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Stridulation des insectes et chant des oiseaux.
Je voulais vous en parler une fois rentrées à Paris,
mais je réfléchis à votre avenir.
Je veux que vous ayez la place que vous méritez.
Je vous veux heureuse, indépendante
et maîtresse de votre destinée.
- Elle rit. - Vous êtes folle.
Non.
Vous avez de l'esprit
et vous êtes la plus jolie fille de France.
Et qu'en savez-vous ?
Je le vois.
Et tout le monde le verra.
Je vais vous conduire à la cour.
Vous plairez à la reine.
Elle vous prendra comme demoiselle d'honneur, j'en suis sûre.
- Comme demoiselle d'honneur ? - Mmh mmh.
Petit rire.
Musique baroque.
Brouhaha animé et rires.
Votre Altesse, ma fille Françoise.
Vous étiez formidable,
ce soir, sire.
Elle respire fort.
Chère madame.
Feux d'artifice.
Je vous laisse.
Brouhaha animé.
Rires.
Respiration forte.
Gémissements.
Madame de Sévigné, vous vous égarez.
Je ne crois pas, sire.
Musique baroque.
Je vous prie de nous excuser.
Mais c'est le roi.
Brouhaha animé et feux d'artifice.
Musique sombre.
Vous vous marierez.
Tout ça sera oublié.
Je trouverai personne.
Tout le monde pense que je l'ai fait.
Je mettrai tout en œuvre pour faire votre bonheur.
Nous ferons un mariage avec un homme qui ne s'en laisse pas compter.
- Comme Mme Scarron avec un vieux mari ? - Non.
Avec un homme qui vous aimera pour vos qualités
et qui vous offrira une place où vous épanouir.
Vous pourrez conduire votre vie à votre guise.
Léger brouhaha.
Quel bonheur ! J'étais sûre de vous voir.
Ma chère La Fayette.
Oh, Pomponne, quel plaisir !
Vous rayonnez. Madame de Sévigné rit.
Bonjour.
- Chère amie, prenez ma place. - Oh, merci.
Bonjour.
- Joli marquis, cédez donc votre place. - Bien sûr.
- Je vous en prie. - Merci.
La liberté, on y croit jamais autant qu'à votre âge.
Enfin, La Rochefoucauld,
pour nous, il n'est pas question de liberté.
Tout au plus d'indépendance. Oui, parlons de l'indépendance.
C'est pour ça qu'il faut se battre. N'est-ce pas, mesdames ?
Bravo. Applaudissements.
Clochette.
Grignan !
Vos visites sont si rares.
Elles méritent d'être applaudies.
Léger brouhaha.
Non. Merci.
Vous ne comptiez pas m'en faire profiter ?
Se marier, vous voulez dire ?
Chers amis,
la nouvelle fable de Jean de La Fontaine,
"Le Lion amoureux", dédiée
à mademoiselle de Sévigné.
Un lion de haut parentage,
en passant par un certain pré,
rencontra bergère à son gré.
Son père aurait fort souhaité quelque gendre un peu moins terrible...
Il s'agissait plutôt de la mère, n'est-ce pas ?
La mère, donc...
La mère aurait fort souhaité quelque gendre un peu moins terrible.
La donner lui semblait bien dur, la refuser n'était pas sûr...
C'était la chose à faire.
Même un refus eut fait possible qu'on eut vu quelque beau matin...
Ne soyez pas si méchant.
Laissez-nous découvrir la chute.
Vous envisagez
n'importe quel mariage pour votre fille.
Je ne vous reconnais pas.
Nous n'avons pas d'autre solution
que le mariage.
Mmh mmh.
Ma nièce,
aucun beau nom ne prendra le risque de déplaire au roi
en vous épousant.
Le nom de Grignan peut séduire.
C'est une maison très noble, très ancienne.
Mais enfin, une maison qui prend l'eau de toutes parts.
L'homme est vieux. Il est deux fois veuf.
Il use autant de femmes que de carrosses.
Non mais... vous feriez une ravissante abbesse.
Je n'ai qu'une lettre à écrire au pape. En rejoignant les ordres, vous...
Non, je ne veux pas rentrer dans les ordres.
Je préfère la proposition de monsieur de Grignan.
Tintement de la cloche.
Alors, Retz,
nous donnerez-vous votre signature pour ce mariage ?
Musique douce.
Alors je vous laisse ?
Je vous aime, mon ange.
Je vous souhaite une bonne nuit, madame.
Vous étouffez, venez.
Comment allez-vous aujourd'hui ?
Vous m'avez inquiété cette nuit.
Je suis toujours très fatiguée.
Le voyage est long et pénible. Vous n'êtes pas en état de le faire.
Le roi exige que je parte en Provence occuper ma charge.
- Mon rôle est d'être auprès de vous. - Soyez rassuré.
Je saurai veiller sur ma fille, et sur son ventre.
Hennissement.
Des chevaux s'éloignent.
Si ma bonne santé peut vous consoler de n'avoir
qu'une fille, je ne vous demanderai point pardon
de ne pas vous avoir donné un fils.
Je suis hors de tout péril et ne songe qu'à vous aller trouver.
C'est bien.
Décrivez-lui l'enfant.
Dites-lui qu'elle lui ressemble.
Gazouillis de bébé.
Crissement de la plume.
Dites-lui que rien ne m'est plus pénible que d'être séparée de lui.
Pleurs de bébé.
Grondement du tonnerre.
Ça n'arrête pas.
Plus aucun bateau ne passe sous les ponts.
