Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
French
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
Crois-tu que j'ai aimé être le comte de Monte-Cristo ?
C'est un homme terrible, impitoyable et froid.
Mais ce n'est pas moi qui ai voulu devenir cet homme-là.
Moi, il me suffisait d'être Edmond Dantès.
Je n'attendais rien d'autre de la vie. Mais ils m'en ont empêché.
Villefort, Morcerf, Danglars,
et même l'autre larve de Caderousse, qui savait tout et qui n'a rien dit,
en essayant de tuer le jeune marin qui ne demandait rien à personne,
ils ont fait naître le vengeur qui vient leur demander des comptes.
Et bien tant pis pour eux.
On a faim ! La soupe ça vient !
Oh ! Silence là-dedans ! Silence, hein ?
Ou je vous mets tous à la diète pour huit jours. T'as compris ?
Allez, silence là dedans… Taisez-vous ! Ça va, hein ?
Allez, silence !
J'en veux pas de votre soupe !
Ne m'apportez plus votre soupe, j'en veux pas !
Je ne veux plus manger, je veux mourir !
Je veux mourir !
Je veux mourir !
N'ayez pas peur. Aidez-moi.
- Qui est toi ? - L'abbé Faria.
Et vous ?
Je suis le numéro 34.
Mais avant...
... je m'appelais Dantès.
Edmond Dantès.
Depuis combien de temps êtes-vous là ?
Je ne sais plus.
Au début je comptais les jours, mais...
Mais... je ne sais plus.
Nous sommes le 11 février.
Le 11 février ?
Oui, c'est février.
Voilà pourquoi j'ai froid.
Février... mais de quelle année ?
1833.
1833 ?
Ça fait dix-huit ans que je suis ici.
Dix-huit ans...
On m'a pris la lumière du soleil.
On m'a volé mon amour,
ma jeunesse...
... mon avenir.
Edmond Dantès ?
Edmond Dantès ?
Je suis porteur d'un mandat d'arrêt délivré contre vous, par M. de Villefort,
procureur du roi.
Au nom de la loi, Dantès,
suivez-moi.
Mes amis, continuez à vous amuser, je reviens tout de suite !
Doucement !
Doucement.
Cette lettre qui vous dénonce est anonyme.
Bien sur.
Avez-vous une idée de l'accusation qu'elle porte contre vous ?
Aucune, M. le procureur.
Et j'ai beau essayer, je ne vois pas le mal que j'aurais pu faire.
D'ailleurs,
je viens juste de rentrer en France
après un long voyage aux Indes Orientales.
Sur le Pharaon, vaisseau de l'armement Morrel.
Sur lequel vous serviez comme officiel au second, c'est bien cela ?
Oui monsieur.
Dans quelles circonstances avez vous pu prendre le commandement sur le navire ?
Comme je l'ai dit dans mon dernier rapport de mer,
le capitaine du Pharaon est mort de fièvre en passant Gibraltar.
Et...
On ne m'accuse quand même pas de l'avoir assassiné ?
Non, Dantès. On vous dénonce pour avoir débarqué l'île d'Elbe.
Est-ce exact ?
Ma fois, oui. Où est le mal ?
Une fois à terre,
un aide-de-camp de l'ex-empereur Napoléon ne vous a-t-il pas remis un pli ?
Si.
Pourquoi ?
Ne saviez vous pas que toute relation est interdite avec l'ancien tyran ?
Mais monsieur, J'ai agis sur ordre du capitaine du Pharaon.
Alors qu'il luttait contre les fièvres malignes qui devaient l'emporter,
il m'a fait jurer d'aller chercher cette lettre.
- Cela ne me plaisait guère... - Est-ce que vous n'est pas Bonapartiste ?
Vous savez, je suis qu'un marin. Rien qu'un marin.
Trop souvent lointain de France pour m'intéresser aux choses politiques.
Mais comme aurais-je pu me soustraire aux dernières volontés d'un mourant ?
Surtout que ce mourant était le seul maître à bord, après Dieu,
du navire sur lequel je servais.
Et le code maritime m'a imposé la plus stricte obéissance.
Vous vous défendez bien.
Je ne me défends pas, M. le procureur.
- C'est la vérité qui me défend. - Et je vous crois, mon garçon.
Allons, l'affaire est entendue.
D'ailleurs, nous sommes habitués aux lettres anonymes,
j'en reçois bien une dizaine par jour.
Enlevez-lui ses chaînes.
- Je suis libre ? - Mieux, vous êtes innocent.
Car je ne vois pas ce que la justice pourrait avoir à vous reprocher,
sinon d'avoir été compatissant envers un mourant,
et obéissant envers votre supérieur, ce qui est tout à votre honneur.
Adieu capitaine Dantès, je vous rends à votre fiancée.
Et moi, je retourne près de la mienne.
C'est le jour de mes fiançailles.
Quelle étrange coïncidence.
Eh bien, tous mes vœux de bonheur, M. le procureur.
Et qui sait si nos deux fiancées ne deviendront pas
- les meilleurs amis du monde. - Oui.
Elles s'uniront pour nous ruiner
chez la même couturière et la même modiste.
Adieu.
Encore un instant, capitaine Dantès. Juste un détail.
Cette fameuse lettre de l'île d'Elbe, vous l'avez toujours ?
Oui, certainement.
La voici.
Avez-vous lu le nom du destinataire ?
Avez-vous retenu son adresse ?
Bien sur. Je comptais d'aller moi-même la porter en personne.
Un certain M. Noirtier,
13 rue de Coq-Héron, à Paris, je crois.
Je m'apprête à fuir l'île d'Elbe
pour débarquer en France et reprendre le pouvoir.
Je vous charge de favoriser cette reconquête
en éliminant par tous les moyens à votre convenance
l'un de mes plus dangereux adversaires.
Vous avez toute ma confiance, Napoléon.
Edmond Dantès, en nom de la loi je dois vous arrêter.
Comment ? Mais vous venez de dire que...
Conduisez cet homme au Château d' If
et veillez à ce qu'il ne puisse communiquer avec personne.
- Vous n'avez pas le droit ! - Taisez-vous, Dantès !
Pas un mot !
Des accusations d'une extrême gravité penchent sur vous !
Arrêtez ! Villefort ! Soyez maudit, Villefort !
Un jour je vous retrouverai ! Un jour je vous tuerais !
Ce qui a provoqué l'émotion et le brusque revirement du procureur Villefort c'est...
C'est le nom de l'individu auquel je devais remettre le pli de l'île d'Elbe.
Noirtier, Rue de Coq-Héron, Paris.
- Et ce nom ne vous dit rien ? - Non.
J'ai longé l'île d'Afrique, j'ai doublé le Cap de Bonne-Espérance,
J'ai relâché à Colombo, Bombay.
Je n'ai jamais été à Paris. Je ne connais personne.
Votre Noirtier s'appelle en réalité Noirtier de Villefort.
C'est le père du procureur qui vous a fait enfermer ici.
J'ajoute qu'il a toujours été réputé pour ses sympathies bonapartistes.
Cette lettre, dont vous êtes chargé, devait contenir un message
qui risquait de compromettre le père de Villefort.
Oui, ça tient.
Ça tient. Ça explique pourquoi il m'a laissé pourrir ici
sans même me traduire devant un tribunal.
Mais...
Napoléon est mort, lui aussi !
Ces histoires de complots bonapartistes n'ont plus aucun sens.
Pour Villefort un danger chasse l'autre.
S'il vous fait comparer devant les juges, vous allez parler de la lettre.
Alors, pour protéger son père d'abord et sa carrière ensuite,
Villefort n'a pas hésité à me sacrifier, à me condamner à être enterré vivant.
N'oubliez pas l'autre lettre.
La lettre anonyme...
en me dénonçant comme courrier de l'empereur.
Depuis que je suis enfermé dans ce trou je n'ai pas cessé de réfléchir,
tournant et retournant les événements dans tous les sens.
Fait du mal à l'admettre, la vérité.
