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D�but 2003, James Miller et Saira Shah se rendaient dans la bande de Gaza
pour tourner un documentaire sur les enfants �lev�s dans une zone de conflits.
Ils p�n�traient dans une r�gion en proie au chaos depuis plus de cinquante ans.
La bande de Gaza et sa population arabe palestinienne
sont sous contr�le isra�lien depuis la guerre des Six Jours, en 1967.
Lors d'un sommet, en 2000, Isra�l a propos� de remettre le contr�le de Gaza
� l'Autorit� palestinienne.
Le leader palestinien, Yasser Arafat, a rejet� la proposition.
Depuis, les tenants de la ligne dure des deux bords ont gagn� du terrain.
Les citoyens isra�liens ont subi vague sur vague
d'attentats perp�tr�s par les terroristes palestiniens.
En 2000, le vote isra�lien a �lu Ariel Sharon
premier ministre. Il s'est engag� � pourchasser et � tuer
les militants pr�sum�s � Gaza et en Cisjordanie.
2 mai 2003
Un cameraman britannique a �t� tu� par les forces isra�liennes dans la bande de Gaza.
James Miller a re�u une balle dans le cou � Rafah, pr�s de la fronti�re �gyptienne.
James Miller est le r�alisateur de ce film.
Le 2 mai 2003,
il a fait la triste actualit� du Moyen-Orient.
James Miller, un des meilleurs r�alisateurs de documentaires de sa g�n�ration,
avait travaill� dans les endroits les plus dangereux du monde.
James laisse une femme...
et deux jeunes enfants.
Il connaissait les risques encourus � Gaza.
Mais il croyait que son travail pouvait �tre utile.
En tant qu'�tre humain, on a envie de se faire discret, d'�teindre la cam�ra et de partir,
mais dans ce cas, on ne t�moigne pas de ce qui est arriv�.
On montre au plus grand nombre quelle est la v�ritable situation.
L'arm�e isra�lienne invoque la l�gitime d�fense,
mais sur les images t�l�, M. Miller et son �quipe
agitent des drapeaux blancs en direction des soldats isra�liens.
Vous nous entendez ?
Nous sommes des journalistes britanniques.
Ce film ne prend pas partie dans le conflit isra�lo-palestinien.
Il parle de ceux qui y sont aspir�s.
De James.
Des enfants entra�n�s dans la guerre des adultes.
James avait aussi un projet de film sur les enfants isra�liens,
l'histoire n'est donc pas finie.
Mais James a port� t�moignage.
Tout ce que vous allez voir, vous le verrez par ses yeux.
Naplouse CISJORDANIE
JAMES : Pr�pare mon gilet pare-balles. SAIRA : Il est pr�t.
Garde-la point�e par l�.
Tiens-la comme �a et passe-moi mon gilet.
Par ici !
Filme ! Filme �a !
Il est l�... vous pouvez le filmer !
Ecartez-vous ! Laissez-le filmer...
Allah est grand !
Selon les t�moins, les agents isra�liens ont pos� une bombe
dans la voiture d'hommes accus�s de pr�parer des attentats suicides.
Un h�licopt�re a fait exploser la charge.
On appelle �a un "assassinat cibl�".
C'est la paix � la mode isra�lienne. La paix.
Isra�l a annonc� son intention de viser d'autres militants palestiniens
apr�s avoir tu� un membre important du Hamas.
Le sol est jonch� de lambeaux de chair.
Regarde sous le morceau de carton !
Pourquoi vous faites �a ?
C'est de la chair.
- C'est pour vous ? - Non.
On la recueille pour pouvoir l'enterrer.
Pour l'enterrer.
Ici !
Ramasse-la avec les mains...
C'est du sang !
Il y en a beaucoup.
La moiti� d'un corps !
On a enterr� son cerveau !
Il y a des morceaux de chair ici...
Passe-moi un autre sac.
Nous tentons de comprendre comment les gens apprennent � ha�r au point
d'�tre pr�ts � mourir pour tuer.
Nous observons donc la prochaine g�n�ration.
Les enfants qui feront la paix... ou la guerre.
C'est dangereux pour vous, reculez. Voil�.
- Jusqu'� la fin. Je ne sais pas quand �a finira. - Jusqu'� la fin.
La Cisjordanie est divis�e par des barrages routiers isra�liens.
Reculez de 100 m�tres, d'accord ? Vous comprenez l'anglais ?
Une nouvelle Intifada palestinienne a vu le jour en septembre 2000.
Depuis lors, Isra�l se d�fend contre une vague d'attentats suicides.
