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(musique dramatique)
(sanglots)
(cri)
(gémissements)
(toux)
- Ah! Fuck!
Hein? Fuck, qu'est-ce que...
Claude. Claude. Claude!
Claude, je suis pas capable de bouger!
Ma jambe, elle ne bouge plus, elle ne bouge plus.
- OK, essaie de te calmer un peu.
Relaxe. Calme.
Ou c'est que t'as mal? - Je suis paralysée, Claude.
J'ai pas mal, je sens rien. - OK, respire, respire.
C'est à droite, c'est ça, hein? - Oui. L'autre droite.
- OK, je vais essayer de la plier un peu, OK, correct?
- OK. - Regarde.
- Ah, non, non, non! - Oui, ça va.
- Non, je la sens pas, je la sens pas.
- Voyons, cĂąlisse, tu la sens pas?
Tu sens pas ça? - Non, estie!
- Tabarnak, ça va pas, estie? Voyons, regarde!
- J'ai mal, arrĂȘte!
C'est arrivé comme ça
trois mois aprĂšs l'accident.
- J'ai traité un soldat qui a fait l'Afghanistan.
Paralysie partielle, comme toi.
Lui, c'était tout le haut du corps.
Ca fait mal? - Hum-hum.
- C'est bon, ça.
C'est signe que tu recommences Ă ressentir quelque chose.
On va y aller doucement.
(Annick): J'aimerais ça ĂȘtre transparente,
invisible,
que tout me passe Ă travers comme du vent.
Mais lĂ , c'est le contraire.
Tout m'accroche et m'en arrache des bouts.
- T'en as trop pris.
Ton corps essaie de se protéger,
de bloquer la tension.
C'est comme si tout ton ĂȘtre
voulait arrĂȘter de ressentir la pression
en se mettant sur pause.
Imagine une membrane protectrice
qui se formerait autour de tes organes
puis de tes muscles
comme pour les geler.
On pourrait appeler ça une... une anesthésie du corps.
Dans des cas extrĂȘmes,
ça peut provoquer de la paralysie.
(Annick): Je ne suis plus capable d'aimer, on dirait.
Je ne sens plus rien en dedans.
Je ne veux plus de conflits, de discussions, plus d'attaches.
Je ne sais plus ou j'en suis.
Depuis ce soir-lĂ , j'essaie de recoller les morceaux,
mais je n'ai plus rien.
- Je m'en fous de l'autre gars, tu sais.
Donc, si jamais tu changes d'idée,
tu sais ou me retrouver.
(Annick): Claude, c'est vraiment un bon gars,
mais ĂȘtre en couple, ce n'est plus possible pour moi.
(indicatif musical)
(haut-parleur): Votre attention, s'il vous plaĂźt.
M. Geoffroy est demandé... - Ciao.
(brouhaha)
(cloche d'ascenseur)
- Estie que je suis contente de sortir d'ici! Wouh!
- La psy, elle dit que les choses vont finir par se placer,
qu'il faut donner... - Donner le temps au temps.
Ce que j'avais hĂąte de sortir de l'hĂŽpital
pour ne plus l'entendre, celle-lĂ .
- HĂ©, tu me donnes-tu une puff? - Ouais.
- Envoye, niaise pas lĂ . j'ai le cou qui tire.
Merci.
(expiration)
Sais-tu, je pense que je vais le garder.
- Sûre?
Tu ne pourras plus me faire la morale.
(soupir)
HĂ©, sais-tu ce qu'on devrait faire, toi et moi?
- Hum? - Aller marcher sur le feu,
comme en Inde. - Oui, toi, c'est brillant, ça.
- Non, pour vrai.
Je suis tombée là -dessus dans une revue à l'hÎpital.
Il paraĂźt que c'est bien bon pour changer nos patterns,
faire face Ă nos peurs, ces affaires-lĂ .
- Bah, oui. Salut, les gogos.
Moi, je viens de Mégantic
puis j'aimerais ça aller me recrisser dans le feu.
- Pas toi. Tes craintes...
