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Excusez-moi.
Pardon.
J'espère que je ne vous dérange pas pour rien.
Elle a du mal Ă respirer.
C'est Mathilde ?
J'ai augmenté la morphine et mis de l'oxygène,
elle ne souffre pas.
Je ne voulais pas vous déranger.
Vous ĂŞtes Shauna ?
Oui.
Mathilde m'a parlé de vous.
C'est moi qui la suis.
Je suis un ami de Georges, son fils. On était internes ensemble.
Georges avait besoin de repos, alors j'ai pris le relais.
Ça va aller.
Shauna, regardez-moi dans les yeux.
Mathilde, vous et moi, nous respirons le mĂŞme air.
C'est ça qui compte.
D'accord ?
Profitons de cet air qu'on respire encore ensemble.
Oui ?
Court ou long ?
Je vais prendre une soupe.
Elle est dégueulasse.
Je n'en doute pas.
Je vous aurais prévenue.
J'ai toujours aimé
les soupes dégueulasses des machines à café.
Je suppose que vous n'en buvez que quand vous en avez besoin.
Votre cerveau associe la soupe au réconfort qu'elle vous procure.
Pardon, je remonte, je ne peux pas la laisser.
L'infirmière me bipera si besoin.
Vous savez, Mathilde,
c'est une femme très belle et très drôle.
Je sais.
Attendez.
C'est comme une sœur pour moi.
C'est une autre chambre.
Bien sûr.
Je reviens.
- Comment sont les constantes ? - Il n'a pas de fièvre.
Ça va ?
Que fais-tu lĂ ? Tu devrais ĂŞtre chez toi.
Je suis de garde.
Rentre chez toi, c'est plus important.
Fais-toi remplacer.
Ça me fait du bien.
J'en ai besoin.
Merde !
Ce n'est pas grave.
Je vais le rater.
Prends ta carte d'identité.
Je l'ai perdue.
Je ne sais pas oĂą et quand.
- Je l'ai sortie exprès. - Ce matin ?
Non, hier soir.
Avant ou après le dîner ?
Après.
Je l'ai pris dans la...
J'ai retrouvé mon agenda.
Oui, Georges, j'arrive. Je cherche mon passeport.
Je l'ai perdu aussi.
- Tu ne m'aides pas. - Je l'ai.
OK. J'arrive.
Il était où ?
Là où tu l'avais posé pour y penser, à côté de ta brosse à dents.
Salut, chéri. Habille-toi, tu vas être en retard.
Tu as mauvaise mine.
Coronavirus.
Salut. Ciao.
L'équipe de Dublin a des résultats sur une trentaine de patientes.
J'en ai recensé une douzaine qu'on pourrait inclure à Paris.
Et vous ?
Sept en RhĂ´ne-Alpes.
On commence avec quelques patientes.
Si les résultats sont positifs,
on demande un financement Ă la ligue ou Ă la fondation.
OK.
Merde.
C'est ça que tu cherches ?
Il ne peut plus se passer de moi.
Il y a toujours un moment oĂą on ne peut plus se passer de moi.
HĂ©, Jordan !
How are you ?
Yes, I'm fine.
- Nice to see you. - Yeah.
Pierre,
tu dois dîner avec l'équipe, ce soir ?
Non, je ne suis obligé de rien.
Alors, viens avec moi.
Je n'ai pas remis les pieds dans cette maison depuis 15 ans.
Si tu viens, ça ressemblera à une virée, pas un pèlerinage.
Mon hôtel est réservé.
Je me charge de l'annuler.
Une heure de route, le grand air,
et demain matin, on prend le premier vol.
Tu es vraiment un pote. Merci.
Il y a toujours un moment oĂą on ne peut plus se passer de moi.
Bonjour.
Comment vas-tu ?
En chantier, comme tu vois.
On est tous lĂ .
Ici, rien n'a changé, tu verras.
Je ne peux pas te parler, je te rappelle.
D'accord. Merci.
Je suis désolé. Bonjour.
Tant qu'il vous reste une main libre pour serrer la mienne.
C'est vous ?
Je n'ai pas fait le lien.
- Avec ? - Avec vous.
On s'est rencontrés à l'hôpital.
On a partagé une soupe.
J'étais le médecin de Mathilde.
Je me souviens du médecin, oui,
mais il était beaucoup plus jeune.
Oui, mais c'était il y a 15 ans.
Il y a 15 ans, c'était quelqu'un qui faisait beaucoup plus jeune.
Venez. Rentrons.
I like ya.
How are ya ? Come here.
Jesus.
Méfie-toi de celle-là , elle a failli me tuer 1 000 fois.
Mon grand-père y pendait ses poissons.
Et ses petits-enfants.
Non, une fois seulement, je voulais sauver un maquereau.
Je l'ai relâché.
Il était furieux, mon grand-père, pas le maquereau.
Il était bourré, non ?
Ton grand-père, pas le maquereau.
Vous voulez boire quelque chose ?
Oui, merci.
C'est maman, ça ?
Oui, c'était au bureau, à l'agence.
Elle collait des gribouillages partout.
Vous avez grandi ici ?
Une grande architecte dans une petite maison.
Mon père était contremaître
dans une usine de poissons qui a fait faillite.
On a émigré en France quand j'avais quatre ans.
Tu prends de la dopamine ?
Tout va bien, c'est stabilisé.
On habitait un taudis.
Je me disais que plus tard, quand je serai grande,
je dessinerai des maisons oĂą tout serait propre,
oĂą chacun aurait sa chambre
et sa baignoire.
Ça me fait toujours bizarre quand je la vois.
J'imagine comment maman aurait vieilli si elle avait son âge.
Je ne réalise pas que ceux avec qui je finirai ma vie ne sont pas ceux
avec qui je l'ai commencée.
Tu n'as qu'Ă remettre la main sur les femmes
avec qui tu l'as commencée.
La fille de Mc Mullen est divorcée,
libre comme l'air.
Tu sais ce qu'elle m'a fait ?
Non.
L'été avant mes 18 ans, j'étais encore puceau.
Elle me dit qu'elle me trouve chou,
qu'elle veut s'occuper de mon cas.
Elle va jusqu'à me demander de prendre des préservatifs.
