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-Les événements arrivés dans ma vie en cet été 2030
sortaient de l'ordinaire. -Sylvain Lambert, journaliste
à Info Plus. Les disparitions inexpliquées se multiplient.
-J'ai prélevé un patient. -Il s'agit d'un variant
de la peste. -Vous êtes sûre ?
-La grande gueule, c'est Bartoli. -Faites-le taire.
-Je m'en occupe. -C'est le chef de la sécurité.
-Il serait Ă la tĂŞte d'une milice clandestine : les sentinelles.
-Vous voulez me gâcher l'été, avec vos hypothèses !
-L'épidémie est sous contrôle. -On va tous crever !
-Le préfet te dira lui-même qu'il te trouve incompétent.
-Le directeur du GVV a parlé d'un plan D.
-Comme Darwin.
-Seuls les plus forts s'en sortiront.
*-Mes chers concitoyennes, mes chers concitoyens,
*face à la terrible épidémie qui s'est abattue sur nous,
*j'ai pris des mesures de confinement très sévères
*et imposer un couvre-feu très strict.
*Si j'ai isolé la ville et coupé ses liens avec l'extérieur,
*c'est qu'il n'y avait pas d'autre moyen de vous protéger
*contre ce terrible virus. Gémissement plaintif.
*Je suis pleinement conscient des sacrifices endurés
*et des efforts consentis par la population,
*Ă commencer par la suppression temporaire d'Internet.
*Cela nous permet de lutter
*contre un autre type de virus : la désinformation
*et de la circulation de théories complotistes
*visant Ă nous nuire.
*Notre réseau téléphonique interne et notre télévision locale
*restent néanmoins actifs et toujours aussi performants.
*Grâce à vos efforts à toutes et à tous,
*l'épidémie est aujourd'hui sous contrôle,
*mais il est encore trop tôt pour crier victoire et nous relâcher.
*Une vigilance de tous les instants reste cruciale.
*Je voudrais rendre hommage
*à notre personnel soignant qui est en première ligne et fait preuve
*d'un sens du devoir exceptionnel. Sans eux...
-Qu'est-ce que tu fous ? -J'écoute ce connard de Chauvat.
-On a un nouveau malade. 72 ans. Diabétique de type 1.
Grouille-toi ! -Parle-moi autrement.
-Faut que je repasse Ă mon cabinet. -A tout Ă l'heure.
-Docteur ! On m'a envoyée pour vous sauver.
-Qui vous envoie ? -Dieu.
Il m'a dit que la peste était la signature de Belzébuth.
Vous êtes au courant ? -Bien sûr.
Dieu et moi, on se comprend. -Tu te fous de moi ?
Charogne ! Tu mérites pas l'amour de Dieu !
Crève ! Crève ! Charogne !
Toux.
-Au revoir.
...
Vous avez du nouveau ?
-Les contacts avec le GVV sont filtrés,
mais je les ai entendus parler d'un plan Darwin.
-Laurence nous a parlé d'un plan D. C'est peut-être ça ?
Vous savez en quoi ça consiste ?
-C'est un plan en 2 phases :
la première est de rendre la ville étanche.
-Et la deuxième ?
-Levée des interdictions, en gardant les gens dans la ville.
Ainsi, le virus se déchaînera.
et tuera des milliers d'habitants,
sans compter ceux qui s'entre-tueront.
Le préfet compte ainsi déblayer le terrain.
-Déblayer le terrain ?
*-Oui ? -C'est moi. Nora.
*-Qu'est-ce que tu fais lĂ ? -Je peux monter ?
*-Bien sûr. -Merci.
*-Identification en cours.
*Identification en cours.
-T'es encore avec la pétasse ? Débranche.
-Elle va chez Rieux, chef. -Débranche, je te dis.
*-Annulation.
-On en pouvait plus Ă l'hĂ´pital, et les petits voulaient rentrer.
-Ca a été, avec les barrages ? -On les a évités.
