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Musique jazz
Fanny ?
Fanny Moreau ?
Petit rire
Alain Aubert.
- C'est toi qui écrivais des articles dans le journal du lycée ?
- Oui, c'est ça. Voilà . - C'est ça, oui.
- Le lycée français de New York. - Oui, c'est ça.
- C'est dingue de te croiser ici. Tu... Tu fais quoi ?
Euh...
Je... Petit rire gêné
J'allais travailler. Et toi ?
On était pas dans la même classe
mais on avait la même prof de littérature française.
- Madame Dufresnes ? - Madame Dufresnes.
- Oh, je l'aimais beaucoup, madame Dufresnes, oui.
- "Les feuilles mortes se ramassent Ă la pelle."
- J'ai l'impression de l'entendre. Attends.
"Tu vois, je n'ai pas oublié
"Les souvenirs et les regrets aussi."
Ah, Jacques Prévert.
- C'était déjà Paris. - Oui.
Tu vas par oĂą ?
- À mon bureau, j'allais... - Mais tu travailles ici ? Tu vis ici ?
- C'est ça. T'allais pas dans l'autre sens ?
- C'est la beauté du métier d'écrivain, je choisis mes horaires.
- Mon père bossait pour une boîte française à New York.
Donc je me suis retrouvée dans ce lycée.
- Mon père avait un poste à l'ONU. Mais ils sont plus là .
- Donc toi, t'es écrivain ? - C'est incroyable de tomber sur toi.
Y a des coïncidences comme ça...
Oui, je suis écrivain.
J'ai passé l'été ici pour l'écriture d'un livre.
Finalement, ça a pris plus de temps que prévu.
Mais j'ai déjà vécu à Paris à une époque,
quand j'étais marié. C'est une longue histoire.
- Je me souviens de tes articles. C'était les seuls lisibles.
Je suis extrêmement flatté.
Donc tu vis ici ?
Oui, mon mari travaille ici.
Et toi, tu fais quoi ?
- Je travaille pour un commissaire-priseur.
- Donc t'es plus Fanny Moreau ? - Non.
Non, je suis madame Fanny Fournier.
J'en reviens pas que tu m'aies reconnue.
Je t'aurais reconnue n'importe où. J'étais fou de toi.
- Faut pas que tu me lances lĂ -dessus. - Eh bah voilĂ , je travaille lĂ .
J'habite juste à côté.
- Tu vis pas ici ? Tu vis pas Ă Paris ?
Non, je bouge tout le temps.
Et je suis plutĂ´t Ă Londres, en ce moment.
- Et ton livre, il parle de quoi ? Ouh lĂ , il est trois heures moins dix.
C'était sympa de te croiser. Bonne chance avec ton roman.
Si tu veux déjeuner un de ces jours,
pour te remémorer le bon vieux temps, je suis libre.
Oui, d'accord. Tu sais oĂą me trouver.
- C'est quoi, ton nom de femme mariée ?
- Fournier ? - C'est ça.
Madame Fournier.
- Les gens de Monaco mettent en vente toute la succession.
Les bijoux, les tableaux, la collection de vĂŞtements extraordinaire...
Tu notes ?
Mmh.
- Il faut juste qu'on se montre. Pas obligés de s'éterniser.
J'aimerais qu'Edgar nous conduise Ă la campagne avant la nuit.
Tu m'avais dit qu'on resterait ici.
Mais il va faire un temps splendide
et Bernard et Chloé viennent avec Pierre Hersant.
- Mais tu es sublime ! - Oui ?
- Cette robe te va à merveille. J'aime te voir comme ça.
Je sens que je vais faire des jaloux.
- Tu trouves pas que c'est un peu trop sexy ?
- Non, "trop sexy", ça n'existe pas. C'est comme "trop riche".
Je t'ai acheté un petit quelque chose.
- Oh, Jean ! Mais... Petit rire
Pff !
Elle est magnifique, mais c'est une folie.
- C'est parce que je suis fou de toi et que j'aime te gâter.
C'est vrai, que tu me gâtes.
- Je me suis fait plaisir aussi. Viens voir ce que je me suis acheté.
Sifflement de train
- Regarde. - Celui-lĂ ?
Oui, c'est ça.
Regarde, c'est un Märklin d'époque et il fonctionne à la perfection.
- Tu grandiras jamais. - Oh si, je suis un grand garçon.
Bon, tu mets ta bague et on y va ?
Elle te plaît pas ?
- Si, mais je suis gênée de porter des bijoux aussi précieux.
C'est pas vraiment moi.
- C'était pas toi quand je t'ai rencontrée.
Mais un jour de l'An, je t'ai aperçue et je me suis dit : "C'est une princesse.
"Dans moins d'un an, j'en aurai fait ma reine."
Tiens, mets-la.
- Le plus gâté de nous, c'est toi. T'obtiens toujours ce que tu veux.
T'as résisté, mais mollement.
- Disons que j'étais surtout très vulnérable.
- Tu vas me dire que t'étais ivre ? Tu la mets ?
- Pas avec cette robe. - Mais elle est super, cette bague !
- Oui, mais je vais pas être à l'aise avec un bijou aussi précieux.
- Rebelle un jour, rebelle toujours. T'es une femme du monde, maintenant.
- On est vraiment obligés de retourner à la campagne ?
Vous êtes obsédés par la chasse et la rando. Je m'ennuie.
- Profites-en pour te reposer, lire et manger un bon gibier.
Je te parle mĂŞme pas de leurs femmes.
Je sens que tu vises Delphine.
- Elle est prétentieuse, matérialiste. Elle a rien à dire.
Bon, t'arrĂŞtes de te plaindre ?
Mets la bague, je veux que tu sois la plus élégante.
- J'ai peut-ĂŞtre la bague d'une femme du monde,
mais mon âme reste celle d'une rebelle.
- Écoute, ton âme, j'en fais mon affaire.
Toi, mets-les à genoux quand tu feras ton entrée.
- J'ai l'impression d'être une femme-trophée.
- Personne, jamais, dira que t'es une femme-trophée.
Musique jazz dynamique
- Voilà Jean Fournier et sa femme-trophée.
- Oh arrête, elle est adorable et très intelligente.
- Oui, et ils forment un très joli couple.
Oui, c'est vrai.
- On peut dire qu'il a de la chance. - Il a beaucoup de charme.
Enfin, personnellement, je le trouve...
Je le trouve très, très attirant.
- Et en plus, il est délicieusement solvable,
ce qui ne gâte rien. Petits rires
- Un brillant homme d'affaires, il paraît.
Il fait quoi exactement ?
Personne a compris comment il gagnait tout ce fric.
- Qu'est-ce que tu insinues ? Qu'il y aurait quelque chose de louche ?
- Il est très généreux avec les associations caritatives.
- Je comprends ce qu'elle dit. Il a un côté Gatsby.
On sait jamais vraiment dans quoi il trempe.
Surtout, dites pas que c'est moi qui vous l'ai dit,
mais il paraîtrait qu'un de ses associés a disparu dans la nature.
Noyé, mmh.
On parle de suicide, attention.
Voire d'assassinat.
- J'ai jamais entendu dire ça. - Ah si !
Moi si, il a raison. Il a disparu sans qu'on sache pourquoi.
Mais je devrais pas en parler...
- Oh, vas-y. - Non.
Bon, d'accord, alors...
Y a eu des articles dans la presse, à l'époque.
Et à ce qu'on raconte, il se serait noyé.
Et sa disparition a profité à Jean.
Mais bon, je sais rien de plus. Et ce sont que des ragots.
J'adore les ragots.
Sans eux, on devrait se contenter de la triste réalité.
- Petit rire - C'est vrai.
- Ce sont que des ragots. - Bah ouais.
- Oh, ouah. Ça, c'est un mari attentionné.
Elle est magnifique.
- Enfin, c'est un échange de bons procédés :
elle accepte de m'accompagner Ă la campagne
alors qu'elle déteste les activités de plein air.
- J'adore nager, mon seul exploit sportif.
- C'est sa mère, l'aventurière de la famille.
Elle adore la rando, le kayak, la pĂŞche et mĂŞme la chasse.
Mais ça n'a pas déteint sur sa ravissante fille.
Ce week-end, on va Ă la campagne.
Ça vous dirait, une chasse au cerf ?
Petit rire étouffé Ah, c'est très amusant.
Ce serait avec plaisir, mais non.
- Ça relâche les énergies. - On est végétariens.
- On a de projets ce WE. - Je ne savais pas, désolé.
- Il y a pas un petit ragot ? Quelque chose de croustillant ?
- Cher ami ? - Mmh mmh ?
Tu veux un verre ?
J'ai un conseil Ă vous demander.
- Tu t'ennuies ? Mais on retourne Ă la campagne.
- Ah oui, c'est vrai. C'est beau, mais c'est mortel.
- Ça me permettra de terminer Rendez-vous à Samarra.
- Et j'adore, d'ailleurs. - Mmh.
Merci.
Mmh.
- J'ai croisé un type que j'avais pas revu depuis le lycée, avenue Montaigne.
- Il m'a reconnue tout de suite. - T'as gardé ton allure de gamine.
- Il m'a avoué qu'il était dingue de moi au lycée.
- Et c'est seulement maintenant qu'il le dit ?
Ça m'a replongée dans le passé.
Je pensais qu'à ça en travaillant cet après-midi.
New York, c'était la plus joyeuse période de ma vie.
Mon avenir était plein de promesses, avant que je gâche tout.
Je me souvenais de son jean et de son blouson bordeaux.
Elles rient.
Petit soupire
S'il était venu me parler, s'il m'avait dit que je lui plaisais,
il se serait passé quoi ?
J'aurais une vie différente.
