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Original subtitles

« N’aie pas peur, je ne te ferai aucun mal. »

Millie regarde le jeune homme qui lui sourit.

Le même sourire qu’à leur première rencontre.

Un sourire lubrique que Millie ne comprend pas.

Millie tente de s’échapper, mais elle est arrêtée par l’autel.

« Pourquoi ? »

Sa question est interrompue par Alan qui se rue sur elle.

Il déchire sa chemise en l'agrippant.

Son cri résonne dans la forêt silencieuse.

[Un été glacial, roman de Raymond Ho]

Il n’y a personne dehors ! Regarde, qu’est-ce qu'il se passe ?

Tu es sûre que les gens savent pour mon nouveau livre ?

Tu rigoles ? Ces deux dernières semaines, tu as donné toutes sortes d’entretiens.

Cinq rien que pour la télévision !

Sans compter ceux pour internet, la radio et la presse,

quotidiens et hebdomadaires, mensuels et magazines !

La moitié de Taïwan est au courant de la sortie du nouveau livre, OK?

Ils sont au courant, mais combien vont le lire ?

Peu importe qu’ils le lisent, pourvu qu’ils l’achètent !

Ca m’importe !

Je plaisante, Raymond !

En plus, je vais te dire quelque chose : avant

même la sortie de ton livre en librairie…

… les ventes sur internet font un carton et ont surpassé toutes nos attentes.

Et alors ? Il n’y a toujours personne pour cet événement.

Tu es écrivain, pas star de cinéma !

Je me fous de la célébrité ; je m’inquiète

juste que mes lecteurs n’aiment pas mon livre.

Je ne supporte pas le rejet.

Raymond, détends-toi. Je crois que tu as oublié la raison de notre présence ici.

D’accord, c’est quoi cette raison ?

Cet événement est une rencontre…

… avec nos amis journalistes et quelques lecteurs sélectionnés.

On n'est pas là pour de la promo, mais pour célébrer le succès de ton nouveau livre.

Le succès, quel succès ? Tu as lu les critiques ? Ils m’assassinent !

Qui achète ton livre, les critiques peut-être ?

Non, mais tous ces gens-lĂ , qui sont dehors Ă  faire la queue.

Alors calme-toi un peu, s’il te plaît, et montre-leur un peu de respect, d’accord ?

Ecoute-moi...

Papa !

Tu as trouvé facilement?

Oui, mais il y a beaucoup de monde, ce n’était pas facile d’entrer.

Pourtant ton père pense qu’il n’y a pas assez de monde.

Bien sûr qu’il n'y a pas assez de monde !

Mon père est un écrivain très célèbre, il devrait y avoir le double de personnes !

Non, le triple !

Et ta mère ? Elle est venue avec toi ?

Elle gare la voiture, je voulais entrer d’abord.

Papa, il y a des photographes !

Si maman ne se dépêche pas un peu, ce sera juste toi et moi sur les photos.

Minute, papillon ! Je travaillais déjà avec ton père avant même que tu sois née.

Donc s’il doit y avoir quelqu’un sur les photos avec ton père, ce sera moi.

Mais Papa…

Ecoute, c’est pour le travail, je n’y peux rien.

On commence dans cinq minutes. Voici Brian, l'animateur pour l’événement.

Il aimerait s’entretenir avec vous pour les détails.

Bonjour, j’aimerais passer en revue avec vous les détails…

Ah Viola, quel plaisir de te voir ! Tu pourrais t’occuper un peu de Cynthia?

On ne peut pas avoir trop de monde autour de Raymond sur les photos.

Papa…

Sois gentille, on ira faire du shopping avec ta mère quand ça sera terminé.

– Bonjour ! – Laisse ton père tranquille, il a mieux à faire.

C'est quoi son problème ? Qu’est-ce que j’ai fait ?

Bon, arrĂŞte maintenant !

– Qu’est-ce que j’ai dit ? – Ca suffit !

Bonjour !

Ah, Raymond... Brian !

Oui, j’ai entendu, l’animateur, c'est ça ?

Oui, c’est ça, c'est un honneur de vous rencontrer, Monsieur Ho.

Bonjour.

Ok, donc pour commencer, j'aimerais que vous

attendiez lĂ  oĂą se trouve la jeune fille.

Ensuite je prendrai la parole pour remercier tout le monde d’être venu.

Attendez...

Merci à tous d’être ici aujourd'hui. J’ai le grand honneur…

… de vous présenter une personne très spéciale dotée du don…

… de l’intuition et de la sensibilité qui lui ont permis de dénicher…

… et de cultiver des personnes de talent. Je crois qu’on peut dire que…

… Marian est la femme la plus importante dans la vie de Raymond.

C’est comme s’ils se connaissaient depuis toujours !

Mesdames et messieurs, je vous demande d’applaudir…

… l’éditrice de l’auteur à succès, Raymond Ho.

La magnifique, l’éblouissante, l’unique Marian Chuang !

C’était comment ? C’était bien ?

– Cette introduction… – C’est un peu…

Parfait, juste parfait !

Pardon, c’est à moi que vous parlez ?

Non, non… Je me parle à moi-même.

J’ai un badge VIP, est-ce que j’ai droit à un verre de vin comme la dame ?

Bien sûr, toutes les boissons sont gratuites pour les invités.

– Mademoiselle, qu’est-ce que vous buvez ? – Veuve Clicquot.

– Pardon ? – Du champagne.

– La même chose pour moi. – Tenez.

– Merci. – Je vous en prie.

Avec ce badge VIP, je me sens vraiment plus importante.

Il est bel homme, vous ne trouvez pas ?

En mĂŞme temps, non.

Il n’est pas juste bel homme, je dirai plutôt qu’il est…

…séduisant et charmant. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Vous avez lu ses livres ?

En quelque sorte… Je les ai feuilletés.

Pourquoi seulement feuilletés ?

J’aime assez leur côté sentimental, les relations humaines, tout ça.

Mais ils finissent à chaque fois… Comment dire ?

Bref, tous ses livres se ressemblent, et c’est comme ça depuis son premier.

Vous savez, l’histoire avec le père et la fille.

Et vous n’aimez pas ?

Moi ? Non, pas trop. Mais ma fille adore !

Surtout quand ça devient trop… Enfin trop…

– Enfin, vous voyez, quoi. – Oui, je vois.

C’est un endroit très reculé…

Vous savez que sa femme est écrivaine aussi ?

Enfin écrivaine, si on peut appeler ça comme ça.

En fait, elle écrit des articles sur internet ou dans des magazines littéraires.

Et ses articles sont souvent trop… ardus

– Intello. – Oui c’est ça, intello.

Comme je dis, personne n’a envie de lire ce genre de trucs : elle n’a aucun talent.

Vous avez déjà lu ses articles ?

Pas moi, j’ai mieux à faire ; mais ma fille oui, et elle aime beaucoup.

Mais ma fille lit tout et n’importe quoi !

Qu’est-ce qui vous fait dire qu’elle n’a pas de talent ?

– Qui, ma fille ? – La femme de Raymond Ho.

Voilà, vous l’avez dit : c’est la femme de Raymond Ho !

C’est bien pratique pour se faire éditer. Peu importe ce qu’elle écrit ou comment.

Vous voyez, ma fille écrit aussi, mais elle n’a pas le réseau.

Elle a beau écrire dans tous les sens, il n’y a personne pour la publier, pas vrai ?

Vous savez quoi ? J’ai lu quelque part…

… que sa femme est juste une prof de lycée.

Si vous voulez mon avis, c’est déjà trop bien pour elle.

– A l’université. – Quoi ?

– Elle est prof à la fac. – Oui, bon, ça reste qu’une enseignante.

Vous savez Ă  quoi elle ressemble ?

Non, je ne sais pas, et vous ?

Moi non plus.