Je l'attends
comme un chien sa pâtée
derrière la conciergerie.
Et alors ?
Je l'attends encore.
Elle était partie à Cork avec l'autre sadique.
L'autre sadique ?
Oui, sa fille, Cécilia,
qui me montrait ses seins.
Pour elle, c'était le seul moyen d'être sûre qu'on était amis.
Oui.
Je passe mes journées assis derrière un microscope,
Ă attendre trois semaines pour qu'un truc microscopique
mette au monde un autre truc encore plus microscopique.
Les cellules ont épuisé ma patience.
Il ne me reste plus rien pour les femmes.
On va au pub. Viens, Pierre.
Je te fais la visite.
Il pleut des cordes.
C'est l'Irlande, mon vieux. Allez, viens.
Je te présenterai Fiona,
la serveuse avec son dragon tatoué sur le cou.
C'est ma chérie.
Elle a des enfants et un boulot Ă Cork.
Sans déconner ?
Tout change.
C'est trop loin, Georges. Il va attraper froid.
Mathilde aussi avait de l'humour,
une bonne descente et l'alcool triste.
Vous aviez disparu.
À l'hôpital, vous vous étiez évaporée.
Oui, le temps d'un aller-retour Ă Paris,
elle n'était plus là .
J'ai déconné.
Elle a peut-être attendu votre départ pour mourir.
Pierre,
je crois que je me souviens de vous.
Quand mĂŞme.
Mon portefeuille.
Auguste !
Auguste !
Auguste !
Je peux vous aider ?
Merde !
Non, je vous ai entendue appeler.
- Tout va bien ? - Oui.
- Il s'en va souvent comme ça ? - C'est un fugueur.
Je vous ai réveillé ?
Pas du tout, je travaillais.
Merde !
- Vous avez perdu quelque chose ? - Mes clés.
Ce n'est pas vrai !
On va les retrouver.
Je perds tout.
Mon fils m'a offert un truc attaché à mon trousseau de clés
qui est censé biper quand on siffle.
C'est un gadget.
Quel âge a votre fils ?
Sept ans.
J'ai aussi une fille de 18 ans.
Onze ans d'écart.
On a eu un petit garçon entre les deux,
mais il est mort peu après sa naissance.
Pardon, je suis désolée.
Le 8 décembre 2006.
C'est pour ça que vous vous souvenez de moi.
On s'est rencontrés quatre jours plus tard,
puisque Mathilde est morte le 12.
C'est pour ça, Pierre, que vous vous souvenez de moi.
HĂ© !
On n'a pas tout perdu.
Je crois qu'on ferait mieux de se dépêcher.
Oui. Merde.
C'est ça, l'Irlande. Venez.
Je vais te trouver quelque chose.
C'est un bâtiment que tu as construit ?
Oui, un de ceux qui n'ont jamais vu le jour.
Ma fille veut que je le jette, mais j'ai du mal.
De toute façon, elle ne vient plus ici.
Et toi, tu habites...
Paris. Je viens ici pour me ressourcer,
de plus en plus souvent.
- Et son père ? - Mort.
C'était un très bon architecte.
On avait divorcé.
Tiens.
Merci.
Tu travaillais sur quoi, Ă 3h00 du matin ?
Martha, une patiente que j'aime beaucoup.
Elle un cancer du sein, son deuxième.
Elle a subi deux reconstructions
à cause d'un implant défectueux, puis d'un rejet,
donc elle tient à garder son deuxième sein.
Je lui ai proposé de tenter une nouvelle molécule
expérimentale.
Je dois convaincre mon équipe, le labo, les autorités de santé.
Parce que c'est risqué ?
Ça peut lui faire perdre du temps.
Elle est prĂŞte Ă risquer sa vie pour un sein ?
Elle a 38 ans.
Pour une femme de 70 ans, c'est moins important ?
Non, ce n'est pas ce que j'ai dit, mais disons que ça ne me pose pas
le mĂŞme cas de conscience.
Ah bon ?
On se base sur tout un tas de critères.
Certains sont secondaires pour le toubib,
mais primordiaux pour le patient. On s'adapte.
Des critères esthétiques ?
Parfois, oui,
surtout s'il s'agit des seins d'une femme.
Pourquoi ça ?
Parce que
les seins, c'est beau.
Je suis fatiguée, je crois.
Je vais aller me coucher.
Le jour de mon mariage, je savais que je faisais une erreur,
Il était blagueur, joueur, romanesque,
irrésistible.
Il m'a trompée,
mais je n'arrivais pas Ă le mettre dehors.
J'étais lâche et je me suis détestée de l'être.
J'ai su diriger des hommes sur un chantier,
mais en face de lui,
j'étais une mauviette.
C'était un connard
qui trouvait que j'avais de beaux seins.
Bonne nuit, Pierre.
Shauna ?
Excuse-moi, j'ai oublié ma brosse à dents.
- Tu en aurais une Ă me prĂŞter ? - Oui.
Merci.
Tu as besoin de dentifrice aussi ?
Non, je prendrai celui de Georges. Merci aussi pour les...
Bonne nuit.
Bonne nuit.
Allez.
Merci, Shauna.
Au revoir.
Tu me tiens au courant pour Martha ?
Tu t'imaginais quoi ?
Je reçois des textos du lycée dès qu'elle rate un cours.
Pourquoi je n'en reçois pas ?
Parce qu'on considère que ce sont les mères
qui doivent gérer ça.
Elle va se faire virer.
Ils ne vireront pas tout le lycée.
La moitié de ses potes sont en décrochage.
Ça ne me rassure pas.
À notre époque, on séchait tranquille.
On n'était pas terrorisés par l'avenir.
Tu appelles la CPE ?
Non, je suis déjà en retard.
Passage de relais dans trois secondes. Allez.
Je ne speederai pas pour des cellules qui ne m'attendraient pas.
On déjeune ensemble ?
Tu n'auras pas le temps.
Viens.
J'ai piqué des mignonettes de whisky dans l'avion.
On ramène ce qu'on peut.
Tu es con.
Elle dit que je suis con.
Oui, tu es con.
Je suis en contact avec une chercheuse Ă Saint-Louis,
Aïssa Sissoko, qui a déjà inclus dans ses essais de phase un
une quarantaine de patientes dans le cas de Martha.
