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Ouvrez-moi, pour l'amour du ciel !
J'ai été attaqué par des brigands.
Des Turcs ?
Des Turcs, des Moldaves, des Grecs, que voulez-vous que ça me fasse ?
Laissez-moi entrer, par pitié !
Ces barbares ont tué mon escorte.
Ils ont volé mes bagages, mes chevaux.
Je me suis blessé.
Je n'ai plus rien.
Passez votre chemin, monsieur. Nous n'ouvrons cette porte à personne.
Trouvez un abri pour la nuit, et demain, à l'aube,
empruntez le sentier vers l'ouest.
Marchez sans vous arrêter.
Vous rencontrerez la demeure du vieux Gorcha.
Il vous procurera des vivres
ainsi qu'un cheval pour votre voyage.
Gorcha, dites-vous ?
Bien.
Quoi qu'il arrive, ne vous arrêtez pas en chemin.
Cette forêt regorge de bien d'autres dangers.
Adieu, monsieur.
Ne me faites pas de mal !
Madame, je suis le...
marquis Jacques-Antoine Saturnin d'Urfé.
Envoyé diplomatique du Roi de France.
Pardon monsieur, je...
Je suis un voyageur égaré. Je cherche la demeure du vieux Gorcha.
On m'a dit qu'il pourrait me venir en aide.
Que s'est-il passé ici ?
Est-ce là l'œuvre des Turcs ?
Qu'est-il arrivé aux habitants ?
Asseyez-vous ?
Il veut voir le vieux.
Merci beaucoup. Je meurs de faim.
Madame, je me présente. Je suis le...
marquis Jacques-Antoine Saturnin d'Urfé, envoyé diplomatique du...
Ohé !
Anja ?
Piotr ?
Vlad !
Ton père est rentré.
Dieu soit loué !
Jegor !
Comme vous m'avez manqué !
Qu'est-ce que c'est encore que cette tenue ?
Le père est réveillé ?
Qui est-ce ?
Je suis le marquis Jacques-Antoine Saturnin d'Urfé,
envoyé diplomatique du Roi de France.
Un incident fâcheux m'a fait perdre mon escorte et mes bagages.
On m'a dit qu'un certain Gorcha pourrait me donner un cheval pour poursuivre mon voyage.
Bien entendu, une fois à bon port, je veillerai à ce que ce monsieur soit...
richement dédommagé.
Vous êtes bien chez le vieux Gorcha.
Nous sommes ses enfants.
Je suis Jegor, son fils aîné.
Et voici mon épouse, Anja.
Notre fils, Vlad.
Mon frère, Piotr.
Et ma sœur, Sdenka.
Nous n'avons pas l'habitude des visiteurs, monsieur.
Encore moins, ceux de votre rang.
Mais soyez le bienvenu ici.
Nous ferons tout notre possible pour vous venir en aide.
Enfin, Jegor ! Nous n'avons plus de chevaux.
Anja.
Ils nous ont tout pris.
Je sais où en trouver.
J'irai vous en chercher un demain.
Je vous remercie, monsieur.
C'est très charitable de votre part.
Vous avez dû le constater :
notre village a été pillé par les Turcs,
il y a un peu plus d'un mois.
J'ai défendu comme j'ai pu ma famille et ma maison.
À la suite de cela,
j'ai rejoint les quelques survivants de la contrée qui avaient décidé de prendre les armes.
Nous les avons suivis.
Nous leur avons tendu un piège.
Et nous nous sommes vengés.
Nous avons égorgé une dizaine d'entre eux.
Hélas, leur chef,
l'infâme Alibek, nous a échappé.
C'est intéressant. Il s'avère que...
j'appartiens moi aussi à une famille qui s'illustrât pour ses hauts faits d'armes.
Non pas contre des Turcs, bien sûr, mais contre des Seigneurs de Beaujeu.
Au 13e siècle.