J’ai gagné au concours VIP pour faire dédicacer mon livre.

On est un petit groupe, vous voulez vous joindre Ă  nous ?

Non merci, je vais sortir un peu, j’ai besoin d’air.

Merci, l’entretien touche à sa fin. Vous

trouverez de quoi vous sustenter par lĂ , merci.

– Et maintenant ? – Les cinq dédicaces du concours VIP et tu es libre.

– Où est ta mère ? – Je viens de la voir sortir.

– Elle est partie ? – En plus elle faisait la gueule.

– Cynthia ! – La moue.

Bon, il faut la comprendre.

Ce genre de pince-fesses n’est excitant…

… que quand ce sont tes fesses qui se font pincer !

- Quoi encore ? - Bon, je vais dédicacer trois livres…

– Cinq livres. – D’accord, cinq livres.

– Et après on passe la journée ensemble. – Super !

– Pense à où tu veux manger, on part quand j’ai fini. – Merci papa !

Tu as mangé ?

Tu me poses vraiment cette question ?

Si c’était vraiment important pour toi de savoir si j’ai mangé ou pas…

… tu ne m’aurais pas plantée à la fin de ta séance de dédicaces !

C’est toi qui es partie en premier.

– Je suis partie en premier ? – Marian t’as vue sortir.

Cynthia a vu que tu avais l’air ennuyé.

Si tu en avais marre, tu aurais pu m’en parler au lieu de partir sans prévenir.

Je ne suis pas partie, je suis sortie pour une cigarette.

– Une cigarette ? – Oui.

De toute façon, tu pouvais m’appeler.

Non ?

– Tu m’as appelée ? – Je pensais que…

C’est ça, tu pensais…

Tu pensais exactement comme ça t’arrange, pas autrement !

– Papa ? – Oui.

Je viens te dire bonne nuit.

Attends !

Je suis prĂŞte.

Bonne nuit.

– Papa t’aime. – Je t’aime aussi.

– Papa ? – Oui ma chérie ?

Il y a quelque chose dont j’aimerais te parler.

Qu’est-ce que c’est ?

C’est…

… l’école.

– Il y a un problème à l’école ? – L’école est très bien.

– C’est juste que… – Que quoi ?

Juste que…

Enfin Papa, l’école est vraiment trop loin !

Je me sens seule lĂ -bas. Je ne pourrais pas rester Ă  Taipei ?

Je serais plus près de toi ; on pourrait trouver une école ici.

On en a déjà parlé, non ?

J’en ai discuté avec ta mère et on pense que c’est la meilleure école pour toi.

J’aurais aimé avoir la chance d’étudier à New-York quand j’avais ton âge.

Après ton diplôme, tu pourras faire tout ce que tu veux.

Mais moi je veux ĂŞtre avec toi.

Moi aussi j’aimerais être avec toi, mais c’est compliqué en ce moment avec…

C’est à cause de Maman, c’est ça ?

Elle ne veut pas de moi ici, elle est trop jalouse.

Pourquoi tu dis ça ?

Parce qu’elle est jalouse, de moi…

… et de toi, avec les trucs qu’elle écrit que personne ne veut lire.

Il faudrait lui dire que Papa est le seul qui

ait du talent pour écrire dans la famille.

Va lui dire, toi. Pour ma part, je ne prendrai pas le risque.

Moi non plus.

– Papa ? – Oui, quoi ?

Est-ce que Marian est vraiment la femme la plus importante de ta vie ?

Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

A ta séance de dédicaces, l’animateur a dit ça pour la présenter.

Il a dit que c’était la femme la plus importante de ta vie.

C’était juste pour le show.

Ecoute-moi bien.

Sur cette terre…

… il n’y a qu’une femme qui puisse prétendre être la plus importante pour moi.

Et Maman ?

Quoi Maman ?

Maman est importante pour toi ?

Elle est…

Bien sûr qu’elle est importante.

Mais tu sais, Maman c’est Maman.

Maman c’est Maman.

– Bonne nuit. – Bonne nuit.

Quoi ?

– Cynthia dort ? – Je crois, oui.

Qu’est-ce que tu faisais dans sa chambre ? Je vous ai entendu parler.

Rien, je lui disais juste bonne nuit.

Et tu vas me dire bonne nuit Ă  moi aussi ?

– Bonne nuit – Je pensais que…

Enfin, je voulais savoir…

Je pensais qu’on pourrait peut-être dormir ensemble ce soir.

Pourquoi ?

Qu’est-ce qu’il y a de différent ce soir ?

Non, rien, je pensais juste…

Je dois dire que, pour un auteur à succès…

… ton aisance avec les mots me laisse perplexe !

Bon, ben… bonne nuit.

Tu sais…

…si je fais ça, c’est pour ton bien.

Pour te protéger de toi-même…

… et des autres.

Pas la peine de pleurer, tout est de ta faute.

N’essaie pas de me culpabiliser, tu ne peux en vouloir qu’à toi-même.

Le seul reproche que j’ai à me faire…

… c’est que j’aurais dû m’en douter.

Que tu allais mal tourner avec ces garçons.

J’aurais dû t’en empêcher.

Oui, j’aurais dû faire ça.

Je crois que c’est le châtiment de Dieu.

Dieu me punit.

J’avais à peu près ton âge quand ça m’est arrivé.

Moi aussi j’ai été salie.

Mon corps était pur…

… avant que la luxure m’envahisse.

C’est pourquoi je suis punie maintenant.

Punie.

Mais on est différentes, toi et moi.

Quand c’est arrivé…

… tes grands-parents m’ont jetée à la rue.

Ils m’ont reniée.

Ils ont dit que ma sœur devait encore se marier…

… mais que j’avais apporté la honte sur la famille.

Je ne leur en veux pas.

Ils n’avaient pas le choix.

A cette époque-là…

… c’était comme ça.

J’espère que tu n’as plus l’intention de te marier.

Regarde-toi, qui voudrait de toi ?

Pas question, tu ne te marieras jamais !

Et si on me demande…

… pourquoi votre fille n’est-elle pas mariée ?

Qu’est-ce que je dis ?

Qu’est-ce que tu veux que je dise ?

Réponds-moi !

Tu es trop jolie.

Si belle !

Je sais.

Ce n’est pas ta faute si tu es jolie.

Mais regarde ce qui t’est arrivé !

Etre si jolie, c’est une malédiction.

Pourquoi tu n’as pas fait plus attention.

Un garçon te fait un compliment et tu écartes les cuisses pour lui ?

Tu crois qu’on peut leur faire confiance?

Leurs compliments ne sont que des mensonges…

…pour qu'on finisse dans leur lit.

Je te l’ai dit un million de fois, mais tu ne m'écoutes jamais.

Et pour quel résultat ? Tu n’as rien retenu !

Je ne comprends pas, tu es stupide ou bornée ?

Tout ça pour rien ! Rien !

Je ne peux plus te laisser faire Ă  ta guise.

T’inquiète pas.

Maman va arranger ça.

On va commencer par ton joli visage.

Maman… Maman !

Va garer la voiture et retrouve-nous dans le hall des départs !

– A plus papa ! – A plus ma chérie !

Je ne comprends pas pourquoi vous venez toujours avec moi à l’aéroport.

Je pouvais prendre un taxi.

Ca se fait dans toutes les familles.

Oui, dans les familles normales !

Mais tu verras, papa ne viendra pas : il ne vient jamais.

C’est trop dur pour lui de dire au revoir, tu ne le sais toujours pas ?

– Des fois je me demande qui le connaît mieux. – Change de ton !

Je connais ton père mieux que personne ; mieux que toi.

Je le savais, tu es jalouse de ce qu’il y a entre nous.

De quoi tu parles ? C’est ton père, tu es sa fille : il n’y a rien entre vous !

