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...
Musique intrigante
...
Musique rap
Acclamations
... ...
-FODE !
FODE, FODE, FODE !
-Fodé, Fodé, pour moi !
-Merci !
Paga ! -Salut, mon Fodé.
C'est dur de venir te chercher.
Mets-toi à droite et moi, à gauche.
Ca va, Fodé ?
Tu as mis la chemise des Pink Floyd.
Ca va te porter bonheur.
3 nominations :
Meilleur joueur, meilleur milieu et meilleur but de l'année.
El grande jugador !
Si tu pouvais gagner qu'un seul trophée,
ça serait lequel ?
-La vraie récompense c'est le collectif, le Racing.
On espère la Ligue des champions.
-Justement, on parle d'équipe. Regarde qui arrive.
Super timing !
Ton président et ton entraîneur.
-Pascal, Pascal !
-Il est beau, il est magnifique.
Tous les trois vous allez être fantasmagoriques.
Regardez comme on vous aime !
Je vous laisse, les gars.
Je sens que je vais me faire piétiner !
-Fodé !
-Par ici, par ici.
-François !
-Le permafrost.
-C'est quoi, ça ?
-C'est la glace sous terre.
Ca fond avec le réchauffement et libère des virus.
Ca date de millions d'années.
-Ca, c'est du moyen terme.
Moi, je vous demande les causes d'un effondrement immédiat.
-La grande panne Internet. -Ca fait peur.
D'un coup, plus rien.
-Le nucléaire.
Fukushima.
-Ou la guerre, la haine, la violence qui va avec.
-Je n'aurais pas dû venir.
-Qu'est-ce qui vous inquiète ?
-Tout.
Le pire c'est que je comprends plus le monde.
C'est comme si... -"Comme si", quoi ?
-Tout était une grande déglingue.
-Les tatouages ? -Un élément de plus pour le dossier.
-Lequel ? -Le déclin de l'unité sociétale.
-Un quali sur les tatouages ?
-Non, l'effondrement, la collapsologie.
Mais il y avait des tatouages. Le narcissisme, c'est l'époque.
-Car les gens sont tatoués ? T'abuses.
-L'Empire romain les interdisait.
Pour fédérer les tribus, faire société.
-On va les interdire.
-Non, on force pas un corps social à se reconnecter.
-Je blaguais.
-D'accord.
-Tu viens ?
-D'accord.
-Assieds-toi.
Là, c'est très bien.
Lafont, t'en es où ? -Lafont ?
-La Fédération des banques françaises.
Une campagne à 150 000 euros. On leur doit un quali.
-La perception des métiers de la banque par les Français.
-T'as rien ?
-C'est faire du fric avec du fric. Ca le sera toujours.
-Tes qualis ont coûté 500 000 euros à l'agence.
Tous les Français ont été dans tes panels.
-J'étudie les changements, non ?
-Si. Mais là, on a compris.
Mais je veux ça sur de beaux diapos pour que nos clients soient ravis.
Tes analyses sont passionnantes
mais on n'est pas France Culture.
On est une agence de com, on gère des campagnes d'image.
Je veux que tu t'impliques
dans la gestion des dossiers clients.
-Je vais faire des diapos.
-Il faudrait que tu sortes de ta grotte.
Ca va, toi ?
En ce moment ? -Très bien.
-J'ai besoin que tu t'impliques, Sam.
-Oui, j'ai compris.
-Le président de nos compétitions,
Martin Brudoff !
-Merci, Hervé.
Merci à tous.
Je suis heureux de clôturer cette soirée de gala
qui réunit
les familles du foot.
Je souhaite remercier
les bénévoles et professionnels
qui ont aidé à l'organisation
de cette fête.
-Qui... -T'as dit quoi ?
Lâche-moi !
Lâche-moi. -Assieds-toi.
-OH !
-Sale toubab !
Dégage de là. Putain.
-Allez.
Ca va, c'est bon !
Brouhaha foule
...
-Président !
-Président, président !
-C'est du racisme anti-blanc ?
-Que s'est-il passé ? -S'il vous plaît.
Tonalité
-Tristan Javier.
-Je suis François Marens, président du Racing.
*-Enchanté.
-Je vous appelle car un joueur a mis un coup de tête à mon coach.
*Aux trophées du foot. -Oui, je connais.
