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Sabots de cheval
Musique douce
(En italien) Mon fils,
je ne suis que ta mère.
Mais toi, mon héros,
mon seul amour,
tu es tout pour moi.
Et tout ce que j'accomplirai
jusqu'à ma mort,
ce sera pour toi.
- L'enfant pleure. - Chut...
Il hurle.
Brouhaha
Musique enjouée
Coucou, les rosiers fleurissent
Coucou, les rameaux verdissent
Coucou, voici le printemps
Coucou
Le beau soleil brille
Coucou, et les yeux des filles
Coucou, en font tout autant
Que faites-vous, que faites-vous
Encore à sommeiller ?
Éveillez-vous, éveillez-vous
Le monde est transformé L'âne brait.
Coucou
Ouvrez-moi bien vite
Coucou, mon cœur vous invite
Coucou
Il faut nous aimer
L'âne brait.
- Magnifique. - Merci.
La récolte a été bonne ?
- Oui, les bouquets n'ont cessé d'affluer.
Les lys ?
Un militaire.
- Un général ? - Un lieutenant-colonel, je crois.
Il manque de guerre pour monter en grade.
L'orchidée ?
- Un jeunot, tout mignon, les joues rouges.
Il vit encore avec maman, mais abandonnerait tout pour vous.
Il en viendrait à m'aimer et...
de là, à me battre.
Oui.
Lui ou sa mère.
Mais il y a une proposition plus alléchante.
Les roses ?
- Le prince italien. Il a déposé un costume pour vous.
Il veut absolument vous voir ce soir.
Encore ?
Ce sera quoi, cette fois ?
Ah, il veut me conquérir !
Il en a les moyens.
Et nous, le besoin.
Quelqu'un imite un cheval.
Lili, votre croisé arrive.
- (En italien) - On y va ?
Bonsoir, mon prince.
Prêt à l'attaque !
La duchesse a fini sous la table.
- Encore ? - Oui.
Puis nous sommes allés aux écuries.
J'étais sûre que c'était pour son cadeau d'adieu.
Un cheval ?
- Il voulait me faire goûter le lait de sa jument kirghize.
Beurk !
- Pour ma peine, j'ai exigé son plus bel étalon.
Pas mal.
Et il m'a invitée à Rome.
C'est pas Londres ou Berlin.
On frappe.
- Madame. - Tu veux quoi ?
C'est ici, Yvonne Curières ?
- Y a pas d'Yvonne ici. - Je m'en occupe.
Pars !
Laisse-nous.
- Tiens. - Merci, monsieur.
- Ça n'a pas été difficile de retrouver ta trace.
Je ne me cachais pas.
Tu as changé.
Tes joues se sont creusées.
Maman est morte.
- T'es venu jusqu'à Paris pour m'annoncer ça ?
Une missive aurait suffi.
- Tu oublies ton héritage. Tu dois nous en débarrasser.
Tu croyais qu'on s'en occuperait après la mort de maman ?
Elle fera fureur auprès de tes prétendants.
- Revenez la semaine prochaine. Au revoir.
Lili.
Entre.
Le tailleur était là.
- Dans deux jours, tout le monde saura.
Dans une semaine, ce sera dans la presse.
La province ?
- Vous gagnez une semaine, tout au plus.
Oui.
Gémissements
Musique intrigante
Je vais préparer vos valises.
Ronflement
Claquement de porte
- (En italien) - Pour la petite.
Le fils de ma cousine était là-bas.
Pardon ?
Le fils de ma cousine.
Comme la petite.
Un déficient.
Rire strident
- (En italien) - Bonjour, madame.
Que puis-je faire pour vous ?
- J'attends le docteur. Allez le chercher.
- Maria Montessori, docteur en médecine.
Que puis-je faire pour vous ?
C'est pour l'enfant.
Vous prenez des enfants comme ça.
Son âge ?
Neuf ans, je crois.
- C'est votre fille ? - Non.
C'est ma nièce.
Elle a une corpulence étonnante.
- C'est vous qui vous en occupez ? - Non.
Que mange-t-elle ?
Je n'en sais rien.
Viens, on marche.
Viens.
