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Passons aux nouvelles d'Europe.
Avec le retrait des forces britanniques,
les nazis contrôlent désormais la Manche,
la côte Atlantique
et le nord de la France,
forçant des populations à fuir Paris
pour la zone libre dans le sud.
Le dernier port libre de Marseille
grouille de réfugiés de toute l'Europe,
en quête désespérée de visas et d'argent pour embarquer vers le Nouveau Monde.
Arrivé pour vous au consulat.
Ça ne mord pas.
Mon père exige que je rentre à Chicago.
Il m'a acheté un billet pour demain soir.
Il demande gentiment depuis l'entrée des nazis à Paris.
Il menace maintenant de me couper les vivres.
Ça se comprend.
Sa fille unique traficote avec les bêtes noires d'Hitler.
J'essaie de les sauver.
Allons, Miss Gold.
Rentrez et trouvez-vous un gentil mari.
Vous ne rentrez pas, vous.
J'ai un travail ici.
Moi aussi.
Ils sont la fine fleur de l'Europe, M. Patterson.
L'Amérique gagne à les accueillir.
- D'où l'Amérique tire sa grandeur ? - Dites-moi.
Du marteau.
Il y a 50 sortes de marteaux aux États-Unis. Incroyable, non ?
- Le premier avait un défaut ? - Aucun.
Et ils s'attèlent au 51e. C'est ça, l'ingéniosité américaine.
Ces intellectuels européens se regardent le nombril.
Selon vous.
Vous tenez tant à aider ? Envoyez de l'argent, depuis Chicago.
Pourriez-vous parler à mon père pour moi ?
Il vous pense doué de bon sens.
J'y réfléchirai.
Excusez-moi, je dois me repoudrer.
Tenez, prenez-le.
Il n'y a même pas touché.
Vous voulez quitter Marseille ?
Comme tout le monde, non ?
On a fui Paris.
Je peux vous faire monter à bord du MS Rex pour New York.
Avec des visas ?
Non, mais à 6 h du matin, ils chargent la cargaison à l'arrière.
Parlez à Lionel, il vous fera monter.
En clandestins ?
Oui.
Je voyage avec mon frère.
Alors, je paierai Lionel pour vous deux.
Pourquoi ?
J'ai les moyens. Quelle importance ?
Tenez. En cas de besoin, vous me trouverez ici.
Je travaille avec le Comité de secours d'urgence à l'hôtel Splendide.
Avec un brin de toilette, vous pourrez monter sur le pont.
Personne ne fera attention.
Avez-vous...
Je me suis recoiffée.
Ça vous plaît ?
Faites porter ceci à Lionel.
Deux de plus pour le bateau.
Pas de souci.
Votre déjeuner. Je la reprends, merci.
Merci.
Varian Fry.
Comment va le Comité de secours ?
De secours d'urgence.
De preux "palatins".
Ou paladins ? J'oublie toujours.
J'ai vu votre Miss Gold.
Indispensable à notre opération.
Une enfant gâtée non initiée à la réalité.
L'argent de son père est indispensable.
On compte dessus.
M. Patterson.
Pourquoi bloquez-vous la demande de visa de M. Benjamin ?
Sa vie en dépend.
Comme toujours.
Ils s'entretuent ici depuis la guerre de Troie.
C'était une guerre d'amour. Les nazis sont animés par la haine.
Vous êtes un invité ici.
Les États-Unis ont une position neutre. Ne l'oubliez pas.
Vous et moi sommes ici au bon vouloir des autorités françaises.
Les Américains ne veulent pas venir ici. Ma propre femme a refusé.
Que faites-vous vraiment ici, M. Fry ?
Vous vous ennuyiez ?
Mariage malheureux ?
Les vies d'innocents sont détruites,
M. Patterson.
Ils sont incarcérés à tort.
Ou même tués.
La semaine dernière, deux de plus se sont tués.
Ces réfugiés ont besoin d'aide et personne ne lève le petit doigt.
Pas besoin de meilleure raison.
En tant qu'Américain, vous devez vous tenir tranquille.
Alors, je m'occuperai du visa de M. Benjamin.
Merci.
Laissez la nourriture dehors. Merci.
M. Benjamin, c'est Mary Jayne.
Libérez-moi de ce purgatoire.
Le MS Rex est au port, prêt à vous emmener à New York.
Que faites-vous ?
Je vous en prie, ça empeste le haschich ici.
Si les Français me renvoient en camp de détention,
je n'y survivrai pas.
Je comprends.
Vraiment.