- Pourquoi ? T'as envie d'avoir une vie différente ?
- J'ai appris un truc avec mon premier mariage,
c'est qu'un mariage réussi, ça devrait pas se travailler.
C'est pas une corvée.
Ça doit rester une chose attendue avec impatience.
Musique jazz dynamique
- Je suis allée une fois à une vente aux enchères.
Avec Pierre, on avait posé une enchère
sur des broches en diamant ayant appartenu Ă Marie-Antoinette.
Vous avez emporté l'enchère ?
Ouais, je les ai même portées
au bal que fait le prince de Monaco chaque été.
Elles ont eu un succès fou.
- Encore heureux, vu le prix qu'elles m'ont coûté.
- Oh, on va vraiment chasser le cerf ? - Oui.
- J'ignore si je pourrai tirer sur un cerf.
Ah, moi non plus.
Je suis pas sûr d'être capable d'appuyer sur la détente.
Mais on verra bien.
- Celui qui peut tuer un cerf en le regardant dans les yeux
est capable d'infanticide.
Rires Musique intrigante
Coup de feu
- Qu'est-ce que c'est bon ! - Ton vin est incroyable.
- J'ai du 2010. J'ai pensé à toi. - Formidable.
- Je vous le recommande, faites un voyage gastronomique au Japon.
Pas fan de la cuisine japonaise.
Je suis ravie que ça vous plaise.
- La cuisinière a pris son week-end. - Tiens.
Ah, la nôtre aussi nous a lâchés.
- Nous, on en cherche une, mais trouver du bon personnel,
- c'est pas facile. - Elle est partie ?
Difficile de le garder.
- Surtout une cuisinière. - Faut les payer.
- Tellement, une cuisinière. Pierre est très difficile.
- T'avais raison, Delphine est sympa mais snob.
Toi, ils t'admirent.
- Que je fasse des dons à leur fondation ne gâche rien.
Chloé m'a encore demandé ton métier.
Je lui ai dit que j'avais pas compris en quoi ça consiste.
- Pourquoi tout le monde me prend pour un type mystérieux ?
Petit rire
- Je t'ai déjà expliqué mille fois. - Oui, je sais, mais...
- Écoute, je rapporte de l'argent aux autres. Hein ?
Je peux pas ĂŞtre plus clair.
Les riches viennent me voir pour ĂŞtre encore plus riches,
de payer moins d'impôts ou de léguer leur fortune.
C'est pas évident, je les aide.
- C'est comme ça que je gagne ma croûte. - Et tout est légal ?
- Bah oui. - Mmh ?
En gros.
Téléphone
AllĂ´ ?
Oui, Fanny, c'est Alain.
Alain Aubert, ton vieux camarade de classe.
Ah, salut. Comment tu vas ?
Ça va. Écoute, je...
Je t'appelle parce que je suis juste devant la galerie, lĂ .
Et je me demandais si tu voulais aller déjeuner.
Ou un autre jour cette semaine.
Euh bah oui, oui.
On peut déjeuner ensemble aujourd'hui, oui.
Super, super. Bah écoute...
Je connais un endroit super dans le quartier.
- Il fait un temps magnifique. Je voulais déjeuner dans le parc.
Je pensais exactement à ça.
Bah écoute, le temps de prendre des sandwichs
et je te retrouve devant ton bureau Ă 12 h 30, 13 h ?
Super, Ă tout de suite.
- J'habite juste là , derrière cet immeuble.
- Raconte-moi, t'es marié ? T'as des enfants ?
Divorcé, sans enfant.
Je m'étais marié avec... Je sais pas si tu te souviens,
- Anne Sorel. - Non.
- Elle était au lycée, dans la troupe de théâtre.
Elle avait joué dans L'Alouette d'Anouilh.
Non, je la connaissais pas.
Très belle fille.
- En fait... - Quoi ?
- Je l'aimais parce qu'elle me faisait penser Ă toi.
Sois pas gênée.
- Bah c'est raté, là . Petit rire
Tu dégageais un truc tellement simple,
tellement naturel.
Je pouvais pas ne pas te regarder.
- Je suis très flattée, en plus d'être gênée.
T'avais une sacrée cote.
- J'aurais dû être plus attentive aux cours et moins aux garçons.
Tu veux quel banc ? Petit rire
- On s'assoit lĂ ? - Celui-lĂ ?
Tout ça pour dire que...
j'ai commencé à sortir avec Anne.
Comme une chose en amène une autre, on a déménagé à Paris,
on est devenus mari et femme,
et c'est là que la réalité s'est imposée.
- T'es resté marié combien de temps ? - Très peu de temps.
Après quelques années, on se supportait déjà plus.
J'aurais jamais cru
qu'une rupture puisse provoquer un tel chaos.
Je suis parti Ă Barcelone en me jurant de plus revenir Ă Paris.
Après ça, je suis parti à Londres.
Et lĂ , me revoilĂ Ă Paris, pour mon bouquin.
On sort pas indemne d'un divorce.
J'ai toujours cru
que t'épouserais un peintre ou un poète.
- Que tu vivrais dans une mansarde. - Pas loin.
J'ai épousé un musicien très sensible et très drogué.
- Ça, je trouve ça... trop triste. - Mmh.
Un 31 décembre, Jean m'a remarquée parmi une foule d'invités.
- Je suis devenue le centre de sa vie. - T'étais le centre de la mienne.
Je crevais d'envie de te parler, mais...
on peut rien contre une estime de soi défaillante.
J'étais au fond du gouffre
et Jean m'a aidée à remonter à la surface.
Vous avez des enfants ?
Non.
Il fait quoi dans la vie ?
Il rend les riches encore plus riches.
Sympa.
- Parle-moi de ton livre.
- Ça t'intéresse ou c'est pour être polie ?
Oui, ça m'intéresse.
- Ça se passe à Paris. C'est dans un club de jazz.
Et c'est l'histoire d'une chanteuse et d'un percussionniste.
Je connaissais pas grand-chose Ă ce monde-lĂ .
- J'ai jamais mis les pieds dans un club de jazz Ă Paris.
- Tu veux des marrons ? - Ah ouais.
- Un cornet, s'il vous plaît. - Ça marche.
- Mais c'est plus un livre sur l'ironie. Sur l'ironie de la vie.
On est tous Ă la merci du hasard et des coĂŻncidences.
- Tenez. - La vie est une grande farce sinistre.
- Tu... - Hop.
- Gardez la monnaie, merci. - Merci.
- Regarde, nous, par exemple, on va au même lycée.
Je suis amoureux de toi, secrètement.
On s'adresse pas la parole.
Des années plus tard, par hasard, je te croise à Paris, dans la rue.
Qu'est-ce qui peut ĂŞtre plus ironique ?
- Qu'on finisse ensemble ? - Non.
- Moi avec la belle intello au col roulé noir ?
Ouh là , désolée de te décevoir,
mais j'ai plus grand-chose d'une intello au col roulé noir.
- T'es élégante, mais tu seras toujours la Fanny Moreau
avec son sac en bandoulière
et Anna Karénine sous le bras, traduit par Mongault.
- Oui, sauf que maintenant, je suis Fanny Fournier.
- C'est la vie. On aimerait tout pouvoir contrĂ´ler. On contrĂ´le pas grand-chose.
- Ouh là , pardon. Je suis très, très en retard, là .
- Si ça t'a plu de... Si t'aimes bien manger froid,
je serais ravi de t'offrir un autre sandwich.
Bah oui, oui. Rappelle, Ă l'occasion.
Bon...
- HĂ© ! - Ouah !
Oh, vous avez une mine !
Contente que t'aies pu venir.
- Comment va la championne des belles-mères ?
Ton vol s'est bien passé ?
- J'ai eu des turbulences, une voisine alcoolique,
un film nullissime. Un voyage en enfer.
- Toujours aussi drĂ´le ! Comment va New York ?
- Très bien. Je m'en lasse toujours pas.
MĂŞme si, l'hiver, on est plutĂ´t Ă Palm Springs.
- Tu restes combien de temps ? - Aujourd'hui.
Je pars demain en Bretagne. Ma sœur s'est fait opérer.
Elle a besoin de moi pour sa convalescence.
Hors de question de pas embrasser mes deux personnes préférées.
- C'est dommage. On aurait pu aller Ă la campagne.
Vous allez vous priver de kayak, de rando et de chasse.
- Oh ! - Je sais que vous aimez ça.
- Oui, mais je repasserai par Paris Ă mon retour.
Je sais pas combien de temps je vais rester avec Sophie.
- Qu'est-ce que vous trimballez ? - Un tas de livres.
- Vous avez un ordinateur. - Je supporte pas de lire sur ordinateur.
Moi, il faut que je sente le papier sous mes doigts.
- Où on dîne ? - Un resto calme, qu'on puisse se parler.
- La priorité pour ta mère, c'est un resto
qui serve un bon foie gras avec du Margaux.
Quelle mémoire !
- Cholestérol et vin onéreux, vous faites la paire.
- J'ai aussi mis des lys dans la chambre d'amis,
fait ramoner la cheminée et changé la lampe de chevet.
- Tant qu'il y a ma planche sous le matelas...
- Ah, mais comment oublier la planche sous le matelas ?
- Le repas était très bon. Délicieux. - Ah bah ça, c'est bien.
- Ta mère est vraiment gourmande. - Bah oui, ça se sait. N'est-ce pas ?
- Caroline ! - Ah, bonsoir ! Ça va ?
- Oui, très bien. Ma mère, Caroline, Marcel.
- Ce sont des amis. - Bonsoir, madame.
- C'est avec eux qu'on a été en Corse.
- Oui. Cette année, on pensait aller en Polynésie, si ça vous tente.