À quel âge a-t-elle marché ?
Je ne sais pas.
Ça fait juste quelques semaines qu'elle est avec moi.
- Parle-t-elle ?
Vous pouvez la prendre ?
Je peux payer. Dites-moi combien.
- C'est un institut public, ici. Personne ne paye.
Pour le moment, nous ne prenons pas de nouvel enfant.
Nous pourrions l'accueillir à la journée.
Mais avant de débuter une prise en charge,
nous vérifions que l'enfant pourra bénéficier
de nos méthodes de rééducation.
Il faudra revenir
si vous souhaitez que nous fassions passer des tests.
Quel est son nom ?
Tina.
Elle s'appelle Tina.
Tina ?
C'est joli. Bienvenue, Tina.
Tina, tu m'entends ?
Giuseppe Montesano,
mon collègue et co-directeur de l'institut.
- Enchantée. - Bonjour.
- Mme Curières, venue de France, et la petite Tina.
- (En italien) Ils nous attendent. Il faut y aller.
Ciao, Tina.
Au revoir.
Mais...
Lundi, 8h.
Pleurs
Gémissements
Dr Montesano.
Vous nous faites l'honneur de votre présence.
Auriez-vous la bonté de nous expliquer
en quoi les bains permettent de soigner l'idiotie ?
- Vous avez démontré la relation étroite
entre sensibilité générale et sentiment moral.
Les criminels, les prostituées
ont une sensibilité tactile et dolorifique peu développée.
Nous constatons qu'il en va de même pour les déficients.
Vous soutenez donc ma théorie.
Les criminels, les prostituées, et donc les déficients
appartiennent à la même catégorie de dégénérés
qui menacent la race de notre pays.
Pas si nous les soignons.
Les bains développent la sensibilité de la peau,
tonifient les tissus musculaires.
L'alternance de bains chauds et froids
est un moyen puissant pour attirer l'attention de l'enfant.
Ainsi, nous les préparons à recevoir l'éducation.
- Ces pauvres enfants ne sont-ils pas avant tout malades ?
Leur place est-elle vraiment dans un institut pédagogique ?
Il est désormais prouvé
que les enfants idiots peuvent apprendre.
Sachant cela, il serait inhumain
de les laisser avec les fous.
- Il faut faire preuve de lucidité économique.
Entretenir des idiots dans des asiles coûte cher.
Les méthodes que nous employons ici, parmi les plus modernes au monde,
leur permettent d'apprendre à lire, écrire, compter
mais aussi à travailler
et donc à se rendre utile à la société.
C'est pour cela
que nous vous avons confié la direction de cet institut.
Mais...
Quand aurez-vous des résultats ?
- D'ici quelques mois, les enfants de l'institut pourront passer
le même examen que les enfants ordinaires.
Je doute fortement
que vous y parveniez en leur donnant le bain.
Nous serons là
pour examiner
vos singes savants,
mademoiselle Montessori.
- Si j'ai pu devenir médecin en étant une femme,
il y a de l'espoir pour ces petits idiots.
Maria.
Rires
J'ai cru qu'il allait exploser de rage.
- Il m'a fait vivre un tel enfer à l'université, il le mérite !
Musique classique
Vous avez des dettes ?
- Comment avez-vous deviné ?
- J'ai l'habitude de servir de preuve de richesse.
- La femme française est un objet de luxe dont on est fier.
Et la femme italienne ?
Un meuble d'usage domestique.
D'ailleurs, vous plaisez-vous dans votre appartement ?
Beaucoup.
Vous m'invitez ?
Pas ce soir.
- Deux semaines que vous êtes là et que votre porte reste close.
Vous cachez un cadavre dans mon appartement ?
Rires
Plusieurs.
Mieux vaut ne pas trop insister.
Sinon, vous serez le prochain.
Quelle belle fête !
Lili, ma chère amie !
Betsy ?
Une apparition tombée du ciel.
Vous, à Rome ?
- Et j'ai la joie de vous y retrouver.
Vous êtes rayonnante.
- Je n'en reviens pas, j'ai rêvé de vous cette nuit.
- Ah oui ? - Qu'est-ce qui vous amène ?