Tes affaires, tes bibittes.
- T'es encore plus folle que je pensais, toi.
- Laisse ça faire son chemin dans ta petite tĂȘte.
Tu vas voir, hum?
(ding! dong!)
- T'arrives tard. - Oui.
Il a fallu que j'aille ramasser ça.
C'est pour ton pĂšre. - Il va ĂȘtre content. Rentre.
Papa, on a de la belle visite.
- Ah! (rires)
Si c'est pas ma Annick préférée.
- Comment va votre petit coeur aujourd'hui?
- Oui, il pompe encore, faut croire.
- Bon. C'est de Corine puis de moi.
Pour votre convalescence.
- Bien, voyons donc, vous autres.
- On s'est dit que la boĂźte de chocolats,
c'Ă©tait peut-ĂȘtre pas une bonne idĂ©e.
Corine, elle fait dire
que si vous le mettez dans le soleil,
il va vous faire des belles fleurs.
- Ah, oui? - Hum.
(gémissements)
- Eh!
Ca, lĂ , c'est pour toi.
Puis ça, bien...
c'est pour Corine.
Tu la remercieras bien fort pour moi.
C'est bien trop fin, ça a pas de bon sang.
Le monde Ă l'hĂŽpital,
ils l'appellent le rayon de soleil.
- Ah... - Quand elle rentre,
tu devrais voir le sourire sur la face des patients.
Tu sais que si t'étais pas là ... - Hé, charriez pas.
J'apporte juste le café puis les beignes.
- Ouais.
- Bon, faut y aller. Ils nous attendent au garage.
- OK. - OK.
- Bye. - Bye.
(reniflement) - Papa.
- Bah, non, je braille pas. Je braille pas lĂ .
- Je t'ai fait un pùté chinois.
20 minutes, 350.
Je t'aime. - Moi aussi.
- Bon, bon, bon!
- Bah, lĂ , l'infirmiĂšre me l'avait dit.
AprÚs une opération au coeur,
on se sent triste puis on sait pas pourquoi.
- Bah, lĂ , c'est pas une petite affaire que vous avez eue.
C'est normal, une petite déprime.
- Oh, pas déprimé. Triste. C'est pas pareil.
Moi, un oiseau sur le bord de la fenĂȘtre me fait brailler.
- Hier, la fille de la météo,
elle annonce du soleil en fin de semaine.
Les grosses larmes de crocodile, toi.
- Ah oui. Mais ça va passer, ça a l'air.
Faut donner le temps au temps, qu'ils me disent.
- Bon, on va y aller tout doux? - Non, je suis correct.
Merci.
Bye.
(musique douce)
- Ah, bah...
David Ryan!
- T'es rendue dans les fleurs, toi?
- Paysagement. - Ah!
- HĂ©! (rires)
Qu'est-ce que tu fais dans le bout?
- J'arrive de l'hÎpital. Ma mÚre s'est fait opérer hier.
- Oh? Rien de trop grave? - Non, non, non, non.
Vésicule biliaire. Et quand j'ai su que Gab,
elle a enregistré son album, je me suis dit
que j'allais fĂȘter ça avec vous autres.
- C'est le fun de te voir!
HĂ©, j'ai su que t'avais ouvert un bar Ă Sherbrooke.
- Ouais, le Chien rose. - Ah oui, le Chien rose?
- Je savais que t'allais aimer ça.
- Pas pire, pas pire.
- OK, gin, cordial, jus de canneberge,
demi-once de limoncello
puis un trait d'eau de rose.
- Oh, quand mĂȘme.
- C'est ça. Shake.
Oh!
Pour finir...
Fine strain, puis on allonge au Prosecco.
- Il est descendu pour Gab. Il lui invente un cocktail.
Ca s'appelle Intervention divine.
- Ouais. - T'as manqué le début.
La recette est juste lĂ .
- HĂ©, t'es pas avec Sandrine, toi?
- Je l'ai laissée au garage pour son char. Elle s'en vient.
- Hum-hum.