Mais aujourd'hui, pour moi... cette lettre...
n'est plus anonyme.
N'ayez pas honte, au moment d'être livré, Jésus aussi a pleuré.
Tout le monde pense que les larmes de Christ étaient des larmes d'angoisse.
L'angoisse du supplice.
Mais moi, je me demande s'il n'a pas pleuré parce que Judas l'avait trahi.
Judas était son ami, vous savez ce qu'il a fait.
Mais Jésus ne s'est pas vengé de Judas.
Non, parce qu'il était Dieu, ça lui donnait des devoirs.
Mais vous, vous n'êtes qu'un homme, ça vous donne des droits.
Nous pouvons signaler sa mort en quittant notre service.
Comme ça, la ronde de nuit devra l'apporter jusqu'au cimetière. Allez !
Il faut déjà commencer à le mettre dans un sac
parce que sinon les bêtes vont commencer le grignoter.
J'ai cherché et je l'ai trouvée, Faria...
... le plus beau des trésors.
La liberté, Faria !
Ma liberté, c'est trouvée.
Il est lourd pour un vieillard qui n'avait plus que la peau sur les os.
C'est à cause du boulet.
Il fallait attendre d'être au cimetière pour le lester.
C'est après toi qu'on court ? Je peux te cacher.
On pourrait en profiter pour prendre du bon temps, Qu'est-ce que t'en dis ?
Je n'ai pas d'argent.
Je sens le vent du large et j'ondule mes jambes comme une sirène.
Toi qui es un marin, ça doit te plaire ?
- Je n'ai pas d'argent, du tout. - Avec moi, c'est pas chère.
Et puis j'ai une femme qui m'attend.
Père ! Père, ouvre-moi !
C'est Edmond, je t'en supplie, ouvre-moi, je suis en danger !
Père !
Excusez-moi, madame, mais... M. Dantès n'est pas là ?
Non, depuis longtemps.
- Il est parti. Ailleurs ? - C'est ça, oui. Parti ailleurs.
- Loin d'ici ? - Très loin.
Il est mort.
On lui a arrêté son garçon, on l'a jeté en prison.
Alors le vieux Dantès est mort...
- ... de faim. - De faim ? Mais c'est impossible.
Il n'avait que des amis, ici. Personne n'a pu l'abandonner ?
Quand il a su qu'on lui prenait son fils,
il a plus voulu manger.
Il souhaitait plus qu'une chose, mourir.
- C'est impossible. - Pour aller vite retrouver
son cher petit Edmond, là-haut.
Chez le Bon Dieu.
Mais Edmond Dantès n'était pas mort ?
Il faut croire que si.
Bien des gens essayaient d'avoir de ses nouvelles.
On leur a dit que qu'on ne savait pas.
Oh, et puis c'est si vieux tout ça.
A quoi ça sert de remonter tout ces choses ?
Tu es matelot à ce qu'on dirait.
D'abord, as-tu tes papiers maritimes ?
- Oui, bien sur... - Alors, c'et bien ?
Tout de suite...
Excusez-moi, ça fait trois fois qu'ils me demandent mon livret,
et je ne sais plus dans quelle poche je l'ai mis.
Qu'est-ce que vous le voulez à mon petit fils ?
C'est un bon garçon qui a jamais fait de mal à personne.
Votre petit fils ?
Ah, sans lui il y a longtemps que je serais morte, allez.
Et ça vaudrait peut-être mieux!
Il ne faut pas dire des choses comme ça, madame !
On fait d'excuses, on ne pouvait pas savoir.
Nous cherchons un évadé, vous comprenez ?
C'est pas chez nous que vous le trouverez !
Tout ce qu'on cache ici c'est notre misère !
Je peux savoir pourquoi vous avez fait ça ?
Je sais pas qui t'es, mon garçon. Je préfère pas le savoir.
Mais j'ai fait ça parce que, tout à l'heure,
t'as défendu la mémoire du pauvre vieux père Dantès.
Je cherche la señorita Mercédès.
J'ai frappé à sa maison, mais il n'y a personne.
Vous la connaissez surement, Mercédès Igualada.
Fille de Feliú et de Rosada.
Et d'origine catalane.
Hombre, desquels lieus tu retombes là ?
Ça va bientôt faire vingt ans qu'elle est partie.
Partie ?
Partie... mais où ?
A l'époque on a parlé de Paris. Enfin, je crois.
En tous cas, elle n'est jamais revenue.
Et Fernand Mondego ? Je crois qu'il était son cousin.
Il sait peut-être ce qu'elle est devenue ?
Fernand Mondego ? Mais lui aussi, il est parti.
Il s'est engagé dans l'armée.
Alors, mon gaillard, tu te gaves du blé comme un rat ?
T'es embarqué sur quel bateau ?
Aucun bateau.
C'est-à-dire, j'étais sur un voilier.
A l'île de Malta, mais on a fait naufrage.
C'est des choses qui arrivent.
La Jeune Amélie est-ce un bon navire
qui tient sur les pieds, et je suis un bon patron qui tient ses promesses.
C'est une proposition ?
Un de mes hommes a été arrêté pour une bagarre dans une taverne,
Et ça tombe mal car j'ai un rendez-vous cette nuit quelque part au large,
et avec ce mistral du diable,
déjà que j'ai un équipage réduit, je n'irais pas tranquillement.
Contrebande ?
Ne me demande pas mes affaires, je vais faire le même avec les tiennes.
Alors, c'est oui ?
C'est pour aller où ?
Les cotes italiennes, tu n'as pas besoin de savoir plus.
On a un vent arrière, capitaine.
Il faut monter une voile carrée là, sur le beaupré.
- Voile carrée ? - Oui.
Et relâcher le foc là, il n'est pas assez lâche.
Loup de méditerranée aux aromes de Provence,
fourré d'un hachis de langoustines et d'oursins.
Le tout grillé au fagotin de fenouils, flambé à la liqueur d'anis,
nappé d'un velouté de tomates relevées d'une pointe de safran.
Ce diable de Bertuccio n'entend rien à la navigation mai comme maître-coq,
il n'a pas son pareil.
Avant de l'embarquer sur la Jeune Amélie il était cuisinier du comte Farlatti,
l'un des hommes les plus riches de Toscane.
Et ce gens là, tu sais comme ils sont...
Toujours à s'imaginer qu'on les dépouille, qu'on les détrousse,
qu'on les friponne.
- Votre cuisinière est un larron ? - Et toi ?
Qui es tu ?
La vigie signale un fanal par tribord avant, capitaine.
- Fixe, ton fanal ? - Ça cligne des yeux.
A couche tu le vois, à couche tu le vois pas.
C'est le signal.
Tout le monde sur le pont, ça sent le tabac turque.
Ce n'est pas l'île de Monte-Cristo ?
Une île, dis-tu ?
C'est faire beaucoup d'honneur à ce morceau de caillou.
Vous voulez m'y débarquer ?
Te débarquer sur Monte-Cristo ?
On y va passer à quelques heures d'ici, ça ne vous déroutera pas de beaucoup.
J'ai pas vraiment envie de me séparer d'un bon marin comme toi.
D'ailleurs, tu serais dingue de nous quitter si tôt.
Et tant que j'ai pas négocié en Italie
le ballot de tabac qu'on a embarqué cette nuit...
Avec quoi pourrai-je te payer ?
Ce que je vous demande comme salaire c'est de me débarquer sur cette île,
et de m'y reprendre à votre retour d'Italie, dans une huitième de jours.
Et qu'est-ce qu'un homme come toi pourrait faire
sur un foutu caillou comme ça ?
Quand Lazare est sorti de son tombeau, personne ne lui a posé des questions.
Il faut respecter le silence des morts, capitaine.
Que Dieu me pardonne d'avoir transformé son fils en couteau.
- Tenez, ça vous donnera des forces. - Non, laisse. Il est trop tard.
Mais, avant de partir, je veux te donner quelque chose.
Te révélerai un secret auquel personne n'a jamais cru.
Mais toi, tu vas y croire.