- Une mauvaise toux. L'humidité parisienne.
Les médecins m'ont recommandé du soleil.
- Et vous ? - Je suis ici depuis un an déjà.
Il y a tant à faire, dans cette ville.
L'hygiène,
l'illettrisme.
- Et la pauvreté. - Passionnant.
Excusez-moi, mon cavalier m'attend.
Nous nous reverrons.
Petit cri strident
Viens, Matteo.
Regarde-moi.
Matteo, regarde-moi.
Passe-moi l'objet, Serena.
Regarde l'objet, Matteo.
Porte ton attention sur l'objet.
Regarde. Regarde l'objet.
Avec les deux mains,
ouvre et ferme.
Ferme tes mains sur l'objet.
Ferme.
Allez.
Bravo !
- Bravo ! - Bravo, Matteo.
- C'est la volonté du maître qui doit s'imposer,
jamais l'inverse.
Docteur !
- Je vais examiner la petite Française.
Tu seras mon assistante.
Les pieds en arrière.
Tina.
Redresse la tête. Voilà, c'est bien.
On va mesurer...
la taille.
Viens.
Redresse un peu. Voilà, comme ça.
Tu viens avec moi ?
Regarde-moi.
Hé, Tina !
- Trente-sept.
- Trente-sept.
Tu prends la poupée, Tina ?
- Vas-y, lève la jambe.
Tu es prête ?
Hop, presque !
On essaie encore ?
Tu sors ?
Je sais, c'est difficile.
Elle joue quelques notes.
Il sonne faux, votre piano.
- Nous avons fini les tests. - Alors ?
- La cause est toujours difficile à déterminer,
surtout à son âge.
Mais elle a manqué d'attention, de soins,
et tout ce qu'il faut pour diminuer ses difficultés.
Les idiots ne guérissent pas.
- Reprenez-la, alors. - Non.
Ici, ce sera très bien.
- Nous pouvons l'accueillir la journée.
Ça lui sera bénéfique.
- Et où dormira-t-elle ? Je dois rentrer à Paris.
- À Paris, vous trouverez des soins équivalents.
- Il y a le Dr Bourneville... - C'est impossible.
- Si une place se libère, je vous le dirai.
Je vous en supplie.
- C'est un institut pédagogique, ici,
pas un orphelinat.
Bonjour.
Mario, regarde. Maman et papa sont là.
Comment ça va ?
Bien. Il essaie de se lever.
Tintement des clochettes
Musique douce
Tu veux de la pomme ?
Pas la peau, la pomme.
Mario.
Regarde.
Un ami me l'avait envoyé de Paris.
"Lili d'Alangy".
C'est madame Curière.
Que fait-elle à Rome ?
Elle dissimule sûrement l'enfant.
J'ai eu une idée
dont je voulais te parler.
Je t'écoute.
Et si tu prenais Mario chez toi ?
Pourquoi ?
Mario est très bien là où il est.
- Je pourrais aller le voir plus souvent,
alors que la ferme est si loin.
Maria, tu sais bien que...
c'est impossible.
Pourquoi ?
Je perdrais mon travail,
ma réputation.
- Personne n'oserait, tu es un homme.
Maria, je t'aime
et je ferais tout pour toi.
Mais ne me demande pas
d'imposer un tel déshonneur à ma mère.
- Tu pourrais dire que c'est ton neveu.
Arrête, Maria.
Réglons ce problème
comme nous aurions dû le faire depuis longtemps.
Épouse-moi.
Épouse-moi.
- Nous en avons déjà parlé. - La situation a changé.
Sois réaliste,
nous travaillons ensemble, nous avons Mario...
De quoi as-tu peur ?
- Quand ma mère était jeune, elle voulait faire des études.
Toi, tu en as fait.
Mais mon père n'a pas voulu.
Elle a obéi parce qu'elle lui appartient.
Le mariage n'est pas un acte d'amour
entre deux personnes libres et égales.
C'est un esclavage, un asservissement.
Maria.
Arrête.
Tu me parles comme si j'ignorais tout ça.
Comme si j'étais ton père ! Je ne suis pas ton père.