Mais on n'a plus Ă manger
et des cadavres sont entassés dans l'immeuble.
Ils ont peur.
-Lucie !
Voici Nora, Lee et Lélia.
-Bonjour. -BONJOUR !
-C'est ta femme ? -Non.
-Pas du tout. -Ma voisine qui va vous héberger.
-Provisoirement. -VoilĂ .
-Pourquoi pas chez toi ?
-J'ai déjà un locataire. Ils sont négatifs.
-D'accord.
-Oh le piano ! -Merci
d'ĂŞtre lĂ . -Moi qui voulais pas d'enfants,
je suis gâtée. On est d'accord que je laisse pas tomber les brigades ?
-Bien sûr. Je vais voir ce que je peux faire.
Merci encore, vraiment.
-Un plan Darwin ?
Je vois pas de quoi vous voulez parler.
Qu'est-ce que Darwin vient faire lĂ -dedans ?
-Mes sources sont formelles.
-Vos sources ? Votre copain journaliste délire.
Continuez de faire votre boulot. Il n'y a jamais eu de plan Darwin.
Ou alors c'est une élucubration de Richard.
Il a une idée nouvelle par minute.
Il est brillant mais il faut le cadrer.
-Vous avez déclaré à la télé que l'épidémie était sous contrôle.
-Je confirme. -Venez Ă l'hĂ´pital.
On ne contrĂ´le rien et on manque de tout.
-Vous avez besoin de quoi ? -De matériel, d'antibiotiques,
d'oxygène. -Je m'en occupe.
-Comme de Laurence Molinier ? Téléphone.
-Oui, M. le ministre... (Je peux ?)
-J'attends la livraison dans la journée.
-Oui, ce sera fait.
-Pardon, M. le ministre. La porte claque.
Les gens sont tendus, oui.
-Bonjour ! Je suis Sylvain Rambert,
je viens de la part de Joseph Grand.
-Stop. La casquette.
Bip.
Ca va.
On n'est jamais trop prudent.
Allez, on rentre.
Je sais mĂŞme pas comment ils s'appellent.
Venez. Joseph va bien ?
C'était mon voisin de palier.
-Vous êtes bien installé, M. Cotta !
Le confinement dans ces conditions, c'est plutĂ´t supportable, non ?
-Je n'ai pas toujours eu cette chance.
J'ai connu des hauts et des bas.
-C'est un Degas ?
Un vrai ? -Ou l'oeuvre d'un vrai faussaire.
Qui sait ?
-Grand m'a dit que vous étiez dans les affaires.
Vous faites quoi, exactement ?
-Je me suis reconverti récemment dans les pompes funèbres.
J'ai touché le jackpot.
-La peste ? C'est ça, le jackpot ?
-Oui, c'est ça.
Joseph m'a dit que vous vouliez
quitter la ville. C'est dangereux. -Je sais.
-Garcia pourrait vous aider. Il tient le bar de la Marine.
-Comment je le contacte ?
-Pourquoi vouloir partir si vite ? Quelqu'un vous attend ?
-Ma fiancée, oui.
-Comme je vous comprends et vous envie !
-Donc Garcia ?
-Il vous appellera et vous donnera un rendez-vous discret.
Son cousin est chef de poste Ă un check-point.
Il va vous arranger. -Je vous paierai.
-Vous verrai ça avec Garcia. Je m'arrangerai avec lui.
Oh ! Qui voilĂ ? Mais qui voilĂ ?
On n'en fait qu'Ă sa tĂŞte ?
Et moi, lĂ -dedans ?
-Ces deux-lĂ sont mortes ce matin.
Et les autres, lĂ ...
ont guéri de façon spectaculaire. Je n'ai pas trouvé le bon dosage.
-Pas question de faire des essais cliniques sur des volontaires.
-Laurence m'a parlé d'une molécule spécifique
capable d'identifier la souche mutante.
C'était une base pour le vaccin.
Sans elle, ça va être dur. -On va t'aider.
-Chacun son domaine ! Tu connais la mutagenèse ? Non !
