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(Rémi): Le ciel de Mégantic
fait partie des plus beaux ciels d'Amérique.
Regarder en l'air, pour nous,
ça fait partie de nos habitudes.
Depuis aussi longtemps que je me souvienne,
la voûte céleste a toujours été pour moi un réconfort,
comme si toutes ces étoiles veillaient sur nous.
Ce soir-lĂ ,
vue de l'espace,
une tache orange est apparue sur la Terre.
C'était ma ville qui explosait.
Le 6 juillet, Ă 1 h 14 du matin,
72 wagons de pétrole,
six millions de litres déversés,
des flammes de 300 pieds de haut,
47 victimes
et un sol contaminé
ont presque eu raison de moi
puis de mon bon Dieu.
(musique douce)
(bip) - Premier nouveau message.
(homme): Allô, Rémi. Rappelle-moi.
Ca a sauté près de ton église.
Ils m'ont dit que t'étais passé à l'hôpital,
que t'étais correct, mais je veux t'entendre.
- Deuxième nouveau message. (bip)
(même homme): Rémi, je veux savoir comment tu vas.
Rappelle ton père, Rémi.
(soupir)
- Fin des messages. (bip)
(sonnerie)
- AllĂ´?
(soupir)
OK, je... j'arrive.
(bips de recul)
- Suis-moi.
(musique douce)
- On m'a dit que t'as trouvé deux autres corps.
Ecoute, viens avec moi. C'est assez pour aujourd'hui.
- Approche.
J'ai besoin de me confesser.
J'ai vu des affaires.
Je me sens sale.
J'ai comme des taches en dedans.
Je ferme les yeux puis je les vois.
- T'as rien fait de mal, Marco. T'as pas Ă te confesser.
(sanglots)
- Faut bien qu'on ait fait de quoi de mal pour mériter ça.
Faut bien ĂŞtre coupable de quelque chose, crisse!
- Je comprends, c'est... c'est pas facile...
- < Je comprends >?
Mais tu peux pas comprendre.
Puis lui encore moins!
Sans ça, c'est un ostie de malade.
(soupir)
Ou bien, rien qu'un morceau de plâtre sur un bout de bois.
(Rémi): Depuis la tragédie,
quand je regarde le ciel,
je ne vois plus d'étoiles qui veillent sur nous.
Je vois juste le vide,
la froideur,
le néant,
comme si la Voie lactée était un miroir
de ce qui se passe en bas
ou, pire, comme si elle nous rappelait
qu'on est juste un grain de sable dans l'univers
et que notre malheur aussi.
(indicatif musical)
♪ Pleins d'amour quand même ♪
- ArrĂŞte. - Hein?
Ils marchent de mĂŞme dans les films.
♪ Aimons-nous quand même ♪
- Attention de pas marcher sur ta belle robe.
- ArrĂŞte de niaiser!
T'es censé remplacer mon père. Il était sérieux, mon père.
- OK, merci. Très beau, très beau.
Merci beaucoup, les musiciens.
Vous, votre set-up, ça va être dans ce coin-là .
Donc, Jérôme, va t'asseoir.
Marie, tu peux te placer ici, toujours Ă gauche de Marco.
Les demoiselles d'honneur vont ĂŞtre Ă gauche aussi
avec Anabelle. Les garçons, de l'autre côté avec Vincent.
Vous en avez combien? - Oui, un chaque.
- Sans compter les témoins. - Ouais, deux.
- Et on va avoir des petits enfants aussi
avec des paniers de pétales. - Oh! OK.
Eux peuvent se placer pas mal n'importe ou.
En bas de l'autel, dans les marches
ou aller rejoindre leurs parents dans les bancs.
C'est comme vous voulez. Donc, ensuite,
je vais dire quelques mots d'accueil
avant la prière d'ouverture.
Après ça, c'est la première lecture, l'oraison,
qui se fait lĂ .
- Ca, ça va être Bryan aussi, mais il peut pas être là .
- Non, il est en train de mettre son bateau Ă l'eau.