Les villes palestiniennes ressemblent � des prisons.
- La route est barr�e, OK ? - La route est barr�e. Pourquoi ?
Qu'est-ce qui s'est pass� ?
Les soldats ont arr�t� un kamikaze pr�sum� tentant d'atteindre Isra�l.
- �a s'est pass� quand ? A l'instant ? - Je vous en prie. OK ?
- Vous venez juste de l'attraper ? - Non.
- Il y a quelques minutes ? - Je ne peux rien dire.
- Il y a une heure. - Une heure. Merci.
Bonjour. Partez tout de suite.
Reculez. Merci.
Jusqu'o� ?
Pr�s des voitures.
La voiture blanche.
Naplouse est la plus grande ville de Cisjordanie.
Elle est sous occupation isra�lienne.
Aujourd'hui, les tanks isra�liens tiennent trois positions autour de Naplouse.
On nous a parl� d'affrontements au centre-ville.
La ville est sous couvre-feu, mais ses habitants semblent s'en moquer.
Il en reste plein, imb�ciles !
80 % des attentats suicides seraient organis�s ici.
L'autorit� palestinienne n'ayant pas arr�t� les militants,
l'arm�e isra�lienne est venue � leur recherche.
Ne bougez pas.
Dans les rues, aucun signe des militants.
Il n'y a que des gamins.
- Bonjour. - �a va ?
On est de la t�l�vision. Qu'est-ce qui se passe par ici ?
- Rien. - Pas grand-chose ?
- On est en s�curit� ici ? - Pas...
Pas tout � fait : ils lancent des pierres.
- Des pierres ? Merci beaucoup. - OK.
- Merci. - Merci.
JAMES : Le tank m'inqui�te plus que les pierres.
On ne devrait pas entendre la voix de James dans le film.
Allons l� o� ils lancent des pierres.
Maintenant, elle fait partie de l'histoire.
Les soldats ne visent pas directement les gamins.
Mais il y a tant de coups de feu que les gamins sont souvent touch�s.
Les pierres ne peuvent rien contre les tanks, pourquoi prennent-ils ce risque ?
SAIRA : On leur demande ce qui se passe ?
- JAMES : Qu'est-ce que tu en penses ? - Vas-y.
Approchez, les enfants.
- Il dit : "Ma m�re me battra." - C'est vrai ?
Il n'a pas peur de ce tank, mais il a peur de sa m�re ?
Comment tu t'appelles ?
Sami.
Quand ils tirent, les roquettes sont comme des boules de feu.
Une boule de feu qui br�le !
Salopards !
Depuis le d�but de l'Intifada, 800 isra�liens et plus de 2000 Palestiniens ont �t� tu�s.
Les isra�liens sont pris dans les bouchons de l'heure de pointe.
JAMES : L�-bas, on peut se mettre � l'abri...
SAIRA : S'il est coinc�, ils vont devenir vraiment m�chants...
Il fait marche arri�re... sur nous l
Nous nous dirigeons vers l'autre zone sous administration palestinienne.
CISJORDANIE BANDE DE GAZA
La bande de Gaza.
BANDE DE GAZA ISRA�L
On dirait un paradis m�diterran�en, mais ce n'est pas le cas.
Les rapports font �tat de huit Palestiniens tu�s et d'au moins 35 bless�s
au cours d'un raid isra�lien sur un camp de r�fugi�s dans la bande de Gaza.
Le raid visait les groupes de militants palestiniens
apr�s la mort de quatre soldats isra�liens au nord de la bande de Gaza.
La branche arm�e du Hamas revendique la pose des explosifs.
En suivant la c�te vers le sud, on atteint le site le plus sinistre : Rafah.
BANDE DE GAZA Rafah
L'arm�e isra�lienne et les forces paramilitaires palestiniennes s'affrontent.
Voici leur champ de bataille.
Un r�seau de tours de snipers couvre presque toutes les rues.
Les militants se cachent quelque part par ici,
au milieu des civils.
Nous sommes venus rencontrer les enfants qui sont pris entre les deux.
AHMED Douze ans
Action.
Je m'appelle Ahmed. J'ai 12 ans.
J'aime jouer avec mes amis.
Je veux �tre comme tous les enfants de la rue.
Je n'aime pas me battre.
MOHAMMED Douze ans
Je suis n� ici, mais je ne connaissais pas mes amis.
Puis j'ai grandi,
et j'ai rencontr� mes amis.
J'ai rencontr� Ahmed.
Il est si gentil avec moi.
Il est comme mon fr�re.
C'est mon meilleur ami, Ahmed.