Tu es diplômé en biologie moléculaire ? Non plus.
-T'énerve pas. -Pour lutter contre ce variant,
il faut provoquer des mutations. C'était la spécialité de Laurence.
Et sans elle...
Récapitulons : aux Etats-Unis,
des chercheurs ont travaillé des souches génétiquement modifiées
de la peste.
Ils ont ensuite vacciné des souris et des rats
avec des molécules extraites de ces souches.
Ils ont mis en évidence que ces rongeurs
produisaient des anticorps spécifiques.
Jusque-lĂ , on est dans les rails.
Ca déraille avec les antibiotiques. -Comment ça ?
-Plus on bombarde d'antibiotiques,
plus la résistance au vaccin s'amplifie.
Idéalement, il faudrait combiner le criblage génomique du pathogène
avec une approche physico-chimique.
Musique baroque.
...
-Je m'appelle Pierre Cariou.
Pendant 17 ans, j'ai été le maire de cette ville.
Aujourd'hui, je ne peux plus me taire.
Je me suis consacré sans relâche au bien-être de notre cité
et de mes administrés.
Mais j'ai fermé les yeux sur bon nombre d'agissements.
Sirène.
Respiration sifflante.
-Les formes pulmonaires de l'infection se multipliaient,
comme si le vent activait des incendies dans les poitrines.
Castel et son équipe travaillaient jour et nuit
pour trouver un vaccin.
Chez certains pestiférés,
ce nouveau mutant était devenu incontrôlable.
Les cadavres s'accumulaient
dans notre hĂ´pital de fortune.
-On n'a presque plus d'antibiotiques.
-Chauvin m'a promis qu'on serait livrés aujourd'hui.
-Je sais.
-Castel en est oĂą ?
-Il patauge, pour l'instant. Mais il est fort. Il va trouver.
Il cherche.
-Dans 2 jours, plus d'antibios. On refuse les malades.
-C'est hors de question ! -C'est une évidence.
-T'es plus malin que les autres ? On baisse les bras ?
On a perdu la partie ?
La résignation est le pire des fléaux.
-Rentre chez toi.
Allez hop !
Faut que tu te reposes, Eric. Sinon, tu vas faire des conneries.
-Et vous, alors ? -Moi ça va.
La seule chose qui m'emmerde, c'est que j'ai plus envie de dessiner.
-Vous ĂŞtes vraiment un mec bizarre.
-Oui, c'est de naissance. Allez, file !
-Salut, Papa ! Je suis rentré plus tôt.
J'ai fait des courses. Qu'est-ce que tu veux manger ?
*-Je suis sincèrement désolé. J'espère que vous me comprendrez.
*Mais j'espère surtout
*que mon fils me pardonnera.
-Ca fait un moment qu'il répétait : "Tout est de ma faute."
Bon... je vais retourner Ă l'hĂ´pital.
-Prends le temps, Eric.
-On manque de soignants. On manque de tout, d'ailleurs.
Dites-moi ce que vous pensez. Mon père, c'était un salaud ?
-Si tu as besoin de moi, tu sais oĂą me trouver.
-Vous m'avez pas répondu.
-C'est pas à moi de te donner la réponse.
-Avec ce qu'il y a là -dessus, mon enquête est bouclée.
Il balance tous les salopards de la ville.
Tout le monde y passe.
-Qu'en faire ?
-Je vais en faire une copie
et la mettre en lieu sûr. Pas chez vous, de préférence.
-Et après ?
-Je vais essayer de sortir d'ici. Un certain Garcia devrait m'aider.
-Je comprends.
-Arrêtez de tout comprendre. On dirait un curé.
Vous savez que votre femme est vivante.
Vous savez oĂą elle est. Moi, je sais rien.
-Bon, j'y vais.
-Attendez. Transfert terminé.
-Bon courage, Sylvain.
Piano. Sonnerie.
-Je vous dérange ? -Non, entrez ! Ca fait plaisir.