Mon Berlin était un paradis. Ils l'ont détruit.
Ne touchez pas à ça.
C'est la seule chose qui me reste de mon passé.
Vous avez de la chance.
Vous pouvez rentrer.
Je n'en suis pas si sûre.
Venez.
Viens.
Partageons ma hallah.
Je vous croyais juifs, comme nous tous.
On est juifs.
Enfin, on l'était. On n'a jamais vraiment...
Nos parents ont oublié tout ça.
Vos parents ont oublié tout ça,
mais ils sont assez juifs pour Hitler ?
Oui.
Merci.
Merci.
Ma fille m'attend à New York.
Elle voulait que je fuie l'Allemagne.
Il y a deux ans.
Pourquoi êtes-vous resté ?
Par stupidité.
Fierté.
Vous avez les papiers de sortie ?
Non, pas encore.
Mais j'ai une foi et une confiance en Dieu
inébranlables.
Et...
De la persévérance.
Si Abraham a survécu aux dix épreuves,
nous survivrons à cela.
- Bonjour. - Quand on parle du loup.
Merci bien !
Où est ta robe ?
Qu'est-ce que tu portes ?
- Tu étais à la plage ? - Non.
C'est déjà assez difficile.
Trouver les 200 personnes approuvées et les envoyer aux États-Unis.
Tandis que le gouvernement bloque tous les visas
et qu'on cache combien de gens dans cet hôtel ?
Ce pauvre M. Benjamin est à deux doigts de craquer.
Oui, j'y travaille.
Le Musée d'art moderne aide Ernst et Breton.
Tu es à Marseille depuis quand, Varian ?
Deux mois ?
Pendant tout ce temps,
combien de personnes de cette fameuse liste
as-tu officiellement sauvées ?
Pas assez.
Onze personnes.
Onze, c'est tout !
Je le sais bien !
Je n'ai pas réussi un dixième de ce que j'avais prévu.
Et ma femme réclame mon retour.
Désolée, mais le port est envahi de gens désespérés.
Tu n'es pas la seule à t'en soucier.
Mais on n'est pas la mafia.
Il faut concentrer nos ressources.
Mon argent.
Oui, ton argent.
Mon temps.
Et celui de Lena.
Si on ne se concentre pas sur cette liste, on n'arrivera à rien.
Tu le reconnaîtrais ?
Lionel ?
Une femme nous envoie.
Mary Jayne Gold.
Elle a payé pour deux.
Il ne vient pas ?
Ursula.
Merde.
Non !
Continuez !
Il faut sauter. Enlève ton manteau.
Tu te noierais.
Il sait nager ?
Vite.
Ursula !
Albert !
- Tu l'as vu ? - Non !
Je vais voir. Reste ici.
Albert !
Tu voulais nager jusqu'en Amérique ?
C'est plus facile qu'obtenir un visa.
Au moins, j'ai survécu.
Un vieil homme s'est noyé.
Autorisations de sortie, papiers d'entrée,
visas de transit...
Les nazis se sont inspirés de Kafka.
Merci.
Une Américaine a essayé de nous aider, mais...
Des Américains ?
Oublie.
On doit se débrouiller seules.
M. Benjamin, je vous assure qu'on va vous sortir d'ici.
On ne pouvait pas anticiper...
Que se passe-t-il ?
- Une rafle de la police sur le MS Rex. - Quoi ?
Ils ont arrêté des dizaines de réfugiés.
Le bateau a été saisi.
Prends le chien.
- Je dois y aller. - Mary Jayne.
Je vais moisir dans ce maudit pays.
Que se passe-t-il ?
Avance.
Comment se débrouiller seules ?
Dis-moi.
C'était un piège ?
Non. Je pensais que ça marcherait. J'ai payé votre caution.
Je suis désolée.
Votre frère devrait être là.
Vous avez vu mon frère ?
Vous avez vu mon frère ? Il est grand, les yeux bleus.
Ah oui. Je crois qu'ils l'ont pris à part.
- Il y est encore ? - Oui.
Mon frère y est encore.
Aide-nous.
- J'ai trouvé un chemin par la montagne. - Par les Pyrénées ?
À pied ? Impossible.
J'y vais. Tu viens ou non ?
Laissez-moi me racheter.
- Elle a trouvé un passage vers l'Espagne. - Quoi ?
C'est qui ?
Faites-moi confiance. Je veux aider.
Il part d'ici, à côté de Banyuls-sur-Mer.
Albert, je ne peux pas l'abandonner.
Alors, je l'attendrai.
