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Circulation
Merci beaucoup.
De rien.
Merci.
Merci.
On parle en japonais.
... Ils rient.
Brouhaha
... On parle en japonais.
... Applaudissements
"Ces petits riens"
... Acclamations et applaudissements
-Mieux vaut ne penser à rien
Que ne pas penser du tout
Rien c'est déjà Rien c'est déjà beaucoup
On se souvient de rien Et puisqu'on oublie tout
Rien, c'est bien mieux Rien, c'est bien mieux que tout
Mieux vaut ne penser à rien Que de penser à vous
Ça n'me vaut rien Ça n'me vaut rien du tout
Comme si de rien n'était Je pense à tous
Ces petits riens
Qui me venaient de vous
... Applaudissements
-If I wanted to sing that song so much,
it's because in the words Serge made me sing
"Une chose entre autres que tu ne sais pas
"Tu as eu plus qu'un autre Le meilleur de moi".
So thank you, Serge Gainsbourg.
Applaudissements
"Pleasant"
T'as réussi à faire pour tout le monde ?
J'en ai cinquante à faire.
Charlotte Gainsbourg rit.
J'adore. Écoute, c'est tellement...
précieux.
Léger brouhaha
... Déclic d'un appareil photo
-Merci beaucoup. -De rien.
Mon idée, c'est de te regarder comme jamais je t'ai regardée,
ou j'ai osé te regarder.
Me poser en posant une caméra
devant toi, c'est presque un prétexte pour pouvoir te regarder.
Donc, ça, c'est juste pour expliquer le...
D'accord. Musique douce
... le processus. C'est bien, ça.
La comédie musicale, c'est bien.
... Elles rient.
Oui.
Je connais pas la chanson pour savoir si ça va finir.
-Can I still...
Oh, I should wait?
... Elle rit.
Mais je sais ce que je veux te demander en premier lieu.
C'est ce que je ressens. Tu ressens peut-être pas pareil.
On a toutes les deux une pudeur
l'une en face de l'autre. Oui.
Et je sais pas d'où elle sort.
Je sais qu'on est... Enfin...
Je sais que c'est dû à nos caractères,
mais je pense pas que tu aies la même avec Lou
et je pense pas que tu avais la même avec Kate.
Non, peut-être.
Mais je pense aussi que comme tu m'intimidais,
comme enfant...
Mais pas enfant enfant ?
Si. Mmh, très vite.
Très vite.
Je me sentais très privilégiée d'être en ta présence.
C'était pas pareil que...
C'était pas banal.
Alors...
Oh, ça commence bien.
Charlotte rit.
Alors, c'est vrai que...
je voulais jamais mal faire vis-à-vis de toi.
Je t'ai jamais engueulée
de la même manière
que j'osais faire avec Kate,
comme les gens font ordinairement
quand ils s'énervent.
Tu étais beaucoup plus mystérieuse pour moi et beaucoup plus...
un terrain inconnu.
Tes réponses me sidéraient toujours.
C'était très...
Tu étais tellement particulière et tellement...
tellement secrète.
J'avais pas de clues.
"Devoyka"
Quand tu avais peut-être 14 ans,
je mourais d'envie de te voir nue.
Ah oui, j'ai fait la même avec Alice qui a trouvé ça affreux.
Je me demandais si je pouvais toucher tes seins.
Oui, je sais.
J'avais tellement envie.
Et en même temps, je savais
que tu pouvais prendre ça mal et dire non,
ou plutôt que tu serais obligée de dire oui
et que ça te gênerait terriblement.
Et en même temps, je te trouvais tellement belle.
J'avais envie de savoir comment c'était et comment tu te développais.
Après tout, tu t'es cachée
très tôt.
Tu avais une vie secrète très rapidement.
Je ne savais pas avec qui tu étais.
Tu disais pas que tu avais des boyfriends.
J'en avais aucune idée.
Et puis, tu as dit : "Oui, oui, tu peux."
Et je t'ai touchée.
Et je me sentais aussi...
comme si j'étais perverse... Elle rit.
de te demander de toucher et que tu étais obligée de dire oui.
Je savais que ça serait la dernière fois
que je pourrais faire ça. Mmh mmh.
Et...
Et je voulais... Et je voulais être tactile.
Moi, j'ai essayé avec Alice et elle a pas voulu.
Elle rit.
Tu es tactile avec eux, beaucoup ?
Avec eux petits,
et d'une manière incroyablement naturelle
et forte.
Avec Ben, c'est revenu.
Et avec Alice, y a une vraie gêne qui s'est installée.
Moi, j'ai pas de gêne.
Mais c'est devenu une gêne car je sens que ça la met mal à l'aise.
Et avec Jo, c'est un...
J'en profite à fond. Elle est très petite.
C'est absolument fascinant,
et ils te tiennent en témoin,
parce que c'est pas encore sexuel
et c'est pas encore une gêne.
Peut-être que j'aurais pas aimé
que ma mère me demande de vérifier.
Je voulais qu'elle voie pas.
C'était une telle angoisse
de pas se développer.
Musique électro
Maintenant, t'es plus grande que moi. Ouais.
Charlotte rit.
Oui, je me demandais
si le fait d'être en deuxième position,
toi,
moi,
Alice,
si ça faisait des points communs,
si y avait une place de deuxième.
J'ai déjà pensé à ça.
Il me semblait
que je le ressentais
comme une confrérie. Oui.
Pour les premiers, on est maladroit.
Enfin, je parle personnellement. Oui, moi aussi.
Ils morflent quand même de tes premières réactions.
Pas enfants, mais ados alors...
Et la deuxième fois n'a rien à voir avec le caractère de la première
non plus.
Mais...
j'aimais bien pas avoir la première place
ni la dernière place.
Et puis, tu passes inaperçu sur des trucs.
T'as l'impression d'être plus agile.
Elle rit.
Peut-être plus agile,
mais je pense dans...
Enfin,
dans nos trois cas, je pense qu'on est très...
très privilégiées vis-à-vis des pères.
Oui, c'est vrai.
Mais j'ai l'impression qu'il y a beaucoup de jalousie, quand même.
Je sens que c'est un trait de caractère à moi
et à Alice, beaucoup, beaucoup aussi. De jalousie ?
Ouais, de vérifier que t'as...
que c'est équitable,
de compter un peu.
Oui, oui, j'ai vu ça. J'ai vu.
T'avais pas ça, toi ?
Bah non, parce qu'au contraire,
très injustement, mon père mettait ma photo partout.
Pour ma sœur, il me semblait
que ça devait être alors, pour elle,
bizarre. Mmh mmh.
D'avoir
eu une sœur qui était
capteur de lumière, comme ça, pour son père.
Ouais.
J'avais l'impression d'avoir tout bouffé.
Et...
Et sans mérite.
Donc je pense que la complication
de culpabilité,
c'est de ne pas vraiment
mériter cette émotion-là, oui. Cette place.
Oui.
Je pense que tu avais un peu... Oui, je sais.
-... la même place avec Serge. -Oui.
Musique douce
... Déclic de l'appareil photo
Par rapport à la photo, pour moi, c'était un cauchemar
de me faire photographier au début.
Toi, c'était quelque chose d'agréable ?
Ah, j'adorais ça.
-Ah ouais ? -Oui.
Je trouvais ça stimulant de faire des photos.
Oui.
Carrément excitant. La musique, l'ambiance, le tout.
J'adorais ça parce que j'étais très jeune.
J'étais forcément jolie sur les photos.
J'avais pas l'angoisse d'être mal prise.
Oui.
Et après,
arrive le...
On se voit quand même.
Je me suis vue vraiment vieillir ces dernières années.
Enfin ces derniers deux ans, peut-être.
