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Zulu
...
Alice ! Alice !
Hm !
-Ca va ?
-Oui, ça va.
Je me souviens d'un rĂŞve.
-Un cauchemar, oui.
Tu criais "Alice" comme si tu allais crever.
-Nous devons ouvrir la tombe.
-Je vois bien
ton petit jeu avec Alice. ArrĂŞte.
-Ce n'est pas un jeu.
Nous devons aller...
Au cimetière, ce soir.
-Ecoute, Zackman. Je sais pas Ă quoi vous jouez en RFA,
mais ici, on déterre pas les morts.
*-Un, deux, trois, quatre !
*Cinq, six, sept...
-Allez, encore un petit effort.
*-Un, deux, trois !
*C'est fini pour aujourd'hui.
*Générique.
-C'est mesquin !
-Je suis d'astreinte.
Les enfants ont faim. -Pas de petite douche ?
-Je veux bien un café au lait.
Bonjour, Martine. -Bonjour.
-Bonjour.
-Bonjour, maman.
-Elle veut faire
tout comme moi, elle me copie.
J'en ai marre, elle m'énerve.
-Bon, vous faisiez quoi lĂ -haut, hier soir ?
J'ai pas compris.
-Euh... Le...
-C'était quoi,
ces traces de sang ? -C'était pas du sang.
C'était du... -C'est ma faute.
Oui, j'ai proposé
un jeu idiot.
Faire peur aux filles dans une maison avec des fantĂ´mes.
Comme dans les films d'horreur. -Ah oui ?
Vous faites comme ça avec les filles, vous ?
-Des fantĂ´mes ? -Mais non.
-C'était stupide, je sais. -C'est dangereux.
Surtout la nuit.
-Il est aveugle, il pouvait pas savoir
que c'était la nuit. -Ben...
Je suis responsable de toi, tu comprends ?
-Pardon, madame. -Papy dit
que c'est hanté.
-On t'a pas sonnée.
Maman, Frank est notre invité. -Tu aurais dû l'arrêter.
-Je suis pas gendarme.
-Vous serez punis.
-C'est vrai ?
-C'est quoi,
la punition ?
-Privés de télé.
Plus de foot.
-La France joue cet aprèm.
-Justement.
-Papa, interviens.
...
BĂŞlements.
-Bonjour, mes belles.
Allez, mes belles. Allez.
VoilĂ .
-C'est qui ?
-Ma mère.
Elle est partie, il y a deux ans. -Où ça ?
-Au paradis.
J'espère.
-Désolée.
Une voiture approche.
-Merde, les gendarmes.
-Ils viennent pour nous ?
-Il n'est jamais parti toute une nuit.
-Je sais.
-Et vous deux, vous avez poussé jusqu'à Sospel ?
-On a fait tous les bars Ă 3 km alentour, personne n'a rien vu.
-Bonjour. -Bonjour.
-Vous avez retrouvé papy ?
-Non, pas encore.
-Mais on t'a retrouvée, toi. -Pardon, papa.
-Vous n'avez rien vu ?
-Non, rien.
Rien du tout.
-Non.
-Vous avez été au Masséna ?
-Ils ont fait tous les bars, personne ne l'a vu.
-On va le retrouver, mamie.
-Merci, ma chérie.
Merci.
-Donc, tu lui as donné de l'argent pour acheter une télé couleur.
-Oui.
-Pourquoi ?
-Pour regarder la Coupe du Monde avec nos invités allemands.
On n'est pas
un pays de sous-développés. -Delacroix, Montesquieu ?
-Hm ? -Quels billets ?
-Des billets de 100.
Delacroix.
Vous savez où il comptait acheter cette télé ?
-Chez Electro 2000.
Tu connais d'autres boutiques de télés par ici ?
-Ben non. -Ben non.
(Il est golio, non ?)
-(Si tu savais.)
-(Ben oui.)
-René, je peux prendre la photo ? -Bien sûr.
BĂŞlements.
-C'est une stratégie de faire semblant d'être plus con qu'on est.
-"Plus concon" ?
Je vois ça. -Ca paye toujours.
Vous devriez essayer, chef.
-Je serai jamais Ă ta hauteur.
-C'est très délic...
-J'ai dit : "Silence".
Petits geignements.
...
Il éclate de rire.
...
Ta mère vous récupèrera.
-Oui, papa. -Monsieur.
...
-La haine, ce n'est pas plus naturel que l'amitié ou l'amour.
C'est une construction.
Pendant un siècle, l'Allemagne et la France ont construit
un mur de haine.
Trois guerres.
Des millions de morts.