Pauvre petit. - C'est organisé
depuis longtemps. Il fait ça à chaque année
avec son père puis ses chums, - Justement,
il fait ça chaque année. Nous autres, on se marie
juste une fois. - Parle pour toi.
- Oh! - Pardon?
- Oh, boy. - Fais-toi-z'en pas,
c'est juste un début. Ca va continuer de même.
- Pour vrai, il avait proposé de changer ses plans.
C'est moi qui lui ai dit de rester.
- Il est mieux de faire ça comme du monde. Hum...
- Estie que c'est bien de l'énervement, un mariage!
On peut-tu annuler ça? - Hé, toi, les shorts!
Un instant, ça fait 10 ans que j'attends ce moment-là .
-Je t'aime. - Je t'aime.
- Oh! On continue?
Parce que j'ai un barbecue, moi, après.
(rires)
- HĂ©, attention un peu! (cris de joie)
- Taouin.
- Mais... - Monsieur le curé.
- Oh! Oui, oui, merci. - Et moi?
- Ah, je t'en amène une.
- Minou, viens m'aider avec ça, s'il te plaît.
- Je reviens. - C'est mon genre de me piquer.
- Ca va bien aller.
Tu peux pas remettre ça, t'es sûr?
- Babe, je le repousse depuis le début de l'été.
Il revient toujours Ă la charge.
Il est têtu, M. le curé.
- Ouais, mais on est chanceux de l'avoir, pareil.
- Il écoute les problèmes de tout le monde.
Il confesse, il console.
Mais lui, quand il a un problème,
Ă qui il parle, tu penses?
- Sa famille. - As-tu déjà vu sa famille, toi?
- Le bon Dieu, j'imagine. - Bah...
- HĂ©, toi, le gros. - Ostie!
- Il paraît que tu t'en vas au paradis.
Il paraît que c'est bien beau, hein?
- Tu vas enfin comprendre le sens de la vie!
- Non, il est pas assez sensible pour ça, voyons donc.
- Va donc chier. (rires)
(grésillement) - Tiens.
- Merci.
(vrombissement d'hydravion)
- Qu'est-ce que t'as?
- Rien.
C'est juste que moi, l'affaire du bon Dieu,
ça me parle pas, fait que...
- HĂ©.
Viens ici.
- Je vais toujours ĂŞtre lĂ pour toi.
- Moi aussi.
(musique douce)
- C'est mon père qui m'emmenait sur la montagne.
- C'est quoi, c'est un tripeux d'étoiles, ton père?
- Ah non, pas pantoute. On faisait juste monter,
manger un sandwich puis redescendre.
Il trouvait que je faisais pas assez de sport.
Je passais mon temps Ă lui poser des questions
sur l'espace, les étoiles, les planètes.
Je tripais sur Star Trek dans le temps.
Je l'ai supplié de trouver une façon de rentrer ici
pour voir, mais non, c'est jamais arrivé.
Je vais te présenter la Quintette de Stephan.
OK, c'est un regroupement de galaxies
dans la constellation de Pégase.
Ca fait longtemps ici qu'ils font des recherches
sur cette formation-lĂ . Ce qu'il y a de particulier,
c'est qu'on peut observer beaucoup de signes
de mouvements violents
avec des impacts fréquents entre les étoiles.
Oh, tu vois, c'est ça qui donne les formes distordues,
probablement des nuages gazeux.
Hum...
C'est comme la vie.
Tout bouge.
On sait jamais Ă quoi s'attendre.
Y a sûrement un grand plan,
mais... on peut pas le connaître d'avance.
Moi, je crois pas au hasard.
Y a rien qui arrive pour rien.
Puis quand t'as la foi, tout ça devient plus clair.
- Ouais, c'est bien beau, tout ça,
tes affaires de grand plan puis de hasard,
mais y a quelque chose que je comprends pas.
Pourquoi ton bon Dieu m'a fait athée?
- Hum!
-Y avait quelque chose d'autre que je voulais te dire aussi.
Je suis un petit peu mal Ă l'aise
par rapport au mariage.