Françoise,
il serait plus prudent de différer votre départ.
Oui, mais je ne peux pas.
Je dois partir. Je suis attendue en Provence.
Oui.
Grignan doit être impatient de vous retrouver, mais...
Le voyage pourrait être fatal pour votre fille.
Elle est si fragile.
Je le sais, mais je dois tenir ma place là-bas.
Je ne peux plus attendre.
Vous vous en occuperez mieux que moi, j'en suis sûre.
Fouet du cocher.
Grincement du portail.
Le portail se referme.
Musique mélancolique.
Ma douleur serait bien médiocre
si je pouvais vous la dépeindre.
Je n'entreprendrai pas ceci.
J'ai beau
chercher ma fille,
je ne la trouve plus.
Et tous les pas qu'elle fait l'éloignent de moi.
Je vois ce carrosse
qui avance toujours
et qui n'approchera jamais de moi.
Il me semble que je suis toute nue,
qu'on m'a dépouillée de tout ce qui me rendait aimable.
Il me semble qu'on m'arrache le cœur et l'âme.
Et en effet,
quelle rude
séparation.
Elle soupire.
- Vous allez bien ? - Charles.
Que faites-vous au milieu de la nuit, puant la liqueur et le parfum ?
Je suis allé plaider ma cause.
Ah ! Une dame...
Est-elle belle ?
Elle n'est pas belle.
Elle est divinement séduisante.
Je la fréquente ?
Non, mais vous avez eu des relations communes.
Proches.
Amicales ?
Pas vraiment.
Ninon ! Elle soupire.
Mais Charles,
honorer la mémoire de votre père en honorant ses maîtresses,
vous vous montrez trop bon fils.
Et que lui avez-vous fait, à Ninon, qu'elle ne veuille plus de vous ?
Il s'agit de ce que je ne lui ai pas bien fait.
Ah non.
Vous n'avez plus de goût pour votre pâté ?
Je découvre que l'absence de votre sœur m'est insupportable.
Madame de La Fayette vient d'arriver pour une promenade.
Excusez-moi auprès d'elle, je ne verrai personne.
pendant les derniers jours en votre compagnie
et le mal que je vous ai fait.
Douter de mon attachement
et de l'amour que je vous porte...
Je suis désolée car je ne suis pas une meilleure mère que vous l'êtes.
Musique dynamique.
Allez.
Enfin, ma fille, nous voilà.
Je suis encore bien loin de vous,
et je sens pourtant déjà le plaisir d'en être plus près.
Votre enfant se porte bien,
à Paris, au milieu de toutes sortes de secours.
J'ai eu bon esprit de la laisser là.
Je l'aime, cette petite.
Mon équipage est venu jusqu'ici sans aucun malheur
ni sans aucune incommodité.
Je suis triste de ne plus savoir ce qui se passe en Hollande.
Quand je suis partie, on était entre la paix et la guerre.
Quelle joie d'aller à vous, ma belle comtesse !
Je prétends vous ramener avec moi.
Je crois qu'après deux ans de Provence, ce sera une chose assez raisonnable.
Aimez-moi toujours.
C'est la seule chose qui me peut donner de la consolation.
Stridulation des cigales.
Louis, venez rencontrer votre grand-mère.
Oh... Mais vous savez que je vous aime très fort, mon mignon.
Gazouillis.
Maintenant qu'il a un héritier,
votre papa n'aura plus besoin de coucher avec ma fille.
Nous avons écouté vos conseils, essayé les lits séparés. Hélas...
Avez-vous fait dormir un domestique entre vous ?
Il en faudrait un pour lequel nous ayons du goût.
Elle rit.
Gémissements attendris.
Musique calme.
Vous me trouvez moins belle.
Vous avez perdu vos rondeurs.
Mais elles reviendront.
Je goûte l'infini plaisir d'être avec vous.
- Je vous ai préparé une surprise. - Laquelle ?
J'ai convié tout ce qui compte en Provence pour vous faire honneur.
Rires.
Monsieur le comte, cela suffit.
Merci, mesdemoiselles.
- C'est le double. - Ah ah.
Léger brouhaha.
Alors, madame, que pensez-vous de notre cour ?
Je suis très heureuse de voir ma fille y régner.
Madame, on dit que le roi fait grand cas de vous.
Ah ? Je ne crois pas. Il me connaît peu.
Mère, ne faites pas la modeste.
Vous m'avez nourrie de détails le concernant.
Alors vous, comtesse, racontez.
- Elle soupire. - Voyons...
Le roi, il y a quelques années, avait écrit des vers.
- Une sorte de poème. - Un madrigal.
Voilà, un madrigal.
Il le trouvait lui-même assez mauvais.
Un matin, dans les jardins, il croise un amiral.
Un maréchal. Le maréchal de Gramont.
Ah !
Voyons, le maréchal...
"Monsieur le maréchal, je vous prie,
"lisez ce petit madrigal, et voyez si vous en avez déjà vu un...
"si impertinent."
"Parce qu'on sait que j'aime les vers, on m'en offre de toutes les façons."
Le maréchal le lit.
"Oh, sire, voilà le madrigal le plus sot"
"et le plus ridicule que j'ai jamais vu."
Rires.
Le roi se met à rire.
"N'est-il pas vrai que celui qui l'a fait est bien fat ?"
"Oh, sire, il n'y a pas moyen"
"de lui donner un autre nom."
"Bien", dit le roi.
"Je suis ravi que vous m'en ayez parlé si bonnement.
