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...
Couinements.
...
Elle pousse des hurlements.
...
-Un rat ! Un rat !
Cris.
-Oh !
-Il est lĂ -bas !
Brouhaha, cris.
Il aboie.
...
-Il est lĂ ! LĂ . LĂ .
Couinements.
...
Aboiements.
...
-Chope-le !
Allez, vas-y !
Chope-le. Ouais ! C'est bien.
Le chien grogne.
...
C'est bien, mon chien.
Bravo, ma petite chérie. Ne bouge pas.
Ne bouge pas, ma puce.
Hé hé hé.
Applaudissements.
...
... -Bravo !
-Bravo ! -Mais c'est pas moi, le héros.
C'est elle. Aboiements.
... -Bravo !
...
...
-De l'avis général,
les curieux événements qui se sont produits dans ma ville
en cet été 2030 sortaient de l'ordinaire.
A première vue, ce n'est qu'une petite cité balnéaire
de la côte méditerranéenne.
Ici comme ailleurs les hommes et les femmes, ou bien se dévorent
rapidement dans ce qu'on appelle "l'acte d'amour",
ou bien s'engagent
dans une longue habitude Ă deux.
Ce qui est plus original dans notre ville,
c'est la difficulté qu'on peut trouver à y mourir.
-Oh...
-(J'y vais.) -Je t'ai pas entendu.
Avec cette chaleur, je dors de plus en plus mal. Pas toi ?
-Moi aussi. Profites-en pour te reposer.
-Je ne peux pas. J'ai 52 pages Ă traduire.
-Tu vas y arriver. A tout Ă l'heure.
-Attends ! Attends.
Ca me revient. J'ai fait un cauchemar horrible. Horrible.
J'étais sur une balançoire. Tu me poussais.
Et d'un seul coup...
-D'un seul coup ?
-Je ne sais plus. Ca va me revenir. Je te raconterai.
Vas-y. A tout Ă l'heure.
...
Brouhaha.
-C'est génial.
Tu peux avancer un peu ? La cloche retentit.
Attendez une seconde ! Rasseyez-vous. Paolo, reviens.
Je sais que vous êtes pressés de partir en vacances,
mais avant de se quitter,
Philippe nous a préparé une petite surprise.
Tu viens, Philippe ?
Allez.
Vas-y.
Il joue "Oh Happy Day".
...
-Bonjour, mesdemoiselles. Tout va bien ?
Ca va, Simon ? Attends.
VoilĂ . -Merci.
-Attention au mistral. -Ca marche.
-Bonjour. Hello, my dear.
-Bonjour ! Qu'est-ce que vous prenez, Jean ?
-Un bain. Elle pouffe.
...
-Seriously.
-Seriously ?
Un verre de blanc et la vie est belle.
-Jean, il est 11 heures du matin.
-And ?
-And...
nothing !
La vie est belle ! -VoilĂ .
-Alejandro !
-Oui ? -Two glasses
of meursault, please.
-Tout de suite.
-Adorable...
Rire espiègle.
...
Vrombissement.
-Fais-moi un zoom sur la vieille peau, s'il te plaît.
Sur le clavier, tu bloques l'image. VoilĂ ...
Fais une demande de reconnaissance faciale.
Voilà . Réponse positive.
Tape OK. *-Identification terminée.
-Et tu sors la fiche biométrique. "Betty Anderson, née à Londres
"le 6 juin 54, styliste de renom, chambre 212 Ă l'hĂ´tel Azur."
-C'est génial.
Et lui, qui c'est ?
-Eh ben...
Vas-y. Zoome, bloque, fais ta demande.
*-Identification établie. -Jacky, tu lis quoi ?
-"Tarrou Jean, né le 5 mars 1976
"à Gand, fiché IDAS." C'est quoi ?
-"I-D-A-S". "Individu dangereux Ă surveiller".
Note bien. C'est important.
-Il a pas l'air dangereux.
-Il a quand mĂŞme une sale petite gueule et un sourire de faux cul.
Lui aussi est Ă l'hĂ´tel Azur. -Il se tape la vieille peau ?
-Non.
Ils dansent le tango.
*-Mes chers concitoyennes, mes chers concitoyens, mes amis,
*comme vous le savez,
*notre saison estivale va bientĂ´t commencer.
*Je suis très fier
*de vous accueillir dans notre belle cité.
*Venez profiter de son climat... Vrombissement.
*...de ses commerces. Bips.
*Je vous souhaite... Talkie-walkie.
*...un été merveilleux. ...
*Mes chères concitoyennes, mes chers concitoyens,
*mes amis, comme vous le savez,
*notre saison estivale va bientĂ´t commencer.
