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(musique dramatique)
- J'entends des voix des fois.
- Quel genre de voix?
- Des cris.
Des hurlements.
Du monde prisonnier, du monde qui brûle.
- Ca arrive pendant tes cauchemars?
- Non, je suis réveillé.
- Ca t'arrive souvent?
- Presque tous les jours.
Je vois du monde aussi.
(petit rire)
(vrombissement de train)
L'autre jour, j'ai vu Pierre-Luc.
Il m'a envoyé la main.
J'étais en char avec ma mÚre.
C'Ă©tait pas dans ma tĂȘte, ça avait pas l'air en tout cas.
- Pierre-Luc, on s'est vus à ses funérailles.
On s'est parlé. - Ouais. Je sais.
(stridulations d'insectes)
- Envoye, Bryan.
Tu peux pas rester sur ton cul à attendre que ça passe.
Francis puis la gang vont ĂȘtre lĂ .
Hein, ça va te faire du bien.
Lave tes pieds sales, mets tes souliers puis viens-t'en.
- Facile à dire, ça.
- Regarde bien, on est tous passés par là . T'es pas pire que les autres.
- Je ne veux plus mettre de souliers ni de bottes.
- Ah, arrĂȘte avec ça!
- Tu peux pas comprendre.
(soupir)
- Regarde bien. LĂ , il va falloir
que tu passes Ă d'autres choses parce que c'est pas vivable.
- J'essaie, ostie. J'essaie.
(soupir)
- Je vais ĂȘtre en retard.
Tu viens ou pas?
Bon, bien, c'est ça, hein.
Reste donc tout seul, ostie, nu-pieds dans le salon.
C'est pas comme si j'avais pas essayé!
(claquement de porte)
(grattement)
(rires)
(musique douce)
- Tu voulais me voir?
- J'ai pas envie d'ĂȘtre tout seul.
Tu veux-tu une biĂšre?
- Certain.
Ca file pas?
- Ils comprennent pas, personne.
- Il faut ĂȘtre passĂ© par lĂ .
- La psy...
...elle dit que je fais une psychose.
Elle veut que j'aille voir un psychiatre,
qu'il me prescrive des pilules.
Je suis pas capable de remonter.
C'est-tu de ma faute?
- Ca prendra le temps que ça prendra.
- Comment ils font, les autres, pour reprendre leur vie,
pour sortir dehors, mettre leurs ostie de souliers?
- Ils ont pas vu ce que t'as vu.
- Il y a juste toi qui me comprends.
Tu m'as toujours compris, Myriam.
- T'es encore avec Lydia, que je sache.
Quand est-ce que tu vas lui dire?
Il n'y a plus rien entre vous deux.
Ca fait des mois que tu sais ça. Elle aussi, elle pense ça.
Elle reste juste pour pas se sentir coupable.
- J'ai peur de me retrouver seul avec mon mal.
J'ai tellement mal tout le temps, lĂ .
- Mais t'es pas tout seul, je suis lĂ .
- Ils m'ont tous dit ça au début.
- Nous, c'est pas pareil. Ca remonte Ă loin.
- Tu t'en vas ou?
- Je veux voir ou tu vis, ou tu dors.
- Je dors pas gros depuis un bout, je vais te dire.
Myriam?
Myriam!
- Tu sais ce qui te ferait du bien?
Aller sur le lac faire un tour de bateau.
Un peu d'air, d'espace.
Un beau grand tour de bateau jusqu'au bout du lac.
(indicatif musical)
- Wow, le boat, toi! - Pas pire, hein?
Hé, attends de voir ça. Ca fly en chien, ces bébites-là .
- Ce que j'aime de la fĂȘte du Canada, moi,
c'est que ça permet de récupérer de la Saint-Jean, tu sais.
- Ouais, dans ton cas, on comprend ça, mon Pat.
- Ta gueule, mÎman, j'étais pas si pire.
- Tu t'en rappelles pas, tu veux dire.
- En Beauce, ça?
- Oui, Ă Woodstock, au show de Frampton.
- On l'a jamais vu dĂ©foncĂ© de mĂȘme.
Il se roulait dans la boue, ostie.
- J'arrivais d'Alaska.