*-La presse me harcèle.
-Ils sont où ? *-Qui ?
-Le joueur et l'entraîneur.
*-L'entraîneur, au club.
Fodé a déguerpi
*après l'avoir traité de "sale toubab".
-L'urgence, c'est de le retrouver.
-Mon DG est sur le coup. *-Parfait. Vous êtes où ?
*-Je vais au club. -Très bien. Ecoutez-moi.
Coupez votre portable et attendez que j'arrive.
*-Je fais quoi ? Je ne sais pas quoi dire.
-Vous n'avez tué personne. Allez au club et attendez-moi.
D'accord ? *-Oui.
*Brouhaha vidéos
*...
*-Sale toubab !
*...
*Sale toubab !
*...
*Sale toubab !
*Sale toubab !
*...
-François !
Tu veux tuer le foot ?
Tu dois te montrer responsable.
Fodé ne peut plus rester.
Le contrôle des comptes arrive ?
-Oui, c'est jeudi. Mais la DNCG est indépendante.
-Oui, mais eux aussi ont la télé.
Ils ont vu ce qu'on a vu.
Le Racing c'est pas le "Racaille Football Club".
-On se tire.
-T'as compris ?
-Connard.
*-Scandale, un joueur agresse son entraîneur.
*Un coup de boule. On ne comprend plus rien.
*Dominique et Giovanni.
*-Il faut juger sur les faits : on ne sait pas.
*On ne sait pas ce qui se passe avant le coup de boule.
*On ne sait pas !
*-Tu le sais très bien !
*-Pourquoi il dit "toubab" ?
*On ne sait pas.
*-Tu le sais.
*C'est "sale blanc".
*C'est inadmissible. Tu sais ce que ça veut dire.
*-Vous faites tous la même chose :
*vous jugez sans savoir.
*C'est vrai !
*C'est un cadre respecté de l'équipe de France.
*-C'est encore pire. Il se permet de faire ça à son coach.
*C'est pas possible.
*-Cette affaire me fait penser au Sofitel.
*-Quel rapport ? *-C'est une sorte de suicide.
*... un tel niveau d'excellence.
*J'aimerais m'excuser
*auprès de tous ceux que le football fait rêver.
*Il faudra des décisions fortes.
-Mehdi, la presse ?
-Le Monde :
-OK.
-Le Figaro.
-Libé.
-Le Parisien.
-Justine, le dashboard ?
-Le coup de boule est partout.
Insta, Twitter, Facebook. Celui de Zidane est réapparu.
Les premiers trends : #TDF, #FODE,
#RACING.
Attends.
J'ai Fodé.
*-Tu vas l'avoir !
*On va chez Fodé.
*Comment il trace !
*C'est Fodé.
*C'est Fodé !
*-Filme, filme !
*C'est lui !
*Filme-le ! *-Barre-toi !
*Barre-toi !
*-Tu vas l'avoir.
*-Dégage !
Tiens !
-Il trace ! Filme-le !
-Barrez-vous. Je vais vous faucher !
-C'est loin ? -A 20 minutes.
...
Brouhaha vidéos
...
*-Maintenant,
*c'est à la direction de prendre une décision.
*Ils ne peuvent pas se laisser marcher sur les pieds.
*-Bam, à la Zidane, les plus anciens s'en souviendront.
*c'est une folie.
*Coup de boule, carrément. Qu'est-ce qu'il avait en tête ?
*C'est fou.
Brouhaha des vidéos
...
*-Le racisme anti-blanc existe ?
*-C'est comme le réchauffement climatique :
*certains n'y croient pas, mais cela existe.
Musique techno
...
*-Dans l'Ancien Testament,
*Dieu créa le Monde en 6 jours. Aujourd'hui, une image suffit.
*Comme l'effondrement des tours jumelles.
*Et bien l'image de ce soir, ce toubab en sang,
*nous plonge dans un monde nouveau.
*Car les élites ont vu la violence subie par les toubabs de France,
*venir pourrir un de leur pince-fesses à petits fours.
*Pauvres chatons...
*D'habitude,
*elles célèbrent le "black-blanc-beur"
*pour vendre le mythe du football qui fait nation.
*Mais ce soir, révélation !
*Ce qui fait nation,
*ce n'est pas leur veau d'or à la gloire de la diversité.
*Hum-hum.