*Message du maire.
*...
Il sonne Ă l'interphone. *-Oui ?
-Sylvain Rambert. On a rendez-vous.
La porte s'ouvre.
-Entrez. -Bonjour.
-Bonjour.
Je vous écoute.
-Je ne viens pas en consultation.
Je suis journaliste Ă Info Plus. Vous connaissez ?
-Le seul journal d'opposition qui nous reste.
Je préférais l'édition papier.
Mais je m'adapte. -En espérant qu'on ne soit pas
bientĂ´t interdits. -Hmm. En quoi puis-je vous aider ?
J'ai encore mes visites Ă domicile Ă faire.
-Je ferai court. Il y a un mois, dans une déchetterie,
on a découvert 3 migrants carbonisés. Un mois plus tôt,
c'était les sans-papiers égorgés,
les prostitués des deux sexes qui ont disparu.
Un an que des disparitions inexpliquées se multiplient.
Curieusement, ces affaires ont été classées sans suite.
-Je sais. C'est une des spécialités du juge Othon.
-J'ai vu
que vous aviez critiqué certaines de ses décisions.
-En effet.
Ca m'a valu une suspension temporaire de l'ordre des médecins.
Avec ce nouveau pouvoir,
un médecin ne doit pas faire de politique. Ca m'a vacciné.
Qu'attendez-vous de moi exactement ?
Hmm ? Vous voudriez savoir qui est derrière tout ça ?
-Vous avez sûrement une idée.
-Qu'est-ce que ça changerait ?
Vous rentrerez Ă la capitale et ici, rien ne bougera.
Ils étouffent tout.
Je suis lassé de tout ça.
Je ne veux plus faire de politique.
Je suis médecin. Ca commence et ça s'arrête là .
-Très bien.
-Bon courage.
Porte.
Elle soupire. Ca va ?
-Oui. Hou là . Toi, ça va pas. -Non. Pourquoi ?
-Je te connais. Qu'est-ce qu'il y a ?
-Secret médical.
-ArrĂŞte.
-Il y a de plus en plus de cas de pneumopathie et ça m'inquiète.
-Tu cherches ça ?
-Merci. -On déjeune
quand même ensemble ? -Je n'ai pas le temps, ma chérie.
Tu avances ?
-Ce gamin a un talent fou en italien.
Mais ma traduction gâche tout. Regarde cette phrase :
"Le soleil est une grosse..." -Je n'ai pas le temps
et je n'ai pas mes lunettes.
Exercice de piano.
... -Ah non... Non !
... Tu entends la nouvelle voisine ?
Il faut faire quelque chose. Je ne peux pas me concentrer.
J'en peux plus ! -Essaie les bouchons d'oreilles.
-J'entends des pulsations !
-On ne peut pas l'empĂŞcher de travailler.
-Et moi, je travaille pas ?
... -Mais si.
... Soupir.
-Excuse-moi. Va t'occuper de tes malades.
-A ce soir. -A ce soir.
...
-Bonjour, docteur. -M. Michel ?
Qu'est-ce que vous faites lĂ ? -Je surveille. Les rats.
Ce matin, y en avait 3 devant mon paillasson.
Pleins de sang. Dégueulasses.
-Il y en avait un devant ma porte. -La canicule les fait crever.
-Et il y a la grève des éboueurs. -Ouais...
-Ca n'a pas l'air d'aller.
-Pas terrible. J'ai du mal Ă respirer.
C'est la chaleur.
Il tousse. Faut que j'arrĂŞte la clope.
-Excellente idée.
-Cette histoire de rats le rend malade.
Je suis sûre qu'il a de la fièvre.
-Je passerai ce soir. -Merci, docteur.
-Ca va passer. -Allez !
-Oh, arrĂŞte ! -ArrĂŞte, toi !
-Pff !
*Annonce sonore.
*...
*...très fier de vous accueillir...
*...
-Ho ! Vous faites quoi ? -ArrĂŞtez tout !
On fait grève parce qu'on est payés comme de la merde !
-Vous faites quoi ? -Touchez à rien ! C'est une grève.
-ArrĂŞte.
-Si on bosse pas, on est pas payés.
-On vous exploite ! Lâche ça, je te dis.
Brouhaha, cris.
...
-Chef, ça chauffe
place de la Cathédrale.
Signal sonore.
...
-Tiens.
Le fort en gueule, c'est Jo Bartoli. Tire sa fiche.
*-Identification en cours. Identification terminée.
-"Opposant catégorie 1." Un mois qu'il nous les casse
avec son copain négro. -Je tire sa fiche.
*-Identification terminée.
-"Oumar Diop, né à Dakar le 18-07-89."