Plus elles seront nombreuses,
plus on pourra convaincre Vartilab de poursuivre les essais de phase un
en France plutĂ´t qu'aux US.
Ces patientes sont des arguments pour faire bouger l'ANSM.
L'un n'empĂŞche pas l'autre, Antoine, au contraire.
Vous vous plaignez des procédures trop longues
et de la difficulté d'accès à des thérapies ciblées,
alors qu'elles ont été acceptées par la FDA.
Vous avez persuadé toute votre équipe ?
Oui, Martha, Ă 100 %,
mais il nous reste encore Ă convaincre le labo
qui nous demandera de faire pression sur l'ANSM
pour faire accepter le protocole de phase deux
et le développement de leurs molécules.
Ça risque de nous faire perdre un peu de temps.
Et vous, vous en pensez quoi ?
Moi, j'y crois,
mais vous savez ce que ça induit.
Au final, ça reste votre décision, pas la mienne.
Ça induit d'abord
que je participe à la recherche et ça,
ça fait plus qu'induire.
Ça donne du sens à tout ça.
Ă€ partir de maintenant, j'emmerde tout ce qui induit
parce que l'induit, c'est demain et que demain,
je n'en sais rien.
Personne n'en sait rien, pas vrai ?
Comme tu voulais des nouvelles de ma patiente,
j'ai demandé ton numéro de téléphone à Georges.
Ça résonne ?
- Tu es où, je te dérange ? - Non.
Je suis dans le hall d'un musée.
- À Cork ? - Non, à Paris.
Tu es rentrée ?
J'avais juste envie de te dire
que j'avais réussi à convaincre mon équipe
et que Martha avait donné son accord.
C'est génial. Vous avez commencé le traitement ?
Non, il reste une réunion décisive à Paris
avec le labo dans une dizaine de jours.
Ça va marcher, j'en suis sûre.
À propos, j'ai retrouvé la photo de Mathilde et toi.
Quelle photo ?
Celle que tu m'avais montrée à l'hôpital.
Je l'avais embarqué par mégarde.
C'était toi ? Je croyais l'avoir perdue.
Je suis navré.
Je t'avais cherchée pour te la rendre.
Non, au contraire, c'est super.
Oui, elle était sous une pile.
C'est un miracle que je l'ai retrouvée.
Tu la veux ?
Oui,
puisque tu passes bientĂ´t Ă Paris.
Je ne sais pas si j'aurai le temps.
Excuse-moi, il faut que je rentre en consultation.
OK.
À bientôt, Shauna Ça m'a fait plaisir.
Oui, Ă bientĂ´t.
Au revoir.
- Bonjour, Mme Loszinsky. - Bonjour.
"Encore désolé de l'avoir gardée si longtemps.
"Amitiés, Pierre."
Marcel, arrĂŞte avec ce skate.
- ArrĂŞte avec ce skate. - Il fait chier.
Il fait chier.
"Merci pour la photographie.
"Ă€ bientĂ´t. Je t'embrasse."
C'est qui ?
C'est qui ?
Rien, un patient.
Le pauvre a du souci Ă se faire, on dirait.
Le pauvre a du souci Ă se faire, on dirait.
C'est une patiente suivie depuis trois ans.
Une première tumeur détectée dans le sein droit à 35 ans,
mastectomie, chimio, reconstruction avec implant,
un rejet, reconstruction dans la foulée.
Elle récidive sur son sein gauche. Elle a 38 ans.
Elle n'a pas envie de revivre ça sur l'autre sein.
Elle très informée et volontaire pour un traitement expérimental.
Toutes les patientes ont entre 26 et 41 ans
et ont déjà subi plusieurs interventions.
Elles veulent éviter la mastectomie.
Elles sont conscientes des risques.
Merci.
Tout ça est plutôt convaincant.
On a des choix Ă faire. On ne peut pas disperser nos forces.
On pourrait vous contacter pour la phase trois.
C'est maintenant qu'elles ont besoin d'un traitement.
Vous ne pouvez pas opposer encore
la rentabilité à la recherche.
Georges, je crois qu'on peut leur dire.
Vous avez consolidé vos résultats ?
Les mises au point du test fonctionnel sont terminées.
Si on a des patientes traitées en France,
on pourra les corréler à l'examen clinique.
N'est-ce pas une super opportunité de visibilité pour Vartilab ?
Quand as-tu consolidé les résultats ?
Ce matin, Ă 8h00.
J'ai passé la nuit à boire du café
avec une ribambelle de molécules atypiques.
Vous rentrez Ă Lyon ce soir ?
Il faut voir. Qu'est-ce que tu proposes ?
Je ne sais pas, il faut fêter ça.
Non, j'ai du boulot, on va rentrer.
Toi, peut-ĂŞtre.
- La prochaine fois. - OK.
9715...
Hall 2, il n'est pas encore lĂ .
Tu viens ?
Je vais m'acheter un journal. Il te faut quelque chose ?
Non, merci.
- AllĂ´ ? - Shauna ?
Bonjour, c'est Pierre
Escande.
Bonsoir, Pierre.
Ça va ?
Oui, ça va bien. Je suis gare de Lyon.
Je voulais en profiter
pour dire bonjour.
Enfin, bonsoir.
Tu arrives Ă Paris ?
Non, je m'en vais.
J'étais juste de passage
parce que j'avais une réunion au labo.
Comment ça s'est passé ?
Ça s'est bien passé,
même très bien. Ils nous ont donné le feu vert
pour Martha.
- C'est super. - Oui, c'est super.
C'est super.
Et toi, qu'est-ce que tu fais ?
Je suis chez moi, je m'apprêtais à sortir dîner.
Je ne te dérange pas plus, alors.
De toute façon, c'était juste comme ça.
Alors, bon retour.
Oui, merci beaucoup et bonne soirée.
Je t'embrasse, Shauna.
Bonsoir, Pierre.
Le TGV 6609 Ă destination...
Qu'est-ce que tu fous ?
"Train annulé.
"Tu as un peu de temps avant ton dîner ?
- "Si ça ne te dérange pas ?" - "Un peu, oui."
Oh, non !
"Bon, alors, bonne soirée."