- Je tope ça avec une tranche de concombre
puis un bouton de rose and...
that's it.
Intervention divine. - Oh, ça a l'air bon!
- Señorita. (rire)
- Hum!
Oh, my God, c'est écoeurant.
Hé, non, c'est vrai, goûte ça.
C'est écoeurant, ça va se vendre au bout.
- Montre donc voir. - Oui, c'est bon.
- C'est pas mauvais, mais c'est plus un drink de filles.
- HĂ©, man. - Mais aux derniĂšres nouvelles,
Gab a pas de pénis. Il est drÎle, lui.
- Crisse, come on, il est rose. - Je vais aller me préparer.
- Il est épais. Donne-moi-le, je vais le boire, moi...
- Tu vas le boire au complet? - Bien oui, estie.
(brouhaha)
- Et voilĂ .
Belle de jour?
- Oui, je m'en souviens. Avec lime?
- Belle de jour avec lime pour madame!
T'as l'air de bien aller, Nick. - Oui, ça va bien.
Judith, comment elle va?
- On n'est plus ensemble. Passe-moi...
- Oui, j'ai su ça que vous n'étiez plus ensemble.
- C'était une erreur.
- T'es quand mĂȘme restĂ© avec six ans.
- Oh, on a étiré ça pas mal.
Cinq ans et demi, je dirais.
- HĂ©, j'ai su pour ta mĂšre. Tu restes ici combien de temps?
- Une couple de jours. Je suis au chic Motel du Rang.
Tu travailles des fois Ă l'hĂŽpital, toi?
- Bénévole.
- Tu m'as manqué.
- Tu vois, c'est ça le problÚme avec tes drinks, David.
Ils sont trop beaux.
On n'y croit pas.
- Vendredi, qu'est-ce que tu fais?
- Je travaille.
- Il est vraiment bon, ton Belle de jour, David,
mais j'ai pas envie d'ĂȘtre un rebound.
- HĂ©, Nick! - HĂ©!
- J'ai réussi. Surprise. - De quoi?
- Quatre billets pour les Black Keys. Cadeaux.
Tu te fais remplacer vendredi soir.
- Bah lĂ ! HĂ©, c'est vraiment derniĂšre minute,
mais je vais essayer. - OK!
OK, shooters pour tout le monde! - Yes!
(cris de joie) Donne-moi la vodka.
La vodka.
Yes!
(musique forte)
(cris de joie)
- Encore, encore! - Envoye!
- Encore, encore!
(vrombissement)
(cris de joie)
- Ca a été long, fermer.
- Grosse soirée.
J'aurais pas dĂ» prendre les shooters
que tu nous as achetés.
Comme mal au coeur, je pense.
(soupir)
- Je pourrais pas aller au show.
- Hein, pourquoi?
- J'ai oublié, mais ils ont besoin de moi à l'hÎpital.
- Fuck, les Black Keys.
- Ouais, je sais.
- Tabarnak , t'es pas cardiologue.
- Oui, j'ai un shift au Musi aprÚs, c'est compliqué.
- Come on, Nick, c'est notre groupe.
- Je vais voir, mais trouve-toi un back-up, OK?
- On est-tu rendu Ă 10 minutes?
- Ca va biper, papa.
- Il me semble qu'on a dépassé 10.
As-tu programmé ça comme il faut, cette histoire-là ?
Tu sais que trop, c'est comme pas assez.
Ca peut me tuer.
- Oui, ça va. Ca dépend, quoi?
(Annick): Tu peux-tu me remplacer Ă soir?
- Ah non, je peux pas.
Faut que je ramasse ma tante Huguette
demain matin super tĂŽt au terminus de Coaticook.
T'as-tu demandé aux autres? - Oui, depuis à matin
que je suis lĂ -dessus. Y a pas personne qui peut.
- Ils sont donc bien derniĂšre minute Ă l'hĂŽpital.
Ils peuvent pas se passer de toi?
- Tu sais, l'été, c'est comme Noel.
Ils ont toujours besoin de bénévoles.
Je pourrais te remplacer Ă 11 h, 11 h 30.