– C’est malsain de dire ça ! – Laisse tomber.

– Quoi ? – Il t’a fait quelque chose ?

– Qu’est-ce qu’il faisait dans ta chambre hier ? – De quoi…?

– Dis-moi tout, je peux l’arrêter. – Ca va pas, tu es devenue folle ?

Je te l’ai déjà dit, je connais ton père mieux que personne.

C’est papa, il ne viendra pas et il te demande de dire au revoir pour lui.

– Qui le connaît mieux maintenant ? – Tu te trompes à son sujet.

Tu ne le connais pas comme moi, j’essaie juste de te protéger.

Je ne veux plus jamais d’entendre parler de lui comme ça, sinon je lui dirai.

Ne me fais pas de menaces ! Tu ne sais rien, tu ne comprends pas.

Tu as raison, je ne comprends pas pourquoi tu fais semblant de t’intéresser à moi !

Tu as fini ? J’ai un avion à prendre.

Cynthia.

– Tu ne pouvais pas m’attendre ? - Oh, pardon.

J’ai eu une idée que j’avais besoin d’écrire, tu connais ce sentiment.

Une idée.

Tu as eu une idée ?

Depuis quand tu as des idées, j’aimerais bien savoir ?

Tu n’as jamais eu une idée à toi depuis que je te connais.

– Tu t’es disputée avec ta fille. – Ne change pas de sujet !

Je ne change pas de sujet ; c’est précisément le sujet.

A chaque fois que tu te disputes avec Cynthia ou qu’il y a un problème…

… à l’école ou avec tes collègues, tu t’en prends à moi.

– J’ai mes raisons. – Bien sûr !

J’ai trouvé l’inspiration dans ton histoire avec ton père pour mon premier roman.

Tout le monde le sait.

Tu étais d’accord pour que j’écrive cette histoire. Tu

penses arrêter de remettre ça sur le tapis un jour ?

– Jamais. – Ca fait une éternité et j’ai écrit d’autres livres depuis.

C’est vrai.

Tu n’as pas seulement écrit sur mon père et moi…

… mais aussi sur la mort de ta sœur, la maladie

de ton grand-père, le suicide de ton meilleur ami.

Je continue ?

Comment peux-tu prétendre être écrivain ? Tu n’es qu’un pilleur de tombes.

Tu n’écris que sur les morts, pour ne pas avoir

à leur demander d’autorisation, c’est pratique !

Ca s’appelle de l’inspiration.

Non, Raymond, on appelle ça du vol.

Pense ce que tu veux !

Qu’est-ce que tu fais ? Où tu vas ?

– On n’a pas fini de parler. – Moi, si.

– Mais moi, non. – Prends ton temps !

Pardon, je vous ai fait peur.

Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous faites ici ?

Je vous protège de la pluie.

Merci.

– Excusez-moi mais qui êtes-vous ? – Ce n’est pas important, je ne suis personne.

Vous devez bien avoir un nom.

Vous pouvez m’appeler…

… Mademoiselle Mélanie.

– Mademoiselle Mélanie ? – Oui, Mademoiselle Mélanie.

Et bien bonsoir, Mademoiselle Mélanie.

– Je m’appelle Raymond Ho. – Je sais… je sais qui vous êtes.

– J’en conclue que vous avez lu mes livres. – Je les ai tous lus.

– Une fan de longue date alors. – Non, pas du tout.

J’ignorais que vous étiez écrivain jusqu’à ce que

je tombe sur votre nouveau roman le mois dernier.

Depuis je suis comme obsédée par vous.

Je n’aurais peut-être pas dû dire ça.

– Et vous avez aimé mon dernier livre ? – Il a complètement changé ma vie.

J’ignorais avoir autant de pouvoir.

Pourquoi ĂŞtes-vous ici exactement ? Que vous faites-vous lĂ  ?

Je voulais…

Je voulais trouver un portrait de vous comme celui-lĂ .

– Mais il est un peu… – En effet.

– Je suis vraiment désolé. – Non, non ! Pourquoi êtes-vous désolé ?

Je ne sais pas, j’ai toujours l’impression de devoir m’excuser.

– Hein ? – Non rien.

Qu’est-ce que je peux faire ? Je peux vous en

envoyer un autre, parce que celui-là est vraiment…

Je ne sais pas si j’ose vous demander.

Si, si, allez-y, osez !

Vous pourriez dédicacer mon livre ? Enfin, je veux dire votre livre.

Bien sûr, pas de problème

– Vous l’avez avec vous ? – Oui, oui.

C’est bizarre.

J’étais persuadée de l’avoir avec moi.

Pas de souci, je vous le dédicacerai une autre fois, d’accord ?

Vraiment ? Vous feriez ça pour moi ?

– Bien sûr. – Merci !

Vraiment merci ! Merci beaucoup.

– Excusez-moi, je dois partir. – Arrêtez de vous excuser !

– C’est moi qui m’excuse de vous retenir. – Ce n’est rien.

Au revoir alors…

– Mademoiselle Mélanie. – C’est ça, Mademoiselle Mélanie.

Au revoir Monsieur Ho.

Monsieur Raymond.

Au revoir Monsieur Raymond…

… et bonne nuit !

– Vous êtes Monsieur Raymond Ho ? – Oui, c’est moi.

Un paquet pour vous.

Signez ici, s’il vous plaît.

– Qu’est-ce que c’est ? – Je ne sais pas, moi !

Merci.

C’est interdit d’ouvrir les paquets, je suis professionnelle, moi.

– Professionnelle ! – Merci.

[Un été glacial : premier amour, premier baiser…]

[Un été glacial, roman de Raymond Ho]

– Coucou ! – Vous ? Qu’est-ce que vous…

Vous m’avez dit que vous le dédicaceriez.

C’est beau chez vous !

C’est exactement comme ça que je l’imaginais.

– Comment m’avez-vous… – J’ai suivi le coursier jusqu’ici.

Votre belle et charmante éditrice m’a donné votre adresse…

… mais pas l’étage, ni la porte.

– Je ne vous dérange pas ? – Je travaillais.

Sorry.

J’ai apporté mon livre cette fois. Pardon, je rectifie : votre livre.

Vous pouvez me le dédicacer comme promis ! Allez !

Vous n’auriez pas quelque chose à boire ? Sainte Mère, je vais mourrir de soif !

Votre femme et votre fille ne sont pas lĂ  ?

Elle travaille.

Bien sûr, quelle question idiote ! Je suis désolée.

Et votre fille doit être à l’école, non ? Vous l’avez mise où ?

Mademoiselle…

Mademoiselle Mélanie, vous vous souvenez ?

Oui, Mademoiselle Mélanie…

Voulez-vous bien me dire ce que vous faites chez moi ?

Comme je le disais…

… j’ai apporté votre livre pour que vous me le signiez.

Je pensais que…

Je ne m’attendais pas à cette réaction de votre part.

Je pensais que vous seriez content de me voir.

J’ai dû mal comprendre.

Mademoiselle !

Mademoiselle Mélanie !

Je vous dois des excuses, j’ai été impoli.

Oui, assez impoli.

Ou alors… ça doit être que je ne comprends pas les artistes.

Je suis désolé, c’est juste que je n’aime pas être dérangé quand j’écris.

D’abord il y a eu le coursier avec ces cartes, et ensuite vous…

Je suis vraiment désolé.

Je peux vous dédicacer mon livre ? Enfin, votre livre.

Vous avez un stylo ?

Merci.

– Merci. – Avec plaisir.

Vous voulez peut-ĂŞtre les remettre ?

Je ne sais pas pourquoi les gens se

chaussent en ville, les rues sont si propres.

Quand j’étais petite, à la montagne, il y avait de la boue partout, pas comme ici…

Sainte Mère, je raconte mon enfance sans intérêt à un auteur de bestsellers…

– Vous devriez vous remettre au travail. – Bien, au revoir.