Je vais aller saluer mon père maintenant,
et m'assurer qu'il peut vous recevoir.
Père ?
Sa chambre est vide. Où est-il ?
Répondez. Où est-il ?
Il est parti.
Comment ça, parti ?
Il est parti se battre.
Se battre.
Il a décroché sa veille arquebuse et il est parti.
Il ne voulait pas qu'on puisse un jour le traiter de lâche.
Mais c'est insensé.
Comment avez-vous pu le laisser faire ?
À son âge ! Dans son état !
Où est-il allé ? Dans quelle direction ?
Qu'a-t-il dit ?
Mes enfants.
Je pars.
Attendez-moi 6 jours.
Si au terme de ces 6 jours, je ne suis pas revenu,
dites une prière à ma mémoire,
car alors, je serais tué au combat.
Mais si jamais,
ce dont Dieu vous garde,
je revenais après ces 6 jours revolus,
je vous ordonne d'oublier que j'étais votre père,
et de ne point me laisser entrer, quoi que je puisse dire ou faire,
car alors, je ne serais plus qu'un maudit Vourdalak.
Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
Vous avez tous perdu la raison ?
Quand est-il parti ?
Cela fera exactement 6 jours ce soir, à 6 h.
Dans ce cas, soyons prêts à l'accueillir.
Anja, prépare le souper. Ne lésine sur rien.
Sdenka, va lui cueillir des mûres.
Et toi, va te changer.
Allons.
Eh bien, merci pour le bouillon. C'était délicieux.
Je vous ressers ?
Non, merci.
Je vous prie de m'excuser. Puis-je vous poser une question ?
J'ai entendu un mot tout à l'heure. J'ignore ce qu'il s'ignifie.
Qu'est-ce qu'un Vourdalak ?
Je ne sais pas.
Elle n'est pas très chaleureuse, votre belle-sœur Sdenka.
Et pourtant, c'est ce qui l'a perdue.
Comment ça ?
La pauvre fille !
S'enticher, comme ça, du 1er vagabond venu !
Par ici, tout se sait.
Voilà pourquoi personne n'a jamais voulu l'épouser.
Hélas.
Il est obligé de rester ici.
Avec nous.
Pour toujours.
Ce qui ne nous dérangerait pas, au fond.
Mais elle passe son temps à rêvasser.
À marmonner des prières.
Et à faire des choses étranges.
Je crois qu'elle est devenue folle.
Eh bien, merci beaucoup pour le bouillon.
Quel charmant tableau.
Voulez-vous de l'aide pour votre cueillette ?
Vous aimez les mûres ?
Oui, j'en raffole.
Moi, je les ai en horreur.
Vous devez être très inquiète pour votre père.
Non.
Dites-moi, qu'est-ce qu'un Vourdalak ?
À quoi bon ? Vous ne sauriez le croire.
Dites toujours. J'aime à découvrir des nouveautés.
Il est des choses dont il est préférable de ne pas parler.
Si vous le dites.
Sdenka.
Belle Sdenka.
Tes yeux sont comme 2 flambeaux qui illu...
Tiens.
Une pomme.
Gardez-vous bien de nous juger, étranger.
Ainsi nous nous garderons de faire de même envers vous.
Tenez.
Pourquoi me torturer de la sorte, petite paysanne ?
Pourquoi tant de cruauté ?
Allez viens.
Personne ne nous verra.
Attendez.
Je vais d'abord vous montrer quelque chose.
C'est l'endroit où j'aime à me baigner en secret.
Suivez-moi.
Eh, attendez-moi.
Où êtes-vous ?
Suivez ma voix.
Imaginez-vous si quelqu'un venait à tomber.
Imaginez son crâne heurter les rochers en contrebas.
Entendez-vous ce craquement d'os infâme ?
C'est effrayant, non ?
Je vous aurais bien donné mon bras,
mais il me semble que vous l'avez assez eu pour aujourd'hui.
En tous cas, vous n'avez rien à envier aux méchantes coquettes de la cour.