"C'est moi qui l'ai fait." Rires.
"Oh, sire, quelle trahison ! Mais que Votre Majesté"
"me le rende ! Écoutez, je l'ai lu brusquement."
"Non, non, monsieur le maréchal."
"Les premiers sentiments sont toujours les plus naturels."
Rires.
Le maréchal est un sot.
On en croise beaucoup à la cour. Je m'en suis toujours étonnée.
Notre souverain ne manie pas la plume aussi bien que vous.
"J'ai beau chercher ma chère fille,
"je ne la trouve plus."
"Et tous les pas qu'elle fait l'éloignent de moi."
Vraiment, madame la comtesse ?
Vous montrez mes lettres ?
J'y suis obligée.
On croit que j'exagère quand je parle de votre affection.
C'est vrai.
J'ai cru mourir quand elle m'a quittée.
Allez,
embrassez-moi.
Je veux qu'on voie que vous m'aimez,
et que si vous avez mon cœur,
j'ai aussi une petite place dans le vôtre.
- N'est-ce pas ? - Oui.
Gémissements.
Vous avez bu trop de vin ?
Le vin n'y est pour rien. Je suis enceinte.
Je ne pourrai pas vous faire visiter ma Provence.
Nous ne sommes pas pressées.
- Nous attendrons. - Je serai votre guide.
Je ne veux pas vous éloigner de vos affaires.
Je suis venue pour vous, je ne veux pas vous laisser.
Rien ne me fait plus plaisir que votre venue.
Mais profitez de tout ce que j'avais imaginé faire avec vous.
Stridulation des insectes et chant des oiseaux.
Depuis que je suis ici, je n'ai entendu que des louanges sur votre gouvernement.
J'admire la façon dont vous régnez sur votre province.
Le roi vous a fait une grande faveur.
Un honneur, certes, mais la faveur n'est pas si grande qu'il n'y paraît.
J'en ai les obligations, mais il ne m'en donne pas les moyens.
L'argent me manque de plus en plus. Je me ruine.
Et vous me l'avez caché ?
Je n'obtiens pas les augmentations d'impôts.
- L'assemblée des communes s'y oppose. - Mais pourquoi ?
Elle n'obéit qu'à l'évêque de Marseille et à sa famille.
Pourtant, grâce à ma fille,
vous avez de l'argent.
Pas assez pour faire face à la charge qui m'est confiée.
Je comprends votre empressement à me promener.
Je croyais à votre affection et à votre estime.
Mais vous n'en avez que pour ma bourse.
Vous vous trompez.
- J'ai toujours eu de l'estime pour vous. - Grignan,
cessez votre comédie. Je ne vous donnerai pas d'argent.
Si tu es vivus ego te baptizo, in nomine Patris
et Filii et Spiritus Sancti.
Elle crie.
Elle sanglote.
Vous m'avez caché la réalité de votre situation.
Vous sauvez les apparences, mais elle est épouvantable.
Vous avez voulu me protéger des inquiétudes.
Je le comprends.
Le mariage ne vous oblige en rien.
N'y risquez plus votre santé ni votre beauté.
Rentrez avec moi à Paris.
Vous y vivrez indépendante
et épargnée des turpitudes de Grignan.
Et je vivrais avec vous à Paris ?
Et mon mari resterait ici en Provence.
Musique calme.
Ne prenez pas trop de choses. Nous referons votre garde-robe à Paris.
Merci.
Vous vous méprenez.
Ce sont les affaires de mon mari pour l'assemblée.
Comment nous parviendrons à gouverner si on nous refuse toujours cet argent ?
"Nous" ?
Oui, le comte et moi.
Mon mari a besoin de mon soutien et de mes conseils.
Vous ne rentrez plus avec moi à Paris ?
Et Blanche ?
Qu'allez-vous faire de votre fille ?
Blanche ? Mais...
Mon mari l'a déjà envoyée chercher. Il ne vous l'a pas dit ?
Vous avez pris votre décision depuis plusieurs jours ?
Mais je ne vous ai rien promis.
Vous vous l'êtes imaginé.
Je suis tout entière au service de mon mari que j'aime.
C'est quelque chose que vous ne semblez pas comprendre.
Pourquoi ne m'avoir rien dit ?
Vous n'écoutez que ce que vous voulez.
Ne vous étonnez pas qu'on ait du mal à vous parler.
Musique mélancolique.
Voici un terrible jour, ma chère fille.
Je vous avoue que je n'en puis plus.
Je vous ai quittée dans un état qui augmente ma douleur.
Je songe à tous les pas que vous faites et à tous ceux que je fais,
et combien il s'en faut qu'en marchant ainsi,
nous ne puissions jamais nous rencontrer.
Mon cœur est en repos quand il est auprès de vous.
C'est son état naturel, et le seul qui peut lui plaire.
Ce qui s'est passé me donne une douleur sensible
et me fait un déchirement dont votre philosophie sait les raisons.
Je les ai senties et je les sentirai longtemps.
J'ai le cœur et l'imagination tout remplis de vous.
Je n'y puis penser sans pleurer.
Et j'y pense toujours,
de sorte que l'état où je suis n'est pas une chose soutenable.
Comme il est extrême, j'espère qu'il ne durera pas dans cette violence.
Mes yeux qui vous ont tant rencontrée depuis 14 mois ne vous trouvent plus.
Grignan va faire mourir ma fille !
- Elle est grosse à nouveau ? - Non.
Il l'oblige à courir sur les routes pour ses affaires.