- OK, 11 h 30 max.
- Maudite que t'es fine. Merci.
- Ouais, mets-en. Bye. - Bye.
- Ca lui fait tellement plaisir
de penser qu'elle va passer du temps avec nous.
- J'ai pas le goût de me faire garder.
Je suis pas un enfant. - Ca a rien Ă voir.
- Surtout pas par ta tante Huguette.
- Elle a besoin de vacances, qu'elle dit.
Sortir de la ville un petit deux semaines,
ça va lui faire du bien. - Pour ça, je la comprends.
Je hais cette maudite de ville-lĂ .
Ca pue.
Ils puent, les Montréalais. - Ils sentent quoi?
- L'ail puis la pisse.
Ouais, comme un mélange de ça. T'as jamais remarqué?
Ta tante Huguette aussi, elle pue un peu.
Non, mais c'est drĂŽle, ta mĂšre qui sentait si bon.
- HĂ©, n'importe quoi, toi.
- Ils sont pognés dans les meurtres puis la drogue.
Les filles se font enlever pour faire des vues pornos.
Des petites filles de mĂȘme pas 16 ans!
- Coudonc, qu'est-ce que j'ai mis dans ta salade de fruits?
- Puis y a du smog aussi.
Ils vivent dans de gros nuages jaunes.
Ils sont gris pĂąle,
toujours en train de courir aprĂšs leur queue.
- Oui, puis nous autres, en région,
on a tous des belles joues rouges et on sent la pivoine.
- Sais-tu, quand je te regarde, oui.
(petit rire)
(soupir)
Il va bien falloir que tu partes un jour,
à Montréal ou bien donc ailleurs.
- T'es ou, lĂ , dans ta tĂȘte, papa?
- DeuxiĂšme tiroir Ă gauche du poĂȘle.
En dessous des linges Ă vaisselle.
- Ca fait combien de temps que c'est lĂ ?
- Depuis vendredi. - Mais lĂ , tu sais
que je n'en peux plus d'attendre aprÚs ça!
- Tu sais bien ce que ça va dire.
- Non, je le sais pas. On sait jamais en médecine.
Ouvre-la. Allez!
- < Mademoiselle Sandrine-- > - Non, non! Lis dans ta tĂȘte.
Fais juste me dire si c'est bon ou pas.
Viens par ici, docteure Savoie. - Ah! J'y crois pas!
- Estie de cĂąlisse de tabarnak!
Tu t'en vas, ma sacrément! (rires)
âȘ Envoye embarque ma belle âȘ
âȘ Je t'amĂšne n'importe ou âȘ
âȘ On va bĂ»cher... âȘ (micro qui crĂ©pite)
âȘ Gueuler avec les loups ouais âȘ
âȘ Je veux jamais t'entendre dire jamais âȘ
- HĂ©, les boys. HĂ©, Mario.
Mon micro, il pope. - Non, c'est pas des pops.
C'est les fils, ils se débranchent par boute.
Grouille pas... HĂ©, Yvann! T'achĂšves-tu?
- Oui, Mario. L'électricien est en train de finir ça en bas.
Il va cacher les fils puis ça va ĂȘtre rĂ©glĂ©.
- Bon, bonne nouvelle, ça. Donc, attention, tout le monde!
Message important ici.
AprÚs des mois et des mois de dures rénovations...
- Eh oui! - Ca fait combien de temps
que tu retapes la place, Yvann?
- Ca fait longtemps que je ne compte plus ça.
- Un peu plus qu'un an. - Plus qu'un an, certain.
Je sais pas si vous vous rappelez,
mais c'était pas mal dû pour des rénos ici.
Mine de rien, ça fait 10 ans que j'ai parti ça.
Au début, je vendais des croissants puis du café.
Je me rappelle, y avait quatre-- (en choeur): Petites tables
puis une couple de chaises cheap.
- Estie, c'est ça, c'est bien drÎle.
- Non, c'était pas drÎle, c'était pas facile.