"Mais si, je répondais au trébuche précédent."
Putain de caractère.
- "Super, mais où ?" - "Texto, pas trébuche."
"Je passe te prendre, si tu veux."
"J'ai rendez-vous Ă 21h00."
"Ou bien je te rejoins avant quelque part ?"
"Oui."
"Où ça ?"
"Métro Je reste."
Mais non !
"Métro Jaurès."
"OK, j'y serai dans 22 minutes."
Non !
"J'y suis."
"Moi aussi."
"Où ça ?"
"Sur le boulevard, côté pair."
Je te vois.
Il nous reste sept minutes.
Je vais avoir 71 ans.
Tu m'inviteras Ă ton anniversaire ?
Pierre, je n'ai pas fait l'amour depuis...
Tu crois que tu pourras patienter encore ?
Il nous reste quatre minutes.
Je ne suis pas si sûr de moi.
Tu as rendez-vous avec un homme ?
Non, ma petite-fille fête son emménagement avec un amoureux.
Maman ?
Ma fille, Cécilia. Pierre.
- Bonsoir. - Bonsoir.
Pierre, on se connaît ?
Laissez-moi réfléchir. Vous êtes le fils de...
Non, rien Ă voir.
Excusez-moi, je ne suis pas physionomiste.
On ne se connaît pas du tout.
Pierre est un collègue de Georges.
C'est lui qui soignait Mathilde.
Il est même allé avec nous à Kinsale.
Oui, c'est vous. J'aurais adoré être là .
Georges, c'est toute mon enfance.
Je ne l'ai pas vu depuis...
J'avais oublié un dossier chez votre mère, en Irlande.
J'ai profité d'un passage à Paris pour le récupérer.
Oui, un dossier médical,
une femme qui veut bénéficier d'un protocole expérimental
pour sauver son sein.
VoilĂ .
D'accord.
Son sein gauche.
- Ça va, maman ? - Oui, ça va bien.
Bon, je vais y aller.
Au plaisir, Shauna.
Vous ne voulez pas dîner avec nous ?
Non.
Pourquoi pas ?
Je ne veux pas vous déranger.
Ça ne me dérange pas. Ça te dérange ?
Non.
Allons-y. On est un peu en retard.
Vous aimez la cuisine exotique ?
Adèle, ma fille.
- Et Kaushik. - Enchanté.
- Ensemble depuis ? - La cinquième.
Je n'avais même pas mes règles.
Tu étais encore mignonne.
On va passer Ă table.
Tu prends la chaise ?
On va faire un peu de place.
Il y a une bouteille de vin...
Je suis chargée de la communication de crise au gouvernement.
Officiellement trois jours d'astreinte par semaine,
mais entre la tempĂŞte Irma,
la covid, l'amicale des frères Kouachi,
je ne manque pas de travail.
Vous faites partie du club de ceux qui dorment trois heures par nuit.
C'est difficile de travailler à un poste où on espère le drame.
Mon métier aussi se nourrit du drame.
Je ne suis qu'un signal d'alarme.
Vous sauvez des vies. C'est incomparable.
Kaushik vous a dit que j'étais originaire de Chandigarh ?
Non.
Mon grand-père a connu Le Corbusier.
Vraiment ?
Oui, il lui aurait ciré les chaussures.
Pourquoi elle a demandé à son père pour la caution ?
Ça m'aurait fait plaisir de l'aider.
Tu l'as déjà beaucoup aidée.
Et ce n'est pas fini.
Il est super, Pierre.
C'est un bon médecin, je crois.
Le taxi est lĂ pour toi.
OK. Merci.
Au revoir.
Au revoir.
Vas-y.
Bon retour, alors.
Oui, Ă bientĂ´t, sans doute.
Tu peux me déposer ?
Bien sûr.
Salut.
Oui, mais non. Attendez.
Si je peux vous aider en quoi que ce soit,
je connais du monde à la Santé.
N'hésitez pas.
Je n'hésiterai pas. Merci, Cécilia.
- Bye, maman. - Bye.
Quelle adresse ?
Je te dépose quelque part ?
Tu veux me déposer quelque part ?
19 rue Ramponeau, s'il vous plaît.
Je fais pareil.
Qu'est-ce que tu fais pareil ?
Quand je range,
je déplace des piles.
Pardon
pour ce désordre, je n'avais pas prévu de...
Tout va bien.
La logique serait que je vive
dans un appartement complètement épuré.
Tu veux un café ?
Comme tu veux. Comme toi.
Si je bois un café maintenant, je suis fichue.
Ta fille est touchante.
C'est une inquiète.
Elle a hérité ça de moi.
Je n'ai pas été une mère suffisamment rassurante.
J'ai passé la moitié de son enfance à l'étranger,
et l'autre, accaparée par mon travail.
Assieds-toi.
C'est peut-être l'amour de son travail que tu lui as communiqué.
En tout cas, ça ne l'a pas empêché d'être une mère exemplaire.
C'est une femme épatante.
Je n'ai jamais compris pourquoi elle était si seule.
Joie de vivre ?
Harmonie intérieure ?
Un de chaque.
Tu veux t'en aller ?
Ça va ? Sens-toi à l'aise, vraiment.
Je peux garder la tisane pour demain.
Je la boirai glacée, ça sera très bien.
Ça porte malheur de comparer les mains.
On est un peu ivres, non ?
Un peu.
Fatiguée ?
Un peu.
On va dormir ?
Oui.
Si tu as une brosse Ă dents Ă m'offrir.
- Bonne nuit, Pierre. - Bonne nuit, Shauna.
Ça va ?
- Salut. - Salut.
- Tu es lĂ , toi ? - Oui, pourquoi ?
Je pensais que tu étais resté dîner à Paris.
Non.
J'avais des trucs Ă faire.
Des trucs du genre féminin ?
Non.
Comment elle s'appelle ?
- ArrĂŞte. - OK.
Je n'étais pas avec mes collègues, Jeanne.
Je ne veux rien savoir.
Je suis incapable de te mentir.
Si, tu peux.
Moi, je t'ai déjà menti.
Mieux que toi, d'ailleurs.
Quoi ? Quand ça ? Avec qui ?
Aucune importance.
Avec Georges ?
Pas avec Georges.