L'alcool puis le décalage, c'est pas bon.
- Ouais, t'étais décalé en ostie.
(rires)
- HĂ©, moi, dans mon temps, on fĂȘtait ça sur le mont Royal.
Félix, Charlebois, Plume.
On devait ĂȘtre un demi-million bien chaud ou gelĂ©.
- Ou les deux dans ton cas, hein?
Ma mÚre, elle me l'a contée souvent, celle-là .
Ils commençaient à sortir ensemble.
Ils se sont mis trois pour le rentrer dans le char, ma mĂšre puis les Garneau.
- Je me suis dit: < Si elle a été capable de m'endurer ce soir-là ,
on est bons pour la vie. > Fait que je l'ai mariée!
- Bien oui, OK. (rires)
- HĂ©, les Garneau,
leur fille s'en revient à Mégantic, il paraßtrait.
- Oui, on l'a croisée à Woodstock.
Elle nous a dit ça.
- Qu'est-ce qu'elle fait?
Elle est masseuse astheure, c'est ça, Bryan?
- Ouais, elle veut s'ouvrir un salon ici.
- HĂ©, elle est rendue pas mal cute, la petite Myriam, hein?
- Elle a jamais été bien, bien laide.
- C'est ton ex, ça?
- En secondaire 1. On se calme.
- Bien, anyway, son petit coeur est pris, lui, lĂ .
- C'est pas parce que t'as un arbre dans la cour
que tu peux pas prendre une marche dans la forĂȘt.
- Calvaire, P.-L. Man, ostie que t'es douche.
- N'empĂȘche, une masseuse, ça doit pas ĂȘtre plate.
- Ostie d'obsédé! - Mets-en!
- Dites-moi pas que vous y avez pas pensé,
ma gang de mangeux de...
Je parle pas de vous, Rodge.
- Hé, je vous écoute, puis je me revois dans le temps.
Plus ça change, plus c'est pareil.
(musique douce)
- Myriam?
- HĂ©, Bryan.
- De retour aux sources?
- Oui.
- C'est cool de te revoir ici. - Oui, contente d'ĂȘtre revenue.
Sherbrooke, j'en avais jusque-lĂ .
- Ah oui, hein?
- Salut, Bryan. - Nadia.
- HĂ©, il faudrait monter le divan.
Mon shift commence bientĂŽt Ă l'hĂŽpital
puis il faut que j'aille me changer.
- Ah, mais laisse faire ça, Nadia.
Je vais m'en occuper, moi. - Oh, pas besoin, on achĂšve.
- Non, non, c'est parfait.
T'es un amour.
- Merci. - De rien.
- Bye, lĂ . - Bye. Bon shift.
Je t'aime!
- Je monte ça en haut?
- Oui.
- Ou c'est que tu les veux?
- Euh, sur la table.
(aboiement au loin)
(gémissement)
T'es-tu correct?
- Oui, oui, c'est rien.
Hé, t'es bien spottée en maudit.
- C'est Yvan qui me l'a trouvé.
Toi, t'es ou?
- Dans Fatima, sur Salaberry.
- Ah. - Ouais.
- Avec Lydia, il paraĂźtrait?
- Ouais.
- Tu les prends jeunes.
- Elle a 18 ans.
C'est juste cinq ans de différence.
- Six.
- Elle va avoir 19 le mois prochain.
Puis toi?
- Il y a pas personne.
Le dernier, c'était un moyen débile jaloux.
C'est un peu ça qui me ramÚne ici.
Ah, ils m'ont laissé une biÚre. A deux?
- Oui.
A ton retour.
- Aux retrouvailles.
- Merci.
T'es rendue masseuse, ça a l'air?
- Orthothérapeute.
C'est ma bague de graduation.
< Masseuse >, ça fait cheap, je trouve.
- Ah.
- Le monde, ils se font des idées des fois,
les gars surtout.
- Mais voyons donc.
- Je suis spécialisée en sportif.
- Justement, j'ai dû m'étirer une épaule à la chasse
en traßnant un ours. - Ou ça fait mal?
- Bien, ça part dans le cou
puis ça descend jusque dans l'omoplate.
Oui. - La scapula.
(soupir) C'est musculaire.
