Avant votre arrivée, des prêtres avaient des esclaves
pour les aider dans leurs tâches quotidiennes.
Pourquoi ça n'a jamais été dénoncé ?
Cuba est passé du statut de province d'outremer
à celui de simple colonie sans véritable représentation.
400 000 esclaves veillent à ce que tout aille bien,
bien que les lois espagnoles interdisent l'esclavage.
D'un côté, les Américains veulent annexer l'île
tout comme les grands propriétaires terriens,
étant donné que les lois américaines sont plus tolérantes envers l'esclavage.
D'un autre côté il y a le peuple, appauvri et soumis par ce qui leur reste.
Il est normal que beaucoup se tournent vers le nationalisme.
Je vais écrire à la Péninsule pour signaler ces abus.
Vos enfants de chœur devraient se laver le visage.
Ils sont tout noirs.
Et vérifiez le panier d'aumônes.
Vous ne voudriez pas avoir de mauvaise surprise.
Y a-t-il un problème, M. le Juge ?
Il semblerait que vous ayez un peu de mal à vous adapter à cette île.
Vous devriez être plus prudent. N'importe qui entre dans votre église.
- C'est une question d'hygiène publique. - D'hygiène ?
C'est scandaleux que cette île trafique encore des êtres humains.
Je sais que vous avez dénoncé la situation à la Péninsule.
Vous rendez-vous compte que vous mettez en danger
l'économie et l'intégrité de Cuba et de l'Espagne ?
Vous êtes un autre abolitionniste absurde, qui ne voit pas plus loin.
Votre famille va s'agrandir.
Vous allez me dire que je dois la prendre pour épouse.
Je vous rappelle que mon métier ce sont les lois,
et je peux vous assurer qu'aucune loi humaine ne m'y oblige.
Non, en effet.
Et s'il y en avait une, vous trouveriez le moyen de la contourner.
Et vous ne respectez pas non plus la loi divine.
- Allez-vous m'excommunier ? - Non.
Vous l'avez fait vous-même
par vos actions.
Et tous les autres qui commettent les mêmes injustices seront excommuniés.
Vous n'avez aucune autorité !
Je vais vous dénoncer à la Cour et au Vatican.
Vous ne pouvez pas excommunier tous ceux qui refusent d'épouser une noire.
Vous savez quel est le sort des religieux qui se mêlent de politique.
L'exil.
J'ai des amis.
Vous cesserez d'être archevêque, j'y veillerai personnellement.
Faites ce qui vous chante.
Qu'y a-t-il mon Père ?
Nous recevons moins d'aumônes.
Les gens ont des difficultés financières en ce moment.
Qui était chargé d'apporter les paniers à la sacristie ?
Je ne sais pas. Lucas s'en occupe.
Je vois.
Mon Père, je dois vous parler.
Quelque chose ne va pas ?
Non, ne vous inquiétez pas.
Le Père Sala nous a écrit.
Nos frères missionnaires se portent très bien
et aimeraient en savoir plus sur nos pérégrinations.
Ça vous manque, n'est-ce pas ?
Et que souhaitiez-vous me dire ?
Rien, ne vous en faites pas. C'était sans importance.
De qui dois-je m'occuper ?
Il y a peu, le Saint-Père a proclamé le dogme de l'Immaculée Conception.
Je veux que vous pensiez à elle,
à cette mère qui se rend au temple selon la coutume.
Elle présente son enfant à Dieu
et d'une certaine manière, le Seigneur lui montre
qu'elle fera partie de la mission rédemptrice de son fils.
Mon Père. Mon Père !
Pardonnez-moi, mon Père.
Comment allez-vous ?
Je ne pensais pas qu'ils mettraient leurs menaces à exécution.
Quelles menaces ?
- Non, ne vous levez pas. - Je vais bien, du calme.
Nous les avons provoqués. Ce sont des gens puissants.
Et alors, vous avez peur ?
Bien sûr que j'ai peur. Comment allons-nous les combattre ?
Le message est clair. Nous ne pouvons plus rien faire.
Je pense que je vais retourner au Guatemala.
Vous devriez faire de même. Mettez-vous en sécurité.
Prenez bien soin de vous.
Prenez soin de vous, mon Père.
Monseigneur.
Vous aviez absolument raison.
Je suis navrée de la façon dont on vous traite.
Vous allez nous quitter ?
Mais vous ne pouvez pas abandonner.
Je comprends à présent.
Vous ne pouvez pas combattre les riches et les puissants
parce qu'il leur est difficile de changer d'avis,
mais continuez de vous battre pour les pauvres.
Lucas, le trou doit être profond afin de laisser passer l'humidité
pour que la plante puisse prendre racine.
