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45 JOURS LOIN DE TOI
CHAPITRE 1
JULIA A LONDRES
- J’ai du mal à le croire. - Moi aussi.
Je t’avais jamais vu comme ça.
- Impulsif ? - Non, courageux.
T’as plein d’autres qualités...
Quoi que je sois...
J’apprends beaucoup de choses...
Ca va être génial ! Une detox émotionnelle.
- Tu connais Londres ? - Non.
- Tu parles anglais ? - Non plus.
Ce sera plus dur que prévu !
Je suis sapée pour sortir.
- C’est obligé ? - Bien sûr !
Faut changer l’expression sur ton visage. Suis-moi.
C’est lourd ! Y a une bombe là-dedans ?
On est chez Cath.
C’est ça.
Vous allez pas vous croiser.
Fallait pas. Mais je peux vraiment pas.
C’est pas pour toi.
Tant mieux.
Ces chocolats sont un rituel.
C’est lui qui me les a offerts.
- Comment il s’appelle ? - On ne prononce pas son nom.
Ecris-le sur un papier et mets-le au congélo. C’est infaillible.
Après 45 jours à l’étranger, il est revenu chez moi...
et m’a offert ça... 5 minutes avant de rompre.
Pourquoi les avoir amenés ici ?
Mon chagrin devrait disparaître, quand il n’y en aura plus.
Raconte !
- Quoi ? - Tout.
Faut que ça sorte. Tu veux te venger ?
- C’est ma spécialité. - Laisse tomber.
Sortons.
Je suis pas prêt pour en parler.
Fils de pute !
Je suis furieux ! Je me sens con.
C’est normal.
Ce genre de chagrin...
je pensais que ça passait à l’adolescence.
Que faire de tout ça ?
Je croyais que tu voulais faire la fête, mais...
C’est humiliant.
On vit dans ce monde, on y croit,
et tout à coup... c’est fini.
Ca devient un carnage.
T’as déjà ressenti ça ?
Etre inadaptée au monde ?
Généralement je bois un shot.
Je passe jamais par ici de jour.
C’est beau, la nuit.
L’hiver nous fait sentir notre corps.
Tes émotions, c’est de la biochimie.
Un chagrin d’amour, c’est une brûlure d’estomac.
Ca passera. Le printemps arrive.
L’équinoxe doit pas être loin.
C'est quoi ? On dirait le nom d’un attentat.
C’est quand la nuit et le jour ont la même durée. Deux fois par an.
On n’aura pas duré 2 équinoxes.
Rafael, arrête ! Assieds-toi.
Fais la liste des 10 choses que tu veux le plus au monde.
- Maintenant ? - Oui.
- Quoi par exemple ? - C’est à toi de répondre.
Des choses possibles ?
Qu’est-ce qui serait impossible ?
Voler.
Respecte-moi et ma liste !
- Allez ! - D’accord.
Rencontrer Ben Whishaw.
Peu probable, mais possible.
Ensuite ! Note-le dans ton téléphone.
Vas-y !
On ne partira qu’une fois la liste terminée.
Je veux que tu te noies
JOUR 2 Dans une piscine d’huile bouillante
Criant à l’aide Quand je t’offre
Un shot de rhum Pour te réchauffer
- Tu dois être l’ami de Julia. - Oui.
Enchantée, je suis Cath.
Pourquoi il fait si chaud ?
Faut toujours lui répéter d’éteindre le chauffage !
Julia...
Ok. Fais comme chez toi. Sers-toi.
Pour le petit déjeuner, je te montre.
On a des céréales...
du thé... du café, du porridge...
Prends ce que tu veux.
Y a du lait...
des yaourts...
Du houmous peut-être...
Je sais pas ce que vous mangez au Brésil.
Mais ne touche pas à ça ! Julia te tue si tu y touches.
Super.
Vous avez bien fait la fête ?
Elle a trop dépensé en alcool ?
Après elle a plus d’argent pour le loyer...
Mais elle le mérite. Elle était si contente...
Pour le National Theatre... J’ai aussi passé l’audition.
Mais Ophélie est un rôle féminin discutable...
"Hamlet" est une pièce surfaite...
Julia, je comprends rien.
- Salut ! - Il te comprend pas.
Mais si.
Il est trop beau. Un Hercule des tropiques...
Il est homo.
C’est ce dont j’ai besoin...
Pourquoi t’es déjà rentrée ?
J’ai passé des essais... pour un James Bond.
- Sérieux ? - Malheureusement, oui
Parfait pour une féministe.
Je vais me changer.
Tu dois te déshabiller ? Besoin d’aide ?
Mets-toi en maillot ! Il fait beau !
Ophélie ?
- C’est nul, je sais. - C’est génial !
C’est quand ?
Ils hésitent encore entre 2 actrices.
Mais Ophélie est une ado, et moi une mamie.
En plus d’être folle et chiante. Je hais la folie !
La folie est une question de point de vue.
Peut-être que j’y crois pas trop.
Ou bien tu te protèges de peur d’échouer ?
Je suis contente que tu sois là.
Cath, j’ai du mal à la cerner.
Je m’en suis jamais servi.
C’est un cadeau.
- De celui dont on tait le nom ? - Non, de Daniel.
- J’avais oublié ton autre ex. - A quand remonte ton dernier ex ?
Je me pose la question tous les jours. En vain.
- T’as pas suivi quelqu’un à Londres ? - J'ai suivi l’amour et le théâtre.
L’amour est parti, le théâtre est resté.
Londres est une ville de passage.
Y a des gens incroyables,
mais en même temps, rien ne dure.
J’ai perdu mon collier.
- Tu l’as pas vu ? - Je crois que tu es sortie sans.
Orlando, c’est moi. J’ai dû oublier mon collier chez toi.
J’arrive pas à te joindre. Rappelle-moi. Merci.
- C’était qui ? - Orlando.
Une histoire compliquée.