Le nombre de fois qu'il a pensé mettre la clé dans la place
puis s'en aller. - Demande-toi pas
pourquoi t'as pas de blonde. - Qu'est-ce que tu veux, Mario?
L'amour, c'est pas quelque chose qu'on contrĂŽle.
Ca se passe ou ça se passe pas
puis on sait jamais vraiment pourquoi.
Anyway, mĂȘme quand ça arrive, il est dĂ©jĂ trop tard,
fait que... - T'as-tu deux minutes?
- Estie, j'aime pas ça, cette face-là .
Moi, j'ai comme un petit feeling
que je vais me retrouver short-staffed
un vendredi soir. - C'est l'hĂŽpital
qui a besoin de moi. Mais inquiĂšte-toi pas,
je te laisserai pas tomber.
- Oui.
- HĂ©, Joelle. - Ouais?
- La chambre de Mme Ryan, elle est-tu sur l'étage?
- Mme Ryan... Mme Ryan... Ouais, 307.
C'est drÎle, son fils m'a demandé si t'étais là .
Il te cherche partout depuis tantĂŽt.
- Ah oui? - Oui.
T'as changé pas mal, toi.
- Dans le bon sens, j'espĂšre.
- T'es pas mal plus expressif.
Je me souviens du David en secondaire 3
qui parlait pas fort puis qui était tout renfermé.
C'Ă©tait quasiment intimidant. - Oh, j'Ă©tais gĂȘnĂ©.
J'étais pas trÚs solide.
Mais le fait d'avoir ma business qui roule bien,
d'avoir vécu un long bout avec quelqu'un, je...
je... je sais plus ce que je veux
puis ce que je veux pas dans la vie.
C'est pour ça que je voulais qu'on se voie.
Pour t'expliquer qu'il y a six ans,
j'ai fait le mauvais choix, Annick.
- Tu parles comme si t'avais Ă choisir
entre deux chiens au pet shop. - Mais non, estie.
Tu sais bien que c'est pas ça que je veux dire.
Puis au contraire, j'avais pas l'impression de choisir.
Je te sentais pas accessible, pas intéressée.
- Fait que t'es parti avec ma coloc?
Je l'étais pas. - Hum?
- Intéressée.
- T'es aprĂšs me donner raison?
- Toutes les filles avaient un kick sur toi.
Moi, j'étais terrorisée que tu me choisisses pas.
- Fait que pour pas ĂȘtre déçue,
tu t'es arrangée pour pas avoir l'air intéressée?
- Hum-hum.
T'aurais peut-ĂȘtre dĂ» travailler un petit peu plus fort.
- Tu sais ce qu'on devrait faire?
- Hum?
- On devrait prendre ça un verre à la fois.
On pourrait commencer avec un Belle de nuit.
- Je me souviens pas de la recette de ce drink-lĂ .
- Ca peut te revenir vite.
- Faut que je ferme le Musi Ă soir.
Quand j'y pense avec ma tĂȘte, logiquement,
je sais bien que c'est pas de ma faute,
mais en mĂȘme temps, c'est de ma faute.
Un Belle de nuit, c'est deux onces de whisky,
une once de mandarine impériale, du sucre en poudre,
cinq feuilles de menthe puis?
- Deux cubes de glace.
- Je vais t'en prendre rien qu'un.
Je veux pas ĂȘtre trop en retard.
(musique douce)
(vibration de cellulaire)
Oh, fuck! Faut que j'y aille.
- Déjà ?
- AllĂŽ, c'est Annick. Laissez-moi un message.
(bip) - Salut, ma belle.
Tu dois ĂȘtre dans le gros rush.
Le show était so-so. J'arrive bientÎt.
Je vais aller faire un tour au Musi
ou bien donc, je vais aller me coucher,
je le sais pas trop.
Rappelle-moi.
- Fuck.
Sandrine, elle va me tuer.
- C'est pas la fin du monde, relaxe.
- J'ai promis que j'allais ĂȘtre lĂ pour 11 h 30, estie.
CĂąlisse. (Elle soupire.)
Fais-toi pas d'idée, OK?