Vraiment beaucoup.
Et on essaye de se dire : "Oh, je veux bien
"parce qu'il y a plein de femmes que j'adore qui ont
"des visages comme des genoux d'éléphant."
Je me suis dit : "Je vais m'habituer
"à avoir des rides partout, autour de la bouche."
J'ai vu un mec hier
pour un truc
et puis il a dit : "Les lèvres disparaissent complètement,
"à part si vous faites quelque chose."
Il a enlevé son masque et lui avait fait quelque chose.
Donc si c'est pas ça,
eh bien, c'est tout plat, comme celles de papa.
Maintenant, je m'en souviens.
Mais y a pas un moment où on s'en fout ?
Je pense que j'y arrive, au moment où on s'en fout.
Déclics de l'appareil photo
Quand Kate est morte et que j'ai chuté dans les escaliers,
c'était un changement physique énorme.
Parce que, juste avant, je faisais Arabesque
et j'étais plus âgée,
mais vingt ans après le début, j'étais dans les mêmes robes.
Après, il y avait une vraie différence physique.
-Ouais. -Donc...
Plus petit pot à tabac.
De beaucoup.
Donc on peut plus porter
les mêmes choses. On est obligé de devenir un peu flou.
Elle rit.
Déclics de l'appareil photo
À un moment donné, tu te reconnais pas.
Dans le miroir.
Et tu te touches et tu te reconnais. Mais dans le miroir, non.
Donc, enlever les miroirs,
ne plus y penser, écrire,
faire autre chose, essayer de faire marrer les gens.
La voix ne change pas.
C'est une bonne chose. On peut continuer de chanter.
Mais franchement, les choses visuelles,
il vaut mieux enlever ses lunettes,
comme ça tout est flou et puis stop.
Déclics C'est joli.
Je sais pas ce qu'on peut mettre comme musique.
Là, on n'entend pas.
Oui, et on n'aura pas les droits.
J'y ai pas pensé, bien sûr.
Mets-toi, t'as le droit.
Non. Oh, quelle horreur !
Non, c'est affreux.
Euh... Elle rit.
Peut-être du Bach ? Du Bach ?
-Du Bach, ouais. -Ouais, OK.
-Il va pas nous faire un procès ? -Bach ?
Non, je crois pas. Je crois pas.
Musique de Bach
... Déclic
Alors...
Et pourquoi les cheveux courts à ce point ?
Pourquoi ça te plaît autant ? Autant chez les autres que chez toi.
Pour le Bataclan, c'était parfait, parce que je voulais enlever
tout ce qui était attributs féminins
"poupée", quoi.
C'était un vrai désir. C'est vrai.
Comme si tu faisais
une croix sur toutes ces photos qu'on connaît de toi
d'avant ? Oui.
Pas aussi dramatique que ça, mais...
Mais...
Je voulais que les gens écoutent les mots
et la façon dont je chantais, vraiment bien,
et qu'on arrête de parler de mon apparence.
Oui, d'accord.
Déclics de l'appareil photo
Et je me souviens que ma mère a dit :
"Ça va, là, parce que tu fais garçon. Mais attention,
"parce que bientôt, tu vas faire homme."
Et je me suis dit : "Ouh là ! Peut-être qu'elle a raison."
Déclics de l'appareil photo
Déclics Brouhaha
Tu veux bien me dire un truc ?
D'accord, euh...
Comme ça va ta... Ça va bien ?
Attends, je fais un autre truc. Voilà.
Ma maman, c'est la meilleure du monde.
Là, j'entends tous les bruits de la gare.
Alors attends, je me remets dans le truc du début.
Normalement, là, j'entends que toi.
Tu comprends les conversations ?
En fait, c'est un micro, tu vois,
il se dirige vers toi,
donc c'est vraiment ta voix que j'entends le mieux.
Où on va ?
-Mmh ? -Où est-ce qu'on va ?
On prend le train pour voir mamie.
Clapotis de l'eau
Oh, quel drôle de pied.
C'est génial, en fait. Ça peut prendre n'importe quelle forme.
Oui, je vois. On dirait les trucs d'Andrew sur le DNA.
Charlotte rit. Oui, c'est vrai.
Les molécules.
Chants d'oiseau
Jane et Jo discutent.
-J'ai des plantes à... -À planter ?
-Oui, je les ai amenées. -Fais voir.
-Je t'en avais emmené un jour. -Ah, les grains !
Alors...
"Morning Glory". My mother's favourite.
Morning Glory... That would be lovely.
They're vigorous plants.
-Tu veux que j'en garde pour la maison ? -Non, non.
Ici, c'est mieux. Il faut les mettre...
"Annuel", mais où ? Quand ?
So, "in open ground, in small shallow holes."
Ça, c'est très bien pour nous.
T'as pas eu peur d'avoir Kate si jeune ?
Ah non, pas du tout.
C'est tout ce que je voulais.
Chaque fois que je pouvais pas la commencer,
j'étais au désespoir.
Jo parle.
-Vous avez trouvé ? -On a trouvé des choses triviales.
On a trouvé une pelle.
Et où sont les seeds ?
-Les... ? -Les seeds.
-In my hand.
Et après, d'avoir ce mariage qui échoue,
est-ce que vis-à-vis de tes parents, t'étais emmerdée
ou tu assumais très bien la rupture ?
J'ai été énormément aidée par mes parents
qui avaient bien compris.
Ils savaient que John Barry avait déjà eu deux femmes, deux enfants,
qu'il était connu pour être un coureur,
que c'était un personnage tout à fait séduisant et selfish.
C'est mon père qui m'avait dit qu'il était parti à Rome, et pas seul.
C'est vrai ? C'est lui qui t'a dit ?
Oui, alors du coup, j'ai plié bagage,
ramassé la pauvre petite Kate.
J'ai téléphoné à mes parents.
Ils ont dit : "Mais revenez tout de suite."
Ils adoraient Kate.
Et je pense qu'ils étaient secrètement soulagés même.
Vas-y, Jo, essaie de faire un trou par là.
-Ici ? -Non, non, contre le mur.
-Là ? -Ouais.
Est-ce que c'est très, très dur ?
Non.
Jo creuse dans la terre.
C'est horriblement sec, hein ?
Propos inaudibles
Tu sais, c'était très, très sec, donc ça va...
T'en veux, mamie ?
Ouais, je veux bien. Tu ajoutes un œuf de plus pour moi ?
Ouais.
Je crois qu'on aura besoin de plus d'œufs.
Radio
F, R, U, I, T
-Quoi ? Tu peux pas dire "fruit" ? -Non
-Et "banane", "pêche" ? -Sans problème
-"Abricot" ? -Peut-être
-Et en anglais ? -Je peux pas, c'est pire
Tu penses aux camionneurs ?
J'en ai marre de faire l'autostoppeuse
Musique rock
Où, un lapin ?
J'ai vu des tonnes de lapins, Jo.
-Ici ? -J'ai vu trois lapins.
Il faut venir vers... Tu sais,
vers 8 h du soir.
Bah ce soir, quand on va au restaurant.
-Ça, pourquoi tu les enlèves pas ? -Je devrais.
C'est quoi ? C'était pour la balançoire ?
C'était la balançoire que tu utilisais avec Kate.
Oui, je me souviens.
Je suis assez névrosée de rien jeter, comme tu sais.
Mais c'est vrai que ça sert à rien. Non.
Y a pas la balançoire. C'est assez laid.
Mais c'est pas un morceau de jardin où on a envie d'être.
Faudrait que je finisse de la peindre, cette cabane.
-Elle est pas dans un endroit attractif. -Non.
-T'es d'accord ? -Ouais, c'est sombre.