On a couché ensemble y a une semaine, j’ai dû l’oublier là-bas.
Cath, t’aurais pas trouvé mon collier à la maison ?
Merci. A plus.
Vous n’auriez pas vu une chaîne en or avec un moulin en pendentif ?
Non.
Salut Klas. Je suis partie vite de la répétition
J’ai dû faire tomber mon collier.
Si tu le retrouves, mets-le de côté.
Si tu deviens hétéro, je suis là. A plus.
Orlando, j’attends ton appel.
Tu l’as retrouvé ? Réponds-moi. Merci.
J’ai l’air d’une méchante ?
Détends-toi, j’en ai vu d’autres. Je suis actrice.
Julia croit que je lui ai volé son collier.
Elle le sous-entend en tout cas.
Ca suffit !
Pourquoi vous m’avez pas invitée à votre beuverie ?
J’ai perdu mon collier, j’arrive pas à joindre Orlando,
- j’avais besoin de me défouler. - Connard d’Orlando.
Pourquoi tu écoutes cette musique insupportable ?
Parce que je te déteste.
C’est bon ?
Encore 2 minutes.
- T’as des cheveux blancs ? - Non.
Tu comprendras pourquoi on s’accroche tant à notre jeunesse.
Tu veux que je m’occupe de tes cheveux ?
Elle veut s’occuper de tes cheveux.
A 30 ans, tu te prends la réalité en pleine figure.
Rien à voir avec Ophélie.
J’y crois pas. L’autre actrice est bien meilleure.
Elle a joué avec Jude Law.
- C’est bon. - Tu crois ?
Il veut que je l’emmène quelque part ?
- Au musée. - Génial !
Sans moi.
J’ai répétition aujourd’hui. T’as quartier libre.
Ne lui dis pas.
Raconte-moi.
Il s’est remis avec son ex
qu’il avait pas revu depuis 2 ans et qui vit à Chicago.
- Il est parti vivre à Chicago ? - Non, Rio.
- Mais vous étiez ensemble ? - C’était tacite.
Il était en pleine découverte de soi, il voulait voyager.
Je vois.
Il est allé à New York apprendre l’anglais.
Bon sang !
Je l’ai attendu pendant 45 jours.
Amoureux comme jamais. Je faisais des plans sur la comète.
Au début ça allait, comme une relation à distance.
Mais les 15 derniers jours, il est devenu bizarre.
Il a dit qu’il allait voir son ex, à Chicago.
Qu’ils avaient des choses à résoudre,
que c’était une formalité.
Et qu’il avait aucun doute sur notre couple.
A son retour, il était chamboulé, et disait que ça avait été "intense".
Ce mot me hante encore.
Comme Chicago. Et son ex...
Un intellectuel qui écrit des thèses sur l’amour...
qui a lu les “Fragments d’un discours amoureux“ de Barthes !
- Et qui est super sexy. - Comment il s’appelle ?
Non.
- Pas de nom non plus ? - Non !
Bref, celui dont on tait le nom est rentré pour rompre.
Il s’est trouvé et est retombé amoureux de son ex.
Même s’il n’a pas dit ça comme ça.
J’ai pas tout compris.
En résumé :
ils sont ensemble parce que son ex est rentré au Brésil.
Non ! Il est resté à Chicago.
- J’ai rien compris. - Moi non plus !
C’est pour ça que je suis là.
JOUR 6
C’est moi ou il fait froid ?
Température idéale pour le corps humain selon Google.
Sa vie est une répétition de “La Mégère apprivoisée”.
Une seconde.
C’est Orlando ?
- Non. - C’est lui !
Il va la vampiriser.
Klas, c’est censé être un rendez-vous galant ?
Je crois. Mais personne ne le lui a dit.
Très bien.
Je savais pas que tu parlais portugais.
A toi, Julia.
Un instant.
J’ai bien compris ! J’arrête pas d’y repenser...
- Et si on fumait un joint ? - Oui !
Qui gagne ?
Personne, tout le monde perd.
Pas faux.
J’ai gagné la dernière fois.
Fait chier !
Merde. Qu’ils aillent tous se faire foutre !
Merde.
Pourquoi la vie est comme ça ?
- C’est ta mère ? - Oui.
Elle a un cancer.
Et ça empire.
Ca ne fait qu'empirer. Enfin, c’est ce qu’ils me disent.
Peu importe le National Theater, après 8 ans à l’étranger.
A quoi sert le théâtre ? C’est qu’un parfum illusoire.
Putain de cancer.
Putain de cancer.
Plus de vin pour toi...
Un thé, d’accord ?
Viens.
Julia m’a dit que t’avais des problèmes.
Oui, avant.
Enfin, encore maintenant.
Mais bon...
Maintenant ça semble dérisoire.
Sans importance.
Alors...
Désolé.
Désolé, Klas.
Désolée.
- T’as pas le droit. - Je les remplacerai.
D’accord.
J’ai fini la liste. Tu devrais en faire une aussi.
Voici l’expression la plus vraie et la plus fausse au monde :
"tout ira bien".
Mais c’est la vérité. Tu le sais, non ?
Oui et non.
Coucou, ma belle.
Je viens d’écrire une chanson qui devrait te plaire.
Désolé de pas avoir répondu à tes appels, textos, emails...
Je trouve pas ton collier. Mais viens ce soir.
Y a une fête, ce serait super de te voir.
Je t’embrasse.
JOUR 12
C’est mon endroit préféré.
Pas étonnant.
A moi aussi peut-être.
J’ai eu une révélation.
Je serai pas Ophélie. Ca n’a pas de sens.
Le théâtre est une idiotie.
Ce que tu viens de dire n’a pas de sens.
- Elle a les mêmes doutes que toi. - Ophélie ?
Oui.
C’est dur d’être le fromage d’une souricière.
Et toi ?
- Je serai jamais Hamlet. - T’es mieux que lui ?
Parfois je me croirais à São Paulo, au fond d’un trou,
face à l’hologramme d’une autre réalité.