*Mais l'Histoire, la culture, la civilisation.
*Oui.
*Ce soir,
*c'était le 11 septembre de leur "vivre ensemble".
*C'était Marie Kinsky, qui vous salue bien.
-Tristan !
-Alors ?
-Je m'implique.
Sonnerie
...
...
-Putain !
Klaxon
-Attention.
-Si tu l'as, tu me rappelles. Je compte sur toi.
Rachid l'a pas eu.
-Je rappelle son agent. Il nous balade.
-La cavalerie arrive.
Musique angoissante
...
-Bonsoir. -Bonsoir.
-Bonsoir.
-Mehdi, enchanté. Je prends votre téléphone.
-Président. -Merci pour votre rapidité.
-Bonsoir. Il faut donner votre téléphone au monsieur.
-Votre téléphone.
-Vous avez Fodé ?
-Même sa femme ne sait rien.
J'ai rien vu venir.
-On va comprendre. Il me faut votre téléphone.
-Il me faut
les mots de passe des comptes.
-Je les ai.
-Votre portable.
-Je prends en photo.
-Merci. Antoine !
Tiens.
Antoine a le contrôle de vos portables
mais il vous les rendra comme neufs.
Aucun communiqué ?
-Je ne crois pas.
-On en préparait un.
-Pour dire quoi ?
-C'est le problème.
-On ne parle pas si on a rien à dire.
Une prise de parole
peut aggraver la situation.
-Président, votre mot de passe ?
-1, 2, 3, 4.
-Faudra le changer.
On doit gagner du temps.
-Brudoff m'a menacé sur le parking.
Vous voyez qui c'est ? Une brute...
-Pardon. -Oui ?
-Vous pouvez vous mettre devant la fenêtre ?
-Pour ? -On va faire une photo.
-Pouvez-vous vous placer à côté ?
Tous les trois.
-Il ne supporte pas
qu'il y ait 2 clubs dans l'élite à Paris.
Il va nous rouler dans la merde.
-Faisons les choses dans l'ordre.
D'abord, la photo pour les réseaux.
-Monsieur 3/4 face à monsieur.
Excusez-moi.
Montre.
C'est trop strict, trop strict.
Enlevez votre veste.
S'il vous plaît.
Et remontez vos manches.
-Oui, d'accord.
-Continuez de parler. -Shoote, shoote.
Il respire fort.
-Putain.
...
Putain !
Conversations
...
Sonnerie
...
-Allô ? *-Tu m'entends ?
-Fodé, tout le monde te cherche.
*-J'ai merdé.
J'ai déconné, là.
-Explique-moi.
*Tu m'entends ? Réponds !
-Pour être en Ligue des Champions, on doit passer les préliminaires.
On y arrive, c'est 30 millions de rentrées.
Notre budget se base dessus.
-Sinon ?
-Il faut rendre Fodé. Valeur de 60 millions.
Mais maintenant ?
C'est le financement du futur stade qui s'écroule.
-On y est pas encore.
-Si, justement.
Brudoff veut qu'on vende Fodé ou le budget est rejeté par la DNCG.
-La DNCG ?
-L'organisme qui surveille nos comptes.
-Après sa blessure,
il cirait le banc Fodé.
En venant au Racing,
il a retrouvé l'équipe de France. On mérite ça ?
On lui a fait du mal ? A quel moment il a été maltraité ?
Enfant gâté de merde.
J'ai peur.
-C'est sain d'avoir peur.
La peur pousse à agir. L'angoisse paralyse.
-Je peux m'en sortir ?
Sonnerie
...
-C'est Fodé.
-Maintenant, oui.
Bon. Ecoute,
empathie, compréhension.
-D'accord. -Allez-y.
-Fodé, ça va mon garçon ?
T'es où ?
-Ah, fuck !
Le ciel, c'est un enfer.
-Je me fais un peu chier.
-Retourne chez ta femme.
-Tu t'emmerdes pas tant que ça. -"Un peu".
On est obligés de faire un puzzle ?
-On débute quelque chose, on le finit.
Le monde tiendrait debout si tout le monde le faisait.
Notification
-C'est qui, David ? -Un de mes assistants.
-Message.
Il est beau ?
-Il est pas mal.
Un peu jeune pour toi.
-Pas pour toi ?
-Ca, c'est une agence.
La photo pour les réseaux.