Il use d'elle, il abuse d'elle. Il exige
sa présence à toutes les assemblées.
À Aix, à Montpellier, à Lambesc...
Elle est toujours sur les routes qui sont épouvantables.
On manque de se noyer dans chaque rivière.
Le vent est si fort que la tête vous tourne.
Asseyez-vous.
Je comprends vos inquiétudes,
mais il ne sert à rien de s'enrager contre Grignan.
Il faudrait intriguer auprès du roi
pour le convaincre de lui donner les moyens d'assumer sa charge.
- Vous pensez à Pomponne ? - Oui. Le roi l'écouterait, il en a fait
son ministre.
Aujourd'hui, faire le bonheur de votre fille,
c'est sauver son mari.
Musique dynamique.
J'allai dîner samedi chez monsieur de Pomponne.
Il se souvient d'un jour que vous étiez petite fille.
Vous étiez derrière une vitre avec votre frère.
Plus belle, dit-il, qu'un ange.
Vous disiez que vous étiez prisonnière,
que vous étiez une princesse chassée de chez son père.
Votre frère était beau comme vous. Vous aviez 9 ans.
Il me fit souvenir de cette journée.
Ensuite, nous avons eu une très bonne conversation de 2 heures.
Il vous attend avec tous nos amis
pour régler ces affaires dont votre avenir dépend.
Jamais l'occasion ne sera plus favorable.
Vous prendrez en direction de Montbard.
Bien, madame. Coups de cravache.
Je vais voir mon cousin Bussy.
Passez-moi mon fard et mon poudrier.
Oui, madame.
Vous pensez
que donner à lire nos lettres au roi servirait votre cause ?
- Quelle idée. - Vous êtes toujours appréciée.
Vous avez été puni pour ce que vous avez écrit.
À votre place, je serais prudent cette fois.
Vos mémoires ne suffiraient-elles pas à lui plaire ?
Pourquoi nos lettres ?
J'espère qu'elles amuseront le roi et que j'obtiendrai sa clémence.
Quand je vous écris, c'est à vous que je parle.
Ni au roi ni à personne d'autre.
Je n'ai pas envie d'être entre les mains de tout le monde.
Je vais vous laisser en publier quelques-unes.
Vous semblez croire que cela peut vous aider
à regagner la confiance du roi.
Elle rit.
Vous avez raison, la jeunesse n'a que du vert.
Et nous autres, gens d'arrière-saison,
nous sommes de cent mille couleurs.
Voilà pourquoi je n'ai aucun regret de ma jeunesse.
- Aucun ? - Non.
Pas même celui de ne pas m'avoir épousé ?
Pas même.
Et de ne pas m'avoir pris pour amant ?
Non.
Avez-vous eu raison ?
Vous n'avez plus à craindre une grossesse, non ?
Et vous avez envie ?
Bussy,
je trouve que tout me manque
parce que ma fille me manque.
Oh !
J'ai été retardée ce matin. J'ai eu peur que vous ne soyez couchée.
Tintements.
- Vous êtes fatiguée ? - Oui, un peu.
Venez.
Est-ce que vous mangez assez ?
Non, pas tellement.
Prenez.
Les meilleurs de Paris.
Dites-nous ce que vous faites
pour que le roi cesse de tuer nos fils dans cette guerre sans fin ?
Je passe des journées entières à fumer la pipe avec des Hollandais.
Nous discutons de traités que le roi n'acceptera jamais.
Mais enfin, mon ami, ne soyez pas modeste.
Nous connaissons votre influence.
Quelle influence ?
J'ai appris que je n'en avais plus.
Le roi ne fait qu'utiliser la sympathie naturelle que j'inspire.
Quant à moi, je désespère d'avancer
par mon seul mérite.
Je vais devoir m'acheter une charge de sous-lieutenant
si je ne veux pas mourir guidon de cavalerie.
Je vous le dis, faites-le.
Je comprends que le nom de Sévigné
n'est décidément pas de ceux qui obtiennent les faveurs du roi.
Je suis désolé.
J'étais en position de vous aider.
Je ne le suis plus.
Veuillez m'excuser.
Discussion.
Tout est perdu.
Et je reste à Paris
où je ne peux rien faire pour les affaires de mon mari.
Nous trouverons une solution, je vous le promets.
Mmh.
Musique mélancolique.
Faites-moi confiance.
Tintement d'une cloche Chant religieux.
Le bonheur de vous avoir toutes les deux à moi
est un avant-goût du paradis, mesdames.
Je vous avais assez averties de ce qui se produit aujourd'hui.
Vous avez méprisé mes avis
et décidé un mariage affreusement risqué.
Le reproche n'est pas pour vous.
Vous étiez jeune.
Vous avez suivi vos préjugés.
Et les mauvais conseils
d'une mère.
Mmh...
Quelle est la situation financière de votre époux ?
Mon mari doit rembourser la dot de sa deuxième femme, plus les intérêts.
La somme est exorbitante.
Nous ne parvenions déjà pas
à assumer les dépenses obligées par notre charge.
Je vois, vous avez là bien des motifs de vous inquiéter.
J'ai parlé à ma fille
de la bonté que vous envisagez d'avoir pour elle.
Vous avez bien fait.
De mes parents, vous êtes celle que j'aime le mieux.
Je voudrais pouvoir vous coucher sur mon testament.
Ah.
Laissez-moi réfléchir à ce que je peux faire pour vous.
On lui sert du vin. Hop hop hop...
J'ai trouvé comment tout arranger sans rien devoir à Retz.
Vous êtes bien excitée.
