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Pliez le papier comme moi.
Et...
passez-le à nouveau.
Voilà.
Ouvrez-les.
Voyons voir !
"Un fils dévergondé soupire ses éternuements."
"L'ancien océan mange son petit."
"Mon terrier ivre déteste la lune."
"Toutes les limaces oubliées aiment les crayons."
"Un méchant fatigué danse sur les vagues."
"Cet arbre ridicule aspire à la justice."
"Le cadavre exquis a besoin de plus de vin."
Oui !
On a donc un espion.
- Un micro. - Comment ça marche ?
Signal radio, batterie.
- On est enregistrés de loin. - Qui ?
N'importe qui peut acheter ça.
La question n'est pas qui, mais qu'ont-ils entendu ?
On a planifié l'évasion à cette table.
En détail.
Mon Dieu...
Je dois les faire sortir.
Je peux en prendre 300.
Demain ?
Avec des papiers, oui.
Bien. Alors, j'ai à faire.
TRANSATLANTIQUE
Encore un peu.
Encore...
Stop ! Trop loin.
Vers la droite. Stop.
Stop !
Ne bougez plus. Parfait.
Mettez ce panier là-bas.
Pas bouger.
Que faire de ces crétins ?
Comité de secours, mon œil !
Je ne crois pas que Varian Fry soit mêlé à tout ça.
- Mary Jayne Gold est une chose... - Elle est ridicule.
Quand des Américains ridicules défient la police française,
ça me retombe dessus.
Elle a forcément eu de l'aide.
Où est Reese ?
Vous l'avez envoyé au Comité.
Je vais devoir compter sur vous.
Trouvez-moi un étranger à accuser avant que Frot ne s'en prenne à Miss Gold.
- Moi ? - Faites-le, d'accord ?
Épluchez les dossiers de demande de visa de cette année.
Choisissez quelqu'un qui n'est pas américain.
- Vous ne... - Ce sera tout.
J'emmène le chien ?
Non.
Bonjour.
Fry...
Du calme. Je viens voir Lena.
Où sont-ils tous ?
Il paraît que...
- Parlons dehors. - Oui.
Combien as-tu de passagers pour le bateau ?
Peut-être 50 ?
Il peut en prendre 300, mais part demain matin.
On avait deux semaines.
Vichy ouvre le port de façon aléatoire, il faut saisir l'occasion.
Des nouvelles de Bingham ?
Le MoMa a envoyé le visa des Breton.
Et Mehring et Hannah Arendt.
Les autres vont arriver, mais au compte-goutte.
Parfait. Et la lettre du consulat chinois ?
Bill y travaille. On verra.
En attendant, va sur les plages, dans les bars, les petits hôtels.
Réunis le plus de gens possible et amène-les à la villa. Tu peux ?
Oui.
Et dis à Bingham de m'y retrouver.
On ne laissera pas une place de libre sur ce bateau.
Ça avance, Bill ?
C'est quoi, ça ?
Je n'avais plus d'encre, donc je fais la mienne.
La calligraphie chinoise me donne du fil à retordre.
Tu sais la lire ?
Pas vraiment. Mais c'est un visa d'entrée en Chine.
On en a combien ?
J'en ai 30 que tu peux emporter.
Et six autres sur le fil.
Incroyable. Merci.
- Avec plaisir. - Continue comme ça.
Les trains entre Marseille et Dijon passent ce pont.
On fera sauter les piliers.
S'ils déportent des prisonniers, ils passeront par Dijon.
Sauf si on les en empêche.
Tu m'écoutes ?
Ne t'égare pas, mon ami.
Je ne m'égare pas du tout.
- Tu es amoureux. - Non, je suis calme.
Le mari de Lisa est revenu, mais ça ne...
Non, Mary Jayne est différente de nous.
Pourquoi ? Parce qu'elle est américaine ?
Peut-être.
Elle prend beaucoup de risques.
Albert, toi et moi, on se bat pour notre survie.
Ta Mary Jayne peut partir quand elle veut.
Merde, une escorte de police.
Ils transportent quoi ?
Trop gros pour des marchandises.
Et pourquoi les couvrir avec des bâches ?
Des prisonniers. Ils ont commencé à les déporter.
André, tu es là ?
Je lis le Livre de l'Exode à nos nouveaux amis.
Vos visas américains sont arrivés.
Vous, Jacqueline et Aube partez en bateau pour la Martinique demain matin.
De là, vous irez à New York.
Et moi ?
Victor, les USA ne t'accueilleront pas,
et tes antécédents de révolutionnaire te précèdent.