Quand on poste pour les autres, on est le premier à liker.
Où es-tu ?
-Regarde, ça rentre.
Je la mets et ça rentre direct.
Dans le ciel en plus, le patron.
Musique intrigante
...
-C'est l'agence de Sam.
-C'est qui ?
-Plus personne.
-Ca va ?
-Ca va.
-Je suis Sam Berger.
-Fodé.
-On y va ? -Oui.
-Merci.
-Une crise, c'est 72 heures.
Dans plus ou moins
68 heures, ça sera fini.
On est pas à l'abri d'une bonne nouvelle :
un nouveau Fukushima, un jeudi noir et on vous oublie.
Je dis ça sans aucun jugement moral
et je ne fais pas de hiérarchie.
J'aurais pu dire autre chose. Je décrivais une mécanique.
-Pardon, mais vous êtes qui, en fait ?
-Sam Berger. -Oui, vous me l'avez dit.
-Une seule fois. Vous auriez pu oublier.
Je n'accorde pas d'importance à mon nom et mon prénom.
Personne le choisit. Sauf ceux qui décident d'en changer.
Mais là, c'est particulier.
J'essaie de vous détendre. Ca ne marche pas.
-Non.
-D'accord...
-Excusez-moi.
En vrai, je préfère quand vous parlez.
-Mon métier, c'est "communicant de crise".
Pourquoi pas magicien ?
On ne fait pas de miracles.
Mais on peut vous aider.
Votre président nous a engagé pour ça.
Ca va ?
-Ca secoue.
Comment vous aidez ?
-Vous êtes déjà allé chez le psy ?
-Après ma blessure, quelques fois.
-C'est pareil en plus cher.
Votre coach a dû commencer la séance.
-Ca va, je suis content.
-Content ? -Bien sûr.
Je lui ai dit à Fodé.
-Que vous étiez content ? -Bien sûr.
J'ai bien vu.
Il a commencé à se fermer.
-Le trophée d'honneur revient...
au Président du Racing,
François Marens !
Applaudissements
-Au début quand le président est allé prendre son trophée,
Fodé il criait, il animait.
-Le trophée du meilleur entraîneur
est attribué à...
Pascal Terret !
-Même moi, il m'a félicité.
Merci.
Après, il a...
C'est dur.
-Le trophée du plus beau but est attribué à...
Mansour Jallabi !
Cris de joie, applaudissements
-Le trophée du meilleur milieu de terrain est attribué à...
Pape N'Dima !
Applaudissements
-Fodé est bien meilleur que N'Dima.
C'est dur.
Ca fait mal.
Ca vexe.
-Le trophée du meilleur joueur de la saison est attribué à...
Roberto Tavelinho !
-Yes !
-Il me dit qu'il est content.
Il l'a eu son trophée.
C'est de sa faute. Je suis attaquant, pas box-to-box.
-C'est quoi ?
-Un milieu
qui fait l'essuie-glace de haut en bas.
Je cours beaucoup.
Je suis moins lucide et je marque moins.
Pour les Trophées, il faut des stats,
des buts et passes dé. -Passe dé ?
-Passe décisive.
-Mais l'énergie...
Comment ça "l'énergie" ?
-Y a le jeu et l'énergie.
Il faut la prendre, s'en servir.
-Ce que je ne comprends pas...
C'est pourquoi...
-Touchez pas.
-Pourquoi lui dire que vous étiez content ?
-J'ai pas pu m'expliquer.
Brudoff vient dire que c'est fini.
Là, je lui dis que je suis content.
Je suis content.
-Les bénévoles, les professionnels...
-T'as dit quoi ?
Hein ?
-Calme-toi.
-Lâche-moi.
Lâche-moi. -Assieds-toi.
-OH !
-Sale toubab.
-Vous étiez content d'avoir gagné un prix ?
-Ca ? Je vous le donne.
Non, je suis content car Fodé va devoir prouver.
-Quoi ?
-Qu'ils ont tort de rien lui donner.
Il doit faire la grande saison. Pour la Ligue des champions.
Là, y a l'énergie.
-C'est du management, en quelque sorte ?
-Je vais afficher un article qui dit : "Fodé a rien gagné".
Il va arriver,
il va le lire et il va y aller car c'est injuste.
Et quand c'est injuste, on se bat.
