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"EXEMPLE D'INTONATION" (fondation d'Alexandre Sokourov)
LENFILM
Un film de Kantemir Balagov ÉTROITESSE
Papa !
- Pourquoi ? - Tu ne comprends pas le kabarde.
- Encore sans gants ? - Tu les as achetés, toi ?
Je vais en acheter.
- Où tu as noté les bougies ? - Lesquelles ?
Hier, Malbakhov est venu avec sa Lada.
C'était pas Malbakhov, mais Choguénov.
Pourquoi tu bois dans un verre ? On a des tasses.
- Certains oublient de les laver. - Quoi ?
- Tu as oublié de noter Lada 7. - Quelle Lada 7 ?
Mais la noire, conduite par un gros Kabarde.
Oui, je vois.
Où il est, celui-là ?
Il va bientôt venir.
Le rabbin propose un bon travail.
Papa, ne recommence pas.
Tu veux passer ta vie à farfouiller dans les moteurs ?
Et voilà !
- Bonjour, mon cher ! - Shalom, l'ami.
- Et c'était quoi finalement ? - Les clés… Ila.
- Où sont-elles ? - Sur la table…
Pardon, c'est moi qui les ai.
Viens, on va regarder.
On a changé les bougies.
Ila a révisé l'arrivée d'essence.
- Elle a fait attention ? - Oui.
Papa !
Laisse-moi faire.
Prépare-toi, on nous attend.
Je m'appelle Kantemir Balagov. Je suis Kabarde.
Je suis né à Naltchik dans le Caucase du Nord en Russie.
Cette histoire a eu lieu à Naltchik en 1998.
Papa…
Papa !
On est arrivés.
Bien.
C'est quoi, ça ?
C'est quoi ?
- Rouge ? - Normal.
Elle me fait chier.
Elle raconte encore qu'on ne pouvait pas le trouver pour te circoncire.
T'es ma sœur, je peux te le montrer.
Te voir bander tous les matins ça m'a suffi.
Sûre ?
Laisse-moi te prouver que Léa a de la chance.
Arrête.
Je te crois.
Léa a de la chance.
Tu veux voir les boucles d'oreille ?
Pourquoi tu ne les offres pas ? T'attends quoi ?
Toi.
Allez.
- Quoi encore ? - Change-toi.
Attention.
C'est bien de t'avoir. Va te laver les mains.
Ne pars pas. Tu vas m'aider.
Alors, tu râpes les carottes.
Moi j'écale les œufs.
- Je peux prendre ? - Mais oui.
- Qu'est-ce que tu fais ? - Je râpe.
Il faut éplucher et puis découper.
- Laisse-moi plutôt écaler les œufs. - Fais des petits morceaux.
- On ne sera pas prêt à temps là. - J'ai compris.
Ila, où sont toutes les robes ?
Celle-là est belle.
Mais quoi ?
Non, m'man.
Mets-la !
Mais regarde, quelle beauté.
- Ce sont tes couleurs. - Je ne vais pas mettre ça.
Mets-la !
Et fais un truc pour tes cheveux.
- Félicitations. - Merci d'être venus.
Chérie !
Léa, chérie, comme tu es belle.
Mon petit David.
Il est encore temps de refuser.
Allons-y.
Je suis heureux pour vous.
Félicitations.
- Raph ! - Bonjour.
Ila, viens aider Raph.
Ça s'accroche comment ?
T'arrives d'une soirée déguisée ?
Gros bêta.
Rachel, encore deux verres !
Eh bien…
On vous a tous réunis aujourd'hui parce que…
Laisse-moi faire, maman.
Je ne vais pas vous faire languir.
Ma Léa et moi…
… nous avons décidé de nous marier.
Qu'est-ce que vous avez décidé ?
Et pour que tu ne croies pas que je puisse changer d'avis.
Merci.
David ! Léa !
Mazel tov !
