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Commençons par ce que tu penses de ce film pour l'instant.
Je trouve que tu évites toujours de t'exposer,
comme pour éluder le rôle principal.
On sait tous que tu as le premier rôle, tu le sais aussi.
Mais toi, tu...
refuses d'endosser ce rôle.
Qui s'intéresserait à moi ?
Toi ?
Tu en es totalement consciente, mais tu n'as pas de solution.
Je ne sais pas.
Je suis peut-être juste déçue par les relations intimes.
Je veux découvrir à travers l'objectif
ce qu'il en est vraiment.
Peut-être que je ne veux pas être déçue.
Peut-être que je veux y croire.
Ou plutôt,
ma peur de perdre grand-mère est-elle réelle ?
Si elle n'est plus là,
je fouillerai dans mes souvenirs
à la recherche
de preuves qui démontreront que tu as été aimée
et que tu as aimé.
Ce que grand-mère cherchait de la part de son père.
Tu essaies de lui faire comprendre ?
De faire en sorte qu'elle te voie ?
D'une certaine façon, j'apporte une caméra
pour être moi-même au sein de ma famille.
Mais ils ont peur,
surtout ton père.
Et le reste de ta famille ne te prend pas au sérieux.
Ils n'ont pas vu comme j'avais changé.
Ou ils s'en fichent complètement.
Peu importe qui tu es.
Tu dois juste jouer...
ton rôle en tant que membre de cette famille.
Tu es une fille.
Tu es une petite-fille.
Seul témoin de la troisième génération.
Tu as raison.
Mais pourquoi j'étais là, à la base ?
Mélange, j'ai mis de la sauce au-dessus.
C'est trop salé ?
C'est délicieux.
- Ce n'est pas trop loin ? - Pas du tout.
Allez, allez...
Voilà comment on fait.
Graz, Autriche, 2020
C'est une livreuse.
Le bordel d'en face vient de s'allumer.
Tu vois ? C'est leur bordel, non ?
Ce n'est pas la maison rouge ?
Alors ce serait quoi, la jaune ?
Couvre-toi la bouche.
Et lave-toi les mains.
Ou alors, éternue dans ton coude.
Oui.
Les rues sont de nouveau vides.
Voici mon pénis.
JET LAG
Ce moment m'a rappelé
la peur qu'ont les enfants de devenir leur propre père violent.
À cette occasion,
je me suis souvenue
d'une fois
où on s'était disputés
et où j'avais donné un coup de pied dans la porte de la cuisine pour l'ouvrir
avec une rage incroyable.
Le sang était monté soudainement à mon cerveau qui bouillait
et ça avait donné lieu à une telle explosion de colère
que je ne pourrai jamais l'oublier.
Ça a fait remonter des souvenirs d'enfance,
comme la fois où mon père était rentré soûl,
alors que je regardais la télévision
en zappant au hasard sur la télécommande.
Il m'avait frappée.
Il m'avait battue si fort
que ça avait laissé une cicatrice près de mon œil
encore visible aujourd'hui.
Aussi,
je me souviens quand j'étais enfant
et que mes parents étaient en train de divorcer.
Mon père avait donné des coups de hache dans la porte de ma grand-mère.
Je n'étais pas là quand c'est arrivé,
mais la porte de ma grand-mère...
Elle était très solide,
donc la hache ne l'avait pas brisée
ni même traversée.
Étrangement, la porte avait demeuré en très bon état.
Mais on pouvait y voir des entailles sombres.
J'ai grandi en regardant ces entailles
jusqu'à ce que je parte étudier à Pékin.
Une des entailles était plus profonde,
et autour,
il y avait un million d'autres entailles.
On peut facilement se représenter la scène,
le nombre de coups qu'il a donnés avec sa hache,
et la violence avec laquelle il a essayé de défoncer la porte.
Donc...
si je décidais d'affronter, de travailler sur ce souvenir,
peut-être qu'un jour,
je découvrirais les différentes façons dont ça m'a affectée
et j'apprendrais à prendre le contrôle et à l'accepter.
Mais si je continue à déverser ma rancœur de cette façon,
tout ce que ça va faire,
c'est que je vais finir par blesser quelqu'un d'autre.
Vienne - Varsovie - Pékin
Où ça dit que c'est annulé ? Ah oui, ici.
Chanceux
Proche
L'un a 34 ans et l'autre a 30 ans.
Oh, donc vous êtes assez proches en âge.
En âge.
Ils mesurent tous les deux 1,83 m.
Comme moi.
Tu les vois souvent ?
Tu les vois souvent ?
On dîne généralement ensemble le dimanche.
Ça m'a beaucoup coûté
Mais au moins, voilà, je l'ai
C'est mon homme
Frigorifiée, trempée, évidemment fatiguée
Mais tout ça est bien vite oublié
Avec mon homme
Il n'a rien d'un Apollon
N'aurait jamais une ovation
Mais c'est mon homme
Il a deux ou trois filles
En plus de moi, pour compagnie
Mais je l'aime
Je me demande bien pourquoi
Il est loin d'être sympa
Il serait plutôt sournois
Et en plus, il me bat
Qu'est-ce que j'y peux ?
