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Musique mélancolique
---
-Excusez-moi. Pardon.
---
Pardon.
---
Excusez-moi. Merci.
---
-ON A GAGNE, ON A GAGNE.
-Excusez-moi ?
Excusez-moi ?
De la part d'Hortense.
---
*-Oh merde. T'es sûre qu'il est mort ?
-Ah bah là, oui, il est complètement décédé.
Désolée, Hortense.
*-En même temps, ça fait 4 jours que ma voisine est pas passée.
-Pourquoi ?
*-Elle s'est barrée à la campagne, comme tout le monde.
-Je fais au moins le tour des plantes ?
*-Désolée, t'es venue pour rien.
-Et ça va, toi ? Pas de symptômes supplémentaires ?
*-Non, c'est comme une grippe. Je prends que du paracétamol.
Les courbatures m'empêchent de dormir.
Je dois prendre mes repas à part, je sors pas de ma chambre.
On se lave tous les mains 15 fois par jour.
Mais c'est grand, chez mon frère.
Pour une fois que t'es à Paris, ça fait chier d'être coincée ici.
Attends, je te laisse, y a Machin qui parle.
*-Nous sommes un peuple joyeux, heureux de vivre ensemble,
peut-être même encore un peu plus
quand la peur gagne les esprits.
jeudi soir, vendredi et encore ce matin,
je suis sorti, et chacun a pu faire cette expérience.
Nous avons vu trop de gens
dans les cafés, les restaurants.
car c'est la France que nous aimons,
mais pour quelques semaines,
ce n'est pas ce que nous devons faire.
En lien avec le président,
j'ai donc décidé
jusqu'à nouvel ordre
la fermeture, à compter de ce soir minuit,
des lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays.
Huées
Il s'agit notamment des restaurants,
cafés, cinémas, discothèques.
Les lieux de culte resteront ouverts.
Une porte s'ouvre.
-Ca va ?
-Ton père tousse, il pense qu'il a de la fièvre.
-Merde.
C'est dans sa tête.
-Attends !
-Vous avez pris sa température ?
-Euh, non.
-Achetez un thermomètre.
Ca va vraiment mal ?
-Oui, il tousse, il frissonne.
J'hésite à te laisser rentrer, c'est peut-être pas prudent.
-Ben, je sais pas...
-Mais si tu veux, on peut sortir dîner.
-Non, reste avec lui. Mais il est où, il se cache ? Papa ?
-Oui, reste pas là, c'est dangereux.
-Mais n'importe quoi.
-Je peux même pas t'embrasser.
C'est bête, j'avais fait du poulet.
-Mais je vais pas partir à la seconde. C'est absurde.
-Y a encore des trains à cette heure-ci ?
-Hortense, rebonsoir.
Je suis emmerdée, mon père est malade
et ma mère veut pas que je dorme chez eux.
Je suis en route pour chez toi, c'est le seul endroit où dormir.
Rappelle-moi si ça te pose un problème.
Je t'embrasse. Et prends soin de toi.
Musique douce
---
Je viens récupérer mon appareil photo.
Je suis Sam.
-Hortense m'a rien dit. Enfin, peut-être.
Ah si, pardon. Elle m'a dit.
-Tu nettoies ton téléphone ?
C'est un nid à microbes. T'as plus qu'à reprendre ta douche.
-Il est où, cet appareil ?
-Dans le meuble à côté du lit,
ou à l'autre bout de la pièce, sous un... truc.
-Prends le temps de te sécher, je peux attendre.
Ou revenir dans 10 minutes.
-Je serai plus là, j'ai un train.
-D'accord. J'entre pas, t'inquiète pas.
Je suis pas spécialement flippé, mais si ça se trouve je l'ai.
Je l'ai.
-Oui, trop bien, c'est lui.
Prends soin de toi, fais ce qu'il faut.
On serre les fesses et puis haut les coeurs.
Vibreur
---
Vers, genre, 15h.
Vous vous en doutez, c'est le branle-bas de combat.
-Je serai dans le train. Je reste pas à Paris.
*-Mon planning change toutes les 5 minutes.
On dit aujourd'hui, 15h ?
Elle retire ses chaussures.
Avant tout, je souhaite entrer dans votre cabinet.
*-On travaille beaucoup. On court pas après ceux qui font du perso.
Et surtout, la clé, c'est de rester vous-même.
Vous avez les yeux clairs ?
-Pardon ?
Bleus. Pourquoi ?
*-Parce que je vois pas bien. Pardon, hein.
On peut plus rien dire. Les hommes savent plus comment se comporter.
Ils se sentent coupables à chaque tournant.
Beaucoup de femmes compatissent. Enfin,
plus qu'on ne le croie.
Et vous,
vous en pensez quoi ?
-Je me méfie plus des dérives que des discours.
Et chaque discours a ses dérives.
*-Oui.
Vous avez de l'autorité,
*-Vous avez une très belle voix.
-Merci.
*-Je plaisante pas, ça compte.
Hurlement étouffé
Soupir
*Radio
*-1200 cas, 21 décès de plus en 24h.
Il va falloir désormais se confiner chez soi.
Mais de nombreux Parisiens ont fait leurs valises
pour passer cette crise au vert dans leur maison de campagne.
*-Mon avis est partagé.
Je comprends ce réflexe et cette crainte.
Je comprends ce besoin de remplir ses placards.
Je comprends de se dire "Le voisin le fait..."
-Comment il va ?
*-Il a mal dormi mais il tousse plus.
-C'est rassurant, ça.
*-J'ai acheté un thermomètre. Il a quand même 37,4.
-37,4, c'est pas de la fièvre.
Y en a pas un pour rattraper l'autre.
*-Alors du coup, tu veux venir dîner ?
-Non, désolée, je peux pas.
Je dois être à Montpellier cette nuit. Sinon, je serai bloquée.
*-Tu fais attention. Tu vas mettre un masque ?
-Ca sert à rien. T'inquiète.
*-Du coup, t'es pas allée voter ?
-Pfff ! Parlons pas de cette mascarade.
*-Mais ça va, toi ?
-Oui, ça va, pourquoi ?
*-T'as l'air pressée.
-Bah oui, j'ai un train.
*-T'as ta voix énigmatique,
comme si t'avais une arrière-pensée.
Pourquoi est-ce qu'il m'aurait appelée ?
*-Je peux dire quelque chose ? Sois pas trop dure avec lui.
Je trouve qu'il a raison d'envisager l'adoption.
OK, il y a le réchauffement climatique,
t'as beaucoup de travail, mais à 29 ans,
je trouve ça triste...
-Ca te regarde pas. Il faut que je file.