Comme tu crois en Dieu.
Est-ce que je crois en Dieu ?
C'est comme mon secret, tant que tu ne l'a pas vu, tu doute.
Quant tu l'auras vu, tu sauras ébloui.
Un trésor... car je suis riche, mon enfant.
Immensément riche.
Là-bas, une île...
Une île ? De quelle île parlez-vous ?
Monte-Cristo. L'île de Monte-Cristo.
Il y a des récifs partout.
Je ne peux pas prendre le risque de me rapprocher davantage.
Je suis un bon nageur.
Au revoir ! On vous revoit dans huit jours !
Vous allez regretter mes bonnes petites recettes !
Il n'est pas ça qu'il va regretter.
T'as donc pas compris qui est cet homme ?
Tu te rappelles pas d'avoir entendu tonner le canon du Château d'If ?
-Peut-être, et alors ? - Un évadé c'est une marchandise
qui se négocie comme une cargaison de tabac, ou mieux même.
C'est pour ça que j'avais d'abord pensé à garder cet homme à bord, mais...
... c'était mal calculé.
Il aura pu profiter de notre escale en Italie pour fuir dans la nature.
Mais tant qu'il est là, il n'a aucune chance de s'échapper de Monte-Cristo.
Oui, mais alors, si nous faisons route vers l'Italie,
moi aussi, je serais cherché par les carabiniers.
Oh, rassure-toi, tu ne vaux pas la corde pour te pendre.
Mais, lui c'est autre chose.
Le pensionnaire du Château d'If c'est pas la pègre de bas étage.
C'est la crème du lait.
Une grotte.
Faria, secours-moi, je...
Un signe...
Un signe, je ferai le reste.
Ne m'abandonnez pas.
Faria, montrez-le-moi.
Ce trésor appartenait au comte Spada, empoisonné par César Borgia.
Aidez-moi.
Je descends des Spada.
Mais le trésor était trop bien caché.
Même pour un Borgia.
Pauvre vieux.
Il ne savait plus ce qu'il disait.
C'est normal.
Moi aussi, je délirais.
D'ailleurs...
Qu'est-ce que j'aurais fait de ce trésor ?
Hein, Faria ?
Faria... Qu'est-ce que j'aurais fait de ce trésor ?
Une grotte. Il y a des pierres, ensevelies dans la nuit.
Mais toi, tu les arracheras à la nuit, tu les feras briller...
plus fort que le soleil.
Elles seront à toi. Toutes à toi.
Monsieur, tu es vraiment sûr ?
Là, c'est là-bas !
Tu es sûr que c'est vraiment l'île de Monte-Cristo ?
Monsieur, c'est Bertuccio !
Monsieur ! Ne vous cachez pas !
Ne vous cachez pas, je suis venu vous sauver la vie. Monsieur ?
"Me sauver la vie" ?
- Qu'est-ce que tu racontes, Bertuccio ? - Je vous jure que c'est la vérité !
Je vous signale que le capitaine de la Jeune Amélie
avait donné l'idée de vous délivrer aux autorités françaises
pour toucher la prime !
Ah oui, et comme ça tu penses que c'est toi qui va toucher la prime !
- Vous êtes venus en combien, pour ça ? - Mais non, vous vous trompez !
N'avance pas !
N'avance pas.
Vous n'avez qu'à regarder, je suis seul.
A part le pauvre pécheur Jeppé, qui m'a accompagné pour venir jusque là.
Mais dis lui, à Jeppé, de débarquer !
Je prends son bateau e je te prends comme matelot avec moi.
Mais c'est avec sa barque qu'il gagne son pain.
Jeppé est un pauvre homme.
Non.
Tiens. Maintenant c'est un homme riche !
Mais pourquoi vous n'avez pas voulu emmener le vieux Jeppé ?
En deux contre un vous auriez pu facilement vous débarrasser de moi.
- Je sais qui tu es. - Et qui je suis ?
Un cuisinier qui n'a même pas un couteau sur lui ?
Un voleur qui a pillé son maitre.
Mais ne t'en fais pas à moi, tu ne m'auras pas, à moi.
On dirait que vous êtes obsédé
par l'idée de vous faire attaquer, pourquoi ?
Est-ce une fortune que vous avez cachée là-dedans ?
De toute façon, c'est pas la peine de faire des mystères.
Votre affaire, elle est limpide.
Et qu'est-ce qu'un prisonnier évadé,
à peine sortit de prison, vient faire sur d'une île perdue,
si ce n'est pour aller récupérer un bon butin
qu'il aurait soigneusement pris la peine de cacher,
- avant de se faire arrêter ? - Il s'agit pas d'un butin, mais d'héritage.
Quoi qu'il en soit, tu viens te trahir !
Tu n'es pas venu par charité mais par intérêt !
Si tu n'a pas de couteau, moi, j'en ai un, je sais m'en servir !
Alors, retourne à la voilure !
Alors, vous faites une erreur.
Et même si votre coffre est rempli de diamants aussi gros
que celui que vous avez donné au vieux Jeppé,
je vous dis que ce ne m'intéresse absolument pas, voilà.
Parole de Bertuccio !
La seule chose que je vous demande
c'est de me prendre avec vous, comme votre serviteur.
Non, je n'ai pas besoin de personne.
Nous ne faisons pas route vers les côtes françaises !
Bien vu ! On va en Italie !
Veuillez m'excuser.
Cependant, je crains d'avoir mal saisi.
Pour le compte de qui travaillez-vous ?
Et bien monsieur, j'ai l'honneur d'être mon propre maitre.
Et de vivre de mes biens.
Et vous, prétendais vous porter acquéreur de...
De 51 pour cent du capital de votre banque. Oui, monsieur.
Pourquoi 51 pour cent ?
Pour avoir la liberté d'agir comme bon me semblera,
suivant le fil de mon inspiration, comprenez-vous ?
Non, il ne comprend pas.
Je suis désolé, mai je crois que cette plaisanterie a assez durée.
- Écoutez, mon ami... - M. le comte.
- Plaît-il ? - M'appeler mon ami,
ce qui, en soit, n'a rien de désobligeant, mais vous devez dire M. le comte.
- M. le Comte ? - Oui.
M. le comte de Monte-Cristo.
- Et c'est vous ? - C'est moi.
Cher monsieur,
je ne voudrais pas me montrer désagréable,
mais il se trouve que je suis assez pressé.
Alors, si vous voulez ne pas tracter avec moi,
ayez l'obligeance de me le dire tout de suite.
- J'irai ailleurs. - Ailleurs ?
- Pour acheter une autre banque ? - Veuillez m'excuser...
Avant de m'entretenir avec vous,
j'ai déposé un coffre dans la chambre forte de votre établissement.
Je vous autorise volontiers à le faire ouvrir.
C'est déjà fait.
A-t-on examiné le contenu du coffre que ce monsieur a déposé chez nous ?
Oui, monsieur le directeur. Mais justement ...
Justement quoi ?
Il y a beaucoup d'argent, aussi d'or, de bijoux et aussi de colliers.
Merci, laissez nous.
Ce qu'on m'annonce à l'instant est prodigieux.
Tout simplement stupéfiant.
Comment ce fait-il que nous n'ayons jamais entendu parler de...
...Monte-Cristo ?
Et bien, c'est à dire que je ne suis pratiquement jamais sorti de mon château.
De votre château ?
Ah oui, certes.
Qui doit être splendide ça, je l'imagine.
Et où se trouve-t-il ?
Et bien, sur une île, là-bas, en orient.
Et, puis-je savoir, M. le comte,
par quel immense honneur vous avez porté votre choix sur notre société ?
N'avez-vous pas chez vous l'armement Morrel, de Marseille ?
Et bien, pour moi c'est une référence.
Il semblerait que M. Morrel
soit victime d'une série de circonstances très fâcheuses, c'est ainsi.
Il a perdu pas mal de navires.
Il lui ne reste plus que le Pharaon.
Il doit être, en ces jours-ci, à destination des Indes Orientales.