L'Europe, suicidée.
A cause de cette haine.
Ce n'est pas une malédiction.
Ce n'est pas génétique.
Ce que nous avons construit,
nous pouvons le déconstruire pour construire autre chose.
Et c'est ce que vous,
vous tous,
vous avez fait hier soir.
-Quoi, il dit ? -J'ai pas pigé.
-Votre expédition.
Quand vous avez fait le mur, vous avez créé et construit
des liens d'amitié entre vous.
Et je ne suis pas supposé dire ça,
mais je suis fier de vous.
Vous êtes ici pour écrire une pièce de théâtre.
Et je viens de vous révéler le thème.
-J'ai pas bien tout compris. Vous pouvez répéter ?
-Frank ?
-Oui.
La haine, l'amour, l'amitié...
la malédiction.
-Un match de foot, quoi.
-Oui.
Pourquoi pas ?
Ca peut être ça, votre pièce.
Soyez libres, audacieux.
Surprenez-vous.
Quelqu'un sanglote.
Alice ?
J'ai dit quelque chose de mal ?
-C'est mon grand-père.
On l'a pas retrouvé.
-Je suis désolé.
Tu sais quoi ? Tu as besoin de laisser sortir ta peine.
-Non, c'est bon.
-Laisse-moi t'aider.
Tu veux que je pleure Ă ta place ?
Donne-moi tes mains.
Je sens ta tristesse, Alice.
Nous la sentons tous et ne voulons pas que tu restes seule avec.
N'est-ce pas ?
-Naturellement. -Qu'il revienne en vie.
-Tu vois ? Nous sommes ensemble.
-Non, mais c'est bon.
La porte grince et claque.
...
-Alice ?
Alice sanglote.
Ils m'ont dit que je te trouverais ici.
-Je pleure jamais.
Mais Ă cause de l'autre, lĂ ...
J'arrive plus Ă m'arrĂŞter.
-Pff ! Quel tchatcheur, ton pote.
-Alice m'a dit pour vous. Tu es jaloux ?
-Très.
-Je vois ça. -Je suis jaloux d'Alice
parce qu'elle passe ses nuits
avec toi.
-Tss. N'essaie mĂŞme pas.
-On t'a déjà dit
que tu étais canon ? -"Canon" ?
-Très jolie.
-Le fantĂ´me est revenu dans mon rĂŞve cette nuit.
Il m'a répété : "Nous devons ouvrir la tombe."
Nous devons le faire, Alice. -Arrête, ça me fait trop flipper.
-Moi aussi, j'ai peur. Je n'ai jamais expérimenté ça.
Ton grand-père a pu disparaître à cause de cette malédiction.
-Tous vos profs sont comme ça ? -Hélas, non.
-Regarde ma mère.
-Si on allait chez Electro 2000 ? -C'est quoi ?
-Mon grand-père devait s'acheter
une télé là -bas. -Allons-y en canoë.
C'est plus rapide.
Quoi ?
J'aime bien ton grand-père.
Je veux aider.
Ouais.
-HĂ© !
Salut.
-Salut.
V'là les jeunes. Je sais pas où ils vont, ils ont l'air motivés.
-En route vers une autre aventure. -J'espère pas.
-Il faut vivre l'aventure.
-A leur âge, peut-être.
-A tous les âges. -Salut, Klaus !
-HĂ© ! -Papa !
-Salut ! -Ciao !
-Putain, il est Ă poil.
-Bon, je vais me baigner.
Tu nages pas ? -Pas le temps.
-Tu dois essayer.
C'est revigorant. -Mes moutons m'attendent.
A une prochaine.
Grésillements.
-Mieux ?
*Friture.
*...
-Oui !
A gauche.
*-2e...
-L'autre gauche !
-La droite, alors !
Répète, quel côté ?
Quel côté ?
-Enlève.
Enlève.
-T'es lĂ ?
Oliver ?
Oliver !?
-Oui.
Magnifique.
*-Mayer... -C'est magnifique !
*-Ballon perdu.
*Contré par Genghini. Giresse.
*Un match plein de Genghini, également.
-Hein ?
-Tu as entendu parler de Pavlov ?
-Hein ?
-Il sonnait les cloches et le chien se mettait Ă baver.
-Ouais, ouais, ouais. -Ouaf, ouaf.
Le foot, ça fait appel à la partie chien de ton cerveau, hein ?
-Ouais. Ouais.
-Exactement. -Le père de Yasmina.
-Les meilleurs, c'est Miele ou Bosch, voilĂ .
-(C'est bizarre.) -(Quoi ?)
-(Il bosse pas et s'achète une machine à laver.)