Tonalité
Musique intrigante
---
on aurait pu avoir près de 100 000 personnes
à admettre en réanimation, en hôpital.
En France, il y a actuellement 5000 lits
permettant de traiter des patients avec ces symptômes.
Même en doublant la capacité,
on aurait traité 10% des personnes nécessitant une réanimation.
Autrement dit, ça pouvait amener à 90 000 morts
dans les semaines qui arrivent.
---
-Mademoiselle.
Faites la queue.
---
(-Putain.)
---
Utilisez des mouchoirs à usage unique puis jetez-les.
Saluez sans serrer la main.
-Ca va, tu survis ?
Je suis désolé, n'aie pas peur.
-J'ai pas peur.
-Tiens.
T'en veux ?
-T'en as trouvé ?
-Non, c'est mon dernier flacon.
-Oui.
Dis donc, je me disais...
C'est chelou de choisir ses fringues quand on sort 5 minutes.
Je parle pas de coquetterie,
mais le regard des autres, qui était pas si important,
mais là, qui l'est vraiment moins...
Comme si le but était juste d'être bien avec soi-même.
Je pourrais arrêter de me couper les ongles pendant un mois,
sans m'en apercevoir.
Y a un petit laisser-aller qui nous pend au nez.
-Ca dépend si tu vis seul ou pas.
Enfin, quoique.
-T'avais pas un train ?
-Oui, mais non.
-Et tu vis chez Hortense.
-J'habite à Montpellier.
Et Hortense, ça va ?
-Elle morfle, c'est pas terminé.
*L'annonce continue.
Mais qu'est-ce qui se passe ?
Ca va se finir en tickets de rationnement ?
-Si c'est le cas, j'ai déjà choisi mon camp.
Traîner un homme pareil dans la boue...
-T'es de ce genre-là ?
Laissez-nous au moins ça.
-Si ça, ça fait pas plaisir...
Tu dois nettoyer tes courses.
Les emballages.
Le virus reste 24 heures sur du carton.
Des chercheurs disent 3 jours, d'autres 8 jours.
Sinon, ça va bien. J'y pense vraiment jamais.
-Ouais.
*-Bonjour, Véra, c'est Maître Olivet.
Malheureusement, nous ne travaillerons pas ensemble.
et il est rare de rencontrer une jeune femme
avec autant d'esprit et de...
Bon courage à vous, et au plaisir.
-Bonjour, cher voisin. Comment allez-vous ?
-Des pièces vont commencer à être communiquées,
et on va réajuster la stratégie judiciaire.
Mais on n'a pas encore de pièces concernant votre licenciement.
Musique douce
Vous avez des droits.
*-C'est l'avocate.
Pardon, c'est mon mari,
il est remuant de nature et le contexte arrange rien.
Véra pouffe.
Je dis que t'es remuant. Tu m'autorises ?
Enfants au loin
Je suis désolée.
Il me fait des grimaces, et après il me traite de gamine.
Il est pas possible.
-Et... Vous êtes séparés depuis longtemps ?
*-Ca dépend de votre définition. 13 ans.
Donc oui, longtemps.
-Vous avez 2 enfants. Vous vous entendez bien ?
*-Non, avec mon fils, c'est pas toujours facile.
Mais on se voit peu, il habite à Belfort.
En revanche, avec ma fille, on s'entend génialement.
Elle est géniale.
Le problème, c'est son mari. Je peux pas l'encadrer.
Il est insupportable.
Sa présence, sa voix.
Je cherche, je lui trouve aucune qualité.
-Votre lettre de licenciement date du 4 février.
---
-Excuse-moi, je voulais te demander ton numéro, j'ai pas osé.
Ca pourrait être bien de continuer la conversation.
D'autant qu'on a que ça à foutre, de téléphoner.
On pourrait continuer de se parler,
faire connaissance au téléphone.
Que tu sois ici ou à Montpellier, c'est du téléphone, c'est pareil.
Mais t'aurais pu demander à Hortense.
T'étais gêné ?
-Elle passe ses journées au lit,
c'est pas bien de la faire chier avec ça.
-Là, on se voit, non ?
-Oui.
Bon après, ça peut être un concept aussi, c'est vrai.
Piano au loin
Pas mal !
Je me mets où ?
Faut respecter les distances sanitaires.
Je te propose une moitié de moi.
2 fois moins de chance de te contaminer.
Alors, attends, je te propose...
J'expose uniquement ma narine gauche.
-Sinon, on peut descendre se promener 5 minutes.
Je sais pas, en restant à un mètre l'un de l'autre
et en évitant de se cracher dessus ?
Musique mélancolique
Il travaillait sur l'extension d'un théâtre.
-Ah, très chic.
---
Et ça fait longtemps que vous vous êtes pas vu ?
-Ouais, longtemps. Enfin, pas longtemps, 2 semaines,
mais il y bosse souvent, ça fait un an qu'on se voit peu.
Enfin, disons, pas assez.
---
-Vous habitez ensemble ? Ouais ?
-Et tu fais quoi ? Tu bosses de chez toi ?
Tu faisais quoi ? Tu fais quoi ?
-Je bosse là, donc si tu veux...
C'est 7 jours sur 7, donc si tu fermes même une semaine,
-Ouais. Mais pas pour la vie.
Je veux ouvrir mon restau.
Ben d'ailleurs, même... Hmmm, non.
-Quoi ?
-J'ai pas encore signé, je préfère ne pas en parler.
-Je vais récupérer un local avec un pote.
Financièrement, c'est chaud.
Mais si on se démerde bien, je pense qu'on va déchirer.
-Trop bien.
T'es au chômage partiel, là ?
-Je sais pas.
Pas encore, mais...
-Comment ça, tu sais pas ?
-Ca devrait pas tarder.
La vérité,
c'est qu'il y a eu des petits conflits
avec un gros con qui s'avère être l'associé de ma boss.
Il est con, mais il est con.
Enfin, bon.
J'ai été arrêté par mon médecin.
-Tu te sentais fragile ?
-Oui, enfin...
Rien de grave.
Un peu de stress, un peu de fatigue.
En cuisine, t'as pas le temps de voir venir.
-Tu dois être un peu sanguin, aussi.
-Un peu.
J'étais censé reprendre début avril, mais là...
Tu t'es lavé les mains 4 milliards de fois ?
Qu'est-ce que c'est que ce truc ?
On sait pas bien. Montre-moi ?
-Non, faut pas faire ça.
parce que c'est complètement con.
C'est pas prudent.
-T'as plus d'hygiène ou de morale ?
Hein ?
-Tiens, regarde. J'ai du gel sur moi.
Je te prends un peu la main, et je te file du gel.
C'est une affaire qui roule, non ?