-Ouais. Celui-là , faudrait le renvoyer chez les chimpanzés.
-On verra ça tout à l'heure.
Mesdames, messieurs, bonjour. -Bonjour.
-Bien. L'ordre du jour
de la réunion : ouverture de la saison estivale.
-Qu'est-ce que tu nous as prévu de beau ?
On aura droit à ton défilé de chars
et Ă tes bateaux fleuris ?
-Evidemment.
Mais l'événement de l'été, ce sera ça.
*Musique classique. "Orphée et Eurydice"
*... au grand Théâtre de la Ville,
*... avec le contre-ténor Aldo Ferroni
et la magnifique soprano Teresa Baldi.
*... Alors ? La Baldi dans nos murs !
*... Tu imagines ? Pas mal !
Avec ça, je vais inonder les écrans de la ville.
Bien. Question suivante ? -La grève
des éboueurs.
-C'est insupportable. Surtout Ă la veille de la saison touristique.
-Les rats.
-Epouvantable. C'est dégoûtant.
Ils crèvent la gueule ouverte, gavés d'ordures.
Et avec la canicule...
Capitaine Bourg, on en est oĂą ? -Il faudrait
négocier avec les éboueurs.
-Ah non. Pas question.
-Je suis d'accord. Mais Bartoli ne lâchera jamais.
-Il est très actif sur les réseaux. C'est lui le véritable nuisible.
-C'est le mot juste.
-Faites taire cet emmerdeur. Bloquez son compte.
-Très bien. Je m'en occupe personnellement.
-Discrètement.
-Comptez sur moi.
-M. Grand,
vous vouliez intervenir ?
Monsieur Grand !
Je vous parle.
-(Joseph.)
-Excusez-moi.
-On peut se cotiser pour vous offrir des appareils auditifs.
Ca empire. -J'ai essayé.
Mais les prothèses me flanquent du larsen dans les oreilles.
Surtout la droite. -Bon. Faites votre rapport.
-D'après mes statistiques,
les cas de pneumonie ont tendance Ă se multiplier.
Surtout dans les quartiers nord.
On y a relevé 4 décès suspects hier.
-M. le directeur
de l'hôpital ? -Des cas isolés. Rien d'affolant.
-Permettez-moi...
-Au pire,
on appliquera des mesures
de confinement dans les quartiers exposés au manque d'hygiène.
Ta saison touristique n'est pas en danger, Pierre.
-Bien.
C'est parfait.
Brouhaha. Un bébé pleure.
...
-Salut, Sarah.
Excuse-moi. Il te reste des masques et de l'oxygène ?
-Va voir en réserve. Pour qui ?
-Un patient en détresse respiratoire.
-Encore un ?
J'ai déjà 5 cas de pneumopathie infectieuse en réa.
-Depuis quand ? -Bah... Depuis 24 heures.
On va manquer de lits et de personnel. Pour changer !
-Tu en as parlé
Ă Richard ? -Evidemment. Il s'en fout.
-Bon. OK. Merci.
-Bonjour, docteur. -Bonjour.
Bonjour.
Salut, François. -Salut.
-Ca va ? -Ah, docteur.
Je ne pensais pas vous revoir si vite.
Voici Laurence Molinier. Infectiologue surdiplômée.
-ArrĂŞte.
-Et ma fiancée. -Enchantée.
-Enchanté. -Je profite de l'enquête de Sylvain
pour venir saluer le Pr Castel, mon mentor.
-Laurence fait une magnifique carrière au GVV.
-Le Groupe de Veille sur les Virus. -Le docteur connaît.
-Oui. Je reçois
leurs recommandations. -Intégrez ça.
-Vous faites un peu le même métier. -On peut dire ça.
On est des lanceurs d'alertes. -A une différence près.
-Quoi ? -Toi, tu écris ce que tu veux.
-Pas vous, au GVV ? -De moins en moins.
Le ministère de la Sécurité intérieure se mêle de tout.
Même de la santé publique. -Ne perdons pas de temps.
J'ai fait un prélèvement ce matin.
Je voudrais un premier avis.
-Laurence, tu veux bien t'en occuper ?
-Bien sûr.
-Puisque vous vous intéressez à la ville,
intéressez-vous au Pr Richard. -Pourquoi ?
-Il est de mèche avec le maire et le préfet.
Il pense que l'hôpital public coûte trop cher,
il rĂŞve de tout privatiser, et il est actionnaire
de plusieurs cliniques.
-Il dit que la recherche en laboratoire, c'est du superflu.
Il a coupé la moitié des crédits.
-Vous devriez faire un article. J'ai mĂŞme le titre :
"Avec le Pr Richard,
"les pauvres n'ont plus qu'Ă crever."