Et là,
là,
il y a l'énergie !
-Vous ne portez pas plainte ?
-Contre Fodé ?
Je passe comment le tour préliminaire sans lui ?
-Vous m'excusez ? Je reviens.
-Qu'est-ce qu'il y a ? -Viens.
-L'entraîneur porte pas plainte.
Mais il est complètement perché. Et le tien ?
-Du ressentiment lié à son rôle.
-Il veut s'excuser ? -C'est encore tôt.
Il est fragile.
-Je peux le finir ?
-Je t'en prie.
-Merci, j'en peux plus de Gengis Khan.
-Il y a un truc que je ne comprends pas.
-Moi non plus,
je comprends pas. Je dois jamais dire ça.
-"Toubab" ?
-C'est entre nous. C'est un toubab,
moi je suis black. C'est entre nous.
-Je comprends. Mais à notre époque, c'est plus possible.
-Je suis pas débile.
-Vous pourriez vous excuser ?
-Oui, je suis prêt à m'excuser.
-Là, Fodé peut combler sur le côté.
Il se projette vers l'avant. C'est le box-to-box.
Mais s'il y a un déséquilibre, il peut faire une passe.
Verticalité. Il cherche le décalage.
S'il voit que le contre-pressing marche pas,
il redescend, il fait l'effort, il gratte, il compense...
-Il doit être crevé.
-Oui, c'est le box-to-box.
Mais il peut.
Il a le coffre, l'endurance. Il tient les hautes intensités.
-Mais il marque moins ?
Je demande seulement.
-C'est une bonne question. C'est vrai.
Fodé perd en stats, mais l'équipe sera en Ligue des champions.
Fodé est au service de l'équipe ou l'inverse ?
Le football, c'est collectif.
J'entraîne une équipe, pas des joueurs.
Vous comprenez ? -Parfaitement.
-C'était pas ma journée.
"Contrôlé le matin, journée de galérien."
-Vous avez été contrôlé ?
-Je conduisais ma fille.
Musique rap, la fillette chantonne.
Plus fort, chérie.
...
La musique s'arrête.
-Pourquoi t'éteins ?
-Désolé.
Je la remets après.
-Bonjour, police. Les papiers du véhicule.
-Y a un souci ?
-Vos papiers, monsieur.
-Je les ai oublié.
-C'est votre voiture ? -Oui.
-Sortez, s'il vous plaît.
-Je suis avec ma fille. -Calme, sortez.
-Je reviens, promis.
Tout va bien. D'accord ?
-Mains sur le capot. -Vraiment ?
-C'est de ta poche ?
-C'est interdit ?
-On va vérifier. Tu restes là.
Pardon, M. Thiam. Il faut pas
sortir sans vos papiers. Vous comprenez ?
Imaginez en cas d'accident...
-J'imagine, ouais.
-Bonne journée.
-Le samedi après-midi on aura
"L'échec de l'anti-racisme" et "Le mythe de la nation".
Le soir, c'est les violences policières.
-Où un philosophe blanc serait utile ?
-Où tu veux, Benoît. Ce n'est pas non-mixte.
-On morfle avec ce débile.
-Le joueur de foot.
-Le #TOUBAB :
"Les indigénistes en PLS."
"Les décoloniaux intersectionnels"
"vous avez piscine ?"
-C'était pas bien "fils de pute" ? Maintenant on est les racistes.
-Les racisés ne peuvent être racistes.
-Va l'expliquer.
-"Racines" d'Alex Haley.
-L'histoire de Kunta Kinté ?
-C'est son parcours.
Sa capture en Gambie,
sa vie d'esclave, jusqu'à sa mort, en Virginie.
Le bateau l'amène en Amérique,
les femmes, sur le pont, chantent en Mandingue.
C'est si entraînant, que les Blancs tapent aussi des mains.
En réalité, les femmes font passer un message aux hommes Noirs.
"Toubab fa, toubab fa,
"toubab fa." -"Toubab fa" ?
-"Tuez les Blancs."
Elles étaient racistes ?
C'est de l'auto-défense légitime.
-"Violence", "racisme anti-blanc",
"toubab", "noirs", "blancs", "race", "racisés".
Ces mots appartiennent à un espace passionnel identifié :
la bataille identitaire.
Elle est omniprésente dans le champ politico-médiatique.