Ca manque de pas se toucher.
Je parle pas d'ambiguïté, mais juste...
de faire ça, quoi.
-C'est...
-Mais quoi ?
-Allez, ça suffit comme ça.
-Oui. Tiens.
Chose promise...
Pardon.
Je t'en ai pas mis, ça va ?
*-Vous êtes sur la messagerie d'Hortense Beloeil.
Laissez un message, je vous rappelle.
*Tonalité
Toute l'action du gouvernement
doit être désormais tournée vers le combat contre l'épidémie.
De jour comme de nuit,
rien ne doit nous en divertir.
C'est pourquoi j'ai décidé que toutes les réformes en cours
seraient suspendues,
à commencer par celle des retraites.
Mercredi, en Conseil des ministres,
sera présenté un projet de loi permettant de répondre à l'urgence
et lorsque nécessaire, de légiférer par ordonnances
dans les domaines relevant de la gestion de crise.
Elle éteint.
*-J'en ai marre, moi.
mais vous découragez pas.
c'est ce qui favorise l'impunité.
-Mais laissez-moi faire, calmez-vous.
*-Si ! Je me fais tout le temps engueuler !
Chez moi, dans l'immeuble, au travail !
A la supérette, soi-disant je parle trop près !
Je suis pas malade, sinon, je ferais pas ça.
Qu'est-ce que c'est que cette vie de trouillards ?
vous irez pas au tribunal comme ça.
*-Le tribunal, c'est dans très longtemps !
J'ai le temps de me calmer 50 fois.
Et de me refoutre en rogne, et de me calmer.
-Une bonne fois pour toutes, calmez-vous.
(-Allô ?)
Je peux pas te parler, Mehdi.
*-T'es jamais joignable
et tu rappelles pas. Qu'est-ce qu'il y a ?
*-Quand je peux te rappeler ?
-Je t'ai pas tout dit. Je suis chez Hortense, là.
-Pas être ensemble, on l'a déjà assez expérimenté.
*-Mais là, je subis pas, je décide.
-Hortense a sûrement été contaminée à Paris.
C'est con de rester chez elle.
-J'ai nettoyé et ça fait 10 jours qu'elle est partie.
Je te rappellerai.
Excusez-moi. Merde !
Cri
Gémissement
Excusez-moi. Bon. On va reprendre calmement.
J'ai besoin
de me familiariser avec les faits.
L'employeur met en cause votre attitude.
Cri
Je vous rappelle.
Respirations fortes
---
Oh, putain !
---
Sonnette
Y a quelqu'un ?
---
Y a quelqu'un ?
---
...
Allez, putain !
Sam !
Sam !
Sam !
Sa mère la pute.
...
Cri
---
*-Vous êtes sur la messagerie d'Hortense Beloeil.
Laissez un message, je vous rappelle.
-C'est Véra. Ce serait long à expliquer
mais j'ai besoin du numéro de Sam, ton ami qui... Putain !
Sam !
Pas rapides
---
-Putain.
-C'est pas le moment. Est-ce que je suis très ouverte ?
Tu peux regarder ?
-Je fais le max, mais je vois rien.
Je peux pas aller aux urgences.
-Franchement, ils sont tranquilles en ce moment.
-Oui, pardon. T'as que ce désinfectant ?
Remets le torchon. Tu bouges pas, tu laisses la porte ouverte.
-OK. J'arrive, je gère, t'inquiète pas.
Pardon.
Pardon, désolé.
Ma mère est tombée, y en a partout.
Je vais... Pardon, merci.
Alors, attends.
-Pardon. Je vais récupérer.
J'ai vu que le virus reste quelques heures dans les poils, donc...
Demain, je fais la tête et les sourcils.
-Attends, t'es sérieux, là ?
-Je suis pas médecin, il faut ce qu'il faut.
Le pharmacien m'a expliqué.
T'as de la chance, t'aurais pu avoir besoin d'un point.
Au cas où, j'ai pris du fil et une aiguille
mais je crois pas m'en servir. Le fer à souder non plus.
Dommage, les innovations scientifiques, c'est à la mode.
Impeccable.
Ca tient nickel.
Hmmm.
Pas mal. Tu veux te voir ?
-Non, merci.
-Merci beaucoup, Sam.
Putain, je suis dégueulasse.
Tu veux que je te fasse une tisane ?
-Ca va pas la tête ? Pourquoi pas une roulade arrière ?
Non, tu restes assise, tu te reposes.
-T'as tort. C'est super pour les bronches.
-Tu sais qu'on n'est pas malade ?
-Qu'est-ce que t'en sais ?
-On a déconné ?
-Non. Je sais pas. Non.
-Je vais te la faire, la tisane. Je peux ?
Oh !
-Au fait.
T'as couché avec elle ?
-Je vais répondre. Et...
Oui, enfin, vite fait.
-Vite fait ?
Il balbutie et soupire.
-C'était il y a très longtemps.
C'était un peu bizarre, c'était une amie de mes parents.
C'était ma première fois.
J'avais un peu de retard à rattraper, enfin bref.
Et maintenant, on est amis.
-On s'est jamais croisés.
J'habite Montpellier depuis 7 ans, mais je connais Hortense de la fac.
-Tu penses qu'elle te cachait ? Pour pas qu'il y ait d'ombre ?
-Ah non, c'est pas le genre.
Il verse l'eau.
On a aussi couché ensemble.
-Mais non.
-C'était juste un soir, on était très bourrées.
C'est pas l'ivresse qui a déclenché le truc,
on a plutôt eu besoin de boire pour assumer l'envie.
Après, elle était hyper mal, elle se posait la question
de l'âge, de l'emprise, parce que c'était mon ancienne prof.
-J'ai un peu chaud. Je peux ouvrir la fenêtre ?
(Quelle chaleur ici, putain.)
Oh !
C'est le paradis. Moi, je suis sur cour, c'est tout petit.
-Merci.
-Tu fais quoi de tes journées, sinon ?
-Pas grand-chose.
Je pensais lire plus, mais j'arrive à rien.
Si, j'arrive à me supporter.
Ca marche pas si mal, d'ailleurs.
Comme tout le monde est enfermé, tu loupes rien, il se passe rien.
Et toi ?
-Je dors mal. Mais...
-Tu bosses beaucoup ?
-Oui. Tu fais de la photo ?
-Pourquoi ? A cause de l'appareil photo ?
J'aime bien l'avoir toujours sur moi, au cas où.
C'est Hortense la plus forte. Ce sont ses photos, là.
-Ouais, je sais. J'adore.
-Tu vois, en bas à droite...
Le truc flou, là...
Ca...
-Oui, je te jure, c'est vrai.