Je vais prendre sur moi toutes les dettes de mon mari.
Mes biens peuvent garantir ses obligations,
et ainsi, il pourra garder sa charge.
C'est une idée très noble.
Et vous allez sans doute me trouver très bourgeoise,
mais vous savez,
j'ai consenti de gros efforts pour restaurer notre fortune.
Je ne peux pas approuver le sacrifice de votre héritage.
Tout ça pour sauver une charge qui finira par vous ruiner ?
Ne faites pas cette folie.
Revendez la charge.
Rentrez à Paris avec vos enfants.
Retrouvez votre liberté.
Il devrait renoncer à ce pour quoi nous luttons
et vous me parlez de liberté ?
Quelle liberté ?
Celle que vous croyez avoir en vous pavanant,
en vous moquant,
en faisant de l'esprit dans les salons puisque vous êtes malvenue à la cour ?
Si vous persistez dans ce sacrifice,
que vous restera-t-il, à vous et à vos enfants,
quand le comte aura fait faillite ?
Rien.
Et nous serons alors obligés de vivre avec vous.
Et vous serez contente.
De toute façon, depuis le début, c'est ce que vous cherchez.
Gazouillis de bébé.
Allez la coucher, elle sera mieux.
Quelle charmante enfant.
Avoir la politesse de ne même pas pleurer pendant le baptême.
Le cardinal promet de me faire hériter
si je renonce à sauver la charge de mon mari.
C'est parce qu'il veut votre bien.
Mmh.
Votre mère veut simplement
que vous aidiez votre mari sans perdre votre indépendance.
Bien sûr.
Et vous savez de quoi vous parlez.
Je crois n'avoir jamais vu monsieur de La Fayette.
- Est-il vivant ? - Françoise.
- Laissez. - Quoi ?
Pardon, je ne fais qu'appliquer vos leçons et dire ce que je pense.
Madame de La Fayette a fait le choix de vivre indépendamment de son mari.
Ce que vous ne comprenez pas, c'est que j'aurais fait la même chose
si votre père ne s'était pas fait tuer pour une maîtresse.
Mes tuteurs avaient conclu un contrat de mariage
qui garantissait nos biens.
Sinon, notre fortune n'aurait pas survécu à l'inconséquence de Sévigné.
Eh bien alors, réjouissons-nous
qu'il soit mort avant de l'avoir dilapidée.
Madame, le jour du baptême de ma fille,
ne parlez pas de mon père comme d'un personnage inconséquent.
Pourquoi ne pas parler plutôt d'un mari
qui aura attendu en vain votre amour et votre estime ?
Musique douce.
Rentrez, vous allez prendre froid.
Ne partez pas.
Je ne veux plus vous voir.
Vous ne savez faire que mon malheur.
Coup de cravache Hennissement.
Ma chère enfant, je pars en Bretagne
malgré les mouvements qui la rendent peu sûre.
J'y ai mille affaires.
En plus de la douleur de votre départ, j'emporte du chagrin de votre frère.
On ne quitte qu'avec peine les nouvelles de l'armée.
Je lui mandais l'autre jour que j'allais mettre ma tête dans un sac,
où je ne verrais ni n'entendrais rien de ce qui va se passer sur la terre.
Il me semble que vous m'échappez, que vous me disparaissez,
et que je vous perds pour toujours.
Oh, Seigneur.
Madame, vous devriez renoncer. La route n'est pas sûre.
Bourdonnement.
Elle ouvre une fenêtre.
Mon ange,
j'ai regret à tous mes jours qui s'en vont et qui m'entraînent
sans que j'aie le temps d'être avec vous.
Dans ces pensées, ma pauvre bonne,
on pleure quelquefois sans vous le dire.
Et je mériterais vos sermons plus souvent que je ne le voudrais.
Ce n'est jamais volontairement
que je me trouve dans ces tristes méditations.
Elles se placent tout naturellement dans mon cœur,
mais je n'ai pas l'esprit de les en tirer.
L'été Saint-Martin continue
et mes promenades sont fort longues.
J'y passe des jours toute seule.
Je n'en reviens point que la nuit soit bien déclarée
et que le feu et les flambeaux ne rendent ma chambre d'un bon air.
Tous ces arbres que vous avez vus si petits
sont devenus grands, droits et beaux en perfection.
Je pense à vous à tout moment.
Je vous regrette.
Je vous souhaite.
Votre santé, vos affaires, votre éloignement...
Que pensez-vous que tout cela fasse entre chien et loup ?
Ma chère enfant,
cela fait dix jours que je n'ai point reçu de vos lettres.
Je ne sais pas si c'est que le courrier les laisse à Paris
ou s'il est arrivé trop tard pour partir en Bretagne.
Enfin, je pense tout...
plutôt que de penser que vous ne m'ayez pas écrit.
Musique mélancolique.
Vous saurez, ma très chère,
que vers les huit heures du matin,
après avoir bien songé à vous la nuit sans ordre et sans mesure,
il me sembla bien plus fortement qu'à l'ordinaire
que nous étions ensemble,
et que vous étiez si douce,
si aimable et si caressante pour moi
que j'en étais toute transportée de tendresse.
Et sur cela, je m'éveille si oppressée d'avoir perdu cette chère idée
que me voilà à soupirer et à pleurer d'une manière si immodérée
que je fus contrainte d'appeler Hélène.
Et avec de l'eau de la reine de Hongrie m'ôter le reste de mon sommeil
et débarrasser mon cœur de l'horrible oppression que j'avais.