-J'achète.
-Hmm ?
-Alors ?
-Jamais vu un truc comme ça.
-Moi non plus. -Ca veut dire quoi ?
C'est quoi, ce truc ?
-Il faudrait effectuer d'autres prélèvements
et les passer au séquenceur.
-Je porte ça au GVV. Le directeur est un ami.
-On aura le résultat quand ?
-On aura une 1re évaluation dans les 48h.
-Malade de 35 ans, décédé dans l'ambulance.
Adénopathie généralisée et septicémie foudroyante.
Ca commence Ă flamber. Richard est lĂ .
-Où ? -Au 6e. Il fait son numéro.
Vous étiez sur quoi ?
-M. Bochard, 78 ans, traité pour une arthrose de la hanche
alors que j'avais diagnostiqué
une artérite des membres inférieurs dès son arrivée !
L'erreur est humaine, mais lĂ , je dois avouer
que mes confrères se sont bien plantés.
Que faites-vous lĂ , Rieux ? Je travaille.
-Une saloperie se propage en ville.
Pneumopathie, fièvre hémorragique, septicémie. Ca vous parle ?
-J'ai pris des dispositions. Alors occupez-vous de vos malades.
-Et les urgences qui explosent ?
-Ne haussez pas le ton. Sonnerie.
... AllĂ´ ?
Oui, M. le préfet.
Je vous demande une seconde.
Non, non, M. le préfet. -Ca va, Eric ?
-Ca va.
*"La Traviata". *-Que nul ne peut apprivoiser.
*Et c'est bien en vain
*qu'on l'appelle... -S'il lui convient de refuser.
Il fredonne. *-Rien n'y fait, menace ou prière.
... *...
-Et c'est bien en vain qu'on l'appelle
s'il lui convient de refu...
Oui, Vanessa ?
-Sylvain Rambert a appelé 4 fois.
-Qui ? -Sylvain Rambert.
Journaliste chez Info Plus.
-Ah non. Je n'ai pas le temps.
*...
-Camps,
tu l'as bien connu ? -Le grand moustachu ?
-Il était au dépôt. Il est mort. -De quoi ?
-Mordu par un rat.
Liquidé en deux jours.
-Un rat ?
-Tu imagines ? Tu vas au dépôt,
tu te fais mordre. -Joseph.
Merci d'ĂŞtre venu.
Vous buvez quoi ? -Rien. Je vous remercie, docteur.
-Alors, cette réunion
avec le maire ?
-Les chiffres sont mauvais. 30 cas suspects.
Plus de 10 décès, dont 4 rien qu'hier.
Pour l'instant, surtout des personnes assez âgées
des quartiers nord.
Mais un jeune vacancier a fait un infarctus sur la plage.
-Et Cariou, il compte faire quoi ? -Rien.
Sa saison estivale l'accapare et le Pr Richard le rassure.
-Evidemment.
-Je ne vais pas pouvoir rester plus longtemps.
-Bon... Merci, Joseph. Soyez prudent.
-Ne vous inquiétez pas.
Ils me croient sourd. Personne ne se méfie.
Ah. Il y a un journaliste qui m'a appelé de votre part.
-Rambert. -Oui. Qu'est-ce que je fais ?
Il a l'air sympathique.
-Attention. Il est probablement sur écoutes.
Alors méfiez-vous. On a besoin de vous.
-Vraiment ?
-Evidemment, enfin.
-Merci, docteur.
Son téléphone sonne.
-Oui, Nora ?
Bonjour, Nora. -Bonjour, docteur.
-Qu'est-ce qui se passe ? -Ma mère a beaucoup de fièvre.
Et il y a la dame du rez-de-chaussée.
-Mme Louis ? -Oui. Elle est morte cette nuit.
Toux.
La femme suffoque.
...
-Mme Sokolova.
Je vais vous faire transporter aux urgences.
Je vais appeler une ambulance. Les enfants doivent partir.
Je les emmène.
-Oui, docteur.
-Non, on reste ensemble ! -C'est peut-être très contagieux.
-Mais c'est ma mère ! -Nora !
Allez-y. Partez avec eux.
Elle tousse.
... -Mama.
Il retire ses gants. La mère tousse.
...
-Je te promets qu'on va bien s'occuper d'elle.
Venez, les enfants.
Elle pleure.
-Allez. Venez, les enfants.
...
Air de tango.
...
... Betty rit.
...
... -Oh, mon Dieu !
... Oh...
... Elle rit.
... ...
...
... ...
...
Applaudissements. Betty rit.
-Merci. -Ah ! Jean. Tu me donnes soif.
-Bonjour, madame. -Bonjour.