Mon Dieu, je l'aime tant
Il n'en sera jamais conscient
C'est où ?
En Birmanie.
Pyithu Hluttaw (Chambre des représentants)
Pourquoi ils sont pieds nus ?
On ne porte pas de chaussures dans les temples.
Que faisais-tu là-bas ?
C'était le mariage d'un parent éloigné.
Du moins, c'est ainsi que ça a commencé.
Merci à nos représentants, aux anciens et aux dirigeants présents,
dont les conseils iront droit au cœur de nos jeunes mariés
et les guideront vers une relation plus heureuse et épanouissante.
On dit que les gâteaux de mariage ont un goût bien à eux.
Quel goût a le vôtre ?
Un goût assez unique.
Il est sucré, mais aussi un peu amer.
C'est peut-être le goût du mariage.
Certainement. Meilleurs vœux.
- À droite de ta mère, avec les perles. - C'est de l'ivoire.
C'est qui ?
La fille du frère aîné de ma grand-mère.
Elle a l'air riche.
Le frère aîné de ma grand-mère a été adopté.
Donc parmi toute cette foule de gens,
seuls ma grand-mère et mon arrière-grand-père
sont du même sang.
Je crois que la famille de la mariée gère un commerce de jade.
Et celle du marié ?
Ils vendent de l'électronique,
comme des smartphones Xiaomi.
Ou encore des téléviseurs et des climatiseurs.
Tu veux aller voir des cerisiers en fleurs demain ?
Ce sont des sakuras japonais.
Tu n'es pas obligée de prévoir quoi que ce soit.
Ce n'est pas loin, à Maymyo.
On ira si ça te dit.
- Demande peut-être aux autres. - OK.
C'est la première année qu'ils fleurissent.
Avant, il n'y en avait pas.
Les graines ont été importées...
Oui, du Japon.
Le climat d'ici ne semble pas propice aux sakuras.
Mais c'est différent à Maymyo.
Il y fera plus frais demain ?
Oui, le matin.
Et est-ce que vous...
voulez tous visiter des temples ?
Dans le cas contraire, vous pouvez porter un short.
Si oui, il faut un pantalon.
J'ai vu que les garçons n'y entraient plus.
D'accord, on oublie les temples, alors.
- On va leur demander. - Oui.
Nous espérons que vous apprécierez
cette reprise.
"Timide" ?
Ça s'écrit comment ?
Je te l'envoie
par WeChat.
Ça y est, je vois.
Un petit peu.
Ce n'est pas grave, je pense.
Je vais revenir
le 29, ou... non, le 28.
De Birmanie à Kunming (Chine).
Quand ?
Huit jours plus tard.
C'est le fleuve Irrawaddy.
C'est le plus grand du pays,
comme le Yangtsé en Chine.
Tu as entendu parler de l'enfance de notre arrière-grand-père ?
Rarement.
Tu n'as jamais demandé ?
Quand il est parti en Birmanie dans les années 1940,
la Chine était en guerre avec le Japon.
C'était le chaos, beaucoup de gens mouraient de faim.
S'il nous envoyait dix montres,
on n'en recevait que deux vieilles, car quelqu'un les volait.
On ne recevait presque rien à cette époque.
Même quand ta grand-mère s'est mariée,
on n'a jamais su s'il avait envoyé des cadeaux.
Il était très difficile de le joindre.
Il paraît qu'il dirigeait une grosse entreprise en Birmanie.
C'est vrai ?
Il possédait un grand magasin
et assurait l'exploitation d'une mine d'or.
Il avait stocké de l'or dans sa cave.
Puis il y a eu les deux incendies.
Qui t'a raconté ça ?
Ta grand-mère, peut-être.
Un, deux, trois.
Prends-en une autre !
Prêts ?
Par ici.
Votre père...
Il vivait ici.
Sans cette partie.
Cette pièce n'était pas là. Elle a été construite après.
Il mangeait et il dormait ici.
Il a vécu combien de temps dans cette maison ?
Environ cinq ans, il paraît.
Quand sa santé s'est dégradée,
il est retourné à l'Union des Chinois d'outre-mer.
C'est qui ? On voit grand-père ?
C'est difficile à dire.
Ils n'ont aucune de ses photos.
Je pensais que si, et il n'y en a pas.
Ils l'avaient dit, non ?
Saluez trois fois.
Il pratiquait le bouddhisme.
Il va veiller sur nous.
Notre voyage s'est bien passé.
Il a vécu une longue vie équilibrée,
où il s'est consacré à ses disciplines.
Il veille sur nous.
Il va tous nous bénir,
nous et tous nos enfants.
Je vais chercher un autre coussin.
Prête à racheter des billets ?
Ça ne vaut pas le coup de rester à Vienne, si ?
On ne peut pas vraiment sortir.
C'est dangereux de se balader.
Quelques centaines de contaminations par jour.
Tu m'as fait un virement de 28 000 yuans, donne-moi encore 17 000.
Des chiffres ronds.
Tu peux réserver.
Je vais annuler les deux billets précédents.