Je sais.
Je te promets d'y réfléchir.
Promis.
Il est tard, maintenant...
Tes parents...
Ils vont s'inquiéter.
Bonne nuit, papa.
Notes de piano
Mélodie de "Coucou"
Lili chantonne.
Idiote !
Regarde ce que tu as fait.
Tu gâches ma vie.
Elle claque la porte.
Musique douce
Tu tiens.
Encore.
Lève les bras, ouvre ta main et serre la barre, comme ça.
Vas-y.
Serre la barre, comme ça.
Encore.
1, 2, 3, 4...
Encore.
Oui, comme ça.
Serre la barre !
Tu serres. Serre tes mains.
Encore.
On recommence.
Tu as encore faim, mon amour ?
Monte la marche !
Attrape !
Monte la marche !
Attrape !
Allez, viens.
Viens.
Très bien, Tina.
Rond, carré.
Saute et tourne.
Fais comme moi.
Musique douce
Bravo, Tina.
Bravo, Tina.
Bravo, Tina.
Fais comme ça.
Non, non.
C'est toi qui fais, Tina.
Attention.
Carré,
triangle, cercle.
Carré, triangle, cercle.
Oui ! C'est bien, Tina !
- Bonjour, Tina. - Allez.
Madame D'Alangy.
Tina est une enfant volontaire.
Et ses progrès sont impressionnants.
Prenez le temps de la regarder.
Je suis attendue.
Vous devriez rester.
Tina a besoin de vous.
Elle ne comprend pas l'italien.
- J'ignore si elle comprend le français.
Et moi, je n'ai pas besoin d'elle.
Vraiment ?
Alors...
Qui connaît la plume ?
Qu'est-ce qu'une plume ?
La plume...
est douce,
elle est blanche.
Achille.
La "plume".
Tu dis comme moi. "La plume".
La plume.
Plume.
Lucia.
La plume.
Regardez comment je prononce.
"Plume".
Agostino.
"Plume".
Très bien.
Vas-y, Ciro.
Maintenant, nous allons écrire le mot "plume".
Alors...
Anna.
Tu écris à la main.
Tina, je te donne les lettres.
Pour toi, c'est "la plume".
"La...
"plume".
"Plume".
Tina, je viens te voir.
Tu me montres comment tu fais.
Voilà, on va écrire le mot "plume".
Je t'aide ?
Et celle-là, là.
Là.
Bien.
"Plume".
"L".
Et là, regarde-moi. C'est "U".
Très bien !
Bravo, Tina !
Musique enjouée au piano
Cours en italien
- Qu'est-ce qui se passe ?
Excusez-moi.
Mais...
Comme ils sont joyeux !
- Cette musique a un effet des plus curieux sur eux !
- Et si une leçon de danse succédait à l'heure de travail ?
- Regardez-moi.
Carlotta, viens.
Madame Rosa ?
Encore un instant.
Bravo !
Merci. Maria, viens avec Mario.
Mario pleure.
- Excusez-moi.
Bien sûr.
Il avait arrêté.
Il veut imiter la petite dernière.
Mario, après c'est fini...
Elle a bien grandi, la petite !
Regarde, elle a l'air en forme.
Oui, en pleine forme.
Elle adore Mario, elle le suit partout.
Ils sont très mignons.
Musique douce
Hier je suis allée voir Mario.
Je voudrais qu'il vienne vivre ici. Avec moi, avec nous.
Tu sais bien que c'est impossible.
Ce qui est impossible,
c'est de ne pas avoir pu reconnaître mon fils.
Nous pourrions le cacher.
Claquement de porte
Musique au piano
Viens.
Un,
deux,
et...
trois.
Qui c'est ?
- Lena. - Bravo !
Applaudissements
Un, deux...
vas-y !
- Qui c'est ? - Anna.
Bravo !
Applaudissements
- Il y aura un grand examen, le mois prochain.
Je pense pouvoir présenter Tina avec les autres enfants.
Elle est prête.
- Tina. - Bravo !
À toi, Tina.
Un, deux...
vas-y.
Qui est-ce ?
Maman ?
- Oui. - Bravo !