- Ah, oui? - Bah... pas le mariage,
mais l'église et...
Je comprends pas pourquoi tu m'en as pas parlé.
- Vous vous mariez à l'église pour Marie.
C'est assez clair. - Ouais, mais elle non plus...
Elle est croyante puis tout,
mais...
elle va Ă la messe pas tous les dimanches.
- Marie, c'est une fille de traditions.
Je pense que c'est important pour elle.
- Ouais...
En tout cas, la dernière chose que je voudrais,
c'est te manquer de respect.
- Moi, la dernière chose que je voudrais,
c'est que vous vous mariez devant quelque d'autre.
- Good.
Ton père, lui, il est-tu croyant?
- Etait.
Quand maman est morte,
ça nous a bouleversés, tous les deux.
Il a arrêté de croire.
Il est devenu athée, pire que toi.
- Boy.
- Moi, ça a été le contraire.
Ca m'a rapproché de Dieu.
La religion m'a sauvé, je dirais.
C'est comme la seule explication que j'ai pu trouver
pour la mort de ma mère puis tout le reste.
Quand j'ai dit à mon père
que je voulais rentrer dans les ordres,
il m'a traité d'imbécile.
Il m'a dit qu'il fallait être cave pas à peu près
pour vénérer un morceau de plâtre
sur un bout de bois.
Une fois, c'était l'hiver.
Il m'a dit de m'habiller,
qu'on s'en allait faire un tour.
Il m'a fait grimper la montagne en pleine tempĂŞte,
sans raquettes.
J'avais du mal Ă mettre un pied devant l'autre.
Je faisais de l'asthme, en plus.
J'avais du mal Ă le suivre.
J'ai manqué de souffle. J'ai... j'ai perdu connaissance.
Je me suis réveillé dans mon lit.
Il était là . Il me regardait.
< J'aurais dĂ» te laisser lĂ >, qu'il m'a dit,
< laisser ton Dieu te sauver comme il a sauvé ta mère. >
Excuse-moi, je sais pas pourquoi je te raconte tout ça.
Ma job à moi, c'est d'écouter d'habitude.
Hum...
Comment va la hanche?
- Pas le diable. T'as pas dĂ» prier assez fort.
Coudonc, c'est-tu guérison garantie ou argent remis,
tes prières? - OK...
- Ah, les maudites plaques de métal qu'ils m'ont posées.
Ca me frotte sur les os. - C'est pas censé, pourtant.
- Ils savent pas ce qu'ils disent.
Moi, je sais ce que je sens.
J'aurais jamais dû me faire opérer
dans ton petit maudit hĂ´pital de campagne.
- C'est toi qui voulais ĂŞtre tout seul.
- Mon erreur.
Ah, j'aurais dû faire ça près de chez nous, à Sherbrooke,
dans un vrai hĂ´pital.
- Mais ça, ça m'aurait privé du plaisir de ta compagnie.
- Tu restes-tu Ă souper?
Le pâté au poulet est pas mal ici.
C'est bien la seule affaire.
- Je peux pas, j'ai pas le temps.
C'est-tu la soirée de bingo dans ton sous-sol?
- J'ai des funérailles demain. Il faut que je prépare un texte.
- Quelqu'un que t'as connu? - Un peu, oui.
- Tu t'enlignes-tu pour l'envoyer au ciel ou en enfer?
- Bon, je pense que je vais te retourner dans ta chambre.
- Déjà ? On est bien là pourtant.
- Oui, non, je pense qu'on a fait le tour.
- Ah, je voulais te dire. - Quoi?
- Merci.
Pour les raisins. Je veux dire, ils sont bons.
- Ca me fait plaisir.
- Combien je te dois?
- Ca va aller, papa.
- Oh, je voulais te dire,
y a une petite infirmière sur l'étage.
Elle a des belles petites courbes, c'est effrayant.
Je peux te la présenter.
On sait jamais, un miracle...
(musique inquiétante)
(tic-tac)
(cliquetis)
(musique inquiétante)
(grondement)
(tintement)
(musique angoissante)
(déflagration)
(explosion)
(explosion)
(coups Ă la porte)
- Faut évacuer par le nord au plus sacrant!