Enfin, les trois.
Vienne - Pékin aller simple, classe économie
J'écoute mes propres battements de cœur sous l'eau.
J'ai atteint l'altitude maximum.
Je maintiens la même altitude jusqu'à ce que je te voie.
C'est dans ce fleuve que ses cendres ont été dispersées ?
Dans un de ses affluents.
C'est l'Irrawaddy.
Il prend sa source dans l'Himalaya.
Donc quand la neige fond là-haut,
tout ce que vous voyez est inondé et les bancs de sable disparaissent.
Vous êtes bien calmes. Ça vous plaît ?
Je ne débouche le champagne qu'à la fin.
Il y a des Français ? Ce n'est pas du vrai champagne.
Tu fumes quoi, tonton ?
- C'est quelle marque ? - Une marque chinoise.
- Laquelle ? - Chunghwa.
D'accord.
Méfie-toi de ta grand-mère.
Ta grand-mère...
n'autorise pas les filles à fumer.
Elle est là-bas,
elle ne te voit pas.
- Je vais filmer à ta place. - OK.
Prends une pose cool.
Je n'ai besoin de poser pour être cool.
Vraiment ?
Quelle frimeuse.
Quel look décadent.
Arrière-grand-papa, si tu es là-haut,
on est venus te voir.
Là, c'est mon père.
Lui, c'est ton oncle.
Je ne connais pas les trois autres.
Le principal but de ce voyage est de rapporter ses photos à la maison !
Je me demandais, est-ce que mon père s'est remarié ?
Non, non.
C'est impossible.
Il disait toujours tenir par-dessus tout à sa femme et à son petit frère.
C'est mon père, le petit frère.
C'était un homme bon.
Parce qu'il y a eu une période
où on n'a plus reçu de lettres,
et ma mère a pensé
qu'il avait fondé une autre famille ici et qu'il avait coupé les ponts.
Il disait que sa femme était superbe.
Elle le sait
parce qu'elle lui a parlé de son vivant.
Au revoir.
Il y a eu quatre coups d'État en Birmanie,
dix dollars n'en valaient plus que cinq.
Parfois même, ils...
C'était la crise financière de 2008, pas les coups d'État.
Quand je suis venu à ce moment,
c'était mon deuxième séjour et c'était la crise.
La Birmanie a déplacé sa capitale
de Rangoon à Naypyidaw,
une petite ville entre Mandalay et Rangoon.
C'était au milieu de nulle part.
Il n'y avait absolument rien.
J'arrivais de Ruili en Chine
par une route goudronnée
qui était pleine de nids-de-poule.
C'est maintenant qu'ils nous contactent à propos de tout ça.
Pourquoi ils ne se sont pas manifestés avant ?
L'invitation est arrivée de nulle part.
Parmi la première génération qui est venue ici,
c'est lui qui a vécu le plus longtemps.
Dès qu'un immigrant chinois mentionnait un moine,
on savait de qui il s'agissait.
Alors pourquoi on a perdu le contact avec lui ?
C'est peut-être l'oncle Yi
qui a soudainement coupé tous liens avec nous.
Lors de leur dernier séjour en Chine, ils ont visité notre usine,
dont même l'oncle Yi ne savait pas grand-chose.
C'est à ce moment
qu'il a été impressionné par notre entreprise
et qu'il a compris qu'on gagnait des milliards par an.
Là, l'invitation est arrivée.
Maintenant qu'on est venus sur place,
continuer à chercher la vérité serait sans intérêt, à mon avis.
Je confirme.
Pourquoi chercher la vérité serait sans intérêt ?
- On n'y peut pas grand-chose. - Le passé, c'est le passé.
Il faudrait faire des recherches sur 25 ans.
C'est presque impossible.
Honnêtement, le plus triste dans tout ça,
ce n'est pas qu'on ne l'ait pas trouvé, mais plutôt
de savoir qu'il avait une famille au pays
et qu'il n'avait rien sur nous.
Ça a dû être horrible pour lui.
C'est difficile à dire.
Il s'est fait moine, après tout.
Il avait dû bien réfléchir à tout.
Je ne pense pas.
Pourquoi il s'est accroché à la vie si longtemps ?
Si ça avait été si clair pour lui, il n'aurait pas eu ce carnet.
Grand-père l'avait encore sur son lit de mort.
Oui, son chez-lui lui manquait.
Il a demandé à ce qu'il soit remis à sa femme.
Sa famille et ses enfants lui manquaient.
Il n'avait pas renoncé à tout.
Pas du tout !
Qu'est-ce que tu fais ?
Regarde, la nuit tombe.
Ces objets de culte appartenaient à votre père quand il vivait ici.
7 juillet 1993.
C'est le jour de sa mort.
Ce n'est pas ton anniversaire, le 7 juillet, maman ?
Si, c'est ça.
Facile à retenir.
Ce Bouddha, vous voudriez le rapporter chez vous ?
Oui.
C'est lui qu'il priait quand il vivait ici.
Il s'appelle Daikinataka.
Il désigne le sol quand il accomplit un rituel.
Ça doit être la date où la photo a été prise.