Bon.
T'as besoin de rien ?
D'ailleurs...
Tiens, pour les compresses et tout le reste. Merci.
-Tu rigoles ? Tu me paieras un verre quand tout ça sera terminé.
-Merci encore, vraiment.
-De rien. J'ai l'impression de t'avoir toujours connue comme ça.
-Franchement, bravo. Je reviendrai.
Ca va aller, sûre ?
-Oui, je suis sûre.
Ah, tiens, ton linge.
-Mon linge ? Merci.
Le virus reste moins sur le tissu.
Mais les scientifiques disent tout et son contraire.
Les tests sont fiables, mais les critères un peu foireux,
enfin, c'est pas vraiment "foireux",
mais un peu compliqué à appliquer à notre quotidien.
La charge de virus projetée par les malades est difficile à...
...
Véra gémit.
Elle respire fort.
---
Il gémit.
Elle gémit.
(-Ah, putain.)
C'est ballot, je remonte de la pharmacie.
Elle gémit.
Arrête, arrête.
Il sort.
Dans quel monde on vit, putain !
Cri de joie
Je suis désolé.
Non, mais, je vais...
Ils gémissent.
Attends. Stop, stop, stop.
Il inspire profondément.
-Tu me fais trop d'effet, bouge plus.
Il gémit et respire fort.
Il rit légèrement.
-Je rigole pas.
-Arrête, c'est chiant.
-C'est comme toi, c'est dur de se retenir.
Il grogne.
-Ca va ?
(-Oui.)
-Moi aussi, c'est gentil de demander.
(-Ca avait l'air d'aller.)
-Avant, on avait peur du diable, maintenant, des microbes.
Je sais pas ce qui est plus con.
Je suis à ta merci, maintenant.
-Maintenant que ?
-Tu vas répéter ce que je dis ?
-Jusqu'à la fin du confinement ?
Il rit.
Musique mélancolique
---
-Au fait, t'as eu des nouvelles de ton père ?
-Oui, il dit qu'il a rien.
En fait, c'était rien.
-Il peut être porteur sain.
Asymptomatique, mais contagieux.
-Ah merde. Tu crois ?
---
Enfin, j'ai plus que mon père. Ma mère est morte il y a 3 ans.
Enfin, c'est un père.
-C'est-à-dire ?
-Toujours un peu trop près et trop loin en même temps.
Il était aussi en restauration. C'est un monde de mecs un peu...
un peu mec, mec.
Tu me donnes faim avec ton truc.
---
En 6 ans de relation, vous avez jamais voulu d'enfant ?
Pardon, ça te gêne qu'on parle de lui ?
C'est dégueulasse, ils sont périmés.
-On n'est plus à ça près.
En plus, non.
Je peux pas en avoir.
Ca marche pas.
-C'est lui ou c'est toi ?
-C'est moi.
Mais je suis pas absolutiste.
Je veux pas m'obstiner à faire un million de tests.
Je veux pas vouloir des enfants à tout prix.
-Quand j'avais, genre, 20 ans,
j'ai fait un stage dans un HP.
Juste un été, grâce à un ami de mes parents.
Et il y avait une jeune meuf,
qui se baladait avec une peluche.
Elle disait : "Ca te gêne que je le nourrisse pendant qu'on parle ?"
Et là, elle lui filait le sein,
en ayant des conversations rationnelles.
C'était très dur de pas rigoler.
-Si je pouvais éviter d'en arriver là...
-Je suis désolé. Te dire ça maintenant, après...
Il soupire.
Petite sortie de route, pardon.
(-Je suis pas prête pour une histoire.)
(-Je sais.)
(Je crois comprendre.)
Il soupire.
(Je vais pas rester.)
(-C'est pas ce que je voulais dire.)
(Rester, tu peux.)
(Sauf si...)
Elle soupire légèrement.
(J'ai envie que tu restes.)
Musique triste
hommage aux soignants en première ligne.
Ces cris d'encouragement, à 20h, depuis les balcons...
*-Non, elle est bien, cette femme.
Vous la connaissez personnellement ?
-Je sais qu'elle a aidé beaucoup de gens.
la réparation que vous demandez à vos employeurs
fait partie d'une réparation plus grande et plus longue.
*-Oui, je sais. On en a parlé un petit peu, mais...
Comme je me méfie des psys se pose la question du traitement.
-Il faudra voir avec elle, c'est pas vraiment mon domaine.
Mais je suis heureuse que ça se passe bien.
Je suis pressée, je vous rappelle très vite.
-Tu fumes ?
-J'ai arrêté y a 3 semaines.
Il reste exactement 17 clopes dans ce paquet.
Ca m'aide à regarder ma résistance en face.
Faudrait que je les jette.
-T'as essayé l'hypnose ? Ou les ECT ?
-N'importe quoi.
-Attends, tiens, regarde. Je vais te faciliter la tâche.
-Non, je suis asthmatique. Je peux ?
-Vas-y, je regarde pas.
Elle gémit.
-C'est fait.
Qu'est-ce que tu fais ?
Ah ben bravo. Franchement, c'est beau.
-C'est l'asthme qui te fait flipper ?
-C'est toi qui flippes plus que moi.
Elle rit et crie.
---
-Y'en a partout.
---
C'est quoi ?
-Non, on s'en fout.
On s'en fout.
-Oh, Véra ! C'est moi, c'est Muriel. La soeur d'Hortense.
-Hortense m'a dit que tu serais peut-être encore là.
-Alors, j'ai fait des provisions pour Hortense.
Avant que tout ne soit dévalisé.
C'est pour son retour. Du coup, profites-en aussi.
-Merci, c'est gentil.
-J'arrive de Meudon, j'ai mis 18 minutes montre en main.
C'est simple, y a personne.
-Attends un peu avant d'y toucher, c'est toujours plus prudent.
Ce que je fais, je lave mes légumes dans de l'eau vinaigrée.
C'est impeccable.
Et faut pas hésiter sur le vinaigre, sinon, ça marche pas.
T'as de l'alcool pour les emballages?
-Oui, j'en ai.
-Tu dormais ?
-Euh... Oui et non, enfin...
En ce moment, ça va vite de prendre le jour pour la nuit.
-C'est pas très structurant, comme vie.
Ils disent que ça va faciliter la transition écologique.
Ca va surtout faire de la dépression.
Sans compter ceux qui pourront plus payer leur loyer.
Moi, je suis très déprimée.
Déjà, de base, je supporte pas d'être seule.
Alors je lis,
je regarde des séries,
mais est-ce que c'est vivre ?
Tu me diras : il vaut mieux ça que de mourir.
-Vous avez des nouvelles d'Hortense ?