Applaudissements
Musique douce
Viens.
Tu aimes ?
Bonjour.
Bonjour, madame. Mademoiselle.
Que puis-je faire pour vous ?
La... cape rouge pour...
- La mantella ? - Oui.
Je vais vous la chercher.
Lili, c'est vous ?
C'est Betsy !
Lili, c'est bien vous ?
Avance !
Attendez.
Laissez-moi passer, s'il vous plaît.
Lili ?
J'ai cru m'être trompée.
Ça fait une éternité.
- Je vous croyais à Paris. - Bientôt, j'espère.
La voici.
Mais c'était pour la petite fille.
Madame ?
- Quel plaisir, je suis toujours heureuse de vous voir.
À très bientôt.
- Au revoir. - Au revoir.
On y va.
Tina, on continue l'exercice.
Tu prends le crayon, voilà.
Tina.
Vous vouliez me voir ?
Oui.
Une place se libère.
Nous avons perdu un enfant.
Nous pouvons accueillir Tina en pension.
Venez.
Il faut signer ici.
Le nom de la mère.
Ça vaudra mieux.
À un an, le médecin nous a dit qu'elle était idiote.
Et vous êtes partie ?
- C'était d'abord une telle joie, de la tenir dans mes bras.
Elle était si petite.
Si jolie.
Mais elle ne bougeait pas assez.
Elle ne mangeait pas assez, ne pleurait pas assez.
À 12 mois, elle ne tenait pas assise.
Mon mari a commencé à la regarder autrement.
Et après ?
- La famille de mon mari et mon père ont fait annuler le mariage.
L'enfant était le fruit de mes péchés.
Ce n'était pas votre faute.
- On demande peu de choses à une femme.
Mais je n'avais pas réussi ça.
À faire un beau bébé.
Musique douce
Bonne nuit, Tina.
Dors bien.
Gémissements
Mario !
Qu'est-ce que tu as fait ?
On ne touche pas la nourriture sur la table.
Sors, Mario. Sors !
Les deux bébés pleurent.
Malheureusement, je ne peux pas porter les deux.
Sans parler de mes aînés.
Mario.
Tu sais ce qu'on va faire ?
Regarde ce que je te donne.
Viens ici.
Avec l'œuf,
tu sais ce qu'on va faire ?
Oui, c'est l'œuf.
Il suffit de le casser comme ça.
Bravo, prends la louche.
Tu l'ouvres comme ça.
Tu gardes la coquille pour toi.
Ça ne se mange pas.
Mélange.
Mélange.
Oui, Mario.
Bravo, Mario !
Comme ça.
Ils ne cherchent pas à vous gêner.
Ils veulent seulement vous imiter.
Bravo, Mario.
Mesdames et Messieurs,
Messieurs les professeurs,
Messieurs les ministres,
ici, nous formons enseignants et éducateurs
et nous travaillons avec un groupe d'enfants déficients,
afin de développer notre nouvelle méthode pédagogique scientifique.
Après un an d'expérimentation, nous sommes ravis de présenter
le fruit de ce travail.
Merci.
Applaudissements
Commençons par les mathématiques.
Combien font 2 x 3 ?
On t'a demandé combien font 2 x 3.
C'est comme quand on va au magasin.
Tu as acheté pour deux sous de haricots.
Et avec un sou, tu achètes trois haricots.
Combien de haricots as-tu achetés ?
Six.
Murmures d'admiration
Bravo !
Fais cette soustraction :
10 -3.
Un,
deux,
trois...
Sept.
Bravo !
"Alessandro mange une poire."
Souligne le verbe.
"Hier..."
"Hier,
Alessandro
mangea
une poire."
Fais ce calcul mental :
3 + 3 x 3.
Douze.
Elle ne parle pas italien.
C'est une petite Française.
- Comment t'appelles-tu ?
Comment t'appelles-tu ?
Tu veux dire ton prénom ?
Elle n'a pas l'air de comprendre.
Tu peux écrire ton nom sur le tableau ?
Tina.
Je m'appelle Tina.
Écris.
"Le lapin court dans le champ."
Oui !
Bien !
Fais la division : 6 divisé par 3.