T'aurais pas dĂ» forcer tantĂŽt, y a rien de pire.
- Quand je t'ai vue avec Nadia tantĂŽt,
je me suis dit: < Ca a pas d'allure. >
- Fais-tu des haltĂšres?
- Euh... pas vraiment, non. - Il faudrait.
Pour renforcer tes muscles stabilisateurs.
Mais avant, il faut guérir ça.
Passe me voir.
Je t'offre l'examen puis le premier traitement si tu veux.
Pour te remercier, hum.
- Les pratiques, lĂ , c'est une aux deux semaines,
puis ça commence pas avant septembre.
Fait que pour tout de suite,
je vais vous expliquer la drill en gros.
Ca, c'est ta pagette.
Tu te pointes sur appel.
- Oui.
HĂ©, je te dis tout de suite,
elles sont trop grandes, ces bottes-lĂ .
- Tu chausses du combien, d'habitude.
- Neuf, neuf et demi. - Bien, c'est censé faire.
- Mais moi, j'aime ça quand c'est serré.
Comme ça, si j'ai à courir, ça va comme plus vite.
- Oui, écoute bien, le jeune,
si t'es trop serré, tu vas geler l'hiver
puis tu vas mourir de chaleur l'été.
- Je le sais, ce que j'ai de besoin. Moi, j'aime ça de mĂȘme.
Quand j'étais volontaire à l'usine de Fatima, j'en avais pas de problÚme.
- Combien t'as eu de feux lĂ -bas, toi?
- Oui? - Bien, on...
- Bien, c'est ça.
Tu vas ĂȘtre un petit peu plus occupĂ© ici.
- Regarde, anyway, c'est toi qui vas dealer avec.
Toi, t'as ton pompier un.
Fait que, Francis, il va ĂȘtre dans quel groupe, lui?
- Euh, Bryan... Bryan... 91.
- Tu vas voir, c'est un bon groupe.
Ils vont t'intégrer lentement, mais sûrement.
Puis, aprÚs ça, tu vas apprendre sur le tas.
- Ah, mais je suis sérieux,
pour les bottes, tu checkeras ça.
- Oui, je vais checker ça.
Bienvenue, man.
- Bienvenue, man.
- Ostie que j'ai hĂąte au premier quart.
On dirait que la revoir, ça rebrasse plein d'affaires.
- Dans tes culottes?
- T'es trĂšs, trĂšs cave.
- Mais Lydia, lĂ -dedans?
- Relaxe, il s'est rien passé. Je l'aime, Lydia.
- Rien passé, ostie? T'as faké d'avoir mal à l'épaule
pour que l'autre te fasse un massage.
Dans mon livre Ă moi, c'est un peu tromper.
- Mais non. - Ta gueule.
- HĂ©, dans la mĂȘme ligue, en tout cas.
- J'ai rien fait.
HĂ©, je dis ça de mĂȘme, elle a quasiment fini son drink.
(Pat): HĂ©, je le sens pas.
- Ca a bien l'air qu'il viendra pas.
(Pierre-Luc): Oh, c'est un go, ça.
- Elle est en train de le caler. - Une autre fois. Une autre fois.
- Merci, ma chum. - Attention Ă toi.
- On s'appelle.
- Envoye, ostie de tapon. - LĂąche-moi.
- Elle s'en va, lĂ .
- Merci. - Pas de trouble.
- Oh, toi! - Voyons, tabarnak.
- Envoye, come on, elle est pas trop loin. Vas-y.
- Vos gueules, cùlisse! Je suis tanné.
- Vas-y, elle est juste lĂ . - Qu'est-ce que tu fais lĂ ?
- Je suis pas bon, lĂąchez-moi.
- Ca vient de me coûter 15 $ ou je sais pas trop.
CĂąlisse, c'est un Cosmo.
Voyons donc, < pas de trouble >?
- Juste ferme ta crisse de gueule.
- T'es pas bon. Non, je suis pas bon.
- T'es pas bon, man.
- Hein, pas pire soirée, pareil.
- Tu niaisais pas mal. - Ah.
- Le gars le plus bretteux de la planĂšte, man.
- C'est elle qui est partie. Qu'est-ce que tu veux que je te dise?