- La cour de France ? - Oui.
Pourquoi ? Cela vous intéresse ?
Dites toujours.
À quoi bon, madame.
Il est des choses dont il est préférable de ne pas parler.
La cour me manque.
Mais ce qui me manque le plus, c'est la cuisine française.
Les dîners...
et surtout la conversation des jolies femmes.
Car il n'y en a pas beaucoup par ici.
Je suis bien de votre avis.
À ce propos, avez-vous goûté à la cuisine d'Anja ?
Les fêtes aussi me manquent.
Les bals.
Et la danse.
Que faites-vous ?
La sarabande ou le menuet.
C'est ridicule ! Arrêtez.
Certainement pas. C'est trop agréable.
Vous voulez essayer ?
Jamais.
Qu'est-ce donc ?
Une carte d'Europe.
Regardez.
On voit toutes les routes.
Les routes, les montagnes, les fleuves, oui.
Voyez, la France est ici.
Et nous, nous sommes...
... par là.
J'aurais aimé partir d'ici.
Même n'importe où.
Seules la tristesse et la brutalité fleurissent sur nos terres.
Pourquoi restez-vous ?
Où irais-je ?
Tous mes souvenirs sont ici.
Cette falaise est ma seule amie.
Et je me précipiterai de ses bords le jour où mon malheur sera parfait.
J'aime la vie, mais ce n'est pas ce que je préfère.
Mais enfin, que dites-vous ?
Il s'appelait Jovan.
Il n'était pas d'ici et avait ni avenir ni argent à m'offrir.
Mais je l'aimais.
Nous voulions fuir loin de tout ça.
Hélas, quelqu'un l'a su.
Nous nous étions donné rendez-vous à minuit sur la falaise.
J'ai attendu longtemps.
Mais j'ai entendu le coup de feu.
Je suis rentrée me coucher.
C'est ici que je l'ai enterré.
Voilà où mes rêves reposent à présent.
Mais mes rêves me parlent encore.
Tout parle à ceux qui savent entendre.
Même les morts.
Donnez-moi votre main.
Ma main ?
Tenez.
Quelle horreur !
De toute façon, je ne crois pas au destin.
Évidemment, vous n'en avez pas.
Sdenka.
La cloche.
Il est 6 h.
Il n'est pas revenu.
Notre père n'est plus.
Rien ne prouve qu'il soit mort.
C'est lui-même qui l'a dit.
Tais-toi, idiot.
Je ne t'ai pas donné la parole.
- Ne lui parle pas sur ce ton. Taisez-vous, tous.
Je suis l'aîné.
Vous me devez obéissance.
Mon Dieu, père !
Il respire !
Attendez.
Depuis quand est-il là ?
Je suis sûr que ça fait des jours qu'il est là.
Notre propre père !
Ne fais pas ça, Jegor.
Vous devriez avoir honte !
Père, vous êtes blessé ?
Asseyez-vous. Il a besoin d'air.
Père, vous m'entendez ?
Ce chien ! Ce chien !
Qu'on le fasse taire !
Non.
Piotr, obéis.
Mais enfin...
Vous devriez manger quelque chose, père.
Je vais l'enterrer.
Vous êtes bien souffrant, père.
Mais quelle folie d'être parti, seul, combattre les Turcs !
À votre âge...
D'autant que j'u étais déjà au combat.
Alibek.
Vous l'accrocherez au-dessus de la porte.
Ainsi, tout le monde saura qu'il n'est plus.
Et que c'est de la main de Gorcha qu'il a péri.
Comment est-ce possible ?
Est-ce de moi que tu ris, petit ?
Oui, grand-père, tu es drôle.
Bouh !
Que j'aime cet enfant !
Y a-t-il trésor plus pur en ce monde que ce regard innocent ?
Allons, il est tard.
- Non. - Vlad, viens te coucher. Si !