Merci encore.

– Qu’est-ce que c’est ? – Bonjour à toi aussi !

Ces cartes, c’est pour quoi ? Et cette couverture ?

D’accord, j’aurais dû t’en parler avant.

Oui, tu aurais dĂ» !

Bon voilĂ , ton livre a atteint des ventes records en ligne.

Et d’après les premiers chiffres rapportés par les librairies…

… il sera en rupture de stock dans une semaine environ.

On a toujours su que ton lectorat était majoritairement féminin.

Mais cette fois-ci, les retours montrent que…

… l’âge moyen de tes lectrices est plus jeune que nous ne le pensions.

Donc cette fois on va imprimer 50 000 exemplaires.

Et on va utiliser cette couverture spécialement conçue pour la nouvelle cible.

Quelque chose de plus romantique et de moins inquiétant que la précédente.

Tout le monde aimait cette couverture !

On va aussi faire une tournée promotionnelle dans tout Taïwan.

On va aller partout : on va faire des télés, des radios… La totale !

– Ca ne me dit toujours pas… – Et il y a ces mille cartes collectors…

… signées de ta main pour mille VIP.

D’accord pour les interviews, mais hors de question pour la tournée !

J’écris en ce moment, je n’ai pas le temps.

Et pour ça, là…

Je ne sais pas comment tu as pu imaginer que je signerai mille cartes pour des VIP.

Donc tu vas les réimprimer…

… avec ma signature dessus.

Voilà… et je ne veux plus en entendre parler.

Et les mille cartes déjà imprimées, j’en fais quoi ?

C’est pas mon problème.

[Se rencontrer, c’est commencer l’écriture...

d’un nouveau chapitre ensemble. Raymond Ho]

Bon.

– Alors, pas fâché ? – Pas fâché.

Mais je trouve quand mĂŞme bizarre de positionner mon roman en bluette pour ados.

OK, c’est l’histoire d’un premier amour, mais du genre qui finit mal…

… pardonne-moi l’euphémisme.

A moins que tu ne considères le viol comme une fin heureuse.

Mais je trouve ça pervers, si tu veux mon avis…

… même venant de toi.

Tu sais…

… parfois, ce qui paraît être un viol pour certains…

… peut être simplement qualifié de passion par d’autres.

Comme, par exemple…

… si tu me prenais de force…

… ici et maintenant.

Sur ce bureau.

… je résisterais uniquement pour ajouter à ton excitation…

… mais la vérité c’est que j’apprécierais ça autant que toi.

Je ne trouve pas ça drôle. En plus, tu n’aimes pas les hommes.

C’est de l’humour… De l’humour !

Puisqu’on parle d’humour, tu trouves ça drôle

de donner mon adresse personnelle Ă  des fans ?

Pas du tout.

Mais regarde, si tu rencontres des fans en

folie, c’est que tu dois être un auteur célèbre !

C’est impossible de te parler sérieusement.

Au fait, comment va ta femme ?

– Pourquoi tu demandes ? – Pour savoir ce que Viola écrit, ça m’intéresse.

On pourrait peut-ĂŞtre la publier.

Le « couple littéraire », ça ferait un carton,

et tes lectrices se jèteraient dessus !

Ca ne m’intéresse pas, j’ai d’autres chats à fouetter.

Comme tu veux.

Et si tu pouvais prendre moins de quatre ans pour écrire ton prochain livre…

… je t’en serais reconnaissante !

AllĂ´ ?

Se rencontrer, c’est commencer l’écriture…

… d’un nouveau chapitre ensemble.

Attends !

Merde, putain, quoi ?

C’est quoi ton problème ?

C’est quoi mon problème ? J’aime pas faire ça en public !

Mais c’est pas un public, ça…

… c’est juste une gamine !

J’ai acheté ton dîner. Du poulet, ça ira ?

Pourquoi pas ? Merci.

– Tu as mangé ? – Oui.

« Exclusif ! »

« La star montante, Michelle Chen, est impliquée dans un scandale. »

« Le père de sa fillette de huit ans serait… »

« … l’acteur de la célèbre série Love is in the Hair, Jason Chang. »

« Jason Chang a refusé de répondre aux questions des journalistes. »

« Il s’est même montré agressif et s’est emporté au moment de quitter les lieux. »

« – Regardez ! – Jason… »

Tu y crois, toi, que ce restaurant existe encore ?

Oui, mais il a beaucoup changé.

Les menus sont les mĂŞmes.

Ça fait du bien de voir que certaines choses ne changent pas.

Il y a plus quand mĂŞme plus de choses qui

changent que de choses qui restent identiques.

Je peux te poser une question ?

Quoi ?

Est-ce qu’il existe des choses sacrées à tes yeux ?

Pourquoi cette question ?

Tu as utilisé une carte de ton éditeur aujourd’hui…

… avec les fleurs que tu m’as envoyées.

Tu ne trouves pas ça un peu indélicat ?

Faisons une trêve ce soir, d’accord ?

D’accord, tu as raison.

Tout va bien entre nous ce soir, c’est ça ?

Parlons seulement de choses positives et tout le monde sera heureux.

Comme quand tu m’avais invité ici pour la première fois…

… tu m’avais aussi écrit un joli message sur une carte.

Je ne l’oublierai jamais.

– Vi… – Tu t’en souviens ?

– Viola ! – Je sais, ça fait des années…

… mais cela me touche beaucoup que tu n’aies jamais oublié.

« Se rencontrer…

« … c’est commencer l’écriture… »

« … d’un nouveau chapitre ensemble. »

C’était si charmant et tellement bien formulé.

Et depuis, tu utilises cette phrase pour toutes tes dédicaces.

Comme si cette phrase ne signifiait rien de spécial…

… rien de sacré pour toi ; juste des mots collés les uns aux autres.

Tu devrais la faire imprimer, tu t’épargnerais

la peine de l’écrire à chaque fois.

Tu vois, même maintenant, je m’inquiète encore de ton bien-être.

Je sais que je ne l’exprime pas toujours…

… mais je sais ce je te dois.

Sans toi, je ne serais rien, ni personne.

C’est pourquoi je pense que le moment est venu que tu écrives.

Que tu écrives sérieusement. Attends, je n’ai pas fini !

J’en ai parlé avec Marian.

Je voulais vraiment qu’elle te lise.

Elle pense que tu as du talent, elle veut absolument t’aider.

Tout ce que tu as à faire c’est d’écrire… ce que tu veux.

Peu importe quoi, Marian le publiera ; elle me doit bien ça.

Ce n’est pas ce que tu voulais ? Qu’est-ce que tu en penses ?

Tu ne comprends vraiment rien, n’est-ce pas ?

Je suis tombée amoureuse de toi au premier regard, Raymond.

Et ce sentiment, à l’époque, n’était pas exactement réciproque.

Ou si c’était partagé, tu l’as exprimé de façon étrange.

Quoi qu’il en soit, je t’ai prouvé alors que tu pouvais entièrement compter sur moi.

Je suis venue vivre avec toi Ă  Taipei.

Quand nous avons eu Cynthia, j’étais à peine prête pour devenir mère.

Et enfin, après des années qui m’ont parues des siècles…

… ton talent a été reconnu.

Pourquoi ?

Parce que tu as exploité mes blessures, tu m’as exploité.

– Je… – Tais-toi et écoute !

Comme ça, tu es devenu un grand écrivain.

Je suis heureuse pour toi, vraiment.

Mais tu as oublié…

Tu as oublié qui s’est sacrifié pour cette famille afin que tu réalises ton rêve.

Tu as oublié que moi aussi j’avais des rêves.

Donc maintenant je pense que je peux t’aider.

Tu ne penses pas que c’est un peu trop tard ?