C'était juste un verre. Une fois.
De toute façon, c'est ta spécialité, toi,
un verre Ă la fois.
(musique douce)
(brouhaha)
- Hé, t'es pas supposée avoir fini, toi?
- Ouais, supposée.
(Annick): Oui, allĂŽ, Sandrine. - Qu'est-ce que tu fais?
Tu m'avais promis. - Je le sais, je m'excuse.
- Claude, il est passé te voir, hein.
Il est reparti vu que t'étais pas là .
- HĂ©, dis Ă Corine qu'elle te laisse partir, OK?
Je m'en viens. - Elle me laissera pas aller,
jamais de la vie. C'est la folie furieuse ici depuis 8 h.
- Je suis sur Papineau, je m'en viens.
Je... J'espĂšre juste que je vais me trouver un stationnement.
- Ca va?
- Ouais, ouais, j'ai juste mal Ă la tĂȘte un peu.
- Au pire, rendu Ă cette heure-lĂ ,
je laisse tout ça là puis tu viens faire ma caisse demain?
- Regarde, si je me trouve une place en avant du Musi,
je vais sortir, mais sinon, laisse tout ça là ,
je vais faire ta caisse demain puis je t'en devrai une.
- OK. C'est correct. - HĂ©, appelle ton pĂšre
pour pas qu'il s'inquiĂšte. - OK, bye.
- Bye.
(musique rock en sourdine)
(soupir)
- Bien, bien plein.
Grosse soirée.
Bon, too bad.
Est-ce qu'on a un sixiĂšme sens?
Une petite voix qui nous guide dans nos choix?
Les anges gardiens, ça existe-tu?
(Sandrine): Salut, papa.
Je voulais juste te dire que je viens de lui parler
puis elle est en retard. - OK.
- Avez-vous senti ça? On dirait un tremblement de terre.
- Attends, papa.
(grincement métallique)
(ambiance sonore assourdie)
(Annick): Pourquoi certains puis pas d'autres?
Pourquoi moi puis pas elle?
Fumer une cigarette,
aller pisser,
sortir prendre l'air,
commander une biĂšre.
Comment on peut penser que ces gestes-lĂ
tellement insignifiants
vont avoir été les plus importants
de toute notre vie?
(déflagration)
Fuck!
Fuck! Fuck, fuck, fuck, fuck, fuck!
Qu'est-ce que c'est ça, cùlisse?
Voyons, tabarnak!
Qu'est-ce que c'est ça?
(cris indistincts)
- Qu'est-ce qui a sauté?
- Voyons, qu'est-ce que c'est ça, cùlisse?
(explosion)
- Ca doit ĂȘtre l'usine Tarmica.
Ca ferme souvent lĂ -bas. - Tarmica, c'est plus au nord.
Ca, c'est le centre-ville ou le boulevard des Vétérans.
- Non, je viens juste de parler avec quelqu'un au Musi.
Tout était beau.
- Peut-ĂȘtre dans le coin de la marina, je le sais-tu.
- Marco! Je viens de caller mon boss!
Faut évacuer tout le monde, mais loin du centre-ville!
- OK. - Vite!
- Attention, tout le monde! Attention, on m'écoute!
LĂ , y a un incendie majeur au centre-ville.
Un coup de vent du mauvais bord puis ça peut s'en venir par ici.
LĂ , vous rentrez dans vos chars,
vous crissez votre camp, let's go!
Let's go, on rentre!
Let's go.
(sirĂšnes)
- Voyons, qu'est-ce qui se passe?
- On évacue. Vous allez vers le haut de la ville
et vous passez le message Ă tous vos voisins.
Envoye, rentre chez vous. - Hé, hé!
Mes amis sont lĂ -bas. Faut que j'aille les aider.
- Qu'est-ce que tu penses que tu peux faire?
Qu'est-ce que tu penses que tu peux faire, hein?
Les pompiers puis la police sont lĂ pour s'en occuper.
Toi, si tu veux les aider, évacue. Let's go.