-C'était absolument magnifique,
ce que vous venez de faire. -Merci, jeune homme.
Comment vous appelez-vous ?
-Kevin. Et vous ?
-Betty. -Enchanté, Betty.
-Enchantée.
-Je vous offre un verre ? -Why not ?
-S'il vous plaît. Elle rit.
Piano, musique d'ambiance.
-C'est très gentil de votre part.
-Vous faites ça depuis quand ? -10 ans que je fais ça.
-Les enfants, vous allez
rester ici le temps qu'on vous fasse des examens.
Je viendrai vous voir. -On veut rester avec toi.
-J'ai mes malades qui m'attendent, ma chérie.
Appelez-moi dès que vous avez les résultats.
-Bien sûr. Allez, venez avec moi.
-Courage.
-Tu viens, Vassili ?
-Tu peux lui faire une ponction ? -Bien sûr.
-On s'occupe d'eux ? -Oui. Merci.
Ca me rend dingue. Impossible d'évacuer leur mère.
-Je sais. On manque d'ambulances.
-C'est fou.
-Jamais vu
un truc qui galope Ă cette vitesse.
Rien Ă voir avec le covid.
Tu as une idée ?
Les rats, peut-ĂŞtre ? -Je ne comprends pas.
S'il n'y avait que les rats... Mais les moustiques prolifèrent.
-Et ?
-Tu as entendu parler du virus du Nil ?
En plus de fortes fièvres, il peut provoquer des encéphalites
et des méningites.
-On n'est pas au bout de nos emmerdes.
Il faut que j'y aille. -On y va !
Go, go, go.
-Approchez. On a deux mots Ă vous dire.
-On écoute. -On va pas se laisser
démonter la gueule sans réagir.
On peut pas discuter avec eux. -Ils nous ont éclaté la gueule.
-Exactement ! -3 de nos gars sont Ă l'hosto.
Selim a une fracture du crâne. Vous trouvez ça normal ?
-Bientôt on va nous tirer dessus à balles réelles !
Je vous le dis.
La guerre, ils vont l'avoir ! Quitte Ă occuper la mairie !
-On peut négocier avant, non ?
-Négocier ! -Y a pas de négociations.
T'as vu nos conditions de travail ? T'as vu ce qu'on gagne ?
On nous prend pour de la merde ! On nous augmentera jamais !
Ils veulent juste
qu'on la ramène pas ! -OUAIS !
-Alors on ferme nos gueules ou on agit ?
-ON AGIT ! OUAIS ! OUAIS !
-Louis, ça va ? *-Et toi, Sylvain ?
-Oui. Ca va, au journal ? *-C'est tendu.
*Le gouvernement central nous met la pression.
*Et toi ? Tes disparus ?
-Demain, je vois un type de la mairie.
Et il y a une maladie bizarre qui est en train de flamber.
*-Quel genre ? -Je sais pas trop.
Je te passe Laurence.
-Ca va, Louis ? *-Oui et toi ?
-Oui. Je vais à la capitale pour me renseigner sur l'épidémie.
*-"Epidémie", carrément ? Tiens-moi au...
La ligne coupe. -Ca a coupé ?
-Oui.
-Pourtant j'ai du réseau. -Je vais louper le train.
-Attends.
J'ai une question très importante.
On s'embrasse ici ou sur le quai ?
-Les deux. -Ah oui ?
Porte.
*-Identification.
-C'est Jacky, le garçon dont je vous ai parlé.
-Ca va, mon garçon ? -Bonjour.
-"Mon capitaine."
-Bonjour, mon capitaine.
-Hmm. Viens voir un peu.
Ca se passe bien ici ?
Tu es content ? -Oui. J'apprends plein de trucs.
-Il dit que tu comprends vite. -C'est vrai ? Ca fait plaisir.
-Nos équipes ont besoin de garçons comme toi.
Des jeunes motivés.
C'est toute la ville que tu as sous les yeux.
A toi de la surveiller. -C'est ce que je fais.
-Très bien. C'est comme ça qu'on fait régner l'ordre.
Sinon c'est le chaos. La vermine est partout. Elle prolifère.
La racaille ne demande qu'Ă nous envahir.
Il faut la détruire à la racine, sans pitié.
Tu comprends ? -Euh... Oui. Je crois, oui.
-C'est bien. Nos concitoyens ont besoin de toi.
-Ils peuvent compter sur moi.
-Ca te dirait d'aller faire un tour
sur le terrain, après le boulot ?
-Oui, avec plaisir.
-Tu vois le grand, lĂ -bas ?
Il s'appelle Bozek. C'est lui qui va
se charger de ta formation.
-C'est-Ă -dire ?
