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�crire...
peindre,
lutter dans nos prisons.
C'�tait un peu tenter de rassembler toutes ces �nergies...
que le temps avait dispers�es.
C'�tait ressusciter toute cette vie qui nous avait �t� donn�e,
en faire une force capable d'aider ses fr�res,
et de leur communiquer l'esp�rance et la cr�ation.
Arrestations,
d�sillusions,
tout ce temps perdu � payer tous ces crimes.
Pourquoi ?
Pour rien ?
Quelle folie meurtri�re me croyait corrompu ?
La mort n'�tait pas ma vie !
La mort m'oublierait peut-�tre ?
Sans doute.
Le soleil, depuis ses origines, illuminait les villes,
embellissait ma vie.
Je cherchais � me rappeler.
Des troupes arm�es dans la jungle des n�cropolis...
se frayaient un passage � grands coups de klaxon.
La nuit me semblait si vide...
sans to�t, ni foi.
J'errais sur les boulevards,
entre la drogue et toi.
Je remontais toujours de l'ab�me aux origines.
Je finissais entre deux feuilletons,
portes � coulisses, guillotines,
ma t�te tombait un jour de porte-poisse.
Le luger glac� entre les reins,
un soir de stress et de d�prime,
entre eux et moi,
la main sur le c�ur et le c�ur dans la main,
la porte s'ouvrait sur un monde nouveau...
o� tu n'�tais plus la m�me.
Et pourtant dans tes yeux,
cet appel de manque, ce cri du c�ur et de d�sarroi,
la campagne tirait sur sa propre joie,
fossoyait nos instants les plus doux...
et faisait oublier les douleurs de la guerre...
et la mis�re de certains jours.
L'infini n'est pas pour demain.
Et pourtant,
dans ce que je crois �tre la guerre,
une certaine pens�e se d�couvre soudain.
Marie, Marie-Laure,
qu'avais-tu dans ce printemps � engendrer le meilleur ?
Tu fus mon premier grand amour.
Toi, ma reine,
qui me transmis sa gr�ce � mon tout premier jour.
J'�tais n� au hasard, oubliant les saisons,
et puis les raisons qui vous font oublier...
les quatre actes de l'�ge et ce d�savantage...
d'�tre et de mourir.
1987, ann�e de la Prohibition.
Mon �il droit est flou,
mon �il gauche n'entend plus,
mon check-up est certain.
Je suis certain que je ne mourrai pas dans l'heure.
La vieillesse et la mort n'est jamais partout la m�me.
Songe � nous deux aux jours d'autrefois.
J'aimais tellement mourir et vivre l'instant parfait.
R�volte-toi ! R�volte-toi !
R�veille-toi !
Remis dans ma cellule...
au soir de ce jour,
j'ai �crit :
la tendresse,
le calme,
le privil�ge de r�ver.
J'ai rencontr� des fr�res au bout de l'impasse...
o� le chagrin d�vore le jour des condamn�s.
J'ai err� � travers les principes,
j'ai aim� la naissance, l'amour...
la destin�e, la chambre, le bruit de la rue.
La mer s'est lev�e au loin,
toute d�bordante d'�cume.
C'est l�, je sais, qu'est le jardin merveilleux...
qu'on a ensemenc�.
J'ai retrouv� la ville,
immobile et vivante.
J'ai revu les n�ons de tous les jours.
Je me suis mis � �crire,
� l'�poque o� je tra�nais dans les rues de Paris,
pour d�couvrir la vie d'une autre fa�on,
une autre vie.
J'avais renonc� � trouver un boulot.
J'ai march� pendant un an dans Saint-Germain-des-Pr�s,
la t�te pench�e sur les pav�s.
Et de cette solitude au c�ur de la ville...
C'est une v�ritable ville dans la ville.
Saint-Germain, avec ses populations, ses classes,
ses rites.
Les arriv�es et les d�parts.
La disparition soudaine et d�finitive...
d'hommes qu'on avait vus pendant des mois � la m�me place.