-Bosch ? C'est allemand ? -Oui, c'est allemand.
-Non, la française, je préfère.
-Vous préférez la française ?
"Miele", c'est aussi de l'allemand.
-Je préfèrerais une française.
-Si vous l'achetez, je vous offre une garantie 100% française.
-Voyez mon collègue. -Merci.
-C'est "Mielleux" ?
-(Merde.) -(Quoi ?)
-(La mère de Vincent.)
-Bonjour, monsieur. -Bonjour.
-Juste une question.
-Non, ça me dit rien.
-(Ta mère est là .) -Où ça ?
-(LĂ -bas.)
-Putain, si elle me crame, je pourrai plus voir un match.
-Mais tu es là pour aider Alice. -Très drôle.
-Il se passe quoi ?
-Il montre une photo de mon grand-père, personne l'a vu.
-Sûr ?
-C'est un bon choix. -Farid ?
-1 950 F. -Il peut même pas se payer un café,
il a perdu son travail.
-On l'arrĂŞte ? -Non.
-Au revoir, merci.
-On peut voir les billets ?
VoilĂ .
-L'amour est enfant de bohème.
Il n'a jamais, jamais connu de loi.
Si tu ne m'aimes pas,
je t'aime.
Palam pampam...
Oh ? -Bonjour, Charles.
-Bonjour. Attends.
Ici, c'est trois. -Ah oui.
-Est-ce que Frank est ici ?
-Non, ils sont partis faire du canoë.
Il nous a dit que tu serais d'accord.
-Mon fils veut faire tout comme les autres.
C'est parfois un problème.
Comme...
Comme hier soir.
Ca aurait pu ĂŞtre dangereux. -Oui.
Ma femme les a punis : privés de foot.
-Je suis là pour ça.
Mon fils a inspiré le groupe.
Je ne veux pas que Vincent... -C'est ce qu'il dit.
-Comment ça ? -Je connais un petit peu mon fils.
Je pense que Frank a couvert son copain Vincent.
-C'est super.
-Ah bon ? -Ca prouve qu'ils sont complices.
Je veux dire, qu'ils s'entendent bien.
-J'aime bien ta façon de voir les choses.
Hm !
-J'ai toujours rêvé d'apprendre à cuisiner comme un vrai chef.
-Tu veux ĂŞtre
mon marmiton ?
-Pourquoi pas ?
-Ben, déshabille-toi.
Enfin, je veux dire... A cause de la farine.
LĂ , ce sera mieux.
Viens lĂ .
On va faire des cavatellis.
-Pourquoi les filles sont parties ? -Alice se fiche du Mondial.
Et Dilay... -Elle pense que je suis
un petit coquin ?
-En résumé, oui.
-On n'allait pas suivre Farid, donc on aurait pu regarder le match.
Les gonzesses, putain, parfois, elles sont pas rationnelles.
Oh, tu rames ou te pognes ?
-Je pense Ă nouveau... Ă Zackman.
Le cimetière. Je sais que tu... -Laisse béton Zackman.
J'ouvre pas de tombe, basta.
Alice voudra bien, après ce qui s'est passé entre vous.
-Mais le voyage, je croyais même pas que ça marchait !
-Ecoute... Choc.
Putain !
A cause
de tes conneries, on a dĂ» se prendre quelque chose.
Tu peux regarder ?
Je veux dire...
-J'ai compris.
J'ai quelque chose.
-Fais gaffe.
-C'est lourd.
-C'est quoi ?
-Je l'ai.
C'est quoi ? -Un pied.
Il hurle.
...
Quelqu'un entre.
-C'est quoi, ça ?
-Ecoute.
Le tambour de la machine se met en route.
-C'est quoi, ça ?
-Ca...
C'est une Miele.
J'ai décroché un boulot chez Electro 2000.
-C'est pas vrai. Mais comment tu as fait ?
-Un copain m'a pistonné. Je voulais te faire la surprise.
Ils m'ont fait un petit crédit.
C'est une allemande.
*"Mon fils, ma bataille", Daniel Balavoine.
*...
-C'est pas tout.
-Tu connais pas Sophie Marceau ? -C'est qui ?
-LĂ . C'est une star, ici. Quelqu'un frappe et entre.
Je t'ai dit d'entrer ?
-Tadam !
Tu vas pouvoir regarder des films quand tu veux.
-Comment t'as fait ?
-La chance tourne, ma chérie.
La chance tourne.
-On va "téma" ton cadeau ? -Carrément.
-Bonjour, Farid.
-Bonjour.
-On peut se parler ?
-Oui, bien sûr.