C'est quelle date ?
Celle de sa mort.
Il doit y avoir une erreur.
Tu as eu 50 ans en 1993.
On peut vérifier cette date ?
Il dit que c'est la date de sa mort.
Il n'a pas pu se faire prendre en photo
le jour où il est mort.
La photo a dû être prise avant.
Et la date a été ajoutée ensuite.
C'est sûrement ça.
Fais-le tourner trois fois au-dessus de l'encensoir.
Quand grand-père est mort, son corps ne s'est pas rigidifié avant des jours,
ce qui est très étrange.
Il a dû choisir ce jour-là pour mourir,
même si son heure n'était pas venue.
C'est quoi ?
Son corps était encore tiède.
Je comprends.
Dans ton cas, heureusement que ta mère ne s'est pas remariée.
Si elle avait eu un autre enfant, ça aurait été très différent.
J'espère quand même qu'elle connaîtra l'amour.
Ta mère a raté le coche.
Arrière-grand-papa n'a pas été là pour toi non plus.
J'ai peu de souvenirs de mon enfance,
mais je me sentais très attachée à lui.
C'est étrange.
J'imagine que les liens du sang ne se rompent pas comme ça.
Mais tu ne penses pas que tu essaies juste de te rassurer ?
C'est comme ça.
On ne peut pas changer la réalité.
La vie réserve toutes sortes de péripéties
qui sont imprévisibles.
Qui ne veut pas vivre une vie heureuse ?
C'est le rêve de tout un chacun.
Mais beaucoup d'éléments ne sont pas de notre ressort,
comme notre société,
notre famille, et notre facteur chance.
Beaucoup de choses sont incertaines
et peuvent mener vers une tout autre vie.
Tu es peut-être heureuse comme tout,
mais il t'aurait suffit de prendre un mauvais chemin
pour que tout ton monde bascule.
C'est ainsi.
Votre père a vécu 102 ans.
Mais il n'a pas pu vous voir tous, ce qui est vraiment dommage.
Quel manque de respect de notre part de venir si tard.
Ça doit être lui.
La nouvelle génération est là aussi.
On t'a longtemps cherché.
Mais on ne te trouvait pas.
On est enfin ici.
C'est un autel temporaire.
Il a été incinéré ici ?
Il a été incinéré dans le coin.
Pas loin d'ici.
Mesdames et messieurs,
veillez à ne rien oublier à votre place.
Assurez-vous que tous vos bagages...
36,8 °C.
Merci.
J'entends toujours le personnel parler.
Que font-ils à la porte ? Ils n'ont pas peur de nous ?
Tu as sommeil ?
Je suis si fatiguée aujourd'hui.
Je ne te vois pas,
que ton menton.
Le soleil va se lever.
Il se lève juste après 4h, ici.
Oui, c'était fou de voir
le ciel se colorer de si belles couleurs
à 3h du matin, hier.
On est encore décalées.
J'étais à deux doigts de me coucher à 23h30.
Je me suis mise à gérer les billets d'avion
et je viens de terminer.
Je n'ai presque plus de batterie.
Allons nous coucher.
- Oui, bébé. - Je tombe de sommeil.
Bonne nuit.
- Bonne nuit. - Je raccroche.
Vas-y.
Tu te couches, OK ?
Bonne nuit, bisous.
Bye.
L'alerte à la tempête de sable a été levée.
Le temps est clair,
avec des températures maximales de 12°C
et minimales de 5°C.
Résidents, méfiez-vous des variations de température.
Si vous présentez des symptômes
tels que fièvre, fatigue ou toux sèche depuis peu,
consultez un médecin immédiatement.
Les voyageurs doivent déclarer leurs déplacements.
Toute déclaration mensongère, partielle ou différée
sera considérée comme illégale.
Les personnes en quarantaine
doivent suivre les informations officielles
de façon régulière.
Nous ne lancerons ni ne propagerons de rumeurs.
Bâtissons tous ensemble
une civilisation spirituelle pour la nouvelle ère,
en commençant à petite échelle autour de nous.
Quand tout le monde est volontaire,
tout le monde est bénéficiaire.
"Et je me dis,
je rêve d'elle la nuit,
la nuit dernière aussi,
genre chaque nuit.
Parfois, je rêve
qu'on est debout l'une à côté de l'autre dans un bâtiment en pente
et qu'on regarde en l'air.
Parfois, je rêve qu'elle me tient la main.
Parfois, je rêve qu'elle dort à côté de moi,
se tenant à mon corps très tendrement.
Je l'aime et je sens que je l'aime.
Puis je me lève
et je vais dans un restaurant de raviolis chinois frits.
Le chef est là, on discute tous les midis.
Il se demande pourquoi je viens..."
Elle ?
Il.
"Il se demande pourquoi je viens manger un petit-déjeuner chaque midi.
Il me pose des questions sur mon travail.
Je lui explique
que mon travail consiste à être face à un ordinateur
et à régler des problèmes.
Il me prend pour une hackeuse.
Je ne nie pas.
L'après-midi..."
Tu n'as pas nié.
Je n'ai pas nié.