C’est qu’une perte de temps, d’énergie et d’argent.
Mais c’est la définition de la vie :
une perte de temps, d’énergie et d’argent.
- C’est quoi ? - Ouvre-le.
C’est cool que tu sois venue.
Je dois m’occuper de la musique, alors servez-vous à boire...
- Il essaie de se rattraper. - Je dois aussi me rattraper.
Dis-lui... qu’il est super, et que le problème vient de moi.
- Qu’on peut être amis, aller au ciné... - J’ai compris.
- C’est vrai ? - Oui.
- A la vôtre ! - A la vôtre !
Rafael veut que tu saches que tu es très beau ce soir.
Il s’excuse pour l’autre fois et veut se rattraper.
Il a aussi dit des trucs cochons que je ne peux pas répéter...
C’est qui ce mec ?
Je l’ai vu aussi !
Il est norvégien, l’autre suédois, ça va être une guerre scandinave.
Il m’a fixé, je sais pas ce que ça veut dire ici.
Mariage !
Un Norvégien qui te fixe...
Bouge pas.
J’ai une idée.
- Pourquoi tu le cachais ? - Parce que...
Je le cherchais partout !
- C’est pour ça. - Quoi ?
- Je l’ai caché... - Oui ?!
- parce que tu le cherchais. - Pourquoi tu me l’as pas rendu ?
Parce que je t’aime.
- Je te le gardais. - C’est le contraire de l’amour !
Chut... Julia !
Tu es trop bizarre... Une vraie Brésilienne perchée.
Le... "génocide" a déjà eu lieu ?
- "L’équinoxe", Julia. - C’est ça.
Ca te parle "la récurrence éternelle" ?
Nietzsche ? Celui dont on tait le nom l’adore.
- Dis-moi son prénom ! - Non !
Tu le pisteras sur internet, tu lui écriras bourrée...
Que quand je serai sobre.
- T'es resté longtemps avec Daniel ? - 8 ans.
Ca redéfinit mon concept de résistance.
- Pourquoi avoir rompu ? - Parce que les cycles ont une fin.
Comme les séries télé.
Ca pourrait continuer indéfiniment, mais mieux vaut finir au sommet.
- Fröde m’a demandé de tes nouvelles ! - "Fröde" ?
Le Norvégien.
- Pourquoi il est pas là ? - Il vit à Paris.
Il était là pour le week-end.
- Il revient souvent. - Je repars dans 2 jours.
Tu viens à peine d’arriver !
Ta dernière audition pour Ophélie, c’est demain ?
Tu veux que je te donne la réplique ?
Je veux pas y penser.
On verra bien !
- Je ferais le fossoyeur. - Qui met Ophélie à l’épreuve ?
Non. Dans la vie.
C’est mon état d’esprit.
Fais une liste des gens qui ont envie de toi.
Y en a au moins 10 dans ce parc.
- Pas mal comme perspective... - Peut-être.
Si l’un d’eux était aussi intéressant que lui.
Si tu pouvais être avec lui maintenant, tu le ferais ?
- Avec Fröde ? - Non, celui sans nom.
- Pour faire quoi ? - Je sais pas.
- Ce que tu aimais le plus avec lui. - Bien sûr.
C’est pas évident ?
Tu trouves ?
C’est dur de faire la différence entre notre vanité blessée,
notre orgueil, et notre réel désir pour quelqu’un.
Merde. Le fermoir doit être cassé.
Je vais encore le perdre.
Pourquoi ça t’a tant affectée ?
Ma mère me l’a offert.
J’ai compris.
On peut en parler demain ?
Je l’ai noté dans mon agenda.
J’ai compris !
On se rappelle.
Tu vois quelque chose ?
Je galère...
Son épiderme est étrange.
Comment s’est passée l’audition ?
Ophélie et moi sommes sur la même longueur d’onde.
Au bord de la folie ?
En lutte avec la question éternelle.
Comment aimer dans un monde capitaliste où le pouvoir détruit la nature humaine ?
Ou comme dirait Shakespeare : “que fais-je de ma putain de vie ?”
Et ton audition ?
Je me repose trop sur ma jeunesse.
Non ! J’atteindrai la gloire à 50 ans, avec ma voix de fumeuse,
buvant bloody mary, sur bloody mary...
C’est déjà ta vie !
Non.
Mais sérieusement...
Tu seras toujours la même dans 30 ans.
- Je vais pas dormir ici. - Amuse-toi bien.
Merci. Ne t'en fais pas.
Tout va bien se passer.
Comme c’est étrange.
Il semble que nous devions nous séparer pour toujours.
Ainsi va le monde.
Tu fais quoi ?
J’essaie de comprendre.
La culpabilité se trouve dans la plante des pieds.
Comme une écharde.
Et on marche dessus, sans cesse...
- Et l’audition ? - J’ai eu une révélation.
Je reste à Londres.
T’as fait quoi de ta journée ?
J'ai fait...
Une surprise à Fröde.
J’ai cru à la fugacité des rencontres.
J’ai rêvé d’un jour ou d’une nuit d’amour à Paris.
Paris pouvant régénérer l’esprit.
J’ai vu son adresse sur Facebook,
dure à trouver car tout était en français.
A Paris que faire d’autre que voir Paris.
Je me suis perdu. Je l’ai pas trouvé.
Peut-être qu’il y travaille plus. C’était la merde,
mais bon à Paris, c’est une jolie merde.
Je l’ai cherché ailleurs.
Je lui ai écrit, il m’a pas répondu.
Paris m’a pas coupé l’envie de me jeter dans la Seine
ou de me noyer dans l’alcool et ma bêtise.
J’ai repris le train, j’ai voulu pleurer en vain.
J’ai voulu me jeter dans la Tamise, peut-être plus profonde que la Seine.
J’ai encore bu.
J’ai accepté d’être un auteur fou qui a besoin d’un docteur...
Et me voici.