Même pour les balançoires, c'est toujours un peu froid.
T'as pas besoin d'ordre, en fait. Jane rit.
Je pense que c'est paisible, d'avoir de l'ordre.
Je l'admire chez les autres. Oui.
Mais comme ça vient avec une incapacité de jeter quoi que ce soit...
Mais dès la Normandie, t'avais déjà ça ?
J'ai pas un souvenir...
Dès Londres, ma maison à Londres.
-C'est vrai ? -Oh bah oui.
Tu vas bien t'amuser à jeter des choses. Elle rit.
Mais il faut faire gaffe, parce que dans certaines boîtes,
il y a des choses où...
C'est des lettres des personnes où...
Là, il faut que je fasse du tri pour vous.
Mais pourquoi tu crois que tu peux pas jeter ?
Ça m'est vraiment pénible.
Je pense que c'est une maladie douce.
C'est tous ces bordels de la vie. Je sais pas comment les gens font.
C'est pas seulement les souvenirs.
Tu ouvres un tiroir
et c'est cette navrante accumulation de piles qui marchent pas,
des vieux feutres,
des dessins d'enfants... Tu as oublié lesquels.
-Mais t'as la mémoire de chaque chose ? -Oui.
Même des choses pourries.
Juste à l'entrée, il y a le petit barbecue
qui était une petite cheminée
que Serge m'avait achetée,
qui avait un petit fanal.
Oui, la cheminée avec le petit capuchon.
La cheminée est tombée, le capuchon aussi.
Mais tu le trouverais là-bas, le reste,
avec trois roues et pas quatre,
parce qu'elles étaient déjà en plastique et pas terribles.
Tout ça, c'est près de l'entrée. Je n'arrive pas
à le jeter.
Je sais que, quand je suis allée à New York
et qu'on partait de rien,
c'était tellement bien. Mmh.
Tellement bien de pas avoir encore accumulé.
Je suis contente quand quelqu'un fait le tri
et jette le vieux filet.
Elle rit. Le paquet vide du charbon de bois.
Mais je serais pas capable de le faire, moi.
Oh,
tu t'en souviens,
quand Dolly allait nager là et là ?
Comme c'était mignon.
Un jour, vous ferez ce que vous voulez de cette maison.
Elle est gentille, comme maison. Oui.
Même toute seule, même sans Dolly.
Je pense que rien n'est drôle toute seule et sans Dolly.
Non, c'est pas vrai.
Peu importe où, dans le Sud de la France,
même dans les endroits les plus chouettes.
Moi, je n'y arrive pas.
Je trouve ça difficile, je trouve ça chiant.
Les vacances sans personne, c'est vraiment chiant.
Musique douce
T'as déjà fait ça, toi, de faire un documentaire ?
On me les a faits.
-Mais toi, d'en faire un ? -Non.
Parce que c'est...
Ma démarche à moi, elle est très claire.
Mais après...
Ce dont on me parle, je commence à comprendre.
Ce truc de construire pendant, en fait.
Tu fais pas un scénario avant. Non, non, non.
Je vais essayer, si tu veux bien,
de filmer le maximum de petits bouts... Oui.
-... à droite, à gauche avant septembre. -Mmh.
Là, c'est pas un peu gloomy ?
Non, c'est vachement joli.
... Charlotte se déplace.
Non, c'est très beau.
Pas gloomy du tout.
Mais y a une belle lumière ici, quand même.
Je me rends pas compte. Dans ce miroir, c'est pas trop mal.
C'est le miroir flatteur.
C'est dans ce miroir que j'ai coupé mes cheveux
car j'étais de plus en plus jolie. C'est vrai ?
Et les ciseaux de cuisine sont à côté.
Donc de là, j'ai fait comme ça. "Oh mais pourquoi pas là ?"
"Quel joli visage." Charlotte rit.
Puis je suis allée...
Il y a un miroir assez flatteur aussi dans la véranda.
Ah oui, je vois.
Je monte dans ma chambre : un monstre. Trop tard.
Elle rit.
Propos du steward inaudibles
Circulation
Tu te souviens
de la première fois où t'es venue à New York ?
C'était avec Serge.
Non, c'était avec John Barry.
Il travaillait
sur je sais pas quoi et...
Et puis c'était Los Angeles.
Mais pas particulièrement heureux
et pas des souvenirs impérissables.
Juste être avec quelqu'un
qui était un peu glorieux.
-Ouais. -Moi qui étais un peu à la traîne.
Mais je connais pas New York, à part toi.
Ils vont faire son film quand ?
Là, en fait.
-Et tu es dans l'affaire ? -Oui.
Avec un beau rôle ?
Oui.
Bon. Elle rit.
-Et Jo est dans l'affaire ? -Il va la mettre
dans une scène.
Jane rit. Il faut.
Il faut juste la saisir comme elle est maintenant.
Ouais.
Parce que ça va être plus jamais pareil.
Wanda avait raison.
-Ouais. -Il faut capturer.
"Ballade de Johnny Jane"
-HEY, JOHNNY JANE
TOI QUI TRAÎNES TES BASKETS ET TES YEUX CANDIDES
DANS LES NO MAN'S LAND ET LES LIEUX SORDIDES
HEY, JOHNNY JANE
ÉCRASE D'UN POING RAGEUR TON ŒIL HUMIDE
-Le temps ronge l'amour comme l'acide
Propos inaudibles
Très bien.
Ça ira ?
La dernière ligne,
plus interprétée, tu vois ? Plus parlée ?
-Et c'est parfait. -Plus parlée, c'est ça ?
-Plus ? -Plus parlée.
-Non, plus interprétée. -Plus interprétée.
-Plus sentie, tu vois ? -Oui.
Je comprends. C'est parfait.
-D'accord. -Oh oui, très joli.
On peut refaire. Mais pour moi, c'est impec.
Je me goure tout le temps...
-Hey, Johnny Jane
Toi qui traînes tes baskets et tes yeux candides
Dans les no man's land et les lieux sordides
Hey, Johnny Jane
Les décharges publiques sont des atlantides
Tu m'as pas dit qu'il y avait un bull-terrier qui était moins...
Moi, je les trouve peut-être mieux.
Oh, je les trouve drôles.
-C'est vrai ? -Oh bah oui.
Surtout bringé, comme ça. Voilà, comme ça.
Qu'ils sont drôles.
C'est à moi décider.
Je trouve surtout celui que tu m'as montré là...
Le bringé blanc, court sur pattes.
Je le trouve vraiment drôle, charmant.
Je sais pas comment le faire.
-Vis-à-vis d'Yvan ? -Oui, je sais pas comment...
Juste faire mon truc
sans le prendre en considération du tout.
Peut-être qu'il serait fou de joie.
Ah moi, je pense. Je pense que ça va être comme Milo.
Il supportait pas Milo, les poils et tout.
Mais au final, il l'adorait.
Oui, ou tu lui mets un choix entre deux.
Et comme ça, il a l'impression d'avoir choisi.
Ouais, je vais faire ça.
-Merci. -Thank you.
-Thank you. -Madam.
-Thank you.
Et t'as le souvenir
des premières scènes ?
Moi, je me souviens forcément du Bataclan comme si c'était hier.
Mais ça te paraît ancien ? Oh oui.
Oui ?
-Tout ça me semble tellement dingue. -Mmh.
Circulation
Quelqu'un s'adresse à Jane en anglais.
Attends, je te le tiens.
-And I have a nice photo right here.
... Propos inaudibles en anglais
-You want to put it to my son, Sean. S-E-A-N.
-S... -E-A-N.
Thank you so much.
Propos inaudibles en anglais
-Thank you. -Thank you.
Do you think you could... -Charlotte.