Tout de suite!
(cris confus)
- Qu'est-ce que vous faites? Là , ça peut encore sauter!
Allez-vous-en par en haut! Go, go, go!
(Cris de panique)
- Non, l'égout pluvial en priorité.
Moi, je vais bloquer ça avec la terre puis du gravier.
Ouais, sauf les valves.
Il faut fermer les bonnes, c'est pas si simple.
Va falloir que j'appelle mon père.
40 ans à la Ville, il y a pas un tuyau qu'il connaît pas.
Ouais, OK, c'est beau.
Le pétrole, ça coule dans les égouts.
Ca va droit dans la rivière. Faut bloquer ça.
- Nous autres, faut évacuer Cousineau,
en bas de Papineau jusqu'Ă Fatima,
d'un coup que le vent changerait de bord.
- Hé, prudente, OK? Moi, j'ai un mariage à la fin de l'été.
Tu me laisses des messages. - Toi avec.
- Oui, papa? C'est moi.
Non, tu dormiras demain. LĂ , on a besoin de toi.
(haut-parleur): Code orange. Attention, code orange.
- Hé, dégage, toi, tu vois bien.
- Oh, pardon. Marie-Eve?
- Oh, je vous ai pas reconnu, je m'excuse.
- Je suis venu assister les blessés
quand ce sera le temps. - OK, bonne idée,
sauf qu'ici, on est dans un code orange.
C'est le bordel. Pour tout de suite,
vous seriez plus utile au 3e.
Ca panique bien raide, ça a l'air.
- Ah, OK.
- Attention, code orange. Je répète...
- Nadia, est-ce que mon père est correct?
- Oui, oui, ça va, il est dans sa chambre.
Il est en douleur. On lui a donné un sédatif.
Il devrait dormir pour les six prochaines heures.
- OK, merci.
- Ouain, on vient d'arriver.
Pas évident de trouver les bouches d'égout.
Avec la panne, on voit rien. (Théodore): Ouais, trouvez-les.
Si le feu pogne dans l'égout principal,
le pétrole va se rendre jusqu'à Québec.
- Oui, oui, oui, oui. J'attends mes trucks de terre.
- Good, sauf que là , le pétrole coule jusque dans le lac.
Faut faire un mur dans l'eau pour empĂŞcher
que ça se rend jusqu'au camion qui pompe sur le quai.
Ca va me prendre des trucks de gravier, une dizaine.
- Tabarnak!
- Marco? Marco?
Qu'est-ce qui s'est passé? Etes-vous corrects?
- Il se passe qu'il y a une conduite secondaire
qui vient de pogner en feu.
Grouillez-vous de boucher le baptême d'égout!
- Oui, oui, OK. Ma terre vient d'arriver.
Je me mets lĂ -dessus. - Good!
Mais oublie pas mes trucks.
- Elle est arrivée ça fait une dizaine de minutes,
mais elle va bien. - Mais elle est correcte?
- Oui, elle est correcte.
- Bah, voyons. Qu'est-ce qui se passe?
- Un petit choc vagal. Rien de grave.
- J'ai essayé de t'appeler, mais ça marchait pas.
L'ambulance est venue.
Je leur ai dit que j'étais correcte,
mais ils ont insisté. - Guy?
- Monsieur le curé.
- Le feu est pris près de l'église. Je...
Je suis venu pour aider.
- Je cherche Gabrielle.
Elle était au Musi-Café. Vous...
Avez-vous entendu quelque chose?
- Non, rien.
- La ligne de défense, comment ça avance?
- Ils ont démoli une rangée de maisons.
L'incendie est contenu Ă partir du bureau de poste.
Là , les gars ont de la misère avec l'eau de la ville.
Les explosions ont rupturé des tuyaux.
Y a des fuites partout. La pression arrĂŞte pas de baisser.
- Le quai, c'est réglé. On a contenu le pétrole.
Vous pouvez pomper tant que vous en voulez.