- Tada ! - Oh mais Charles,
qui est cette petite personne ?
C'est une cousine des Chaulnes, une petite Murinais.
J'ai trouvé qu'elle ferait une gentille garde-malade.
Je ne vous attendais pas si tôt.
Vous n'aviez pas des affaires à régler à Rennes ?
Si, si, mais j'ai abrégé.
Je ne supporte plus le spectacle donné par le roi.
On écartèle ces gens pour leur faire passer l'envie d'être mécontents.
Ils n'ont pas d'autre choix que de payer l'impôt.
Il en a besoin pour sa guerre.
Que vous est-il arrivé ? Vous m'avez inquiété.
Je suis restée trop longtemps dans mon parc,
à écrire à votre sœur.
Attention.
Vous avez très mal ?
Je suis fâchée de devoir rester derrière ces fenêtres,
sans même pouvoir écrire.
Vous inquiétez pas,
elle est pleine de ressources.
C'est pas grave. Je vais régler.
J'espère que vous n'avez pas promis à sa mère de l'épouser.
Mais non ! Il est beaucoup trop vieux pour moi.
Elle rit.
Est-ce que je peux voir les Sélénites ?
Alors non.
C'est un peuple très craintif qui habite
- de l'autre côté. - La lune n'est pas habitée.
Ne croyez pas tout ce que raconte mon fils. C'est un esprit fou.
Décidément, vous ne savez rien du monde.
Si.
Il est gouverné par notre bon roi Louis.
Et maintenant, je sais aussi
qu'il n'y a pas de Sélénites.
Celles qui vont au bois.
C'est la mère et la fille.
Celles qui vont au bois.
C'est la mère et la fille.
Qu'avez-vous à soupirer.
Ma fille Marguerite ?
J'ai bien trop d'ire en moi.
- Et n'ose vous le dire - Madame.
Je suis fille le jour.
Et la nuit blanche biche.
Je suis fille le jour.
Et la nuit blanche biche.
De mauvaises nouvelles de ma sœur ?
Grignan les ruine, jour après jour, et maintenant...
votre sœur veut faire rentrer Blanche au couvent.
Quoi ?
- Pour de bon ? - Il semble.
Combien de filles rentrent au couvent pour ne pas payer de dot ?
Moi, j'aimerais bien y aller, au couvent.
Vous n'êtes pas de celles dont on fait les religieuses.
Il faut nourrir d'autres ambitions.
Mais lesquelles ?
Si mes parents sont trop pauvres pour un couvent,
que puis-je espérer ?
Reprenez votre chanson.
En tout cas,
je serais bien triste de devoir vous quitter.
La chasse est après moi.
Les barons et les princes.
Et mon frère Renaud.
Qui est encore bien pire.
Qu'il arrête ses chiens.
Jusqu'à demain midi.
Musique calme.
Charles !
Elle rit.
Adieu, mesdames.
Ma bonne,
mon petit secrétaire,
aimable et joli,
vient encore au secours
de ma main tremblotante.
Elle me lit très bien ce que je veux.
Elle écrit, comme vous voyez.
Elle m'aime.
Elle est complaisante.
Enfin, je vous prie
de l'aimer
sur ma parole.
J'ai fait faire des beautés nouvelles dans mon parc,
dont je jouirai peu cette année,
car j'ai le nez tourné vers Paris.
Vous allez retourner à Paris bientôt ?
Oui.
Et vous m'accompagnerez.
Musique dynamique.
Je suis tellement victime de la puissance du roi
que je pourrais choisir la grâce de Dieu.
Notre seule illusion
de liberté, c'est celle-là :
choisir la grâce ou pas.
Vous vous trompez, La Rochefoucauld.
On peut éprouver la liberté d'autres façons.
Vraiment ? Éclairez-moi.
Écrivez des romans, comme madame de La Fayette.
Vous éprouverez alors le sentiment de la liberté.
Petit rire.
Vous savez, du pays d'où je viens, on ne fait pas tant de cas de la liberté.
Chez moi personne n'est libre et personne n'en cherche l'illusion.
Mon père sait que le roi a tout pouvoir sur lui,
ma mère, que mon père a tout pouvoir sur elle, et...
Et puis moi,
je n'ai de pouvoir que sur moi.
C'est ce que vous croyez.
Mais je n'ai pas le choix de croire en autre chose.
Je ne suis pas d'une grande maison. Je suis pauvre.
Je ne peux croire qu'en moi
et dans les quelques talents dont Dieu m'a peut-être pourvue.
Et quels talents pensez-vous avoir ?
Je pense que je sais écouter,
entendre et apprendre.
Et si j'avais l'occasion de vous entendre souvent,
je ne serais pas plus libre, mais j'aurais plus de force.
- Voyez-vous ça. - Bravo.
Quelle drôle de petite amie vous nous avez amenée.
Elle a un esprit à ravir.
Nous ne faisons plus de latin ?
Non, nous en avons fait suffisamment ce matin.
Et je veux ouvrir votre esprit à ce qui se fait de nouveau.
Elle avait passé des années sans revenir à la cour.
Pendant cette absence,
elle avait donné ses soins à l'éducation de sa fille.
Elle ne travailla pas qu'à cultiver son esprit et sa beauté.
Elle songea à lui donner de la vertu et à la lui rendre aimable.
Oh !
Que je suis heureuse.
J'ai imaginé pire.
Oh, j'ai été bien soignée.
Elle est plus ravissante que ce que vous m'avez écrit.
- Vous l'emmenez aussi dans les salons ? - Oui.