Le juge a tenu sa promesse.
Les tribunaux de Port-au-Prince vous réclament
et vous accusent d'abolitionnisme.
Je te tiens.
Je te tiens.
Que faites-vous ?
On t'a fait confiance et tu nous remercies en nous volant ?
Je n'ai jamais volé à personne.
Oui. Et cet argent ? Tu as passé la journée à m'éviter.
Je sais que vous vous méfiez de moi
et cela me fait de la peine.
Le Père Claret m'a donné cet argent pour mon travail.
Comptez-le, je mens pas, vous verrez.
Pourquoi le cachais-tu ?
C'est pour acheter la liberté de mon frère.
Gardez l'argent.
Quand j'en aurai assez...
Prenez votre argent.
Gardez-le.
Dans la lignée de ce dont nous parlons, je voulais vous montrer ceci.
Je l'ai reçu il y a quelques jours de Cuba.
Apparemment, notre bien-aimé Primat des Indes, Monseigneur Claret,
s'avère être un fléau.
Il est également un obstacle pour de nombreux hommes d'affaires
et ne cesse de leur causer dommages et mettant en évidence
l'application de la loi sur l'île.
Il aime les nègres et les esclaves.
S'il aime tant la vie des nègres,
peut-être pouvons-nous lui faire plaisir et lui accorder ce souhait.
Imaginez convertir cet archevêque libérateur en esclave.
Cela n'est pas une mauvaise idée.
C'est de Madrid.
La Reine requiert votre présence au Palais Royal dès que possible.
Je crains que votre présence à Cuba ne touche à sa fin.
Non.
Tout de suite ?
Vous voyez où mènent vos actions ?
Vous auriez dû m'écouter et vous tenir à l'écart de ces affaires.
Vous pouvez entrer.
Je vous souhaite un retour agréable en Espagne.
J'espère que le prochain archevêque sera plus raisonnable.
- Bonsoir mon Père. - Bonsoir Lucas.
Je voulais juste vous remercier, vous et les autres prêtres.
J'ai fait ça pour vous.
- C'est toi qui l'as fait ? - Oui.
Comme ça, vous nous oublierez jamais.
C'est un très beau chapelet.
Merci beaucoup Lucas.
Que faites-vous ici ?
Pourquoi vous êtes là ?
Il y a quelques années, lorsque je vivais à Barcelone,
j'ai rendu visite à un ami en prison.
Je cherchais des réponses.
Il m'avait escroqué et j'étais furieux.
Je voulais vraiment le sauver, payer sa caution et le libérer.
Mais j'étais tellement empli de colère
que j'étais aveugle à sa souffrance.
Je ne l'ai plus jamais revu.
Vous ne pouvez pas me faire sortir d'ici.
Ils m'ont condamné
à mort.
J'ai retiré toutes les plaintes.
Tu passeras quelques années à Ceuta,
puis tu seras à nouveau libre.
Faites attention.
Ceux qui veulent votre mort ne s'arrêteront pas.
Ils chercheront le moyen de vous faire du mal,
à vous et à ceux qui vous sont proches.
Prends soin de toi, Antonio.
Ne vous en faites pas, nous nous occuperons de tout en votre absence.
Monseigneur, vous ne devriez pas quitter l'île sans faire la récolte.
Cette année, les arbres portent des fruits vraiment étranges.
J'ai terminé l'esquisse biographique sur Claret.
Que vas-tu faire du texte ?
Je l'enverrai au Père Jean Postius pour la cause de Béatification.
- Mais ça pourrait être publié. - Publie-le.
Ce n'est pas si simple.
Je peux parler de Claret dans un article.
Mais lui consacrer une page entière, c'est autre chose.
As-tu peur de ce que les gens pourraient penser ?
Je l'amènerai à la poste demain.
Qu'arrive-t-il à ce pays ?
Il y a deux jours, une révolution dans les Asturies.
Et maintenant, le problème catalan.
Pourquoi ne veux-tu pas le publier ? Qu'as-tu à perdre ?
Personne ne pensera que tu es devenu croyant du jour au lendemain.
N'était-il pas à Madrid lui aussi ?
Monseigneur Antonio Maria Claret y Clara, la Reine vous attend.
Bienvenue à Madrid, votre Excellence.
Asseyez-vous.
J'ai lu certains de vos livres.
Vous avez la réputation d'être un saint.
Je ne suis pas un saint, je vous l'assure.
Vous a-t-on dit pourquoi je vous ai fait venir ?
Non, bien que ça doit être lié à mon travail à Cuba.
Si possible, je souhaiterais pouvoir y retourner dès que possible.
- J'ai laissé trop d'affaires inachevées. - Je ne veux pas.