- Bravo. - Merci beaucoup.
- Excusez-moi !
Ayant travaillé aux côtés de mon admirable collègue
Giuseppe Montesano depuis un an,
je me permets de vous partager mes conclusions personnelles.
Nous avons utilisé les méthodes scientifiques
du Docteur Séguin,
inspirées par le grand Itard
et imitées en France par le Docteur Bourneville.
Mais ces méthodes ne sont rien sans un ingrédient secret.
La nouvelle pédagogie
doit reconnaître l'art sublime de la maternité
afin de protéger
la part normale mais aussi anormale de la société.
C'est une éducation pleine d'amour,
dont la femme est le symbole,
qui nous a permis
de vous présenter ces enfants à l'examen du cours préparatoire.
Pour les éduquer,
nous les avons avant tout aimés.
Brouhaha
- Qu'est-ce que c'est que tout ça ?
Pourquoi as-tu pris le matériel de l'institut ?
Il n'y avait rien ici.
Il faut bien que je m'occupe de mon enfant.
- Pourquoi es-tu partie ? On te cherchait !
- C'était une mascarade ! - C'était un immense succès !
Nos financements sont garantis pour l'avenir.
Tu ne comprends pas ?
Quoi donc ?
- Que vaut un succès si tel est le prix à payer ?
Il me reconnaît à peine.
Il appelle une autre femme "maman".
- Ça arrive aux enfants en nourrice. - Je n'en peux plus.
Je veux être avec mon fils.
C'est un journaliste.
- Un journaliste ? - Oui.
- Les enfants, silence s'il vous plaît !
Un, deux et trois !
- Madame Montessori, expliquez-moi ce paradoxe.
Quand je vous regarde,
je vois une femme belle, féminine, charmante.
D'où vient cette force virile qui semble pourtant vous animer ?
- Je regrette le temps où les hommes mettaient des perruques
et de la poudre pour soigner leur apparence.
Ils étaient moins laids qu'aujourd'hui.
Plus féminins, peut-être.
Bien des femmes, dont la mienne,
se plaisent à la maison sans travailler.
Elles ne veulent pas endosser des rôles masculins.
- Si les femmes choisissaient leur partenaire
après avoir acquis leur indépendance économique,
les hommes seraient contraints de s'améliorer, non ?
Poussés par la loi du marché.
Les autres, ne pouvant se reproduire, resteraient seuls.
- Bonjour, je suis Giuseppe Montesano, directeur de l'institut.
Venez. Je vais vous faire visiter.
Maria, tu reprends le travail avec les enfants ?
- Non, je te laisse t'en occuper. Excusez-moi.
Cri de rage
Il s'appelle Mario.
- Et où est-il ?
Chez une nourrice, à la campagne.
Le père ?
- C'est... - Giuseppe, oui.
- Pourquoi ne pas vivre tous les trois ?
Il faudrait nous marier.
Je ne veux devenir la propriété de personne.
Mais Giuseppe vous aime.
- Peut-on confier son destin
à un sentiment aussi inconstant que l'amour ?
- Pourquoi avoir fait un enfant, alors ?
- Je n'ai pas compris tout de suite que j'étais enceinte.
Je travaillais tout le temps.
C'est ma mère qui s'en est aperçue,
en voyant que mes robes ne fermaient plus.
Et avec Giuseppe,
on se voyait comme un couple moderne.
On allait souvent voir Mario à la campagne,
mais on continuait d'avoir notre vie à Rome.
Mais quand l'institut a ouvert,
il y a eu trop de travail.
Je n'arrivais plus à le voir.
- Eh bien, emmenez-le à Rome.
Prenez un appartement, une bonne pour s'en occuper.
Avec quel argent ?
Votre salaire.
- Je ne suis pas rémunérée pour mon travail ici.
- Vous plaisantez ? - Mais non.
Seulement Giuseppe reçoit un salaire.
Vous êtes idiote.
Vous avez fait des études, vous travaillez sans relâche,
et vous êtes pauvre ?
Vous êtes idiote.
Vous l'avez déjà dit.
- Je ne connais pas de femme plus intelligente,
et vous ne pouvez rien vous payer de ce que j'ai.