- Voyage un peu long, mais c'est sublime.
Mais on peut s'appeler et on en parle.
Mais venez ! Venez, ça serait sympa.
Moi, j'y suis allé plein de fois. C'est tellement romantique, j'adore.
- Bonne soirée. - Bonne soirée, à bientôt.
- Au revoir. - Au revoir.
- C'est tentant, la Polynésie, mais pas avec eux.
Elle, elle est soporifique. Lui, ça va.
Il a écrit un très bon bouquin sur Gauguin.
Mmh, moi, j'ai du mal, avec lui.
- Tu dis pas ça parce que... - Si, et je te l'ai dit.
C'est insupportable, sa façon de te regarder.
- Il en pince pour toi. - Marcel est fou
de Caroline et est pas du genre Ă la tromper.
Avec toi, il ferait une exception.
- Si je te trompais, ce serait pas avec lui.
Désolé, mais je n'aime pas ce type.
- Y a pas plus inoffensif. - En tout cas,
sois flattée que ton mari te considère comme un trésor.
- Pourquoi pas, mais Jean peut ĂŞtre un peu possessif.
- Excuse-moi, mais...
comment ça, si tu me trompais, ce serait pas avec lui ?
Mais ça serait avec qui ?
- Mick Jagger et Alain Delon sont trop vieux, alors...
Je sais pas...
Je sais pas, moi. Elle rit.
- Ah, mon foie gras ! - Ah !
- Merci beaucoup. - Magnifique. Mes cuissettes.
- Il est Ă quelle heure, ton avion ? - Je prends le train finalement.
Je regrette de pas rester plus longtemps.
J'aurais tellement aimé aller à la campagne avec vous.
- On va encore à la campagne ? - Oui. Pourquoi ? Ça t'ennuie ?
- Oui, c'est d'un ennui. Pour moi, pas pour lui.
Il invite toujours des gens qui ont aucun intérêt.
- Me dis pas que y a pas des gens de qualité.
- Non. Leur seule qualité, c'est d'être riches.
Ils font que parler d'argent.
Ils descendent dans les meilleurs hĂ´tels.
Si j'ai le malheur de parler de Rome ou de Madrid,
ils embrayent sur les restos les plus chics de la ville.
Et j'aime ni la chasse ni la rando.
Eh ben invite tes propres amis
et vous ferez ce que vous voudrez ensemble.
- Jean est pas très à l'aise avec mes amis.
Il en a éloigné pas mal.
Je vois plus Carla et Antoine, ni Dominique.
- Pourtant, ils sont Ă Paris. - C'est pas une grosse perte.
- Tu vois toujours tout de son point de vue.
Mais il t'aime !
C'est adorable.
Et il a du charisme.
Il est cent coudées au-dessus de ton premier mari, ce raté fini.
Franchement, t'as rien perdu au change.
- Venez voir ce que je me suis acheté. Ça va beaucoup vous plaire.
Allons voir.
- C'est beau, hein ? Petit rire content
C'est un circuit Märklin des années 50.
- Magnifique. - Ouais.
J'ai toujours adoré les trains.
Petit, on se moquait toujours de moi.
Mes parents, mes soi-disant camarades...
Et moi, pour m'échapper,
je grimpais dans un train, n'importe lequel, et je partais.
Alors, me voilĂ Ă bord de ce train qui file vers je ne sais oĂą,
quand tout Ă coup, il entre dans un tunnel...
sombre, sinistre, effrayant.
Alors je vois le vrai visage de l'existence.
Bientôt, j'aperçois une lumière au bout du tunnel,
une ouverture.
Et quand je ressors, je suis plus le mĂŞme.
Je suis plus ce garçon fragile
et apeuré.
Je suis un autre.
Oh...
C'est horrible de subir la moquerie des autres quand on est petit.
Bah oui...
- Vous deviez ĂŞtre tellement mignon. - Oui !
Bah !
Musique jazz
- J'adore ce parc. Dommage qu'il soit loin.
Il est tellement beau.
Quand je suis pas Ă Paris, c'est ce qui me manque le plus.
- Oui. Je serai un peu en retard, tant pis. C'est pas si grave.
Quand je te vois avec ce col roulé,
c'est toute ma vie que je vois défiler.
Je me retrouve sur le banc, au lycée,
et toi, tu marches dans le couloir... Tu voles !
Tu voles dans le couloir et moi, j'ai mon cœur qui s'emballe.
- Ton livre, ça avance ? J'aimerais lire un passage.
Vraiment ?
- Ce que tu m'as dit sur les coïncidences et l'ironie, ça m'intrigue.
Toi, tu crois profondément en la chance ?
Sans coĂŻncidences, je serais pas lĂ ,
en train de partager une salade avec toi,
après t'avoir désirée si longtemps.
Ah, tiens... Je vous dois combien ?
Trois euros. C'est mon poète préféré.
- Il savait trouver les mots justes. - Merci.
- Y a pas de génie supérieur à celui de la poésie.
J'en ai marre de rien faire.
- Je t'ai trouvée dans la lune ce week-end.
Ah bon ?
Non, non, ça va.
Petits rires
- Excuse-moi, c'est moi qui suis chiant.
Je le fais pas exprès.
Quand je me lance, je peux plus m'arrĂŞter.
- Non, je suis pas en train de me plaindre.
Non, laisse.
Musique jazz dynamique
- J'ai peur qu'il pleuve. - Oui.
Vu que j'habite à côté, je peux nous cuisiner un truc à la maison
et tu pourras lire quelques pages de mon roman.
Oui, j'adorerais lire quelques pages.
Tu sais cuisiner ou je vais devoir m'en charger ?
- J'ai un répertoire culinaire assez limité,
mais je suis très bon en spaghettis bolognaise.
- C'est exactement ce que j'ai envie de manger.
- Je pourrai t'aider ? - Bien sûr, bien sûr.
- T'aimes bien cuisiner, toi ? - Mmh.
- Elle rit. - Tu connais pas bien ton marché.
Si !
Il est délicieux. C'est quoi, ce vin ?
- J'y connais rien, il était en promotion.
Elle rit.
- Jean boit que des Bourgogne hors de prix.
Et t'aimes bien la vie parisienne ?
- J'ai adoré New York, grandi en Bretagne et toujours rêvé de vivre à Paris.
- Je me suis imaginé vivre à Paris jusqu'à ce que mon mariage explose.
Puis ça m'a laissé un goût amer.
Après, j'étais résolu à plus jamais retourner à Paris
et à rester célibataire, et tu vois...
C'est un bon côté de mon métier : je peux travailler où je veux.
J'ai écrit à Bogotá,
j'ai écrit à Mexico, j'ai écrit à Montréal...
Petit rire
Il est charmant, cet appartement.
- Il était comme ça, quand je l'ai trouvé. Tout meublé.
J'ai payé six mois d'avance, mais bon...
C'est parfait pour un écrivain. C'est la bohème.
Mais j'ai de la chance.
Tu vois,
je t'aurais pas croisée dans cette rue,
ma vie serait totalement différente.
- Qu'est-ce que tu fais ?
Ça doit être la magie du vin qui opère.
Tu connais ma situation.
- Oui, mais comme j'ai toujours été amoureux de toi
et qu'on est deux lycéens de New York à Paris...
- Oh, je... J'ai été égoïste, c'est ma faute.
J'aurais pas dĂ» laisser les choses aller aussi loin.
Alors pourquoi tu l'as fait ?
- Parce que j'aime te voir, j'aime passer du temps avec toi.
J'attendais avec impatience nos rendez-vous.
Moi aussi.
Mais c'est pas une bonne idée.
Je peux te poser une question ?
T'es heureuse dans ton couple ?
Je croyais, oui. Mais je sais plus.
Je me suis jetée dans ce mariage.
J'avais vécu un enfer,
puis Jean est arrivé avec toute son énergie, tout son charme.
Il m'a adorée,
il a voulu m'épouser tout de suite.
- Il doit ĂŞtre fou de toi. - Oui.
Parfois, j'ai l'impression d'être une femme-trophée.
- T'es amoureuse de lui ? - Oui.
Oui, je l'aime, oui.
Qu'est-ce que je suis en train de faire ?
- Rien, jusqu'à présent. - Pourquoi je pense à toi tout le temps ?
- T'étais où, aujourd'hui ? - À la galerie.
- J'ai appelé à la galerie. Soupir
- J'ai pris une longue pause. - J'ai appelé sur ton portable.
- J'ai dĂ» oublier de remettre la sonnerie.
- T'exagères. Et si c'était urgent ? - C'était urgent ?
Non.
Mais je veux te joindre Ă n'importe quel moment.
- J'ai oublié de remettre la sonnerie, c'est tout.
- Dommage, je voulais t'inviter à déjeuner.
Une réunion s'est annulée.
J'avais un déjeuner de travail.
Avec qui ?
- Des gens qui veulent revendre leur Basquiat.
Ouais, mais... c'est vraiment con.
J'ai repéré un japonais délicieux. Je voulais t'inviter.
T'as mangé où ?
Hein ?
- Qu'est-ce que t'as ? T'es dans le cirage ? T'as mangé où ?
Euh, j'ai déjeuné au Café Philippe.
- Au Café Philippe ? - Oui.
- Mais c'est hyper loin. Et c'était la grève des transports.
Ah oui, c'était l'horreur.
Petit rire
- Content de voir que t'as repris l'exercice un peu plus sérieusement.
J'ai toujours dit que la forme physique, c'était la priorité.
Téléphone
AllĂ´ ?
Oui, c'est moi.
Heureux de t'entendre. Ça va ?
Je sais pas.
- Dis-moi, je peux vraiment tout entendre. Qu'est-ce qui se passe ?