Père, je dois vous dire : nous avons un invité à notre table.
C'est un étranger.
Un riche seigneur qui s'est égaré sur nos terres.
Il n'a plus de cheval. J'irai demain...
J'espère que monseigneur pardonnera la modestie de ma demeure.
Nous ne sommes que d'humbles gens.
Et si nos manières lui paraissent brusques,
qu'il se dise que nous n'avons pas l'habitude d'accueillir à notre table
des courtisans poudrés.
- Des quoi ? - Oh, mais je suis très fatigué.
Que monseigneur m'excuse. Nous parlerons demain.
Qu'on me porte à ma chambre et qu'on m'y couche.
Les chiens ne pensent pas.
Leur cerveau plus étroit que celui de l'homme ne leur permet pas de...
porter de jugement ni d'établir de conjectures.
Cependant, lorsqu'un chien vous aime,
c'est d'un amour inconditionnel.
Et cela, quel que vous soyez.
Quel que vous puissiez paraître aux yeux de ceux qui pensent,
établissent des conjectures,
se permettent de porter des jugements.
Tenez.
Vous l'aviez perdu.
Merci, monsieur.
Venez.
Je vais vous montrer votre chambre.
Voilà.
J'espère que cela vous conviendra.
Oui, c'est parfait.
Merci beaucoup.
- Bonne nuit, monsieur. - Bonne nuit, Piotr.
Qu'est-ce que vous faites ici ?
Je danse, pourquoi ?
Levez-vous.
Jegor veut vous parler.
Bonjour.
Ah monsieur, venez.
Jegor, ton fils. Je ne sais pas ce qu'il a.
Pas maintenant, Anja.
Je ne comprends pas.
Je suis resté à son chevet toute la nuit.
J'imagine que j'ai dû m'assoupir une heure ou deux tout au plus.
Si vous saviez comme j'ai honte.
S'il lui arrivant malheur, je...
Je dois partir à sa recherche.
Laissez-moi vous accompagner.
Non, je vais y aller seul.
Évidemment, il va vous falloir attendre pour votre cheval.
Je comprends.
Jegor, je t'en prie. Écoute-moi.
Il est fiévreux.
Il ne mange pas.
Anja, calme-toi. Laisse-moi passer.
Pour ton père, tu es prêt à abandonner ton fils ?
- Mais quel sorte d'homme es-tu, enfin ! - Anja !
Ce n'est qu'une fièvre. Tu n'as qu'à le mettre au lit.
Je serai de retour ce soir. Ne t'inquiète pas.
Merci, monsieur.
J'ai peur de devenir folle.
Qu'y a-t-il ?
J'ai fait cette nuit un rêve terrible.
J'entendais quelque chose.
Comme une voix qui chuchotait là-bas dans la chambre de Vlad.
Je me suis levée.
J'attendais que mes yeux s'habituent à l'obscurité.
Mais rien n'y faisait.
Je voulais appeler Vlad.
Mais je n'osais pas, comme terrorisée à l'idée qu'on puisse m'entendre.
Et soudain, très lointain,
un bruit, un bruit obscène et repoussant.
Comme un mâchonnement mouillé.
Mes mains ont rencontré quelque chose.
C'était son petit lit.
Mais Vlad n'était plus dedans.
J'ai cherché et je n'ai pu trouver qu'un drap humide et souillé.
Et l'air s'est alors empli d'une puanteur
... insoutenable. Excusez-moi.
- Qu'a cette enfant ? - Rien.
C'est étrange. Moi aussi, j'ai fait cette nuit un rêve troublant.
Venez.
Est-ce qu'il va mourir ?
Si on ne fait rien, c'est fort probable.
Que dites-vous ?
Il nous faut des branches d'aubépine,
des fleurs d'ail, et du bois de tremble.
Du tremble... Je sais où il en pousse.
Mais où va-t-on enfin ?
Cette branche à votre gauche, elle fera l'affaire.