Julia, j’ai décidé d’aller au Portugal.
Il paraît qu’on y fait que le strict nécessaire. Pour tout.
Un cœur brisé est une forêt en mouvement.
Merci de m’avoir protégé de la mienne.
Je t’aime,
R.
PS :
Il a le nom du deuxième soldat dans "Hamlet".
CHAPITRE 2
FABIO A COIMBRA
Rafael ! Désolé de ne pouvoir t’accueillir.
J’ai dû aller chez Manoela.
Tout allait bien, mais plus maintenant,
ça va rentrer dans l’ordre, jusqu’à la prochaine fois.
Fais comme chez toi. A demain !
T’es sûr que je vais pas être un fardeau ?
JOUR 16 Je suis content que tu sois là.
C’est une bonne idée.
J’ai déjà pris le premier vol...
pour retrouver Manoela.
Et alors ?
Après 3 jours, j’y ai laissé mon âme.
J’ai récupéré mes affaires pour vivre avec elle pour de bon.
Ca a duré 6 mois.
Il y a 3 ans.
Le Fabio que j’ai connu n’était pas romantique.
Depuis mon but, c’est briser les paradigmes.
Je vais être iconoclaste.
Commence.
J’ai jamais fait ça.
Ce sera notre première fois.
Pourquoi ici ?
C’était pas mon but, mais j’ai été pris.
La formation dure 3 ans.
- T’as quel âge ? - 33 ans, dans 14 jours !
- Le Brésil ne te manque pas ? - Si !
Comme mon travail, ma famille, mon chien...
On peut pas tout avoir.
J’aime que les choses me manquent. C’est mieux que de se plaindre.
Et Manoela ?
Quand on est ensemble, c’est génial. Inexplicable.
Mais entre sa thèse, et ce que je fais,
l’inexplicable ne fait pas le poids.
- Tu fais quoi ? - 1er cycle universitaire.
J’ai abandonné la littérature et le cinéma.
Je veux être simple étudiant.
J’adore écouter les profs. J’aimerais ne rien avoir à écrire.
Le pire dans mon projet, c’est d’avoir un projet.
Et ne pas avoir 19 ans.
JOUR 17 Aux dernières nouvelles,
ta relation de 8 ans se terminait.
- Il y a 6 mois. - Ca s’est bien passé ?
Incroyablement.
Daniel est extraordinaire.
Et...
- On ne dit pas son nom. - Le salaud.
- Oui. - Il t’a vraiment quitté ?
- Sans se retourner. - Quel salaud !
- Comment te sens-tu ? - Ca dépend.
Parfois de la rancune.
Puis de la haine.
Et l’envie qu’il crève.
Il te manque pas ?
Et lui ? Tu lui plaisais ?
Si cette souffrance n’était qu’à moi,
- alors elle devrait même pas exister. - Problèmes de blancs.
Mais je comprends.
- Vous êtes toujours en contact ? - Plus depuis la rupture.
Ca redéfinit mon concept de résistance.
Le pire, c’est que...
c’est plus simple de croire qu’y a personne d’autre d’intéressant.
Qu’après Daniel, j’ai besoin de personne.
- C’est un mensonge. - C’est pas une nécessité.
Tu sais bien que si.
On veut que ce soit une nécessité. Mais en fait non.
- C’est déjà créer un besoin. - C’est une bonne chose ?
Tu veux ressentir ça pour combien de personnes ?
C’est toujours effrayant et merveilleux d’aimer quelqu’un.
Peu importe ce qu’on pense savoir de la personne.
Je viens de détruire un gros paradigme.
Je suis un gros romantique.
Il y a aussi des épiphanies. Désormais j’en ai une par jour.
C’est vrai !
C’est de moi ! J’ai recouvert les murs de mon cœur.
On l’a égratigné, c’est encore plus lourd de sens.
Métaphore simple, projet simple, mais je le regrette déjà.
Pensée, action et regret le même jour.
Peut-être que notre plus gros héritage
est l’ensemble de nos histoires d’amour...
Ou préfèrerais-tu que ça n’ait jamais eu lieu ?
Ca a du sens.
L’amour, c’est comme l’électricité.
Ca a toujours existé et existera toujours.
Il a failli mourir électrocuté.
Parfois ça tue, parfois ça réanime.
Arrête d’y penser. Regarde ce palmier.
C’est là que Gonçalves Dias a écrit "La Chanson de l’exil".
Sérieux ?
Peut-être pas celui-là même. Mais l’un d’eux.
JOUR 20
FRAGMENTS D’UN DISCOURS AMOUREUX
- Lisbonne ?! - Je suis fière de cette décision.
Tu confonds impulsivité et décision.
On en parle depuis des semaines.
Et on a dit qu’on restait à Coimbra.
On a rien décidé. On a arrêté d’en parler.
Quand tu fais ça toute seule l’équipe ne fonctionne plus.
Je renforce mon individualité. Rejoins-moi, Fabio !
T’as bu ?
- C’est qui ? - Je t’ai dit qu’y avait Rafael.
J’aimerais un peu d’intimité.
C’est bien qu’un tiers impartial soit témoin de tes actes.
Je suis allée dans ta messagerie, j’ai écrit à l’université
pour ton transfert. Ce sera bien mieux à Lisbonne !
Y a rien à faire dans cette petite ville.
- Je ne l’imaginais pas comme ça. - Moi non plus.
C’est comme ça depuis la sortie de l’iPhone 4.
Manoela, pas le doublage qui a beaucoup changé.
Je vais sûrement l’épouser.
Le doublage, c’est devenu le bordel,
et le technicien se débrouille.
"Je savais que tu étais là. Pas besoin de te cacher !"
J’avais promis d’arrêter...
Mais j’ai pas été pris pour Pokémon. ça m’a brisé le cœur.
Pourquoi ?
J'ai ressenti de "l'angoisse".
Ca fait 19 ans que j’en fais. C’est répétitif.