"L'après-midi, elle vient
et nous commençons à travailler ensemble.
C'est très compliqué pour moi.
C'est notre première coopération.
Je suis toujours perdue, tandis qu'elle gère.
J'apprends à la connaître petit à petit,
à travers le projet sur lequel on travaille.
Elle m'a parlé de sa famille,
du divorce de ses parents quand elle était petite,
de la demi-sœur à laquelle elle tient mais qu'elle ne peut pas voir,
de ses relations passées,
de ses amis.
Je la regarde par-derrière,
je veux la toucher à l'intérieur,
toucher l'intérieur de son âme.
Mais je ne peux pas.
Après le dîner,
on va se promener le long de la rivière.
Il y a beaucoup de gens qui dansent après avoir dîné.
Elle m'invite à les rejoindre.
On danse une valse.
Je sens mon cœur battre."
Appuyez dessus.
Lâchez votre téléphone.
Appuyez fort.
Je peux le faire.
Attendez deux heures pour vous doucher.
Vous pouvez relâcher.
Excusez-moi, votre repas est livré.
Pourquoi j'ai l'impression que le train est à droite ?
Oui,
il est à droite.
Donc il passe devant,
puis il tourne à gauche.
Il n'est pas encore là.
Il ne tourne peut-être pas.
Il passe peut-être juste devant.
Je peux le voir ?
Oui, c'est juste qu'il est très loin.
Je mets mes lunettes.
Je ne suis pas sûre que ça aide.
Je zoome avec ma caméra.
Je ne le verrai pas, alors.
Je vois le pont.
Il y a des lumières derrière.
Ce sont les lumières de la ville, après ça.
On doit être vraiment loin du centre-ville.
C'est clair, j'ai cru que le bus ne s'arrêterait jamais.
J'ai failli m'évanouir dans ce bus.
Quelqu'un fait voler un cerf-volant.
Mais je n'arrive pas à bien le voir.
Bonjour,
veuillez patienter.
Votre correspondant est actuellement occupé.
Veuillez patienter.
C'est le carnet.
Et son chapelet.
Allez.
Je vais t'aider.
Qui a une grande gueule de tigre ? Montre-la à tata.
Tu ne veux pas lui montrer ?
Va voir tata.
Je suis sage, aujourd'hui.
On fait quoi à dîner ?
Lin Han a dit qu'il essaierait de s'en occuper.
S'il vient,
on peut peut-être aller boire un verre.
Super.
Je suis toujours partante pour ça.
Je voudrais un café.
Quel genre de café ?
Lin Han a beaucoup changé !
Oui.
On est à l'extérieur.
Comment il se tient...
Par ici.
La façon d'interpréter la superstition
dépend de notre point de vue.
Face à certains phénomènes,
on ne peut pas certifier qu'ils n'existent pas
juste parce que la science n'a pas d'explication.
Ces choses-là... pas vrai ?
Ça paraît assez extraordinaire.
Pourquoi tu n'es pas allé en Birmanie ?
Moi ? Je faisais quoi ? J'ai oublié.
- Tu travaillais ? - Sûrement.
Faire des recherches sur ses origines,
aller sur les traces de ses ancêtres,
c'est tout à fait humain.
Mais notre famille s'inquiète plus de...
De l'héritage.
... de futilités.
Ils n'arrêtaient pas de répéter
des trucs comme le fait qu'il possédait un supermarché.
Mais maintenant que vous y êtes allés,
vous savez que le soi-disant supermarché
n'est autre qu'un bazar de base.
Quelle est la réalité derrière l'histoire qu'ils racontent ?
Un drame judiciaire.
J'ai raison ?
Avec pour intrigues un héritage, des litiges et des complots.
De notre point de vue,
une robe de moine vaut-elle tant que ça ?
J'en doute.
- Qui ne voulait pas la rendre ? - Celle d'arrière-grand-papa.
Ils ont dit qu'ils l'avaient avant, puis...
La famille en Birmanie ?
Que les choses soient claires.
Pourquoi n'ont-ils pas voulu nous la donner ?
Ont-ils voulu conserver un souvenir de lui ?
Ne leur prêtons pas de mauvaises intentions.
D'accord, mais pourquoi ?
Il a passé la moitié de sa vie avec eux,
ils ont dû s'attacher à lui.
Personnellement, je me sens peu lié à lui.
Pourquoi ? Je ne l'ai jamais connu.
Au lieu de ça, ma relation à lui
s'est construite sur les récits des autres
et sur ses photos,
qui ont créé un personnage.
C'est quoi ?
Que ce soit ses photos ou son chapelet,
ou encore...
son carnet manuscrit,
tout cela nous fait penser à lui.
Je dois construire son image
à travers ces fragments de sa vie.
Mais mets-toi à leur place.
Quand ils tiennent ces objets, imagine ce qu'ils ressentent.
Contrairement à nous, ils l'ont connu, puis ils l'ont perdu.
Donc ne peut-on pas reconnaître que leur lien est plus profond ?
Tu vois ?
Pourquoi ne pas envisager de laisser ces choses
là où elles étaient initialement
et là où on en a le plus besoin ?