Parce qu'elle me répond plus.
-Pas en réanimation, elle avait juste du mal à respirer,
elle avait très mal.
Les médecins sont rassurants, bien que surmenés.
Quand y a plus de place,
on achemine des patients par avion militaire.
Mais Hortense devrait guérir la semaine prochaine.
Ca va déjà mieux depuis qu'elle a été admise.
-Tant mieux.
-C'est juste dur d'être à 600 km sans pouvoir la voir.
C'est pour ça, je savais pas si t'étais là.
-Oui, je suis désolée, du coup.
-Mais entre nous, je la préfère à l'hôpital de Valence,
où on sait ce qui se passe,
que confinée chez mon frère dans sa ferme inchauffable.
Parce que mon frère, c'est quelque chose.
Elle t'en a parlé ?
La porte se ferme.
Bonjour Sainte-Anne, ça va.
Applaudissements
seront transférés par TGV sanitaires.
Ces transferts soulagent des hôpitaux débordés
mais les soignants submergés s'en aperçoivent à peine.
Comme ici au CHU de Strasbourg, un reportage d'Olivier Vogel.
*-Des intubations en chaîne, c'est le quotidien d'Alexis
qui voit se succéder les cas de coronavirus en réanimation.
*-On est, depuis maintenant 2 semaines, pleins.
On a ouvert des lits pour pouvoir accueillir davantage de patients.
A peine les patients sortent qu'on en attend déjà des nouveaux.
*-Une situation qui impacte tout le CHU
et mobilise du personnel de soin intensif ou continu
obligé de se former sur le tas.
*-Des équipes qui n'ont pas l'habitude de ça
luttent et sont en souffrance, parce que...
*-...que nous traversons,
elle n'est pas liée simplement à la mondialisation.
La grippe espagnole, le choléra, la peste
ont voyagé à des époques où il n'y avait pas la mondialisation
que nous connaissons aujourd'hui.
Mais à l'évidence, il y a des questions de souveraineté
au sens le plus pur du terme.
Comment reste-t-on maître de son propre destin ?
Et quand on voit que nous avons délégué à la Chine
une part de notre souveraineté sanitaire...
Eh oui, il y a un problème, un sujet.
Quand il n'y a plus de masques chinois, il y a pénurie en France.
C'est une vraie problématique qu'il faut évidemment se poser.
Et l'après-crise du coronavirus devrait être pensée
en fonction de cette dépendance trop forte à l'extérieur.
*-...des productions vitales
en médicaments, en masques, en respirateurs, etc.
Et donc, il faudra tirer toutes les leçons...
-Je t'écrase pas ?
(-Non.)
*-...la constitution d'une commission d'enquête parlementaire
-Refais-le : "Vous, les mecs". C'est trop sexy.
-Vous, les mecs, vous avez...
Vous les mecs, vous avez un problème d'introspection.
-N'importe quoi. Pourquoi nous plus que vous ?
-Je croyais qu'on s'en foutait, de la nature.
-Ecoute-moi 2 secondes. C'est tout con.
Une fille, pour regarder son sexe, pour se voir dedans,
faut qu'elle se plie en deux,
pour espérer voir un truc incomplet.
Elle a besoin d'un miroir.
On est préparées à ce que la vie soit mystérieuse,
à ce que ce soit pas simple,
que ça fasse mal,
que les choses importantes soient cachées ou en creux.
Nan mais vous, pardon...
Il vous suffit de vous lever, de baisser la tête,
et de contempler fièrement vos attributs.
Et vous pensez "C'est bon,
"je maîtrise."
Même toi,
t'occupes le terrain, t'as envie de montrer que t'assures.
Je dis pas qu'il faut que tu changes.
C'est juste que vous, les mecs,
oui, vous les mecs,
vous avez du mal à vous regarder dedans.
Vous avez peur de votre trou du cul. Vous êtes pas habitués.
Il soupire.
-On peut même plus répondre.
-Ah mais si, réponds, vas-y.
Non, tu me fais pas ça.
C'est pire que tout, tu me maternalises.
Pardon.
-Te gêne pas.
Musique douce
-Allô ?
Mehdi, je sais pas si c'est bien de s'appeler.
C'est pour ça que je réponds pas. Je suis désolée.
Ben, on s'écrit.
Ou on s'inquiète, on accepte de s'inquiéter un peu.
Oui, j'ai reçu ton mail,
mais j'ai pas pu répondre encore, j'ai besoin d'un peu de temps.
---
Elle chuchote.
---
(Viens. Tout va bien.)
(Tout va bien.)
(-J'arrive pas à dormir.)
Musique de variété
Véra rit.
On dirait une boum.
-C'est vrai.
Y a très longtemps.
---
Ah, putain.
-Attention, écoute.
Oula, faut suivre, là.
Musique entraînante
-Saute.
-Je suis si lourde que ça ?
Attention, j'ai peur.
---
Yeah, whoohoo !
---
-Je tente un truc.
-Quoi ?
-On va essayer de décoller.
Je promets rien. Oh putain, ça part !
Ca part, ça part... Ah putain !
Attention, aux abris !
Aux abris, attention !
Attention, Véra.
Regarde.
Paf !
Il mime l'essoufflement.
Il mime un nettoyage.
J'ai récupéré ma bite.
Chut.
On n'est pas à l'abri de se prendre des teubs dans la tronche.
Ouais, Constantin.
Tu m'as pas rappelé, je te rappelle.
Je voulais savoir si t'avais reçu mes calculs de rentabilité
et si t'avais eu l'occasion d'en parler au banquier.
Je suppose qu'il manque encore des pièces pour le dossier.
Voilà. Rappelle-moi, qu'on règle tout ça. Je t'embrasse.
Hortense vient de me répondre.
Elle est encore à l'hosto, assommée, très isolée, mais ça va.
-Tu lui as dit que t'étais là ?
Piano au loin
---
-On avait dit qu'on courait, ce matin.
-Bonjour, madame Galibert. Ca va, vous vous en sortez ?
*-Je me suis inscrite par internet et j'ai envoyé mon attestation,
mais elle était pas assez droite, car j'ai pris une photo.
Je les ai appelés et ils m'ont dit de la mettre droite
et j'ai essayé, mais c'était pas assez droit.
-D'accord.
*-J'étais en train de faire un grand ménage, là.
-Oui, papa, c'est moi.
Je voulais savoir comment t'allais
et te demander si tu pouvais me dépanner ce mois-ci,
même pas grand-chose. Et je rembourserai.
J'espère que tu vas bien et je t'embrasse.
-Tu rigoles. C'est juste histoire de participer aux courses.
Constantin, c'est encore moi.