Je suis fatigué.
Je devrais déjà avoir trouvé ma voie artistique.
Mon truc à moi.
"Je le savais ! Je t’entends !"
Ca va ?
Je sais pas.
Une envie étrange de pleurer.
C’est nul, les conseils. Mais je peux t’en donner deux ?
Je suis là pour ça.
Parfois c’est une question d’humilité.
Comme Zac Efron. Je suis pas Zac Efron.
- Tant mieux. - Je suis sa voix.
Ca me va.
- C’est une leçon d’humilité ? - Accepter la défaite.
Te dire que t’as perdu.
Essaie, ça marche.
Et le deuxième ?
Au-delà de l’abandon, ça fait mal où ?
Vu que chaque douleur en reflète une plus grande.
JOUR 22
JOUR 23
JOUR 24
- Une pression... - Un "fino" ?
Oui.
Merci !
Désolé.
Je sais pas faire ! Je suis vieux jeu.
Au moins, tes sous-vêtements.
Il m’a appelé, Fabio !
T’as gagné. Manoela arrête pas de m’appeler.
Je suis pas comme ça !
- Il veut quoi ? Quel égoïste. - Rappelle-le.
Je veux pas lui parler.
- Ne pas le rappeler a du sens. - Il a gagné.
Il a déjà pris un bain turc ?
- Non. - C’est parfait pour toi.
Fabio, donne-lui un bain turc. J’ai laissé ce qu’il faut.
Je sais ce qu’il te faut.
Transpirer sa colère est un cliché, mais ça marche.
- J’ai jamais couru de ma vie. - Allez, Rafael !
- Va toucher le ciel ! - Arrête de chanter.
- J’arrive pas à respirer. - Allez !
Allez !
- Tu me donnerais un bain turc ? - Avec ou sans tension sexuelle ?
Dans les règles de l’art.
J’ai peur de réaliser que je suis gay.
- La vie n’en est pas plus simple. - Mais je veux des enfants.
- J’en aurai. - Ah bon ?
Probablement pas.
Je vais te donner un bain turc.
C’est là que Manoela et moi, on s’est remis ensemble la 1ère fois,
au Portugal.
On s’était déjà séparé en France, en Belgique et au Brésil.
Problèmes d’hétéros blancs !
Viens faire un selfie gay friendly !
Ne la publie pas !
A quoi bon la prendre alors ?
Je veux pas qu’on sache que je suis là.
Si c’est pas pour lui montrer que tu t’éclates en Europe avec tes amis,
pourquoi gaspiller ton temps, ton énergie et ton argent ?
Il est pas sur Instagram.
- Quoi ? - Un message de Fröde.
- Frodo ? Je l’ai doublé. - Le Norvégien.
Il est désolé,
il était à la campagne, sans internet.
Il est revenu pour te sauver ?
Plus maintenant.
J’ai plus qu’à regretter ce qu’on n’a pas vécu.
La campagne norvégienne ressemble à ma géographie sentimentale :
des fjords qui mordent sur le désert.
Ca partira pas.
Pour notre 1ère rupture, on était à un concert norvégien.
La 1ère fois que moi et B...
on s’est embrassé, c’était à un concert de Gal Costa.
Très gay.
Après avoir attendu des années.
As-tu déjà même inconsciemment
- attendu quelqu’un ? - Non.
Bien sûr que si.
- Ca gâche tout. - Ou rend tout plus beau.
Mieux vaut penser au présent.
C’est une philosophie essentielle.
Ca part pas. On se casse.
J’ai vécu ici avec Manoela de bons moments, et de moins bons,
on a été heureux et tristes.
Tout Brésilien devrait avoir le droit d’aller au Portugal.
On comprend tout ici.
Même la "saudade".
Sacré mot !
Rien que pour ça, le portugais c’est bien.
Tu te crois courageux d’avoir pris le 1er avion ?
Eux traverseraient des océans, sans savoir s’ils rentreraient un jour.
"Saudade" est ce que ressentent ceux qui restent.
Ils ont inventé le ressenti, pas le mot.
De nos jours, on devient fou si on nous répond pas de suite.
- C’est Julia. - Embrasse-la de ma part.
Salut, Rafa.
Comment ça va ?
Comment ça va au Portugal ?
J’ai un scoop.
Julia
va jouer Ophélie.
J’ai eu le rôle !
Faute de Tchekhov, on joue du Shakespeare.
Enfin une belle journée !
Mais j’ai eu une épiphanie.
Sur le rejet.
Quand tu m’as demandé où ça faisait mal.
Pendant 8 ans, j’ai eu un point d’ancrage.
Je repoussais les autres.
Et tout à coup...
Je pense à la civilisation simplement à cause d’une rivière.
Et à tout ce qui existe quand quelque chose arrive.
Et tout ce qui s’ensuit.
C’est pour ça qu’il faut penser à l’avenir.
C’est un avantage de l’évolution.
Réfléchis-y !
- Je suis fou amoureux, elle a 17 ans. - C’est légal ?
La loi de l’amour le permet. Un joint et ma vie devient parfaite !
- T’as déjà baisé après avoir fumé ? - Y a 5 minutes.
Tu veux un bain turc ?
- Fais-moi une place. - Arrête !
- J’ai envie... - De m’embrasser ?
Non ! Que du sexe. Pas de sentiment.
- Allez ! - Arrête !
- Je veux graffer ! - Plus tard.
T’es pas en mesure... de tenir...
Enfin bref.
Il m’a dit...
avant son voyage, qu’on devait protéger ce qu’on avait.
"C’est beau, grand,
ça va durer." C’est ce qu’il a dit.
Tu veux graffer ça ?
Je veux écrire :
"Reviens, bordel !"
Reviens, bordel.
- Reviens, bordel ! - Attends...
Ecris quelque chose de fort.
Essayons : "la vie est éternellement récurrente".
- C’est nul. - C’est de Nietzsche.