-Des Sentinelles, il en a formé plus d'un.
Tous ceux qui travaillent ici.
Allez, retourne travailler.
La ville a besoin de toi. Hmm ?
-Merci, mon capitaine. -Allez, Bozek.
Le capitaine sort.
-Que se passe-t-il, Mme Michel ? -Il a vomi du sang.
Excusez-moi, docteur.
Mais le SAMU était débordé.
M. Michel respire difficilement.
...
-Je vous laisse avec le médecin.
-Me laissez pas toute seule.
...
-Lucie Ferrières.
-Ah oui. La prof de piano du cinquième.
Bips.
Il faut le mettre sous oxygène. -C'est grave ?
-Jean-Marc, j'ai besoin de toi en urgence.
Viens au pied de mon immeuble. Je t'attends devant.
Merci. On l'emmène à l'hôpital.
-Merci.
-Vous avez
une voiture ? -Non.
-Vous savez conduire ? -Oui.
-Vous prendrez la mienne. Je monte dans l'ambulance.
Ca m'évitera de revenir à pied.
-Bien, chef.
Sirène.
...
Il tousse et respire difficilement.
...
-Tiens bon, chéri.
On arrive Ă l'hĂ´pital. Tiens bon.
Mon chéri, je t'en prie. Me laisse pas !
Me laisse pas, mon chéri. Me laisse pas.
Signal sonore.
...
... Qu'est-ce qui se passe ?
...
Mais dites-moi !
... Qu'est-ce qui se passe ?!
...
Non ! Non !! Non, non, non, non...
Non !!
Non !!
Non, me laisse pas ! Non !
Je t'en prie, me laisse pas ! Non...
Quelqu'un tousse.
...
-C'est bon.
J'ai signé les papiers. On peut y aller.
-Il est mort de quoi ? -Je ne sais pas.
Mais c'est une maladie très contagieuse.
-Pire que le covid ? -C'est autre chose.
Merci d'avoir fait le chauffeur. -Je vous en prie.
La vitesse passe mal.
Je ne suis pas spécialiste, mais... -Oui, je sais.
Je devrais en changer, prendre une électrique.
OĂą est-ce que vous habitiez avant d'atterrir ici ?
-A Brest.
La ville la plus arrosée de France.
J'avais un besoin maladif de soleil.
-C'est une bonne maladie.
Ici, le soleil, c'est pas ce qui manque.
-Sauf qu'on va peut-être être confinés. C'est ça ?
-C'est une éventualité.
-Ce serait le pompon.
Elle soupire.
-Le bureau de ma femme se trouve au-dessus de votre piano.
-Ah ? Pas de chance.
-C'est-Ă -dire qu'elle est... Comment dire ?
Hypersensible.
-J'avais déjà des problèmes avec les voisins à Brest.
Soupir.
Bon... J'irai lui parler.
-Oui.
-Elle s'appelle comment ? -Juliette.
C'est toujours bien de se parler.
-Vous connaissez le juge Othon ? -De réputation.
-Son fils Philippe
est dans ma classe au collège. Je lui donne des cours de piano.
Le père est vraiment fermé.
Il pense que c'est une perte de temps.
Mais lui est vraiment très doué.
-C'est lui qui joue...
Il fredonne un air rythmé.
... -Non !
Ca, c'est "Le Gai Laboureur". Non. Philippe travaille Chopin.
...
...
Freinage brutal.
L'homme suffoque. -Monsieur !
Ca va ? Je suis médecin. -Fous-moi la paix, connard !
On va tous crever !
...
-Il est quelle heure ?
-Euh... 1h20.
Je reviens de l'hĂ´pital. Monsieur Michel est mort.
-Quoi ? Monsieur Michel ? -Hmm.
-Il est mort de quoi ? -On le saura bientĂ´t. On sait juste
que ce n'est pas le covid et que l'infection se propage très vite.
Toi, avec tes poumons fragiles, tu es Ă risque.
-Il ne faut plus que je mette le nez dehors ?
-Si tu allais chez ta soeur Ă Rome ?
-Non.
Je reste avec toi.
-On en reparle demain. -Non.
Quand je dis non, c'est non.
-Juliette...
-Viens te coucher.
...
-Les excès du climat, la saison touristique,
la qualité des plaisirs,
tout cela avait conféré jusque-là aux habitants
une sorte d'immunité.
Mais la mort du concierge marqua la fin d'une période
remplie de signes déconcertants
et le début d'une autre.
Air de Mozart au piano.
...
-Voilà tout ce que j'ai pu réunir sur le maire
et le capitaine Bourg.
-Le chef de la sécurité ? -Oui.
Un proche des milieux extrémistes.