Vous feriez ça ?
Un instant.
On peut lui faire confiance ?
Montrez-moi la carte. Je m'assurerai qu'il vous trouve.
On n'attendra pas.
Les gardes arrivent à l'aube et tirent pour tuer.
Je m'assurerai qu'il soit derrière vous, promis.
Hors de Banyuls-sur-Mer, à la maison en pierre,
tournez à droite.
On voit les vignobles...
Hirschman, monsieur.
Difficile.
Vous avez combattu à Hannut ?
Mon passeport français vient de là.
Le général Georges me l'a remis en personne.
J'ai utilisé celui-ci...
avec les républicains en Espagne.
Celui-là m'a permis d'étudier l'économie en Italie.
Les fascistes m'ont expulsé.
Et celui-là...
Il m'a permis de quitter l'Allemagne en 1933.
Si vous demandez aux nazis ? Aucune.
Ils ne pensent pas que je mérite une identité.
Il devait sortir il y a deux heures, et maintenant,
j'attends ici, et je...
Excusez-moi, vous êtes Albert Hirschman ?
Mary Jayne.
Je sais, l'Américaine.
Où est ma sœur ?
J'ai beaucoup de choses à vous expliquer,
mais...
On a trop de retard, vous n'y serez pas à temps.
Je peux vous y conduire.
- En voiture. - Vous n'avez rien à faire ?
- Quel âge avez-vous ? - 25 ans.
Et vous ?
Quelle question indélicate !
Que faites-vous ?
- Ce que je fais ? - Professionnellement.
J'ai étudié l'économie.
Mais je fuis les nazis depuis si longtemps,
je suis devenu
un réfugié professionnel.
Et un Juif.
Oui. Être juif n'a jamais signifié grand-chose pour moi.
Maintenant, c'est ce qui me définit.
- Et vous, que faites-vous ? - Je fais ce que je peux.
- J'ai une voiture. - Une Mercedes, rien de moins.
Les gens pensent ne pas pouvoir aider, alors ils ne font rien.
La plupart n'attendent pas ça de riches et belles Américaines.
Je rate mon avion pour Chicago ce soir pour vous conduire à la frontière.
Qu'y a-t-il à Chicago ?
Rien.
Les préjugés des gens peuvent être utiles si on sait en tirer parti.
Oh, mince !
Jouez l'Américaine.
Oui, mais vous ?
On est pressés.
On a mangé des huîtres.
Paul. Des nouvelles ?
Pas encore.
Votre femme a sûrement beaucoup à raconter.
- Vous êtes marié ? - Pas encore.
Je n'ai que Petit. Et notre mère à Ouidah.
- Où est-ce ? - En Afrique de l'Ouest.
Le Dahomey français. C'était un royaume avant.
Elle vous attend ?
- Elle est ravie qu'on ait quitté l'armée. - J'économise pour rentrer.
Il veut rentrer.
Moi, je veux finir mes études. J'ai des projets.
D'où ça vient ? Ce n'est pas affranchi.
Un homme l'a remis en main propre.
Il a dit être un vieil ami.
Vous avez une carte de la région ?
Oui, bien sûr.
Tenez.
Elles ne peuvent pas être loin,
vous avez déjà réduit la distance de moitié.
Celui qui vous attend à Chicago sera très déçu demain.
Merci.
Thomas.
Bienvenue à la Villa Air-Bel.
À qui est cette maison ?
À un parent éloigné.
Et tu vis ici ?
Je viens d'arriver.
Je n'ai pas encore rétabli l'électricité.
Je t'ai écrit, dans le New Jersey.
Ta femme a répondu.
Elle dit que tu sauves les cerveaux européens des nazis.
Comment ça se passe ?
Très bien. Merci.
Tu mens toujours aussi mal.
- Je dois travailler. - Tout de suite ?
J'ai une mission importante.
Pour la première fois de ma vie.
Je pourrais t'aider.
Pour disparaître encore pendant cinq ans ?
Je te croyais prisonnier, Thomas.
Ou pire.
Thomas.
Tu risques de me distraire.
Jamais.
On arrive à la frontière espagnole.
- Ça va ? - Oui.
Dites au revoir à la France.
Courez !
Qui êtes-vous et que faites-vous là ?
Vous avez quitté vos postes !
Les zones non habitées sont contrôlées
par la Geheime Staatspolizei.
Votre présence ici
enfreint l'armistice de Compiègne entre nos deux gouvernements.
C'est ça, la nouvelle France, messieurs les officiers.