Toujours pour savoir si t'as pu parler à la banque.
Rappelle-moi quand tu peux. Je t'embrasse.
Oui, je vous écoute.
Votre employeur ne peut pas vous demander de démissionner.
Oui, je comprends.
Si c'est plus simple pour vous à l'oral...
Mais les permanences syndicales sont fermées, là.
Détonateur
Je serais étonnée qu'elles soient ouvertes.
c'est leur envoyer un courrier recommandé pour les contrer.
Pas un mail, un courrier.
Oui.
Je vous envoie un mail dans la matinée pour tout clarifier.
Au revoir, madame.
Je peux t'aider, Sam.
mais de quitter ton boulot la tête haute.
T'as envie d'y retourner ?
-De quoi on parle ?
-D'aller voir un médecin du travail qui certifierait ton inaptitude.
-Je sais pas d'où tu sors ça, mais je suis pas inapte.
Ca va pas la tête ?
-Le monde du travail, je connais par coeur.
9 personnes sur 10 mesurent pas ce qu'elles subissent.
Je le vois, j'ai un certain pif pour ça,
c'est les dernières à le reconnaître et à se plaindre.
T'es pas inapte,
mais tu gagnerais à obtenir un licenciement pour inaptitude
consécutive à du harcèlement.
Je veux enfler personne. Je m'entends bien avec ma boss.
C'est son associé avec qui j'ai failli me battre.
Y a plus grave.
Le pire, ç'aurait été de lui péter les dents.
Et encore, franchement.
et que je me débrouille, c'est ton employeur qui doit
te trouver un emploi.
Ton médecin t'a quand même arrêté 3 semaines.
C'est pas rien. Y a aucune raison que tu te laisses faire.
Pour demander à ton père...
-Arrête, putain ! T'es sérieuse, là ?
-T'es trop sérieux. Qu'est-ce que t'as ?
-Rien, tout va bien.
Y a des choses que tu peux pas comprendre.
C'est rien. Ca va. Je sais combien on en chie...
-Quel rapport ? C'est parce que j'ai parlé de ton père ?
mais juste, viens.
-T'as l'autre qui me répond pas.
-Qui ?
-Constantin. Je sais pas s'il est malade, s'il est à Paris.
(Je sais pas ce qu'il se passe.)
-Vous êtes proches ?
-C'est mon futur associé, donc quand même, oui.
Je veux plus t'écouter. Je te demande une putain de chose :
laisse-moi me démerder.
Hm ?
-OK.
Il souffle légèrement.
-C'est d'un cul, comme aurait dit ma mère.
C'est juste une idée, le bonheur. Je préfère la joie.
Y a pas plus beau que la joie.
Parce que ça dure pas.
-C'est étrange d'avoir changé d'heure.
-Tu dis que tu me crois pas ?
Je l'ai, je te dis. Pardon.
-T'as la trouille, en fait, je vois.
-La trouille ? Je sais pas ce que c'est.
J'ai vu ma mère morte, j'ai peur de rien.
-Tu poserais pas 5000 questions si tu l'avais.
-Je l'ai pas... Tu mens, je l'ai. 6 de pique.
-T'as pas bu quand je disais la vérité.
-J'avais pas compris.
-"Ca fait 2h qu'on joue, j'avais pas compris."
(-Putain.)
-Ouh lou lou. Allez.
Pas mal. Un deuxième.
Une vraie rasade, pas tes shots de Parisienne.
Je t'accompagne avec mon Châteauneuf-du-Pape 1802.
---
pour confondre un 6 de pique avec un 9 de pique.
Faut être vraiment teubé.
-T'es sérieux ?
-Ca va.
-Arrête, putain, je te jure, tu m'énerves.
-C'est bon, c'est bon.
Arrête. On en refait une dernière.
-Non, on refait rien du tout.
On refait rien du tout ! Arrête, tu me soules !
-Arrête, putain.
Bruit sourd
-Le pauvre, il s'est pété le bras.
-Tu fais quoi ?
Arrête. Aïe !
Véra respire fort.
Tu fais quoi ?
Cliquetis
Fermeture éclair
Il relâche son souffle.
---
Il gémit.
(Putain.)
---
(Putain.)
Il souffle.
(Putain.)
(Tu fais quoi ?)
Ah, putain, non !
Ah, putain.
-C'est l'arroseur arrosé.
La justice, c'est mon métier.
Elle rit.
Ils ronflent.
---
-C'est violent.
-Faut s'activer, là.
-J'arrive.
-Pardon.
-Ca m'énerve.
-Tu le fais exprès, ou quoi ?
-Bah oui, j'adore ça, ramasser les ordures.
-Tu vois bien que c'est rempli.
les chiffres montent.
Mais le nombre de malades admis à l'hôpital dans un état grave
n'a jamais été aussi bas.
C'est peut-être un effet du confinement.
*-Mais nous ne devons pas baisser la garde.
Regardons les chiffres en Italie.
Le pays qui reste le plus touché avec 16 500 morts
a cru pendant quelques jours à une amélioration
Inquiétude au Royaume-Uni autour de la santé de Boris Johnson,
le Premier ministre britannique.
Malade depuis 15 jours, il a été admis en soins intensifs,
son état de santé s'étant dégradé au cours de la journée.
Il reste toutefois conscient.
-Excuse-moi, maman,
c'est pas que j'ai pas envie de te parler,
mais j'ai rien à raconter, alors c'est un peu épuisant.
On sait pas si ça va durer jusque juillet.
J'ai pas envie de penser aux hypothèses les plus sombres.
-Constantin, c'est encore moi. Essaye de me rappeler.
Dis-moi merde ou quelque chose, mais ça devient... Bon, voilà.
-Genre, il t'appelle.
Il soupire et jette son téléphone.
Piano au loin
---
(-Caresse-moi.)
Il grogne.
(Attends.)
Viens.
Il souffle.
Non, attends.
-Arrête, putain.
-Quoi ?
T'y mets pas beaucoup du tien.
-Je suis comme toi, je suis pas une machine.
Il soupire.
-T'avais pas envie ?
-Mais si, mais c'est... Bon.
Pouce ? On souffle ? On respire ?
-Je sais pas comment tu fais pour rester calme.
-Je suis pas calme, c'est toi qui es très agité.
Il soupire.
-Je me demande si t'es pas perverse.
Elle pouffe.
Genre, passive-agressive.
Genre,
qui aime avoir le dernier mot, sans le montrer.
-T'as une façon d'être dans la supériorité.
Non, je rigole pas, là.
-Qui a insisté pour vivre cette histoire ?
-Tu rigoles, j'espère.
Voilà.
Tu me fais encore croire que tout vient de moi.