(klaxons)
(Corine): Salut, mon petit coeur.
Coco peut pas te répondre là ,
mais si tu lui laisses un message,
elle va te rappeler si ça lui tente.
- Corine, t'es ou? Réponds à ton téléphone, OK?
Niaise pas, réponds-moi, envoye.
(Sandrine): Salut, c'est Sandrine.
Laissez-moi un message.
Ca va me faire plaisir de vous rappeler.
Passez une super belle journée.
(bip) - Sandrine, c'est moi.
Faut vraiment que tu me rappelles
quand t'auras ce message-lĂ . OK, c'est super important.
Je t'aime et je m'excuse.
Rappelle-moi.
(sirĂšne)
OK...
- Impossible d'établir la communication.
Impossible d'établir la communi...
(haut-parleur): S'il vous plaĂźt,
veuillez quitter immédiatement votre secteur
et vous dirigez vers le haut de la ville.
(sonnerie)
- AllĂŽ? (Corine): Annick? C'est moi.
- Corine! T'es ou? Je t'ai appelée! T'es ou?
Es-tu correcte? Ca va? - Oui, oui, je suis correcte,
je suis correcte. - Les autres sont ou?
Sandrine est ou? Parce que j'ai appelé Sandrine
et elle m'a pas répondu. - T'es ou?
- Euh... Sur Papineau, au coin de Lemieux.
- OK, tu peux-tu venir me chercher?
- Oui! T'es ou? - AgnĂšs puis...
puis Frontenac, je pense. Ca passe pas par Laval.
Faut que tu fasses le tour par la voie de contour.
Je vais ĂȘtre au coin de Laval puis Industrielle, OK?
- OK, je m'en viens. - OK.
(sanglots)
(klaxons)
- HĂ©! HĂ©!
(musique douce)
- Corine. Viens.
- On va ĂȘtre bien corrects de mĂȘme, OK?
- Merci, MÎ. Je dois y aller. - T'es sûre?
- Certain qu'elle est sûre.
- Si jamais tu veux me revoir, hésite pas, OK?
Y a le numéro de cell à Simard là -dessus.
Je n'ai plus le mien.
- T'étais ou?
- Laisse faire.
- Pourquoi t'étais pas à la job?
Tu m'as dit que tu serais Ă la job, Nick.
- T'étais ou? - Laisse faire, Co.
- Sandrine? Sandrine, elle t'a-tu appelée?
On a-tu des nouvelles de Sandrine?
Nick, t'étais ou? - Je suis là .
(série d'explosions)
Oui, tout le monde est perdu.
Tout le monde cherche pas mal tout le monde
en ce moment. (Fernand): Elle m'a dit
que tu t'en venais la remplacer.
Je lui ai parlé au téléphone,
mais la ligne a coupé.
Je comprends pas ce qui se passe.
(explosion)
- Moi non plus.
- Il est ou, le feu lĂ ? Sur Frontenac?
- Ouais, dans ce coin-lĂ .
- OK, t'étais-tu arrivée au Musi-Café?
- Non, je me cherchais un stationnement
pas loin du Musi puis j'ai entendu comme un bruit.
- Mais quoi? Qu'est-ce que t'as entendu?
- Je sais pas...
Je ne sais plus.
Mais je suis avec Corine. Elle a réussi à s'enfuir,
fait que peut-ĂȘtre que... - Je l'ai vue, Sandrine,
juste avant que ça arrive.
Elle était en arriÚre du bar.
Je l'ai vue donner une bouteille d'eau Ă Gab Lavigne.
Je me ferais pas trop d'idées.
(Fernand): Elle était avec elle?
Ou est-ce qu'elle était?
AllĂŽ?
AllĂŽ?
Annick?
(sanglots)
Est-ce que quelqu'un m'entend?
AllĂŽ?
S'il vous plaĂźt, est-ce que quelqu'un m'entend?
Est-ce que quelqu'un m'entend?
AllĂŽ!
AllĂŽ!
(musique triste)
(série d'explosions)
(Claire): Quand on ne peut plus revenir à qui on était,
faut apprendre Ă vivre avec la personne qu'on est devenue.