Le surgissement d'autres visages...
qui devenaient familiers de tous en quelques heures.
Un grand besoin de parler.
Le violent d�sir de la po�sie est n�.
Oh ! Ma. Oh! Mamma !
Quand je te revois dans les conciliabules...
de nos plus beaux souvenirs, parfois si outrag�s,
j'ai pour toi de l'amour et le respect en cons�quence,
et la sinc�rit�.
Les souvenirs pass�s ne blessent m�me plus nos ombres.
Cette terre a f�cond� nos plus belles ann�es,
et si je t'ai surprise, ce n'�tait pas par hasard.
J'ai confiance...
de ne m'�tre pas tromp�.
J'ai tellement perdu et oubli�,
surtout des choses extraordinaires,
et qui ne nous confondaient plus dans le sens de la vie m�me,
o� je crois en nous.
Moi ?
Pourquoi donner � ta d�finition de vivre...
le sens d'�tre et d'aimer ?
Le juste et le meilleur,
la beaut� de la vie,
le sens qui nous correspond,
le sens de la conscience ?
Apr�s avoir aim� ton au-del�, aussi bien que notre vie.
La vieillesse et la mort n'est jamais la m�me.
La terre, je l'aime et je m'en fous.
Je ne suis pas un cultivateur qui planque ses radis dans un trou.
Toi qui es aux fronti�res de l'impossible,
du sens exact de la s�mantique,
moi, Pierre,
je plante l'indivisible exact de notre infini.
Le m�tro,
le bistro, l'alcoolo.
Ce n'est pas toujours dr�le d'errer la manche retrouss�e,
la d�marche imbib�e,
avec sa puanteur et sa pesanteur.
Abasourdi par le chant des candeurs qui ne demandent rien � la renomm�e,
qui est ce c�ur fragile au-del� des langueurs ?
J'aurais tellement voulu planer...
Impossible d'aligner une pens�e derri�re l'autre.
Tu respires, tu recommences � respirer plut�t.
Et puis tes yeux se fixent sur un point du mur.
Pourquoi l� ?
Il peut y avoir une �gratignure de la pierre,
une fissure,
une crevasse,
le dessin malhabile de l'un de tes pr�d�cesseurs.
Tu t'es remis � penser.
Et toi, pour combien d'ann�es ?
Deux ans ?
Dix ? Vingt ?
Mais non, c'est absurde.
Tu te r�veilles d'un bref cauchemar,
tu �tais dans un trou d'air, en chute libre.
C'est fini, �a passe,
on ne va pas te laisser l�.
Les r�flexes reprennent le dessus,
ton esprit se d�fend.
Il faut survivre, esp�rer.
Tu te dis :
ce sont les autres qui cr�vent ici, pas moi.
Et tu commences � comprendre...
qu'il va falloir te battre aussi contre toi-m�me.
Au milieu de la nuit silencieuse,
on entend les cris monter des longs couloirs...
de cette ville souterraine.
Les gardes massacrent.
Les repr�sentants de toutes les races,
de toutes les classes de l'humanit�,
embarqu�es ensemble pour une longue travers�e.
Tu ne peux plus sortir.
Le d�luge.
On attend le retour des colombes porteuses de leur message...
de pardon et de paix.
Ce n'est pas rien une r�volte,
la guerre, la peur au ventre,
la gueule ferm�e de l'ordre,
les cris et la ferraille qui choque la dalle,
les portes claqu�es,
la stridence des sifflets d'un bout � l'autre de la nef.
La routine est bris�e.
De la soute � la passerelle rien ne marche plus.
A l'ext�rieur,
les CRS, fusils et matraques en mains,
attendent l'ordre d'intervenir.
Que dire ? Que faire,
dans ces replis du temps ?
Rien, rien peut-�tre,
mourir avec le temps,
les plus beaux souvenirs se noieront dans le temps.
Les yeux ferm�s je r�ve, je pense � toi,
je pense � ces id�es que nous partagions autrefois.