Tu es l'homme de ma vie, Pierre.
On va vieillir ensemble.
Je te laisse le carton ?
OK, vous le reprendrez plus tard.
Merci.
- Tu n'as rien oublié ? - On repassera, au pire.
- Tiens. - Merci.
Au pire.
Maman.
Allez, va !
Ciao.
Je les ai loupés ?
D'un cheveu, oui.
Qu'est-ce que tu fais lĂ ?
Je sais que tu n'es pas effondrée, mais...
Je n'ai pas vu passer ces 15 dernières années.
Les enfants grandissent, on ne voit pas le temps passer.
Les histoires du soir me faisaient chier.
Aujourd'hui, je donnerais tout
pour l'entendre brailler : "Maman, une histoire."
Et ses stratégies pour que je revienne dans sa chambre :
"J'ai faim, j'ai froid,
"j'ai peur, j'ai mal,
"j'ai perdu mon doudou",
jusqu'à ce qu'on soit si épuisées
que je finisse par m'endormir
dans son lit.
Et au matin avec sa petite tĂŞte d'ange :
"Pourquoi tu as dormi dans mon lit, maman ?"
"Très tôt, devant sa maison,
"Hipollène dit bonjour au petit matin.
"Aujourd'hui est un grand jour.
"Autour de la maison, l'arbre sans fin dort encore.
"Il n'a pas de début, pas de fin.
"Au bout d'une branche,
"il y a toujours une autre branche, des feuilles, beaucoup de feuilles.
"Plus loin que très loin,
"le feuillage est bleu, presque invisible.
"Ça s'appelle le ciel.
"Grand-mère l'a dit.
"Grand-mère sait tout."
J'ignore ce que je ferai seule dans cet appartement.
Tu veux déménager ?
C'est tout près du ministère, c'est pratique.
Pratique ?
Pour promener son chien,
quand on a un chien.
Tu vas rencontrer quelqu'un.
Un type avec un dalmatien.
- Maman ? - Oui ?
Tu as rencontré quelqu'un ?
Sans déconner ?
Mais rencontré au sens de...
De rencontrer.
C'est formidable.
- Tu le penses vraiment ? - Bien sûr.
J'avais peur que tu le prennes mal.
Pourquoi ? Non, au contraire.
Mais...
- Ça fait longtemps ? - Non.
C'est qui ?
Je le connais ?
- C'est M. Goldstein ? - Non, Cécilia.
- Tu l'as rencontré au cours de gym ? - Non.
Pardon, je suis curieuse quand mĂŞme.
Un compagnon, c'est une sacrée nouvelle.
Il est gentil avec toi ?
Tu me le présenteras ?
Bien sûr. Pardon, il n'y a pas d'urgence.
Pas d'urgence.
Ça alors.
Ça alors, c'est...
- Bonne journée, M. Escande. - Bonne journée, M. Escande.
- Bonne journée, mon cœur. - Bonne journée, mon cœur.
- Je t'aime. - Moi aussi, je vous aime.
Son cartable.
Marcel !
Tu t'es fait mal ?
- Ça va ? - Ça va.
- Tu es sûr ? - Ça va.
Fais attention Ă toi, sinon tu auras affaire Ă moi.
Tiens.
J'ai vu sa photo sur l'organigramme. C'est une nouvelle femme.
Qui ça ?
Le docteur Sissoko.
Elle fera partie de votre délégation au ministère ?
Oui.
- Tu vas la revoir ? - Oui.
Ce n'est pas elle, Jeanne.
Non ?
C'était qui, alors ?
- Tu ne voulais pas savoir. - Maintenant, je veux savoir.
C'est qui ? Je la connais ?
Shauna.
- Shauna ? - Shauna Loszinski.
L'amie de Georges ?
C'est une vieille dame.
70 ans.
Ce n'est vraiment pas le moment de plaisanter.
Je ne plaisante pas.
Putain !
Ce n'est pas drĂ´le.
Si, quand mĂŞme.
Pardon.
Ne t'excuse pas.
C'est vrai. Pourquoi je m'excuse ?
Ça va ?
Viens, je te paye un café.
Non, merci.
Georges, écoute-moi.
Je n'ai pas envie de t'écouter.
On ne va pas passer la journée comme ça.
Dire que j'ai insisté pour que tu m'accompagnes chez elle.
Je suis un abruti.
Tu n'y es pour rien.
Ces choses arrivent, c'est tout.
Je ne sais pas comment ces choses-lĂ arrivent.
Tu as couché avec elle ?
Ce n'est pas possible.
Ce n'est pas possible. Merde.
Shauna, c'est comme ma mère.
Pourquoi tu me fais ça ?
Tu vas la revoir aujourd'hui ?
- Tu as pensé aux enfants ? - S'il te plaît.
Et Ă ta femme ?
Je ne sais pas si tu en as conscience,
mais Jeanne est encore fragile.
Je passe mes journées avec elle.
C'est mon couple,
ça ne te regarde pas.
C'est moi qui vous ai présentés.
J'ai été votre témoin, je suis le parrain de ta fille.
Voilà , tu m'auras aussi présenté ma maîtresse.
Tu es un ami formidable. Je ferais quoi sans toi ?
Ça, je me le demande.
Voilà , c'est ça, ton problème.
Tu n'as jamais rien construit,
alors tu surinvestis ma famille.
Demande-toi ce que tu veux te prouver à ne fréquenter que des filles
qui ont la moitié de ton âge.
Ça, c'est génial.
C'est moi le problème, c'est ça ?
Vas-y, Pierre.
Fous votre vie en l'air, je n'en ai rien Ă foutre.
Excusez-moi, pardon.
- Bonjour. - Bonjour.
Ça ne va pas ?
La réunion au ministère ne s'est pas très bien passée.
Merde.
Tu vas me raconter ?
- Je te sers un café ? - Oui, merci.
Que s'est-il passé ?
Ça n'a pas d'importance.
Toi, ça va ?
- Excuse-moi, c'est un collègue. - Je t'en prie.
Oui, Patrick ?
Oui, il a des métastases osseuses.
Il peut se déplacer ?
Pas de troubles neurologiques dans les membres inférieurs ?
Tu as donné mon numéro direct ?
Oui ?