Et sa petite sauvagerie fait merveille.
J'envisage d'aller à la cour pour défendre nos affaires.
Très bien.
Comment me trouvez-vous ?
Musique mélancolique.
Regardez !
C'est le tissu que vous m'avez envoyé.
Je l'ai monté en paravent.
C'est joli. Qu'en pensez-vous ?
C'est du plus bel effet.
Vous êtes triste ?
Vous allez la regretter ?
La vie est pleine de choses qui blessent le cœur.
Que je suis heureuse d'avoir votre amour !
C'est une chose dont il ne faut plus douter.
Mmh ?
Je n'ose imaginer le prix de cette tenue.
Le prix qu'il faut pour représenter mon mari à la cour.
Nous sommes en guerre.
Cette dépense risque de vous attirer plus de critiques que de grâces.
Je veux reparaître belle devant le roi.
Vous ne me regardez plus comme avant.
Et vous n'écoutez plus mes conseils comme avant.
Ai-je bien fait de les écouter alors ?
Le roi s'acharne à ne pas nous accorder ce qu'il nous doit.
Il est peut-être encore jaloux de ce que je lui ai refusé.
Léger brouhaha.
Madame.
J'ai lu vos lettres au comte de Bussy-Rabutin.
Elles sont surprenantes, spirituelles.
Elles vous ressemblent.
Vous m'honorez, sire.
Musique mélancolique Léger brouhaha.
Ridicule.
Elle tousse.
Françoise tousse.
Elle crie.
Mais cette eau est glacée.
Oui, il le faut pour resserrer la peau après ces grossesses.
Vous allez vous rendre malade, sortez.
Charlotte, aidez madame de Grignan à sortir de cette eau.
Sortez, Françoise.
Allez, dépêchez-vous.
Frictionnez-la. Elle tousse.
Vous bassinerez bien son lit, qu'il soit chaud.
Je ne serai pas longue. Je vous aime.
Et surtout mangez quelque chose, mon ange.
Comment vous sentez-vous ?
Mieux. Ne vous en faites pas.
Il faut guérir, si vous m'aimez.
Donnez-moi du papier.
Je vais écrire au comte.
Je suis trop lasse.
Rapprochez-le.
Emportez ça.
Vous n'y avez pas touché.
Mon mari m'interdit de voyager.
Vous lui avez écrit que j'étais malade.
Vous avez exagéré mon état.
Vous vous êtes laissée aller à vos fantaisies à mes dépens.
Vous allez le détromper. Écrivez-lui encore.
Écrivez-lui que nous avons vu d'autres médecins.
Non.
Je ne peux pas mentir à votre mari.
Écrivez-lui maintenant.
Écrivez !
Si vous voulez que je guérisse.
Soyez raisonnable.
Je ne peux pas faire ce que vous demandez.
Il n'y a qu'auprès de lui que je puisse guérir.
Mon ange...
Je vais m'occuper de vous.
Musique mélancolique.
Merci, Hélène.
Le roi m'autorise trois jours de plus.
C'est à vous que je le dois. Enfin, à vos lettres.
Ainsi le roi nous veut du bien.
Je suis désolée.
Je vous ai abusé.
Vous n'en aviez pas vraiment envie.
Vous ne verrez pas ma fille.
Elle ne sort pas de sa chambre. Elle ne reçoit personne.
Pourtant il ne tiendrait qu'à vous de vous laisser aller.
Et nous saurions mettre fin à vos chagrins.
Le chagrin est mortel à tout le monde,
surtout aux personnes qui ne sont pas nées pour être tristes.
Adieu, comte.
Puisque nous nous aimons encore,
nous nous aimerons toute notre vie.
Un homme tousse.
- Comment va La Rochefoucauld ? - Il est au plus mal.
Je vais le perdre.
Je ne supporte plus de le voir souffrir.
Je vous comprends.
Je vous comprends très bien.
Je ne supporte plus de voir souffrir ma fille.
Sa mauvaise santé fait le chagrin de ma vie.
Je ne sais plus comment faire.
C'est l'excès de votre affection qui indispose madame de Grignan.
Vous vous trompez.
Et si je suis responsable de son mal, alors...
- je suis la seule à pouvoir le réparer. - Non.
Vous devez vous en éloigner,
la laisser vivre.
Vous ne savez plus l'aimer.
Vous en êtes juste obsédée.
Ce qui ne la concerne pas vous est devenu invisible.
- Je suis là, avec vous. - Certes, mais vous pleurez
sur votre fille.
Sanglot.
Avez-vous une place dans votre cœur
pour ceux qui vous entourent et qui vous aiment ? Non.
Vos amis, votre fils,
vous les sacrifiez sur l'autel de votre obsession.
Sachez que...
je vous aime assez
pour espérer que vous m'aimerez encore après m'avoir entendue.
Vous êtes la personne la plus forte que je connaisse.
Mais vous êtes aussi la plus égarée.
La plus folle.
Vous étiez où ?
Vous exigez ma présence.
Je vous manque partout.
Moi seule peux faire la joie de votre vie.
J'accours à votre chevet,
abandonnant mes enfants, laissant mon mari sans mon aide.
Et vous, vous m'ignorez.
Vous ne faites que sortir.
Je ne sais dans quel salon, quel souper,
- quel carnaval vous êtes ! - Allons, mon ange,
venez, vous êtes épuisée.
Allez, calmez-vous.
Allons, mon ange. Venez.
Musique baroque Brouhaha animé.
Gémissements.