-Ca se passe bien ? -Vraiment, je fais ça pour vous.
-Ils sont pénibles ?
-Des Gremlins qui mangent comme 4 et qui veulent s'échapper.
Pour Vassili et Leca, c'est dur. Je suis ni gardienne de prison,
ni femme au foyer.
-Je vais parler Ă Nora pour trouver une autre solution.
-Non.
J'ai envoyé Nora trouver des trucs au supermarché.
-Il doit me rester des trucs au congélateur.
-Ca va aller.
On va se débrouiller. Par contre, de l'argent pour les courses,
je veux bien. -J'aurais dĂ» y penser.
Toux. Ca ira ?
-Merci pour eux.
-J'ai un autre service Ă vous demander.
-D'autres enfants ?
-Non. Pouvez-vous garder ça ?
C'est important. -C'est quoi ?
-Lucie ! Philippe est malade !
Toux.
-Contre le mur ! Ecarte les jambes.
ArrĂŞte-toi ! -Salut.
Moi, c'est Jacky. -Et alors ?
-Dans le coffre de ma voiture, y a de quoi nourrir un régiment.
Ca t'intéresse ? Cris.
Y a du monde et plus rien dans ce magasin.
-Vous faites du marché noir ?
-Non, je bosse Ă la mairie. On a des stocks de bouffe et d'eau.
C'est gratos.
-Pourquoi vous feriez ça ?
-Pour tes beaux yeux.
Je peux ?
T'inquiète pas,
je suis pas malade. Je suis testé tous les matins.
OK...
Y a pas que tes yeux qui sont beaux.
Tu t'appelles comment ? -Nora.
-C'est joli, Nora.
Ca vient d'oĂą ? -Ukraine.
-Tu viens d'Ukraine ?!
Ah ouais...
C'est dur, lĂ -bas...
Viens. Viens. Viens voir.
Tu vois que je suis pas un mytho !
Vas-y, sers-toi !
Je vais t'aider. Tiens, donne.
Ah, tiens ! Tiens, prends ça.
-J'ai déjà un téléphone. -Celui-là est safe.
Tu composes le 00 566 et tu tombes sur moi directement.
A la mairie, on a tout ce qu'il faut.
T'habites pas loin ?
-Je suis chez une dame avec mes frère et soeur.
-Et tes parents ?
-Ils sont morts tous les deux.
-Ah... la peste ?
-La guerre et la peste.
-C'est triste.
On se dit Ă bientĂ´t ?
-A bientĂ´t.
-J'ai récupéré les travaux sur la sérothérapie antipesteuse
et j'ai réduit artificiellement la toxicité du bacille pathogène
avant d'en produire une culture destinée au vaccin.
-Donc ?
-Les souris vaccinées se portent pour l'instant comme un charme.
Je crois que nous sommes sur la bonne voie.
On peut rĂŞver...
-On doit rĂŞver !
Respiration sifflante.
-Philippe, je t'ai mis sous antibiotiques
pour lutter contre l'infection.
J'espère que ça fera baisser la fièvre, aussi. Tu comprends ?
Je reviendrai te voir. Repose-toi.
...
...
*-Professeur Richard, votre optimisme se confirme ?
*-Oui. D'après nos dernières observations,
*les contaminations sont en net recul,
*avec un taux d'incidence en baisse sensible.
*Nous pouvons désormais affirmer que l'épidémie est sous contrôle.
*-C'est pour ça que j'ai décidé de supprimer le couvre-feu
*et le port du masque obligatoire. -On va pouvoir sortir ?
*-Oui ! Les cinémas, les bars et les restaurants
*peuvent reprendre leurs activités.
-C'est la folie ! *-L'accès aux plages est réautorisé
-On va se baigner !
-Vous sortez pas d'ici.
-Tu as entendu ce qu'il a dit ? Il n'y a plus de couvre-feu.
-Vous restez ici !
-Mais tu me fais chier, toi !
*-La ville n'est plus confinée ?