- Tu vas où ? - Je lui envoie un texto !
Passe-moi ça.
Je vais... Non !
Je l’appelle ! Il m’a appelé, lui !
Je le rappelle et je lui dis :
"Je vais te dire ce que tu mérites !"
Donne-moi ça.
- Tout va bien. - Je vais lui dire que
je veux lui exploser la tête,
- pour ramasser son cerveau. - Je veux bien t’aider.
Je vais lui dire que...
- je veux l’épouser. - Pas question !
Première erreur.
Je veux vivre à Chicago avec lui.
Non, Rafael. Coimbra !
Viens vivre ici, avec moi.
Allez ! Faut partir.
Tu peux rester si tu veux, mais je dois partir.
Quoi ?
Je vais à Lisbonne. Manoela est enceinte.
- Pour de bon ? - J’en sais rien.
- Elle a perdu les eaux ? - Ca m’étonnerait pas.
Bon sang.
Félicitations.
Pourquoi ?
C’est ton anniversaire, abruti.
Je m’en fous !
Et l’équinoxe de printemps, ça alors...
C’est ça le grand projet dont j’ai la paternité ?
Un enfant.
- C’est la vraie vie. - Comme toujours.
Parfois j’aimerais être un homme des cavernes.
JOUR 30
J’espère que tu vas me comprendre, comme je ne parle pas portugais...
C'était pour te dire que...
la mère de Julia est morte ce matin.
Julia va bien. Elle m’a demandé de prévenir ses amis.
Je m’occupe d’elle. Ca va aller.
Elle aimerait avoir de tes nouvelles.
A plus.
C’est vrai. Elle m’a montré les résultats.
Non, je suis content.
Elle veut pas décider toute seule.
- C’est super. - Elle est super.
J’ai eu une épiphanie.
Je vais faire une thèse sur le doublage.
Parce que c’est dur.
Et c’est ce que je suis.
Même Zac Efron joue des rôles de père.
- Tu restes à Lisbonne ? - Non, je repars aujourd’hui.
- Tu restes ? - Oui, j’ai un vol demain matin.
Tu es un citoyen du monde.
Et de l’univers.
C’est ça.
Ca va aller.
Et Manoela ?
Je veux être en paix avec elle.
Elle est d’une générosité affective...
que j’ai jamais connue pour moi.
Pas pour moi. Mais en moi.
J’admire ça.
Ca va aller.
- Merci pour tout. - Merci à toi.
Prends soin de toi. Je te dois un bain.
T’es fou !
MESSAGE - ICARO Incroyable, t’es à Lisbonne !
J’ai du mal à le croire.
Et moi donc. La vie est imprévisible.
Tellement.
Je tourne un film, pendant 3 jours.
Je suis là pour la journée.
Je sais pas pourquoi.
- Moi, si. - Ah bon ?
C’est ironique le nombre de fois qu’on s’est vu dans des hôtels ?
C’est pas le genre de notre amour...
- Si ? - Non.
C’est quel genre ?
Je réfléchissais à ça.
A quoi ?
A qui tu étais pour moi au début.
Et qui tu es devenu.
Deux. Quatre. Cinq ans après.
Qui tu es aujourd’hui.
Qui tu seras demain.
Qui es-tu par rapport à tout ce que j’ai vécu ?
- Je dois répondre ? - Tu connais pas la réponse.
- Je t’ai dit que je suis célibataire ? - Non !
Si.
- Ah bon ? - Oui.
Et alors ?
- On se marie ? - On devrait ?
Je sais pas.
Ce serait mieux que ce qu’on a déjà ?
Je dirais non.
- Mais tu comprends... - Bien sûr.
Qui suis-je...
par rapport à tout ce que tu as vécu ?
J’ai l’impression de t’aimer... comme si on était seuls au monde.
Si ça veut dire ce que je crois,
c’est la plus belle chose qu’on m’ait jamais dite.
Alors ça veut dire ça.
Fabio,
Un cœur brisé est un royaume usurpé,
que le roi mort hante,
avec son cœur brisé dans les bras.
Merci d’être mon Hamlet.
Heureusement qu’il y a plus de soleil au Portugal qu’au Danemark.
Je t’aime. R.
CHAPITRE 3
MAYARA A BUENOS AIRES
Que fais-tu là ?
T’inquiète, je vais aller à l’hôtel.
Non ! Federico est à Cordoba,
pour le boulot, pendant 2 semaines.
Tu as tout ton temps pour moi.
Oui et non. Je dois trouver du boulot.
Cette semaine.
Mais tu vas m’aider. Non ?
Je te présente le chat le plus mignon.
- Oh non. - Quoi ?
Je suis allergique.
Moi aussi.
Mais c’est passé.
J’arrêtais pas d’éternuer.
Pour ton allergie.
On n’a pas la Wi-fi.
On n’a pas payé.
Les règles : on fume à la fenêtre.
- C’est vrai. - Ok !
Bon sang...
tu viens d’arriver du Portugal ?
Sans passer par chez toi ?
Pas touche. C’est sacré pour Federico.
Sa grand-mère lui a donné.
- C’est sympa ici. - Oui.
C’est très sympa.
Je croyais que tu voulais plus être serveuse.
Je veux plus être actrice.
Ah bon ?
Oui et non.
Ce n’est plus un besoin.
Quand j’ai rencontré Federico,
j’ai été submergée par sa vie. Je voulais en faire partie.
C’est merveilleux d’être à ses côtés.
Un voyage extraordinaire.
Ca remplace le reste ?
J’ai découvert que j’avais besoin des deux.
Peut-être que le rejet d’être actrice alimente mon côté actrice.
J’ai besoin de ces expériences personnelles.
Ton ancienne vie te manque pas ?
- Je souffrais tant ! - J’en faisais partie.
C’est ce qui me ferait rentrer.
Quelle torture, les réseaux sociaux !
Vous me manquez.
Avec mes amis ici, c’est différent.