On dit qu'il dirige une milice clandestine.
Les Sentinelles.
Il prend une photo. Gardez-le. J'ai fait des copies.
... Je suis resté très papier.
-C'est gentil, mais ça va aller. ...
On prend un verre ? J'ai pris une chambre.
Je vous invite.
... -Merci, mais...
Je ne serais pas très à l'aise. -Je comprends. Moi non plus.
-Regardez. Le juge Othon et sa petite famille.
-C'est lui, le juge Othon ?
Le chauve avec sa cravate ? -Hmm.
Il déjeune ici le dimanche après la messe.
-Hmm...
-On ne parle pas de cette histoire de rats Ă table.
Compris ? -OUI, PERE.
-Votre père a raison.
-Père a toujours raison.
-MĂŞme quand il a tort ? -Philippe !
-Vous avez faim ?
Piano, musique d'ambiance. -OUI, MAMAN.
-Que diriez-vous de retourner aux Saintes-Maries-de-la-Mer ?
-VoilĂ .
-Ca va m'être très utile, tout ça. -Oui. Oui...
-Très bien. Merci.
-HĂ©.
Vous savez, M. Rombert... -Rambert.
-Pardon. Excusez-moi.
Si j'ai accepté de vous aider,
c'est parce que le Dr Rieux est mon ami, mais aussi...
-Aussi quoi ?
-Parce que ces gens qui vous font des beaux sourires par-devant
et vous poignardent par-derrière, c'est un panier de crabes.
-Je sais.
Merci beaucoup, M. Grand.
-(HĂ©.) Ni vu ni connu, hein ?
-(Ce sera notre mot de passe.)
Petit rire satisfait.
-Ah ! Signora Baldi !
Pierre Cariou, maire de la ville. -J'ai mal Ă la gorge.
-La climatisation dans l'avion.
-Je peux avoir un grog ? -Un grog. Vite.
-Avec du gingembre. Il répète.
Je vous accompagne ? -Volontiers.
-Bienvenue !
-Non. S'il vous plaît. On ne reparle pas de ça.
Et j'attends de vous une tenue irréprochable.
-Bonjour. Bonjour, madame.
-Bonjour. -Bonjour.
-Qui ĂŞtes-vous ? -Sylvain Rambert, journaliste.
-Que voulez-vous ?
-C'est au sujet d'un dossier classé sans suite
sur des cadavres de migrants... -Vous osez m'importuner Ă table ?!
Un dimanche en plus ! -Le jour du Seigneur, c'est ça ?
-Taisez-vous ! Bernard ! -Je reviens lundi ? Ca vous va ?
-M. Flanchet !
-A lundi.
-Prévenez-le. -Absolument.
-Putain, il est vraiment classe, cet hĂ´tel. Je peux revenir, Betty !
Oh lĂ lĂ , j'ai la dalle, moi.
Je fais monter un truc ou on descend ?
Betty ?
Betty ?
Betty ?
-Elle a dîné avec M. Tarrou.
Un de nos clients.
Après, elle a fait monter
un jeune homme. Ca reste entre nous.
-Il est oĂą, ce jeune homme ? -Disparu comme un voleur.
Il a laissé la porte grande ouverte.
C'est une femme de chambre qui l'a découverte.
-Elle ne l'a pas touchée ? -Je l'ignore.
-La police est prévenue ? -Certainement pas.
La mort de Betty Anderson va faire la une de la presse people.
C'est une catastrophe pour l'hĂ´tel.
Qu'est-ce que je vais dire ? -Qu'elle est morte.
-De quoi ? -D'ennui.
L'ennui peut ĂŞtre mortel, M. Flanchet.
-Ce n'est franchement pas le moment de plaisanter.
-Ecoutez-moi. Quelque chose de bizarre circule en ville
qui est la cause de nombreux décès.
-Quoi ? -On ne sait pas.
Demandez à votre clientèle et surtout à votre personnel
d'éviter les contacts.
-Vous voulez que j'affole tout le monde ?
Ah, M. Tarrou.
Justement, on parlait de vous.
Jean soupire.
-Que lui est-il arrivé ?
-Un arrĂŞt cardiaque, a dit le docteur.
-Ne la touchez pas.
Vous la connaissiez bien ?
-"Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire."
-Pardon ?
-C'est un poème d'Apollinaire.
Elle le connaissait par coeur.
Je sais que vous connaissez M. Rambert.
-Oui.
En voilĂ un qui prend des risques.
-Ah. Pas vous ?
-Bah... Moi, je fais mon travail. Je tente de soigner, rien de plus.
Mais vous, d'oĂą venez-vous exactement ?
-J'ai beaucoup bourlingué.