Tu lui as dit pour le travail ?
- Je lui ai dit. - Et alors ?
Elle ne veut pas.
Elle veut trifouiller dans les moteurs.
On y va ?
- Où ça ? - Danser.
Je ne veux pas.
Pourquoi tu fais la gueule ?
Bah, c'est pas mon mariage.
C'est sûr, qui voudrait d'une fille comme toi ?
- Allez ! - Non.
On va au centre. Après, je raccompagnerai Léa.
- Tu pars longtemps ? - Ne t'inquiète pas.
- Il va faire froid. - Je gère, merci.
- Je te manque ? - Oui, beaucoup.
Tu veux que je vienne ?
Viens si tu veux.
Je te donne dix minutes.
Je serai là le temps de dire "tarte aux myrtilles".
- Ça suffit, Dina. - Quelle vieille bique.
- "Elle n'a pas d'argent". - On n'en sera pas plus pauvres.
En général, on fait 50-50.
Ma famille a payé la moitié de notre mariage…
… et la tienne a payé l'autre.
Les Juifs doivent payer comme les autres.
Ta fille a raison !
Ila, je te vire !
Si on fait monter le prix, on l'achètera ?
C'est l'exclusivité.
- (en kabarde) Comment va va ? - (en kabarde) Comment ça va ?
Vous êtes si tendres, vous les Juifs.
- Et vous, les Kabardes ? - Durs. Comme des pierres.
Si on allait dans la voiture ?
- Merci pour une telle bru. - Je suis heureuse pour eux.
- Merci de votre aide. - Ce n'est rien, au revoir.
Je raccompagne tout le monde et je rentre vite.
Ohé, Zalim !
- Tu fais quoi ? - Chut !
Tu vas encore mordre ?
Tu m'en veux ou quoi ?
Pardonne-moi.
Zut, faut que j'aille au boulot.
Je t'appelle.
- Salut. - Salut.
Maman.
Qu'est-ce qui s'est passé ?
C'est quoi ce numéro ?
C'est une épreuve.
Dans ce mot se cache probablement toute la force du peuple juif.
Une force qui nous unit depuis des millénaires.
Je vous invite à vous en souvenir.
Le malheur a frappé notre communauté.
Cette nuit nos enfants ont été enlevés.
David Koft et Léa Kharmatz.
Cela n'était jamais arrivé avant.
C'est un appel à toute notre communauté.
Ils ont fixé une rançon qu'il faut payer.
- C'est à la Police de s'en occuper. - Non !
Ils ont dit que ce serait pire pour nous.
Laissons-les dire.
Je vous demande d'aider les familles à réunir cet argent.
J'ai une famille.
- Et si c'étaient vos enfants ? - Ils restent chez eux la nuit.
- Et que dit la Torah ? - Quand ma mère mourait…
… personne n'a donné un rouble !
Je vous propose de venir me dire…
… combien vous êtes prêt à donner pour sauver nos enfants.
Berson. Trois mille.
Ça ne suffit pas à payer la rançon des deux.
On a un peu plus de la moitié.
Et il faut décider ce qu'on va faire.
On fait moitié-moitié ?
Vous pensez que c'est juste ?
- Et que dit la Torah ? - Ça suffit avec la Torah !
C'est à nous de décider !
Je comprends qu'il faut partager équitablement.
Mais je n'ai personne à part Léa.
Je suis seule. Je ne pourrai pas trouver le reste.
Pardonnez-moi.
Donnez la somme qu'il faut à Kharmatz et le reste à Koft.
Donner aux uns et pas aux autres ?
Mon ami, prenez ce qu'on vous donne.
Sinon la discussion va s'éterniser.
Venez chez moi, on va trouver une solution.
- Qu'est-ce que c'est ? - Je ne sais pas, c'était ici.
- Mets ça là-bas. - Où ça là-bas ?
- Là où t'as mis les magnétoscopes. - Ils ont toujours été là.