C'est pas de ma faute. - Tu niaisais sur la banquette. Bien oui, elle est partie.
- C'est Ă cause de vos crisse de niaiseries.
On a l'air d'une gang de tatas.
- Tu repars samedi. Laisse-nous pousser un peu.
- HĂ©, tu me dois 10 $ pour le Cosmo.
Je paie pas pour les téteux, moi.
- Bye, lĂ . - Ciao.
- C'est ça, bonsoir.
(conversation indistincte)
(vrombissement de moteur)
- Salut.
- HĂ©.
- T'es-tu occupée?
- Pas vraiment.
- Est-ce que tu...
Tu m'as offert de quoi tantĂŽt puis...
...ça élance pas mal à soir.
Bien, je peux repasser si tu veux.
- Viens-t'en.
On pratique sur des volontaires.
L'école met une annonce dans le journal
puis c'est gratuit.
- Avoir su, je serais venu te voir avant.
As-tu des bozos des fois qui...
- Qui quoi?
- Bien, qui perdent un peu le contrĂŽle?
C'est pas toujours évident.
T'es cute pas mal.
On n'est pas faits en bois, nous autres.
- C'est arrivé, oui.
On a une rĂšgle dans ce cas-lĂ .
On leur offre un petit jus d'orange
puis on se retire le temps qu'ils se calment.
T'as-tu une petite soif, toi, lĂ ?
- Non, non.
Un gars s'informe, c'est tout.
J'en reviens pas.
- Quoi?
- Comment c'est simple entre nous deux.
- Ah.
- J'ai l'impression qu'on peut parler de tout.
On se comprend.
J'ai l'impression que je pourrais me retourner
puis t'embrasser, puis ce serait bien correct.
Ayoye donc!
- Excuse, t'as un gros noeud.
- Je dis pas que tu me laisserais faire non plus, mais...
...j'ai l'impression que ce serait pas la fin du monde si je m'essayais.
(musique douce)
- Il faut dire qu'on est déjà passés par là .
- C'est ça que je dis quand je dis c'est simple entre nous deux.
Normalement, je dirais jamais ça à une fille.
- Oui, on sait jamais.
Tu pourrais manger une bonne claque.
- Ah, mais il y a un risque Ă tout.
- Ta blonde.
- Je ne le sais plus, pour ĂȘtre bien franc.
Je la trouve jeune un peu des fois.
J'ai l'impression qu'on n'est plus Ă la mĂȘme place, elle puis moi.
- Hum. J'ai un principe, moi.
Une chose Ă la fois.
- Ah... - C'est ici que ça fait mal?
- Ah... Oui, c'est ça, c'est là , oui.
(musique douce)
- Toi, c'est médium, la belle Lydia?
- Ca dépend. C'est-tu de l'ours comme l'autre fois?
- 60 % ours, 40 % porc.
Ca goûtera pas le sang ce coup-ci, promis.
- Bien cuit, s'il te plaĂźt, puis la plus petite boulette.
- Bryan, lĂąche ta pagette, on mange.
Je te dis qu'il est pas fier rien qu'un peu, hein?
- T'aurais dû voir ton pÚre se péter les bretelles
quand il a eu son uniforme pour la premiĂšre fois, lui.
- Ah oui, hein?
- Bon, bon, bon, exagĂšre pas, Francine.
T'as manqué de quoi l'autre jour, Lydia.
Ce bateau-là fly. T'aurais dû voir ça.
On ira faire un tour ensemble tous les quatre.
- Accroche-toi, il conduit comme un fou.
- HĂ©, 40 ans que je navigue, pas un accident.
- Hum. - Puis, c'est-tu bon, la petite?
- C'est un peu épicé. - Bien, ça tue les microbes.
HĂ©, tu sais ce qu'il faudrait?
Faudrait que tu viennes Ă la chasse avec nous un jour.
- Je suis pas sûre, moi.
Tirer sur un animal... - Ca a l'air pire que c'est.
- Je suis un peu contre ça, pour ĂȘtre franche.
- C'est comme aller au supermarché.
- Je suis contre les abattoirs aussi.
- Tu manges du bacon. T'adores ça, le bacon.
- De moins en moins.