L'avenir...
je serais tenté de dire d'une façon plus réaliste, la survie de la maison Morrel,
dépend entièrement de la réussite de ce voyage.
Un long voyage, M. le comte, qui va prendre toute une année.
Pendant laquelle vous voudrez bien suspendre
les créances que vous avez sur l'armement Morrel ?
Ce désire me paraît bien imprudent, M. le comte.
La plus grande des imprudences, mon chère...
c'est de discuter mes ordres.
- Vite ! A Marseille ! - Oui.
M. l'abbé, si j'ose.
Que peut faire pour vous l'abbé Busoni, ma brave femme ?
J'ai pas voulu vous déranger
pendant tout ce temps qui vous fallait pour vous installer.
Remettre en état cette pauvre maison, ça a pas dû être une mince affaire.
Avec l'aide de Dieu on vient au but de tout.
Mes pauvres vieilles jambes ont bien du mal à me porter jusqu'à l'église.
E je voudrais tant me confesser.
Ego te absolvo, in nomine Patris et Spiritus Sancti, amen.
L'absolution ? Mais... Je ne vous ai pas dit mes péchés !
"Ce que vous ferez au plus petit d'entre nous,
c'est à moi que vous le ferez." Parole du Seigneur.
C'est Dieu qui a une dette envers vous.
Ça marche, Bertuccio, ça marche ! La vieille femme s'est fait avoir.
Elle m'a même demandé de la confesser.
C'est peut-être la dernière fois où j'ai dis : "Je vous pardonne".
Cet abbé Busoni,
demande encore un peu de travail. Le nez ça va, la voix à peu près...
Il reste quelque chose à trouver dans le regard.
Tu remarques que je te dis tout, n'est-ce pas ?
Peut-être même un peu trop.
J'espère que j'ai raison de me fier à toi.
Après tout, tu n'es qu'un simple voleur des poules passible de prison.
Ou de bagne, peut-être.
Alors, ne t'avise pas de me trahir, sinon ma vengeance serait...
Serait terrible ? Je sais.
Laissez-moi vous dire une chose :
Si vous voulez vivre à nouveau parmi les hommes libres,
Il faut réapprendre à donner votre confiance.
A moi au moins. Sans à rien penser.
D'ailleurs, je vous avoue quelque chose,
pour vous prouver que votre confiance est bien placée.
Et pour me mettre complètement à votre merci.
Je veux vous dire comment je m'appelle.
Celui qui est recherché par la police
s'appelle Viscoli.
Mon vrai nom est Benedetto Francesco Viscoli.
Merci, Bertuccio.
Je suppose que tu attends de moi que je te rende la pareille ?
Je suis un cuisinier qui garde ses recettes,
vous avez bien le droit d'être un maitre qui ne divulgue pas ses petits secrets.
Alors disons que je t'ouvre quelque chose comme un crédit.
Le jour où te me le demanderas,
je te dirai vraiment qui est le comte de Monte-Cristo.
Que Dieu soit avec vous.
Dit-moi, mon brave, suis-je encore loin de l'auberge du Pont du Gard ?
A moins d'une lieue, mon père.
Mais si j'étais vous ce n'est pas là que je descendrais.
Ah voilà, et pourquoi cela ?
Je ne veux pas médire,
mais on raconte que le tenancier et sa servante sont fieffés coquins.
Tu es bien agité.
Le beau monde nous arrive !
Je suis l'abbé Busoni.
Et vous êtes Caderousse, n'est-ce pas ?
Vous me connaissez donc, M. l'abbé ?
De réputation.
C'est bien vous qui teniez autre fois l'auberge La Posada ?
Près du village des Catalans ?
Oui, mon père, mais j'y préféré m'éloigner de Marseille.
Ah oui. C'est une ville dangereuse, n'est-ce pas ?
Où on a vite fait des noués de mauvaises fréquentations.
Et alors, Carconte ?
Ne vois-tu pas que M. l'abbé meurt de faim ?
M. l'abbé, m'autorise-t-il à déboucher pour lui
cette bouteille d'excellent vin de Beaucaire ?
Bien volontiers, M. Caderousse. Asseyez-vous.
Bien que je sois descendu chez vous ni pour votre table ni pour votre vin.
Mais...
Pour quoi donc, alors ?
Pour votre mémoire, M. Caderousse.
Vous souvenez-vous d'avoir connu un certain Edmond Dantès ?
- Edmond Dantès, vous dites ? - Oui.
Si je connais Edmond Dantès, moi ?
Oui, un petit peu.
Il venait quelque fois à La Posada,
à se rafraîchir d'un verre de Bandol bien frais.
Mais... il y a bien longtemps que je ne l'ai pas vu.
Et vous ne le reverrez jamais puisqu'il est mort.
Il est mort ?
C'est moi qui lui ai apporté le secours de la religion,
et recueillit son ultime confession.
Le De Profundis, comment dites-vous, hein ?
Encore que le pauvre jeune homme
ne devait pas avoir grand-chose à confesser.
C'était le plus brave homme que la terre ait jamais porté.
Je vois que vous l'aimiez bien.
Lui aussi, il vous aimait bien, Caderousse.
Juste au moment de fermer les yeux,
il m'a supplié de retrouver les seuls vrais amis
qu'il avait jamais eu sur cette terre.
Il n'avait jamais cessé de chérir dans son cœur...
Fernand Mondego, Eugene Danglars et vous.
Mon cher Caderousse.
Mais nous retrouver pour quoi faire, puisqu'il est mort ?
- Pour faire votre fortune. - Comment ça, notre fortune ?
Ne me demandez pas comment
ce diamant était dans sa possession. Cela relève du secret de la confession.
Mais toujours est-il,
que cette pierre est estimée à cinquante mille francs.
Et que Dantès m'a donné commission de répartir
le produit de sa vente entre ces anciens amis,
Donc vous, mon cher Caderousse.
Même divisée en trois parts, la somme reste considérable.
Sans doute, M. l'abbé... sans doute.
Encore que ça vaudrait la peine d'y réfléchir à deux fois
avant de faire le partage.
Mais évidemment...
Il pouvait pas le savoir, le pauvre.
Savoir quoi ?
Fernand Mondego, Eugene Danglars,
ceux que Dantès croyait être ses amis, et bien...
Enfin, vous allez m'accuser de calomnie, M. l'abbé.
Mais parlez, mon ami. Vous pouvez parler.
C'est à cause d'eux,
si Dantès a été arrêté.
C'est eux qui ont écrit et envoyé la lettre anonyme qui l'a fait jeter en prison.
Eh bien, vous en savait de choses, M. Caderousse.
Vous savez, quand on sert les gens,
on ne peut pas s'empêcher... d'entendre ce qu'ils racontent.
En tout les cas, moi, je n'ai jamais trompé à leur sale petit complot.
Ni de près ni de loin.
Et, vous n'avez qu'à voir...
Je suis resté dans la misère, moi.
- Et eux ? - Eux, M. l'abbé ?
A foi de Caderousse,
c'est à croire qu'il n'y a pas de justice dans ce monde.
Tout de suite après l'arrestation de Dantès,
ils n'ont pas traîné dans le coin.
Danglars s'est monté à Paris.
il a amassé des millions. Il a fondé une banque.
- Il a même été fait Baron. - Baron, lui ?
Et Fernand a fait beaucoup mieux.
Il s'est engagé dans l'armée.
Il a servi en Grèce pour le compte d'un certain Ali Pacha,
qui l'a fait général et doté d'une immense fortune. Lui aussi,
il vit à Paris, maintenant.
Sous le nom de comte de Morcerf.
Il est pair de France.
Je vois.
Mais j'espère que...
vous voyez surtout que ce ne serait pas juste,
de partager le diamant avec eux.
Ils ne le méritent pas.
C'est pas comme moi et ma pauvre servante...
- Vous n'allez pas bien, M. l'abbé ? - Si, si. Ça va.
Ça va, mais je ne veux pas tarder à reprendre ma route. Je...