Et tu crois vraiment que mon idée de la réussite…

… c’est d’être publié grâce au réseau de mon mari ?

Tu crois vraiment que le rêve de ma vie…

… était de devenir la putain de femme de Raymond Ho ?

Ça suffit maintenant !

Tu as raison.

Ça suffit.

Je n’en parlerai plus.

Ca n’est pas moi qui t’ai abandonné.

Raymond, c’est toi…

…encore et encore…

…qui m’as laissé tomber.

Oublie ce que j’ai dit sur Marian.

C’était stupide.

Mais je pense vraiment que tu devrais écrire.

Et je t’aiderai si tu le désires.

« Tu devrais écrire. »

« Je t’aiderai si tu le désires. »

Mais oui, Raymond, tout est si facile pour lui.

Lui le marionnettiste.

Lui qui utilise les gens comme des jouets…

… et qui les jette quand ils n’ont plus d’utilité.

Cette attitude, ça avait peut-être son charme quand tu étais plus jeune…

… et j’ai sans doute ma part de responsabilité dans cette affaire.

Mais tu sais quoi ? Plus maintenant !

Je n’en peux plus…

… de me mentir.

Tu sais quel est ton problème ?

Tu ne sais pas ce que c’est de souffrir.

Tu n’as jamais fais l’expérience de la douleur.

C’est pour ça que tu voles la souffrance des autres.

Tu devrais essayer de ressentir quelque chose juste une fois.

Oh, rien de bien grave, tu sais.

Une petite coupure, une petite brûlure ; rien de trop dangereux, bien entendu.

Mais juste assez pour te faire une idée de l’amertume du monde réel.

Comme ça au moins, tu pourrais écrire d’expérience.

Tu n’aurais plus besoin de voler.

Je te l’ai déjà dit, Viola.

Je n’aurais pas dû utiliser l’histoire entre ton père et toi.

« L’histoire » ? Tu viens de dire « l’histoire » ?

C’est ma vie !

D’accord, ta vie : je n’aurais pas dû utiliser ta vie.

Je ne peux rien écrire.

Raymond, je ne…

Je n’y arrive pas.

A chaque fois que j’essaie, je réalise que…

… la seule chose que je veux écrire…

… a déjà été écrite par toi.

Espèce de salaud, tu m’as pris ma vie et tu as signé ton nom dessus.

Et moi alors ?

Qu’est-ce qu’il me reste ?

Avant même d’avoir la chance de commencer…

… la partie est terminée pour moi.

– Je suis vraiment… – Ne t’excuse pas, je ne te crois pas.

Parfois je me demande ce que serait ma vie si je n’étais pas venue à Taipei.

Si nous n’avions pas eu d’enfant, si je ne m’étais

pas mariée, est-ce que j’aurais été plus heureuse ?

Je pense que oui ; je pense que je serais plus heureuse.

Vous avez choisi ?

Qu’est-ce que vous faites ici ?

Je dine ! Les gens vont au restaurant pour manger, non ?

J’imagine que…

… la jolie femme en colère qui vient de sortir est votre femme ?

Vous avez vu ma femme ?

Elle avait l’air très énervée en partant.

Excusez-moi mais, encore une fois, qu’est-ce que vous faites ici ?

Qu’est-ce que vous me voulez ?

Vous me suivez ?

Vous suivre ? Oh lĂ  lĂ  !

Vous réfléchissez trop ! Je viens d’arriver et je vous ai vu.

Donc j’ai décidé de vous saluer parce que… Ben, parce que ça se fait, vous savez ?

Mais si je vous mets mal à l’aise…

… je peux m’asseoir à une autre table.

Alors qu’est-ce qu’on fait ?

Vous avez deux options. La première : je reste…

… et nous partageons un magnifique diner ensemble.

La deuxième : vous restez seul…

… à vous morfondre dans votre triste solitude.

Alors ?

– Je n’ai pas envie de manger seul. – Super, c’est la première option !

Je vous invite. Après tout, vous avez la gentillesse de me tenir compagnie.

C’est trop d’honneur.

Allez, c’était votre plan depuis le début !

Sainte Mère, le célèbre écrivain Raymond Ho, m’invite à diner !

Si elle nous voyait, ma mère n’en croirait pas ses yeux.

Bon, qu’est-ce qu’on mange ? Qu’est-ce que vous me conseillez ?

La spécialité c’est le risotto de la mer ; le plat préféré de ma femme.

Le plat préféré de votre femme… Très bien.

Est-ce que votre femme aime autre chose…

… que je devrais avoir ?

J’ai faim !

Vous êtes sûr de ne pas vouloir prendre une douche ? Ça fait du bien !

Non, merci.

Je n’aurais pas dû venir. Je devrais sans doute partir.

Ne partez pas ! Attendez !

Je ne devrais vraiment pas ĂŞtre ici.

Vous avez peut-être envie de ça ?

Non, ne faites pas ça, couvrez-vous.

– Je suis désolée. – C’est moi qui m’excuse d’être venu.

– Je suis vraiment désolé. – Pas la peine, je comprends.

Vous aimez toujours votre femme.

Peut-être…

Je ne suis pas assez jolie alors.

Mélanie…

… vous n’avez pas idée à quel point je vous désire.

Mais… je ne peux pas.

Je ne peux pas faire ça.

Bon…

Au moins…

Est-ce qu’on peut juste s’allonger ?

Sans rien faire.

Juste s’allonger, un petit moment.

Je peux poser ma main sur vous ?

J’aime passer du temps avec vous.

Moi aussi j’aime passer du temps avec vous.

J’ai une petite maison dans la montagne.

C’est là que je suis née.

Je veux dire, je suis vraiment née dans cette maison.

Ma mère ne fait pas confiance aux médecins, alors…

Vous voudriez y aller avec moi ?

Je ferai la cuisine pour vous.

Pourquoi vous riez ?

Vous savez vous y prendre pour séduire un homme.

De toute façon…

… j’habite un très petit village.

Il n’y a plus personne là-bas.

Les terrains ont été rachetés un par un par un promoteur immobilier…

… qui veut faire je ne sais pas quoi pour attirer les touristes.

Ça me rend triste.

Le lieu où j’ai grandi va disparaître.

Vous voulez rentrer maintenant ?

D’accord.

Donc…

… vous voulez y aller ?

A la montagne.

Je ne sais pas, ma vie est compliquée en ce moment.

Ma fille ne veut plus étudier à l’étranger.

Mon livre vient juste de sortir, et puis ma femme…

– Bon, ma femme… – Je vois.

Mais je vais y réfléchir.

– Vous allez y réfléchir ? – Oui.

– Donc vous ne dites pas non. – Je ne dis pas non.

Je dis juste que… Je ne peux pas pour l’instant.

– Peut-être plus tard, alors. – C’est ça, plus tard.

Et… je peux vous demander autre chose ?

Je ne dis pas non.

Je peux vous embrasser ?

Je ne dis pas non.

Maman, je suis désolée…

… c’est de ma faute.

Viens ici !

S’il te plaît, ne fais pas ça.

Je ne le répéterai pas deux fois.

Va t’asseoir !

Tu sais que je fais ça pour ton bien ?

Je sais.

Dis « merci Maman ».

Merci Maman.

Ne bouge pas.

N’aie pas peur.

Sois courageuse.

Prenez ces deux valises, s’il vous plaît. Je descends dans cinq minutes, merci.

Qu’est-ce que tu fais ?

– Je pars. – Qu’est-ce que tu veux dire ?

Nous tournons autour du pot depuis assez longtemps, tu ne penses pas ?

Mais de quoi tu parles ?

– Je parle de divorce, c’est fini entre nous. – Ne sois pas ridicule.

Tu as pensé à notre fille ?

Tu veux dire « ta » fille.

Elle ne me considère plus comme sa mère.

J’ai essayé de la prévenir, de la protéger.