On n'y échappera pas. C'est une pieuvre.
Qui ramène tout à elle.
On commence par l'apaiser.
Avec un amuse-gueule.
Les excuses de Fodé.
Et Pascal ne portant pas plainte,
il n'y a plus de victime.
Pour la fachosphère, ça ne suffira pas.
Elle a un os en or : Fodé.
Elle le lâchera pas.
Voyez Kinsky.
Si elle s'empare d'un sujet, la résonnance est surpuissante.
Vous êtes bien, loin des réseaux.
C'est pas beau à voir. Depuis hier,
Fodé est entre Satan et l'assassin de Samuel Paty.
Connaissez-vous Kenza Chelbi ?
-Elle me dit quelque chose.
-31 ans, double diplômée. 240 000 abonnés sur Twitter.
Animatrice de "La Boucle", qui traite
la pensée décoloniale.
-Elle a posté ça :
-"Des blancs poursuivant un noir, c'est du lynchage."
-Elle critique le phénomène de meute.
Mais elle n'a rien
pour défendre Fodé.
Alors qu'elle en rêve.
On va lui donner de quoi défendre Fodé : le contrôle de police.
Dans ce pays, même l'argent ne blanchit pas.
-Quand même...
-Fodé a été violent.
Mais le racisme systémique existe aussi.
1 partout, la balle au centre.
-Ca ne donne pas le droit de dire "sale blanc".
-Pas "sale blanc".
"Toubab."
-En wolof, c'est "homme puissant".
-Qui va dire ça ? -Un sémiologue sur BFM, ce soir.
Il expliquera les subtilités de la langue maternelle de Fodé.
La vérité est protéiforme.
Il faut la voir en 3D pour bien la voir.
-Le sémiologue
sera le 1er démineur. Ce sont des experts
qui permettent de changer d'angle de vue.
Le 2e : Robert Pirès.
*-Moi c'était "le portugais", Zizou, "l'arabe". Sans problème.
-Les rappeurs s'appellent "négro".
-C'est différent. -Oui.
Mais il y a débat. La preuve, on l'a.
S'il y a débat, vous ne pouvez vous séparer de Fodé.
C'est prendre parti.
-OK. Mais on fait ça comment ? -Concrètement,
on sécurise et on tient une conférence de presse.
Fodé s'excuse.
Pascal pardonne.
En plus, Fodé raconte son contrôle. La Boucle embraye
sur le racisme systémique.
Décoloniaux : 1. Fachosphère : 1.
Tout est relativisé. On passe à autre chose.
-Tu dis "autre chose" ?
Mais c'est la guerre civile.
Car au bout d'un affrontement identitaire,
il y a guerre civile : la Yougoslavie, le Rwanda...
-Sam, Sam. -La Saint-Barthélemy.
J'éclaire une autre face.
-Pardon. Viens avec moi.
-Vous disiez quoi, exactement ?
-Désolée, j'ai pas de diapo, moi.
"L'espace passionnel identitaire."
C'est facile d'y entrer, moins d'en sortir.
Un peu comme un divorce, si vous voulez.
Au début, ça va. Et puis il y a les enjeux financiers, la garde.
Ca dégénère. La famille se déchire.
Tout est emporté. Une guerre civile en petit.
-On arrête de se faire peur ?
-Si on arrête d'être imprudents.
Ma proposition :
imposer un autre espace passionnel : le football.
1- C'est très passionnel, avec 65 millions
de sélectionneurs.
2- On dit la vérité sur l'opposition entre Fodé et Pascal.
Le box-to-box.
Dire la vérité combat le mensonge.
3- Le foot c'est un dérivatif de la guerre civile.
Une invention pour substituer la violence de la rue
par celle des tribunes.
Une théâtralisation du conflit.
C'est les mêmes mots : "identité", "adversaire",
"combat", "bataille".
"Sacrifice"...
Passer d'un espace passionnel à un autre est possible.
Maintenant,
la mise en oeuvre.
Toute crise a 3 temps : 1-L'amorce.
Le coup de boule. 2-La montée des polémiques.
Une déferlante d'insultes.
Jusqu'au temps 3 où l'on referme la séquence.
Je pense dans deux jours. Mais d'ici là,
on ne dit rien.
Silence total. -Pourquoi deux jours ?
-C'est la loi du désir.
Plus on attend une parole, plus elle aura d'impact.