Je sais pas pourquoi je t'appelle.
Je me sens pas bien.
- Peu importe, je suis juste content d'entendre ta voix, c'est tout.
Tu vois, moi non plus, je sais pas quoi dire.
Un amour qui dure depuis autant de temps...
Quoi dire de plus ?
T'es mon premier amour.
- Ça va ? - Mmh.
- T'étais avec qui au téléphone ? - Quand ?
- Tout à l'heure. T'avais l'air toute stressée.
- Ah, après le sport ? - Ouais.
- C'était une cliente qui arrête pas de changer d'avis sur une enchère.
- Ça... Y a des gens qui sont incapables de prendre des décisions.
Moi, je prends des décisions
et je m'y tiens.
Petit rire
Musique jazz
Merci. Je vous dois combien ?
- Trois euros, monsieur. - VoilĂ .
S'il vous plaît. Merci.
- Petit rire - Merci.
Ah, je m'en veux terriblement de lui mentir !
Mais je lui mens quand mĂŞme. Elle souffle.
- Merci beaucoup, madame. - Merci, au revoir.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Tu me demandais si je croyais en la chance.
Vendredi, énorme tirage.
T'as une chance sur 139 838 260 de gagner.
Comme ça, ça paraît improbable.
Mais si tu penses aux chances que t'avais de naître,
qui étaient d'une sur 400 billiards.
Dans les faits, t'as déjà gagné le gros lot.
L'existence de chaque personne sur Terre
est un miracle qui déjoue les probabilités les plus insensées.
Alors gâche pas ton miracle.
C'est ça, le vrai miracle.
La musique couvre leurs propos.
J'ai un amant.
Mais non ?
Fallait que je le dise Ă quelqu'un.
Si Jean l'apprend, c'est la fin de mon mariage.
Qu'est-ce que je fais ? Je culpabilise, c'est atroce.
- C'est qui ? Peut-ĂŞtre que tu veux rien dire ?
- C'est le garçon que j'ai croisé dans la rue.
Celui avec qui j'étais au lycée.
Ça dure depuis combien de temps ?
- Je suis en plein délire romantique ? - Ça devient sérieux ?
- Je m'étais juré de pas me laisser embarquer.
Et plus les jours passent,
plus je fantasme et plus j'ai de sentiments.
- Il est à Paris pour écrire un livre. - Mmh.
Un bon conseil :
quitte-le pendant qu'il est encore temps.
Avant que ça foute en l'air ton mariage.
- J'essaie de me persuader que c'est juste une aventure,
que j'aime toujours Jean.
Mais j'ai des sentiments pour lui.
Je sais pas ce que je fais, mais ça me grise.
Il attend qu'une chose : que je quitte tout pour lui.
Il m'a attendue toute sa vie.
Quelle ironie.
Tout le monde vous croyait le couple parfait.
- Je m'imagine m'enfuir avec lui et changer de vie.
Mais je veux pas gâcher ce que j'ai.
Je veux des enfants. Ce que j'ai, c'est des angoisses.
Petit rire
Ça va aller.
Bonjour, ma chérie.
- Qu'est-ce que tu caches ? - Rien.
- Je t'ai vue. - Non, non.
- Je viens de te voir. Tu caches quoi ? - Rien.
- Il rit. - Tu caches quoi ? Fais voir.
- Non, c'est bon. - Fais voir ce que tu caches.
- C'est ça. Voilà , je te montre, c'est ça que je cache.
- Un ticket de Loto ? - Oui.
- Pff, d'où tu sors ça ? - Je l'ai acheté.
Mais depuis quand tu joues au Loto ?
- J'ai lu qu'il y avait un gros tirage. Je l'ai acheté.
Un gros tirage...
Tu sais les probabilités que t'as de gagner ?
- Oui, elles sont minimes. - Proches de zéro.
Il faudrait jouer toute ta vie pendant plusieurs vies pour gagner.
- Tiens, donne. Y a bien quelqu'un qui gagne.
- Oui, ça, c'est leur argument. - Voilà .
C'est complètement con.
Il rit.
Mais pourquoi tu me cachais ça, surtout ?
Ah, t'avais peur que je te trouve bĂŞte ?
Chérie, jamais je te trouverai bête.
Hein ? Petit rire
Téléphone
Bonjour.
Non, elle est sortie déjeuner.
Elle risque d'être occupée à l'extérieur tout l'après-midi.
- Je suis pas tranquille quand on est dehors ensemble.
- C'est une super idée qu'on soit là , loin de ton bureau.
On connaît personne.
Téléphone
AllĂ´ ?
Je déjeune dans le parc.
J'ai juste pris un sandwich. Il faisait beau.
T'es toute seule ?
Mmh, seule avec mon journal, oui.
Tu veux que je te rejoigne ?
Pas la peine, j'ai terminé de manger.
J'avais envie de m'aérer un peu.
- D'accord, bah bon après-midi.
Écoulement d'eau de la douche
Téléphone
AllĂ´ ?
AllĂ´ ?
AllĂ´ ?
Musique jazz
J'adore.
T'écris toujours à la main ?
- Toujours. Et quand j'ai fini, je tape tout.
- Ça me fascine, le processus de création d'un artiste.
J'écris page après page sans m'arrêter,
et je déteste me relire.
Ă€ quoi tu penses ?
- Depuis que je t'ai retrouvée, le temps passe trop vite.
- Impatient de rentrer Ă Londres ? - Non.
Pas tellement. Personne m'attend lĂ -bas.
Ni famille ni copine.
Je me sens bien dans cet appartement.
Il me plaît de plus en plus.
C'est grâce à toi. Enfin, c'est toi qui as rendu tout ça idyllique.
Non...
En vérité, je pensais rester ici.
Elle soupire.
J'ai dit un truc qu'il fallait pas ?
- Non, non. C'est juste un peu le fouillis dans ma tĂŞte.
- Je veux pas te mettre la pression. - Oui, je sais.
- Je sais que t'es mariée et ça changera sûrement pas, mais...
si un jour, tu prends une décision,
je voulais que tu saches que je serai lĂ pour toi.
Petits rires
- Bonjour. - Bonjour.
Par ici.
Joséphine, mon associée.
Je vous en prie.
Alors,
en quoi je peux vous ĂŞtre utile ?
- VoilĂ , j'ai l'impression que ma femme a un amant.
Je dois en avoir le cœur net.
- Qu'est-ce qui vous le fait croire ? - Un million de petits détails.
Rien d'irréfutable, mais je sens qu'il y a des choses qui clochent.
Je peux me tromper.
J'espère me tromper parce que je l'aime.
Mais il faut que je sache.
- Vous avez une idée de qui ça pourrait être ?
Non, pas vraiment.
Beaucoup d'hommes la trouvent belle.
C'est une femme charmante,
délicieuse,
extrêmement désirable.
- Il va falloir un maximum de renseignements,
et des photos, si possible.
- Combien de temps il faut pour savoir ?
Tout dépend de son comportement.
Quand il se passe quelque chose, on le sait rapidement.
- Évidemment, je compte sur votre discrétion.
- Vous êtes sûr de vouloir savoir la vérité ?
Si je suis sûr ?
Parfois,
la liaison est si brève que son conjoint s'en aperçoit même pas.
Cette petite parenthèse n'empêche pas leur couple
de continuer Ă fonctionner et Ă ĂŞtre heureux.
Monsieur Fournier ?
Comment ?
Pardon, excusez-moi.
Écoutez, faites votre enquête.
Je vous fournirai les informations ainsi qu'une photo de mon épouse.
Joyeux anniversaire, Jean
Merci.
Joyeux anniversaire
Merci Ă tous ! Merci, merci.
Je ne sais pas pourquoi, mais vieillir ne me rend pas plus sage.
J'ai pas dĂ» avoir le mode d'emploi. Rires
- Tu te rappelles qu'on va fêter l'anniversaire d'André à Venise ?
- Vous venez ? - J'adore Venise, mais...
- Bah quoi ? Je croyais que vous viendriez, que c'était décidé.
Vous deviez vous libérer.
Je parlais avec votre femme.
C'est vraiment une personne intéressante, ah oui.
Merci, la vĂ´tre aussi.
- Et très belle. - Oui.
- Très, très belle. - J'avoue.
- Ah oui. Il rit.
Joyeux anniversaire. Et merci de l'invitation.
- C'est tout naturel. - Si, si, si.
Alors c'est elle qui a trouvé cet endroit incroyable ?
- On aime bien venir ici. Mais c'est plutĂ´t elle, c'est vrai.
On a des femmes très belles.
Musique jazz
Vous n'avez jamais peur
- qu'elle soit attirée par un autre ? - Au début.
Au début, oui, j'avais un petit peu peur, mais...
c'est pas dans l'ADN de Marion de tricher. Non, non.
Mais enfin bon, tout est possible.
Vous vous souvenez d'Olivier Wargon ?
Il avait surpris sa femme
dans les bras de leur conseiller conjugal.
Une histoire aussi triste que grotesque.
Non, mais Marion ne profiterait jamais de moi comme ça.
D'abord parce que ce n'est pas dans sa nature.
Et puis, elle sait que je la flanquerais dehors illico.
- L'image de ces deux-lĂ ,
au lit,
ricanant du mari humilié...
Il expire.
Il rit.
- Oui, oui. - Mais revenons plutôt à la réalité.
- On est vraiment bien heureux d'avoir...
- Je vous ai déjà montré mes circuits de trains électriques ?
- Absolument. - Ah !
- Et j'en ai été très impressionné. - Ah oui !
C'est beau, hein ? Cette petite mécanique.
- Oui, c'est un travail incroyable surtout. Hein ?
Clic
- Excusez-moi, pardon.