- C'est bien beau l'eau du lac,
mais les tuyaux de la ville, quand vous vous mettez dessus?
- Hé, toi, change de ton, ça presse.
- Papa, c'est beau. - N'empĂŞche,
si l'eau se rend pas, nous autres, on peut rien faire.
- HĂ©, il continue, chose. - Oui, mais il a raison.
Le camion au lac, il pompe 3 500 gallons/minute.
C'est pas assez, c'est mĂŞme pas proche.
- Le problème, il est ici.
La conduite d'eau passe en plein milieu de la rue.
Drette lĂ , y a une borne-fontaine murale,
entre les deux, y a un gros tuyau.
C'est lui qui est rupturé.
Ca nous fait un maudit gros geyser
qui pisse 15 pieds de haut.
C'est de lĂ que vous perdez le plus gros de votre pression.
Juste ici, y a une valve.
La seule façon de ramener la pression,
ce serait de couper l'eau vers la borne-fontaine
en fermant ça, cette valve-là .
- Sauf que je peux pas envoyer mes hommes lĂ .
C'est bien trop près des wagons. Y a du feu partout.
- Je vais y aller, moi.
- Je suis pas sorti de ma retraite
pour voir mon fils aller se faire tuer.
- HĂ©, il a pas tort, Marco.
On a du pétrole aux genoux dans ce coin-là .
- On est des gars de terrain, nous autres, hein, papa?
- Quand y a de la merde, on saute dedans
puis on s'en débarrasse. D'habitude, c'est ça,
mais là , ça brûle pas normal, ce pétrole-là .
- Alex?
- Ouais.
Moi, j'y vais.
- Certain?
- Ouais, certain.
- Bah, let's go, on n'a plus de temps Ă perdre.
(musique rythmée)
- Vous vous enlignez sur le geyser.
La valve est dans la rue Ă 9 pieds 4 pouces
de la borne-fontaine. Ca doit être jammé
dans de la rouille accotée solide.
Cette borne-là est condamnée depuis 92.
- Une vraie encyclopédie, mon Théo.
- C'est qui ça, Théo? - Théodore, son nom.
- Excusez, Théodore.
- Ca va te prendre un marteau puis un long tournevis
pour casser la rouille Ă l'entour du bouchon puis l'Ă´ter.
- C'est beau, papa, j'y avais pensé.
- Puis crisse, fais-moi une place, je vais y aller avec toi.
- HĂ©. T'as fait ta job.
Tu me laisses faire la mienne.
(vrombissement)
(musique dramatique)
- Pas un blessé, personne,
puis ça a l'air qu'il y aura pas plus de monde
d'ici la prochaine heure.
Le gros du personnel est parti aider Ă la poly.
Non.
Mon cousin pompier m'a dit que ceux qui étaient en dedans,
ils ont pas pu s'en sortir.
C'est impossible.
(sirène)
(déflagration)
- OK, viens-t'en.
(musique dramatique)
- HĂ©, vous allez ou?
- Au poste de commandement en renfort.
- Y a-tu des blessés? - Aucune idée. On est en backup.
- OK, j'embarque avec vous. - Pour quoi faire?
- Donner un coup de main. - Correct, embarquez.
- Merci
(efforts)
- On le descend. OK, c'est beau.
Pogne le bas.
- La valve! Ou est la valve?
- La valve est ou?
- Elle est Ă quelque part ici. - OK, attention, tasse-toi!
Tasse-toi, tasse-toi!
- Envoye! - Attention Ă tes mains!
Je n'ai plus de bras! Pogne-la!
L'as-tu eu?
OK, je l'ai!
Elle est ici! Elle est ici!
Elle est ici, elle est ici!
Je l'ai, elle est ici!
- Donne-moi le tournevis! - Tournevis!
Ca va sauter!
Ca va sauter. Tu l'as-tu?
- Oui! Donne le marteau! - Le marteau!
Tu l'as-tu eu?
Tiens, je te passe la clé. - OK.
(gémissements)
- Let's go, let's go! Vas-y!