On est entendu quand on s'est fait désirer.
Reste la forme.
Le format conf' de presse ne convient pas.
J'imagine un entraînement classique,
rien de particulier.
Maintenant, Fodé et Pascal rejoignent les autres.
Les supporters se ruent vers eux, les entourent, les filment.
C'est bien. Les images amateurs sont preuves de vérité.
Fodé s'excuse. Pascal le pardonne.
Mais tout n'est pas réglé. Box-to-box
ou attaquant.
Ca dure.
C'est passionné.
Il y a bien conflit.
Ca s'embrase, ça s'enflamme chez les supporters
qui se divisent.
Mais ce qui divise n'est pas
le racisme systémique
ni le racisme anti-blanc
dénoncé par Kinsky. C'est...
le foot. Rien que le foot.
Et c'est ce qui réunit encore
toute la France : villes,
banlieues, campagnes.
Le foot reste un rempart. La soirée des Trophées n'était pas
le 1er jour de la guerre civile.
-La guerre civile
en France ? Je sais pas, quand même...
-Marie, vous pourriez remplir Bercy.
Le show de ce soir peut faire un tabac.
-On veut vous voir scalper Thiam.
-Des nouvelles du club ?
-Non, ils sont foutus.
Ils ne peuvent que virer Thiam.
-Ils peuvent contre-attaquer en accusant la société.
-Le FC Ouin-Ouin ? Ca mettrait une cagette dans le feu.
-Ou alors ils font Greta Garbo.
L'idole qui se refuse.
Garbo organisait sa propre rareté et créait l'évènement.
La rareté crée le désir.
Quand la parole du club vient, on est plus enclin à la croire.
-Ca dure combien de temps ?
-48 heures minimum.
-C'est long.
-Ils tiendront pas.
-On le saura vite.
En attendant, on y va mollo.
Pas de mise à mort. On va juste les ambiancer !
-Les internautes
vous veulent sans pitié. -On n'en sait pas assez.
Ce soir, c'est art contemporain.
-Vraiment ? -Hum-hum.
Une artiste veut montrer son sexe devant "L'origine du monde".
Bien logé au fond du cerveau gauche,
on touche une zone :
on vit la déconstruction de la civilisation.
L'inconscient fera le lien.
Fodé et l'art, c'est l'effondrement,
comme les tours jumelles.
-Putain, Sam.
On doit rassurer, pas angoisser.
La guerre civile ?
-Le mythe du foot qui fait nation.
-Quoi ?
-Elle s'attaque à ce qui réunit les français.
-Qui "elle" ? -Marie.
-Marie Kinsky ?
Putain... -Le foot
c'est une digue. Si ça cède, tout y passe. Elle sait où elle va.
-Elle va où ? -A la guerre civile.
-Question bête :
pourquoi ?
-Le pouvoir. -Elle en a pas assez
avec son show et sa notoriété ?
-Le sentiment de surpuissance, c'est sans fin.
Elle pousse la société au point limite.
Et le pouvoir sera à sa portée. Elle aura qu'à se baisser.
Toi, tu le lui donneras.
En aggravant la guerre des mots. -Tu vas pas bien.
-Je vais bien !
La société est pleine d'essence et tu jettes une allumette !
-Il te faut du repos.
Un taxi t'attend.
Adam est chez son père ?
Tu veux que Justine te ramène ?
Musique mélancolique au clavier
...
-Vous dites rien au coach ?
...
-Ca va aller.
Attendre 48 heures avant d'espérer basculer
dans un autre espace passionnel, c'est suicidaire.
Vous imaginez Lubrizol faire silence radio ?
Franchement.
-Bonjour.
Ah ! Hag Saméah !
C'est Chavouot, aujourd'hui.
Tu veux passer ?
-Euh... Non. -Comment ça "non" ?
T'es juive, non ?
-Mais pas que.
-Comment ça ?
-Je suis une femme.
C'est beaucoup.
Ton repas est fait par ta femme pendant qu'elle gère les enfants.
Et je suis aussi française.
J'ai ma carte vitale et d'électeur.
J'adorais le bal du 14 juillet, les feux d'artifices.
Je suis incollable en Brel et Ferré. Mais je suis marocaine.
Ma mère est un peu lituanienne.
Mon père est né en 38 à Paris. Le tien aussi ? Non ?