-Sorry, it's very cold. Charlotte rit.
Thank you. -Thank you.
-I was looking forward to this, thank you.
I met you in the Town Hall two years ago. -Oh yeah?
-Thank you, it was great. -Thank you.
-Bye bye.
Pourquoi tu fais pas de scène avant ?
Pourquoi ça vient si tard ?
C'était tellement vertigineux. J'ai fait semblant,
jusque-là.
C'était playback complet sur toutes les télés,
plus ou moins bien fait, d'ailleurs.
On voit les lèvres qui bougent pas vraiment.
J'apprenais jamais vraiment beaucoup. Je prenais rien au sérieux.
Propos inaudibles en anglais
-OK? One more time.
Et le Bataclan, quand Philippe Lerichomme m'a dit
qu'il fallait que je me retourne, que le groupe serait derrière
et qu'il fallait chanter devant...
Quelle nudité, quel affolement.
En plus, la voix qui n'a plus rien à voir
avec la voix que j'ai entendue dans le studio.
Il disait : "Quand ça sera rempli, ça sera autrement."
J'étais : "Han !"
J'ai pratiquement dit : "Comment tu as pu me laisser faire ça ?"
C'est très joli, ça.
Rouge, c'est toi. Et grass, c'est vous. Tu te souviens ?
-Oui. -Merci pour le compliment.
Ils rient.
Est-ce que c'est branché ?
Chris, is it OK?
For the microphone, for Jane and Charlotte?
-Yeah. -Yeah?
Charlotte?
-Pas pour celle-ci. -C'est moi ?
Je vous invite à venir là.
On arrive.
Pourquoi y a pas le prompteur ?
-... sans l'entrée. -Oui.
-Pourquoi y a pas le prompteur ? -Il ne fonctionne pas.
Une seconde.
Il est où, le micro de Jane ?
"Ballade de Johnny Jane"
... Propos inaudibles
-Je t'aime
Sorry, the microphone isn't working.
-Now it's working.
Jane, tu t'écartes un petit peu.
Charlotte, reste là.
Je sais pas comment les sportifs le font.
Je sais pas comment les gens font pour les premières
et pour les choses qui font peur comme ça.
-Je t'aime -Ne t'en va pas, Jane.
-Je t'aime moi non plus...
Quand j'ai joué Electre, j'avais les yeux secs.
Je pouvais même plus pleurer.
J'étais tellement...
obnubilée par ce que les critiques pensaient de moi.
Oui, donc c'était nul.
C'était pas touchant, émouvant.
C'était juste rigide de peur.
Mmh mmh.
Et certains shows, on est attrapé par ça.
Ça vous quitte pas de la soirée.
Mais là, moins, non ? On dirait que t'as moins peur.
-Depuis le téléprompteur. -Ouais.
Ah, quand même, quelle révélation.
C'est génial.
C'est génial. Tout à fait génial.
-Viennent y déverser bien des peines infanticides
HEY, JOHNNY JANE
TOI QUI TRAÎNES TES BASKETS ET TES YEUX CANDIDES
DANS LES NO MAN'S LAND ET LES LIEUX SORDIDES
HEY, JOHNNY JANE
ÉCRASE D'UN POING RAGEUR TON ŒIL HUMIDE
Le temps ronge l'amour comme l'acide
Ça a été limite mais c'était parfait.
Vous étiez parfaites. Allez, c'est bon.
-Ça s'est bien passé ? -Oui.
Oui ?
Regarde, moi, j'ai qu'une chanson.
-J'ai chanté quand je devais me taire. -Mamie, elle en a vingt-et-une.
Et tout ça, j'ai des trous.
Comment je fais ? Jo rit.
Propos inaudibles
... Quelqu'un sifflote.
Léger brouhaha
New York, la dernière fois, pas terrifiant.
Et la fois d'avant ?
À un point où j'avais mangé
tout ce qu'il y avait sur le minibar et dans le minibar.
J'étais malade toute la nuit,
sans dormir du tout.
Donc, j'étais dans cet état glauque. Ouais.
Oui, c'était vraiment... C'était vraiment...
Ça donnait rien.
Peut-être que les gens le voyaient pas.
Mais en tout cas, j'ai supplié d'avoir, deux fois,
un théâtre plus petit.
De pas avoir ce stress que c'est, le Carnegie Hall.
Tout le monde peut l'avoir. Il faut juste le remplir.
C'est loué.
Applaudissements
Mais c'était beau quand même, je me souviens.
Mais c'est du stress pour rien.
"Ces petits riens"
Attention, à toi.
... Acclamations et applaudissements
... Jane Birkin chante.
-Bienvenue à bord de ce TGV à destination de Brest
et qui desservira la gare de Saint-Brieuc et Brest, son terminus.
Très bon voyage à vous tous.
Tu demandes si c'est dominant,
si c'est... ?
Ben, je pense qu'on peut demander.
Ils le savent. Ils voient.
Bah écoute, ils les roulent sur le dos.
Et s'ils restent sur le dos, paraît-il, ils sont pas dominants.
Ceux qui refusent de rester sur le dos, comme Dora,
c'est dominant. Et Dolly ?
Dolly, je pense que je pouvais la mettre sur le dos.
D'accord.
Et après, c'est ce que tu en fais avec.
Oui.
C'est ça qu'on oublie. Parce que ce petit bout de chou,
la tête définitive, c'est tout de même...
Si on a de la chance, c'est ça.
Oh, au resto... Tu peux les emmener partout, en fait ?
Pas tous, non.
Et Dolly le savait car elle me voyait péter un plomb.
Et devant le restaurant... Tu t'en souviens, avec Yvette ?
Oui.
Quand je hurlais au chauffeur de taxi, elle se carapatait par terre
et c'est Jo qui la caressait pour... Oui.
Parce qu'elle comprenait qu'on voulait pas d'elle.
Je suis sûre qu'elle savait.
Ils aiment pas quand tu cries.
Non, comme les enfants, quoi.
Comme des enfants.
Mais c'est une autre enfant, quelque part.
Ils sont avec vous tout le temps, plus qu'un enfant.
C'est votre premier geste le matin et votre dernier le soir.
Et ils vivent que pour vous.
Moi, je trouve que c'est un cadeau du ciel, vraiment.
Oh, regarde. Si tu pensais que Dolly était grosse...
Charlotte rit. Petits aboiements plaintifs
C'est un mâle avec beaucoup de type,
beaucoup de plis.
-J'adore. -Oui, oui, tout le monde adore.
Il fait des beaux bébés, en plus.
Ils sont tout petits.
Et elles sont nées quand ?
Elles vont avoir un mois, enfin quatre semaines, mardi.
Oui, parce que j'en avais une.
Mais ce qui est vraiment très bizarre, c'est que la ressemblance est...
Où est-ce que j'ai mis mon...
-On savait que vous aviez des bulldogs. -Elle a une belle tête.
Elle rit.
On sait qu'elle sera plus grosse que sa mère.
Ça se voit, elle a déjà une tête... Nous, on le voit.
Enfin, voilà.
-Hello, baby.
Hello. Vous voulez la prendre ?
Oh oui.
Elle est mignonne, vue par toi ? Ouais, très.
Les parents sont testés. On fait des échos cardiaques.
On veut pas reproduire avec des chiens
qui ont des petits défauts, des petites tares.
Dolly avait un problème de cils introvertis.
Ah oui, cils ectopiques.
Et après l'intervention pour sa respiration...
Elle respirait très mal. Je pense qu'elle était trop grosse.
Elle a fait le covid avec moi, ensemble.
Et on a toutes les deux grossi énormément.
Les vôtres font des prouts, beaucoup ?
Oh oui !
Les miens ont fait des prouts terribles.