(cri de rage)
Ca baisse, ça baisse!
Ca baisse! Ca baisse!
Encore! Encore! OK!
Ca va sauter!
- Ah!
- On l'a eu! - On l'a eu!
(cris de joie)
On décâlisse!
- Hé, vous avez réussi, les gars.
Vous avez fermé la maudite valve.
HĂ©, je suis tellement fier de toi.
Le coeur a failli me lâcher quand je t'ai vu partir.
Je suis fier de toi, Marco.
- Je viens de parler au chef.
Ca a l'air que les réservoirs commencent à remonter.
Il fait dire que t'es un héros
et qu'ils ont besoin de toi Ă la roulotte.
- Ouais, bien, dis Ă ton chef
que mon gars va se prendre une petite pause.
(rire)
Hé, un héros, le gros! Un héros!
- J'ai fermé la valve, papa, du premier coup.
Ca arrive jamais, ça.
- Oui, remercie le ciel, mon homme.
Remercie le ciel.
(musique triste)
- Papa?
Ca te dérangerait-tu de te réveiller?
Pour une fois?
Ca se peut-tu que tu sois juste...
méchant,
prétentieux,
égoiste?
Un ostie de mauvais père?
Ca se peut-tu, ça?
Ca se peut-tu?
Si t'as raison pour le bon Dieu,
ça te tente-tu de faire ce qu'un père fait d'habitude?
Puis aider ton fils?
(ronflement)
(soupir)
- Je m'excuse.
Je dis des choses des fois puis...
Câlisse, c'est tough.
- Oui, c'est tough.
- Six jours que j'ai pas fermé l'oeil.
Je ne peux mĂŞme plus aller faire les courses avec Marie,
les gens se garrochent sur moi.
La zone rouge, ils veulent tout savoir.
A quoi ça ressemble là -dedans?
Qui c'est qu'on a déterré?
S'ils savaient, ils ravaleraient leurs questions.
Veux-tu bien me dire c'est quoi le grand plan lĂ -dedans?
T'as quel âge, toi?
- 32.
- T'es jeune pas mal pour avoir toutes les réponses.
- La mairesse m'a appelé.
Les familles des victimes
veulent se recueillir à l'église.
Elle veut que je leur parle.
Qu'est-ce que je leur dis?
(musique douce)
(cliquetis de clés)
(croassement)
(aboiement au loin)
- Papa.
- Salut.
- Ou est-ce qu'elle est, Marie?
- Elle est partie à l'épicerie.
Une dure nuit?
- Pas si pire.
- Pas si pire?
- Une nuit porte conseil, ça a l'air.
- Alex Lebel m'a appelé.
Les gars veulent soumettre ta candidature
à l'Assemblée nationale pour une médaille.
- Voyons donc, toi, câlisse. C'est quoi ces niaiseries-là ?
- Une médaille de bravoure.
Ca t'apprendra à jouer au héros, le gros.
Il m'a demandé ce que j'en pensais.
- Puis?
- T'as le droit de pas filer,
mais il faut que t'ailles chercher de l'aide, mon Marco.
Elle est inquiète de toi.
Elle dit que tu penses retarder le mariage?
- Avec la merde qu'on vient de vivre,
pas sûr que les gens ont envie d'aller danser
puis de lancer des pétales.
- Je sais pas, moi,
ce que le monde a envie de faire,
mais ce que je sais par exemple,
c'est que t'as une perle entre les mains.
- C'est beau, papa-- - Et Marie avec, elle en a une.
(Marie): AllĂ´!
- AllĂ´.
- Tu te maries fin août.
Les médailles, ils remettent ça en septembre.
Le timing est parfait.
C'est ça que j'ai dit à Alex.
- Hé, ça va, vous?
- Ouais. Ca va, ça va bien.
Bon, bah, je pense que je vais y aller, moi.
Bye lĂ . - Bye.
(soupir)
- Qu'est-ce que t'as acheté?
- J'avais envie de manger des crĂŞpes Ă matin.
- Je vais te les faire, OK?
- Merci.