NAJLA Seize ans
Je voudrais devenir avocate...
pour pouvoir apporter la justice aux gens.
Isra�l a occup� les terres palestiniennes en 1948.
Deux r�gions de Palestine n'ont pas �t� colonis�es :
la Cisjordanie et la bande de Gaza.
Qui vient dessiner la carte au tableau ?
Tout ce que je ferai, je le ferai pour mon peuple.
Tout ce qui touchera mon peuple me touchera aussi.
En 1967, Isra�l a occup� la bande de Gaza
et la Cisjordanie.
- Elles �taient gouvern�es par... ? - Les Isra�liens.
Ma m�re me dit : "Ne t'approche pas des Isra�liens,
"ils tirent,
"ils ignorent l'Islam,
"ce sont des criminels,
"ils tirent sur tout ce qui bouge."
Elle n'arr�te pas de r�p�ter �a. Mais je n'�coute pas.
Tire !
Sur qui ? Celui-l� ?
Oui, celui � la Kalachnikov.
Vas-y.
Je veux faire tout ce que fait Ahmed.
Tire !
Il est mieux que les autres.
Il n'est pas cupide.
Il est tr�s gentil avec moi.
Je veux �tre gentil avec tout le monde.
Sauf avec nos ennemis, les Juifs.
En fait, nombre de leurs ennemis ne sont pas Juifs du tout.
Les soldats de Gaza comprennent des B�douins, des volontaires musulmans.
Ils sont citoyens isra�liens et mercenaires professionnels.
C'est pas bon, ici. Il y a beaucoup de coups de feu.
Les tanks viennent un jour sur deux.
Les paramilitaires disent : "Quand les tanks viennent dans notre r�gion,
"il faut faire sauter quelque chose."
Voici la fronti�re.
Les paramilitaires locaux creusent des tunnels sous la cl�ture
pour passer clandestinement des armes depuis l'Egypte.
Isra�l nettoie donc cette zone de s�curit�.
Cela implique d'abattre les maisons palestiniennes.
- O� est la fronti�re ? - Pr�s de ce mur en ciment.
Maintenant qu'ils ont d�moli ces maisons,
ils vont s�rement mettre le mur � leur place.
Il y a beaucoup de coups de feu dans cette zone ?
Quand un tank vient, oui.
Sinon, il n'y en a pas.
Elle dit qu'elle entend un tank.
L'arm�e isra�lienne a d�truit les foyers des Palestiniens
dans un camp de r�fugi�s au sud de la bande de Gaza.
L'arm�e dit n'avoir vis� que des b�timents utilis�s par les militants comme postes de tir
ou pour cacher des tunnels clandestins...
Ces affiches ne repr�sentent pas des vedettes de cin�ma.
Des militants, des kamikazes.
Des victimes innocentes.
Ils sont tous v�n�r�s comme des martyrs.
Les paramilitaires sortent � la tomb�e de la nuit,
utilisant les morts comme propagande
pour recruter davantage de militants.
La Brigade des martyrs d'Al-Aqsa revendique
l'op�ration suicide
qui a tu� trois porcs (des Isra�liens) et en a bless� cinq autres.
ABDUL SATTAR Onze ans
A Rafah, les enfants �crivent souvent une lettre � leur famille
pour le cas o� ils seraient tu�s.
Montre-moi. C'est la lettre ?
Qu'est-ce qu'elle dit ?
"Au nom d'Allah...
"Allah est le plus grand...
"Ma grand-m�re, ma m�re, mon p�re,
"mes fr�res et mes s�urs, mon oncle,
"paix � vous tous."
"J'ai l'intention de continuer le Jihad jusqu'au martyre."
Qu'est-ce que �a veut dire ?
Qu'il faut r�sister et mourir pour la Palestine.
Qu'est-ce que c'est ?
Un fusil M16.
Pour quoi faire ?
Pour jouer � tirer.
Si c'�tait un vrai, je leur aurais montr�, aux Isra�liens !
Mais c'est un jouet.
Demain, j'en ferai un autre, mieux.
Je fixerai peut-�tre un morceau de bois ici, et un autre l�.
Le jeu pr�f�r� d'Abdul Sattar s'appelle .: "Les Juifs et les Arabes".
Les Arabes sont dans les rues
et les Juifs l�, et on leur tire dessus.
On leur jette des pierres et des bombes.
A ce jeu, pour gagner, il faut mourir.
Mets le feu au tank !
"Mourir en martyr au nom d'Allah est notre d�sir le plus noble...
"N'aies pas peur,
"la peur est vindicative.