Après tout,
notre arrière-grand-père a choisi de partir là-bas.
Pourquoi ne pas lâcher prise ?
Il n'y serait pas allé s'il ne l'avait pas voulu.
C'était son choix.
Alors, à quoi bon s'y accrocher ?
Bien dit !
Allô ?
Je peux toucher le plafond.
Coucou ?
Ça va ?
Elle n'a pas dormi.
- Ça doit être dur de s'endormir. - C'est ça.
- Tu as encore mal à la tête ? - Ça va mieux.
Je me sens faible.
Il me faut des mains magiques.
Va au diable.
Je plaisante.
Comment tu peux boire ? Attends.
C'est bon.
Regarde-toi, tu bois en filmant.
- Tu en veux ? - Il en reste dans la bouteille.
J'ai dit à ton grand-père
que si je mourais en 1er, il garderait mes cendres
pour qu'on parte ensemble.
Deux corps en un, pas besoin de recommencer.
Et que s'il part en 1er, je garderai les siennes
jusqu'à ce que je le rejoigne.
Vous n'aurez à gérer ça qu'une fois.
Il était d'accord.
Tu l'aimes encore beaucoup !
Pourquoi s'embêter
à faire le voyage deux fois alors qu'un voyage peut suffire ?
Je lui ai proposé un itinéraire pour nos cendres et ça lui a plu.
On dispersera certaines de ses cendres à Shanghai ?
C'est vrai qu'il vient de Shanghai.
On en lancera dans le Huangpu.
Ça fait un sacré détour pour lui !
On traversera du nord au sud.
Vous conduirez vous-mêmes.
Vous serez épuisés,
mais une seule fois.
Je vais ranger, il est quelle heure ?
Voyons voir.
Pas loin de 16h ?
Il est 16h09.
Posez-moi.
Doucement...
On a beau aller doucement, ça fait mal.
Tu n'as pas mal au ventre ?
Pourquoi ça fait si mal ?
Il faut de la force pour s'allonger.
Ça doit être ta douleur au cœur.
Le cœur va bien.
Du liquide ?
Juste un peu dans l'oreillette gauche.
Oui, 4 à 5 mm dans l'oreillette droite.
La contraction est normale.
Tout semble en ordre.
Alors, pourquoi elle souffre tant ?
- Attendez ici, s'il vous plaît. - Bien sûr.
- À plus tard, grand-mère. - Courage, maman !
Hangzhou, Chine
Je veux boire de l'eau.
Tu as encore mal à la tête ?
Que faisais-tu quand tu te fâchais, petite ?
Quand j'étais petite ?
Dans quel contexte, tu veux dire ?
Quelqu'un te consolait ?
Ou tu gérais toute seule ?
Personne n'était là pour moi.
Je cachais un couteau sous mon oreiller pour pouvoir me poignarder si besoin.
- Sérieux ? - Oui.
Tu avais quel âge ?
13 ou 14 ans.
Avant de partir à Pékin ?
Oui, peut-être 12 ou 13 ans.
Tu t'énervais contre quoi ?
Des détails, que j'ai oubliés.
Des choses insignifiantes de la vie.
Ça ne devait pas être drôle.
J'en avais un rouge...
Un poignard ?
Oui.
Qui te l'avait donné ?
Non, c'était un cutter, je crois.
Pour l'art plastique ?
Oui, pour l'art plastique,
et je l'avais caché sous mon oreiller.
- Ta grand-mère ne le savait pas ? - Non.
Pourquoi tu ne t'es pas suicidée, au final ?
Parce que ma mère l'a trouvé.
Et ?
Elle a dit : "Vas-y, suicide-toi."
J'aurais cru qu'elle se serait inquiétée.
Ça, j'en doute. Elle ne m'en a jamais reparlé.
- Elle a confisqué le cutter ? - Je ne m'en souviens plus.
Je ne sais plus ce qui s'est passé.
Je m'en suis peut-être servi pour l'art, finalement.
Pour aiguiser mes crayons.
Il était si mince.
Ses yeux ont l'air un peu...
Il a subi de lourdes opérations des yeux.
Lentement,
ouvrez les yeux.
C'est le téléphone de qui ?
Ignore-le.
"Il est le plus jeune
des frères de mon père.
Il a une maladie très grave.
Il s'est passé beaucoup de temps
pour que je le revoie
après la fois précédente.
Mon cousin m'a amenée
devant son portail."
Quoi ?
Son portail.
P, O, R, T, A, I, L.
- P, A, R, T... - O !
- La porte. - Non, pas la porte.
- Une porte, c'est ça. - Une grande porte.
Le portail, c'est...
La porte d'entrée.
- Oui ! - Je vois.
"Il était sali et lourd."
- Sali ? - Genre graisseux ?
Dur et costaud.
Solide !
"Si tu lèves la tête,
tu verras qu'une seule pièce est allumée.
En avançant dans le couloir,
l'odeur de la maladie imprégnait l'air de plus en plus.
Je savais qu'il était dans cette pièce.
Sa famille..." Non.
"La famille a honte de son sida.
Pas moi.