- Sa mÚre est végane.
- OK, mais ça a pas rapport.
Je suis vraiment capable de penser par moi-mĂȘme, calvaire.
(musique dramatique)
- Un peu de salade peut-ĂȘtre?
- Lydia. - Laisse faire.
(rires)
- Envoye. - Reviens, lĂ .
C'est des blagues.
(alarme) - OK, c'est quoi?
- Il y a un feu qui a pogné dans la locomotive
d'un train parké à Nantes.
On va aller les aider. - C'est-tu gros?
- Non, c'est une petite affaire. On va juste là par précaution.
Ton chum est pas là ? - Qui ça?
- Le petit cocky. - Bryan?
Je sais pas, il a pas dĂ» avoir le call.
Ah!
- HĂ©.
Qu'est-ce qui se passe, lĂ ?
T'étais pas dedans bien avant qu'on arrive chez mes parents.
- Toi...
Tu m'aimes-tu au bout?
- Certain que je t'aime. On habite ensemble.
- Myriam.
- Quoi?
- J'ai croisé Nadia cet aprÚs-midi.
Ca a l'air que t'es monté chez elle.
- Crisse, c'est petit, Mégantic.
Bien oui, je l'ai aidée à déménager
une couple de meubles.
- Tu m'en as pas parlé.
- HĂ©, toi, lĂ ...
Qu'est-ce que tu fais?
ArrĂȘte-moi ça, ces niaiseries-lĂ .
Il y a rien, je te jure.
On va-tu se commander une pizza chez Aline?
Faut que tu te mettes de quoi dans le ventre, toi.
- Non, va prendre un verre avec tes amis.
Je suis... je suis fatiguée.
(musique dramatique)
- Oui, apparemment, tout est OK.
Juste un gars qui passait par lĂ en char
qui a fait le 911.
Anyway, ils ont éteint le moteur,
fait que ça ne peut plus brûler.
Je peux pas te payer temps double, tu le sais.
Fait que je vais envoyer quelqu'un checker tout ça à Nantes.
(Bryan): Tout est fini?
- Oui, on est train de ramasser.
- OK, t'as-tu besoin d'aide? - Hein.
Non, c'est beau.
- Ah, fait chier d'avoir oublié la pagette chez mon pÚre.
- Ouais, c'est sûr que ça part pas fort,
mais en mĂȘme temps, t'as pas manquĂ© grand-chose.
On n'a presque pas arrosé.
Quand on a éteint le moteur de la locomotive,
tout s'est étouffé.
- Bon. Sorry, les gars.
Qu'est-ce que vous faites aprĂšs?
- Moi, je m'en retourne Ă la maison. Puis toi?
- Ah, je suis au Musi,
mais je m'en vais peut-ĂȘtre au casino tout Ă l'heure.
Je sais pas encore ce que la soirée me réserve.
- Donne-moi donc un sambuca, s'il te plaĂźt, Sandrine.
- Ouais, dans le ballon ou...
- Non, non, juste en shot, c'est correct.
C'est toi qui travailles Ă soir?
- Oui. Je remplace Annick pour ĂȘtre fine.
- Ah bien, si c'est pas mon déménageur préféré.
- Bien oui. - MĂȘme chose que d'habitude, s'il te plaĂźt.
T'es pas avec Lydia?
- Non, elle est fatiguée à soir.
- Tu vas rejoindre Myriam au casino Ă soir?
- Elle t'a dit ça?
- Tu sais que c'est ma meilleure chum, hein?
- Hein? - Niaise-la pas.
- Pourquoi tu me dis ça?
- Tu l'aimes-tu?
- Bien...
- Tu l'aimes-tu?
- Crisse, t'es bien intense, toi.
- Bien oui, tu l'aimes, crisse de tata.
- Pourquoi tu me traites de tata?
- Promets-moi de faire attention Ă ma chum.
ProtĂšge-la.
Toujours.
(grondement)
(tintement)
(crissement)
- Mégantic. C'est pour un incendie
rue Cartier et Laval.
Plusieurs bùtiments commerciaux et résidentiels en feu.
(voix radio indistinctes)
- Mon Dieu... Roger!
- Alerte générale.