Piotr, ôte les branchages et taille-les en pointe la plus acérée possible.
Allez-vous me dire à la fin ce qu'on est en train de faire ?
Un pieu.
Un pieu ?
Soit.
Les choses du tombeau se doivent d'y rester.
Notre père n'est plus notre père.
C'est une charogne infâme,
revenue parmi nous dans l'unique but de sucer notre sang.
Un Vourdalak ne s'attaque pas à n'importe qui, monsieur.
Il se délecte particulièrement du sang de ses parents proches
et des êtres qui lui sont les plus chers.
Êtres qui, une fois morts, reviennent à leur tour.
Des familles, des villages entiers ont été décimés.
L'amour-même est une malédiction par chez nous.
Certains disent que pour éponger leur bave,
ils mâchent le suaire dans lequel ils furent ensevelis.
Ils mâchent comme les porcs, en nous épiant.
Vous êtes sérieux ?
Ce sont des sangsues sournoises et malfaisantes, monsieur,
que rien ne peut tuer.
Pour les empêcher de nuire,
il faut brûler leur maison,
les faire asperger d'eau bénite par un homme de Dieu,
ou bien les immobiliser.
Puisque les morts tentent de se relever,
notre seul salut
est de les clouer au sol.
Rentrons, il est temps.
Attendez-moi.
Vous ne pensez pas tuer M. votre père, dites-moi ?
Reprenez votre souffle, monsieur.
En tous cas, vous marchez d'un bon pas.
Vous distanceriez aisément mes amis de la cour à la promenade.
Car quoi que vous puissiez penser de moi, j'ai également des amies femmes,
dont je suis très proche et que je respecte beaucoup.
Grand bien vous fasse !
C'est tout à fait amusant.
Elles marchent très peu, elles ne se déplacent que d'un fauteuil à un autre.
Grand bien leur fasse !
Pour les distances longues, elles font même appel à une chaise à porteurs, imaginez.
C'est fascinant, vraiment.
Et c'est tout à fait le moment de me parler de la cour.
Avez-vous tous ce redoutable esprit d'à propos en France ?
Venez.
Ohé ?
Je ne comprends pas.
J'ai cherché partout.
Aucune trace de lui.
Nous laisserons les lanternes allumées,
et la porte d'entrée ouverte.
Au cas où il rentrerais cette nuit.
- Quant à votre cheval, monsieur... - Ce n'est pas la priorité.
Ne vous en faites pas.
Qu'est-ce que c'est ? Écartez-vous.
Qu'avez-vous fait à mon fils ?
Jegor !
Réponds, misérable !
Lâche-le.
Tu sais très bien ce qu'il se passe.
Le vieux lui-même nous avait prévenus.
Que ceux qui refusent d'ouvrir les yeux répondent des malheurs qui nous attendent.
Et ôte ce manteau. Il n'est pas à toi.
Ils sont en train de perdre la raison avec ces sornettes de bonnes femmes.
Quand je pense que mon frère y croie lui aussi.
Enfin, ça ne m'étonne pas.
Savez-vous avec quoi il jouait enfant ?
Avec des rubans.
Vous devez nous prendre pour des brutes, mon père et moi.
Mais sachez que si cette famille est encore en vie,
c'est grâce à nous,
et certainement pas grâce à leurs gris-gris et leurs chansons.
Vous qui êtes un homme éduqué,
ne me dites pas que vous donnez du crédit à l'existence de ces Vourdalaks ?
Je ne sais pas.
Non, bien sûr que non.
Pourquoi pas des vampires, pendant qu'on y est ?
Approche.
Petit !
Revenez, où allez-vous ?
Réveillez-vous.
Vous m'entendez ?
Où êtes-vous ?
Montrez-vous, monsieur.
Monsieur, si je n'étais pas si redevable de votre hospitalité,
je commencerais à avoir de sérieux doutes quant à vos intentions envers ce petit.
Ah bon ?