Soyez mon confesseur.
Il vous faut quelqu'un de plus qualifié.
Personne n'est plus qualifié.
Pensez-y.
Certains diront que ce serait l'occasion de m'influencer en faveur de l'Église.
Pardonnez-moi Votre Majesté mais je ne peux pas mêler l'Église et l'État.
L'autel est déjà trop près du trône.
Entrez.
Excellence Claret, je suis le Nonce Apostolique de Sa Sainteté le Pape.
Avez-vous pris une décision ?
Oui, je ne suis pas fait pour être le confesseur d'une reine.
D'autres conviennent mieux à cette fonction.
Ma mission est autre, je souhaite qu'on me permette de prêcher aux pauvres.
Vous ne voyez pas les choses en perspective.
Je ne pense pas que vous compreniez l'opportunité qui vous est donnée à vous
et à l'Église.
Pensez-y,
mais c'est ce que nous vous demandons à l'instant présent.
Je vous contacterai.
Je vous tiendrai informé.
Honnêtement Votre Majesté,
je considère que Monseigneur Claret est inapte à la situation.
Nous avons reçu de nombreuses plaintes de lui,
en Catalogne et à Cuba.
Monseigneur Puente y Primo de Rivera serait le meilleur choix.
Il est bien plus respecté.
Je voudrais que vous y réfléchissiez.
Claret n'est pas le meilleur choix pour vous.
Vous êtes bien consciente des désaccords entre les Catalans et les Castillans ?
Depuis que Claret est à Madrid, je n'ai entendu que des critiques.
Ce qui me fait penser qu'il est le meilleur candidat.
Si tout est clair, que Monseigneur Claret vienne demain à la première heure.
Quelle dévergondée !
- Bénissez-moi parce que j'ai péché. - Confessez vos péchés.
Par où commencer ?
J'ai eu une très belle vie, vous savez.
J'ai été élevé à la cour quand la Reine Isabelle II était enfant.
Vous la connaissez donc bien.
Oui.
C'est une âme très généreuse.
Sa vertu est son défaut.
Pourquoi quitter le palais ?
Je suis un Carliste.
Enfant, l'après-midi, pendant sa promenade,
elle me cherchait pour me faire l'aumône.
Je sais bien qu'elle préfère les larmes d'une pauvre âme reconnaissante
à l'encens d'une cour louangeuse.
Toujours entourée
et pourtant si seule.
Maria Isabelle, pouvez-vous nous laisser ?
- C'est une charmante petite fille. - En effet.
Je veux toujours la garder près de moi, qu'elle se sente aimée.
La vie que nous menons n'est pas celle d'une famille normale.
Je me réjouis que vous ayez accepté.
Je voudrais établir quelques conditions.
Je ne mêlerai pas de la politique.
Ne me demandez pas de vivre ici au palais,
et n'envoyez pas de cochers pour me chercher, je peux marcher.
J'aimerais aussi avoir le temps
d'écrire, de prêcher mes exercices spirituels et mes missions.
Je ne vous verrai qu'un jour par semaine.
le lundi à la première heure, si cela vous convient.
Mais j'aimerais que vous fassiez l'éducation chrétienne de Maria Isabelle.
Et le diocèse de Cuba ?
Le poste d'archevêque sera occupé par quelqu'un qui poursuivra votre travail.
En outre, j'ai demandé à ce que vous soyez nommé archevêque de Tolède.
Pour que vous puissiez rester près de moi.
Je vous prie de m'excuser.
- Et on ignore qui est le père. - Certainement pas Paquito Natillas.
C'est le fils d'un général.
Comment ça s'est passé ?
Qui sait, parce que la reine est une garce.
Ils parlent ainsi d'elle parce qu'ils ne la connaissent pas.
Hypocrites.
Dans l'église, ce sont des saints. En dehors, regardez-les commérer.
Regardez ça.
J'ai demandé personnellement que Claret soit nommé archevêque de Tolède.
- Vous savez que parfois le Nonce... - Ça a été publié dans tous les journaux.
La nomination de l'archevêque de Tolède ne devrait pas être votre priorité.
Comme vous le savez, Sa Majesté la Reine Isabelle II est enceinte.
Et elle a demandé à Sa Sainteté le Pape Pie IX
d'être le parrain de la future créature.
Quel est le problème ?
On dit
que Sa Majesté a avoué la paternité de la créature à M. Narvaez.
Vous avez peut-être aussi remarqué
que le roi consort ne vit pas au palais, et c'est l'un des plus gros soucis.
Que voulez-vous que je fasse ?
La Reine vous apprécie beaucoup.
Je ne suis que son confesseur et je viens d'arriver.