Peu importent mes efforts, je n’ai fait que l’éloigner de moi.

De plus, Cynthia a 15 ans maintenant, elle survivra.

Les filles de son âge surmontent plus de choses que tu ne le crois.

Je sais de quoi je parle.

Et moi alors ?

– Quoi toi ? – Si tu me quittes, je fais quoi ?

Tu fais quoi ? Je ne sais pas, moi.

Tu peux trouver de l’inspiration dans notre divorce pour écrire un livre.

– Où tu vas ? – Je rentre chez moi.

– Prêt ! – Vous ne voulez pas prendre ma voiture ?

Ne vous inquiétez pas, aucun nouveau modèle ne vaut ma bonne vieille voiture.

Dites, vous n’avez pas pris votre ordinateur, ça serait dommage.

– Je n’ai pas pris mon ordinateur. – Parfait !

Il faut en profiter quand on va dans un si bel endroit.

– Je n’ai même pas pris mon téléphone. – Très bien.

Vous allez voir, ça va être très paisible.

Ma maison est très isolée, on ne croisera sûrement personne.

Super, j’ai hâte !

Je suis contente que vous m’ayez appelée.

Vous n’aviez pas l’air si sûr hier soir.

La vérité c’est que, quand je suis avec vous,

j’ai l’impression d’être à nouveau adolescent.

Très bien, alors remontons dans le temps ensemble !

La ferme !

Tu vas la fermer, oui, ou tu veux que je t’aide ?

Qu’est-ce que vous avez mis dans l’eau ?

Vous voulez m’empoisonner ? Vous voulez me tuer ?

Vous voulez me tuer ?

Si j’avais voulu te tuer, tu serais déjà mort. Bois !

HĂ© !

C’est pour t’aider à te détendre.

Donc tu vas tout boire et faire un gros dodo.

Ou alors je te finis maintenant.

Tu choisis.

C’est pas du poison ?

Mais non.

Est-ce que je te mentirais ?

Maintenant bois, et sans renverser.

Qu’est-ce que tu fais ?

Tu n’as pas honte ?

Tu veux vendre des noix de bétel aussi ?

Avec ton rouge à lèvres, petite pute ! J’en ai marre

que tu n’écoutes rien ! Va vendre tes noix de bétel !

– Maman ! – Tu me tues !

Tu n’écoutes rien, tu ne fais que pleurer !

Tu pleures, mais c’est toi le monstre !

Maman !

Au secours… Au secours !

Ici, je suis ici !

Je suis lĂ , au secours !

Je te l’ai déjà dit, le village va être détruit, tout le monde est parti.

Il n’y a que nous deux ici, ça ne sert à rien de crier.

Mais je ne crois pas pouvoir rester longtemps non plus.

Ce n’est pas pour l’argent, je m’en fous de ça, mais ce sont les autres villageois…

Honnêtement, ça n’est pas une décision facile à prendre.

Cette maison, c’est tout ce que j’ai.

Et il y a ma mère, je lui ai promis qu’on ne déménagerait jamais.

Quoiqu’il arrive, je garderais la maison intacte, sauf que maintenant…

… qu’est-ce que je peux faire ?

Si c’était toi, qu’est-ce que tu ferais ?

Je m’en fous de votre maison, de votre village…

… ou de votre pute de mère !

J’en n’ai rien à foutre de vous et votre vie de merde !

Vous voulez quoi, putain ? Espèce de tarée !

Au secours ! Y a quelqu’un ? Au secours !

– Au secours ! – Je te l’ai déjà dit !

Pas… la… peine… de… crier !

Tu l’as bien cherché.

Ma mère avait raison, on ne peut pas faire confiance aux hommes.

Ma mère était adolescente quand elle a eu une

aventure avec le fils du médecin du village.

Et elle est tombée enceinte de moi.

Et la famille de ce gars a dit…

… qu’il était trop jeune, que c’était encore un enfant.

Ils ont dit à ma mère de ne pas gâcher son brillant avenir.

Trop jeune ! Il n’était pas trop jeune pour mettre ma mère en cloque.

Après ma naissance, les gens du village on commencé à nous…

Bref…

… après ça ma mère nous a amenées ici pour qu’on s’y installe.

Mais ça n’a pas été facile.

Tu imagines, une mère célibataire…

… à cette époque, seule avec son enfant, et pas d’homme à l’horizon.

Je peux te dire un secret ?

J’ai toujours espéré que mon père essaierait de me retrouver…

… qu’on fasse connaissance, qu’il voie ce que je suis devenue.

Mais maintenant… Il vaut peut-être mieux pas.

Donc votre mère… Votre mère vit ici avec vous ?

Non.

Elle… a eu un accident.

On est restées que toutes les deux pendant des

années, mais en fait on n’était pas si proches.

Elle était assez… sévère.

On pourrait mĂŞme dire dure. Bref, pas facile Ă  vivre.

Et en même temps, j’ai moi aussi mon caractère…

… comme tu as déjà pu le remarquer.

On s’est disputées pendant si longtemps.

Après qu’elle… Après l’accident, on s’est beaucoup moins disputées.

Notre relation s’est vraiment arrangée.

J’espère que je ne t’ennuie pas avec mes histoires de famille.

– Tu as soif ? Tu veux de l’eau ? – Oui, merci.

Attends ici.

Je n’ai rien mis dedans, ne t’inquiète pas.

Pourquoi vous m’avez kidnappé ?

Qu’est-ce que vous voulez de moi ? Je ne suis pas si riche, vous savez.

Je ne veux pas d’argent, je ne suis pas ce genre de personne.

Ce que je veux ce sont des excuses.

– Des excuses ? Je ne comprends pas. – Tu comprendras assez tôt.

– Je vous en supplie, laissez-moi partir ! – Te laisser partir ?

– Et après ? – Et après rien, c’est tout.

Je ne sais pas qui vous ĂŞtes, je ne connais mĂŞme pas votre vrai nom.

Je vous jure, laissez-moi partir, je veux juste rentrer chez moi !

Je m’appelle vraiment Mélanie : Mélanie Chang.

On se connaît depuis très, très longtemps nous deux.

Je dois t’amener dans une autre pièce, donc je vais te détacher les mains.

N’essaie rien de stupide, et fais exactement ce que je te dis, compris ?

Compris.

– Promis ? – Promis.

– Juré ? – Oui, je le jure.

Pardon !

– Pardon, je suis désolé ! – A quoi ça sert de t’excuser ?

– Tu as promis, tu as juré, mais tu as menti

! – Non, je n’ai pas menti, je suis désolé !

Vraiment, faites-moi confiance, je ne le referai pas !

Cette fois, je vais me faire confiance Ă  moi.

A l’époque, j’étais peut être trop jeune et je ne te comprenais pas…

… mais maintenant, je peux te le dire : je t’en ai voulu.

Je t’ai même haïe pour ce que tu m’as fait.

J’étais en colère pendant toutes ces années.

Mais maintenant…

… les années ont passé.

Après toute cette souffrance, j’ai enfin compris.

Tu ne me punissais pas, non.

En fait, tu m’éduquais.

Pourquoi je ne comprends que maintenant ?

Parce que j’ai enfin compris qu’on ne fait du mal qu’à ceux qu’on aime.

Et avant aujourd’hui, je n’avais jamais aimé

quelqu’un au point de vouloir l’éduquer.

Tout comme tu m’as aimée.

Je sais enfin ce que ça fait.

Bon, la Belle au bois dormant se réveille ! Bien dormi ?

Bah quoi ? Tu boudes ?

C’est pas grave, comme dit ma mère…

« Si tu n’as rien d’agréable à dire, tais-toi ! »

Voilà, maintenant tu peux regarder mon chef d’œuvre. Une seconde !

Je dois dire que j’ai fait du bon boulot sur ta coupe.