Surtout quand on est dans le canapé, ils adorent.
Quand il y a des gens qu'on n'aime pas, on leur donne du pain.
Ils rient.
J'ai donné beaucoup trop à manger à Dolly.
Je me méfie de moi.
Parce qu'ils adorent manger. Oui.
Donc entre ça et ce que je filais de la table...
-Ah oui, d'accord. -Ça, c'est pas bien.
Non, je sais. La femme rit.
On a... Enfin, j'ai un optimisme.
Généralement, je pense que les choses vont bien aller.
Oui.
Je prends pas assez au sérieux les choses, ni les dangers des choses.
Ça, j'adore.
C'est aussi une confiance dans la vie, les gens...
C'est un manque d'imagination que ça peut aller autrement.
Non, c'est aussi de pas être méfiant. Je trouve ça super.
Oui, de trouver les choses excitantes, aussi.
On n'a pas regardé les infos.
Zut.
On peut. Quelle heure il est ?
-Zut, on n'a pas regardé les infos. -Il est... 6 h 20.
Ah, C dans l'air.
Ah, chouette.
Souvent, je me suis pas sentie responsable.
Je me suis comportée comme une mère enfant, copine,
peut-être pas assez responsable.
Circulation
Les autres ont vu ?
-Non, ils ont pas demandé... Enfin... -Lulu a demandé de revenir ?
Lulu a demandé. Il a même fait un clip,
y a pas très, très longtemps.
Moi, je serais jamais venue ici si tu m'avais pas demandé.
-J'imaginais pas.... -J'aurais jamais osé demander de venir.
-C'est vrai ? -Bah oui. En 30 ans, non.
J'imaginais que c'était un truc que tu voulais surtout pas faire.
Non, je me sentais pas le droit, sans toi.
Tout était à toi, et naturellement.
Donc c'est... Non.
Même par curiosité, je voulais...
jeter un coup d'œil.
Mais après, tu te sens plus le droit.
Plus le droit du tout.
Ça sent pareil ou pas ?
Ça sent pareil.
Oh non, rien n'a changé.
Mais de ce que tu me disais, que ça soit...
poussiéreux, pas du tout.
-Non ? -Oh non, pas du tout.
C'est tout de même un peu comme être dans un rêve.
C'est très bizarre. Mmh mmh.
Y avait
son piano droit. Je sais pas si c'est important qu'il y soit plus.
Euh...
Bah, pour ce dont tu te souviens, toi.
Mais avec moi, il y avait ni ça, ni ça. Y avait pas.
Juste le Steinway.
Mais je sais pas si je vivais encore ici.
Quand je revenais... Je crois que c'est après.
Le premier disque était Baby Alone in Babylone.
Lui, il jouait au piano
et il mettait sa cigarette toujours sur le cendrier, sur la gauche du piano.
Et la fumée arrivait comme ça, direct dans mon œil.
Je tousse un peu, et il dit : "Ah maintenant, ça te gêne ?"
Léger rire
L'homme à tête de chou.
J'étais convaincue qu'il était en dessous,
que si le pouce tombait, on verrait un os.
Charlotte rit.
C'était pas inconcevable qu'il soit dedans.
Charlotte rit.
Ça, j'adore.
J'aime tellement.
-Bah... -Elle est moins douce.
Elle est plus rugueuse.
-Parce qu'il y a une couche de... -Poussière ?
-Ah non, non. -C'est un peu granuleux.
Moi, je l'ai connu quand c'était en...
-Plâtre ? -Pas en plâtre, mais ça commençait à...
Il m'a appelée une fois quand j'étais rue de la Tour en disant :
"T'as développé des cloques." J'ai dit : "Quoi ?"
C'était ma statue qui développait les cloques.
Elle rit. Donc il a fait tout lisser.
Donc c'est plus...
plus pur que tout.
C'est tellement petit.
Y a sa cargaison
de médicaments.
Ça, je l'ai jamais vu.
Mais en fait, tout a...
Les boîtes ont sauté, les unes après les autres.
Ça a explosé, en fait.
Je savais pas.
-Ah, les boîtes de sardines ? -Les boîtes de conserve, ça explose.
Dans le frigo, j'ai gardé...
ce qu'il y avait. Les Yes doivent être en décomposition.
On dirait des choses préhistoriques.
Léger rire
Comme pour Pompéi.
... Oui.
Cristallisées.
-Tu vas mettre un autre cordon là ? -Oui.
Un cordon ou un verre ?
-Je pense, un plexi. -Oui.
Et Kate grattait en dessous.
Je me demande si ses griffes sont encore là.
Elle grattait ?
-De rage, oui. -Pourquoi ?
Mets ta main en dessous, tu le sens.
-De furie, contre Serge. -Ah bon ?
Quand elle était toute petite, il l'a engueulée,
du genre : "Ferme ta bouche quand tu manges."
Grrr.
C'est dingue.
Ah, ma petite chambre.
-Je me souviens de tes papiers partout. -Oui.
Des bonbons.
Oui.
Ça, par contre, oui.
Ça, c'était vraiment beau.
Et le chandelier très bas. Je me souviens
qu'à 9 ans, j'arrivais là.
-Mmh mmh. -Je touchais à peine.
Ça a pas bougé.
Volet mécanique
Oui, et s'il n'y a pas le grillage...
Où sont parties les petites chaises ? Je sais pas. Tout a disparu.
-Mais pourquoi ça a disparu ? -Je sais pas.
Mmh.
Mais y avait pas des piques et des choses de sécurité.
Quand les gens sonnaient à la porte, c'est Serge qui ouvrait.
-Ouais. -C'est marrant, quand on y pense.
D'être aussi célèbre
et d'avoir si peu de barrières. Oui, oui, c'est vrai.
Ah, tous mes vieux parfums.
Charlotte rit.
Ça sent encore ?
-C'est ça que j'ai fait fabriquer. -Si, ça sent.
Wouh...
Et ça, je sais pas
d'où c'est venu, ça.
La tapisserie ?
-Oui. -J'ai un tel souvenir,
parce que c'est que des scènes de torture
où les torturés sourient.
Ils ont tous un sourire.
Ah oui, j'avais même pas vu.
Je vois les ventres ouverts. Ouais.
C'est fou de passer 12 ans...
Oui, c'est long.
Très, très, heureux.
Elles rient.
Très heureux.
Ça fait maison de poupée. Ça fait tout petit.
Mais j'ai à la fois voulu tout garder
et en même temps, en oubliant tout.
Une amnésie totale de...
-D'où étaient les choses. -D'où étaient les choses
et petit à petit, juste...
un vague...
Ça vaut le coup de l'ouvrir ?
-Oh, comment ! Oui. -Oui ?
Mais c'est un bijou.
Bien sûr, c'est un bijou.
C'est étrange pour moi
parce que ça me semble vraiment une autre vie.
-Oui. -Mais vraiment tellement une autre vie.
Mais ça n'a rien perdu de son charme, de sa beauté
ou de son originalité. Oui.
-C'est la Belle au bois dormant, ici. -Oui.
Vraiment.
J'ai toujours eu l'impression qu'il pouvait rentrer.
Mmh.
Mmh.
Y a un côté un peu voyeur.
-C'est bien, je trouve, au contraire. -Oui.
Ça lui aurait bien plu.
Après, je pense que j'ai aussi envie
de tout lâcher.
-Mmh. -De me dire que ça va rouler sans moi.
Ça ferait peut-être moins mal.
Oui.
Ce sera...
la fin de quelque chose.
Voilà.
Bravo, petit chou. Elle rit.
Bravo, petit chou.
"Lying With You"
Gémissements attendris
Je te propose pas parce que c'est encore un thé spécial.