Cette personne-lĂ qui ne fait plus confiance Ă personne,
elle a peur de tout tout le temps
parce que tout est différent autour d'elle.
Faut qu'elle réapprenne à bouger, à voir,
Ă sentir,
Ă s'ouvrir.
- C'est bien beau, ça, mais comment on fait ça?
- Bah...
Faut que tu reconnectes ensemble ta tĂȘte, ton coeur et ton corps.
Il faut que tout ça recommence à marcher ensemble.
C'est facile à dire, oui, mais c'est ça pareil.
- Quand je repasse le fil... - Hum-hum.
- J'ai dit à l'hÎpital que j'étais disponible
pour faire du bĂ©nĂ©volat ce soir-lĂ
parce que j'avais envie de croiser par hasard David.
On s'entend, c'est pas comme si j'avais été en amour
par-dessus la tĂȘte avec. Je voulais juste...
Mon mensonge Ă Claude puis tout le reste,
c'est vrai que ça m'a sauvée,
mais tout ça, ça a tué Sandrine.
Elle est morte parce que j'avais envie de fourrer avec un gars!
- Hum...
Je sais que c'est difficile
d'accepter que tout ça est dû au hasard,
mais ton cauchemar, les cendres que tu veux manger,
c'est les victimes que t'essaies de faire disparaĂźtre,
la catastrophe que tu veux avaler,
mais ça passe pas.
T'as survécu. Elle, pas.
Tu te sens coupable, c'est normal.
- Y a rien qui est normal! Je suis pas capable de baiser!
Je ne serai jamais plus capable de baiser!
Je suis pas capable d'aimer!
Je suis mĂȘme pas capable de brailler, crisse!
- Annick, tu le sais qu'on peut pas fumer ici.
- Je m'en cĂąlisse.
(musique douce)
Merci.
On dirait que je viens me rendre.
- ArrĂȘte ça.
Mais je t'avertis,
il est resté surpris quand je lui ai dit
que t'en venais avec lui.
(soupir)
On fait jamais ça normalement,
mais il n'y a plus rien de normal, fait que...
C'est les restants de Sandrine que le coronaire nous a donnés.
C'est ça qui a été retrouvé
puis qui a servi Ă son identification.
- Y a rien d'autre?
- Non.
Je suis désolée.
- Sa vie complĂšte dans une petite boĂźte.
- Voulez-vous que... je l'envoie directement
au salon funéraire ou...
- Je l'ai perdue une fois, c'est bien assez.
Je vais la garder avec moi pour le moment.
Je vais lui trouver une plus belle boßte que ça, par exemple.
- Je vais vous laisser, tous les deux.
Je suis juste à cÎté
si vous avez besoin de quelque chose.
- Je pense Ă elle Ă tous les jours.
- Oui.
Chaque matin, je me lĂšve
puis je me repasse son message sur son répondeur.
A chaque matin, elle me dit
de passer une belle journée.
- Je m'excuse. (sanglots)
Vous le savez, Fernand.
C'est Ă cause de moi si elle est lĂ -dedans.
Je vous ai menti ce soir-lĂ . Je...
J'étais supposée d'aller la remplacer
puis j'étais en retard. C'est de ma faute.
(sanglots)
- Ton cactus...
...m'a donné une belle fleur hier.
- Hein?
- Ca pousse vite, ces plantes-lĂ .
- Fernand, je m'excuse d'ĂȘtre en vie
et que Sandrine le soit pas.
- Je ne reverrai plus jamais ma fille,
mais toi, t'es lĂ .
Mais le bon Dieu t'a pas épargnée
pour que tu te ronges par en dedans
jusqu'Ă la fin de tes jours.
C'est ma job à moi, ça.
Toi, t'es jeune
puis t'as des choses Ă faire,
puis moi, j'ai besoin de savoir que tu vas les faire.
HĂ©.
J'ai besoin de savoir que tu vas vivre.
- Je sais pas comment.
- Ma femme,
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