-Et vous vous êtes posé ici ?
-Ici ou ailleurs...
Les chambres sont confortables, la nourriture très convenable.
Personne ne m'attend nulle part.
Alors je dépense l'argent qui me reste.
J'aime avoir les mains libres pour dessiner.
-Qu'est-ce que vous dessinez ?
-Le genre humain.
Les petits détails de la vie
qu'on juge insignifiants. J'observe, j'écoute et je dessine.
Je déteste la mort.
-Que vient faire la mort dans vos dessins ?
-Tenez.
Elle a posé pour moi il y a une semaine.
Cette Anglaise était en apparence la joie de vivre.
Elle est morte en quelques heures.
Vous ne trouvez pas ça bizarre ?
-Ca arrive.
-L'autre jour, dans un bus,
un voyageur parlait d'un voisin qui était mort asphyxié.
La même chose est arrivée à cette pauvre Betty.
Et cette chose porte un nom.
-Vous avez été médecin
dans une autre vie ?
-J'ai travaillé en Afrique dans une ONG.
Je m'occupais de la logistique.
On a été confrontés à de nombreux cas mortels
de fièvre hémorragique. -Le virus Ebola.
-Oui. Mais aussi des cas de peste pulmonaire.
-Attendons les résultats des analyses. Juste une question.
Ce garçon qu'elle fréquentait, on peut le trouver où ?
-Kevin ? Aucune idée.
Je sais juste qu'elle le trouvait charmant.
A bit of youth never hurts, my dear.
Un peu de jeunesse ne fait jamais de mal.
Attendez. Ne bougez pas.
Deux secondes.
Je vous ai volé un sourire.
A bientĂ´t, docteur. -A bientĂ´t, monsieur Tarrou.
Il s'appelle Tarrou. Jean Tarrou.
Il passe son temps Ă dessiner les gens.
On ne sait pas d'oĂą il vient, oĂą il va.
-Le genre mystérieux. -Exactement.
Il a l'air solide comme un roc et en mĂŞme temps,
d'une sensibilité à fleur de peau.
-Hmm... Et alors lui ? C'est qui ?
-Bernard Rieux, je crois.
-Ah bon ?
-Tu sais ce que m'a dit Tarrou ? -Quoi ?
-"Je vous ai volé un sourire." Tu trouves que je ne souris plus ?
-Ca fait un bout de temps, oui.
-Allez...
Ils trinquent.
Piano. -Ah non !
... -J'y vais. Je descends.
...
... Soupir exaspéré.
...
...
...
... La musique s'arrĂŞte.
Excusez-moi.
Vous avez vu
l'heure ? -Oui. J'ai vu l'heure.
Je m'étais accordé 5 mn.
Mais apparemment, c'est déjà trop.
-Vos voisins ont le droit de dormir.
-Et moi le droit de vivre. -Oui...
Sirène.
...
Porte.
-Bonjour. -Bonjour, Laurence.
Alors ?
-C'est pire que prévu.
La 1re analyse
révèle qu'il s'agit d'un variant de la souche Yersinia pestis.
-Yersinia pestis ? -La peste ? Vous êtes sûre ?
-Oui. C'est bien la peste.
-Inutile d'attendre la confirmation. En Chine,
j'observais les mĂŞmes symptĂ´mes. -Le mode de transmission ?
-Cutané. Ca peut venir des rongeurs ou des animaux domestiques.
-On tente l'antibiothérapie ?
-La streptomycine pour le moment. Voire les cyclines.
Peut-ĂŞtre qu'il faudra les associer.
Mais ce bacille semble très résistant
et risque de muter. -Au GVV,
ils ont dit quoi ?
-Il va y avoir un conseil de défense
pour décider des premières mesures. Je n'ai pas pu en savoir plus.
-Et en attendant ? On compte les morts ?
-Je ne suis pas censée vous en parler. Ni même venir ici.
Un téléphone vibre.
-Pierre ! ...
Chasse d'eau. Ca n'arrĂŞte pas de sonner !
... -Oui, j'arrive.
... Oui. Ah.
AllĂ´, oui ? Bon, passez-le-moi.
Euh... Rieux, on ne vous a pas dit que j'étais en réunion ?
Quoi ?
C'est n'importe quoi.
Je n'ai pas le temps. Je suis très occupé.
On se rappelle. Non, non. Je ne peux pas.
Il est fou, ce type.
La peste...
-Le mot "peste" venait d'être prononcé pour la première fois.
Les fléaux sont une chose commune, mais on refuse d'y croire
lorsqu'ils vous tombent dessus. Quand une guerre éclate, on dit :
"Ca ne durera pas." Mais ça ne l'empêche pas de durer.
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