Entrez, c'est ouvert.
-Madame. -Bonjour.
-Mais, papa ?
*...
*-Les juges et les lois,
*ça me fait pas peur.
*C'est mon fils, ma bataille.
*Fallait pas qu'elle s'en aille.
-Regarde, avec deux doigts. -Comme ça ?
-Tu peux en faire un autre, vas-y.
Voilà , comme ça.
Tout doucement, mais il faut appuyer un petit peu.
-Papa, tu sais pas... oĂą est maman ?
-Euh... Non.
-Frank ?
-Quoi ?
-On a retrouvé Philippe au fond de la rivière.
-Oh, merde.
Ca va, fils ? -Oui.
-J'appelle la gendarmerie.
Dis rien avant d'avoir vu ta mère. -Allez vous changer.
Vous allez attraper froid.
-Tu viens ?
*-Gendarmerie de Sospel.
-C'est Charles. Je voudrais parler Ă Isabelle.
"Eye in the Sky", The Alan Parsons Project.
...
-Lâchez-moi !
...
-Alors, comme ça,
on t'a prêté de l'argent ?
C'est qui, "on" ?
-Démarre, Omar, on t'écoute. -Je m'appelle Farid.
-Oui, bon, c'est pareil.
Accouche. -Non.
C'est pas pareil. -Fais pas chier, bédouin.
-Hé, j'ai combattu en Algérie, vous me devez le respect !
Farid jure en arabe.
-Quoi ? -Louis !
-Il m'a insulté.
-Tu parles arabe ?
Assieds-toi, Farid.
Il vient d'oĂą, cet argent, hm ?
Tu l'as pris Ă Philippe, on le sait.
Et Philippe est mort.
Si l'autopsie nous dit
que c'était pas un accident, tu deviens notre suspect numéro un.
Bon, comme tu voudras.
Ramène-le
en cellule.
-On redémarre, Omar.
-Mon fils trouve le corps, mon mari donne l'alerte...
Ils se sont bien foutus de ma gueule.
"Isabelle, heureusement que ta famille bosse pour toi !"
-Laisse-les rire.
-Tu te rends pas compte.
Une affaire comme ça,
en fait, il n'y en a jamais eu Ă Utelle.
Sauf la femme du boucher.
-Qui avait découpé son mari ? -Hm, en 1929.
Là , ça tombe sur moi.
Je peux pas me louper, je dois m'y mettre Ă fond, tu comprends ?
-Evidemment.
-Merci, chéri. Je savais que je pouvais compter sur toi.
-C'est normal. -Quelqu'un t'aidera en cuisine.
-Chérie, non ! -En tout cas, pas moi.
J'ai théâtre.
-Je suis fière de toi, tu as été courageux.
Faut que je te voie demain Ă la gendarmerie, toi aussi, Frank.
En attendant, pas un mot. -Oui, chef.
-Oui, madame. -J'y retourne.
-Non, c'est trop la "te-hon". -T'inquiète pas.
-Bonjour, Mounia. Que viens-tu faire ici ?
-Elle nous dépose et s'en va.
-Je viens présenter mes condoléances.
-Hm, hm. Farid, ça va ?
-Il va bientĂ´t sortir, je le sais.
-Bon, je pense que la famille ne souhaite pas te voir.
Tu comprends ?
Mounia. -Vous ĂŞtes aussi mon maire, non ?
-Maman...
-Je suis désolé.
-Appelle-moi quand tu veux que je vienne te chercher.
-Oui, maman.
-Salut.
Pourquoi vous me "téma" comme ça ?
-Comment ton père a eu cet argent ? -Il est suspect
car il est rebeu.
-Personne l'accuse.
-Philippe a pu tomber.
-Non. -Pourquoi ?
-Il n'avait plus
qu'une chaussure.
Il portait toujours des Terragua. Tu peux pas les perdre comme ça.
On lui a enlevée.
-Tout est lié.
Ton papy mort, ton père en prison, Yasmina,
qui est le prochain ?
-J'ai vu un documentaire, les gens sont tous morts
car ils n'ont pas obéi à une ouija. -Pourquoi tu l'as pas dit ?
-Il a demandé quoi, le ouija ? -D'ouvrir une tombe.
Sinon, il y aurait
une malédiction.
-C'est des conneries.
Y a pas de malédiction.
-Si ce truc dit la vérité, il dira que mon père est innocent.
-Oui, demandons Ă la ouija.
-A "donf" !
-Et on verra que c'est des craques.
-Libère-moi du sang versé de mon Sauveur.
Ouvre les lèvres
et ma langue dira Ta justice.