- Bonjour. - Bonjour, Fabrice.
- Deux verres de rouge. - Oui.
- Deux verres de rouge. - Installez-vous.
- Bonjour. - Bonjour.
- Vous savez ce que vous voulez ? - Une bière.
- Allez, c'est parti. - Merci.
La musique couvre leurs propos.
C'est affreux, je culpabilise.
- Je ne veux pas que tu te sentes coupable de quoi que ce soit.
J'ai pas envie que tu sois pas bien.
(Fanny) Je devrais peut-ĂŞtre parler Ă Jean,
lui dire que j'ai besoin de temps pour réfléchir, pour régler des choses.
Je t'aime.
Dis-moi franchement, est-ce que tu m'aimes aussi ?
Au début, j'ai cru qu'on...
qu'on pourrait rester comme ça, deux vieux amis de lycée.
Et puis ça a dérapé.
J'ai tout le temps envie d'ĂŞtre avec toi.
Pourquoi il a fallu qu'on se croise ?
Quelle ironie.
Je ne crois ni Ă l'ironie
ni au hasard.
Et je méprise ceux qui comptent sur la chance.
La chance, ça n'existe pas.
La chance, ça se provoque.
- Je suis navré, monsieur. - Oui.
C'est moche.
Mais la réalité est rarement belle.
Je vous sers Ă boire ?
C'est qui, ce type ?
Tout est dans le rapport d'enquĂŞte.
Oui, un petit cognac.
- Entendu, maman. Je suis contente qu'elle aille mieux.
Tu viens quand tu veux. Ta chambre est toujours prĂŞte.
Non, ça va. J'ai juste quelques décisions à prendre.
Je t'expliquerai quand tu seras lĂ .
Attends, Jean vient de rentrer.
Je te laisse, ouais. Bisous.
- Bonsoir, chérie. - Bonsoir.
- C'était qui ? - Ma mère.
Ah, elle revient bientĂ´t ?
Oui, dans quelques jours.
- J'ai hâte, elle est vraiment délicieuse.
Ça te va si on reste à la maison, ce soir ?
T'as fini tard toute la semaine.
Mmh, c’est une bonne idée.
J'ai encore un petit peu de boulot.
Comme ça, tu pourras lire tranquillement.
- Ton boulot, ça va ? - Oui, c'est assez intense.
Désolé si j'ai l'air soucieux en ce moment.
Ça va s'arranger.
Je vais donner mon coup de fil. Tu me demandes un cognac ?
- Suzanne, Monsieur va prendre un cognac.
- Non, vers la gauche. Téléphone
AllĂ´ ?
Oui, salut. Tu peux parler ?
Euh, oui. Y a un problème ?
Bon, il faut qu'on se voie.
Rien d'insurmontable pour nous.
Ça t'irait, demain à 15 h, là où tu sais ?
D'accord, très bien. Alors à demain.
Salut.
Jean soupire.
- Tout va bien ? - Ça va, ça va.
Aujourd'hui, j'ai repensé à notre rencontre.
La première fois que je t'ai vue, à ce fameux réveillon chez Fred Fox.
Ta petite robe noire.
- Juste après mon divorce. J'étais pas heureuse.
Je te l'ai jamais dit,
mais la première fois que je t'ai adressé la parole,
j'ai espéré de toutes mes forces
que tu sois pas une truffe.
Petit rire
Merci, Suzanne.
Et t'étais tout le contraire.
Conquérante.
- Loyale. - Mmh.
- Tout ce que je pouvais désirer chez une femme.
Ça va ?
Oui.
- Je me rappelle la chanson qui passait quand je t'ai adressé la...
Qu'est-ce que t'as ? Tu pleures ?
- Non. - Mmh...
La nostalgie, ça me rend triste.
Mais faut pas ĂŞtre triste.
Tout s'est bien passé.
Tu as fait de moi l'homme le plus heureux du monde.
Musique jazz dynamique
VoilĂ sa photo et son adresse. Et cette fois, je veux pas
qu'on en retrouve un morceau.
Pas comme la dernière fois.
Je veux qu'il disparaisse intégralement. Ciao, bye-bye.
On a le bimoteur Ă disposition.
On survole l'Atlantique et on balancera le corps.
- Il est pas joli, notre monde, Dragos. - C'est sûr.
- Mais quand certaines personnes meurent, il s'améliore automatiquement.
Il devient plus respirable pour tout le monde.
- On a bien réglé son compte à votre associé.
J'ai bossé dur pour gagner mon fric.
Je suis pas né riche.
J'estime que maintenant, j'ai le droit d'en profiter.
On va se charger de ce problème.
Il va disparaître aussi. Pas vrai, Milos ?
- Ça faisait des années que je rêvais plus,
et depuis que je t'ai rencontrée, je me suis remis à rêver.
C'est fou, non ?
- Cette nuit, j'ai rêvé qu'on vivait au Mexique.
Sûrement parce que tu m'en as parlé l'autre jour.
Tout était simple.
On avait des enfants et on marchait sous la pluie.
Je me suis réveillée joyeuse, ça m'a suivie toute la matinée.
- On partage les mêmes rêves, c'est déjà ça.
- J'arrête pas de relire les poèmes que tu m'as offerts.
- C'est beau, non ? - Mmh.
Celui de Mallarmé sur le cygne prisonnier de la glace
- me fait pleurer Ă chaque fois. - Mmh.
On finira tous prisonniers de la glace
si on agit pas avant l'arrivée de l'hiver,
avant que le gel recouvre tout,
et qu'on se retrouve piégés pour toujours.
Jean est quelqu'un de fabuleux.
Faut que je sois honnĂŞte avec lui si on veut avoir un avenir ensemble.
Musique jazz intrigante
Léger brouhaha
On frappe.
Léger brouhaha
- Coup de marteau - Adjugé !
- Ça va ? Ta vente s'est bien passée ?
Oui. J'aimerais te parler.
- On est déjà en retard. - C'est important.
- Marc et Linda nous attendent au restaurant.
Allez, viens avec moi, dépêche-toi.
Il parle en roumain.
C'est fou quand même, chéri.
- On devait partir à Saint-Martin. L'ouragan a tout dévasté.
On y a passé notre lune de miel.
- Mais d'ailleurs, nous, on se régalait avec...
- Le cochon de lait. - Ah, le cochon de lait !
Brouhaha
- Et puis, c'est comme ça. De l'autre côté, y en a un qui meurt.
C'est la vie. On mange, on dort, on vit, on meurt.
- Ça va aller ? - J'ai la tête qui tourne.
- Je vais t'aider. T'aurais dĂ» en rester au vin blanc.
- Mais pourquoi tu m'as pas empêchée de boire ?
- Écoute, je suis ton mari, pas ton chaperon.
Hein ? Et puis, on s'est bien amusés.
Non ?
C'est réglé.
Définitivement ?
Le colis est au fond de l'océan.
Vous vous êtes débarrassés de ses affaires ?
Vous avez rien laissé de compromettant ?
Agenda, ordinateur, numéros de téléphone ?
Parfait.
Rendez-vous demain Ă 15 h Ă l'endroit habituel.
Je m'occuperai bien de vous. Vous serez pas déçus.
Monsieur est sorti ?
Il devait arriver tĂ´t Ă son cabinet.
Il voulait pas vous réveiller.
Il m'a dit que vous n'étiez pas très bien.
- Je vous prépare quelque chose ? - Euh...
- Un café, oui. Merci. - Bien, madame.
Elle soupire.
Je venais aux nouvelles.
Rappelle-moi dès que t'as un moment. Je t'embrasse.
On a besoin de photos des bijoux de la cliente saoudienne.
Je te commande quelque chose ?
Non, ça va, j'ai un déjeuner.
- OK. - Merci.
Téléphone
Oui ?
- Ça va ? Je voulais prendre de tes nouvelles
parce que t'étais un peu pompette, hier soir.
Ça va. Je déjeune avec des clients.
Ah oui, où ça ?
Je sais pas encore.
- Je te dérange pas plus. Je t'embrasse très fort, à ce soir.
J'espère que ça ira mieux. Je t'embrasse, salut.
- Oui ? - Tu dois trier les photos des bijoux.
Ah oui, d'accord.
- Tu en choisis une douzaine et tu les valides avec M. Tisserant.
- Oui, je devais faire ça. Excuse-moi, j'ai oublié.
C'est pas grave.
Oui, c'est bien, ça.
Ça va ? Vous avez l'air ailleurs.
- Non, ça va. - Mmh ?
Vous avez un appel Ă passer ?
Ça vous ennuie pas ?
- Non. Vous voulez que je sorte ?
Non, c'est pas la peine.
- C'est mon dernier message. J'essaie de te joindre depuis ce matin.
Je commence à m'inquiéter, là . Rappelle-moi.
Alain, t'es lĂ ?
Alain ?
- Bah, qu'est-ce qui se passe, ma chérie ?
T'as pas l'air dans ton assiette.
Comment ?
Tu te sens pas bien ?
T'as rien mangé.
Je suis fatiguée, c'est tout.
- Tu dois encore payer tes excès avec la vodka.
Mange quelque chose. C'est pas bien de rester l'estomac vide.
Je crois que je vais vomir.
Sifflement de train
Respiration forte
Ça va pas ?
- Pourquoi tout le monde me demande ça, aujourd'hui ? Je vais bien !
- Excuse-moi, t'avais l'air...
- Non, j'ai très mal dormi cette nuit, c'est tout.
- OK. - S'il te plaît, laisse-moi tranquille.
- Ça s'est bien passé ? - Oui.
Très bien. Mais je suis contente de prendre un peu de repos.
Dis donc, t'es un peu pâlotte.
- Elle s'est pris une petite cuite et depuis, c'est plus la mĂŞme.