*-Nous ouvrirons les portes de la ville
*lorsque nous aurons l'objectif de zéro infection, zéro contamination.
*-Quand prend effet la levée
*des interdictions ? *-Immédiatement.
Rumeur de liesse.
...
-Les habitants se précipitèrent dans les salles de spectacle,
formant une marée déchaînée qui se répandait dans les lieux publics.
L'appétit de chaleur humaine qui pousse les êtres
les uns vers les autres, toute cette énergie du désespoir,
maintenait l'illusion que la vie allait reprendre ses droits,
alors même que la mort était en train de triompher.
Vous avez écouté la déclaration de Chauvat ? Vous avez compris
qu'il a déclenché la phase 2 du plan Darwin ?
-Oui.
-La livraison promise est arrivée ?
-Toujours rien.
-Allons la chercher nous-mĂŞmes. -La mairie est un vrai bunker.
Ils vous laisseront pas rentrer. -Je vais Ă l'hĂ´pital.
Je vais voir avec Sarah ce qui lui reste.
-Tu sais, mon vaccin avance. Mais à défaut d'essais cliniques
sur l'humain, le taux d'anticorps reste imprécis.
Mais dans une semaine,
je serai prêt. Enfin... j'espère.
-Qu'est-ce que vous faites lĂ ? -Je viens voir Philippe.
Sylvain garde les enfants.
-Sylvain ?
-Je me suis pas engagée dans les brigades pour être baby-sitter.
Il est oĂą ? -Au box 4. Sous antibiotiques.
-On part sur un double salto. 3, 2, 1, hop !
C'est pour qui, la prochaine ?
-Pour moi ! -Non, pour moi !
-C'est pas grave ! Je vais en faire d'autres.
En ukrainien.
-Pour Elia. Vassili, la prochaine. Miel ou confiture ?
Téléphone.
Oui. (Une seconde.)
Ouais, c'est moi. J'arrive.
Oui, j'écoute.
AllĂ´, Jackie ? C'est moi, Nora.
-(C'est qui ?) -(Je sais pas.)
-J'arrive tout de suite. Attends... je te rappelle.
Tu parlais Ă qui ? -Pourquoi ? T'es de la police ?
-J'ai un truc important Ă faire. Je reviens dans une heure.
-Tu vas nous enfermer à clé ?
-J'ai envie de te faire confiance. -Tu peux.
-Très bien. A tout à l'heure. Vous battez pas. A dans une heure !
-Mange-la, ta crĂŞpe !
-Cette Lucie a un sacré caractère.
-Oui.
-Et beaucoup de charme.
-Oui, beaucoup.
-Oui.
C'est fou comme la mort peut changer les gens.
-Pourquoi vous pensez à ça ?
-Je pensais au juge Othon qui a perdu sa femme.
Qui risque de perdre son fils.
Ce n'est plus le mĂŞme homme.
Il me fait penser à mon père. Mais mon père n'a jamais changé.
-Que faisait votre père ?
-Il était magistrat. Il m'avait obligé à faire comme lui
des études de droit.
Un jour, je devais avoir 20 ans,
il m'a proposé d'assister à un procès.
Pour juger un pauvre type accusé du meurtre d'un voisin.
Et j'ai vu mon père réclamer la peine de mort.
-Hum.
-Je me souviendrai toujours de sa voix quand il a dit :
"Sa tĂŞte doit tomber !"
Et moi qui ai finalement assisté à l'exécution,
j'avais avec ce pauvre type, avec ce malheureux, une intimité
beaucoup plus vertigineuse que j'aie jamais eue avec mon père.
-Qu'avez-vous fait ?
-Ma valise.
Le soir même, j'ai quitté ma famille.
J'ai plus jamais revu mes parents.
Mais je suis sûr que mon père, jusqu'à sa mort,
a continué à réclamer la tête des assassins.
-Vous ĂŞtes parti oĂą ?
-Au bout du monde. Mais c'est une autre histoire.
-M. Garcia ?