Vous ne m'aimez pas, ne m'avez jamais aimée !
Vous m'avez donnée à un homme de votre âge, coureur, ruiné.
Je me suis pliée à vos envies.
Vous m'avez soumise.
Vous aviez du goût pour lui.
Il fallait me marier. J'étais votre déshonneur.
J'étais votre honte.
Je vous salissais.
Vous avez assez
- répété... - Vous ne savez rien de mon mariage !
Vous ne savez rien !
L'existence glisse sur vous sans vous toucher.
Allons, venez, venez.
Allez.
Françoise sanglote.
Musique mélancolique.
Ça va aller.
Charlotte.
- Une nouvelle blessure ? - Oui.
Il est temps que je revende cette charge.
Et que feriez-vous ?
Je partirais en Bretagne.
Je m'y marierais, mènerais une vie de gentilhomme
entre mon épouse, mes champs et mes bois.
J'ai peur que vous ne vous lassiez vite de cette vie.
Non, je ne crois pas.
Ce qui me lasse,
c'est une existence subordonnée à l'argent,
aux privilèges, aux apparences.
Notre génération est muselée par un monarque que j'admire
mais dont je ne rêve pas, moi, de torcher le cul.
Il semble que vous avez vieilli
et que vous êtes en âge de savoir ce qui est bon pour vous.
Revendez à perte votre charge et partez en Bretagne.
Venez avec moi.
Je ne peux pas.
Je ne peux pas quitter Paris. Vous le savez bien.
Le comte est au courant de l'état de sa femme ?
Oui.
Il ne veut pas qu'elle voyage.
Vous ne lui avez pas tout dit.
C'est pire que ce que Mme de La Fayette m'a écrit.
Elle vous a écrit ?
Mais de quoi se mêle-t-on ?
Nous nous soucions de vous et de ma sœur.
Vous vous faites mourir toute deux. Il faut vous séparer.
De vous, mon fils,
je ne m'attendais pas à une telle injustice.
Elle vous entraîne dans sa folie !
Je vais écrire au comte.
Je vous l'interdis !
Vous m'entendez ?
Grincement du portail.
Des chevaux approchent.
Voix au loin.
On ouvre la porte.
Pas à l'approche.
Monsieur !
Elle se réveille maintenant, mais elle va mieux.
Vous êtes épuisé.
Voulez-vous vous rafraîchir ? Que je vous fasse monter à manger ?
Retournez dans vos appartements et laissez-moi seul avec ma femme.
Je vous demanderai de ne plus voir ma femme.
Pour un certain temps, tout au moins.
Je suis désolé, madame.
Comment allez-vous ?
Pluie battante.
Grondement du tonnerre.
Tonnerre.
Je viens prendre des nouvelles de ma fille.
Ma femme va mieux. Merci.
Restez là.
- Vous êtes infâme. - Reprenez vos esprits.
Françoise !
Musique mélancolique.
Sortez !
Tintement d'une cloche.
Madame ?
Je suis désolée.
Oui, oui, merci.
Portez la nouvelle de la mort de La Rochefoucauld à madame de Grignan,
dès que nous serons rentrées.
Je l'attends dans mes appartements.
Elle peut venir me présenter ses condoléances.
Madame,
le comte de Grignan souhaiterait être reçu.
Faites-le entrer.
Mes condoléances pour la mort du duc. C'était un grand esprit.
Merci, comte. Savez-vous quand vient ma fille ?
Elle ne viendra pas.
Pouvez-vous me la lire ?
Madame, je sais que vous êtes très touchée de la perte d'un vieil ami.
Je ne veux pas
ajouter à ce chagrin celui dont je suis la cause.
Car nous le savons toutes deux,
je suis le désordre de votre esprit, de votre santé, de votre maison.
Je suis le désordre de votre esprit, de votre santé, de votre maison.
J'ai cru que ma colère venait
de ce que vous m'aviez exclue de votre vie en me mariant.
Mais je suis surtout fâchée que vous vous soyez abandonnée,
que vous ayez renoncé à demeurer celle que vous étiez.
Où est la marquise de Sévigné qui m'enchantait ?
Je voudrais que vous redeveniez cette femme que j'admirais
et à laquelle je voulais tellement ressembler.
Madame,
il vaut mieux pour vous que je parte.
Et pour moi,
il vaut mieux désormais que j'apprenne à vivre sans vous.
Il me faut l'auteur de l'univers pour raison de ce qui arrive.
Quand c'est à lui qu'il faut m'en prendre,
je ne m'en prends plus à personne,
et je me soumets.
Ce n'est pourtant pas sans douleur ni sans tristesse.
Je vous parcours.
Je vous dévide.
Je vous redévide.
Je passe par mille endroits tristes,
d'autres doux et sensibles.
Je pense à votre belle jeunesse,
à votre santé.
De quelle manière elle a été maltraitée.
Comme vous en avez abusé.
De quelle manière votre sang s'est irrité.
Il faut qu'il y ait une madame de Sévigné qui aime sa fille
plus que toutes les autres mères,
qu'elle en soit souvent très éloignée,
et que les souffrances les plus sensibles qu'elle ait dans cette vie
lui soient causées par cette chère fille.
Je ne vous dis point les peines que me causera cet éloignement.
J'y donnerai les meilleurs ordres que je pourrai,
et j'éclaircirai, autant qu'il me sera possible,
l'entre chien et loup de nos bois.
"Corpus Christi Carol" Jeff Buckley.
Musique mélancolique.
Sous-titres : Julien Arquillière
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