Qu’est-ce que tu en penses, tu aimes ?

Hé, c’est pas si mal !

Ne sois pas si sévère, je ne suis pas une coiffeuse professionnelle !

En plus, j’ai pas encore fini.

Je sais pas si c’est ta femme ou ton éditrice qui te conseillait sur ton look…

… mais tu étais vraiment coiffé comme un clodo.

Je considère que les gens devraient toujours se mettre à leur avantage.

Tu n’es pas d’accord ?

Tu sais, personne ne choisit son apparence…

… mais au final, y a-t-il autre chose qui nous suive…

… tout au long de notre vie ?

Parfait, on peut rincer !

Surtout, tu me le dis si c’est trop chaud ou trop froid !

Trop chaud, hein ?

Hé, fais pas ta chochotte, ça ne fait pas si mal !

Ma mère a toujours juré sur le rinçage à l’eau chaude…

… et regarde, mes cheveux sont magnifiques.

Arrêtez, s’il vous plaît, je vous en supplie !

Je peux vous donner de l’argent !

Mais je ne veux pas d’argent, je te l’ai déjà dit, je ne suis pas comme ça.

Ah oui, vous voulez des excuses, d’accord.

Excusez-moi, je suis vraiment désolé ! Tout est de ma faute !

Ta gueule ! Tu ne sais même pas pourquoi tu t’excuses !

Vas-y, dis-moi ! Pourquoi tu t’excuses ?

J’ai mal.

Tu as mal ?

Tu me dis que tu as mal ?

Tu ne sais pas ce que c’est d’avoir mal.

T’inquiète pas, je vais t’apprendre.

Qu’est-ce que vous faites ? Pourquoi moi ? Pourquoi ?

Réponds-moi, putain !

– Qu’est-ce que tu fais ? – J’attends.

Tu attends quoi ?

J’attends que ça chauffe.

Que quoi chauffe ?

Que quoi chauffe ?

Maintenant tu sais ce que c’est d’avoir mal.

Oh, je sais…

Ca, c’est encore pire.

Enfin, tu te réveilles ? J’ai une surprise pour toi, tu vas adorer !

Ca te plaît, mon chéri ?

Maintenant je vais faire la cuisine, d’accord ? Comme je te l’avais promis.

Alors, oui ou non ?

Utilise ta langue tant que tu l’as encore !

Oui, oui ; merci.

Bon, alors je m’y mets.

Je suis contente de voir que tu as encore bon appétit.

Merci.

C’est très bon.

Qu’est-ce que tu veux faire maintenant ?

On pourrait faire une petite balade.

– Pour digérer. – Quelle bonne idée !

Une petite balade pour digérer.

Et si jamais j’étais distraite, tu pourrais te faire la belle.

Pourquoi tu m’as kidnappé ?

Tu ne sais vraiment pas pourquoi ?

Pardon, ne te fâche pas.

Je ne vais pas me fâcher.

Alors pourquoi ?

Un été glacial.

Un été glacial.

Tu veux dire Ă  cause de mon livre ?

Pardonne-moi, je ne comprends vraiment pas.

Bon, et bien je vais te raconter une histoire alors.

C’est l’été et tous les jeunes sont en vacances.

Millie, vêtue comme d’habitude de son uniforme d’écolière,

traverse la place du village pour rentrer chez elle.

– Non merci. – Hé, Babouin !

Hé, Millie, tu veux goûter à ma glace ?

Ton cousin veut bien partager sa glace avec toi…

Je ne peux pas, je dois rentrer chez moi.

Je vous l’avais dit, une bonne fille comme

Millie ne traîne pas avec des lascars comme nous.

Sa maman ne veut pas qu’elle ait de mauvaises fréquentations.

Non, c’est pas ça ; je dois finir mes devoirs du cours de soutien.

Du cours de soutien, vous entendez ça ?

Millie, ce soir on va à la mine désaffectée, tu veux nous y rejoindre ?

Qu’est-ce que tu fais ? Y a pas moyen qu’elle vienne !

Genre sa mère va la laisser sortir en pleine nuit.

D’accord, je viendrai.

Vous avez entendu ça ? Elle a dit qu’elle viendrait.

Si elle vient vraiment ce soir, je ne m’appelle plus Babouin.

– Comment on va t’appeler alors ? – King Kong, King Kong…

Elle viendra pas de toute façon !

– Qu’est-ce que tu dis ? – Arrêtez de rire ! A qui le tour ?

C’est ton tour, Babouin : dis-nous quel genre de filles tu aimes !

Lève-toi, allez ! Debout !

OK, je vais vous le dire.

Je suis un gars simple, j’en demande pas beaucoup.

– Il en demande pas beaucoup… – … mais combien il demande ?

Bon alors, premièrement, la fille doit avoir de longues jambes.

Longues jambes, longues jambes…

Deuxièmement, il lui faut ça !

De gros nichons, gros nichons…

– Pour finir, mon genre de fille c’est… – Son genre c’est…

Je sais ! Babouin aime tout tant que ce n’est pas un mec !

Mais non, mon genre de filles c’est…

… les vendeuses de noix de bétel !

Alan, c’est ton tour maintenant. Allez !

– Debout Alan ! – Alan, Alan, Alan…

Alan, c’est ton tour : dis-nous quel genre de filles tu aimes ?

– Je vais vous dire le genre que je n’aime pas. – Oh non !

Des noms, des noms !

Je n’aime pas les filles vulgaires.

Vulgaires…

– Et celles qui mettent trop de maquillage. – Genre pot de peinture.

Une autre chose que je n’aime pas c’est quand elles montrent leurs sous-vêtements.

Je sais !

– Comme les soutifs rose ! – Les soutifs rose !

OK, Alan, mais maintenant dis-nous quel genre tu aimes ?

J’aime les filles intelligentes.

– Dommage pour toi, Peggy. – Eliminée, sur le banc !

Celles qui se concentrent sur leurs études…

– … et qui travaillent dur. – Ah, les intellos…

– Les étudiants en fac ont des goûts différents

! – Les intellos, moi, ça me la coupe.

Vive les vendeuses de noix de bétel !

Et les filles qui s’habillent simplement, mais qui sont jolies à l’intérieur.

– Mais c’est Millie ! – Millie !

La fille des rêves d’Alan c’est Millie !

Sortez ensemble, sortez ensemble…

Non, c’est pas ça : mariez-vous !

Mariez-vous, mariez-vous…

L’été touche à sa fin.

Millie et Alan ont passé toutes les vacances ensemble.

C’est la première fois de sa vie qu’elle a des amis.

C’est la première fois qu’elle fait partie d’un groupe.

Mais tout ça est trop beau.

Ca ne peut pas durer.

Et ce beau rêve…

… va bientôt s’achever.

Millie ?

Dis-moi…

Tu veux bien ĂŞtre ma petite amie ?

– J’ai quelque chose d’autre à te dire. – Vas-y.

Je rentre Ă  Taipei demain avec mes parents.

Quoi ?

Les vacances d’été se terminent demain donc

je vais rentrer Ă  Taipei avec mes parents.

Alors, ça veut dire qu’on va s’écrire, c’est ça ?

Ça… Heu… Ça n’arrive que dans les romans à l’eau de rose de genre de trucs.

Les garçons, ça n’écrit pas vraiment.

Alors pourquoi tu m’as demandé d’être ta petite amie ?

Je voulais dire aujourd’hui, maintenant !

– Qu’est-ce que tu fais ? – Tu sais très bien ce que je fais !

Lâche-moi !

– Non, je ne veux pas ! – Arrête de faire la difficile !

Je sais très bien que tu en as envie.

Sinon pourquoi tu regardais l’autre jour ?

N’aie pas peur.

Je ne te ferai aucun mal.

Il prononce ces mots tout en s’approchant de Millie.