La fortune, c'est l'affranchissement.
Le droit à tout.
Même à la considération.
Tout s'achète.
À Paris,
je suis acclamée par la foule,
imitée par les femmes mariées,
chérie par des hommes que je ruine.
Pour être libre,
une femme doit être riche.
- Ils jouent ainsi pendant des heures.
Ils ne jouent pas.
Ils travaillent.
Regardez comme ils sont concentrés.
Votre aîné saura bientôt lire.
- C'est pareil avec vos petits idiots ?
Non, c'est très différent.
Les enfants de l'institut ont besoin qu'on les guide.
Alors qu'ici,
ils s'emparent des objets tout seuls.
On dirait qu'ils ont l'intuition de comment s'en servir.
C'est stupéfiant.
Rire enjoué
Ça vous va à merveille.
- Vous vous moquez. - Pas du tout.
Ça met vos traits en valeur.
- Vous allez faire de moi une coquette.
C'est bien mon intention.
Apprenez à vous faire désirer.
À séduire.
À vous vendre.
- Vous êtes magnifique, Maria. - Merci.
Je vous en prie.
Grâce à vous, j'ai fait la connaissance de Tina.
C'est si étrange.
Son absence me pèse.
Mais...
sa présence m'est insupportable.
Quand je la regarde,
je pense à la petite fille qu'elle aurait dû être.
Ne soyez pas si orgueilleuse.
Mesdames et messieurs,
voici l'unique...
voici la vraie...
voici la seule...
la Montessori !
Bonsoir, mesdames et messieurs.
Au sein de l'institut orthophrénique,
avec mon collègue Giuseppe Montesano,
co-directeur de l'institut,
nous avons suivi les méthodes inventées par Itard...
Non, non, arrêtez !
Ces noms n'intéressent personne.
Et ces trucs scientifiques,
c'est barbant.
Dites "je".
- Non. - Si !
"J'ai inventé une méthode."
Racontez-nous une histoire.
Une histoire dont vous êtes l'héroïne.
C'est ça que les gens attendent.
Nos cibles, ce sont les femmes des hommes puissants.
Bonsoir.
Elles sont souvent intelligentes,
s'ennuient car ne travaillant pas,
et investissent leur énergie dans des causes.
Champagne ?
Madame ?
Par exemple, notre hôtesse, Betsy.
Une femme remarquable.
Théosophe,
puissante.
- Et vous, Maria, quel avenir vous regarde ?
Je vais révolutionner l'école.
Vraiment ?
Oui.
J'ai l'intuition que les méthodes développées à l'institut
ne sont pas spécifiques à l'éducation des idiots.
Elles contiennent des principes plus rationnels
que ceux employés aujourd'hui.
Continuez.
Le principe d'esclavage
a régi jusqu'ici la pédagogie et l'école.
Or, toutes les formes d'esclavage disparaissent petit à petit.
Même l'esclavage sexuel de la femme.
Et l'histoire de la civilisation
est une histoire de conquêtes,
mais aussi de libérations.
C'est le moment de libérer l'enfance grâce à une pédagogie scientifique.
- En attendant, il lui faut un travail rémunéré.
Vous pourriez peut-être faire quelque chose.
Tambour solennel
Chant de femme
Il n'y a pas de religion
supérieure...
à la vérité.
Qu'importe...
un plus grand bonheur
si ce bonheur...
est égoïste...
si on ne se sacrifie pas
pour le bien de tous ?
- Suivez-bien la couleur.
- Rouge. - Rouge.
Rouge !
Betsy m'a proposé d'enseigner à l'université,
au magistère des femmes.
- Betsy ? - Oui.
Une amie. Une femme puissante.
- Que vas-tu enseigner ?
L'anthropologie.
Tu le fais pour l'argent ?
Tu aurais dû me demander, je t'en aurais donné.
- Je t'ai demandé de prendre Mario. Tu as refusé.
- C'est pour ça que tu as besoin d'argent ?
Oui.
Vert !
- Vert ! - Vert !
Tu as pensé à moi ?
À ce qu'on va dire de moi
si tu vis seule avec notre enfant ?