Tu penses à rentrer ?
Non.
Pardonne-moi.
A-3.
Non.
T’es sûr ?
Steak de chorizo.
Tu t’es pas coupé les ongles y a 2 jours ?
- C’est la peau qui dépasse. - Les psychoses commencent comme ça.
- Tu me les couperais ? - Tu veux ?
Je préfèrerais un triple pontage à me couper les ongles.
C’est toi, la psychotique.
"La nuit apaise l’esprit.
Le corps et l’esprit commencent à cheminer vers la divinité,
là où les yeux voient à l’intérieur
et on comprend cette langue sans mot."
J’ai été prise.
A la librairie.
Non ! Commence le mois prochain !
Je dois participer aux frais.
La Wi-fi, par exemple.
J’utilise celle des voisins.
"Sad boys club" sans mot de passe.
Ironie ou coïncidence ?
C’est un nouveau réseau.
Ce serait précipité de dire que je vis ici ?
Après une semaine, je suis tombée amoureuse d’un Argentin.
Ce soir, tu rencontres mes amis.
Non ! Pourquoi ?
On doit finir notre cycle Wong Kar Wai.
Tu dois fricoter avec un Argentin.
- Fie-toi à mon expérience. - Si tu le dis.
- Encore un verre. - J’ai plus d’argent.
C’est la mienne.
Ok ! C’est la récession ici, j’accepte.
Demande "una pinta, por favor".
Quelle coïncidence. Toi, ici.
On s’est rencontré à Rio, je suis l’amie de...
Je sais.
Je protège mes amis, alors je vais lui dire...
Il m’a quitté.
Alors pas besoin de...
Quelle est ton humeur du jour ?
Sables mouvants.
Retour à la case départ.
Je sais pas qui c’était. C’est un lieu très populaire.
Y a beaucoup de monde.
Ton couple en est-il là parce que vous viviez dans des pays différents ?
Honnêtement ? J’en sais rien.
- Mais j’y pense beaucoup. - C’est-à-dire ?
Comment l’amour se construit avec le temps.
Je pense pas que ça aurait pu durer.
Parce que vous étiez dans des villes différentes ?
J’aimais le cinéma,
lui la plage.
Il adore le réveillon, je déteste ça.
C’est une entrave.
C’est déterminant dans un couple.
Je plaisante pas.
Bon sang.
Tu minimises ce que tu exagérais avant.
C’est un tournant !
Lève-toi ! Réagis !
Je t’ai acheté ça.
Pour ton jus detox.
La gueule de bois, c’est biochimique...
Sortons, c’est mon dernier jour de libre !
Je devrais aller mieux, non ?
La douleur n’est pas unilatérale. La cicatrisation n’est pas simple.
C’est une spirale.
- Tu as lu Cortázar ? - Il va me sauver ?
Absolument.
Tu sais ce que je me dis ?
Et que j’arriverais pas à surmonter ?
Quoi ?
La scène.... des retrouvailles avec son ex.
Je voulais vraiment savoir comment c’était.
Qui a dit quoi ? Qui a été amadoué ?
Qui a agi en premier ? Ils ont ouvert la porte,
et sont retombés amoureux ?
Ils attendaient quoi l’un de l’autre ?
Ca a duré combien de temps ? Qui a embrassé l’autre ?
Ou bien comme dans la fiction, un simple regard et tout est dit ?
- J’arrête pas d’y penser. - C’est-à-dire ?
Ce qu’on attend de l’autre.
On s’en fout !
Cet abruti est allé à Chicago après m’avoir fait une déclaration d’amour.
En fiction, un héros n’est pas défini par ses mots, mais par ses actes.
- Tu le sais bien. - C’est lourd.
Presque un cliché.
Daniel est au courant ?
Je crois pas.
Mais quand ce sera le cas, j’en saurai rien.
C’est l’une des personnes que je préfère.
Logique.
Sans réfléchir,
que préférais-tu chez lui ?
- Qui ? - Celui dont on ne parle pas.
Il portait pas de sous-vêtements.
- C’est vrai ? - Son côté insouciant.
- J’admire ça. - Normal.
On a fait un voyage de rupture. Daniel et moi.
C’était comme un rituel. On est allé à Montauk.
"Meet me in Montauk" ?
C’est du lourd. Beau à mourir.
Et ta liste de 10 vœux ?
Julia et toi parlez derrière mon dos ?
Bien sûr que non.
Tu parles...
L’ordre est aléatoire.
Ca commence bien.
Apprendre le piano.
Le français.
Rencontrer Ben Whishaw.
Regarder l’intégralité de Mad Men.
C’est trop terre-à-terre.
- Ils sont censés être possibles. - Continue.
- Ecrire comme Philip Roth. - C’est mieux !
Ou Alan Pauls.
Ou Cortázar.
On a dit "possible"...
Me teindre les cheveux.
Pour de bon ?
- Fais voir ! - Non !
Respecte ma liste !
- Vivre à Berlin. - Non !
Trop bourgeois et égocentrique.
- Et arrêter de fumer ? - C’est une autre liste.
Ca, je saute, j’ai honte.
Fais voir.
- Non. - Je verrai après.
Qu’il ait de gros regrets.
Et dire tout ce que je n’ai pas dit le jour de la rupture.
- Qu’as-tu dit ? - Rien. J’ai pas pu.
Qu’y a-t-il ?
Il est quelle heure à Rio ?
Comme ici. Pourquoi ?
"Salut.
Je serai à São Paulo les prochains jours.
Ca te dirait un café ou un déjeuner ?
Je veux qu’y ait pas de malaise. Je suis là pour quoi que ce soit.
Et je dois te rendre tes affaires."
Tu veux ?
Quoi ?
Lui répondre ? Ou le voir ?
- Salut, Rafael ! - Salut.
Ca va ?
Bienvenu. Attention à la porcelaine !
Mon beau !
Bienvenu.
Bem-vindo !
- Merci. - Bienvenu chez toi !