Remets ça à sa place !
Tu as dit que tu pouvais aider.
Pas exactement.
Mais je peux vous racheter le garage pour 40.
Juste pour le local…
… ou avec l'équipement ?
Tout compris.
- J'ai dû mal entendre. - 40.
Tu me vexes.
- Je ne sais pas quoi en faire. - Tu le revendras.
Tu me vexes.
45. C'est vraiment pour vous aider.
Je ne peux pas me ruiner. Et si personne n'achète.
Arrêtez de profiter de nous.
- Vous vouliez nous aider. - Je voulais trouver une solution.
- Ilana, laisse-nous. - Bien jugé, mon ami.
- Les femmes n'agissent pas comme ça ici. - Oui, que Dieu ait son âme.
- Mais qu'est-ce que tu fais ? - Il nous baise.
Va dans la voiture.
On est d'accord.
Oui, et rachète mon stock.
Je te le cède au prix de gros.
- Il aurait donné plus si tu t'étais tu. - Non.
- Tu nous feras toujours honte ! - Encore ?
Ça suffit.
- Pourquoi tu t'énerves ? - J'ai mon fils à sauver !
- Je comprends ! - Tu ne comprends rien à rien !
T'es parti avec ton "Nart" hier.
Monte dans la voiture.
Ilana.
On le fera revenir. Je te promets, t'entends ?
J'entends.
Il reviendra et on partira.
Encore ?
Dis-le-lui, moi je le ferai pas.
- On arrête quand de déménager ? - Quand il le faudra.
Vous n'en avez pas marre ?
- Je n'irai nulle part. - Pardon ?
Je n'irai nulle part…
Pourquoi tout tourne toujours autour de lui ?
Pourquoi a-t-il la première place ?
Ila.
Nous sommes des étrangers ici.
On est partout des étrangers, non ?
Pourquoi c'est toujours pareil ?
Dès que j'ai un semblant de vie normale…
- Parle-moi de ta vie. - Tu t'y intéresses ?
Je te mets dans le coffre et je t'emmène.
Quoi encore ?
Tu ne peux pas rester avec lui, il n'est pas de ta tribu.
Ta tribu t'a montré son cul. Ce n'est pas ma tribu.
Alors fous le camp.
Tu fais quoi, ici ?
Ça va ?
Je peux rester un moment avec toi ?
Oui.
Voilà les gars, viens.
Au cas où…
… tu es Kabarde et tu parles pas la langue.
C'est cette fille que tu nous as cachée ?
Allez, on se gare.
Il marche dans le sable ou quoi ?
Il doit avoir chaud.
Ça vient ?
Ça va venir, t'inquiète pas.
Qu'est-ce que tu fais là ?
Zalim !
Elle est toute pâle.
Elle est toute pâle.
Tatiana Boulanova.
Ne pleure pas.
Nous avons encore une nuit toi et moi.
Je vais te le chuchoter encore une fois : "Tu es à moi".
Ila !
Jenia, mets Moutsouraev ! Je l'ai apporté.
- Ils sont marrants, tes "Narts". - Tu sais c'est quoi, "Nart" ?
Oui.
C'est un campagnard.
- Quoi alors ? - Ça désigne un Brave.
On a même une ville…
… qui s'appelle Nartkala, la ville des braves.
Et c'est de la que tu viens ?
- Salut. - Bonsoir.
Fais le plein.
Tout va bien pour toi ?
Tout va bien, file.
Il fait froid ici.
Titre du journal : Eltsine, va-t'en !
Des combats féroces nous attendent.
Des bataillons de Satan nous attendent.
Dans ce brasier, le monde brûlera longtemps.
Oh Allah, tous vont implorer Ton nom.
Nous Te libérerons, Nous rendrons nos âmes à Dieu.
Nous tournerons notre regard vers Allah, Jérusalem sera à nous !