Tu kiffes le trouble que tu crées chez l'autre.
-C'est humain, non ?
-Très humain. Ca s'appelle la perversité.
-La perversité serait de jouir de ta souffrance.
Tu souffres à ce point-là ?
-Tu dis ça avec un petit sourire qui t'échappe.
Je sais pas à quoi sert cette conversation.
-Je sais pas.
A faire le point, non ?
On baise bien,
mais on s'aime pas.
C'est la situation qu'on aime, non ?
Peut-être qu'à un moment, ça fait du bien de le dire, aussi.
Il soupire longuement.
Arrête de sourire tout le temps, c'est vraiment...
On t'a un peu trop dit que t'étais jolie.
Mais c'est faux, tout ça. Personne n'accepte jamais rien.
-Tu pètes jamais un câble ?
T'es flippante, putain. Jamais, tu perds le contrôle ?
-C'est blessant d'avoir à prouver le contraire.
Wow.
T'es parfaite.
Tu es par-faite.
Change rien, jamais.
Parfaite.
Tu sais, quand tu fais semblant de jouir,
-Vas-y, tu vois, quand tu veux.
-Bah dégage ! C'est ce que tu veux entendre ?
-Ce que je veux entendre ? Ecoute-moi bien, toi !
Je sais pas trop ce que t'essayes de combler avec moi,
mais te prends pas pour ma mère. On se connait pas.
Je sais pas ce que tu fais, si c'est un jeu, pour toi.
Je m'en fous, de toute façon.
Je joue plus. Je suis pas bouche-trou.
-Dégage. Habille-toi.
Dégage ! Prends tes trucs et dégage.
Vas-y, dégage.
Dépêche-toi, putain !
Elle respire fort.
...
-Les modalités de la procédure, notamment,
s'il y aura une plainte contre cette collègue,
ça dépend de pièces qu'aujourd'hui on n'a pas encore.
Donc...
Pour l'instant, on navigue un peu à vue.
On est face à une...
une sorte d'empilement d'hypothèses.
Et je sais pas si c'est utile de les énumérer.
Euh...
Donc...
*-Ca va, madame ?
Madame, ça va ?
Excusez-moi, je crois que j'y arrive plus.
*-Vous aussi, vous êtes anxieuse ?
Vous savez...
Ce qui compte, c'est de croire aux choses.
Croire au lit, croire au matelas,
croire à nos mains, à nos poignets, chacun de nos doigts.
Ca demande beaucoup de force.
On n'a pas idée.
Ca vous parle pas ?
(-Si. Justement.)
Piano au loin
---
On toque.
T'es venu chercher tes affaires ?
...
-Je sais que je peux même plus demander pardon.
-Qu'est-ce qui s'est passé ?
Sam, c'est pas moi le problème.
(Qu'est-ce qui s'est passé ?)
Il gémit.
(-J'ai eu peur.)
(J'ai jamais autant flippé.)
(C'est parce que)
(tout est au ralenti, dehors)
(qu'on a l'impression d'aller trop vite.)
(C'est ça qui fausse la donne.)
(-Mais quelle donne ?)
(Y a rien de faux entre nous, c'est même l'inverse.)
(-Ca me fait plus peur.)
Même si on paie cher.
(J'ai tellement été empêché, dans ma vie.)
(-Empêché ?)
(De quoi ?)
(Qu'est-ce qui t'a empêché ?)
Tu m'as pas dit comment était morte ta mère.
(-D'un accident.)
(Elle roulait trop vite.)
(Elle avait la bougeotte.)
(Je tiens ça d'elle.)
(Elle était pas faite pour avoir un gosse.)
(Elle a pas vu venir la taille du truc.)
(Je comprends.)
(-Tu t'endors.)
(-Non.)
(-Si, tu t'endors.)
(Je t'aime.)
c'est un effondrement du commerce
plus grave encore que lors de la précédente crise en 2008-2009.
-T'as pas faim ?
*-...une baisse à 2 chiffres.
Les exportations d'Amérique et d'Asie seront les plus touchées.
Elles avaient déjà été mises à mal par les tensions commerciales
qui avaient opposé les Etats-Unis et la Chine.
Musique douce
---
(-Serre-moi.)
---
Plus fort.
---
(Plus fort.)
---
Elle n'a pas réussi à refaire ses stocks.
...dans son enquête "Masques, un mensonge d'Etat".
Putain, mais t'es brûlant.
---
-J'arrive...
Chut.
Il frissonne.
-Franchement, barre-toi.
Fais ta valise.
On est dans le même bain, je te laisse pas.
-Non, faut pas que tu restes là.
Laisse-moi dormir sur le canapé ou rentrer chez moi.
-N'importe quoi.
-On est trop, là.
-Je sais pas comment je suis arrivé ici.
Faut pas que ma boss sache tout ça.
Chut.
(-Faut pas que tu restes là. Arrête ça.)
Respiration sifflante
---
il faut des mesures inégalitaires, surtout pour les plus pauvres
qui sont indispensables.
Les gens en Seine-Saint-Denis, ils font pas du télétravail.
Toux
---
Tu respectes pas les distances, là.
-Bah, Constantin.
-C'est pas le moment de penser à ça.
(T'inquiète pas, il va te rappeler.)
(Tout est un peu figé, là.)
(T'as prévenu ton père que t'étais malade ?)
-Non.
(-Tu veux que je le fasse ?)
-Non, surtout pas.
(-Personne m'a jamais regardé comme toi.)
(-Tu dis ça parce que t'as de la fièvre.)
(-Tu serais la dernière personne sur Terre, j'aurais pas peur.)
(-Pas tant que ça.)
(-Dis-le.)
(-Je sais pas dire.)
(-Je t'entends quand même.)
...
*Tonalité
*-Vous êtes sur la messagerie d'Hortense Beloeil.
Laissez un message, je vous rappelle.
---
-Sam ?
Sam, qu'est-ce que t'as, là ?
Sam, ho, Sam !
Sam, réveille-toi, ho !
Tu m'entends ?
Réveille-toi, réveille-toi.
Putain, mais...
Sam !
Sirène
---
-Depuis l'appel, il bouge plus, il respire plus.
-Sam, vous m'entendez ?
Si vous m'entendez, serrez ma main.
-Ecartez-vous. J'ai besoin de renseignements.
-Il est inconscient.
Je regarde s'il respire.
-Il est asthmatique.
-Monsieur, il respire ?
-Vous avez ses papiers ?
Si vous pouviez me donner sa carte vitale,
ses papiers d'identité ?
Allez. Son âge ?
-OK, j'ai une respiration.
-OK, reprise de la respiration à 22h50.
-Il respire ?