Vous êtes bien plus que cela.
Vous ne voulez pas le voir.
Vous avez du pouvoir. Vous pourriez la convaincre.
Ne me faites pas participer à ce jeu d'intrigues.
Je ne souhaite pas continuer dans ces conditions.
Demain, je démissionnerai et me mettrai à la disposition du Saint-Père.
Je vous supplie de m'aider à protéger la Reine.
Si c'est un fils, il sera Prince des Asturies et héritier de la Couronne.
Vous devez la convaincre de mettre fin à sa relation avec Puigmolto
et de rappeler le roi François d'Assise au palais.
C'est une reine catholique. C'est elle qui nomme les évêques.
Je ne peux imaginer le discrédit pour la Couronne
et pour l'Église espagnole si le peuple l'apprend.
Alors, je n'ai pas le choix.
Pensez ce que vous voulez.
Que le Seigneur soit avec vous.
Monseigneur Puente y Primo de Rivera sera affecté à la région de Tolède.
Et Monseigneur Claret ?
C'était une excuse pour le faire sortir de Cuba.
Ils veulent sa tête là-bas.
Nommez-le n'importe où loin de Madrid.
Si tu m'as appelé pour prêcher ta parole dans le monde entier,
pourquoi m'as-tu amené dans cette prison ?
Bénissez-moi, mon Père.
Confessez vos péchés.
Vous allez bien, Votre Majesté ? Vous êtes souffrante ?
Je souffre d'une maladie de peau, le psoriasis.
Les médecins m'ont dit de prendre des bains d'eau de mer.
- Pourquoi ne pas m'en avoir parlé ? - Ils vous ont envoyé me parler ?
La nuit dernière, Narvaez a passé des heures à me supplier.
Vous devez mettre un terme à cette situation.
Je ne peux pas.
Je suis amoureuse.
Je sais que c'est mal mais comprenez-moi, je suis une femme pleine de vie.
- Mais vous êtes la reine d'Espagne. - J'ai aussi besoin d'affection.
Réparez votre mariage avec le roi consort.
Le roi consort ne veut même pas me toucher.
Il portait plus de dentelle que moi lors de notre nuit de noces.
J'ai été mariée de force à quelqu'un que je n'aimais pas.
Pourquoi ne pas avoir annulé le mariage ?
Je l'ai fait bien sûr.
Mais mon cousin Paquito savait bien utiliser la loi,
et il s'est assuré de bien faire son travail.
Je ne peux pas vous absoudre si vous ne vous repentez pas
ni entendre d'autres confessions de votre part.
Vous savez où me trouver.
Je me sens si seule, mon Père.
Qu'est-il arrivé au bébé ?
La reine donna naissance au prince des Asturies Alfonse XII.
Elle demanda au roi François d'Assise de revenir au palais,
et il accepta.
Peu après, Claret fut rappelé à ses côtés,
et sans un mot, il fut décoré de la Croix de Charles III.
Je sais que tu te sens seule.
Ce pays va très mal finir.
Machado a dit qu'une guerre civile peut durer jusqu'à 7 ans,
comme les guerres carlistes au XIXe siècle.
Ce sont des propos très alarmants.
Comptez dessus et vous verrez où cela aboutira.
Les gens sont tendus et les publications n'aident pas toujours.
Et vous, vous avez des nouvelles ?
De petits articles et quelques collaborations.
J'ai passé du temps à étudier Claret et à me perdre dans les bibliothèques.
Comptez-vous publier vos trouvailles ?
Non, je ne pense pas.
La vie de Claret et le règne d'Isabelle II ont été sauvagement falsifiés.
- Les publier me compromettrait. - Je comprends.
Vous pouvez tout me dire.
Vous savez que je ne suis pas un grand ami des évêques et confesseurs,
alors racontez-moi.
J'ai lu quelque part que Claret a plus d'une fois souhaité
une révolution pour mettre fin à sa captivité
dans la plus luxueuse des prisons,
la Cour d'Espagne.
Merci d'avoir accepté de venir, mon Père.
On ne m'a pas laissé le choix.
Je suis heureux de vous voir au palais, Votre Majesté.
Profitez de la soirée. Cela ne vous fera aucun mal, vous verrez.
Par ici, Monseigneur.
Bonsoir, M. le Président.
Bonsoir, Monseigneur Claret.
Bonsoir mon Père.
Je me réjouis de vous voir en bonne santé.
Pourquoi êtes-vous si loin de Cuba ?
J'ai terminé mon mandat là-bas
et j'ai décidé de venir tenter ma chance en tant que politicien à Madrid.
Peut-être qu'un jour je deviendrai président du Conseil des Ministres.
Un peu de bouillon.