-Alors ? Racontez-moi un peu votre histoire.
-Cottard vous a rien dit ? -Juste que vous cherchez
Ă sortir de la ville.
-Rien Ă dire de plus.
-Quitter la ville en ce moment, c'est compliqué.
-Je sais.
-Hier, une famille qui avait creusé un tunnel s'est fait gazer.
-Et par la mer ?
-Les patrouilles de garde-côtes tirent à vue. C'est très risqué.
-Je prends le risque.
Je prends le risque !
-Désolé, je peux rien faire.
-Tu te fous de ma gueule ?
Pourquoi tu m'as fait venir ? Tu m'expliques ?
-Allez, dégage. -Pourquoi tu m'as fait venir ?
Clic. -Dégage.
Clic.
Piano angoissant.
...
-Qu'est-ce qui se passe ? -C'est un ordre du préfet :
allumer tous les fours crématoires. Y a plus d'enterrements.
Plus de cérémonies.
On n'a pas le choix, docteur.
-Alors ? Sarah a trouvé des antibiotiques ?
-Non. Sarah... -Quoi !
Non. Non, pas elle.
-Infection pulmonaire foudroyante. Elle est en réa.
-J'y vais. Richard est là ? -Non, il a quitté l'hôpital
pour une clinique avec médicaments et matériel.
Ici, le bloc chirurgical est fermé et la pharmacie est vide.
On a fait une réunion avec le personnel soignant qui reste.
5 médecins et 6 infirmières dont 2 en réa
veulent rejoindre les brigades. -Bien. Je vais voir Sarah.
...
Téléphone.
Oui, Eric.
Depuis quand ?
Il gémit.
...
-J'ai mal...
-Qu'est-ce qu'on fait ?
Toux.
Gémissements.
...
-On peut seulement le soulager en le plaçant en sédation profonde.
-Jusqu'à sa mort, c'est ça ? -Oui, mais il ne souffrira plus.
-Je vous laisse décider ? -C'est décidé.
-Alors faites ce qu'il faut.
-J'ai mal...
-Sédation continue.
-Attendez !
*Piano.
*...
*...
-Requiem aeternam dona eis, Domine,
et lux perpetua, luceat eis.
Requiescat in pace. Amen.
-Non ! Non !
Non ! Non !!
-Pour moi aussi, la mort d'un enfant est insupportable.
-Il faudrait se réjouir que votre Dieu lui tende les bras ?
Mais moi, ça me révolte ! -C'est révoltant,
mais acceptons l'inconcevable.
-Les voies du Seigneur sont impénétrables ?
ArrĂŞtez votre baratin ! J'en peux plus de ces conneries !
...
-Ah !
Scoop !
Info Plus vous raconte "Le roi des cons".
Il rit aux éclats.
C'est moi.
Je suis le roi des cons.
Tous les tuyaux de Cottard sont bidon.
Ce type est une merde.
-Le petit Philippe Othon est mort.
-Qu'est-ce que je peux dire ?
Que c'est intolérable ?
Puisque j'ai pas le choix, je reste.
J'aimerais au moins me rendre utile.
Vous me prendriez avec vous dans les brigades sanitaires ?
Je suis coincé, ici. Je sers à rien.
Mon journal est interdit, j'ai pas accès au réseau,
mais les rats ont toujours la liberté de tuer.
Je suis sérieux.
-M. le directeur...
Jetez vos armes ! Jetez vos armes !
Jette ton arme. Déconne pas.
Jetez vos armes ou je le saigne. T'es sourd ou quoi ?
-Tu veux pas arrĂŞter ? -Bouge pas, toi.
*-Nous venons d'apprendre qu'une mutinerie fomentée
*par un groupe terroriste d'origine étrangère
*a lieu en ce moment Ă la maison d'arrĂŞt.
*A leur tĂŞte,
*Oumar Diop, ancien éboueur, récemment condamné,
*qui avait déjà défrayé la chronique
*avec la grève à l'origine de l'épidémie.