"Ne sois pas triste, la tristesse me fait peur.
"Ne pleure pas, les larmes me tuent."
Allez-y, tuez-les !
Tuez-les !
"Nous sommes tous morts, ma m�re,
"r�jouis-toi,
"je suis mort en martyr au nom d'Allah."
La vie n'est que d�sespoir.
J'ai perdu huit jeunes de ma famille.
L'un d'eux sortait de l'�cole.
Les Isra�liens lui ont tir� dessus et il est mort.
Un autre sortait d'un cours particulier,
ils lui ont tir� dessus, il est mort.
A tout moment, j'ai l'impression,
quand je vais � l'�cole,
que je peux �tre tu�e comme eux.
- Il est quelle heure ? - Onze heures.
Aujourd'hui, il va nous frapper, c'est s�r.
- On a six cours. - Non, cinq.
On est en retard, le prof va nous frapper.
Non ! On lui dira qu'on �tait chez nous.
On �tait chez nous en train de lire.
Dis-lui qu'on �tait chez Ahmed. Qu'on faisait nos devoirs !
Le prof va nous frapper !
Non ! Abdul Rahman est bien �lev�.
Il ne nous frappe jamais.
Je n'aime pas les ennuis. Je ne sais pas pourquoi.
Tu as eu peur ?
La premi�re fois, j'en avais les jambes qui tremblaient.
Pourquoi on aurait peur d'eux ?
Ce sont les Isra�liens les l�ches, pas nous.
Je me suis mise � courir, mais je suis tomb�e.
Ils ont peur de nous.
Ils entrent dans nos maisons sans frapper, pourquoi ?
Ils passent par le mur,
ils ont peur de leur ombre.
Ils prennent des airs sup�rieurs avec leurs armes.
Tu te rappelles quand un �ne s'est mis sur leur chemin ?
Ils lui ont tir� dessus. �a prouve bien qu'ils ont peur.
Ils ont peur, mais ils font
les braves avec leurs armes.
S'ils n'avaient pas d'armes, on les aurait d�j� tu�s.
Ils sont tous morts tristement.
Mohammed a �t� le premier...
Non, le premier a �t� mon fr�re Mohammed...
- Puis Manar, et puis... - Non... Oh... oui... Manar.
On a d'abord pleur� Mohammed,
puis on a pleur�...
Manar... puis Jamal...
puis Salem...
Dans notre famille, il y a eu six morts.
Maintenant, si on me dit : "Cr�ve",
je r�ponds : "J'aimerais bien."
Chaque vendredi, Ahmed va � la mosqu�e.
Les militants font partie de l'assembl�e.
Prions pour les martyrs de la Palestine.
Certains porcs (les Isra�liens) prient,
mais ils prient pour rien.
Ils ne disent pas : "Allah est le plus grand",
ils ne connaissent pas le Coran.
Ils prient comme �a. Ils se penchent un peu.
Nous, on est �duqu�s.
On sait quels gestes il faut faire.
Ils prient debout. Comme �a.
Vous parlez d'une pri�re !
Ahmed nous am�ne dans sa famille.
Il habite le bloc O.
C'est un taudis.
Son foyer est � huit kilom�tres de la c�te.
Mais une ligne de colonies isra�liennes s�pare les maisons palestiniennes de la mer.
Ayyah, tu as d�j� vu la mer ?
Juste une fois.
Une fois l C'�tait quand ?
Il y a tr�s longtemps.
Il y avait plein de coups de feu.
Il y a tr�s longtemps.
Tu avais quel �ge ?
J'�tais tr�s petite. Comme �a !
Ils ont ferm� les routes.
On ne peut plus aller � la mer.
Tu te souviens de la mer ?
C'�tait beau.
Nous sommes sous le charme, puis c'est le choc.
Tu aimes les Juifs, Ayyah ?
- Non ! - Pourquoi ?
C'est des fils de chiens !
Tu as d�j� vu des Juifs ?
- Oui. - O� �a ?
A la t�l�vision,
avec des casques...
comme le tien.
Ils les mettent comme �a...
et les portent comme �a.
Ils ont des Kalachnikovs.
Ils viennent dans leurs tanks et ils tirent.
Pendant notre s�jour � Rafah, les troupes isra�liennes
ont lanc� une de leurs plus grandes op�rations depuis trois ans.
On parle de trois Palestiniens tu�s et d'au moins 20 bless�s
lors d'une incursion isra�lienne dans un camp de r�fugi�s de la bande de Gaza.
Une force de 50 tanks et de v�hicules blind�s
a envahi la ville et le camp de r�fugi�s voisin sous le couvert de la nuit.