Non, je veux surtout pas ton thé.
Spécial, spécial...
-Ça va ? -Attends.
-Celui-là ? -Ouais.
Oh merde ! Il est petit, hein ?
Non, c'est pas ça. Il est plein de poulet.
-Ah merde ! -J'ai complètement oublié.
J'ai hâte, moi, qu'Alice revienne.
Elle va revenir.
Sûr, sûr. Faut attendre peut-être un peu.
Oui, je crois qu'il va falloir que j'attende longtemps.
Longtemps, peut-être pas, mais...
Je me rends pas compte.
On a aussi une fâcheuse tendance
à penser que tout le monde nous ressemble.
Moi, je le pense toujours,
à ce que moi, j'aurais dit.
Mais en fait, ils sont pas du tout...
C'est pas nous. Non, non.
Alors, ce qui passe dans la tête d'Alice,
ça doit être : "Chic, je suis libre."
Jane rit. Oui.
Je sais pas ce qu'elle vit, je sais pas du tout.
Elle vit sa liberté.
Tu veux en dessous ou en haut ?
En haut, je pense.
Attention.
Je trouve que c'est une chance folle d'avoir des filles,
qu'elles reviennent.
Avec les histoires d'amour, avec leurs enfants.
Peu importe l'âge auquel elles reviennent,
elles reviennent.
Et ça, c'est une telle joie.
-Where is Alice?
-Away. -Away indeed is Alice.
-Where is Alice?
-She's waking up. -No, 6 in the morning.
-In whose arms?
Charlotte rit.
Alors, c'est quoi, la préférence,
Jo ?
Daisy ?
Ruby ?
Honey ?
Rita ?
Poppy ?
Rosie ?
Bonnie ?
Sugar ?
Moi, j'aime beaucoup Daisy.
Daisy et Sugar, c'est tes préférés ?
Et Poppy.
Et Poppy. Attends, je mets dans l'ordre.
Et c'est quoi, tes préférés, à toi ?
C'est exactement ça, moi.
-Et t'aimes Ruby ? -J'aime beaucoup Poppy.
On peut l'appeler Poppy.
Mais j'ai l'impression que papa aime pas Poppy.
On le laisse choisir ?
Comme tu veux.
Elle rit.
Le vent souffle fort.
... Ouah !
Qu'est-ce qu'on va faire avec le chien ?
Elle apprend à pisser sur le balcon. Un mois à la porter.
Tu les emmènes nulle part. On peut pas les poser pour pisser.
Je pensais qu'il allait être greffé à moi, mais...
Jane rit.
Il va être greffé à toi. Tu vas le porter.
Moi aussi.
Elles rient.
Ça, ça se...
-Tempête. -Yeah.
-Pauvre Charlotte, tu as vraiment froid. -J'ai pas ta résistance.
Je suis plus grasse.
Charlotte rit.
C'est joli.
Y a le soleil juste derrière toi. Ah ?
Elles rient.
Elle souffle.
Si elle est née le 9 août...
La mienne était née le 17 août.
Donc ça fait
une différence de...
-Dix jours, quoi. -De dix jours ?
Tu pensais que c'était plus ? Oui.
Ah.
Oh, je sais pas si boire du vin... À quelle heure ?
Ah, il est 18 h 45. Eh bah...
Elles rient.
Si, si, pourquoi pas.
Elle souffle.
Moi, je suis pas folle de vin.
En général, hein ?
Mais maintenant, ayant été une très grande...
Buveuse ?
J'allais dire pire.
Après avoir été malade, je pense, ça tourne.
Oui. Le goût ?
Pas la peine d'être malade
avec toutes les pilules...
C'est juste pas la peine.
T'as le droit, d'ailleurs ?
-Pas trop. -Ils t'ont dit ou pas ?
Je crois... Ils m'ont jamais rien dit.
Mais il y a des recommandations bizarres,
comme de pas boire
ou manger des oranges de Séville.
J'ai pas le droit
de manger du pamplemousse. Ah oui !
Du coup, on a une envie folle de pamplemousse.
Mais adieu les pamplemousses. Ça annule l'effet ?
Je crois que ton ami docteur a dit que ça le double.
-Oui. -Oui.
Et comme le tout est un peu dosé.
Mmh.
Et ça te fatigue pas ? Non.
-Tu le sens pas ? -Non.
Ça, c'est pour moi une leçon
de vie
que je veux avoir. Oui.
On n'a pas beaucoup le choix, tu sais.
-Bah, si. -J'ai pas eu des maladies qui sont...
qui font mal.
J'ai de la chance.
Mais y a des gens qui ont des cancers qui font mal.
Le mien, non. Je tombais dans les pommes.
Il fallait arriver à l'hôpital très vite, avoir des...
transfusions, mais ça faisait pas mal.
Le dos, t'avais quand même mal.
J'avais une maladie mystérieuse après Kate.
Oui.
Qui était... à hurler.
-Comme des rasoirs. -À hurler.
Ils ont jamais su ce que c'était. Je ne sais pas.
Je suis sûre qu'on est capable de tout, aussi.
Donc...
-Oui, de créer des choses. -Probablement.
J'ai trop froid.
Oui, rentrons.
-Ouais. -Rentrons, si tu es gelée.
Je peux pas te filmer un peu ? Non.
-Je peux pas ? -Oh non.
-Voilà. -Ça marche ?
Ouais. J'ai 1 h 21.
Ah, tu veux les éteindre ? Je peux essayer ?
Zut. Jane rit.
Mais j'adore le bruit... Propos inaudibles
Elles rient.
Coups sur la table
On dirait que t'es devant un autel.
Oui, mais fais attention parce qu'il y a un peu de duvet.
Tu peux te mettre le feu sur toi-même, attention.
Jo chantonne.
On fait attention, alors qu'on faisait attention à rien.
Je veux dire,
maintenant, on fait tellement attention à tout, à sauter...
On est beaucoup plus précautionneux.
Vous ferez ce que vous voudrez,
mais je pense que là, je suis au bout.
Je pense que j'aurai plus l'énergie de...
De bouger ?
Mmh, non, je crois pas.
-J'étais très inquiète quand t'as... -C'est vrai ?
Oui, quand t'as voulu partir d'ici.
J'étais très heureuse que ça capote.
Tu aimes aussi les choses qui ne bougent pas.
-Oui, c'est rassurant. -Mmh, bien sûr.
Cris des goélands
Il faut que je pense
à mettre les choses à votre nom
sept ans avant de mourir.
Petit rire Donc il est temps. Non mais c'est vrai.
Cette histoire de mon père
où sa grand-tante était morte
six ans et demi
avant qu'elle aurait dû.
Après quoi, les enfants
payaient très, très peu de...
duties.
Et elle est morte en été,
alors qu'elle aurait dû mourir à Noël.
Mais ils ont dit :
"C'est pas grave, on a un congélateur."
Je me souviens de cette histoire.
Et ils ont mis Maude dans le congélateur
et le docteur de famille était dans le coup.
Donc quand ils l'ont ressortie
à Noël,
pas de problème.
Elle rit. Sauf que le docteur est mort.
Ça fait qu'ils ont demandé d'avoir une autopsie.
Et là, ils ont dit :
"Il y a des fraises dans son ventre."
"Vous êtes eus, tous."
Et ils ont dit : "On a un congélateur."
Elle rit.
C'était fin, comme histoire, hein.
Comme dirait M. Touffet... Ouais.
"C'est très anglais, ça."
Jane rit. Il disait ça ?
Quand j'ai dit que j'aimais tellement mon papa
que je voulais l'empailler et le garder sur une chaise,
il disait : "C'est très anglais, ça."
Elles rient.
Ça, si on les met dans...