Merci.
Je n'ai pas eu l'occasion de vous le dire,
mais j'ai trouvé très habile la façon dont vous avez résolu votre transfert
aux périphéries.
En demandant le titre in partibus infidelium,
vous avez obtenu la liberté qu'aucun de nos évêques n'a.
L'archevêque de Trajanopolis.
Monseigneur sait comment résoudre les problèmes
quand ils conspirent contre lui.
Vous êtes pour moi un point d'interrogation.
Que voulez-vous ? Quel est votre objectif ?
J'ai entendu dire que vous êtes très apprécié par les gens du peuple.
En effet.
Que leur dites-vous ?
Général,
j'ai passé plus de six ans sur votre île.
Vous auriez pu vous déplacer pour écouter mes sermons
ou essayer de faire des exercices spirituels.
Mais ce n'est pas grave, il n'est pas trop tard.
Vous et M. O'Donnell pouvez venir à l'église des Italiens à tout moment
et vous saurez alors ce que je dis aux gens.
- Bonsoir, Monseigneur. - Bonsoir, Mère Soledad.
Mon Seigneur,
que je puisse vous connaître et vous faire connaître,
que je puisse vous aimer et vous faire aimer,
que je puisse vous servir et vous faire servir,
que je puisse vous louer et que vous soyez loué par toutes les créatures.
Amen.
Je ne le répéterai pas.
Je n'adhérerai pas au royaume d'Italie.
Ce serait m'opposer à mon cousin le roi de Naples et au Pape lui-même.
Comme bon vous semble.
Bonjour, M. O'Donnell.
Que se passe-t-il ?
Il veut que la couronne espagnole reconnaisse le nouveau royaume d'Italie.
Il pense que vous m’avez influencée.
Ils ne cessent de me harceler à ce sujet.
Sur un autre sujet,
demain je me rendrai à mon palais à la Granja de San Ildefonso.
Je vous prie de m'accompagner.
- Majesté, j'ai trop de choses à faire. - Vous avez l'air épuisé.
Croyez-moi, un changement d'air vous fera le plus grand bien.
Nous devons forcer la Révolution.
On ne peut plus attendre, ce gouvernement est en difficulté.
Il est encore trop tôt.
De plus, nous avons une nouvelle carte.
Après les désaccords entre Prim et O'Donnell,
il est revenu au cœur du parti.
Prim est notre atout.
D'accord.
Il est influent et respecté par l'armée.
- Absolument. - Et le problème italien ?
La reine refuse de reconnaître le royaume d'Italie.
L'enjeu est de taille. L'Espagne est un pays majoritairement catholique.
Signer ce traité d'adhésion reviendrait à autoriser les troupes du roi d'Italie
à envahir et à démembrer les États pontificaux. Impossible.
Il y a beaucoup trop d'obstacles au sein de la coterie.
Claret, bien sûr.
O'Donnell s'efforce de surmonter cet obstacle.
Monseigneur, vous ne pouvez pas nous accompagner.
Votre Majesté.
J'ai signé le document d'adhésion et de reconnaissance du royaume d'Italie.
Qu'avez-vous fait !
Ils ont fait pression sur moi.
Je sais que c'est mal.
Une pierre est facilement jetée dans un puits, mais difficilement retirée.
Ne partez pas.
Ne comprenez-vous pas ?
Vous étiez une reine catholique.
Vous aviez juré fidélité au Pape.
En signant ce document, vous vous êtes excommuniée.
Je ne peux plus rester auprès de Votre Majesté.
Ne partez pas. Mon Père, je vous en supplie.
Vous êtes le seul père que j'ai jamais eu.
Si vous partez,
je mourrai de chagrin.
C'est un prêtre.
Le Père Poveda, celui des enseignants.
Je ne pense pas qu'ils l'emmènent en promenade.
Qu'allons-nous faire si la guerre arrive jusqu'ici ?
Qui appelle à cette heure-ci ?
Allô ?
Merci.
Prenez soin de vous aussi.
Qu'y a-t-il ?
- Mon beau-frère Ciges a été exécuté. - Comment est-ce possible ?
Nous n'avons jamais fait de mal à personne.
Je suis ouvertement républicain
et j'ai publié quelques articles sur des politiciens conservateurs.
Les deux camps ont assez de raisons de nous vouloir du mal.
Nous devons quitter l'Espagne.
Je vais passer des appels. Le consulat me doit une faveur.
Tu veux le reste de l'histoire de Claret ?
- Oui. - D'accord.
Claret quitta Madrid.
Il décida d'aller demander conseil au Pape Pie IX.
Celui-ci lui recommanda de retourner auprès de la Reine Isabelle II.