Alan déchire alors la chemise de Millie et la pousse violemment.

Il déchire ensuite sa culotte.

Et après ça tu…

… m’as violée.

Quoi ?

Tu m’as violée, espèce d’ordure !

Non, ce n’est pas moi : cette histoire, c’est celle de mon roman !

Oui, ou tu veux plutĂ´t dire que ton roman

raconte notre histoire, espèce de sac à merde !

Je ne l’aurais jamais su si on ne m’avait pas envoyé ton livre.

Je sais pas à combien de personnes tu as fait ça, bâtard !

Quoi ? C’est impossible… Qui ferait une chose pareille ?

Peu importe, j’ai inventé tout ce qui se

passe dans le livre : c’est ça être écrivain !

Menteur !

Si une chose similaire t’est arrivée, j’en suis sincèrement désolé.

J’ai de la peine pour toi, mais je n’y suis pour rien.

Putain de menteur !

J’avais quinze ans et tu as détruit ma vie !

Ce n’était pas moi, tu dois me croire, je suis vraiment désolé pour toi.

J’ignore qui a manigancé ce jeu pervers de t’envoyer mon livre…

… et de te faire revivre cet événement horrible.

Mais je te jure que je suis innocent, tu dois me croire !

Tu dois me croire, s’il te plaît…

Pas ça, non, pas ça…

Si tu es innocent, explique-moi pourquoi l’histoire

d’une ado qui se fait violer te fait bander ?

– Quoi ? – Et ça c’est quoi, une courgette ?

– Tu es folle ! – Oui c’est ça, je suis folle !

Et toi alors ? Putain de pédophile de merde !

Ou c’est peut-être mon apparence qui t’excite.

Et comme ça ?

Oh, tu aimes ça. Et je crois que ça aussi tu vas aimer…

Et ça, ça t’excite aussi ? T’en veux encore ?

T’inquiète pas, je vais m’occuper de toi.

Lèche mes doigts !

Je ne le répéterai pas deux fois, lèche !

– Ne fais pas ça ! – Tu as peur d’avoir mal ?

– Je t’en supplie ! – Ca va, tu vas peut-être avoir mal…

… mais on va avoir mal tous les deux, parce que le dernier qui soit entré en moi…

… c’était toi.

Au secours !

Mélanie, tu es là ?

Une minute, j’arrive !

Docteur Lee ! Ca fait longtemps.

Tu as des invités ? J’ai cru entendre des voix

– Je peux repasser plus tard si je dérange.

– Pas du tout, je faisais juste du rangement.

Pourquoi cette visite ?

Tu sais, c’est toujours pour la même histoire.

On ne pourrait pas en parler une autre fois ?

Je préfèrerais ne pas avoir à t’ennuyer avec ça…

… mais les gens du village commencent à perdre patience.

Ils disent… qu’ils vont engager quelqu’un pour s’occuper de toi.

Ils parlent de gens dangereux.

Je comprends.

– Quand ? – Ils ont dit…

… ça dépend de qui ils engagent.

Quand exactement ?

Demain… ou après-demain.

Merci, Docteur Lee.

Merci d’être venu me prévenir, vous avez toujours été gentil.

J’y vais.

– Bonne nuit. – Au revoir.

Maman…

… grâce à toi, je suis vivante, debout et forte.

Grâce à toi, je suis qui je suis.

Je ne sais pas si je dois t’en remercier…

… mais je n’aurais sans doute pas survécu sans toi.

Maintenant…

… le moment est venu de rectifier mon passé…

… et d’enterrer à mains nues…

… cette vie volée.

Réveille-toi, tu as assez dormi !

Qu’est-ce que c’est ?

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Pourquoi tu ne me tues pas, ça irait plus vite.

Te tuer ? Pourquoi je ferais ça pour toi ?

Je te veux en vie plus longtemps.

Je t’ai même préparé ton petit-déjeuner.

Tiens… Mange !

Je n’ai pas faim.

Tu n’as pas faim ?

Je n’ai pas faim.

Et mes mains sont attachées, je ne peux pas manger comme ça.

Les chiens n’ont pas besoin de mains pour manger.

Ca ne devrait pas te poser problème.

– Non. – Quoi non ?

J’en ai assez.

Je ne joue plus.

Tu as perdu, ton petit jeu est terminé.

Mon jeu ?

Tu crois que je joue avec toi ?

Maintenant tu manges !

Non.

Je te l’ai déjà dit, si tu veux me tuer, tue-moi !

Mais j’en ai fini avec tes ordres, tu as perdu !

« Tu as perdu, tu as perdu », tu parles

comme les personnages bidons dans tes romans.

Pense ce que tu veux !

Je pense que tu as un sérieux problème d’attitude.

Qu’est-ce que c’est ? C’est quoi ce goût ?

T’inquiète pas, c’est des vitamines.

Mauvaise direction !

Non !

S’il te plaît, non.

N’aie pas peur, je vais t’aider.

Voilà, et comme tu n’apprécies pas ma compagnie, tu peux partir.

Va t’en !

T’es encore là ? Tu veux que je te plante ?

N’aie pas peur.

Je ne te ferai aucun mal.

N’aie pas peur, je ne te ferai aucun mal.

Maintenant tu devrais avoir peur…

… parce que là, je vais te faire très mal.

C’est moi.

Je suis coupable.

Je suis coupable de tout.

Un monstre !

C’est moi.

Je l’ai violée.

J’avais oublié.

J’avais juste oublié.

Comment j’ai pu oublier ?

Tout est de ma faute.

Ta gueule !

Un monstre !

J’avais juste oublié.

Menteur ! Menteur !

Tue-moi… Tue-moi, tue-moi !

Ferme ta grande gueule !

Je mérite de mourir.

Je suis un monstre.

Comment j’ai pu oublier ?

Menteur !

Putain de menteur ! Personne ne peut oublier une chose pareille, personne !

Personne ! Personne…

Personne ne peut oublier ça.

C’est impossible d’oublier ça !

Tue-moi.

Je ne veux plus vivre comme ça.

Fais-le, s’il te plaît.

– Fais-le ! – Ta gueule !

Ferme ta gueule !

Tu aurais dû faire ça il y a vingt ans.

Pourquoi tu m’as demandé d’être ta petite amie ?

Je t’aime.

Raymond !

Raymond !

Alan !

Ça suffit !

C’est fini.

Tu m’entends ?

C’est fini.

Raymond, tout ça c’est fini.

« Il y a un an, une jeune femme est morte dans un incendie. »

« L’enquête de police a exclu la thèse de

l’accident et a conclu sur un incendie criminel. »

« Le suspect est un voisin. »

« Le mobile serait que la jeune femme refusait de

vendre son terrain pour la construction d’un hôtel. »

« Elle était devenue un obstacle au

promoteur, ce qui aurait entraîné sa mort. »

« Tous des assassins… Des assassins ! »

« Ils ont tué ma fille ! »

« Ils ont tué ma fille ! »

Tu ne devrais pas regarder des trucs pareils, ça va t’abrutir.

Tu crois que papa peut nous entendre ?

Je ne sais pas.

Mais je pense qu’il faut continuer de lui parler.

– Cynthia chérie, va nous acheter quelque chose à boire. – D’accord.

– Qu’est-ce que tu veux ? – Peu importe, tu choisis.

Je sais que tu m’entends, je le sais.

Alors, Raymond, je vais t’annoncer une bonne nouvelle.

Voilà, c’est ça, comme tu l’avais promis.

Marian m’a aidée à publier mon premier roman.

Je savais que ça te ferait plaisir.

Je le pose là, comme ça tu le liras quand tu voudras.

J’aimerais vraiment savoir ce que tu en penses.

[Un jour de trop, roman de Viola Ho]

[Traduction et sous-titres français par Marie Muller.]

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