Une bataille f�roce a suivi.
James et moi avons film� ce que nous pouvions du toit de notre appartement.
La fusillade a lieu sur la fronti�re, pr�s de la maison de Najla.
JAMES : Najla est � un ou deux p�t�s de maisons, non ?
C'est trop dangereux. On ne peut pas y aller.
Fr�res, s'il y a des bless�s, descendez-les,
l'ambulance est dans la rue.
Nous atteignons enfin le quartier de Najla.
Ils disent qu'ils ont d�truit la maison.
D'apr�s l'arm�e, des tunnels clandestins �taient cach�s sous les maisons,
c'est pour �a qu'ils ont fait ceci.
SAIRA : Que s'est-il pass� hier soir ?
On dormait dans notre maison.
Les Isra�liens sont venus.
Ils se sont mis � d�truire les maisons.
Il y a eu des explosions.
Des �clats de verre nous sont tomb�s dessus.
Les soldats ont cri� :
"Sortez, si vous voulez avoir la vie sauve !"
Ils ont fait sauter notre maison.
On avait peur.
On voulait sortir avec un drapeau blanc.
Il y a eu une explosion, tr�s forte.
On criait, serr�s les uns contre les autres.
J'�tais avec mon p�re et mes fr�res
dans la maison de notre voisin
quand les bulldozers sont arriv�s.
On est sortis avec un drapeau blanc et on a cri�.
Ils nous ont dit de partir. J'avais peur.
Mes fr�res �taient l�, et le tank l�.
Il a point� son canon sur nous, un par un.
On est revenus ce matin.
Ils ont d�truit la cour.
Ils ont jet� la voiture de l'oncle sur la vigne.
A la mosqu�e, des fun�railles.
Tu nous a quitt�s...
Si Allah le veut, nous nous retrouverons dans l'autre monde.
La nuit derni�re, les militants ont perdu cinq hommes.
Face � la puissance sup�rieure des isra�liens,
ils ont chang� la mort en victoire.
Quand tu as vu le martyr, il �tait comment ?
Son visage �tait blanc, l� et l�.
Il �tait blanc.
Le martyre est plein de promesses.
Un billet pour le paradis...
le pardon des p�ch�s...
un avenir meilleur que la vie � Rafah.
C'est la tombe de qui ?
De Hosni al Najjar.
Qui �tait Hosni ? Ton ami ?
Oui, un tr�s bon ami.
Il aimait beaucoup les enfants.
Un jour, Hosni est parti.
Je l'ai suivi.
Il s'est retourn�, mais j'�tais cach�.
Je regardais de derri�re un mur.
Il a lanc� une grenade. Il a pris une balle ici.
Quand ils lui ont tir� dessus, je me suis mis � pleurer.
Il a dit : "Ahmed, Ahmed !"
Par Allah, juste comme �a.
Je sanglotais.
J'ai dit : "Qu'Allah ait piti� de toi."
Quand ils ont tu� Hosni al Najjar,
j'ai commenc� � aider la r�sistance.
Approche-toi, que je puisse te parler.
Pose tes mains ici.
Quand j'essaierai de te frapper les mains, retire-les.
Oui, je connais le truc.
Non.
Laisse tes mains ici.
Quand j'essaierai de les frapper, retire-les.
Compris.
Trois fois. On verra qui est le plus malin.
�a fait deux. Tu craques ? Tu n'es pas un homme ?
A moi.
- Tu entends les coups de feu ? - Oui.
C'est juste des coups de feu.
C'est dehors.
Tu triches !
Non.
Tu n'as pas le droit de les retirer...
Trois fois !
Tu es malin.
Bien s�r que je suis malin.
Comment sont tes professeurs ? Gentils, j'esp�re.
Il y en a un qui parle comme �a...
C'est un idiot.
- Un prof de quoi ? - De sciences.
Il me rend dingue.
J'ai envie de prendre un lance-pierres pour le viser � la t�te,
sa t�te chauve.
Voyons de quoi tu as l'air avec un lance-roquettes.
L�ve-toi.
Tiens-le comme �a...
Mets-toi sur un genou.
Ce n'est pas comme �a qu'on fait. Non, comme �a.
Un pied ici et l'autre l�...
Avance un peu le pied... c'est �a.
Je vais faire sauter un tank.
Tu aimerais �tre un martyr ?
J'aimerais faire sauter la maison de Sharon, et lui avec.
Et apr�s ?
Le martyre.
Tout le monde sait qu'Ahmed est tr�s gentil.
Il garde aussi tr�s bien les secrets.