Des montagnes de cendres et de feu, Tes troupes entreront dans le temple.
Écoute leurs prières, Emporte leurs âmes vers l'éternité.
Jérusalem, Jérusalem !
Vous regardez quoi ?
Plus vite. Allez, réponds.
- J'ai quitté nos positions. - Quand ?
Cette nuit.
Non les gars, ça va être différent cette fois-ci.
Si vos pères n'ont pas pigé après 300 ans de guerre…
… vous allez comprendre.
Vous comprendrez dans votre cercueil et en enfer que votre vie est finie.
Ce sont des chiens, et voici encore des chiens.
Lève la tête !
Allonge-toi.
- Pourquoi la Russie combat-elle ? - C'est pas de ma faute.
C'est pas ma faute. On peut discuter ?
S'il vous plaît, ne me tuez pas.
- Elles sont où les armes ? - Là-bas.
- Dans les tranchées ? - Oui.
C'est des conneries.
On en arrive.
S'il vous plaît, ne me tuez pas.
Sur le dos !
Pourquoi ils font comme ça ?
Mets les mains dans le dos.
- Attends, attends frérot ! - Tu vas mourir de toute façon.
On peut discuter !
Fais pas ça s'il te plaît !
Je ne veux pas mourir !
- Je ne veux pas mourir ! - Bravo.
- Soyez gentils ! - Gentils, bien sûr.
Je veux vivre.
Vis, six pieds sous terre dans des souffrances éternelles.
Je veux vivre, maman !
Suivant.
Pourquoi les Russes ne peuvent pas dire aux mères :
"Vos gosses sont morts à cause de nous. Morts…
… et on n'a pas récupéré leurs corps".
On vous a demandé de récupérer vos cadavres. Les chiens les mangent.
Pourquoi personne ne leur dit ?
Pourquoi les amener ici en Tchétchénie ?
Et faire passer les Tchétchènes pour des monstres ?
J'y vais.
- C'est toi qui as amené ça ? - Zaour me l'a donnée.
C'est pas juste tout ça.
- Quoi exactement ? - Égorger les gens comme ça.
C'est très juste.
Ils défendent leur terre. Ce que l'on n'a pas su faire.
- Sérieux ? - Oui.
Si on vient chez toi pour te piquer ta maison ?
Ou tuer tes parents ? Tu ne sortiras pas ton couteau ?
On viendra pas chez moi.
Laisse tomber, frérot.
Vous êtes pour ces bouffeurs de bortsch ?
Tu déconnes ?
Il parle pas de lui.
- Les Tchétchènes sont nos frères. - Bien sûr, et les Balkars aussi ?
Pourquoi tu dis rien ? T'es pas au courant pour le génocide ?
Qu'il t'a touché personnellement ?
Après les Russes, il ne restait que 3 tribus sur 12.
- Et c'était quand ? - En 1763. Alors, ça te la coupe ?
Alors pourquoi tu vis ici ?
Les Arméniens, nous, les Juifs, tout le monde a été massacré.
Rien à foutre des Juifs.
Qu'on continue à en faire du savon.
Putain de Tcherkesse !
T'es malade ou quoi ?
Laisse-moi parler.
Calme-toi !
- C'est quoi ça ? - Il déconne à plein tube !
On rentre à la maison.
- Ilana ! - Papaaaa !
Monte dans la voiture !
Il est beau mon petit "Nart", non ?
On voit tout de suite qu'il est le meilleur dans sa tribu.
Je suis allée chez les flics.
T'inquiète pas, je leur ai rien dit.
J'aurais peut-être dû ?
Notre Davidounet aurait été liquidé et je serais restée ta seule fifille.
On s'en serait peut-être même remis ?
Tu pleures ou quoi ?
Ne pleure pas.
Ne pleure pas. Nous avons encore une nuit toi et moi.
- Qu'est-ce que j'ai foutu hier ? - Tu étais dans un sale état.