- Y a le feu au centre-ville.
Bryan, c'est sa pagette. Il l'a oubliée.
Mon Dieu, il m'a dit qu'il sortait au Musi ce soir.
Ah non, ah non...
(déflagration) Ah!
Voyons, Roger! Qu'est-ce qui se passe?
(alarme de voiture)
- Bryan? C'est moi.
- Qu'est-ce qui se passe?
- Rappelle-moi au plus sacrant, tu m'entends?
DĂšs que tu prends mon message, tu m'appelles, OK?
(sonnerie)
(musique trépidante)
- Bryan?
Ah... oui. Oui, Fred.
Oui, attends.
- Oui?
Déraillé ou exactement?
Oui.
Correct, j'arrive.
(sirĂšnes)
(cris indistincts)
(coups de klaxon)
(musique dramatique)
(crissement de pneus)
- HĂ©, non. Ca passe pas, monsieur, ici.
Faut passer par Fatima. C'est trop dangereux.
- Je cherche mon gars.
Ca a l'air que vous faites l'évacuation sur Frontenac.
- Je comprends, mais on essaie
d'évacuer les gens, pas d'en ajouter.
C'est par lĂ pour tout le monde. - Faut que je le voie!
- J'ai pas le temps de m'obstiner, moi.
Fatima, monsieur. - OK, je comprends, je m'excuse.
- Hé, hé, hé, hé!
- HĂ©, qu'est-ce que vous faites lĂ ?
(musique trépidante)
(paroles entremĂȘlĂ©es)
(coup de sifflet)
- Il faut pas rester ici, monsieur! Reculez! Reculez!
- Allez-vous-en! Vous avez rien Ă faire ici!
Allez-vous-en!
- Excusez, je cherche mon gars. Il est pompier volontaire.
- Roger, Roger! Qu'est-ce que tu fais lĂ ?
- Je cherche Bryan. - HĂ©!
- Bryan, tu nous as fait peur, mon petit sacrifice.
- Papa? - On a essayé de t'appeler.
- Bien oui, ma pile est Ă terre.
Va ouvrir le char, vite! - Oui, mettez-la ici.
- Go, go!
(cris indistincts au loin)
- OK, on la dépose. - Ouais.
OK. - OK.
Tu t'en occupes? OK, merci.
(déflagration)
- Tabarnak! - Reculez, tout le monde!
- CĂąlisse. - Promets que tu vas ĂȘtre prudent.
Joue pas au héros, là .
- Promis.
- OK, tout le monde! - OK!
- Venez-vous-en!
Je viens de parler Ă Dorion.
On envoie du renfort autour du foyer principal
juste pour arroser ce qui est pas encore brûlé.
LĂ , Dorion m'a dit qu'eux autres,
pendant ce temps-là , ils vont creuser des fossés
pour maĂźtriser le feu.
J'ai besoin de deux, trois gars
qui vont aller vers le Parc des Vétérans
pour s'assurer que tout le monde soit évacué, OK?
- Je peux y aller. - Je peux y aller avec les gars de la deux.
Bryan a pas assez d'expérience. - Hé, je veux y aller.
- T'es-tu sûr? - Oui.
- OK, lĂ , checkez-vous bien comme il faut puis faites attention.
Arrangez-vous pas pour rester de l'autre bord du mur de feu
parce que si vous restez pognés,
moi, je ne peux plus rien faire pour vous autres, OK?
- OK. - Bryan, tu l'écoutes.
- Heille, j'ai compris.
- OK, go puis bonne chance.
(musique dramatique)
- HĂ©!
Il y a quelqu'un lĂ -bas!
- Ou ça? - Là , là , dans la maison!
- Oui, je la vois.
- Passe-moi ta hose. - HĂ©, Brian, reste ici.
- Envoye, niaise pas, donne-moi ta hose, ostie! - Brian, ostie!
- HĂ©, niaise pas, cĂąlisse! - HĂ©!
- HĂ©, Bryan! - Let's go, vas-y, fonce!
- Bryan, reste ici!
- Vas-y! - Vas-y, Bryan!
(cris entremĂȘlĂ©s)
- Les gars, cĂąlisse, restez ici!