Les activités outrepassant vos devoirs
seront sévèrement punies par la loi.
- C'est clair ? - Oui.
Alors, respectez cela !
Et retournez à vos bureaux.
Allez ! Vite !
Merci.
D'ici, on va à Barcelone, puis à Lisbonne ?
C'est ça.
Viens.
- Je ne peux pas. - Quoi ?
J'y retourne.
- Non. - Si.
Pas toi aussi ?
- Écoute. - J'en étais sûre.
Il y a tellement de gens à Marseille en attente de partir.
On peut les aider.
Un shabbat avec cet homme et tu te prends pour Moïse ?
Ursula...
Vous finirez dans un camp.
Ou morts.
On devait rester ensemble.
Ursula.
Essaie de comprendre.
Je te rejoindrai à Lisbonne. Tu entends ?
Écris-moi au Splendide.
Tu m'as entendu ?
Envoie ton adresse au Splendide !
Bon sang !
Fermer les ports ? Ils peuvent faire ça ?
Ils l'ont fait.
L'article 19 ?
Tous les réfugiés en France doivent être livrés sur demande.
- À qui ? - Au Reich allemand.
Tu disais qu'ils n'oseraient pas.
Je me suis trompé.
Ils ne peuvent pas les déporter, si ?
Ils peuvent rendre impossible...
C'est déjà impossible.
Mais les renvoyer ? Maintenant ?
Entrez.
Vous désirez ?
J'aimerais voir Miss Gold.
Que faites-vous ici ?
Voici Lisa Fittko.
Elle a trouvé un passage vers l'Espagne.
- Ça a marché ? - On est passés hier.
Avec cinq personnes en route pour Lisbonne.
Merci d'être venu.
Je veux être absolument sûr que vous comprenez l'article 19.
Oui, j'ai lu votre télégramme.
Tout indésirable doit être livré sur demande à la police locale.
Du rosé ?
Marseille grouille de réfugiés de toute l'Europe.
Je suis le chef de la police,
donc il me revient de nettoyer la ville.
Vous êtes le consul américain, M. Patterson.
Il vous revient donc
de vous assurer qu'aucun Américain ne me cause d'ennuis.
Et qu'en est-il
du Comité américain de secours d'urgence ?
Malgré mes instructions,
vous avez accordé le visa demandé
à l'écrivain allemand Walter Benjamin.
Vous avez parlé d'auteurs dangereux.
Vous n'avez jamais mentionné Walter Benjamin.
Il écrit des absurdités. En quoi est-il dangereux ?
Les nazis le recherchent.
Donc si cet homme quitte Marseille
sous ma surveillance,
je vous en tiendrai responsable.
Heureusement pour nous deux,
son bateau a été saisi.
Il est sûrement encore au Splendide.
Walter Benjamin est au Splendide ?
Ils étaient tous là-bas.
Benjamin, Ernst, Breton.
Si on traverse de nuit avant les gardes,
je peux emmener quatre personnes, deux fois par semaine.
Soit plus de 100 d'ici Noël.
Et sans autorisations de sortie ?
S'il en faut, on achètera des faux. Facile.
On doit être irréprochables.
Varian, il faut saisir l'occasion. Pense au nombre de gens...
Et si la police française m'arrête et y met fin ?
Tu n'as pas à être au courant.
Je gère le marché noir. T'y touches pas.
- C'est cher. - Tout est cher.
J'en fais mon affaire.
Sans oublier les billets de train,
- les hôtels, les repas... - J'ai l'argent,
je paierai.
D'accord.
D'accord !
Alors, c'est décidé !
Varian, tu restes le visage de l'opération.
Lisa, tu es les muscles.
- Albert est le criminel. - Oh non !
D'accord. Et toi, alors ?
Je ne suis que la banque.
Ne sois pas si modeste.
Entrez.
Qui êtes-vous ?
Paul Kandjo.
Lui, c'est le cerveau.
Pour Mary Jayne.
Faisons un budget.
Combien par personne ?
Ils voudront bien partager une chambre.
La marche est dure ?
TU NE RENTRES PAS ?
ALORS, DÉBROUILLE-TOI SANS MOI. PAPA.
Dès que tu seras prête. Mary Jayne ?
Mary Jayne, tout va bien ?
Oui.
Au travail.
TRANSATLANTIQUE
INSPIRÉ DU ROMAN DE JULIE ORRINGER
CETTE FICTION EST INSPIRÉE DE PERSONNES ET DE FAITS RÉELS.
Sous-titres : Sarah Gerbod
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