On doit mettre du vin blanc ou on peut les mettre tels quels ?
Vous pouvez les mettre tels quels.
-Si j'en fais, vous en voulez ? -Oui, oui.
-Très bien. -Combien ?
Alors, on est...
On est combien ?
Huit, à peu près. Huit, dix.
-Pour huit. -Quatre kilos.
-Oui. -C'est bien ?
-C'est très bien. -Allez, c'est parti.
-Y a plus de lumière. -Tout d'un coup, c'est...
Faut y aller vite, regarde, c'est tout...
Comme c'est derrière un drap.
Je vois pas très bien comment ça peut marcher là.
Musique électro
J'y vais comme ça, peut-être, j'ai l'impression qu'il y a pas...
C'est quand, tes premiers somnifères ?
Elle rit.
Euh...
Avec John Barry, quand j'étais mariée.
Et il me semble que papa m'en donnait déjà
quand j'avais 16 ans.
Oh.
Et avec John Barry, j'avais 17.
Et à 18, il m'en donnait carrément deux
pour que j'arrête de jacter toute la nuit.
Mais 16, il te les donne...
Non, c'était ceux de papa.
-Mais parce que t'as des insomnies ? -Oui.
Des insomnies depuis que j'étais toute petite.
Je sais que c'est depuis très petite.
Le docteur de famille a dit qu'il fallait me donner un whisky.
-Oui ? -Oui, et puis des somnifères.
-Très petite. -Et en pension ?
En pension, y avait rien du tout, malheureusement.
Toutes les soirées, dans le dortoir :
"Y a quelqu'un qui est réveillé ?" C'est vrai ?
Oui, et comme y avait zéro réponse, juste des ronflements,
j'ai cessé de demander si quelqu'un était réveillé.
Ah oui donc vraiment,
t'as un souvenir de pas pouvoir dormir ? Oh oui, terrible.
Et j'avais toujours stocké des aspirines junior
que j'achetais chez le Prisunic anglais, chez Woolworths,
au cas où.
Ça avait un effet ?
Bah si on en prenait trois ou quatre ou cinq ou six, oui.
Léger rire
Et...
Et après, je pense que papa m'a donné un des siens
et c'était génial.
Et après...
-Tu t'es jamais arrêtée ? -Non.
T'as jamais essayé ?
J'ai arrêté quand j'étais enceinte de...
De toi, non.
Je crois que je prenais des somnifères. Je suis pas 100 % sûre.
Je suis pas 100 % sûre pour toi.
Je sais que pour Lou, j'ai arrêté.
Et t'arrivais à dormir ?
Bah, c'était pas grave de pas dormir.
Ouais, ouais.
Toi, tu arrives à dormir, non ? Avant une première à Paris ?
J'ai peur. J'ai très, très peur.
Mais est-ce que tu peux dormir ?
Oui, quand même, je finis par dormir.
Mais là, par exemple, je me suis réveillée à 4 h, d'angoisse.
-Pour ça ? -Ouais.
Elle rit.
Elles rient.
Non, mais je...
Je peux pas faire sans trac.
Et tu te souviens
d'aller te coucher avec les hommes avec lesquels t'as vécu ?
Maintenant, t'es habituée à vivre seule.
Oui.
-Et avoir une routine seule. -Oui.
Mais t'en avais une avec les différents hommes ?
Déclics de l'appareil photo
Bah je suppose, mais je pense
que j'ai rendu dingue John Barry.
Je dormais pas, je voulais qu'il me dise des choses gentilles,
je voulais qu'il me rassure. Ouf.
-D'où la première idée de pardon. -Oui.
Déjà avec John, quand je lis mon journal, c'était déjà ça.
Après ça, avec Serge, on était tellement ivres que...
-Tous les soirs ? -On prenait tellement de somnifères.
On buvait comme des trous.
Enfin, c'était quand même fou.
Petit clic Charlotte rit.
J'aime bien celui-là. Elle rit.
Il te ressemble beaucoup. Juste un petit "tac".
Un petit coup.
"Tac".
C'est tout doux.
Petit clic
Mais après, avec Jacques,
t'arrêtes complètement l'alcool...
J'arrête complètement l'alcool et...
Mais par contre, j'arrête pas du tout les somnifères.
Ouais.
Je me souviens que le pauvre Jacques était très peiné
parce qui lui avait une peur bleue du noir.
Ah ?
Donc ça fait qu'il laissait l'armoire
un peu ouverte pour avoir un petit craquement de lumière.
Moi, je devenais dingue.
En plus, je suis de très mauvaise disposition la nuit.
J'avais un lit avec des rideaux tout autour.
-Oui, c'est vrai. -Mmh.
Oui, donc lui, j'ai compris après.
Après, il m'a dit : "Je détestais dormir dans le noir.
"Je détestais avoir une couverture lourde."
Moi, je mettais des valises sur moi.
Mais pourquoi ?
Pour me sentir en sécurité.
-Du poids ? -Du poids.
Et j'ai jamais pu dormir, comme les gens, à poil.
Il fallait avoir quelque chose qui monte sur le cou.
Parce que sinon, j'ai peur qu'on vienne me poignarder dans la nuit.
Ah, j'avais ça, petite, de mettre la couverture jusque-là.
Parce que ça faisait marrer Serge
que j'étais à poil dans la journée et la nuit...
Très emmitouflée. Elles rient.
Jacques, c'est quand on s'est séparés
qu'il m'a déclaré qu'il avait horreur de ça.
Pour lui, c'était comme être
dans la boîte à mort. Comment on appelle ça ?
-Un coffre... Un cercueil. -Oui.
-Mmh. -Mmh.
Léger rire
Je comprends.
Je comprends.
Piano
Est-ce que t'aimes rester au lit le matin ?
Pire. Si j'ai rien à faire,
je sors, je fais pipi, je me dis :
"Faut se réveiller. L'alarme a sonné. Mais qui vient aujourd'hui ?"
Personne. Je me remets au lit.
C'est un déchirement de sortir du lit.
Parfois, je sors, si y a rien et personne...
à 3 h de l'après-midi.
Han, c'est vrai ?
Oui, c'est tellement tentant.
Tellement tentant. Han. Mais en faisant rien ?
En faisant rien.
Ça, ça m'est arrivé depuis Kate.
-Après Kate, ouais. -Ouais.
Avant, je pense pas
que j'ai fait ça du tout, mais...
Mais après Kate, oui.
Juste regarder le plafond et ce tissu que j'avais dans ma chambre à coucher.
J'ai regardé ce tissu-là
pendant deux ans.
-Ah oui ? -Sans...
Sans rien faire du tout.
Mais c'est pas démoralisant.
Je pense que ça arrive à beaucoup de monde, plus vieux.
"Kate"
Pourquoi tu crois que t'as pas eu un autre enfant avec papa ?
J'ai pas eu un autre enfant avec lui...
J'espérais un peu, en fait, malgré tout, mais...
Parce que je voulais pas être injuste avec Kate.
-Oui. -Il y avait Kate de John Barry.
Il y avait toi.
Je voulais pas que la balance soit injuste pour elle,
que ça fasse tout à coup famille. Oui, t'as raison.
Et qu'elle aurait été...
mise à part.
Alors, c'est des idées stupides, hein.
Non, non, c'est vrai. Et aujourd'hui,
c'est drôle de voir un enfant par père.
C'est... Oui.
Ça a une logique.
Oui, finalement, oui.
Toute cette période-là, t'y penses plus ?
Ah, j'y ai tellement pensé.
La culpabilité a duré des années et des années.
Les doutes, les questions, quand tu parlais du sommeil hier...
Elle tousse.
Si j'ai du mal à dormir,
c'est parce que je rembobine tout.