(musique dramatique)
(voix inaudibles)
(crépitement des flammes)
(musique douce)
- Let's go, les gars. Bonne job.
(conversations indistinctes)
(musique dramatique)
(sifflement des flammes)
- Reste pas accroché, man. Il faut bouger.
(sifflement des flammes)
(âȘ)
(paroles inaudibles)
(Claire): Tu prends tes médicaments?
Bryan, c'est important, il faut que tu les prennes.
Bryan? - Lesquels, ostie?
Les bleues? Les blanches?
Les nouvelles? Celles pour dormir?
Celles qui me donnent l'ostie de nausée
ou celles qui me fuckent la tĂȘte?
- Si ça fait pas, on va retourner voir le Dr Lemaire.
Il peut ajuster tout ça.
Tu te promĂšnes encore nu-pieds?
- Je n'en veux plus de souliers. Je ne veux plus porter ça.
- Pourquoi?
- J'étouffe. Mes pieds, ils étouffent.
Je ne respire plus.
- Pourquoi?
- Parce que cette nuit-là , j'ai manqué d'air.
Mes pieds brûlaient.
- T'as vu des choses que t'aurais pas dĂ» voir.
C'est normal que tu sois--
- Tu le sais pas, toi, qu'est-ce que j'ai vu.
- On me l'a rapporté, oui.
Un corps... entre deux autos.
(petit rire)
- Non.
Non, j'ai rien vu de ça.
(musique dramatique)
Qu'est-ce que...
Qu'est-ce que tu fais?
(balbutiements)
Parce que ça se fait pas, s'en aller de mĂȘme.
Tu m'as rien dit, Lydia. Qu'est-ce que tu fais?
Non, je le sais, mais...
Quand ça marche pas dans un couple,
on... on attend un mois ou deux puis... ça se replace.
Tu n'es plus capable? Imagine-moi, ostie!
Je... je le sais,
mais il y en a trop eu tout d'un coup.
J'ai de la peine pour tout le monde, Lydia.
Fait que tes caprices, ça passe aprÚs.
Hein?
Non, non, je me... Non, non, je me fous pas de toi.
C'est pas ça que j'ai voulu dire.
Non, non, je m'excuse.
Je ne le sais plus, ce que je dis.
(tonalité)
- Ca va pas?
- Fais comme chez toi.
Je pensais jamais que j'allais couler de mĂȘme.
Bryan Lussier...
number one.
- C'est pas une si mauvaise chose.
Au moins, c'est réglé avec ta blonde.
- C'est ça que j'aime chez toi.
C'est ton cÎté positif.
- As-tu pris tes pilules?
- Le voilà , mon médicament.
(soupir)
- On y va-tu faire un tour sur le lac?
- T'es belle.
T'es tellement belle.
- On reste pas ici. Il y a rien ici.
- Tu trouves pas qu'il est...
...qu'il est un peu tard?
- C'est beau, un lac, Ă l'aube.
(ding-dong!)
(grincement de la porte)
- Je sais...
...je sais pas ou me garrocher.
(reniflement)
(Roger): Viens rester ici.
Ta chambre est lĂ , toute prĂȘte.
(Bryan): Papa, j'ai 25 ans.
- 25, 40, 60...
Tu seras toujours mon gars.
Pas date d'expiration lĂ -dessus.
(soupir)
- Ca va passer.
Je m'excuse.
- Tiens. Il faut que tu manges, toi, hum.
- Merci.
- Ton pĂšre a raison.
Viens vivre ici quelque temps.
Reste pas tout seul.
- J'ai pas faim, maman.
Je vais y penser.
- Joanne, la mĂšre de Myriam,
elle file pas pantoute.
Elle est passée me voir hier.
Elle voudrait te parler.
Elle se demande si...
...si tu savais les derniers mots de sa fille.
(musique douce)
- Comment, ses derniers mots?
Qu'est-ce qu'elle dit, elle?
- Ca vous ferait peut-ĂȘtre du bien de parler, tous les deux.
- Maman, c'est pas Myriam que j'ai vue.
Elle était chez elle.
- Non, Bryan, c'est elle.
- Non, ils l'ont pas trouvée.
Ca se peut pas.