Son retour déplut à ceux qui pensaient qu'il ne reviendrait pas.
Vous avez entendu ?
Claret est de retour.
Il est allé à Rome pour demander conseil et le Pape lui a demandé de revenir.
Après tous ces efforts pour faire signer la reine
et qu'elle prenne position contre Pie IX,
celui-ci cherche à établir de nouveaux liens diplomatiques
et à pardonner à ceux qui lui ont tourné le dos.
On ne peut pas lui permettre de rester. La reine est dure à gérer quand il est là.
Le Père est là ! Père Claret !
Vous ne pouvez pas !
Je suis désolé que la délégation des îles Canaries...
Je vois que vous êtes très aimé.
Je veux aussi être aimée par mon peuple. Que dois-je faire ?
- Vous êtes déjà aimée. - Ce n'est pas vrai.
Vous savez ce que les gens disent de moi dans la rue.
Vous devriez peut-être réduire le nombre de fêtes et de banquets.
Ces excès ne sont pas décents quand votre peuple souffre de faim dans la rue.
Très bien, je le ferai.
Pourriez-vous m'aider à prendre une décision ?
Tout ce que vous souhaitez, Majesté.
Non, je préfère ne pas être impliqué dans ces affaires.
C’est une présélection.
Je dois choisir le meilleur des trois candidats à l'épiscopat.
Ne me faites pas choisir entre mes collègues évêques.
Vous n'aimez pas ce système électoral.
L'Église doit rester indépendante
et ne pas interférer dans les affaires politiques.
Je les connais un peu mais si vous pouviez m'en dire plus sur eux,
je pourrais prendre une décision juste.
N'aimeriez-vous pas une Église avec des prélats plus pauvres
et un esprit plus missionnaire ?
Très bien, je vous aiderai.
Je ne vous ai rien donné pour les sacrements
au Prince des Asturies et aux Infantes.
Je ne demande rien.
Je pourrais au moins vous donner un calice d'or ou un beau crucifix.
Merci Majesté mais je ne veux rien.
La seule chose que je puisse vous demander,
c'est de me dispenser de mon devoir et me laisser partir.
Majesté, ne vous méprenez pas sur mes intentions.
Je suis très bien traité.
Mais ici, je me sens emprisonné.
Je ne remplis pas ma mission. Je suis un missionnaire.
Je ne peux pas vous laisser partir.
Mon cher Escorial.
J'ai du mal à l'entretenir et il tombe en ruine.
C'est bien dommage, on pourrait y faire tant de bien.
Vous savez quoi ?
Vous allez vous en occuper. Vous en prendrez la responsabilité.
J'accepte, mais je souhaiterais avoir quelques collaborateurs.
Le train pour Paris !
Par ici, Julia !
Le train pour Paris !
Ce sont tous des Espagnols.
Des réfugiés.
Des Clarétains ?
Oui, à Barbastro.
Ils ont attrapé et enfermé tous les séminaristes.
- Mon cousin en faisait partie. - Mais ce ne sont que de jeunes garçons.
Veux-tu connaître la fin de l'histoire de Claret ?
Claret prit en charge l'Escorial avec beaucoup d'enthousiasme.
Il le remit à neuf, y fonda un séminaire, un chœur, une école,
acheva une grande bibliothèque et commença à enseigner à l’université.
Mais malgré ces succès, cette période fut pour lui huit années de torture.
Et comme vous le voyez, nous restaurons également
les pièces les plus précieuses des joyaux de la Couronne Royale.
Nous avons un grand nombre de séminaristes et d'étudiants.
C'est pourquoi nous voudrions évoquer la possibilité
que l'Escorial devienne une filiale du séminaire de Tolède.
Non.
Pardonnez-moi, vous m'avez mal compris.
Je vous ai bien compris.
Pensez-vous que j'ignore ce que vous voulez faire ?
Avec un séminaire ici à Madrid, pourquoi dépendre de Tolède pour le diocèse ?
Alors qu'il suffirait d'un seul évêque pour avoir de l'influence sur la reine.
Je suis offensé par de telles insinuations.
Personne n'essaie de vous remplacer.
Nous voulons juste que nos séminaristes puissent
passer leurs examens et terminer leurs études.
C'est votre problème.
Votre bibliothèque et vos méthodes scientifiques ne sont d'aucune utilité.
Il paraît que des membres du parlement souhaitent fermer l'école
en raison du non-respect des exigences fondamentales.
Le député Salustiano Olozaga a déclaré
au tribunal qu'il faut éliminer une fois pour toutes
les obstacles traditionnels qui bloquent le progrès de cette nation.
Ils vous critiquent vous et ce qui se fait à l'Escorial.