- Personne ne saura que c'est ton fils.
Bleu.
Quand j'ai commencé mes études,
il était impensable qu'une femme fasse médecine.
La connaissance du corps
devait rester exclusivement masculine.
Le cours qui me faisait le plus peur
et qui posait le plus problème à la hiérarchie universitaire,
était le cours d'anatomie.
Il était inimaginable qu'une femme
se retrouve,
qui plus est en compagnie d'hommes,
en présence d'un cadavre.
Je me souviens du premier cours.
J'étais torturée,
j'avais l'impression que mon corps était en train de mourir.
Mais au loin,
j'apercevais un objectif lumineux.
Certes,
la route qui y menait était difficile.
Horrible même.
Mais j'ai senti en moi
une foi intérieure,
un appel profond.
Ainsi,
j'ai bu la coupe amère
jusqu'à la lie.
Depuis le péché originel d'Ève,
on a inculqué aux femmes l'idée
que la connaissance est coupable.
Non.
Les femmes doivent se libérer de l'apathie,
de l'ombre de l'ignorance.
Elles doivent s'approprier la science pour s'émanciper.
Les femmes doivent sortir de la maison,
porter au monde les valeurs qu'elles développent dans la sphère intime.
La maternité deviendra ainsi un modèle social,
structurant l'ensemble de la société.
Les femmes doivent être les patronnes
et non les esclaves de la maternité.
La maternité est le principe fondamental de la création.
Tout coule de cette source.
Et Ève...
Ève est la mère symbolique de l'humanité
puisqu'elle connaît les secrets de la vie,
de la sexualité,
et de la mort.
Approchez-vous.
Excusez-moi.
Ma mère,
Teresa Montesano,
venue de Calabre pour me rendre visite.
Enchantée, madame Montesano.
Giuseppe m'a beaucoup parlé de vous.
Je m'en allais.
Charmante.
Il faut apprendre à la connaître.
- Tu as vu l'agitation suite à mon cours à l'université ?
Oui, j'ai vu.
Tu vas trop loin, Maria.
Je ne peux plus me laisser écraser par ton égoïsme et ton ambition.
Le recteur m'a fait appeler suite à ton numéro.
Il m'a demandé si on utilisait ici aussi des cadavres
pour subvertir la jeunesse.
Quelle exagération.
Ce n'est pas un bon moment.
Je dois m'occuper des papiers du mariage.
Quoi ?
Je vais me marier.
Avec une autre femme.
Tu plaisantes ?
- Elle est à Rome depuis une semaine.
Elle attendait ma réponse.
Je ne comprends pas.
- Tu dois décider ce que tu fais pour Mario.
Pour Mario ?
Oui.
Le mariage est dans une semaine.
Soit tu le prends avec toi,
soit je le reconnais
mais tu ne pourras plus le voir.
Il est temps d'être à la hauteur des discours que tu tiens en public.
Une femme moderne ?
Libérée ?
Montre-leur celle que tu es vraiment :
une mère célibataire avec un enfant de deux ans.
Pleurs de l'enfant
Musique douce
Mario !
Il se noie !
Tu délires.
Il était si lourd.
- Cela fait trois jours que tu es ici, inconsciente.
Reste allongée.
Reste allongée.
Tu dois te reposer.
Merci.
Je peux le lui dire ?
Bien sûr.
Betsy a trouvé une maison.
Une maison ?
- Pour créer une école selon la méthode Montessori.
- J'ai trouvé le nom. Ça sonne bien.
La méthode Montessori.
Papa...
C'est ton nom.
C'est toi qui le portes
et qui le rends célèbre.
Mon fils,
c'est pour toi que je vis,
c'est pour toi que tout a lieu.
Musique douce
Ça doit être ainsi.
Je dois te laisser.
Pour ton futur,
pour que tu sois heureux.
Voilà ce pour quoi je suis prête à tout endurer.
C'est ma croix :
je pars en guerre
pour conquérir les droits de l'enfant.
C'est le destin,
l'appel sacré.
Un jour, je reviendrai
et je te donnerai tout,
mon fils.
À toi les joies,
à moi les peines.
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