Pardon.
- C'est mes vieux qui m'ont récupéré ? - Oui, ils t'ont pas défoncée ?
Ils sont pas à la maison.
Ça va ? Ils avaient mauvaise mine.
- Oui, tout va bien. - T'es sûr ?
Tout va bien.
- Salut. - Salut.
Vous étiez où ?
Ila, apporte-moi de l'eau.
Ila, je…
T'as pas vu les nouvelles bougies ?
C'est bizarre de n'être obligé d'aller nulle part.
Je ne dois aller nulle part.
Si on vendait la voiture ?
Bien sûr, ça suffira pas…
Mais tu comprends.
Oui, peut-être.
Écoute…
Tu sens l'alcool. Va prendre une douche.
Papa…
Va t'arranger un peu.
Tu lui as dit ?
Alors c'est moi qui lui dirai.
- Vous avez vendu des trucs ? - Oui, on a porté tout chez Moïse.
- Le rabbin nous a donné ce qu'y restait. - Pas besoin de sèche-cheveux.
Ils sècheront tout seuls.
Les parents de Raph ont promis de nous aider financièrement.
- C'est classe ! - Oui.
Tu vas devoir épouser Raph.
- Il sait que je suis pas au courant ? - Ilana, ce sont de braves gens.
Il va t'aimer et te respecter, qu'est-ce que tu veux de plus ?
C'est très bien imaginé.
Je sens qu'il me manque quelque chose dans la vie.
Et le fait que je ne l'aime pas, c'est un détail ?
Je m'y ferai, pas vrai ?
Ils vont venir aujourd'hui.
Et toi tu trouves ça normal ?
Papa !
Dis-moi, que ce n'est pas vrai !
On a décidé, ma fille. Tu épouseras Raph.
- Tu entreras dans une bonne famille. - Oh, maintenant je peux rester ici ?
Ila, rentre à la maison.
Vous pouvez pas me faire ça !
Cherchons où on pourrait trouver l'argent !
Ne me regarde pas comme ça. Personne d'autre ne nous aidera.
- C'est pas qu'une histoire d'argent. - Je suis un peu votre fille !
La mienne.
Dina, laisse-la réfléchir.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Qu'est-ce qui se passe ?
Qu'est-ce qu'il y a ?
Ila…
Attends, qu'est-ce que tu fais ?
Attends, attends, attends…
S'il te plaît. Stop.
Zalim, arrête !
Qu'est-ce qui t'a pris ?
Et voici le thé.
Enfin, te voilà.
Déshabille-toi.
C'est quoi ça ?
Je vous avais bien dit qu'elle allait arriver.
Bonjour Ilana.
Je comprends que le moment est mal choisi.
Et nous sommes réellement gênés. Mais notre Raph s'est enfin décidé.
Et tu nous plais beaucoup.
Nous sommes venus voir si c'était réciproque.
Oui, c'est réciproque.
Nous serons bientôt une seule famille et nous devons nous entraider.
T'inquiète pas.
Il ne se passera rien.
J'irai baiser avec n'importe qui.
Partons.
C'est toi qui décides.
Pourquoi tu dis toujours rien ?
C'est moi qui ai honte et pas toi.
- T'as fini ? - De toute façon t'écoutes pas.
Adina !
(en kabarde) Fais sortir le youpin.
Pourquoi t'es toute seule ?
Tu voulais que toute la famille vienne ?
T'es en voiture ?
Oui.
Emmène-moi chez Léa.
Emmène-moi.
Je vais continuer de les chercher.
Il est chez Léa.
Il m'a demandé de l'y emmener.
Tu m'en files une ?
- Tu dors pas ? - Et toi ?
Tu veux pas partir ?
Mais comment tu resteras ici ?
Y a pas de travail.
Le loyer est payé jusqu'à la fin du mois, mais après ?
J'irai travailler chez Moïse.
Je prendrai une piaule dans un foyer.