Ces derniers temps, tous les coups viennent de la même direction.
Mon Père.
Mon Père !
Qu'y a-t-il, Dionisio ?
J'ai trouvé un bref pontifical de Sixte V
dans lequel l'Escorial est autorisé à fonctionner comme un séminaire,
et aucun autre document ne le contredit.
Bonne nouvelle.
Oui mais Monseigneur Alameda y Brea ne l'acceptera pas
et ne laissera pas nos étudiants passer leurs examens à Tolède.
Contactez l'évêque de Salamanque.
Nos étudiants passeront leurs examens là-bas.
Claret, encore.
Cet encouragement qu'il donne à l'Escorial est extrêmement dangereux.
Je sais qu'il cherche à renouveler l'Église espagnole
en commençant par ses propres prêtres,
mais ces vices traditionnels doivent être supprimés pour de bon.
Nous ne pouvons pas laisser le peuple prendre à nouveau son parti comme à Cuba.
Nous pourrions publier des satires,
des lectures légères sans trop de poids institutionnel, pour divertir le peuple.
Ça peut paraître anodin mais c'est efficace.
Très efficace.
Cela nous permettra également d'attiser la flamme de la révolution.
Pour la révolution.
Espagnols, aux armes !
Que peut-on attendre d'une reine qui ne gouverne pas,
d'une reine qui se laisse manipuler par sa coterie de partisans,
par ses favoris, par les religieuses et les prêtres ?
Une reine qui appauvrit l'Espagne !
Mort à la reine ! Vive la République !
Vive la République !
La reine couche peut-être même avec le pape. Qui sait ?
Arrêtez-vous, voyons ! Vous dites des bêtises.
Regardez, mon Père.
La rue est en effervescence.
Ils sont contre vous et contre la reine.
Ils disent des choses horribles sur vous et Sœur Patrocinio.
Je ne la connais même pas. Je l'ai vue quelques fois, de loin.
Ces rumeurs ne viennent pas seulement du peuple.
Les puissants ont leurs raisons de me faire du mal.
Ils n'ont pas aimé ce que j'ai fait à Cuba.
Ils n'aiment pas ma relation avec la reine ni ce que nous faisons à l'Escorial.
À Cuba, ils ne voulaient pas que je prêche aux esclaves car ils disaient
que la religion les poussait à désirer la liberté.
Et ici à Madrid,
je les dérange parce qu'ils disent que la religion asservit.
Oh mon dieu, quelle nuit de folie !
J'ai pris la nonne dans la sacristie !
Mon Père, la nuit dernière, des hommes erraient dans les alentours
et semblaient très énervés.
Oui, ils ont pillé plusieurs églises.
Cachez les Joyaux de la Couronne et toute chose de valeur.
S'ils entrent, ils ne trouveront rien.
Et surtout, si les choses tournent mal, mettez les séminaristes en sécurité.
Quand reviendrez-vous du voyage avec la reine ?
Bon voyage, mon Père.
Vous ne réalisez pas que quelque chose est
sur le point d'éclater et que c'est né ici ?
Ces papiers sont sans importance.
Nous l'examinerons calmement.
Aux armes !
Vive la République !
Ils sont entrés dans l'Escorial, ils l'ont pillé.
Ne trouvant pas les Joyaux, ils ont dit que vous et la reine les avez volés.
La presse internationale n'a pas tardé à s'en faire l'écho.
Votre Majesté.
Le peuple se soulève.
Vous devez quitter l'Espagne sur-le-champ.
Vous ne vous rendez pas compte.
Vous devez retourner à Madrid.
Une révolution est sur le point d'éclater et ça va être un bain de sang.
La presse tente de vous détruire.
Quand Maria Cristina est née j'ai dû l'exposer pour que tout le monde la voie.
C'était en janvier, il faisait froid.
Elle est morte deux jours plus tard.
Aucun journal ne m'a présenté ses condoléances
ni n'a publié sur sa mort tragique.
Je suis fatiguée, mon Père.
Je suis épuisée.
Vous êtes libre.
Vous pouvez retourner à votre congrégation.
Père Claret.
Que faites-vous, mon Père ?
Je vous accompagnerai un temps en exil,
puis je rejoindrai ma congrégation.
La couronne vous en est très reconnaissante.
La couronne m'importe peu.
Je suis là pour elle.
Grand est le tourment que me cause ce départ imposé de ma terre natale.
Mais si mon absence est pour le bien du peuple espagnol,
je souffrirai cet exil avec résignation.
Qu'y a-t-il José ?
On ne sait rien de l'Espagne.
Le courrier n'arrive pas, je ne sais pas ce qui se passe.
Je suis perdu à Paris.
Dans tous les sens du terme.