Tant mieux. Je suis aussi hétérosexuelle.
J'ai douté car mon père de gauche mais un peu réac'
voulait un garçon mais en fait, c'était moi !
Donc il m'a appelé Samuelle, ce qui est étrange.
Je suis le fils-fille de mon père et la fille de ma mère.
Ce qui est du travail. Et je suis aussi mère et ça...
Désolée...
-Y a pas de mal.
Musique triste aux piano et violons
...
-Bonjour. -Bonjour.
-Secrétariat, bonjour.
Je l'appelle.
-Bonjour. -Bonjour.
-Je suis Samuelle Berger. J'ai besoin de rester.
-Vous avez pris rendez-vous ?
-Non. Le docteur Rodin sait que je dois venir.
-D'accord. Attendez.
Un internement volontaire.
Je vous donne une chambre.
Vous y attendrez le médecin.
Je le préviens.
Musique sombre
...
-Le Racing annonce
une conférence de presse dans une heure.
-OK. On oublie l'art.
Papier, stylo.
-Avancez.
On va commencer. Installez-vous. C'est ici.
Brouhaha
...
-Empathie et simplicité.
-On est pas en retard ? -Non.
Les gens stressés sont à l'heure. Nous, nous sommes sereins.
-MARIE, MARIE !
MARIE, MARIE, MARIE !
MARIE, MARIE, MARIE !
Applaudissements
Les acclamations s'accentuent
...
-Etudiante, j'ai erré comme une âme en peine
dans les filières files d'attente
que sont la sociologie et la communication.
Rires
Je sais ce qu'on y apprend.
A détruire le savoir.
Mais pour faire snob de gauche,
c'est la déconstruction !
Déconstruire quoi ?
Tout.
C'est un tuto bricolage postmoderne, si vous voulez.
...
Ne riez pas trop.
Cela exige une dextérité dialectique.
Expliquer que la victime est le coupable
et que le coupable est la vraie victime,
c'est une performance.
C'est de la virtuosité.
-C'est des clowns !
-Vous avez tort.
*C'est ce que va montrer la conférence de presse
*qui va débuter
et dont je vais dévoiler le déroulé en avant-première...
Cher M. Fodé Thiam,
vous vous apprêtez à vous excuser
sous l'oeil de votre patron et d'experts en communication.
Comme si cela faisait oublier l'humiliation
ressentie par des millions de concitoyens.
*L'excuse...
*ce joker absolu
*inventé par les bien-pensants pour fuir les responsabilités.
Je vole. Je m'excuse, je suis pauvre.
Je viole une femme ! Je m'excuse,
ma vie sexuelle est un désert.
Je violente un prof ! L'école ne m'a pas laissé
ma chance.
Elle souffle.
*Alors on se demande ce qu'un footballeur
multimillionnaire, violent et raciste,
va pouvoir se trouver comme excuse.
Réponse A :
Je n'ai pas gagné, je suis fâché.
-NON !
-Réponse B : J'ai trop bu,
*j'ai déraillé.
-N'importe quoi. -Chut !
-Réponse C :
je suis victime de racisme, ma colère est légitime.
Bingo, réponse C !
-C'est Kinsky ! -*M. Thiam...
*Je vais vous apprendre une nuance,
*qui fait la subtilité de notre langue.
*On ne dit pas "Je m'excuse".
Mais "Veuillez m'excuser".
On demande des excuses, on ne les impose pas.
*Je doute qu'on accepte les vôtres.
-Quelle salope ! -Chut !
-On doit pas se taper cette nazi.
-Tu censures ?
-On a le droit à sa libre pensée.
-Ferme ta gueule !
Cris, brouhaha
...
-Je vous laisse avec cette citation :
...
*Etre libre, c'est se libérer
*de ses chaines.
Et vivre en respectant la liberté des autres.
...
Nelson Mandela.
-OUAIS, OUAIS !
-Quelle catastrophe !
-Calmez-vous !
-Madame,
du calme !
...
-Calmez-vous !
...
-C'est quoi ce bordel ?
-Je veux le numéro de Sam.
-On peut pas, désolé.
M. Marens !
Soyez pas... -C'est bon !
-M. Marens !
-Il va revenir.
Tonalité
Sonnerie
...
Sous-titrage : Eva Maudoux pour Tri Track.
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