Je vous dois combien, Caderousse ?
Mais rien du tout, monsieur.
Vous me portez un diamant de cinquante mille francs,
comment je peux vous faire payer en plus ?
Non, le diamant c'est à Edmond Dantès,
mais c'est l'abbé Busoni qui a bu votre vin et mangé votre poulet.
Alors ça fait deux francs et quarante.
Tenez, voilà trois francs, gardez tout.
Edmond Dantès avais des amis, ou du moins, il croyait en avoir,
mais il avait aussi un amour...
Mercédès Igualada.
Une sacrée belle fille.
Elle a quitté Marseille, m'a-t-on dit ?
Évidemment, puisqu'elle a épousé Fernand.
La voilà comtesse de Morcerf, à cette heure.
Adieu Caderousse.
Adieu Madame.
Ferme donc la porte au verrou !
Au cas où il aurait des regrets de m'avoir laissé la pierre.
De nous l'avoir laissée.
Moi, je n'ai jamais été un traître, ni des hommes ni de Dieu.
Alors je suis venu te prévenir.
Si tu n'as pas cru bon d'exercer ta justice divine,
je me charge de la manifester... à ma façon,
qui sera impitoyable, qui sera aussi éclatante !
Je suis le frère Barnabé de l'ordre de Saint-François.
Je mène une vie d'ermite là haut, dans les collines,
et cette chapelle est mon oratoire.
Cela m'étonne qu'un prêtre, ayant un si beau cheval,
se soit arrêté dans un lieu si misérable pour y chercher Dieu.
Je ne cherche pas Dieu, frère Barnabé.
Je suis venu l'avertir que je prenais sa place.
Pour faire réparer votre porte. Priez pour moi.
Ah, vous voilà, enfin.
C'est que je commençais à me faire de souci, moi.
Et pas seulement à cause du diner, qu'a faillit brûler d'ailleurs,
mais ce serait vraiment dommage
parce que je vous ai préparé d'excellentes choses.
Des tomates aux anchois, des spaghettis aux fruits de mer...
J'ai fait tout à l'heure pour l'addition de cinquante mille trois cent francs
un repas qui me coupera l'appétit pour plusieurs jours au moins.
Et puis nous n'avons pas le temps de souper. Nous partons.
- Encore, mais on part où cette fois ? - En orient.
J'ai besoin d'apprendre.
L'abbé Faria, il m'a pas tout appris. Il était trop bon pour ça.
Mais que pensez-vous apprendre en orient ?
Le raffinement, Bertuccio. Le raffinement sous toutes ses formes,
et en particulier le raffinement de la vengeance.
Qu'est-ce qu'il y a, Maximilien ?
Ça peut être lui, ça peut être le Pharaon.
Ça peut être lui mais... c'est pas sûr.
Il le faut. Il faut ce soit lui.
Que Dieu t'entende.
Si le Pharaon et sa cargaison sont engloutis...
alors la banqueroute est inévitable.
Quand je pense que vous m'avez contraint
à vivre pendant tout ce temps avec cet espèce de gâteau sur la tète...
J'imagine que vous avez hâte de vous changer, vous aussi, hein ?
Oui, et vite. J'ai un rendez-vous.
En quoi vous voulez vous habiller, maintenant, hein ?
Vous voulez être le comte de Monte-Cristo
ou l'abbé Busoni, Herr doktor Malzenstein,
- Lord Wilmore, qui ? - Lord Wilmore.
Et ça va passer pour un nez anglais, ça ?
J'ai appris à connaître les anglais, en navigant sur le Pharaon.
A les en croire, leurs navires sont plus imposants que les nôtres,
et leur empire est plus grand que le notre royaume.
Alors pourquoi pas leur nez ?
- Et vos turques ? - Quoi, mes turques ?
Et qui je suis, moi, Aladin, hein ?
Et comment je fais pour faire tenir votre caravansérail
que vous traînez derrière vous, dans une si petite maison ?
Tu as raison. Achètes quelque chose pour les loger.
Ne regarde pas la dépense. Que ce soit grand et beau.
Somptueux, même !
Ah, mais comment ça, somptueux ?
Ces hommes ne sont que des esclaves, non ?
Ils ne le sont plus, puisque je les ai rachetés.
Qui entre à mon service doit être traité aussi bien que je me traite moi-même.
Entrez !
C'est surement pour annoncer l'arrivée du Pharaon.
M. Morrel, un certain Lord Wilmore est là.
Et demande à être reçu.
Il a dit qu'il était envoyé par la banque.
Oui, c'est Thomson and French, c'était inévitable.
Bon, faites-le monter.
Voilà une entrevue qui s'annonce délicate.
J'ai dans cette banque plusieurs traites arrivées à échéance.
Ça fait beaucoup d'argent.
Malheureusement les casses sont vides.
Père, il ne faut pas désespérer.
Car si c'est bien le Pharaon qui était en vue du port, tout à l'heure ?
Si.
Ah, M. Morrel !
La banque Thomson and French,
avec laquelle votre maison est en affaires...
Je ne veux pas être discourtois en vous interrompant, mais j'imagine...
que cet entretien est aussi pénible pour vous que pour moi.
Alors écoutez, si vous le permettez, tâchons d'être le plus rapide possible.
Comme il vous plaira.
J'ai ici un relevé de nos comptes.
Nous avons d'abord signé par vous
une série de traites pour deux cent mille francs.
Ils ont été suspendus à un an.
Les voici, arrivées à échéance.
Auquel il faut ajouter trente deux mille cinq-cents francs
fin courant.
Et pour la fin du mois prochain, environ cinquante-cinq mille francs.
C'est cela.
Parfaitement.
Ainsi donc, puisque vous ne discutez pas le montant de vos dettes,
de quelle façon entendez-vous... vous en acquitter ?
Je ne vous cache pas que notre banque est inquiète.
Mais j'ai toujours fait honneur à ma signature.
Je sais bien qu'une rumeur cour à Marseille, selon laquelle la maison Morrel
serait incapable de faire face à ses engagements mais,
si tôt que mon navire, la Pharaon, sera enfin au port...
Je suis arrivé à Marseille par le Luxor,
qui a recueilli à son bord les naufragés du Pharaon.
Il n'y a plus le Pharaon, M. Morrel.
Maximilien, mon fils, cours vers le port, va réconforter nos pauvres marins.
Amène-les ici,
et je descendrai leur parler dès que j'aurai fini avec Lord Wilmore.
Tout de suite.
Combien de rescapés ?
Tout l'équipage du Pharaon est sain et sauf.
Ah, merci, My Lord.
Merci, c'est l'essentiel.
Le bruit court que l'armement Morrel
n'a jamais perdu aucun membre d'équipage, est-ce vrai ?
Ah non, c'est faux, j'ai perdu un capitaine mais...
Mais c'est une vieille histoire, je ne me suis jamais consolé.
Sur quel navire a-t-il péri ?
Ah, mais il n'était pas sur un navire, non, il était...
englouti par quelque chose d'innommable,
je ne me suis jamais expliqué.
Et pour honorer sa mémoire je peux vous dire son nom.
Il s'appelait Edmond Dantès.
Dantès, dites-vous ?
Ne s'agite-il pas de ce garçon
dont vous avez si généreusement assisté
le malheureux père, jusqu'à sa mort ?
Bon... généreusement, My Lord ?
Bien...
C'est ce qui se dit, à Marseille.
Je suis désolé pour le Pharaon.
Qu'est-ce que ça peut vous faire ?
Pour vous les banquiers, c'est quoi un bateau ?
Des colonnes des chiffres, la valeur d'une cargaison ?
Non, vous ne pouvez pas comprendre.
Le Pharaon c'était le plus beau, c'était le plus ancien des nos navires,
et maintenant que le Pharaon est au fond,
c'est la maison Morrel qui va couler à son tour.
Oui, je sais bien ce que vous êtes venu demander à mon père.
Mais qu'est-ce que vous en faites de tout cet argent, dans vos banques ?