- L'offre du rabbin tient toujours. - Tu crois ?
Je peux pas passer ma vie à farfouiller dans les moteurs avec toi.
Reste.
T'as grandi, on n'arrive plus à te suivre.
Et vous ?
On n'est pas encore morts.
Avec maman, je me débrouillerai.
Pourquoi t'es venue ?
Tu veux quoi ?
Vous nous avez causé du souci.
- Salut. - Bonjour.
Vas-y, elle tient plus en place.
Ça a l'air mieux, non ?
Surtout que c'était gratuit.
C'est quoi ces cartons ?
Je vais poser le gâteau…
On a des soldes chez nous ?
David, où sont les couteaux ?
Où sont les couteaux ?
- Qu'est-ce qui se passe ? - On déménage.
Où ça, au centre ?
Alors où ?
- Maman, où ? - Chez ta tante à Voronej.
- Pour longtemps ? - David…
Pourquoi partir ? C'est terminé.
On ne peut pas rester !
On a tout vendu. On ne peut plus payer le loyer.
- On va ouvrir un nouvel atelier. - On ne pourra pas…
- … regarder les gens dans les yeux. - Pourquoi ?
David, il faut qu'on parte.
On part demain à 9 heures. Rassemble tes affaires, s'il te plaît.
Et nous ?
Qui ça, nous ?
- Je dois parler à Léa. - Et qui t'a dit qu'elle venait ?
Pas la peine…
Léa n'a qu'à venir avec nous.
Je ne peux pas. J'ai ma mère ici.
Tu vois, elle ne peut pas.
Je n'irai nulle part.
Pardon maman, mais je reste.
On t'a libéré, pas elle.
Et alors ?
Tu dois venir avec nous.
- Je dois ? - T'es obligé.
Si vous ne m'aviez pas fait libérer, je ne devrais rien à personne.
Tu trouves ça drôle ?
Qu'est-ce que tu veux ?
Je veux le mieux pour toi.
Pour moi c'est mieux d'être avec Léa.
Tu seras mieux avec ta famille.
Elle est ma famille.
Je vous ai consacré ma vie.
T'es comme ta sœur, toi !
Je n'ai pas besoin de toi !
Tu crois que je ne suis pas fatiguée de bouger ?
Et pas besoin d'elle non plus.
Restons.
Pour qui ? Pour eux ?
Ce sont des enfants.
Ce ne sont déjà plus les nôtres.
Ils se suffisent à eux-mêmes.
Qu'ils vivent comme ils l'entendent.
Te presse pas.
C'est une boisson chère et forte.
Oh Zalim, t'es là ! Sors de cette voiture.
Ta princesse aussi est ici.
Je le ramène dans deux secondes !
Demain avec les copains on va à la campagne.
Tu viens ?
Y aura des brochettes, des côtelettes, du cognac.
- Je sais pas. - Comment ça ?
Allons-y.
Demain ?
On verra.
On verra quoi ?
Tu viendras ?
Mais j'irais nulle part.
D'accord. Faut que je rentre chez moi.
Salut.
Viens donner un coup de main.
Je conduis ?
Tu nous ramènes entiers ?
- T'as de l'argent ? - Oui.
- C'est sûr ? - Sûr.
Tiens, prends ça.
Sois prudent.
M'man.
Fais attention à toi.
Vous n'êtes pas gelées ?
On laisse tourner un peu le moteur et on repart.
- T'as froid ? - Un peu.
Je reviens tout de suite.
Il fait froid.
Maman.
T'as plus personne à aimer.
Je ne sais pas ce qui leur est arrivé après.
Remerciements à mon père, Artur Balagov.
Directeur du studio "Lenfilm" ÉDOUARD PITCHOUGIN
Directeur de la fondation "Exemple d'Intonation" NIKOLAÏ YANKINE
Directeur artistique du projet ALEXANDRE SOKOUROV
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