Je dors mal, en ce moment.
- Pourquoi ? - À mon avis, elle travaille trop.
- Ça va passer. - Oui, bien sûr, ma chérie.
Ça te ressemble pas.
Elle boit rien, elle dort comme un bébé...
- Je vais bien ! On me traite comme si j'étais malade !
C'est insupportable. Je vais finir par débloquer.
- On va la laisser tranquille. On va profiter des derniers beaux jours.
Voilà , c'est ça.
Lâchez-moi un peu et laissez-moi respirer.
- Ça fait longtemps ? - Non, c'est rien du tout.
Elle a fini tard toute la semaine, elle est crevée.
- Je vais lui parler. - Oui, ça tombe bien.
Vous avez une excellente influence sur elle.
Musique jazz dynamique
- Qu'est-ce qui te tracasse ? - J'ai pas envie d'en parler.
- Je vois bien que t'es pas dans ton assiette.
- Ah bon ? - Non.
Maintenant, ça suffit.
Je sais pas ce qui te mine, mais tu dois vider ton sac.
Et Jean ne mérite pas ça.
C'est vrai que Jean mérite pas ça.
- C'est-Ă -dire ?
- Tu comprendras pas. Tu vas me détester si je te le dis.
Quoi ? Que tu as un amant ?
Comment t'as deviné ?
Je suis pas un perdreau de l'année.
T'es Ă bout de nerfs.
Jean met ça sur le compte du surmenage. Trop de travail, tu parles.
Tu changes de look. Tout Ă coup, tu fais du sport.
On me la fait pas, Ă moi.
Bon, alors, c'est qui, ce type ?
Qui évidemment n'arrive pas à la cheville de Jean.
Ça a commencé il y a quelques mois.
Je marchais avenue Montaigne. J'ai croisé un type
que j'avais pas vu depuis le lycée.
- Je comprends pas comment tu peux tromper Jean, aussi formidable.
Et encore avec un beau loser, comme ton premier mari.
C'est pas un loser.
- Ça se passe bien tant que tu couches avec lui et que tu gardes ton mari.
Mais dès que tu parles de quitter Jean, il disparaît dans la nature.
C'est classique.
- Il a pas laissé un mot, pas un message, rien.
Ça lui ressemble pas. Il était dingue de moi.
- Il lui est arrivé quelque chose ? - Mais quoi ?
Qui pourrait lui en vouloir ?
C'était un homme tranquille. Pas d'ennemis,
rien de suspect dans son appartement, pas d'effraction.
Il a juste emporté toutes ses affaires.
Il a dĂ» avoir des doutes et il a pas pu me le dire en face.
- Tu devrais pas aller voir la police ? - Mais j'ai appelé la police.
Quand ils m'ont demandé mon nom, j'ai paniqué, j'ai raccroché.
Ça m'étonnerait qu'il lui soit arrivé quelque chose.
J'ai pas appelé la morgue. Il y aurait pas emporté ses affaires.
- Pourquoi pas faire un tour Ă la morgue ?
- ArrĂŞte de tout dramatiser. Il est pas Ă la morgue.
Je peux pas mêler mon nom à ça.
Je veux pas que Jean l'apprenne. C'est évident : tant que j'étais mariée,
on pouvait se tourner autour, coucher ensemble...
Dès que j'allais peut-être quitter Jean, il a pris la tangente.
- Y a pas moyen que ça s'arrange avec Jean ?
- Non, je suis qu'une sale gosse pourrie gâtée.
Vous ĂŞtes lĂ .
De quoi vous parlez si sérieusement ?
Ça vous regarde pas.
- Quand vous papotiez... - Des trucs de filles.
Moi, j'ai eu une idée de génie.
On a un couple d'amis américains, les Prescott.
Ils reviennent de Chicago oĂą ils ont fait une grande fĂŞte
pour renouveler leurs vœux de mariage.
J'ai trouvé l'idée géniale, romantique.
Je me suis dit qu'on pourrait faire pareil.
Pendant que ta mère est là , on en profite.
- Qu'est-ce que t'en dis ? - Quoi ?
- Toutes ces années ensemble, ça se fête.
- Moi, je trouve ça adorable. - Mais oui !
Respiration forte Oh lĂ lĂ , toi, tu dis rien.
Je devrais m'inquiéter ?
- Non ! - Non ? Hein ?
- Non, c'est juste que tu trouves pas que c'est ringard ?
C'est hyper américain, c'est vrai.
Mais je m'en fous. J'ai trouvé ça hyper mignon.
- Ça se fait beaucoup aux États-Unis.
J'ai assisté à une chose comme ça avec ton père.
- J'ai trouvé ça très touchant. - Tiens.
- T'as raison, ça va être mignon. - Ah !
- Désolée d'être rabat-joie. - Non !
Je suis Ă fond pour.
- Pas obligé de faire la nouba du siècle. Hein ? Juste notre petit cercle d'amis.
Et je sais déjà ce que je vais mettre.
Jazz entraînant
Merci Ă tous d'ĂŞtre venus ici.
Nous avons eu l'idée de renouveler nos vœux.
Chérie, acceptes-tu de te remarier avec moi ?
- Oui, j'accepte. - Ah !
Merci !
Cris de joie
Gémissements attendris
Ah, merci, les amis ! Merci.
- Merci bien. - Bravo !
- Non, l'amour est une affaire très compliquée.
Le cœur est sans pitié.
- Les sentiments sont sans concession. Ils font pas de quartier.
- Certains se trouvent et restent ensemble Ă vie.
- Ça s'appelle la chance, non ? Elles rient.
Certains renouvellent même leurs vœux.
- Moi, j'ai trouvé la cérémonie magnifique.
Il rit.
Acclamations
Bravo !
À la santé des vieux jeunes mariés.
À votre santé.
Eh bah nous, on s'est mariés sur un bateau de croisière
au large de la cĂ´te dalmate.
On a eu mal au cœur. On a cru que ça porterait la poisse.
- On est ensemble depuis 15 ans. - Oui, et on a toujours le mal de mer.
- J'ai eu un coup de blues pendant la cérémonie,
parce que la fille de nos voisins devait se marier
et elle s'est fait poser un lapin à l'église
- devant toute sa famille. - Mais non ?
Si ! Et ce salopard de fiancé,
envolé, plus de nouvelles, rien du tout !
Un mois plus tard, au Panama, quelqu'un l'a trouvé.
Eh bah il s'était marié avec une star du porno.
- C'est très fréquent de paniquer juste avant de s'engager.
Ça arrive plus aux hommes qu'aux femmes.
Et ils attendent la dernière minute.
Évidemment.
J'ai vu un documentaire à la télé.
De plus en plus de gens disparaissent sans laisser de trace.
Eh bah on a trouvé des preuves d'enlèvement
par des extraterrestres.
- Oui, enfin, alors là , je te jure qu'aucun fiancé angoissé
ne s'est fait kidnapper par des extraterrestres.
Je dis qu'on peut pas l'exclure.
- Non mais si ça se trouve... Tout est possible.
Si ça se trouve, l'ancien associé de Jean
est dans un vaisseau spatial dans une autre galaxie.
- Son corps était pas remonté à la surface d'un lac ?
Ou on était pas sûrs que c'était lui ?
- Il a disparu il y a quelques années
dans des circonstances assez mystérieuses.
Je dis qu'il pourrait très bien être sur Mars ou sur Jupiter.
Il est jamais réapparu au bras d'une prostituée panaméenne.
- L'associé de Jean a disparu ? - Ouais ! Ouais, ouais, ouais.
Je me souviens plus des détails, mais il a disparu brutalement.
On sait pas exactement.
- On s'est dit que c'était à cause d'une histoire d'escroquerie.
Et y a pas très longtemps,
on a raconté qu'un corps serait réapparu.
La police a pensé que c'était lui.
L'affaire a jamais été classée. Pas à ma connaissance.
- Enlevé par des extraterrestres. - Mais non !
Et les autorités étouffent l'affaire.
Elle rit.
Rires
- Très sympathiques, vos amis. - Ah, merci.
- Quelle soirée, quelle journée ! C'était merveilleux.
- Merci d'avoir été là . - Je rentre dans mes pénates.
- Dors bien. - Bonne nuit.
- Bonne nuit. Bonne nuit, mon cœur.
- Je suis épuisée. Et j'ai bu que du vin blanc et du champagne.
Je me douche et je me couche.
C'était particulièrement réussi.
Et on a des amis absolument délicieux.
Ils ont tous dit que tu n'as jamais été aussi belle.
- T'étais déchaîné. - Parce que j'étais heureux.
- Je t'ai jamais vu boire autant. - Tu m'as jamais vu autant heureux.
Je peux te faire un aveu ?
- Un aveu ? - Mmh.
Oui, ces derniers mois, j'ai été un peu lunatique.
J'étais très stressée au boulot.
Et puis j'ai un peu perdu pied, j'ai perdu de vue l'essentiel.
Par moments, j'ai été désagréable ou absente.
Mais c'est fini.
C'était une mauvaise passe.
Ce que j'essaie de te dire,
c'est que maintenant, je me sens vraiment forte.
Tu sais, moi aussi, j'ai réfléchi.
Il est peut-ĂŞtre temps de reparler de faire des enfants.
Petits rires
- C'est merveilleux. J'ai beaucoup de chance.
Non, c'est moi qui ai de la chance.
- Tu dis que tu crois ni en la chance ni aux coĂŻncidences.
- Parce que la chance, moi, je la provoque.
Jean ?
Oui ?
- On m'a raconté une drôle d'histoire à propos de votre associé
qui aurait disparu il y a quelques années.
- Vous allez pas vous y mettre. Qui vous a raconté ça ?