Je vous défends de vous en approcher.
Je vous préviens : je suis armé.
Et de quoi.
Cette rapière légendaire a accompagné mon aïeul dans les guerres d'Italie.
Je n'hésiterai pas à m'en servir.
Tiens donc !
Ainsi, c'est pour protéger ma famille que monseigneur reste parmi nous ?
Monseigneur est trop bon.
Mais ne sont-ce pas plutôt les jupons de ma fille
qui le retiennent ?
Vous ne seriez pas le 1er, vous savez.
Vous vous trompez, monsieur.
Mes intentions sont on ne peut plus honnêtes.
J'éprouve en effet pour Sdenka une profonde affection.
Celle-ci n'est en rien coupable.
Je le sais bien.
Monseigneur est admirable.
Son cœur est pur.
Son sang est noble.
Et s'il s'obstinait, d'ailleurs, à rester parmi nous,
je n'aurais d'autres choix que de l'accepter comme l'un des nôtres,
je finirais sans doute par l'aimer.
Jegor, votre fils, votre père.
La vipère est dans son nid.
Et le loup dort cette nuit.
Tout est calme, mon petit.
Surtout ne fais pas de bruit.
Voilà le fruit de notre négligence.
Père, Dieu soit loué, vous êtes revenu.
Qu'avons-nous fait à cet enfant ?
Qu'avons-nous fait au soleil de nos vieux jours ?
Il était le meilleur d'entre nous.
Hélas, nos larmes ne le ramèneront pas.
Sois fort, mon fils.
Hmm, Monseigneur.
Vous tombez bien, monsieur.
Puisque vous êtes le chef de cette famille,
il me semble que c'est à vous qu'il revient de bénir cette tombe.
Vous entendez ?
Bénissez cette tombe sur le champ, je vous l'ordonne.
Tu me l'ordonnes ?
Piotr, comment oses-tu ?
Un fils qui ordonne à son père ?
A-t-on jamais vu cela ?
- Dites la prière. - Et si je refuse ?
- Vous n'êtes plus notre père. - Arrête, Piotr, arrête !
Je ne suis plus votre père ?
Dans ce cas, qui suis-je ?
Maintenant, Piotr, fais-le !
Eh bien oui, qu'attends-tu ?
Fais-le !
Je le savais !
Fillette !
Quelle honte !
S'attaquer à moi !
Moi qui n'ais que de l'amour pour vous.
Même pour toi, ma fille.
Toi qui nous as si salement déshonorés avec ce vagabond.
Heureusement que ma vieille arquebuse veille sur cette famille.
Mais laissons Jegor à son devoir de père.
Rentrons.
Rien n'est plus doux pour un père que la paix du foyer.
Asseyez-vous là et faites-vous discrète.
Son foyer doit cruellement manquer à monseigneur.
Comment pourrait-on alléger sa peine ?
Je sais : dansons !
Faites donc danser ma fille. Vous en mourez d'envie.
Dansez, vous dis-je !
Voilà.
- Où est le pieu ? - C'est Piotr qui l'a.
Je vais aller le chercher.
Les mollets de monseigneur doivent être un ravissement
pour les jeunes femmes de la cour de France.
Comme je les comprends !
Mon fils, te voilà enfin !
Ne va pas prendre froid.
Tiens.
Viens.
Viens avec moi.
Regarde.
Vois comme tu as fière allure !
Tu es comme moi, Jegor. Tu es un vainqueur.
Tu es un homme.
Fuyez, sauvez-vous.
J'ai été dur avec toi.
Mais je ne le regrette pas, car...
Arrière, cadavre !
Même mort, tu viens encore nous torturer !
Ç'en est fini de toi, monstre.
Jegor, Sdenka, saisissez-le.
Si un père n'est pas tout pour ses enfants, il n'est rien.
Enterrez-le avec son chien.
Écoutez-moi, Sdenka.
Je suis désolé. Il faut partir.