C'est un peu notre petit fr�re.
On a tous �t� bless�s.
On a tous perdu des petits fr�res.
C'est plus qu'un petit voisin...
c'est notre petit fr�re.
On aime vraiment Ahmed.
Beaucoup de gar�ons que j'ai �lev�s moi-m�me
sont morts en martyrs, tu�s par les tanks et les fusils.
Mais c'est un travail tr�s dangereux pour un petit gar�on.
On nous a priv�s de notre enfance.
�a sera peut-�tre pareil pour lui.
Qu'est-ce que tu en dis, Ahmed ?
Tu n'es pas trop jeune pour ce travail ?
Je prie Allah pour devenir un combattant,
un combattant pour la Palestine.
Quand quelqu'un mourra en martyr comme notre fr�re ici pr�sent,
je prendrai son arme
et comme il a tir�, je tirerai.
Je tirerai sur les porcs, les terroristes.
Mais... Pouvez-vous demander... Je veux juste poser la question.
N'est-il pas trop jeune
pour mourir et rejoindre la r�sistance ? Ne se trouve-t-il pas trop jeune ?
M�me si ce sont les Isra�liens qui le tuent,
le groupe n'a-t-il pas la responsabilit� de ne pas le mettre en danger ?
Ne vous occupez pas de la responsabilit�, ma s�ur. Nous sommes des hommes.
Quand nous dirons adieu � Ahmed,
il y aura mille autres enfants comme lui.
Le lendemain matin, Ahmed est de retour � l'�cole.
Au programme, un po�me patriotique des ann�es 60.
A qui le po�te Mahmoud Darwish s'adresse-t-il
lorsqu'il dit : "Note" ?
A l'occupant.
A l'occupant.
Et pourquoi l'occupant tue-t-il les enfants ?
Travaillez en groupe ! Pourquoi ?
Pour qu'ils ne r�sistent pas � l'occupation.
Pour qu'ils ne grandissent pas
pour lib�rer leur terre de l'occupation.
Lib�rer leur terre de...
L'occupation !
Qui veut lire le po�me ?
"Note ! Je suis arabe.
"Avec mes amis, je m'�chine � tailler la pierre.
"J'ai huit enfants.
"Je tire leur pain,
"leurs v�tements et leurs cahiers
"du rocher !
"Alors, seras-tu en col�re ?
"Note bien, en haut de la premi�re page.
"Je ne hais pas les gens. Je ne vole personne.
"Mais si j'ai faim,
"je mangerai la chair de celui qui me viole.
"Prends garde � ma faim et � ma col�re."
C'est un �l�ve assidu,
impliqu� dans ses �tudes.
Tr�s impliqu� aussi dans son travail pour le Jihad.
Sans la guerre, Ahmed pourrait se contenter d'�tudier,
d'apprendre comment contribuer � l'�conomie de son pays.
Mais l�, il ne peut qu'apprendre
� se battre pour un Etat ind�pendant.
Qu'est-ce que c'est ? Tu peux me montrer ?
C'est une quwa.
Une quwa ?
C'est une grenade fabriqu�e avec du fer, du soufre et du sucre.
Et du charbon.
Pour quoi faire ?
Pour la lancer sur les Isra�liens.
Vas-y, dis-le.
Non, toi.
C'est pour nous prot�ger, pour chasser les bulldozers.
Mais elle ne peut rien contre un tank ou un bulldozer.
De pr�s, elle pourrait tuer un Isra�lien.
Il pourrait recevoir un �clat dans l'�il, dans la t�te,
dans n'importe quel organe.
�a pourrait le tuer.
C'est pour �a qu'on l'a stri�e comme �a avec une machine.
Celle-ci reste enti�re.
Elle peut se diviser en deux, mais c'est tout.
Celle-ci �clate. Elle se fragmente.
Les morceaux volent sur les Isra�liens.
Si elle atterrit pr�s d'eux.
Faire la paix avec eux n'est pas possible ?
Non, ce n'est pas possible.
Pourquoi pas ?
Ils ont tu� trop de gens.
Qui est le meilleur lanceur de quwas ?
On est pareils.
Exactement ?
Qui est le plus fort ?
On est pareils en tout.
Lui et moi, on est amis, on est comme des fr�res.
Tout ce qu'il fait, je veux le faire.
S'il meurt, je veux le suivre.
Pareil pour lui.
Les martyrs ont de la chance.
Ils vont au ciel et voient tous leurs amis martyrs.
C'est pas r�serv� aux adultes.
Jeunes et vieux, tous y ont droit.