- Un type pas très fute-fute, Gilles,
qui croit que les extraterrestres enlèvent les gens.
Ça existe.
Et quelqu'un a parlé de cette disparition.
Mais quel abruti, ce Gilles !
Alcoolique et totalement délirant.
Toujours à débiter des sornettes sur les ovnis.
- Si j'ai bien compris, l'affaire avait fait un peu de bruit,
quand même, à l'époque. On avait parlé de meurtre.
- Ça a fait jaser pendant deux semaines et c'est retombé.
Les gens étaient devenus paranos.
J'ai fait l'objet d'accusations farfelues.
Quel genre d'accusations ?
- Mais je sais plus, moi ! Des trucs en rapport avec nos affaires.
Franchement, Camille, ce type était dingue, hein.
Il a inventé que j'aurais détourné des fonds, moi !
Non, mais je vous jure ! Franchement, y a des gens...
Et puis il a disparu, d'un seul coup, comme ça.
- Comment tu le trouves ? Vaporisation
Mmh, pas mal.
Il aurait plu Ă Alain.
Ah, tu penses toujours Ă lui ?
- Quand je suis en colère parce qu'il s'est foutu de moi.
Je culpabilise. Je veux tout faire pour me rattraper.
- Sûre que Jean ne sait pas que tu l'as trompé ?
Oui, sûre et certaine.
- Sûre et certaine qu'il n'y a rien de suspect dans sa disparition ?
- Oui, je suis pas comme toi. T'as l'esprit tordu, t'es suspicieuse.
Moi, je suis toute douce, comme papa. Petit rire
Tu me rappelles ce type qui croit aux soucoupes volantes.
- HĂ©, maman ? - Mmh ?
- Des extraterrestres ont pas enlevé Alain.
Il m'a juste larguée. C'était pas celui que je croyais.
Pourquoi toutes ces questions ?
- Pour laisser libre cours Ă mon imagination macabre.
- Tu seras gentille de refréner tes fantasmes sinistres
et de lire moins de polars.
Elle renifle.
Merci beaucoup.
Vous avez terminé votre livre ?
J'ai croisé ta mère à la terrasse d'un café.
Elle était absorbée par sa lecture. Je lui ai fait peur.
De quel bouquin s'agit-il ?
- Un Simenon. - Moi,
j'ai dû lire un seul roman policier. Je déteste ça.
Dans ces livres, le détective privé est glamour.
Quand j'ai eu affaire à l'un d'eux, j'étais très déçu.
On était loin du cinéma ou de la littérature.
- Vous avez eu besoin d'un détective ? - Oui !
Pour mon boulot. Tant de magouilles dans le monde de la finance.
Oui, j'imagine.
Jazz léger
- C'est monsieur Fournier qui vous a recommandé. Jean Fournier.
Il m'a dit que vous aviez fait du très bon travail pour lui
quand il a eu son petit problème de couple.
Et en toute discrétion.
Et ça, la discrétion, c'est capital pour moi.
- Nous sommes aussi efficaces que discrets,
comme monsieur Fournier pourra en attester.
- Alors voilĂ , j'ai l'impression que mon mari me trompe.
Et voilà , j'aimerais en avoir le cœur net parce que...
- Il va nous falloir des renseignements, des adresses,
- des photos, si possible. - Oui.
Oui, très bien. Je...
Bah je vous rapporte ça la prochaine fois.
Pendant un... notre deuxième rendez-vous.
Non, lĂ , je voulais simplement savoir combien de temps il vous faudra
et combien ça me coûtera, bien sûr.
- Nous facturons Ă l'heure. Le tarif, c'est 450 euros.
- Ah oui, quand mĂŞme ! C'est cher, pour suivre un mari.
Ou dans le cas de monsieur Fournier, pour suivre son épouse.
- Il y a des agences moins chères, mais notre service est optimum.
Quant au temps, ça dépendra de la personne à suivre.
Bien sûr, bien sûr. Évidemment.
- Avez-vous d'autres questions ? - Non. Tout va bien pour le moment.
Merci.
Je vous rappelle très vite.
Hein ? Je... Merci beaucoup.
- Alors, au plaisir d'avoir de vos nouvelles.
- Au revoir, monsieur. Merci. - Au revoir.
Téléphone
AllĂ´, oui ?
- Monsieur Fournier ? C'est Henri de chez Delauny.
Je peux vous parler ?
Oui, je vous écoute.
- On a reçu la visite d'une dame qui s'est dite envoyée par vous, mais...
elle avait... Elle était mal à l'aise.
Et très suspecte, comme si elle faisait une enquête.
Cheveux au carré, châtains, lunettes en or.
J'imagine que vous lui avez rien dit ?
- J'ai tout de suite senti qu'il y avait du louche
et je vous ai appelé.
Elle a prétendu qu'elle ferait appel à nos services.
Je suis sûr que je la reverrai jamais.
J'ai tenu à vous prévenir, quand même.
Mais vous lui avez rien dit ?
Rien du tout.
Ceci dit, elle avait l'air de savoir que vous nous aviez engagés.
- Tant que vous lui avez rien confirmé, tout va bien.
Bien, je vous remercie de m'avoir prévenu.
Au revoir.
C'est la lampe dont je t'ai parlé.
Elle serait jolie dans notre chambre, non ?
- Surtout si on la refait. - Oui, elle est pas mal.
- D'ailleurs, c'est maman qui l'a repérée.
Elle va rester longtemps encore ?
- Je sais pas. Elle est tellement heureuse Ă Paris.
- Elle fait quoi de ses journées ? - Musées, antiquaires...
Viens, on va voir ce qu'ils ont d'autre.
Elle adore se promener toute seule, faire ses petites affaires Ă elle.
Elle a toujours fait ça.
- Mesdames, bonjour. S'il vous plaît. - Bonjour. Merci.
Je suis contente qu'on déjeune ensemble.
Il fallait que je te parle.
Ouh là , quel ton sérieux !
- Je vais te demander de m'écouter jusqu'au bout,
- sans a priori. - D'accord.
- Ta vie est sens dessus dessous depuis un mois.
T'es sûre qu'il y a rien de suspect dans sa disparition.
- Oh, c'est reparti ! - Mais moi, je pense que si.
- Qu'est-ce qui te fait penser ça ?
Rien de concret, au départ.
Juste un petit déclic en entendant parler de kidnappeurs extraterrestres.
- Elle rit. - Maman, t'es devenue folle, lĂ ?
- Ça a commencé en entendant des inepties sur des kidnappeurs extraterrestres.
- Maman, écoute, on va pas... - J'ai dit "des inepties".
Et ensuite, j'y viens, la conversation est tombée
sur la disparition d'un associé de Jean,
qui se serait volatilisé exactement comme Alain.
- C'était bien avant que je rencontre Jean.
Ils ont retrouvé un corps. Il se serait peut-être suicidé.
Je connais pas tous les détails.
Mais moi, j'en ai, des détails.
Jean a profité de la disparition de son associé.
- C'est-Ă -dire ?
Son associé a disparu, comme Alain,
et Jean y a beaucoup gagné.
À l'époque, on a parlé de suicide, mais aussi d'enlèvement,
voire de meurtre.
- Tu sous-entends pas ce que je crains ?
- Dans ces deux affaires, Jean avait un mobile et un intérêt.
Je pense qu'on devrait clore le sujet.
- Et si Jean savait que tu l'avais trompé ?
Maman...
- Qu'il avait des soupçons... - Aucun risque.
- Jusqu'à te faire suivre. - Comment ça ? Quand ?
- Par un détective privé. - Mais tu délires, là !
- Je sais de source sûre qu'il en a payé un pour te faire suivre.
Comment tu sais ça ?
- J'ai trouvé la carte d'une agence de détectives
- dans le tiroir de son bureau. - T'as fouillé dans ses affaires ?
- Je suis allée voir ce détective en prétextant que mon mari me trompait.
Je lui ai dit que je venais de la part de Jean
qui avait été ravi de ses services pour son propre couple.
J'en reviens pas, d'entendre ça.
En tout cas, ça explique tout.
- Mais ça explique quoi ? Que Jean a éliminé Alain ?
Mais tu délires, là ?
- Ça mérite qu'on pousse l'enquête un peu plus loin.
- Écoute, je suis désolée, mais j'ai plus faim.
Mais attends !
- Écoute-moi. - Non !
- Écoute. - J'ai plus envie de t'écouter.
J'ai trompé un homme qui a jamais cessé de m'aimer,
avec qui j'espère avoir des enfants.
J'ai eu une aventure avec un type tout droit sorti de mon passé.
Mais de lĂ Ă me dire que Jean savait, qu'il m'a fait suivre,
qu'il a fait disparaître Alain !
Oui !
- Pourquoi tu me regardais bizarrement ? - Moi ? Comment ça ?
Ce matin, tu me regardes bizarrement.
- Mais non. Tu te sens coupable de quelque chose ?
- Il rit. - Non. Ça, vraiment pas, non.
Oh attends, j'en peux plus.
Respirations haletantes
- C'est mieux que de courir sur un tapis. - Oui.
- J'ai appelé à ton boulot. Ils m'ont dit que tu déjeunais avec ta mère.
Ah ouais, on a fini par s'engueuler.
Ah bon ?
Ă€ propos de quoi ?
- Oh, tu connais maman. Elle a une imagination débordante
qu'elle nourrit à coup de feuilletons télé.
- Tu trouves pas qu'elle déraille un peu ?
- Elle oublie de prendre son médicament, parfois.
Un jour sans, elle devient un peu parano. Même très parano.
- Qu'elle oublie pas ses médicaments. C'est indispensable.
Mais parano de quoi ?
- Oh, rien. Elle lit trop de romans policiers.