Quelle que soit sa maladie,
il sera toujours mon oncle.
Je me souviens avoir découvert son secret
quand j'étais au collège,
un midi où j'allais à l'école à vélo.
Ce jour-là, j'avais justement décidé de prendre un autre chemin.
Je l'ai vu allongé sur...
les jambes d'un homme.
Les yeux dans les yeux,
comme si le temps s'était arrêté.
J'ai continué de rouler,
je l'ai dépassé.
Sans rien dire.
J'ai su qu'il aimait les hommes.
Puis j'ai compris
pourquoi ce jour-là, son ex-femme
avait...
été violente et insultante
envers lui dans leur nouvelle salle."
Salle de mariage.
"Il n'y a personne à son enterrement."
Ne pleure pas, ma belle.
Les détails...
Les détails de "sa" visage...
- "Son" visage. - Les détails...
se sont estompés.
Je suis si triste.
"Depuis mes premiers souvenirs,
ma grand-mère souffrait de..."
Voyons voir.
U-ré-mie.
Urémie.
"Ma mère allait dans une autre ville avec ma grand-mère pour..."
La dialyse.
C'est ça.
"Ma mère allait dans une autre ville avec ma grand-mère pour...
sa dialyse chaque semaine.
Parfois, j'allais avec elles.
Le plus souvent, je restais seule.
Je devais me débrouiller.
Ma mère me donnait 200 yuans par semaine.
Je me sentais riche.
Je pouvais acheter des BD,
de beaux autocollants,
du matériel de peinture.
Et j'allais jouer avec des amis plus vieux que moi.
Quand j'étais au collège,
mes parents ont divorcé.
Et la maladie de ma grand-mère a empiré.
Elle devait aller faire...
sa dialyse..."
- C'est ça ? - Pour le rein ?
"Une dialyse deux fois par semaine.
Je vivais avec ma grand-mère.
Je l'entendais pleurer de douleur toutes les nuits.
J'avais tellement peur le soir avant de m'endormir."
Comment se fait-il que tu arrives à t'exposer autant dans ce film ?
Parce que je t'aime.
Je n'ai jamais raconté ces histoires à personne.
Ma grand-mère a été la personne qui a le plus compté dans ma vie.
Et Fusu ?
Pourquoi crois-tu qu'elle a pu partager cette histoire ?
Car elle se sentait en sécurité.
Dans son histoire, elle nous disait en gros que,
que je te comprenne ou non,
que cette société t'accepte ou pas,
tu seras toujours mon oncle.
Comme je n'ai jamais eu de vraie famille,
j'ai commencé à m'en chercher une.
En fait, ils n'ont pas à savoir
ce que ça représente pour moi.
Après la mort de ta grand-mère,
qu'est-ce qui est devenu irremplaçable pour toi ?
Juste son souvenir.
Comme tes souvenirs avec ta famille,
quand vous vous retrouvez
pour manger ensemble, regarder la télé, jouer à des jeux,
et papoter de sujets inintéressants.
Même si ton père a cessé de te parler,
il t'emmenait à Dunhuang,
il t'emmenait voir le monde quand tu étais enfant.
Ça fait huit ans que j'ai quitté la maison.
Mais ma famille fait comme si ces huit années n'existaient pas
et continue de me voir comme l'enfant que j'étais,
à ceci près que j'ai un nouveau jouet.
C'est pareil pour leur rapport à mon arrière-grand-père.
Il n'a presque pas connu ma grand-mère,
mais il reste sa figure paternelle bien-aimée.
C'est absurde.
Je ne sais pas. Je vois ta famille et je t'envie quand même.
C'est comme ça.
Aussi, je n'ai jamais su ce que ça faisait
d'avoir un père.
D'une certaine façon, tu te souviens de lui à travers ta haine.
C'est vrai.
Professeur,
comment dit-on
"Ta men zen me ying xiang le ni ?"
"Comment vous ont-ils influencés ?"
Influencer !
"Après la mort de ma grand-mère,
je ne pouvais plus compter sur ma famille."
- Sur ma famille "sanglante". - "Sanglante" ?
"J'ai perdu ma famille sanglante."
"Sanglante", ça veut dire quoi ?
- Génétique ? - C'est ça.
S, A, N, G, L, A, N, T, E.
Je doute que ce soit le bon terme.
Ça fait...
Comment dire ?
Ta mère est ta famille sanglante.
Biologique.
Mais je n'ai plus confiance dans cette relation
depuis la mort de ma grand-mère.
Pourquoi ?
C'est...
Sa grand-mère...
Elle était plus proche,
bien plus proche,
de sa grand-mère que de sa mère.
C'est ça.
Sa grand-mère s'est occupée d'elle,
l'a élevée.
C'est une appli de karaoké que je teste sur mon téléphone.
Chante pour nous !
C'est moi qui chante.
C'est moi.
Tu t'es brossé les dents ? Tu as une brosse ?
J'ai apporté la mienne.
- Et Zoe ? - Zoe ?
- Tu as une brosse à dents ? - Non.
Grand-mère va t'en donner une, vas-y.
Celle-ci est pour toi.