Ôtez vos mains de ma sœur sur le champ.
Tout allait bien ici avant votre arrivée.
C'est vous, étranger, qui avez porté le malheur sur notre famille.
Je suis un homme d'honneur.
Je n'ai qu'une parole.
Demain matin, vous aurez votre cheval.
Vous partirez et ne reviendrez jamais.
Si j'étais amené à vous revoir, monsieur,
je n'hésiterais pas une seconde à vous tuer.
Maman.
Maman.
Anja.
Fuyez, Anja.
Ce n'est pas votre fils.
Vlad, mon fils.
Anja !
Écoutez-moi, rentrez chez vous.
Jegor !
C'est inutile.
Il ne vous entend pas. Il est ivre mort.
Ce n'est pas votre fils, Anja.
Vous l'avez enterré vous-même, pauvre folle !
Croyez-vous que je l'ai oublié ?
Dans ce cas-là, fuyez. Fuyez !
Vous savez comme moi ce qu'il est devenu.
Croyez-vous que la mort et tous les démons de l'enfer
puisse une seconde seulement
prévenir une mère d'aller embrasser l'enfant qu'on lui arraché.
Brute !
Vous êtes tous des brutes !
Maman, j'ai froid.
Mon petit.
Un oiseau.
Un oiseau.
Vous l'entendez ?
Écoutez.
Il chante mon arrivée.
Que dites-vous ?
Piotr, mon frère chéri !
Cet oiseau, c'est toi qui me l'envoies.
Toi seul me retenait encore parmi les vivants.
Mais tu es arrivé à bon port. Et je te rejoins.
J'ai tressé l'aubépine. Le cercle se referme enfin.
Oh, bel oiseau.
Va dire à ma falaise d'ouvrir ses bras hospitaliers.
Dans des vapeurs de sauge et d'encens,
je me jetterai de ses bords.
Va, petit oiseau ! Vole !
Mon voyage est fini. Mon malheur est parfait.
Sdenka, ne fais pas ça pour l'amour du ciel.
Sdenka, revenez. Libérez-moi, je vous en supplie.
Pour que mon frère vous tue ? Quelle bonne idée !
Attendez ici votre cheval, monsieur, et partez.
- Cela vaudra mieux pour tout le monde. - Non.
Ne faites rien. Nous partirons ensemble.
Je vous emmènerai à la cour.
Je vous montrerai les jardins, les bals.
Vous serez heureuse.
Je vous le jure.
La cour.
Comme j'aurais aimé...
Hélas.
Adieu, Sdenka !
Adieu, merci pour tout.
Dieu merci !
Psst.
Venez. Il faut partir.
Qu'est-ce que vous faites ? Resaisissez-vous.
Sdenka, ce n'est vraiment pas le moment.
Hmm, monseigneur, un goût exquis !
Pourquoi ?
Sdenka ! Où êtes-vous ?
Ah monsieur, vous voilà enfin !
Je vous dois des excuses.
Je me suis laissé emporter par mon tempérament.
Et je le regrette amèrement, mon ami.
Revenez, mon ami, revenez.
Attends.
Ne m'en veux pas, bel étranger.
Ne me hais pas de n'avoir pas su être libre.
Destinée cruelle.
Si seulement je t'avais rencontré plus tôt,
combien ma vie aurait pu être différente !
Je t'aime.
Sois maudit !
Ne sautez pas, Sdenka.
Je n'ai plus beaucoup de temps.
Mais vous, vous êtes libre.
Si vous avez la moindre amitié pour moi,
écoutez ce que j'ai à vous dire.
Ne quittez pas ce monde avant de l'avoir connu.
Il est vaste et étonnant.
Il saura vous plaire.
Allez par exemple à la cour de France.
Oui, pourquoi pas ?
Venez montrer à ces gens ce qu'est la beauté,
ce qu'est la noblesse.
Vivez comme il vous plaira.
Pardon.
Excusez-moi.
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