-Ils ont peur de rien.
*Le préfet Chauvat... -Ferme ta gueule.
Dire que c'est la seule source d'informations qu'il nous reste.
C'est désespérant.
Vous trouvez pas ?
On sonne.
Vous attendez quelqu'un ?
... Hein ?
...
-Oui ? -Nous cherchons Sylvain Rambert.
-J'insiste, M. le préfet.
Ils sont une poignée, et avec mes hommes, ça ira vite.
-Vous proposez quoi ?
-Le gaz.
-Pardon ? -Le Fentanyl,
gaz anesthésique qui a déjà fait ses preuves.
-Et des dégâts.
Le directeur de la prison est très lié
au ministre de la Sécurité intérieure.
Toute cette histoire est donc surveillée de très près.
Je ne veux pas que mon nom trempe dans un bain de sang.
Réglons ça proprement.
-Ah, Docteur Rieux. Venez.
Je suis désolé, tout ça est un peu cavalier,
mais asseyez-vous. -Qu'est-ce que vous me voulez ?
-Nous avons besoin de vous, M. Rambert.
-Vous avez besoin de moi. C'est une blague ?
-Nous avons eu un problème à la maison d'arrêt.
Oumar Diop a pris en otage le directeur de la prison.
Un homme de valeur.
-Je l'ai rencontré.
C'est un modèle pour notre service public.
-Comme vous ?
-Revenons Ă l'essentiel. Toux.
-Si M. Rambert est ici, c'est qu'Oumar Diop exige
que le négociateur soit quelqu'un de confiance,
en l'occurrence vous, journaliste.
-Pour négocier quoi ?
-Les conditions sous lesquelles il libèrerait le directeur.
-OK.
-Merci.
-Je servirai de négociateur si vous libérez Laurence Molinier.
Elle aussi a été prise en otage dans son laboratoire.
Ca vous dit rien ?
-Si, bien sûr.
On s'en occupe. Vous vous en chargez ?
Tout de suite.
-Comme vous vous êtes chargé des antibiotiques et de l'oxygène.
Moi aussi, j'ai une condition :
on sauve tout le monde ou on sauve personne.
Je m'en assurerai avec nos brigades.
-J'allais vous le proposer.
-On va recevoir des combinaisons dernier cri.
Pour le reste, c'est le saut dans le vide.
-Chacun doit se sentir libre d'accepter
ou de refuser de venir avec nous.
-Jean ?
-J'en suis, évidemment.
-Moi aussi.
-Pourquoi ?
-Il faut donner ses raisons ?
-Je vous suis sans hésiter.
-Joseph ?
-L'idée de la prison... Je vais vous faire un aveu :
je suis claustrophobe.
Je suis pas sûr... Comment préciser ma pensée ?
Y a des moments dans la vie oĂą je trouve pas le mot juste.
-Joseph, c'est bon.
Les soignants qui nous ont rejoints assureront l'intérim.
-Donc on se retrouve tous ici demain matin Ă 7h.
-Attendez.
Partez pas si vite.
Laissez-moi vous voir une dernière fois.
-Pardon ? -On a bien l'intention de revenir.
-J'ai un mauvais pressentiment.
-On n'est pas fous. On tient Ă la vie.
-J'en peux plus de voir ces pestiférés mourir.
J'ai rêvé de vous cette nuit. Je vous ai vus
dans la prison. Vous étiez tous contaminés.
Vous tombiez comme des mouches dans une fosse commune.
C'était horrible.
Excusez-moi.
Je vais m'aérer un peu.
Ca me changera les idées.
-Je l'ai jamais vu comme ça.
-On l'a placée en coma artificiel.
Malheureusement, y a plus d'espoir.
-Sarah.
Je suis lĂ , Sarah.
Je suis souvent revenu ici avant l'épidémie.
On respire toujours mieux en prenant de la hauteur.
-Un petit paradis avant l'enfer.
-J'aimerais savoir ce qui vous pousse vers cet enfer.