"Eh oui, mais si j'avais fait autrement ?
"Est-ce que j'aurais dû faire autrement ?"
À propos de tout, je veux dire. Oui, bien sûr.
Tout le temps, tout le temps.
Donc j'envie les gens qui peuvent roupiller
du sommeil du juste, comme on dit.
Il me semble que je suis toujours tourmentée à cause des...
-Des décisions ? -De la culpabilité.
Je me demande si c'est pas ma faute, si j'aurais dû faire autrement.
À propos de tout.
Mais tu l'as pas moins, la culpabilité ?
Non, mais c'est se poser les questions.
Hier soir, je me suis dit :
"Mais quand même, j'ai pas pris des somnifères enceinte ?
"Qu'est-ce qui m'a pris de dire ça ?"
Avec toi
et avec les images qu'on voit, avec les balançoires,
je prenais rien du tout. Ouais.
Enfin, on se fait des histoires.
Parfois, je me demande si je dis la vérité.
J'ai tellement raconté les choses que c'est devenu...
C'est devenu l'histoire.
-Oui. -Ça fait craindre les vraies histoires.
Et l'histoire même des peuples.
On se convainc
que c'était ainsi, mais c'était peut-être autrement.
-C'est ça. -Alors bien sûr, avec les tragédies
comme Kate... Oui.
Tu refais l'histoire. "Si j'avais appelé",
"si je l'avais emmenée avec moi sur la tournée",
"si..."
Voilà.
Tu te donnes des versions,
alors que c'est plus la peine.
C'était comme ça, et...
Et ça, ça peut faire des années de retour en arrière,
de se demander si ça pouvait être autrement
si toi, tu avais fait quelque chose de mieux.
Ouais.
Évidemment.
Mais je sais que j'ai pas tout à fait bien fait,
pour vous deux, pour toi et pour Lou.
J'ai pas pensé assez à vous.
C'est-à-dire ?
Euh...
À votre détresse à vous.
J'étais tellement dans la mienne.
Ben c'est normal.
Mais je me suis longtemps jugée mal
à cause de ça.
Oui, mais c'est normal.
Moi, quand je repense...
à l'après,
t'as disparu, et c'était normal que tu disparaisses.
Mmh.
Mmh.
Je pense que tout le monde fait pas cette même erreur.
Et c'est vrai que la place...
d'un enfant mort...
On parle des personnes mortes beaucoup plus
que des personnes vivantes.
Enfin, on fait exprès de les inclure dans les conversations,
de pas faire comme si vous avez eu deux filles.
Vous en avez eu trois.
Et peut-être qu'on en parle davantage encore.
Et certainement avec une glorification
qui est propre aux morts.
Ouais.
-Et on monte d'un cran. -Mmh.
De quelqu'un d'aussi optimiste que moi, tout à coup,
tu te rends compte que quelque chose peut arriver.
J'avais des nuits d'inquiétude
en me demandant...
enfin, en me disant
que j'avais mis au monde trois individus
qui allaient mourir.
Donc de quelle manière ?
Est-ce que Kate allait avoir un cancer ?
Est-ce que tu aurais un accident de voiture ?
Est-ce que Lou... Enfin... Oui.
Toutes les possibilités.
Le fait que je sois pas là pour vous réconforter,
que je serai pas là.
Je vous aurais mises en orbite
et quoi ? On se tire ?
Donc c'est...
De pas pouvoir être là,
et pourtant, de...
Le cauchemar, c'est d'être là, en fait.
Bruissement des vagues
Je regarde pas. J'ai regardé aucun film depuis que Kate est morte.
J'ai quand même énormément de Super 8.
J'ai pas le courage.
Tous les souvenirs de toutes les vacances
sont forcément avec elle. Bah oui.
Tous les Noëls...
Donc j'ose pas regarder.
Peut-être ça ferait du bien.
Je suis pas sûre.
Son du projecteur
-C'est comme une autre vie, un peu. -Oui, c'est ça.
En fait.
-Oui. -Parce que c'est...
Popopopo...
Je préfère pas regarder. Non, regarde pas.
On peut arrêter.
Musique électro
... Bruissement des vagues
-Ce documentaire m'aura rendue tellement sentimentale.
J'ai Jo en tête, et ses "Je t'aime".
Plus je te regarde, plus je t'aime.
Je t'aime depuis toujours.
Mais je le comprends si bien aujourd'hui.
Pourquoi apprend-t-on à vivre sans sa maman ?
Il me semble que c'est un but qu'on se donne.
S'affranchir à tout prix.
J'ai pas envie de m'affranchir.
J'ai envie de me coller.
J'ai pas confiance en moi.
Pourquoi ?
Je voudrais être comme toi,
faire confiance à la vie.
Il me semble que c'est ta philosophie.
Être sans méfiance,
croire en l'être humain, les gens.
Être curieuse de tout, proche de tout, de tous,
sans filtres.
Aujourd'hui dans mon état,
j'aurais besoin que tu m'apprennes à vivre.
Que tu me réapprennes, comme si j'avais pas compris,
comme si c'était qu'une répétition.
J'ai peur de ta maladie,
peur de ton âge,
peur du temps qui ne s'arrête pas, qui défile trop vite.
Ce sont des paroles maladroites.
Mais quoi ? Il faudrait faire comme si rien n'arrivera ?
Que tu seras à mes côtés à tout jamais ?
Qu'une vie sans toi, ça n'existe pas ?
On aimerait savoir que l'autre n'a pas peur,
que l'autre est en paix, serein.
On aimerait en parler, et puis pas du tout.
C'est juste pour se rassurer.
Aujourd'hui, je cherche les détails existants qui me rassurent
et m'apportent une tranquillité, une chaleur.
Je les trouve près de toi, à ton contact.
Je veux profiter de ma chance
et la faire durer.
... Propos inaudibles
Bruissement des vagues
Merci.
"Je voulais être une telle perfection pour toi !"
Tu t'en souviens ?
Les murs brillaient comme des toilettes publiques
Paris s'ouvrait devant nous comme un coffre à bijoux
Finie, la vie de bonne sœur
Me voilà défroquée
C'était bien quand même tous les trois ensemble
Ils te faisaient rire
Comme j'aimais ça, lui et toi
Même quand vous vous voyiez sans moi
Quand j'étais partie
Je prends trop de place
Même pour moi, je prends trop de place
-Je voulais être une telle perfection pour toi
Je voulais être une telle perfection pour toi
Je voulais être une telle perfection pour toi
Je vais nulle part, je m'échappe pas
Je ne bougerai pas jusqu'au lever du jour si tu me le demandes
Je voulais être sage pour qu'on m'aime
Courageuse pour qu'on m'admire
J'ai sauté du toit pour papa
Je faisais le guet pour mon frère alors que je mourais de peur
Je regrette que tu m'aies pas vue quand j'étais enfant
J'étais violente aussi
J'ai cassé la tête de mon frère avec une pomme de pin
Je me suis cachée dans un arbre et je l'ai visé
Parce qu'il se moquait de moi
J'ai même tué pour toi
Je suis devenue un assassin
Je voulais être une telle perfection pour toi
Je voulais être une telle perfection pour toi
Pour toi
Je t'ai regardé si fort dans le noir
Que tu aurais dû sursauter au milieu de tes rêves
Dors, tu m'emmerdes
Je te hais
Tu m'as tuée
Tu en as tué d'autres ?
Les cadavres, ils ne reviennent pas la nuit pour te soulever les paupières ?
Autrefois, je te faisais rire
Je voulais être celle que tu aimes le mieux
Non, je te réveillerai pas de ton sommeil égoïste
Pour te dire quoi ?
Musique rock
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