- J'allais me doucher. Tu voulais quelque chose ?
- Je voulais être sûre que ça t'avait passé, ta légère parano.
Je suis absolument pas paranoĂŻaque.
Il t'a fait suivre et il savait que tu le trompais.
Tu prends bien ton médicament ?
- Je suis réglée comme du papier à musique.
- Ça t'est déjà arrivé d'oublier. Et ça te réussit pas.
- C'est pas parce que j'oublie mon médicament un jour
que tous mes soupçons sont dus à la chimie.
- Heureusement que je t'aime. Je pourrais me sentir insultée.
- Laisse tomber. - Mais je vais laisser tomber,
parce que je suis pas une vraie pro.
Mais je devrais aller expliquer tout ça
Ă un pro pour voir ce qu'il en penserait.
Un pro ? Mais quel genre de pro ?
Je sais pas, moi.
Je pense que t'aurais dĂ»
tout expliquer Ă la police.
Tu plaisantes ? Pour leur dire quoi ?
Que j'ai eu une folle aventure avec un homme ?
Maintenant, tu prends sur toi.
Tu penses Ă la chasse, Ă la rando, Ă la pĂŞche et aux plaisirs de la vie.
- Cette fois, on a vraiment pas le droit de se planter.
Ça doit avoir l'air d'un accident.
- Quel genre d'accident ? - Net et sans bavure.
- C'est qui ? Quel genre d'accident ?
Un accident de chasse.
Je vais l'attirer dans un endroit dans la forĂŞt
où toi, tu seras caché, à nous attendre.
Quand tu la verras Ă la bonne distance,
tu la descendras : un chasseur a fait une erreur.
- Le chasseur qui croit avoir vu une bĂŞte.
Exactement, une grosse bĂŞte.
Y a plein de cerfs et de chasseurs. Un accident est si vite arrivé.
- La police va poser beaucoup de questions, non ?
- Oui mais je vais te fournir un permis de chasse, un fusil
et je m'occupe de tout.
Toi, tu diras que c'est une tragédie, et tu te mettras dans tous tes états.
Hein ? Sauf qu'il faut que ce soit ton fusil, pas mon fusil.
- Tu comprends, hein ? - Mmh mmh.
Alors voilĂ , tu feras plein d'excuses,
et puis la police pourra rien dire, parce que ce sera un accident.
J'aurai rien Ă voir lĂ -dedans, sauf que je m'occuperai bien de toi.
Ouais, mais y a un problème.
J'ai jamais tiré avec un fusil, moi.
- T'as jamais tiré ? - Bah non.
- Eh bah écoute, c'est pas grave, je t'aiderai.
Ou non, mieux, j'ai une idée.
C'est moi qui tire et je te passe le fusil après.
Oui, c'est plus logique.
Mais Ă la fin, c'est toi qui tiens l'arme.
- Tu comprends, ça ? - Ouais.
- De toute façon, écoute-moi bien. Cette femme doit disparaître.
Elle est nuisible, dangereuse.
Elle pose des questions, se mĂŞle de ce qui la regarde pas.
Et c'est pour quand ?
- On ira là -bas faire des repérages quelques jours avant.
Une fois l'endroit trouvé, tu nous y attendras.
Mais c'est vous qui la descendrez ?
Oui, c'est moi qui la descendrai.
Mais c'est ta responsabilité.
Souviens-toi, c'est ton boulot.
- On est d'accord ? - Ouais, ouais.
Tu retournes voir ton frère ?
- Il est Ă Bucarest. Je devais le rejoindre cette semaine.
Mais j'irai la semaine prochaine.
- D'accord. Tu lui feras mes amitiés. - Ouais.
On est sûrs d'avoir rien oublié ?
- Euh, oui, oui. Et Pierre et Delphine ?
- Ils nous retrouvent lĂ -bas.
Moi, j'ai hâte d'aller chasser demain.
Je crois que Camille aussi.
Vous chassez encore le cerf ?
- Oui. J'espère qu'on aura plus de chance.
- J'aime pas la chasse, j'adore le gibier.
- Notre seule chasse, c'est la chasse aux antiquités.
- Ah ! - Mangez, mangez, mangez.
- Bon appétit. - On attaque.
Merci. Le homard, c'est super.
Tu viens faire les antiquaires ?
- Non, je vais rester lire et écouter de la musique.
J'aimerais trouver une table en chĂŞne.
Y a plein d'antiquaires fabuleux.
- J'espère que la chasse va être fructueuse.
- Tout le plaisir est dans le jeu de piste.
- Ah oui, on entre dans un autre univers.
On se concentre, on traque la bĂŞte, on oublie tout.
- Son père lui a transmis l'amour de la nature.
C'était un excellent pêcheur.
- Oui, il m'a appris Ă pĂŞcher Ă la mouche.
- J'ai pas hérité de ces gènes-là .
- Ça, c'est sûr. - On se retrouve pour le déjeuner ?
- On tâchera au moins de ramener quelque chose pour dîner.
- Recrachez bien les billes de chevrotine.
- La chasse au cerf n'est pas Ă la chevrotine.
Quelle heure il est ? Attends, faut que je prenne mon cachet.
Tu vois que je m'en souviens. T'as pas vu mes médicaments ?
Ils sont pas dans ton sac ?
- Me dis pas que je les ai oubliés à Paris !
- Ah mais oui, c'est ça. - C'est un week-end de 4 jours !
Eh bah voilĂ , je vais pas en mourir.
- Va falloir faire l'aller-retour.
Je peux vivre sans pendant 4 jours.
- C'est pas des médicaments indispensables.
- Si, c'est des médicaments indispensables.
- Edgar va aller les chercher. - Il les trouvera pas.
- J'irai, moi. Dis-moi oĂą ils sont.
- Dans une des poches de ma veste. Je suis désolée.
- Je vais y aller quand vous serez Ă la chasse.
- Mais tu voulais te reposer, écouter de la musique.
Edgar conduit lentement.
Je me reposerai et j'écouterai de la musique en route.
Quelle veste ?
- La veste grise, mais je les ai peut-ĂŞtre mis dans mon sac.
- Elle va trouver. - Y a plusieurs sacs.
- C'est bon. - Ils se ressemblent tous. Cherche bien.
Salut, chérie.
Musique jazz intrigante
Il démarre.
- VoilĂ . - VoilĂ pour vous.
Merci.
De rien.
Venez avec moi.
Ah, par là , désolé.
Oui.
Bon, Camille, venez par ici. C'est mieux.
Je connais ces bois comme ma poche.
- Cette forêt a tout pour inspirer le poète.
Elle est dense, sombre. Il ne manque que les cerfs.
- Vous inquiétez pas, on devrait pas tarder à passer à l'action.
- Je sais pas comment vous faites pour vous repérer.
Moi, toute seule, lĂ , je serais perdue.
- J'ai une course Ă faire. Je vous retrouve ici dans une heure.
On en a assez, on arrĂŞte lĂ .
Alors...
Oh...
Non mais franchement, qui achète ce genre de truc ?
- Sans doute les gens qui apprécient l'art de la chasse.
Ouais, pour décorer un vieux manoir.
Ou un jockey club, Ă la limite.
Vibreur
Ah. Oui ?
Fanny, ça capte pas très bien par ici.
Alain n'a pas fui, t'as raison.
Il lui est arrivé quelque chose.
Un truc atroce, Ă mon avis.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
Je suis chez lui, lĂ .
J'ai décidé d'aller voir une dernière fois chez lui.
Tu m'avais mis tellement d'idées dans le crâne, mais t'avais raison.
Je sais pas qui a vidé son appartement.
Mais il savait pas qu'Alain avait une cachette pour son manuscrit.
C'est impossible qu'il soit parti sans le prendre. C'était...
C'était son seul exemplaire.
Il y avait mis toute son âme.
- Ce que tu me racontes m'étonne qu'à moitié.
- Tu penses quand même pas que Jean est derrière tout ça ?
- Je peux pas encore le prouver, mais la police va y arriver.
Jette ta clope.
Passe-moi ton fusil.
Non mais Jean, je le connais.
Il a des défauts, il a des manies, mais de là ...
Écoute, je rentre, là . Il faut qu'on se parle.
Ă€ tout Ă l'heure, oui.
Jean ?
Jean ?
Jean ?
On charge une arme.
Jean, non !
Coup de feu
Respiration forte
- Qu'est-ce qui s'est passé ? - C'était une biche ?
- J'ai tiré un cerf. - Merde, t'es sûr ?
- T'as blessé Alain ! - Il s'est passé quoi ?
- Mais non... - T'es sûr que c'était une biche ?
- Non, c'est pas une biche. - Putain...
- Qu'est-ce que c'est ? - Putain de merde !
Merde ! Merde !
Respirations haletantes
Faut appeler les secours.
- J'ai... J'ai... - Ça sert à rien, il est mort.
Oh mon Dieu, c'est pas possible.
Non mais c'est horrible.
J'ai vu quelque chose bouger dans les arbres.
Et...
C'est un accident.
- C'est un accident. - Mais non, mais...
Oh mon Dieu...
C'est horrible.
Musique jazz dynamique
- (Alain) Elle en avait conclu que la vie était une variable aléatoire,
car sa probabilité d'exister avait été de 1 sur 400 billiards.
Toute vie était donc un miracle,
et tout être vivant avait tiré le gros lot dans la grande loterie cosmique.
L'important était de ne pas gâcher ce miracle.
Elle était prête à aller jusqu'au bout de ses choix et de ses erreurs.
Il demeurait terrifiant
de constater le rôle immense joué en toute chose par le hasard
et par l'importance d'avoir de la chance.
Mieux valait ne pas s'y attarder.
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