Mais ton visa chinois te mènera en Martinique.
Attends. Les Chinois ont accordé un visa à Serge ?
Bill Freier a fait 30 copies utilisables pour d'autres,
dont Victor Brauner.
Que dit ce visa chinois ?
Je ne comprends pas le chinois.
J'espère la même chose des fonctionnaires français.
Moi, je comprends.
Ce n'est pas un visa.
Ça dit :
"Le titulaire de ce document ne pourra jamais être admis
"en République de Chine."
C'est pas vrai !
Toi, un grand romantique ?
Non.
J'ai une terrible nouvelle.
Ils déportent des prisonniers de Marseille.
- Vers l'Allemagne ? - Au moins jusqu'à Dijon.
Et toi ?
- Quoi, moi ? - Et s'ils te déportent ?
Je ne suis pas un prisonnier.
Qu'ils m'attrapent d'abord.
Ils ont trouvé un enregistreur dans le salon.
La personne qui écoutait
nous a entendus planifier l'évasion.
Albert !
Le bateau part dans 18 heures.
Demain matin ?
Oui. Lena a rassemblé des passagers. J'ai besoin de votre aide.
Pouvez-vous emmener Serge faire le tour des consulats ?
Encore ?
Ils ont tous refusé. Il a dit au Brésil qu'il était communiste.
Puis, on est allés au Congo belge, où il a dit qu'il était anarchiste.
Et chez les Cubains, il a dit qu'il était un révolutionnaire.
Ils vont bientôt fermer.
Commençons par le Mexique. Ce consul nous aime bien.
Surtout toi.
- On s'en occupe. - Merci.
Bienvenue à la villa Air-Bel.
Bienvenue.
C'est quoi ?
Tous les étrangers ayant demandé un visa américain
à ce consulat l'année dernière.
L'un d'eux aurait pu aider Mlle Gold.
- Ce sont des innocents. - C'est une question d'opinion.
- Bonjour. - M. Fry.
Content que vous soyez là. Je suis là en cas de besoin.
Bingham !
- Je suis venu au plus vite. - Les visas des Breton ?
Que font tous ces gens ici ?
- Dubois peut en prendre 300. - Vous pouvez payer tous les billets ?
Peggy Guggenheim a financé. Mais c'est le cadet de mes soucis.
La maison est sur écoute.
Ils ne peuvent plus rester ici.
Ça a toujours été un risque,
mais les prisons locales sont presque pleines.
- Qui sait où ils les enverraient. - En Allemagne ?
Si la police revient, ces gens sont condamnés.
Écoutez.
Le capitaine du bateau ne vérifiera pas les papiers de sortie.
Mais chaque passager a besoin d'un visa d'entrée sur le continent,
et le temps presse. On est allés partout.
Bingham, je vous en supplie, on a besoin d'aide.
Vous avez une liste ?
Voici tous ceux qui sont prêts à partir demain.
Je dois parler à Albert Hirschman. Il est temps de l'exfiltrer.
Hirschman ? Otto Albert ?
Il a reçu un visa.
- Il ne l'a pas récupéré. - Je vais lui parler.
Les Chagall non plus, comme vous le savez. Pourquoi ils ne l'utilisent pas ?
J'essaie encore et encore. Ils refusent de partir.
- Pas Serge, il est communiste. - Je sais.
Victor Brauner, c'est impossible. On n'accueille pas les Roumains.
Je vais voir pour les autres.
Demain matin au bateau ?
- OK. - Bien.
Merci.
Où est Bingham ?
Il déjeune ?
- Il s'est francisé. - Pardon ?
Les Français déjeunent des heures. Il m'a laissé ça ?
Oui, tout à fait.
Il ne fait pas peur.
Comment cela ?
J'ai dit étranger. Il n'est même pas juif.
- C'est un socialiste. - Ça se voit sur la photo ?
Miss Gold a fait évader Hans Fittko.
D'où tenez-vous ça ?
J'ai appelé le camp.
Et ils vous ont dit ça ?
Ça aide de parler français.
Il était le cerveau à l'intérieur.
Et comment je trouve ce Hans Fittko ?
Il est avec les autres.
À la villa Air-Bel.
J'attends que tu me dises ce que tu veux.
Lisa.
Je veux me joindre à Paul.
Paul ?
Oui.
Tu devrais apprendre à le connaître. Il veut changer le monde.
Je vais à sa réunion ce soir.
Viens avec moi.
Et si on allait en Amérique
avec les autres ?