- Elle a juste eu le temps
de sortir de chez elle, d'aprĂšs les experts.
- Puis de s'enfuir, pourquoi pas?
- Non.
Elle serait morte en sortant.
Elle aurait manquĂ© d'air avant mĂȘme de brĂ»ler.
Ca aurait pas pris cinq secondes.
Elle aurait pas eu le temps de souffrir.
Faut faire face à la réalité, Bryan.
C'est la seule façon que les médecins disent.
- Tout le monde dit de la merde.
Tout le monde, ostie.
C'est pas Myriam que j'ai vue.
- Sa mÚre m'a remis ça.
Tes collÚgues l'ont retrouvée sur le corps
entre les deux voitures...
...juste en face de chez elle.
(musique dramatique)
(rires)
- Ma pauvre mĂšre, man.
Ca me tue de la voir de mĂȘme.
- Oui, moi avec, mais qu'est-ce que tu veux?
Son beau petit gars part demain. C'est normal.
- HĂ©, les boys. - Yo.
- HĂ©, je sortirais le boat Ă soir, moi.
Un petit tour sur le lac, ça vous tente-tu?
- Oh, moi, pas tant, pour dire.
Puis lui, oublie ça.
Il apprivoise sa princesse Ă soir.
- Ah, bon, enfin! Il était à peu prÚs temps, man.
- Justement, je vais aller voir Ă la bijouterie
pour ĂȘtre sĂ»r qu'elle a pas oubliĂ©. Je vous rejoins tout Ă l'heure.
- Hé, notre beau Pat qui se déniaise.
Trop beau. - HĂ©, vas-y, man.
Je te rejoins au Musi.
- Ciao, man.
- HĂ©. - Ah, salut.
- On s'en va sur le lac tantĂŽt.
Avec la chaleur qu'il fait, on se baignerait.
Ca te tente-tu? - Je pense pas, non.
- On sera pas tout seuls. Les boys vont ĂȘtre lĂ .
- Sérieux, j'ai un mal de bloc.
Je m'en allais me chercher des granules Ă la pharmacie.
- OK.
- Mais plus tard, si ça va mieux,
je suis censée aller au casino avec une couple de chums.
Viens faire un tour.
- Je pensais peut-ĂȘtre aller au Musi.
Y a un show Ă soir.
C'est Rick puis Bob qui jouent, fait que..
- Ecoute, on se reprend, c'est pas plus grave que ça.
- HĂ©, non, non.
Casino, c'est good.
Je te rejoins lĂ -bas si t'as pas trop mal Ă la tĂȘte.
- Oui.
(musique dramatique)
(Bryan): < ChĂšre maman, cher papa...
...je vous écris ce que je suis pas capable
de vous dire en personne.
D'abord, pensez jamais que vous ĂȘtes responsables
de quoi que ce soit,
que vous en avez pas fait assez pour moi,
que vous auriez donc dû essayer ci, donc dû essayer ça.
Vous avez toujours été là pour moi.
J'ai été tellement chanceux de vous avoir...
mais mes décisions m'appartiennent à moi
puis Ă personne d'autre.
Depuis le 6 juillet, j'étouffe.
Trop de morts,
trop de monde qui sont partis trop vite,
puis je vis avec ça tous les jours.
J'ai trop de peine, ça fait trop mal tout le temps.
Je pensais que ça allait passer,
que j'allais en revenir, mais...
...on dirait que la douleur est pognée là ...
...dans ma tĂȘte...
...puis dans mon ventre.
Ils auront beau dire ce qu'ils voudront,
je veux que vous sachiez que je suis pas tout seul.
Elle est avec moi...
...puis y a personne qui va m'enlever ça de la tĂȘte.
Elle a été là tout le temps.
Elle m'a compris, elle m'a écouté.
Elle m'a aidé à vivre depuis ce crisse de jour-là .
Astheure, elle va m'aider...
...à me libérer. >
(coup de feu)
(clapotis)
< Papa, maman, vous avez été des anges pour moi.
Astheure, j'espĂšre pouvoir en ĂȘtre un pour vous malgrĂ© tout.
Je vous aime. Bryan. >
(souffle du vent)
(musique douce)
(âȘ)
Sous-titrage: difuze
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