Lucie n'a pas voulu me répondre, mais vous ?
-Lucie, elle est un peu amoureuse
de vous.
-Dites pas de conneries.
-Vous ĂŞtes vraiment aveugle.
Moi, vous voulez vraiment savoir ?
Moi, c'est la honte.
-Honte de quoi ?
-Quand j'ai fui ma famille, je suis parti en Amérique du Sud.
J'avais mes idéologies.
Je me suis engagé dans un groupe clandestin d'ultra-gauche.
Je menais une double vie : étudiant aux Beaux-Arts le jour
et terroriste la nuit. J'ai participé à l'enlèvement
d'un conseiller du président de l'époque.
On a voté sa mort.
Et on l'a tué.
Puis j'ai perdu la paix. J'étais comme mon père.
Ni plus ni moins.
La peste était en moi.
J'étais condamné à m'exiler définitivement.
-Si je vous ai amené ici, c'est pas uniquement pour la vue.
A deux pas d'ici est le cimetière où mon père est enterré.
Vous m'avez parlé du vôtre, je peux bien vous parler du mien.
Il est mort dans un accident de voiture.
J'avais pas 1 an. Lui pas 25.
Quand je vais sur sa tombe,
le mĂŞme sentiment d'injustice m'envahit.
Il est mort avant d'avoir commencé à vivre,
tandis que moi, j'ai plus de deux fois son âge.
C'est pas dans l'ordre des choses, mĂŞme si je sais qu'y en a pas.
Seulement de la folie et du chaos.
Je sais rien de lui. Je sais pas ce que je lui dois.
Ma mère me disait qu'il était drôle et courageux.
Mais pour moi, ça veut rien dire.
VoilĂ .
Vous détestiez votre père. Je ne sais rien du mien.
Tous les deux, on a des fantĂ´mes qui nous rapprochent.
*-Ici Pearl Wong,
*de TV Mairie, qui vous parle en direct de la maison d'arrĂŞt
*où Oumar Diop détient le directeur en otage.
L'équipe des brigades sanitaires vient d'arriver.
*Nous vous tiendrons informés de la situation
*en direct. -Nora !
Viens voir ! Y a Lucie à la télé !
-Pas la moindre initiative.
Vous attendez mes ordres. -D'accord.
-Ah ! Docteur Rieux ! Merci.
Ca va, Eric ?
Mademoiselle, merci pour votre dévouement, vraiment.
Merci. -On va chercher le matériel ?
-Il est comme ça depuis ce matin. Il arrête pas de tousser.
Téléphone.
AllĂ´ ?
-Qu'est-ce qui se passe, Richard ?
-Qu'est-ce que vous voulez ? Ne me touchez pas.
-Laissez-moi vous regarder. Je vous touche pas.
Je sais que vous faites de l'insuffisance rénale.
Vous êtes dans la cible des comorbidités.
Rassurez-vous, on va pas appliquer votre plan Darwin.
-Foutez-moi la paix. Allez faire votre boulot.
-Sarah Diab est morte ce matin. On n'a pas pu la sauver.
Eric ! -Oui ?
-Fais-le transférer.
-Dans ma clinique. -Non, dans mon hĂ´pital.
Téléphone.
-AllĂ´ ?
-Lucie est à la télé. Ils vont se faire massacrer.
-Je les trouve super courageux.
-Mouais...
Dis-moi, Nora, je peux venir ?
-M. Rambert, bonne nouvelle. Votre fiancée est sur la route.
Vous allez bientĂ´t vous retrouver.
-Très bien. On y va ?
*-Diop, ouvrez les portes !
-Elle est libre.
-Suivez-moi.
Faites attention avec la peste.
-La peste ?
Sonnerie.
*-L'équipe des brigades sanitaires, le Dr Rieux
*et Sylvain Rambert sont rentrés dans la maison d'arrêt.
*Les portes de la prison viennent de se refermer.
-Viens, t'inquiète.
*-C'est peut-être la dernière fois que nous les voyons en vie.
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