Aux pécheurs, j'enseignerai
Tes chemins.
Amen. -Merci.
-Merci, père Antoine. Merci à tous ceux
qui sont venus.
Cela nous oblige Ă laisser nos amis allemands rentrer chez eux.
-En quel honneur ?
-Afin de faire
le deuil de Philippe.
Nous espérons vous revoir à un moment plus approprié.
-Il a raison.
-Au contraire.
-Nous voulons ĂŞtre amis, oui ou non ?
-BIEN SUR. -Non, qu'ils rentrent chez eux !
-C'est à ça que servent les amis.
Ils restent à nos côtés
dans les moments difficiles.
La mort de Philippe,
ça peut être un moyen de...
providentiel.
-Un moyen providentiel ? Mon meilleur ami est mort.
Un camarade
de la Résistance.
Un vrai héros !
-A Philippe !
-A PHILIPPE !
-ALLONS, ENFANTS DE LA PATRIE.
LE JOUR DE GLOIRE EST ARRIVE. CONTRE NOUS DE LA TYRANNIE
L'ETENDARD SANGLANT EST LEVE.
-Peut-être que ça ne marche pas
parce qu'ils sont lĂ .
-Ou c'est Ă cause de "La Marseillaise".
-Ou bien le ouija a déjà tout dit.
-Peut-ĂŞtre que c'est trop tard.
-On ne peut plus revenir en arrière avec la malédiction.
On n'a qu'Ă l'ouvrir, votre tombe.
-Ben oui, qu'est-ce qui peut nous arriver ?
-Des gens souffrent ici ! -Vous n'avez pas le monopole
du coeur. -Les Allemands peuvent compatir.
-Il faut qu'ils restent.
-Tu n'es pas encore le maire, donc ce n'est pas à toi d'en décider.
-Ici, le maire décide tout seul ?
-Nous ne voulons pas déranger. -Vous ne nous dérangez pas.
Mon amour, j'étais aussi la meilleure amie de Philippe.
Ca ne me donne pas tous les droits.
Les Allemands sont là pour bâtir l'avenir avec nos petits-enfants.
-On est en démocratie, votons.
Qui veut qu'ils restent ?
...
Quelqu'un joue "La Truite" de F. Schubert au piano.
...
Chant lyrique.
...
Tu n'as pas trop mis de pilules de sommeil ?
-Euh...
Non.
Ils ont l'habitude.
...
Un chien aboie.
Vas-y, connard.
Va chercher !
Le chien grogne.
...
Crétin, même pas capable de rapporter un bâton.
-Attends !
C'est peut-ĂŞtre la chaussure de Philippe.
-"Terragua", c'est ça.
...
-Ludwig...
...
Le chien geint.
Il aboie.
...
-Il est con comme un mérou, ce chien.
...
La grille grince.
Une chouette hulule.
-Une Terragua. Pied gauche en plus.
-Pourquoi elle était chez toi ? -J'en sais rien.
-C'est chelou. -Ouais.
-Ton reup a peut-être tué Philippe.
-Cette malédiction a infecté la famille comme un virus.
-C'est bon, on a pigé.
Bon, on va l'ouvrir ou quoi, cette tombe ?
On est là pour ça. -Laquelle c'est ?
-Le ouija a dit : "A minuit, les ailes de l'ange sur ma tombe."
-Il reste 5 minutes.
...
-Hm !
-Tu vois ? Ca te réussit pas de t'endormir fâché.
-Quand je les entends parler,
avec leur accent...
-Tu as accepté qu'ils viennent, maintenant ils sont là .
-C'est plus fort que moi.
-Faut faire la paix avec tout ça, c'est pas l'histoire des jeunes.
-Je sais bien qu'ils y sont pour rien.
C'est bien, ce qu'ils font, c'est courageux.
-C'est pas courageux, ils n'ont pas vécu ce qu'on a vécu.
Nous, on a été courageux.
-Je le sens.
-Quoi ? -C'est comme dans mon rĂŞve.
-C'est lĂ !
-"3 juin - 7 septembre 1944".
-Mais c'était un bébé !
-Il n'y a pas de nom sur la tombe.
-Il faut creuser maintenant.
...
-"Ouvre... ma... tombe."
Hurlement.
Respiration saccadée.
...
-Quoi ?
Il y a quoi dedans ?
-Il n'y a rien.
C'est vide.
-C'est bon signe, non ?
-Regardez.
Ne bougez pas.
-Alice, qu'est-ce qui se passe ?
Qu'est-ce qui se passe ? -Frank...
Ne bouge pas. -Alice.
Frank hurle.
...
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