Nous, on en fait des navires, on en fait des voyages,
on en fait des hommes libres.
On en fait du curry, de la vanille, de la soit, de l'indigo,
On en fait du rêve !
Chez nous l'argent il n'est pas enfermé, il prend le vol !
Il va sur la mer !
C'est assez joli, ma foi, ce que vous dites.
C'est ça, moquez-vous de moi, en plus.
Appreniez, jeune homme, que la banque Thomson and French
vient d'accorder un délai supplémentaire de trois mois,
à votre père, pour réussir à honorer ses traites.
Pas assez ce délai ?
J'aurai le plaisir de vous retrouver, ici,
à midi, très précisément.
Dans trois mois la situation sera exactement
la même qu'aujourd'hui, sinon pire, sauf miracle.
Mais merci quand même de nous accorder un petit sursis.
La plus part des gens considèrent que c'est un grand privilège de savoir
le jour et l'heure où on va mourir.
Bien la calèche, Bertuccio, bien !
Mais dès que nous saurons en Italie,
tu dois te procurer une paire de chevaux du même couleur.
Le raffinement, Bertuccio, le raffinement !
Mais pourquoi en Italie ? On retourne en Italie ?
Oui. demain à l'aube, nous roulerons jour et nuit, s'il le faut.
Chaque heure compte. Ne m'a tu pas dit que c'est dans ton pays
où se trouvaient les constructeurs de bateaux les plus habiles ?
Certainement, mais les carabiniers aussi sont habiles.
Puis, j'espère que vous n'avez pas l'intention
de vous faire construire un bateau ?
Je ne comprends pas pourquoi.
Pour remonter le temps, Bertuccio, et le vaincre.
C'est exactement ce que j'attends de vous.
Et quelques détails près.
La dunette est par trop surélevée, cela nuit à l'élégance des lignes.
Les roufs aussi sont trop volumineux. Quant à ce ridicule...
bastingage à balustre...
Ridicule, mon bastingage ?
Trop ostentatoire.
Si vous préférez, M. l'architecte,
un trois-mâts n'est pas un yacht de parade.
Et maintenant, voyons l'essentiel.
Avec quel bois contez-vous border le pont ?
Monsieur, comme on fait toujours dans ces cas-là, en pin.
Moi, je veux du hêtre blanc.
Gardons l'idée du pin pour border la carène
sur une charpente de chêne, bien sur,
qui sera doublée de cuivre.
Je pense qu'il faudra compter environ cent mille rivets.
Il semble que, dans votre vie, M. Le comte,
vous n'avez fait rien d'autre que de construire des vaisseaux.
J'en ai aimé un, monsieur. Je le connaissais par cœur.
De la quille à la pomme des mats.
Certaines nuits il m'est arrivé
de la reconstruire membrures après membrures.
C'est un exercice mental comme un autre...
pour ne pas devenir fou.
Mais parlons de vos délais.
Trois mois, M. Le compte, ça me semble un terme beaucoup trop court
- pour me permettre... - Vous n'aurez ni un jour,
ni une heure de plus.
Doublez, triplez, quadruplez vos équipes,
je payerai le prix qu'il faudra.
M. Le compte, la fortune donne des droits, mais...
Ce n'est pas ma fortune qui me donne des droits.
C'est mon infortune.
... du hêtre blanc, charpente de chêne doublé de cuivre...
Vous ne seriez pas le comte de Monte-Cristo ?
Serviteur, monsieur.
Bien. M. l'architecte, je compte sur vous.
Messieurs.
- Serviteur, Monsieur. - Vicomte Albert de Morcerf.
Et c'est moi, M. Le comte, qui suis votre serviteur.
Quel nom dites-vous ?
Morcerf.
Je suis le fils du général Fernand, comte de Morcerf.
Pair de France.
Dans ce cas, votre mère n'est autre que...
La comtesse de Morcerf, oui.
Mercédès de Morcerf ?
Serait-ce que vous la connaissez ?
Je vous sens troublé.
Non, je...
c'est le soleil d'Italie.
Cette terrible torpeur.
Oui, il fait une chaleur insupportable.
Puis-je vous convier à partager un rafraichissement ?
Je vous avoue que je souhaitais vous rencontrer
pour vous demander une faveur.
- Vous ne buvez pas ? - Si, si.
Monsieur, voici pourquoi je voulais vous voir :
avez-vous entendu parler d'une exécution ?
Pardon ?
Oui, une exécution capitale qui doit avoir lieu dans deux jours.
On doit mettre à mort un certain Rocca Priori surnommé Peppino.
Coupable d'appartenir à la bande de Luigi Vampa,
le plus fameux bandit italien.
Mais je ne vois pas en quoi ça vous concerne.
Eh bien, je me suis laissé dire que les italiens
avaient une curieuse façon d'exécuter les suppliciés.
Alors, ayant entrepris ce voyage pour découvrir l'Italie e ses coutumes,
je me suis dit qu'il fallait voir ça.
Hélas, je m'y suis pris trop tard pour avoir des places.
Et le signor Pastrini, qui tient cet établissement,
a dit que le comte de Monte-Cristo s'était sans doute montré moins étourdi,
confiant que vous accepteriez de m'accueillir sur le balcon,
que vous avez loué pour voir le spectacle.
Spectacle ?
Vous appelez la mort d'un homme un spectacle ?
Mon Dieu, monsieur, il s'agit de punir un bandit.
Le mot punition est un mot terrible, jeune homme,
ne l'employé pas comme si vous parliez d'un opéra.
Je ne vous comprends pas.
- Ce que la justice... - Il lui arrive de se tromper, à la justice.
Et quand elle se trompe elle devient la chose la plus immonde,
la plus répugnante qui soit.
Elle fait honte à ceux qui la rendent.
Et puis je n'ai pas de balcon.
Qui est-ce ?
C'est moi, monsieur, c'est Bertuccio.
Qu'est-ce qui t'es arrivé, il y a le feu ?
Non, pire.
Une histoire horrible, monsieur.
Le signor Pastrini vient de se précipiter à l'église
pour offrir un cierge à Sainte Rita.
Elle est la patronne des causes désespérées,
et il n'y a plus qu'elle qui puisse réussir à sauver ce pauvre garçon !
Il n'y a plus qu'elle, ou bien vous.
- Ma foi, de quoi parles-tu ? - Du vicomte Albert de Morcerf.
- On vient de l'enlever. - Enlever ?
Comment ça, enlever ?
Celui qui a fait le coup c'est Luigi Vampa, le bandit.
Il demande une rançon exorbitante.
Je vous garantis que s'il n'est pas payé
il donnera l'ordre d'égorger ce malheureux garçon.
Voulez-vous savoir combien il veut ?
Il est un glouton, ce Vampa.
Mais il fallait pas de quoi s'affoler.
Que le signor Pastrini avance la somme exigée
par les ravisseurs, et les Morcerf le rembourseront.
Le signor Pastrini ne dispose pas d'une telle fortune.
Mais laisse-moi dormir, moi je déteste les questions d'argent.
Mais vous, vous pourriez faire quelque chose !
Vous possédez cet argent.
C'est donc ça que tu es venu me demander ?
J'étais persuadé que vous sauriez d'accord.
Et bien non, Bertuccio.
Le comte de Monte-Cristo n'est pas d'accord.
Désolé, mon chère, mai je ne dépenserai pas un liard pour un Morcerf. D'ailleurs,
si je m'écoutais,
je te prierais de me porter de l'encre, une plume de papier,
pour m'offrir la satisfaction d'avertir moi-même Fernand de Morcerf
qu'il vient de perdre son fils.
Mais comment osez-vous dire une chose si horrible ?
C'est pas possible !
Vous ne feriez pas ça. Je peux pas le croire !
Moi aussi, Bertuccio.
Il y a certaines choses que je ne pouvais pas croire.
Elles étaient vraies, pourtant.
Et ce chère Fernand, il va tester ce que c'est de perdre un jeune fils,
Ce que mon malheureux père a vécu au point d'en mourir,
il va le prouver lui-même.