Recommençons à zéro.
On a demandé un visa il y a un an.
Avec l'aide de Varian, on pourrait partir.
Lisa...
Pourquoi pas ?
On ne peut pas aller en Amérique.
L'Amérique. J'ai hâte.
Quoi de plus surréaliste
qu'un peintre roumain sur un cheval de cow-boy au Texas ?
Victor.
Une fois reçus...
essaie de tenir ta langue.
C'est mieux pour toi.
La petite bourgeoisie qui gère les visas se fout de la civilisation.
- Pas de politique. - Mais c'est ma vie.
La petite bourgeoisie qui gère les visas n'a pas à le savoir, si ?
Tu veux retourner dans un camp nazi ?
Albert !
Il ne s'agit pas de se soumettre, mais de survivre.
Il le comprend.
- Qui se soucie si je survis ? - Moi.
On s'en soucie.
Nous deux.
Merci.
Tu sais quoi ?
Tu pourrais l'épouser.
Victor ?
Si ça ne marche pas.
Je suis sérieux.
Tu te dis prête à utiliser tout outil à ta disposition.
Eh bien,
un visa américain,
c'est l'outil le plus puissant
qu'une Américaine puisse offrir à un réfugié en Europe.
Le consul va vous recevoir.
Je fais un excellent mari.
Señor Bosques.
Señorita Gold.
Nous vous implorons de reconsidérer le sort de notre ami Victor Serge.
Il se préoccupe des droits de l'homme.
Tous les consulats étrangers n'ont pas la sensibilité politique
pour comprendre que c'est un atout.
Mais votre esprit révolutionnaire
saura voir sa valeur considérable.
Le harcèlement, la détention, la faim,
l'exil et l'internement ont eu raison de sa première épouse.
- Vous êtes sa seconde épouse ? - Non.
Vous êtes notre dernier espoir.
- D'accord, je m'en occupe. - Merci.
Et oui, Señor Serge.
- Bien déjeuné ? - Monsieur.
Il y a un article sur un écrivain, Golo Mann.
- Vous connaissez ? - Non.
Encore un écrivain juif que les nazis ont banni.
Voilà le problème.
L'article dit que
des diplomates à Marseille l'ont aidé à s'enfuir.
Expliquez-moi.
Si vous jouez au bon samaritain avec un foutu intellectuel,
ayez au moins le bon sens
de choisir quelqu'un qui la ferme !
Et Reese dit qu'il y a une jeune femme ici
qui serait mêlée à ce trafic de Fry
et qui vous appelle sans cesse.
Je ne sais rien.
Je vous ai à l'œil, Bingham.
Reprenez-vous.
Fier de toi ?
Quand ils seront tous à bord pour la Martinique, peut-être.
Moi, je suis fier de toi.
- Je peux te parler ? - Bien sûr.
Un instant.
Ils ont commencé à déporter des prisonniers.
Ils les transportent en camion sur des routes de campagne.
Mon Dieu.
J'ai parlé à Paul.
Je veux prendre les armes.
Ou tu pourrais quitter l'Europe.
Pourquoi tu dis ça ?
Bingham dit qu'il y a un visa américain à ton nom au consulat américain.
- C'est ma sœur Ursula. - Tu devrais prendre le bateau.
Avant d'être déporté vers le Reich.
Qui sait si le port restera ouvert ?
Ça pourrait être ta dernière chance.
Je ne partirai pas.
Pas maintenant.
Bon Dieu.
Ça va ?
Mary Jayne sait pour ton visa ?
Que fais-tu, Sebastian ?
Ma caméra est cassée.
Et de toute façon, je n'ai pas de pellicule, donc...
Je fais un film dans ma tête.
Quelle idée fabuleuse.
Votre attention, s'il vous plaît.
Sebastian fait un film
sur notre dernière nuit au paradis.
Paul a déjà recruté plus de 20 personnes.
Suivez ce camion.
Attendez. Stop !
Dagobert ?
Oh mon Dieu ! Comment tu m'as retrouvée ?
Ça alors !
Bon chien.
Tu es si malin.
C'était urgent.
Les vrais cerveaux derrière l'évasion du camp des Milles
étaient un socialiste, Hans Fittko, et le concierge du Splendide.
- Qui ? - L'Africain à la réception.
Il monte une résistance dans une église du centre-ville.
- Vous êtes sûr ? - Je l'ai vu.
Mais je vous en prie, allez voir par vous-même.
Oui. C'est ce que je vais faire.
De rien.
Merci pour tout.