Tout va bien ? Tu as ce qu’il te faut ?
Oui.
Mayara t’as montré...
quelque chose ? Toute la maison ?
Pardon.
Si tu as besoin de trucs ?
Ici ? Ou ici ?
Elle m’a tout montré.
Mayara se douche.
Si tu as besoin, demande. A Mayara, à moi...
- Bienvenu. - Merci.
La Wi-fi est revenue.
T’es pas allée bosser ?
J’ai démissionné.
- Quel manque d’engagement ! - Pourquoi tu dis ça ?
Tu démissionnes après un jour pour être avec ton mec ?
Tu voyages depuis 40 jours. T’as dû perdre la notion du travail.
- C’est pas la question ! - Pourquoi tu cries ?
Tu t’es pas souciée de moi.
Mais...
On devait finir notre marathon cinéma.
Du calme. On peut le finir.
- C’est trop tard. - Tu fais l’enfant.
Fait chier.
- Tu es un peu perdu. - Tu vois pas !
Tu vis sa vie !
Quoi ?
Bonne lune de miel !
Tu vas pas le croire,
mais ton "intense" weekend à Chicago a eu lieu le même jour,
que notre rencontre, 4 ans plus tôt.
Dans ce bar...
Putain !
Cette histoire a commencé bien avant qu’elle commence vraiment ?
Je t’ai attendu bien plus longtemps que 45 jours.
Le jour où t’es parti, tu te rappelles comment on était ?
Comment tu m’as laissé ?
On parlait de notre voyage du jour de l’an.
Tu voulais que j’emménage à Rio de Janeiro !
On baisait sans capote, fils de pute !
Pendant ton voyage,
tu voulais que je vienne te voir.
T’as dit :
"Un jour, on ira à Chicago ensemble."
Tu vois l’ironie ?
Tu te souviens... que c’est toi...
qui avais peur que je rencontre quelqu’un ?
Et à chaque fois,
je te montrais que j’étais disponible...
Jusqu’à en être vulnérable ! Bordel !
Je fais quoi de tout ça ?
Pourquoi préférer ça à quelqu’un de si proche ?
Tu t’es remis avec un mec qui t’avait pas parlé pendant 2 ans.
Qui vit à 8 500 km de chez toi. T’es taré ou quoi ?
Tu sais quoi ?
Tu veux pas être aimé.
Laisse-moi t’aimer.
Laisse-moi t’aimer, putain !
T’as aucune idée de ce que j’avais prévu
pour ton retour.
J’étais prêt à tout, mais pas à entendre ça.
Ces 3 phrases...
que tu as dites calmement.
Mais en fait, ce que tu disais, c’est :
"Je retourne quelque part qui n’existe plus."
Putain !
Que t’es con !
Abruti !
MAYARA 12 APPELS EN ABSENCE
Cet endroit a toujours été là ? Comment l’as-tu trouvé ?
Je suis un touriste doué.
Je suis désolé.
- Moi aussi. - Tu me manques trop.
Toi aussi.
Tu adorerais travailler ici.
- Je voulais te montrer. - T’as raison. Dommage qu’ils ferment.
Ah bon ?
Un vidéoclub ne va pas tenir éternellement.
- Un cadeau. - Une pierre ?
De Montauk.
Elle a une aura.
Merci.
- Tu lui as répondu ? - Oui.
"Je suis pas à São Paulo. T’as encore les clés de chez moi...
Tu peux y déposer mes affaires".
- Il l’a fait ? - Oui.
Voyons voir s’ils embauchent.
Regarde.
Bourré !
Il est bourré !
Il est un peu désaccordé.
T’as l’air amoureux de quelqu’un d’autre que cette histoire de 40...
- 45 ! - ...jours.
JOUR 45
Mon chou.
Tu vas louper ton avion.
- Où est Federico ? - Parti. Il t’embrasse.
Il a dit qu’il te reverrait un jour à São Paulo. Ou à Berlin.
Humeur du jour ?
Je me suis réveillé en pensant à Daniel.
Il le mérite.
On est resté ensemble 8 ans.
J’ai traversé cette énorme rupture...
avec un nouveau départ. Et c’est toujours...
La douleur que je ressens,
peut-être...
- en réalité... - Elle est ancienne.
Oui.
Profondément enracinée.
C’est forcément ça.
Pourquoi tu me l’as pas dit ?
Vivre demande toujours plus de courage.
Putain.
J’ai laissé un mot à Icaro, pour le demander en mariage.
Ainsi que les clés de chez moi.
J’ai envoyé un message insultant à celui dont on redira le nom bientôt,
alors que je voulais lui dire :
"Bien sûr que je veux te revoir !"
Et la seule chose à laquelle je pense, quand je serai à Sao Paulo,
c’est de revoir Daniel.
Il a les clés de chez toi ?
Oui.
Je vais te donner celles de chez moi, pour que tu reviennes.
Tu as celles de chez moi.
Métaphoriquement.
C’est une métaphore à 2 balles.
Ridicule,
sincère...
Mélodramatique et honnête, comme l’amour.
REVIENS
Tout va bien se passer...
Oui et non.
Voilà pourquoi...
- J’y crois pas. - Fais attention.
Tu liras le mot plus tard.
Merci, ma chérie.
Mon chou !
Tes chocolats !
Donne-les aux chats.
Tu vas trop me manquer.
Toi aussi, pour le reste de ma vie.
Mon chou,
un mot dans un livre, c’est comme une peinture rupestre.
Un cœur brisé, c’est comme une mouette :
un jour près d’un lac, quelqu’un la tue sans raison.
Mais y a toujours quelqu’un qui t’aimera follement.
"Si tu as besoin de ma vie, viens la chercher."
Je t’aime de tout l’amour du monde.
M.
CHAPITRE 4
RAFAEL A SÃO PAULO
45 JOURS LOIN DE TOI
Traduction et adaptation française : Jérôme Nunes
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