Fais-moi monter du vin, je veux me réjouir à la santé de Luigi Vampa.
Vous pouvez-vous réjouir d'une pareille horreur ?
Non, je me réjouis de la justice de Dieu.
Mais ce pauvre garçon est innocent.
Et si ces bandits décident de l'égorger ?
Le jeune Albert voulait assister à un supplice,
et bien, il sera aux premières loges.
- Non. - Quoi non ?
Pas vous, c'est pas ça.
Mais tais-toi, tu ne comprends rien !
Vous n'avez pas pensé à sa mère ?
Parlons-en de sa mère ! Ne t'inquiète pas pour elle,
elle se console vite. Son premier chagrin
il lui a fallu que quelque mois pour l'éponger.
Ah, comme ça vous connaissez cette pauvre malheureuse ?
- Non. - Si, monsieur.
Si, vous la connaissez.
Et en plus, elle vous a fait souffrir. Hein ?
C'est pour ça que vous réjouissez à l'idée
que c'est elle, maintenant, qu'ils vont faire souffrir.
Je ne dis pas le contraire.
Et bien voilà, mm ? Vous voulez vous venger ?
Alors, vengez-vous.
Mais pas en laissant égorger un pauvre innocent
qui n'était même pas né
quand vous avez été confronté à vos terribles malheurs.
Moi aussi j'étais innocent.
Alors justement !
Mais puisque vous vous rappelez tout ce que vous avez enduré,
vous devez refuser que la justice puisse frapper à nouveau un innocent.
Tu veux que je sauve Albert de Morcerf ?
Oui, je le veux. Et même je l'exige.
Ah, tu l'exiges ? Tu te permets d'exiger ?
Et au nom de quoi ?
Je me le permets au nom de la dette que vous avez à mon égard.
Vous l'avez oubliée cela, mais moi non.
C'est vrai, un jour vous m'avez même dit
que j'avais un crédit envers chez vous.
Mais c'était pour te raconter mon histoire,
pour te révéler mon vrai nom.
Ça m'est bien égal de savoir qui vous êtes.
C'est que m'importe est de savoir ce que vous êtes.
Et vous êtes un homme bon.
Comment tu as appris ça ?
Mai j'ai un cerveau, non ? J'ai réfléchi.
Par exemple, vous voulez savoir pourquoi
vous dépensez une fortune colossale
pour faire construire un navire ?
Mais parce que j'étais marin.
Et que j'adore les bateaux.
Non, vous ne mettrez jamai les pieds sur ce bateau.
Je sais à quoi et surtout à qui vous le destiné.
Tu es un redoutable créancier, Bertuccio.
Très bien, tu as gagné.
Je vais m'acquitter de ma dette envers toi.
Vous voulez dire que vous payerez la rançon du jeune de Morcerf ?
Non, je ne payerai pas la rançon.
Puisque tu me prives du plaisir de me venger,
tu me permettras au moins de m'amuser un peu.
File à l'église, arrache le signor Pastrini à sa dévotion,
et dis lui que je vais rencontrer,
cette nuit même avant l'aube, Luigi Vampa.
Ah, voilà, je le retrouve !
Encore une chose :
je te donne jusqu'à demain soir pour tout savoir sur le juge
qui a fait condamner un des hommes de Vampa.
Bonsoir, signor Vampa.
D'abord, je voudrais vous remercier pour cette entrevue.
Dis à tes hommes de s'éloigner.
Dites-leur vous même, signor Vampa.
Ça va.
- Tu as apporté l'argent de la rançon ? - Non.
Comme vous voyez, je suis venu les mains vides.
Tu sais ce que ça veut dire ? Albert de Morcerf sera exécuté.
Je ne crois pas, non.
Je voudrais bien savoir qui m'en empêcherait.
Rocca Priori, dit Peppino, lequel Peppino est de vos amis, je crois.
En quoi est-ce que ça te regardes, la mort de Peppino ?
En ce que je peux l'en empêcher.
L'arracher au bourreau ? J'y ai pensé.
C'est impossible, il y aura trop des soldas partout.
Je m'engage à faire gracier Peppino à l'échange de la vie sauve
pour le vicomte de Morcerf. Une vie pour une autre vie.
C'est assez honnête, non ?
Marché conclu, signor Vampa ?
Tu es certain de tes informations ?
A la veille d'une exécution capitale,
le juge Simonetti va toujours entendre l'opéra.
Chacun assourdit sa conscience comme il peut.
Et il attend l'aube fatale en galante compagnie
de façon un peu spéciale, comme je vous l'ai dit.
Son Excellence le juge Simonetti ?
Ma chère enfant,
Je ne vous demande pourtant pas grand-chose.
Si je vous suppliais de faire l'amour avec moi,
je pourrais comprendre votre...
refus, mais... la seule chose que je demande est de...
Baiser mes pieds ?
Les lécher, pour être plus précis.
Les toiletter lentement, avec adoration.
Et si par hasard, je m'acquittais mal de cet humble service,
je ne verrais pas d'inconvénients,
à ce que vous m'en punissiez depuis à coup de fouet.
Taisez-vous, vous me répugnez !
Mais voyons, je ne vous comprends vraiment pas, ma petite fille !
Je serais le seul de nous deux à être humilié, puni et condamné,
et si parfaitement heureux de l'être.
Jeune imbécile.
Puis-je vous parler d'une affaire, M. le juge ?
Non, je regrette.
Monsieur, pas ce soir.
Ce soir, tout est exécrable.
L'orchestre, la soprano, le chœur.
Et surtout cette petite dame, n'est-ce pas ?
Voyez-vous, M. le Juge, quand on demande à une jeune personne
de vous accorder un plaisir étrange et fascinant,
il faut lui offrir en échange une autre forme de fascination.
Et aujourd'hui, ce qui fascine les jeunes filles c'est ceci.
C'est un joyau magnifique.
Je suis heureux qu'il vous plaise.
- Il est à vous. - A moi, pourquoi ?
Mais, qui êtes vous ?
Venez, je vais vous expliquer.
En réalité, M. le juge, il s'agit d'un marché.
Un marché, monsieur ?
Ce rubis contre la grâce à un certain Peppino.
Ce rubis que vous vaudra la reconnaissance
de la charmante enfant aux pieds si délicatement bien faits.
Mais, taisez-vous donc ! Mais pour qui me prenez-vous ?
- Mais... - Pour un juge si facile à corrompre ?
Je ne veux pas vous corrompre. Seulement...
vous aider à assouvir un désir...
un désir bien innocent, ma foi, comparé à tant d'autres.
Je me demande sincèrement, monsieur,
ce qui me retient de vous faire arrêter.
La passion, M. le juge. La passion vous retient.
Vous adorez que les jeunes femmes vous fassent souffrir, vous humilient,
et après tout, pourquoi pas.
Même si c'est un goût que je ne partage pas.
Moi, une femme... m'a fait souffrir.
Et les hommes m'ont humilié.
J'ai, en regarde de tout cela,
une impression de très grand désarroi.
Mais, à chacun ses rêves.
Et je me garde bien de juger les vôtres.
A votre place, je ferais monter ce diamant en pendentif,
C'est si pure, un diamant, sur une poitrine encore juvénile.
Quant au rubis et à l'émeraude,
la jeune personne en trouvera certainement un emploi.
Les petites dindes ne sont stupides qu'en apparence.
Cette sorte de supplice s'appelle "la mazzolata",
On ne voit ça que chez nous en Italie.
Vous voyez cette massue ?
Le bourreau va s'en servir pour fracasser le crâne de Peppino.
Après quoi, avec le couteau il lui ouvrira la gorge.
Et pour finir, il le piétinera
pour pouvoir extraire le sang du moribond.
Quelle sauvagerie.
Rassurez-vous.
C'est la dernière fois qu'on va infliger "la mazzolata".
Désormais, les italiens feront comme des gens civilisés,
ils couperont seulement les tètes.
Libérez Peppino !
J'ai un pli à remettre à l'officier !