Ce matin o� je t'ai retrouv�e allong�e contre moi,
le caf� passait,
et nos pens�es se diluaient face aux infos.
La journ�e �tait belle,
les yeux au ciel,
je regardais le soleil.
Et puis,
quand c'est tout comme,
o� le r�veil vous vitriole,
je sais que dans les pens�es,
il n'existe pas que des baisers.
Le miroir avait transform� ma vie.
Je me voyais lisant dans l'avenir et le pass�.
Je me voyais bless� et pourtant mis�rable,
heureux de vivre,
comme un enfant dans les �toiles du printemps.
Les yeux de mon �pouse, de mes enfants,
m'habitu�rent � vivre avec le temps.
Je gardais beaucoup d'amour pour mes amis,
mes beaux-p�res et p�res...
et ta nudit� prise,
sans que tu le saches,
et sans aucun d�sordre au fond du lit...
o� nous �tions ensemble.
La chambre criait heureuse,
nous n'avons eu aucune surprise...
car nous savions que tu �tais l�.
Tu m'as dit les mots justes,
qui me faisait m'�lever...
� te donner le plaisir si souvent d�sir�.
Ci-est, Pierre Cl�menti,
mort �tait bien-aim�,
�tait parfait, jusqu'� la d�mesure.
Et puis quoi !
Et puis �tre !
Parfaire son chemin...
et puis � nouveau exister dans le temps qui nous est donn�,
moi, crois et crois-moi,
il y aurait mieux � ajouter que...
quoi ?
Moi !
Grav� en toi,
j'ai regard� tes yeux,
j'ai vu ta face regardant Dieu.
J'avais moi-m�me des enfants...
que je conduisais en souriant...
aux �coles de l'unique.
Monde dur et pourtant...
quelle extase !
quel plaisir ! quel bonheur !
Dans les nombreux jours o� je v�cus � Paris,
le miroir m'avait fait la f�te,
et le fait de m'avoir fait revoir,
ces heures enti�res de libert�,
le plaisir de vivre me faisait chanter ces instants retrouv�s.
Soleil ! soleil ! qui me sourit,
quel bonheur de t'avoir dans ma vie.
Jours de bien-�tre,
o� tu es tout contre moi,
l'amour naissait dans la blancheur des draps.
Moi, Pierre, depuis ces instants cruciaux,
je vous promets devant m'endormir,
et si ma d�ch�ance existe,
si vous le croyez parfois,
moi Pierre, de longue endurance,
j'ai fini ma joute avec vous.
Je crains que ma douleur vous int�resse.
J'irai jusqu'� vous avec moi.
L'ombre du passage est pass�e...
et dans mon sillon, une flamme.
J'ai observ�,
un soleil vivant,
avec les m�mes habitants...
qui ne se laisseront pas faire devant l'arrogance,
devant la fin d'un monde...
ne se finissant pas.
Je me souviens des paroles que j'envoyais � une �toile filante.
Equilibre et d�s�quilibre brisent l'harmonie de l'esp�rance.
Je reste seul dans l'obscurit�,
attendant que demain surgisse quelque chose de neuf,
mais l'esprit se fatigue � d�sirer �ternellement la m�me chose,
et le cycle se perp�tue...
comme une mort lente.
Parce que je sais que demain, il ne se produira rien.
La justice est lente et ext�nuante,
et m�me si l'innocence vient � �tre prouv�e,
ce n'est que bless�e qu'elle sortira de prison.
La folie t'ouvre les bras d�s que tu commences � savoir...
qu'il pourra s'�couler des mois,
ou une �ternit�,
avant qu'on s'occupe de ton dossier.
Cela d�pend de la chance,
de qui voudra, ou non, entendre ta plainte muette.
C'est finalement pour me sauver que je m'isolai,
comme fait le nageur,
qu'� l'improviste un tourbillon entra�ne,
et qui n'a qu'un moyen de s'en sortir :
se laisser couler passivement jusqu'au fond,
et l�, donner un bon coup de talon...
pour remonter � la surface.
Choses Vues - 2006
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