Trouve une chambre
pour l'hospitaliser.
Il faut faire au plus vite.
Tu t'en occupes ?
Je ne peux pas venir tout de suite.
Ah oui ?
Bon.
Très bien. Je passe demain matin.
Appelle-moi s'il y a quoi que ce soit.
Excuse-moi.
Ne t'excuse pas.
Le travail, c'est important. J'ai bossé, moi aussi.
J'étais débordée, angoissée.
Je ne dormais pas avant les concours.
Je connais tout ça.
Tu sais ce que j'ai fait aujourd'hui,
à part mes mots croisés ?
J'ai rangé ma maison pour ta venue,
je suis allée chez le coiffeur, je me suis maquillée,
j'ai acheté ce bouquet de tulipes.
J'ai passé une demi-heure à hésiter entre des frésias
ou des roses, je ne savais pas ce qui te plairait,
parce que
je me suis crue...
Tu ne vas pas bouleverser ta vie pour une femme qui n'a pas d'avenir.
Ça ne rime à rien, Pierre.
Et puis, j'ai des tas de trucs Ă faire.
C'est trop tard.
Regarde-moi.
Tu ne vois pas comme je suis bouleversé ?
Tu me bouleverses.
Mais qu'est-ce que tu trouves Ă une femme de 70 ans ?
On peut tuer quelqu'un avec des tulipes ?
J'ai envie de toi.
C'est toi ?
Ta mère dort ?
Non, elle n'est pas encore rentrée.
Et Marcel ?
Je lui ai donné à manger, je l'ai couché.
Merci.
Il n'y a pas de quoi.
Il m'a demandé si vous étiez repartis au front,
si on allait être reconfinés.
Je suis désolé.
Tu veux une bière ?
Eh bien...
Tu as cours Ă quelle heure ?
Je veux bien une bière.
Ça va ?
Super.
Oui, Ă ce point ?
J'ai chopé un truc.
Un truc ?
Papillomavirus Ă risque.
Tu ne te protèges pas ?
Si, avec des masques, des gants, des capotes.
Mais t'inquiète,
si je me tape un cancer, mon père est oncologue.
Ne dis pas de bĂŞtises.
Ça s'opère très bien au laser.
J'ai déjà pris rendez-vous.
- Ta mère est au courant ? - Pour quoi faire ?
Tu as un petit copain ?
Oui, j'en ai 200 et 0, en fait.
200, c'est-Ă -dire ?
Papa, je n'ai pas de petit copain, tu aurais remarqué, non ?
Je ne voulais pas ĂŞtre intrusif.
Le problème, c'est qu'à force de ne pas vouloir être intrusif...
Ce n'est pas facile de trouver le juste milieu.
Il n'y a pas de juste milieu.
Le monde part en couille
et je ne tomberai jamais amoureuse, j'en suis incapable.
Si ça t'es arrivé une fois, ça t'arrivera à nouveau.
Ă€ 70 ans ?
C'est Jeanne qui t'a parlé ?
Tu es rentré.
J'ai croisé un petit Pakistanais frigorifié.
J'ai voulu lui donner de l'argent, mais je n'avais pas de monnaie.
Il n'y avait pas un vase ici ?
Il ne voulait pas de mon billet.
Il a voulu que je prenne toutes ses roses. Je n'en voulais pas.
Après tout...
Ça aurait été humiliant de les refuser.
Je ne fais pas la manche non plus.
Laisse.
Il y a une vraie mafia derrière ce trafic
car sur les 20 balles que je lui ai filé, combien il va lui en rester ?
Cinq euros pour une nuit de travail ?
Société de merde.
- Jeanne. - Ne me touche pas.
- Rosalie, tu peux nous laisser ? - Oui.
Non, tu restes.
Je vais dormir ailleurs.
ArrĂŞte.
ArrĂŞte.
Tu lui fais mal.
- ArrĂŞte, Jeanne. - Maman !
- Lâche-moi. - Arrêtez.
- Ne me touche pas. - Calme-toi.
- ArrĂŞte, Jeanne. - Stop.
- ArrĂŞte, maman. - Calme-toi.
Bonne journée, mon cœur.
Laisse ça.
Tu n'as jamais su faire un sac correctement,
tu vas encore te retrouver sans chaussettes.
Jeanne...
Laisse-moi faire, s'il te plaît.
Ça me fait du bien.
- Tu n'oublies rien ? - Mon portable.
Attends, je t'appelle.
Il est lĂ .
AllĂ´ ?
Tu as de la chance, pour une fois que je suis tout seul.
Je suis navré, Georges.
Allez.
Vas-y.
Allez.
Yes !
C'est bon, ça.
On l'avait senti depuis le retour des vestiaires.
Ils sont bien, lĂ . Ils sont dedans.
Shauna kiffe le rugby ?
Elle avait raison, Jeanne.
C'est épatant de vivre une aventure
avec une femme âgée en se foutant du regard des autres.
Je n'ai pas ce courage, moi.
Elle t'a dit ça ?
C'est facile de séduire des jeunettes avec un diplôme de médecine.
Et encore, je ne suis pas urgentiste.
Un autre café, s'il vous plaît.
"Pourvu que je n'arrĂŞte pas de penser,
"et ne me mette pas Ă subir,
"par aveuglement, par appréhension.
"Je veux goûter, célébrer chaque jour,
"et ne jamais avoir peur d'une expérience douloureuse,
"ne jamais m'enfermer dans un noyau de torpeur insensible,
"garder une attitude critique face Ă la vie,
"me poser des questions
"et ne jamais choisir la solution de facilité.
"Apprendre Ă penser,
"penser Ă vivre, vivre pour apprendre
"avec une perspicacité, une compréhension
"et un amour toujours neufs."
C'est beau.
Elle s'est suicidée à 31 ans,
après avoir préparé
la table du petit-déjeuner pour ses enfants.
Mathilde m'avait parlé de toi.
Ah oui ?
Elle m'avait dit
que tu étais une de ces personnes flamboyantes
qui traversent l'existence sur la pointe des pieds.
Je t'ai cherchée à l'hôpital quand tu as disparu.
Je m'étais mis en tête de te rendre cette photo.
J'y tenais, j'ignore pourquoi.