- Où sont-ils tous ? - À la billetterie.
200 visas d'entrée aux États-Unis.
Tamponnés au consulat de Marseille
et signés officiellement par Graham Patterson.
Tu les distribues ?
Tenez.
Vive le Mexique !
Viens là.
- Va à l'arrière. - Quoi ?
Va à l'arrière ! Vite !
Letoret !
M. Nugent est arrivé. Il est dans la salle de conférence.
- Quelqu'un était à mon bureau. - Quelqu'un ?
Bingham a délivré des visas sans mon accord.
Ça ne peut être que lui.
- Les bateaux quittent le port ? - Vichy l'a ouvert ce matin.
Tout passager avec un visa américain utilise un faux.
Bon sang !
Je dois alerter les docks, la police. Je devrais appeler Frot.
Mais Doug Nugent vous attend.
Vous avez raison.
Appelez la police, les docks, tout le monde !
Tout passager avec un visa américain embarque avec un faux !
Qu'avons-nous là ? Des cartes perforées.
Ce sont les données du dernier recensement américain.
Mais on peut les adapter aux besoins de tout client.
Les données...
Âge, race, revenu, état civil.
ACM fournit la technologie. On ne leur dit pas comment s'en servir.
Les données servent à trier les gens en groupes.
À suivre les migrations, à prédire les comportements.
- Bingham ? - Patterson.
M. Nugent.
Excusez-moi un instant.
Vous êtes viré.
Quoi ?
Allez ! Faites vos bagages.
Bingham ?
Fermez la porte.
Vous l'avez vendu aux Français ?
Aux Français, aux Suédois...
Mais le vrai marché inexploité, selon nous,
ce sont les Allemands.
La culture américaine a plus de pouvoir qu'une bombe.
Même nos ennemis veulent aller au cinéma en Ford,
boire un Coca et regarder Scarlett O'Hara sauver le Sud.
On vend des produits ACM, bien sûr.
Mais ce qu'on vend surtout,
c'est l'Amérique.
Il s'agit d'amener les soldats au bon endroit au bon moment.
Distrais les gardes. Je rentre et trouve les hommes.
Ensuite, on se retrouve ici, aux barbelés.
Qu'y a-t-il ?
Il y a un Hans Fittko au camp...
Il y a un Hans Fittko au camp des Milles.
Mon mari. Je le croyais mort.
Mademoiselle.
Gruppenführer.
Le Reich allemand apprécie vos loyaux services.
Bon travail.
Si je peux aider.
On s'est débarrassés de quelques...
dégénérés,
ce matin.
Peu importe.
257 personnes !
C'est...
C'est une vraie réussite.
Une bonne journée.
Non. Une excellente journée !
Et demain ?
Il y a
neuf millions de Juifs en Europe.
Sans parler des autres réfugiés.
257, oui.
Et tous les autres ?
Comme toi ?
Non, Albert. Tu aurais dû être sur ce bateau.
Tu veux que je parte ?
Non, ce n'est pas ça.
Quoi ?
Tu pourrais venir avec moi en Amérique.
Je pourrais t'épouser.
M'épouser ?
Victor Serge est déjà en route pour le Mexique
et Bellmer est parti avec ses poupées.
Je crois que Brauner a parlé de devenir berger, donc...
Ouais.
- Brauner berger ! - C'était prévisible, non ?
Je suis une Américaine célibataire, comme tu l'as dit si élégamment.
Et tu es un Juif qui doit foutre le camp de l'Europe.
Pense à tous ceux qu'on pourrait aider depuis les États-Unis.
On est déjà à court de ressources.
Aux États-Unis, on bénéficierait de fonds
et de l'influence politique.
Allez !
Enfuis-toi avec moi.
Tu veux pas de moi.
Bien sûr que si.
Mary Jayne, quand je te regarde,
je vois l'avenir.
Mais les yeux fermés, je vois le passé.
Toutes mes pensées sont...
très sombres et...
Je me fais peur parfois.
C'est...
Tu ne me fais pas peur.
D'accord.
Allons-y.
Allons en Amérique.
Albert !
Que se passe-t-il ?
Assieds-toi.
La police a arrêté Paul.
Où l'ont-ils emmené ?
Je ne sais pas.
Mais on doit le retrouver avant qu'ils nous arrêtent tous.
TRANSATLANTIQUE
INSPIRÉ DU ROMAN DE JULIE ORRINGER
CETTE FICTION EST INSPIRÉE DE PERSONNES ET DE FAITS RÉELS.
Sous-titres : Sarah Gerbod
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