Je suis désolé.
Désolé de ne pas t'avoir donné la famille dont tu rêvais.
C'est toi ma famille.
Je n'ai besoin que de toi.
Baroja !
Mon très cher Azorin !
- Depuis combien de temps êtes-vous ici ? - Pas longtemps, quelques jours.
Je suis tellement heureux de cette coïncidence.
J'ai demandé plusieurs fois à l'ambassade s'il y avait des Espagnols à Paris,
mais personne n'a su me répondre.
Dites-moi, que se passe-t-il en Espagne ?
Les choses vont très mal.
Il y a des milliers de morts.
Maetzu et Lorca ont été exécutés.
Miguel d'Unamuno a affronté Franco.
Il en reste peu de votre génération.
Et de ceux de 27...
C'est si horrible.
Et nous voici ici en exil.
J'espère ne pas rester trop longtemps.
J'espère qu'ils me laisseront rentrer.
J'ai écrit une lettre au général Franco.
Oh mon Dieu, quelle nuit de folie !
Quelle femme !
- Si seulement le Frère l'avait vue ! - Il a pris la nonne dans la sacristie !
Claret l'aurait accompagnée dans son exil.
Allons prendre un verre !
Je viens de croiser Baroja.
Il a écrit à Franco pour être autorisé à rentrer.
Mais nous ne pouvons pas faire de même.
On a croisé un groupe d'Espagnols.
Ils chantaient cette chanson...
Oh mon dieu, quelle nuit de folie !
Je ne l'oublierai jamais !
Bien qu'ils n'aient pas dit son nom, ils parlaient de Claret.
Même des décennies plus tard, il demeure dans l'imaginaire populaire.
Les choses se sont compliquées pour lui à la fin, non ?
Vous partez en France en tant qu'ambassadeur.
En effet, j'ai rempli ma mission. L'Espagne est enfin libre.
Il ne me reste
qu'un petit détail à régler.
Claret n'a pas encore été arrêté ?
Il s'est enfui.
Par ailleurs, les Joyaux de l'Escorial ont été retrouvés.
Dionisio Gonzalez, un de ses collaborateurs,
avait réussi à les cacher suivant ses instructions.
Ils l'ont signalé hier à la garde civile.
donc le mandat d'arrêt contre lui n'est plus en vigueur.
Je crains que nous n'ayons aucune arme contre lui.
- Laissons-le tranquille. - Non.
De toute manière, en exil, il ne causera plus d'ennui.
Détrompez-vous. Ses idées se répandent comme la peste.
Ce ne sont que quelques livres, Salustiano.
Non !
Ignorez-vous qu'il est l'écrivain catalan le plus prolifique du siècle ?
Ses idées se répandent, son souvenir perdurera dans le temps.
Il est l'apôtre de l'Espagne, dit-on.
Nous ne pouvons pas le permettre.
Que suggérez-vous ?
D'écrire sa biographie
et de la publier.
Puis de réécrire ses textes les plus importants, les plus populaires,
et de les publier.
L'histoire appartient à ceux qui l'écrivent.
Où s'est-il enfui ?
Je suppose en France avec la reine.
J'avoue que malgré tout, je l'admire.
Mais je dois me battre, je dois le chasser,
ainsi que tous ses partisans jusqu'à la tombe s'il le faut.
Jusqu'en France.
Il y a quelques mois, mon Père,
ils ont tué le Père Crusats
pendant que vous étiez en exil.
Je n'aurais jamais pensé subir une telle persécution.
Il y a un mandat d'arrêt contre vous.
Il a été exécuté par l'ambassade d'Espagne à Paris.
Ils vous accusent de vous approvisionner en armes
pour rétablir les Bourbons sur le trône d'Espagne.
Mon Père, vous allez bien ?
Vous devriez aller vous reposer.
Mon Père.
Il est temps d'aller se réfugier au monastère de Fontfroide.
Quels bagages emportons-nous ?
Juste un baluchon, Père Clotet.
Comme au début,
quand je voyageais en Catalogne,
pauvre et à pied.
Mon cher ami Paladio.
Il me semble que j'ai rempli ma mission.
À Paris,
à Rome, la capitale du Catholicisme.
Je l'ai fait en paroles ainsi que par écrit.
J'ai observé la pauvreté divine.
J'ai donné ce qui m'appartenait.
Le 24 octobre 1870,
Claret mourut en exil.
Pour avoir aimé la justice et haï l'inégalité.
Je vais publier cet article sur Claret.
Cela fait beaucoup trop longtemps.
On va penser que je me suis vendu à Franco
ou que je me suis trahi, mais ça m'est égal.
Que la vérité sorte au grand jour.
Je t'aime.
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