Peut-être que je t'aimais déjà .
Merde, les courses.
Je m'en occupe.
Pierre ?
Tu es beau.
Attention.
C'est bon.
Oui.
Merde, le con !
Excusez-moi.
Je reviens.
Ah !
Il ne serait pas un peu amoureux de toi, M. Tsang ?
Sinon, j'ai un peu fait une omelette sur ton parquet,
mais j'ai réussi à sauver un œuf.
C'est fou tout ce qu'on peut faire avec un œuf.
Par exemple, tu aimes les pancakes ?
Ce bain est trop chaud,
je vais être toute fripée.
Shauna ?
Le temps que tu ailles au salon, je suis devenue une petite vieille.
La période de latence de votre Parkinson est terminée.
Je vais devoir augmenter les doses de dopamine
pour éviter l'apparition de nouveaux symptômes,
ou tout au moins tenter d'en diminuer les effets.
Quels symptĂ´mes ?
La motricité semi-volontaire peut générer des tremblements,
des gestes incontrôlés,
mais aussi des difficultés à se mettre en mouvement.
Il vous faudra réfléchir à chacun de vos gestes,
penser Ă marcher avant de faire un pas,
penser Ă parler avant de vous exprimer.
Lacer vos chaussures pourrait vous paraître insurmontable.
Quoi d'autre ?
Des épisodes de confusion,
et Ă long terme, votre visage
pourrait perdre de sa motricité et se figer,
un peu comme un masque.
Il faudra fractionner les prises de dopamine toutes les trois heures.
Cela vous demandera une bonne discipline.
Je vais aussi vous prescrire un antidépresseur.
Comment votre toute jeune agence
a-t-elle eu accès à la commande publique ?
Suite Ă un concours ouvert.
Notre première réalisation était cette école maternelle
en Seine-et-Marne.
Nous n'aimions pas cette obligation
d'enfermer les enfants à l'intérieur à la moindre goutte de pluie.
On ambitionnait mĂŞme
que l'école se fasse dehors, parfois.
On avait donc dessiné cet auvent
au-dessus de la cour de récréation
Excusez-moi, mais concourir sur un projet d'école maternelle,
c'était un choix de votre part pour accéder à la commande ?
Vous entrez ou vous sortez ?
Que disiez-vous ?
Deux femmes architectes avaient plus de chances de gagner un concours
en imaginant un endroit pour les enfants, non ?
Je ne suis pas une femme architecte.
Je suis une architecte.
Vous pensez pouvoir orienter le programme d'un bâtiment,
comme vous l'avez fait pour l'école maternelle ?
Question difficile.
Excusez-moi, je ne voulais pas ĂŞtre...
Ne vous excusez pas.
C'est moi qui deviens une vieille conne.
Merci.
J'ai pris un train plus tôt, j'étais curieux.
Il faut pousser la gauche.
- Avec la gauche ? - La gauche.
Ah, la porte.
- On mange quoi ? - Je me suis renseigné.
Vartilab vient d'ouvrir un département dédié à Parkinson.
Ils expérimentent un nouveau traitement.
- Pas l'ardoise. - Bonjour.
Vous avez choisi ?
Le plat du jour, s'il vous plaît.
Monsieur ?
Le tartare.
Préparé ou pas préparé ?
Comme vous voulez.
Ce n'est pas moi qui vais le manger.
Alors, préparez-le-moi.
Cru ou aller-retour ?
Vous savez quoi ? Je vais plutĂ´t prendre le steak frites
avec une carafe d'eau froide du robinet.
Parfait, merci.
On va s'arrĂŞter lĂ , Pierre.
Tu iras Ă la gare, et tu prendras ton train.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Tu es fatiguée ?
Tu veux ĂŞtre seule ?
Non.
On va arrêter de se voir, je préfère.
Pourquoi ?
J'ai voulu y croire, mais...
Arrête ça, Shauna. Tout va bien.
À mon âge, tout ça
n'a plus beaucoup d'importance.
Je m'ennuie vite.
Moi ?
Je t'ennuie ?
Oui,
mĂŞme toi,
parfois.
Excuse-moi.
Shauna !
Il faut qu'on parle.
Je suis fatiguée, Pierre.
Je sais ce que tu ressens.
Je connais ta peur,
mais moi, je n'ai pas peur.
Fais-moi confiance.
Je n'ai pas besoin de ta sollicitude.
Je t'aime, ça n'a rien à voir.
Il faut être sacrément tordu
pour s'éprendre d'une vieille femme malade.
Tu ne crois pas ce que tu dis.
Je dois rentrer, maintenant.
Laisse-moi passer.
Ne fous pas tout en l'air.
Je n'ai pas besoin que tu me préserves.
J'étais bien sans toi.
J'étais bien avant que tu débarques avec tes grandes mains et ton amour.
Fous-moi la paix, Pierre. Va-t'en !
Non !
Je ne bougerai pas.
Je veux que tu me foutes la paix, tu entends ?
Je ne veux plus jamais te revoir.
Ce n'est pas vrai.
Ce n'est pas vrai.
Tu vas me tuer.
Je t'aime, Pierre.
Puisque tu m'aimes aussi,
va-t'en.
Je t'en supplie.
Maman !
Tu ne veux pas au moins
un lait chaud ?
Pourquoi tu ne m'as pas dit que c'était lui ?
J'avais peur de te blesser.
J'ai l'air si désespérée ?
Non.
Bien sûr que non.
Tu sous-estimes l'amour que je te porte.
De toute façon,
ton Pierre n'est pas du tout ma came.
J'aime les vieux, moi. Qu'est-ce que tu crois ?
Maman !
Je t'appelle.
Ça va ?
J'ai connu pire.
J'ai connu mieux.
Et toi ?
Je tiens sur mes deux jambes.
Je suis navrée, Rosalie.
Tu n'y es pour rien.
Non, mais pas de ça,
de...
De tout le reste, de mes absences.
Tu es suffisamment nulle.
D'après Winnicott, la mère suffisamment bonne,
c'est une mère suffisamment nulle
pour laisser la place à ses enfants de développer
leur petite personnalité d'adulte.
- Tu as lu Winnicott ? - Par hasard.
J'ai été suffisamment nulle, alors ?