- Oui. Cet après-midi.
Vers 4 h.
Ils vont venir en autobus,
autour de 40, 50 personnes.
Des parents, des amis,
tout du monde qui ont perdu des proches.
- Ca va pas être facile, ça.
- C'est pas ça, papa. C'est...
Je sais pas quoi dire.
Depuis la tragédie, je...
je rencontre des gens qui ont tout perdu,
des gens brisés.
Qu'est-ce que tu veux que je leur dise Ă ce monde-lĂ ?
- Je sais pas quoi te dire.
Pauvre toi.
(petit rire)
Je suis mal placé pour parler.
Les fois ou je me suis ouvert la trappe,
je l'ai regretté après.
Ce que je t'ai fait ce jour-lĂ ,
ce que je t'ai dit,
si je pouvais revenir 21 ans en arrière, je te jure...
Tu sais, des fois, on...
on a mal puis on dit des affaires, mais...
Ca excuse rien.
Je suis peut-être un ostie de mauvais père.
(soupir)
Mais des fois, se fermer la gueule,
c'est ce qu'on peut faire de mieux.
Je suis content que tu m'aies appelé.
- Moi aussi.
Les gens entraient dans l'église
et passaient autour de moi comme si j'étais transparent.
Quelques personnes m'ont dit bonjour.
La plupart m'ont jeté un regard furtif,
juste assez long pour que je voie dans leurs yeux
toute la souffrance du monde.
A un moment, Fernand est entré et s'est arrêté devant moi.
Il m'a fixé pendant plusieurs secondes.
Je savais pas s'il allait s'écrouler ou m'engueuler.
Quand il a finalement quitté,
c'est là que j'ai compris que mon père avait raison
et qu'il m'avait aidé.
Mon père m'avait donné ce que je lui avais demandé.
(musique douce)
J'ai rien Ă vous dire.
J'ai pas de mots.
(sanglots)
Y a rien que je pourrais vous dire qui aurait de sens.
Des fois, se taire, c'est ce qu'on peut faire de mieux.
(sanglots)
Si vous le voulez bien,
on va prendre un temps de silence.
Je vais m'asseoir avec vous.
On va pleurer ce qu'on a Ă pleurer.
Ensemble.
(sanglots)
(musique douce)
(sanglots)
(cloches)
- Excusez-moi.
Je suis la mère de Gabrielle.
J'ai vu la photo de votre garçon.
- Patrice.
Il s'appelle Patrice.
- Oui, je sais.
La dernière fois que ma fille m'a texté, c'était...
pour m'envoyer une photo de lui.
(musique douce)
- A tantĂ´t. - A tantĂ´t.
(Daniel): Toi, c'est le grand départ?
- Ouais, je décolle demain matin très tôt.
- WĂ´, la nuit va ĂŞtre courte.
- Il dormira dans l'avion.
- Ouais, ça lui apprendra à faire son phoque en Alaska.
- Oui.
- Gab.
L'Alaska, c'est...
c'est fini.
J'y retourne juste pour régler mes affaires.
Après ça, je reviens à Mégantic.
- T'es sérieux là ? - Oui.
Je sais que je vais vite,
mais... j'aimerais vraiment ça qu'on soit ensemble.
- Puis t'es pas un petit peu saoul?
- Oui. (rire)
Ca a pas rapport.
J'ai jamais été aussi lucide.
(soupir)
Faudrait que tu me dises que c'est une idée de merde.
- C'est...
pas...
une...
idée de merde.
(cloches)
- Je pense que...
mon fils était très amoureux.
- Je pense que Gabrielle aussi.
(musique douce)
(grincement)
(musique douce)
(Rémi): On se remet pas d'une histoire comme ça.
On survit.
On s'accroche Ă ceux qui restent.
On les redécouvre même parfois avec un regard différent
et c'est là que les étoiles retrouvent leur lumière
et leur beauté.
Je crois toujours pas au hasard
et j'ai espoir dans le fameux grand plan.
L'univers est mystérieux
et la foi aussi.
(musique douce)
Sous-titrage: difuze
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