Un kamikaze s'est fait exploser � Tel-Aviv,
faisant trois morts et des dizaines de bless�s.
Selon les t�moins, il a d�clench� des explosifs attach�s � son corps,
se tuant avec ceux qui l'entouraient et faisant de nombreux bless�s.
Si tu prenais une balle,
que ressentirais-tu ?
Moi ?
Je ressentirais...
Allah...
les enfants...
le sang des martyrs...
Tu y penses quelquefois ?
A ce que ce tu ressentirais si tu recevais une balle ?
Non... Pourquoi on me tirerait dessus ?
Je suis un petit gar�on.
SALEM Quatorze ans
On a appris qu'un jeune gar�on avait �t� touch�.
Un groupe de gar�ons lan�ait des pierres sur des bulldozers isra�liens
pr�s de la maison de Salem.
Un tank a ouvert le feu.
Visiblement, James est choqu�. Il a du mal � continuer � filmer.
J'ai trop mal...
Essaie de ne pas bouger...
Regarde-moi.
Sa m�re attend dehors.
On l'emm�ne au bloc op�ratoire.
On nous dit qu'il s'en sortira.
Laissez-nous passer ! Vite !
Salem est mort six heures plus tard
Hier, c'�tait un enfant.
Aujourd'hui, c'est un martyr.
On dit � sa s�ur qu'elle devrait avoir honte de pleurer.
Il faut se r�jouir.
Bonne nouvelle : dites adieu � un nouveau martyr !
Un martyr apr�s l'autre.
Un martyr par jour dans notre quartier.
Allah est le plus grand...
Allons � J�rusalem...
martyrs par millions.
Vous voulez le paradis. Ils s'accrochent � la vie.
Soyez in�branlables, comme le roc.
Vous serez r�compens�s
par la victoire ou le martyre.
Le Comit� de la r�sistance populaire et sa branche arm�e
ont envoy� le martyr Salem al Shaer aux vierges c�lestes.
Repose en paix, O Salem.
O Allah, re�ois notre martyr,
fortifie sa famille
et accorde-nous de le suivre dans le martyre.
Honte aux partisans de la servitude et de la reddition !
Le Jihad doit se poursuivre
jusqu'� la victoire ou au martyre.
Avec Salem, c'est encore un membre de la famille de Najla qui est tu�.
Le martyr Salem al Shaer.
Le Comit� de la r�sistance populaire confie � Allah
son martyr, le jeune Salem al Shaer.
Ahmed surveille les rues pour nous.
En cas de danger, il pr�vient les soldats.
C'est un travail id�al pour un petit gar�on :
personne ne le soup�onne.
2 mai 2003 8 h
Ce doit �tre notre dernier jour � Rafah.
Je m'inqui�te pour Ahmed.
Je m'inqui�te autant pour lui que pour moi.
Il s'inqui�te pour tout le monde.
Pourquoi t'inqui�tes-tu pour Ahmed ?
J'ai peur qu'il devienne un martyr.
Qu'il meure et pas moi.
Je m'inqui�te �norm�ment pour lui.
J'aimerais qu'il soit un martyr et moi aussi.
Je ne veux pas que l'un de nous le soit sans l'autre.
Je veux rester toujours avec lui.
C'est pareil pour lui ?
Oui, car je suis toujours avec lui.
Je n'aime pas �tre sans lui.
Je suis presque toujours avec lui. Avec Ahmed.
On me trouve toujours avec lui.
Je vais � l'�cole avec lui, au foot, au...
Partout o� je vais, j'y vais avec lui.
M�me si ta m�re est triste, tu veux mourir avec Ahmed ?
Non !
Je t'en prie, ne dis pas �a.
On veut que tu vives ! Que tu sois heureux,
que tu ailles � l'universit�, que tu te maries ! Que tu aies une maison !
On veut la paix !
Quand il y a des coups de feu et qu'il n'est pas l�,
je me dis : "�a y est, c'est fini,
"Mohammed est mort."
Je lui dis : "Tu es jeune !
"Il y a eu trop de morts."
Il r�pond : "Je n'ai rien de plus que les autres."
"Chaque maison doit donner un martyr."
"Tu as quatre enfants, il t'en restera trois."
17 h
Fais �a bien.
Il y a assez de dynamite.
Attention.
18 h
Allah est grand !
Les gar�ons vont lancer des pierres sur les bulldozers isra�liens, � la fronti�re.
Approchez !
D�molissez !
Isra�l pr�tend que le kamikaze
qui s'est tu� mardi soir � Tel-Aviv en faisant trois morts �tait britannique.