Quoi ?
Mme Escande ?
Vas-y.
Maman ? Reste avec moi.
Oui.
Pierre,
vous vouliez me parler ?
Je voulais vous dire
qu'il faudrait installer une baignoire avec une porte
pour qu'elle n'ait pas à l'enjamber, et aussi avec un siège.
Ça sera plus facile pour elle de se doucher.
Elle allait bien.
C'est votre rencontre qui a tout déclenché.
Ça valait le coup ?
Vous pensez vraiment que ça valait le coup ?
Excusez-moi.
Il faut que j'y aille.
Je ne voulais pas dire ça.
Elle n'est pas très en forme.
Je lui ai trouvé mauvaise mine.
Je ne sais pas.
C'est un truc de mère
pour faire croire que les enfants ont encore besoin de nous.
Non ?
Il fait beau chez toi ?
Oui.
Je peux me libérer le week-end prochain.
Ça te dirait que je vienne ?
J'ai 330 heures de RTT à récupérer,
pas de fille, pas de mec, pas d'attentats, pas de virus.
Pas de contraintes.
Oui, c'est ça. Je suis en manque.
Maman, tu me manques.
Are these yours ?
They're there if anyone asks for them.
Maman ?
Maman ?
Chambre 402. Martha Flores.
Elle en est à 41 kilos pour un 1,64 mètre.
Elle est très fragile.
La tumeur a augmenté d'un centimètre et on a détecté au dernier scan
trois masses ganglionnaires médiastinales de 2,2
et 1,7 centimètres.
On a eu des réponses
ou des progressions chez les autres patientes ?
On a eu des régressions complètes
ou partielles Ă trois mois chez cinq patientes sur sept.
C'est plutĂ´t positif dans l'ensemble.
Dans l'ensemble, oui.
Oui, ça valait le coup d'essayer.
Shauna ?
Excuse-moi de te déranger.
Je cherche à joindre ta mère,
mais je trouve plus son numéro dans mon répertoire.
J'ai dĂ» faire une mauvaise manipulation.
Tu peux me le redonner ?
Mais
maman est partie il y a longtemps.
Elle est partie oĂą ?
Mais Shauna,
Mathilde est morte il y a 15 ans.
Excuse-moi, je suis confuse.
J'étais un petit peu... Ne t'inquiète pas.
Bonne nuit.
She will be OK.
Maman, j'ai réussi à faire un kickflip.
Il fait des progrès, tu as vu ?
Oui.
Il s'est cassé la gueule 20 fois,
il est remonté 20 fois sur sa planche
vaillamment.
Tu es belle.
Merci.
Je vais y aller.
Tu veux rester dîner ?
Non,
j'ai de la paperasse Ă la maison.
- Pierre ? - Oui ?
Ça va ?
Oui, très bien.
Kaushik et moi, on s'est séparés.
C'était un amour de jeunesse.
Un amour d'enfance.
Un amour de jeunesse.
D'enfance. Tu n'avais pas encore tes règles.
Tu l'as dit toi-mĂŞme.
Tu n'es pas censée perdre ta mémoire avec ton Parkinson ?
Non, tu confonds.
Merci.
Merci Ă toi.
C'est gentil d'ĂŞtre venu.
Maman aurait voulu que je sois lĂ .
Comment tu la trouves ?
C'est juste une fĂŞlure.
Elle remarchera bientĂ´t.
Pour le reste, ils verront son traitement.
On peut vivre des années avec un Parkinson.
Ta mère, ce n'est pas du petit bois.
Ne t'inquiète pas.
Moi, m'inquiéter ?
Petite, tu te passionnais déjà pour les chatons perdus,
les oiseaux tombés du nid. Tu te souviens ?
Il fallait s'occuper de tous ceux que tu dézinguais au lance-pierre.
Je les dézinguais pour que tu te sentes utile.
Ah bon ?
Si tu as besoin de quoi que ce soit...
Tirer un coup, par exemple ?
Euh...
Tu as l'air d'avoir encore une jolie paire de miches.
Avec un peu de chance, tu auras fait des progrès.
Ça...
Bon, allez.
Pierre est au courant pour Shauna ?
Non.
On s'appelle ?
- Je suis chez Shauna Loszinski ? - Oui.
C'est ici.
Bonjour, madame.
Vous ĂŞtes qui ?
Jeanne Escande.
- Excusez-moi, pardon. - Attendez.
Merci, Kenza.
Pourquoi ĂŞtes-vous lĂ ?
Par curiosité, sans doute.
- Comment va-t-il ? - Mal.
Il a presque démissionné.
Je m'inquiète pour lui. Il ne mange plus, il ne dort plus.
Moi aussi, j'ai presque démissionné. Vous voyez ?
Asseyez-vous.
- Je vous dégoûte ? - Non.
Parce que moi, à votre âge,
si mon mari me trompait avec une vieille,
ça m'aurait dégoûté.
Mon mari me trompait avec des jeunes, alors...
Dans tous les cas,
ça fait un mal de chien, n'est-ce pas ?
Pierre vous a dit qu'on a perdu un enfant ?
Après sa mort, je suis restée près d'un an dans sa chambre.
Je dormais sur un matelas au pied du berceau,
les volets clos, je pensais que je ne lui survivrai pas.
Rosalie avait quatre ans.
Pierre s'est efforcé de rester joyeux pour elle
et a pris soin de nous
aux dépens de son propre chagrin.
Pendant toutes ces années, il est resté
comme en vigilance permanente. Il a tenu bon.
Puis,
il vous a rencontrée.
Pierre a besoin de vous.
Au revoir, madame.
Viens.
- Bonjour. - Bonjour.
Alors ?
Je voulais savoir comment tu allais.
Tu vois ?
Et toi, comment ça va ?
Pierre, écoute-moi.
Tu dois passer Ă autre chose.
Je ne peux pas.
- Il va bien falloir. - Mais je ne peux pas.
Je vais finir dans un fauteuil.
Je sais.
Je vais vraiment mourir, Pierre.
Je sais.
Mais jusqu'ici, toi et moi, on respire le mĂŞme air.
Alors, on profite de cet air qu'on respire encore ensemble ?
D'accord.
Sous-titrage : Hiventy by TransPerfect
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