-Reprise de la respiration : 22h50.
-C'est bon. Posez le sac. Mettez votre masque.
-On prend le sac dans l'ambulance.
Je prends le sac.
-Demain, appelez votre médecin et restez enfermée chez vous.
Elle renifle.
Bonjour, je voudrais des nouvelles d'un patient en réanimation.
Il s'appelle Sam Berthier.
Je suis pas de la famille, mais j'ai appelé le SAMU.
C'est moi qui ai appelé.
Non, je suis pas de la famille.
Est-ce que vous pourriez lui donner mon numéro pour son réveil ?
Normalement, il est sur la fiche de renseignements, mais bon.
Je suis désolée, mais c'est vraiment important.
Vibreur
-Oui, maman.
Ca va ?
Salut, Inès.
J'espère que tout va bien pour toi et tes proches.
Est-ce que tu as les coordonnées d'un ami d'Hortense, Sam Berthier ?
Rien à voir avec la fac, mais tu le connais sûrement.
Rappelle-moi dès que tu peux.
*-Je vois pas.
-Sam Berthier, un grand roux.
Il bosse dans la restauration, "Chez Lulu".
*-Ca me dit rien du tout.
T'as essayé la soeur d'Hortense ?
-C'est Véra. Allô ?
-Je me déplace, je sais pas si c'est moi.
*-Véra ?
-Vous avez les coordonnées d'un ami d'Hortense qui s'appelle Sam ?
Ca vous dit quelque chose ? Longue histoire.
Allô ?
Hortense est morte.
Hortense est morte cette nuit.
T'es là ?
(-Oui.)
...
*-Cette boite vocale contient trop de messages.
Musique mélancolique
---
-Bonjour, Muriel, c'est Véra. Ca y est, j'ai tout nettoyé.
Faudra peut-être recommencer dans une semaine.
Pour les clés, le mieux, c'est que je vous les envoie par la poste.
Et merci encore pour le numéro et l'adresse de Sam Berthier.
J'espère que vous tenez le coup.
C'était dur de pas être là lundi.
Je vous embrasse et je vous serre dans mes bras.
---
...
Excusez-moi.
-Oui ?
Plus depuis 3 ans.
-3 ans ? Mais je croyais...
-Je l'adore, il est super doué.
Mais ça devenait trop compliqué.
Sa mère venait tous les jours pour renouer.
Toujours en terrasse.
Il vous en a jamais parlé ? Bien déglingue, elle aussi.
-De s'être barrée. A cause de lui, d'après lui.
D'avoir quitté son père.
Elle est pas morte.
II dit ça à tout le monde.
S'il pouvait la tuer, il le ferait.
Il a 800 balles par mois du ministère de la Santé.
De temps en temps, il taxe son père.
-Pourquoi le ministère de la Santé ?
-Vous avez pas compris ?
Il est dingue, Sam.
Il fait des épisodes schizophréniques.
Il est en HP, il revient.
Il est adorable, mais dès qu'il faut composer avec d'autres...
Il va mieux ?
Il est guéri ?
Du covid.
-D'après l'hôpital, oui. Enfin, autant que je sache.
Sa messagerie est saturée.
Il est peut-être en quarantaine quelque part.
-Je crois que je sais.
C'est pas bien dur à imaginer.
Il paraît que c'est chaud, la contagion dans les HP.
Au moins, il est immunisé.
Quoique, même ça, on sait pas grand-chose.
Comme pour les intubations.
Des médecins commencent à dire qu'on aurait pas dû intuber autant.
-Vous savez dans quel HP il a ses habitudes ?
-Non, désolée.
Vous prenez le train ?
Prenez soin de vous.
-Vous aussi.
-Ca va durer longtemps.
-De se reconstruire ?
-Surtout d'accepter ce qu'on a perdu.
Musique mélancolique
---
-Oui, Mehdi. Je sais, j'arrive dans un quart d'heure.
Mon père est déjà là ?
OK.
Je suis désolée, ça n'en finissait plus.
Attends 2 secondes.
Oh, merde.
Rien, je suis énervée, ils ont reporté les audiences.
Attends, j'ai un double appel. J'arrive.
Oui, Madame Camara ?
S'il considère que sa santé n'est pas protégée
et qu'il est dans une situation, on le voit beaucoup dans les médias,
malgré l'allégement des mesures et les vaccinations,
une situation dans laquelle sa santé est en danger,
il a plusieurs choses à faire.
D'abord, exercer son droit de retrait.
Il doit prévenir son employeur par écrit.
we just don't have the money.
Il peut aussi prévenir l'inspection du travail.
-It's great to have amazing ideas, but you need to pay for it.
Les deux conversations continuent.
---
-Pardon, mais je suis en retard.
Je te comprends pas.
Il est à l'agonie, ce truc.
-Si tu l'avais jeté sans me le dire...
-Encore ?
Ca fait des semaines que c'est arrivé.
-C'était le bordel,
mais c'est bon pour le changement d'adresse.
Papa, t'es où ?
Mouettes
OK, on descend.
-Il est où ?
-Il m'a dit "Je suis là dans une minute."
-Vas-y, on le pose.
Sauf qu'on s'est à peine vus, je bosse trop.
Il m'a posé des étagères.
C'est hyper beau.
Il était encore plus content que moi.
Il est resté 2 jours. Il aime pas être sans ma mère.
Je sais pas ce qu'il fout, en plus, il met jamais le GPS.
Papa, tu fais quoi ?
OK.
Il a pas anticipé le sens interdit, il doit faire le tour.
-Mais encore ?
-C'est con, je sais pas comment te le dire.
J'ai...
J'ai rencontré quelqu'un.
-C'est génial.
-Ah ouais.
Cachottier, quoi.
Elle est comment ? Elle est belle ?
Décidément.
-Tu me dirais, si t'avais quelqu'un ?
-Oui, je te dirais.
Ou pas.
En ce moment, je suis seule.
Et c'est très bien.
Je te retarde, là. Vas-y. Je vais gérer.
-Je suis contente qu'on y arrive.
-A quoi ?
-A ça.
J'ai cru qu'on se parlerait plus.
Au fait, t'es vacciné ?
-Première dose.
Elle souffle.
Papa, t'es où ?
Musique triste
Comment ça, avenue Saint-Lazare ?
T'as pris à gauche au lieu de la droite.
Non, faut faire demi-tour.
Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
Faut que tu fasses demi-tour.
Oui.
---
Allô ?
Oui, pardon, je...
Hein ? Oui, ça va.
Non, je t'assure, ça va.
Attends.
Je te vois.
Tu peux pas me rater.
Je suis là, regarde.
---
Sous-titrage : Capucine Griot
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