Le gouvernement isra�lien a d�clar� qu'il �tait accompagn� d'un compatriote
aujourd'hui en fuite.
Tout en filmant les bulldozers,
un cameraman local filme notre �quipe.
Tout d'un coup, nous nous retrouvons expos�s.
JAMES : Restez baiss�s, courez.
Allez-y, d�molissez !
19 h 30
Nous apprenons que les bulldozers sont pr�s de la maison de Najla.
Par hasard, James laisse tourner la cam�ra.
- Saira ? - Oui.
JAMES : Tu es pr�te ?
...des piles, des pansements. On y va.
On a rep�r� un tank par l�.
Il a �teint ses phares.
Des transports blind�s isra�liens ou APC et des bulldozers encerclent un b�timent vide.
Ils cherchent des tunnels clandestins.
Entrez.
Le tank est arr�t� en face.
Parfois, ils tirent sur des maisons vides, � quelques centaines de m�tres,
pour en chasser les �ventuels militants.
JAMES : Prends mon casque. Le tien aussi.
SAIRA : Il est l�... JAMES : Mets-le.
Nous savons que notre reportage nous fait courir un risque potentiel.
Un autre tank est arriv�.
Un APC s'arr�te � 100 m�tres et �teint ses phares.
Il est �quip� d'un syst�me de vision nocturne.
Il nous surveille.
21 h 30
JAMES : C'est quoi, cette musique ?
Vous l'entendez.
�a va ? Vous allez bien ?
Vous voulez Fairuz ?
Vous aimez Fairuz ?
JAMES : Je ne comprends pas qui c'est.
SAIRA : Les isra�liens.
Ils passent de la musique arabe.
Puis ils crient en arabe .:
"Vous aimez Fairuz ?"
On l'a su plus tard, les soldats de cette unit� sont des B�douins arabes.
22h 30
Les bulldozers ont cess� de travailler. Il n'y a plus rien � filmer.
Nous d�cidons de quitter le secteur.
La famille de Najla attire souvent l'attention des soldats avec un drapeau blanc.
23h
Nous estimons plus s�r de nous adresser aux hommes qui nous ont appel�s
pour leur dire qu'on s'en va.
JAMES : D�ploie-le un peu plus.
James �claire le drapeau avec une torche.
Notre traducteur est pr�s de lui.
L�, c'est moi, avec "TV" dans le dos.
Il y a aussi "TV" sur nos casques.
Un cameraman local et notre producteur, Dan, regardent de la v�randa.
Oh� ?
Oh� ?
Un coup de feu est tir� de l'APC.
Un avertissement, pensons-nous.
SAIRA : Vous nous entendez ? Nous sommes des journalistes britanniques.
Voici le coup de feu qui tue James.
Il est touch� au cou. Il meurt sur le coup.
La balle suivante fr�le Dan.
CAMERAMAN : Ils ont tu� un journaliste !
James, le traducteur et moi, sommes toujours l�.
NAJLA : Saira !
Ils ont tu� un journaliste �tranger !
C'est vrai. Ils ont tu�
un journaliste �tranger, et on ne peut pas l'atteindre !
Le tournage s'est arr�t� avec la mort de James.
Mais pas l'histoire.
On leur a demand� de ne pas imprimer d'affiches de James,
mais ils ne nous ont pas �cout�s.
Ainsi, le 2 mai 2003,
les extr�mistes ont gagn� un martyr.
Quant � nous, nous avons perdu James.
Six mois plus tard
Nous recevons un message vid�o d'Ahmed.
Je suis tr�s pein� par la mort de James.
J'ai de la peine pour ses enfants.
Qui va les soutenir ?
Les enfants ont toujours de la peine.
Ils demandent : "O� est notre papa ?"
Les enfants ont de la peine.
Je pense � lui tous les jours,
en m'endormant, en me r�veillant.
Tous les jours.
Je le vois dans ma t�te.
Ahmed a cess� de travailler pour les paramilitaires
Il veut aujourd'hui �tre cam�raman
Mohammed aussi
En mai 2004, les bulldozers sont entr�s dans Rafah
plus de 1000 personnes ont perdu leur foyer
Najla et Ahmed �taient parmi eux
James n'a pas pu filmer les enfants isra�liens
A ce jour, personne n'est tenu pour responsable de sa mort
70 % des citoyens isra�liens soutiennent depuis longtemps le retrait de Gaza.
Enfin, le 6 juin 2004, apr�s de nombreux d�bats internes, le cabinet isra�lien
a vot� le retrait de Gaza avant la fin 2005 par 14 voix contre 7.
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