Par ordre de Son Excellence le juge Simonetti,
il y a un accord de grâce
de l'appel de mort pour Rocca Priori dénommé Peppino.
Et bien, cher vicomte !
Finalement...
vous n'avez pas pu assister à votre mazzolata.
Pas trop déçu, j'espère ?
Monsieur. Mon père,
ma pauvre chère maman et moi,
- moi par dessus tout, nous sommes... - Vous êtes vivant.
Il fait beau, l'Italie est un pays plein de charme, profitez-en.
A vous revoir, vicomte.
Calme-toi, Maximilien, calme-toi.
On doit parler, toi et moi.
L'anglais a dit qu'il sera là à midi,
A onze heures et midi comment voulez-vous que je reste calme ?
Et ton agitation ne changera rien.
Lord Wilmore sera bien là à midi, moi...
Ah non, vous ne pouvez pas faire ça.
On ne tue pas un homme pour une affaire d'argent.
Je n'entends pas faire aucun mal à Lord Wilmore.
- Mais alors c'est vous que... - Oui.
Donnez-moi ça. Donnez-le-moi !
Quelle importance qu'on donne à cet homme !
Et c'est même pas un homme, c'est une banque.
On ne se tue pas pour une banque !
Ce que je dois à Thomson and French,
il va pas les faire couler.
Pour eux, ma créance n'est probablement qu'une goutte d'eau.
Vous voyez ? Pensez à moi.
Mais je ne pense qu'à toi.
A ton avenir...
à tes chances pour obtenir la confiance
des investisseurs qui vont t'aider à...
à fonder une nouvelle maison d'armement.
Il y a une chose que je n'aimerais pas qu'on dise de toi :
"Voyez ce petit Maximilien,"
"ce garçon dont le père n'a même pas été capable d'honorer sa signature."
"Méfiez-vous de ce petit Maximilien !"
Ça m'est égal l'avenir. Je ne serai pas armateur, et alors ?
Je m'engagerai comme marin.
Mais t'on demandera de signer la liste d'équipage.
Ton nom ne vaut plus rien. Ton père l'a déshonoré.
Tu sais ce que c'est qu'une signature , Maximilien ?
Tu sais ce que c'est qu'une signature ?
C'est le prolongement d'une main.
Et ma main c'est moi.
Et moi c'est toi.
Allez, va-t-en !
Laisse-moi seul, allez !
Laisse-moi faire ce que je dois.
Comment voulez-vous que je vous quitte
en sachant qu'à mon retour je vous retrouverai...
...endormi.
Endormi un peu brutalement, sans doute, mais...
rien plus qu'endormi.
Tu sais... je n'ai pas peur du sommeil...
Ça fait du bien de dormir.
Tu verras...
quand tu seras vieux, toi aussi.
Tous les soirs je me dis ça :
Ah, fermer les yeux...
...enfin.
Fermer les yeux.
Je t'aime, mon petit garçon.
Je t'aime.
Allez, va-t-en ! Laisse-moi seul.
Il est bientôt midi.
Allez !
A Lord Wilmore, ce 5 mars :
Milord, je mets fin à mes jours,
si vous êtes l'homme que je crois vous me comprendrez.
Ma mort ne vous remboursera pas ce que je vous dois mais,
en accomplissant cet acte que certains, mais pas vous,
qualifieront de fuite, de lâcheté,
c'est moi qui me paye.
C'est moi qui règle un compte avec moi même,
c'est moi qui rachète mon honneur.
Est-ce que vous êtes le fils de Morrel ?
Maximilien Morrel, oui.
On m'a dit de te donner ça. Avant midi.
- Qui vous a donné ça, bonne dame ? - Un prêtre, un saint homme de prêtre.
L'abbé Busoni !
Papa, arrêtez !
Ne faites pas ça !
Regardez !
Ça suffit à couvrir nos dettes. Et plus que largement.
Mais je la connais, cette bourse. Je la connais.
Elle appartient à un curé, je crois, Busoni.
Non, tu te trompe, non.
C'est celle du vieux père d'Edmond Dantès.
Chaque fois que je lui rendrais visite,
parfois j'y glissais quelque pièce,
quelque fois j'y mettais quelque billet qui fait moins de bruit.
Il avait sa fierté, le vieux Dantès !
Entrez !
Lord Wilmore, monsieur.
Et me voici, messieurs, comme convenu.
Ah, entrez, My Lord.
Entrez ! Comme je suis heureux de vous voir ! Tenez !
Asseyez-vous.
J'ai quelque chose d'extraordinaire à vous raconter.
Un miracle, milord, c'est un miracle.
- Et vous êtes en mesure de... - D'honorer ma signature, My Lord.
Et bien au-delà.
Et oui, je m'en doutais un peu. Et oui, le Pharaon est rentré.
Évidemment, ça va vous changer bien de choses.
Pardonnez-moi, My Lord, mais... vous devez faire une erreur.
Une erreur ?
- Mais à propos de quoi ? - Mais du Pharaon !
Ah oui, enfin vous êtes le mieux placé
pour savoir que mon navire a coulé.
C'est vous qui m'aviez annoncé la nouvelle, il y a trois mois.
Je suis un homme de finance, M. Morrel.
Je suis habitué à la rigueur des chiffres, à la froideur des faits.
Ce que je puis vous dire c'est que j'étais à bord du navire
qui a assisté aux derniers instants du Pharaon et recueilli ses naufragés.
J'étais sur le pont du Luxor.
J'ai vu ces pauvres malheureux nager vers votre vaisseau
avec l'énergie du désespoir.
J'ai vu la mer déchainer, fracasser,
et engloutir ce qu'il restait de votre infortuné bâtiment.
Si vous avez une bible, M. Morrel, donnez-la-moi.
Je suis prêt à jurer, la main droite levée sur le livre sacré,
que j'ai vu le Pharaon disparaitre dans les profondeurs de la mer.
Mais, je suis également prêt à jurer devant Dieu,
qu'en venant, j'ai longé le quai où une foule joyeuse acclamait
ce même Pharaon qui, arborant la flamme de votre armement,
entrait majestueusement en rade de Marseille,
venant d'Italie,
où a rempli ses cales d'huile d'olive, de blé dur,
d'agrumes, de tonneaux de vin, de Chianti, de fromage de Parmesan...
C'est impossible, ce serait...
Un miracle ! M. Morrel, un miracle !
J'ai moi même du mal à y croire,
mais si le mot miracle existe dans la langue des hommes,
c'est qu'il va bien recouvrir une réalité. Au moins...
de temps en temps.
Un miracle !
Alors, vous vous êtes bien amusé ?
Ma foi oui, Bertuccio. L'illusion est parfaite.
Notre Pharaon était à ce point identique à l'ancien
que Morrel lui même s'y est trompé.
Moi, je trouve qu'il sent encore un peu le bois frais des forêts d'Italie,
mais pour relever ce genre de détailles
seul un vrai marin comme...
Comme Edmond Dantès ?
Dantès, mais qui est Dantès, tu connais Dantès, toi ?
Non, non, ça m'est venu comme ça, à l'esprit...
Bon alors, s'il t'est venu comme ça,
- fais en sorte qu'il reparte aussi. - C'est déjà fait, c'est déjà oublié.
Que nom j'ai dit ? Valdès, Bourgès, Doublès ?
C'est terrible d'avoir si peu de mémoire !
Oh, à propos, tenez.
J'avais oublié de vous la donner.
C'est l'invitation du jeune vicomte Albert à déjeuner à l'hôtel Morcerf.
Le 21 juin pour le premier jour de l'été.
- Papa, ça ne va pas ? - Ça n'a rien.
Ça n'a rien. C'est sans doute l'émotion.
Je suis... je suis heureux.
Et puis, si les bateaux ressuscitent,
c'est la preuve que Dieu existe pour de vrai.
Et nous aussi...
Non , papa, non ! Papa !
Et bien, écoute : nous irons à Paris.
Paris !
Sous-titres : Mahidevran
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.