- Mimi, tu en as une ? - Oui, je me suis brossé les dents.
Voilà le verre.
La tienne est bleue, c'est facile.
Mimi a une brosse rouge, et celle de sa mère est verte.
Mon père et ma mère, au loin
Sont aussi dans mes rêves
Je chante plutôt bien, non ?
Quand te reverrai-je
Mon bien-aimé ?
Sur certains sujets,
les mots me manquent.
Tu comprends ?
Quand on voit ça,
cette vidéo qui a été filmée en 1993...
Comment la vie d'une personne peut nous échapper ainsi ?
Tu as raison.
Il nous a carrément abandonnés.
Les mérites de la pratique bouddhiste de grand-père
s'arrêtent à notre abandon.
Tout au long de sa vie,
il s'est privé de ce à quoi il tenait vraiment.
Ça te démange ?
Vous en voulez ?
Fais une théière.
J'en veux bien.
Apporte ta tasse, alors.
Tu n'as qu'à m'en prendre une propre.
Je finis ça d'abord.
Non, merci, ça va.
La gamelle du chat est vide.
Il ne faut pas qu'il mange trop, sinon, il va grossir.
- Et s'il meurt de faim ? - On le nourrira quand on dînera.
C'est sympa de voir la maison pleine.
- Comment ça va, le quotidien ? - Pour l'instant, ça va.
On ne sait pas ce qui nous attend.
Tes parents ont déjà connu la junte militaire ?
Leur génération, oui.
Les manifestations continuent.
Les gens se battent pour leur avenir ?
Je n'ai que la Wifi, ici, pas de données.
Je vois.
- Comment est la situation Covid ? - À peu près sous contrôle.
Les gens restent chez eux ?
Hier, je me serais crue en Corée du Nord. Oui.
Tout est allé si vite.
À mon réveil ce matin-là,
il n'y avait ni internet ni réseau téléphonique.
Tout le monde est perdu.
Xinyuan, tu es là ?
Je suis là. Tu es dispo pour parler ?
Oui.
Il va peut-être
y avoir une guerre.
Il y a déjà des combats dans certaines zones
entre les combattants de la démocratie et la junte militaire.
Ces dernières semaines,
je suis allée "protéger" dans la rue.
Tu veux dire "protester".
Ah oui, "protester".
Puis ça a dégénéré et c'est devenu trop dangereux ?
Oui, ils ont commencé à tirer sur la foule.
Beaucoup de gens sont morts.
On compte environ 500 victimes.
Ça fait beaucoup.
Les tirs continuent la nuit.
Hier soir, de chez moi, j'entendais encore des coups de feu.
J'ai vu des vidéos en ligne.
La situation a l'air très préoccupante.
Oui, c'est grave.
Maintenant, on éteint toutes nos lumières.
On n'ose pas les laisser allumées.
Là, tu as la lumière, ce n'est pas grave ?
J'ai fermé les rideaux.
Certains de mes amis sont encore en prison.
- Ils se sont fait arrêter ? - Oui, dans la rue.
Quand ils manifestaient.
Chaque fois qu'on descendait dans la rue, on devait courir,
car l'armée arrivait par-derrière
ou nous bloquait à des carrefours,
puis nous courait après.
Quelle meute de chiens !
Comment ça ?
Ils sont tellement...
Je cherchais le bon mot.
On a épuisé toutes nos insultes pour les qualifier.
Chaque jour, quand ils font feu,
ils visent la tête et rien d'autre.
La cible meurt sur le coup.
Ce ne sont pas des tirs de sommation.
Non, ce sont des meurtres.
C'est terrible.
Avant ça, on était tellement heureux
à l'approche du festival de l'eau en avril.
On avait aussi entendu dire
qu'on pourrait avoir des...
Comment on dit ?
Des vaccins.
Oui ! Ils étaient presque prêts.
On était ravis.
Ensuite, on aurait eu la fête de l'eau,
que les Birmans adorent, puisque c'est leur fête du Nouvel an.
Mais un jour, cette nouvelle nous est tombée dessus.
Ça nous a brisé le cœur.
- Le festival de l'eau serait annulé. - Vous y avez cru direct ?
Ou ça vous a semblé irréel ?
Vous avez immédiatement pris la mesure de la gravité de la situation ?
Bien sûr, parce que ce jour-là,
on a appris qu'Aung San Suu Kyi avait été arrêtée.
Donc c'était forcément grave.
Les jours suivants, on a perdu internet,
on ne pouvait que téléphoner.
Ils ont aussi déclaré
qu'Aung San Suu Kyi avait été relâchée,
mais c'était faux.
Donc la priorité, là,
c'est de continuer à en parler sur internet, pas vrai ?
Oui, ce n'est que comme ça
que le monde sera au courant
de la situation actuelle en Birmanie.
Sinon, ils ne sauront pas à quel point c'est grave.
On n'a pas d'armes pour se défendre.
Et on ne peut plus se contenter de faire comme avant,
quand on défilait pacifiquement dans les rues en criant...
Des slogans ?
Oui, c'est ça.
Quels sont vos slogans ?
Comment les traduire ?
Tu connais le général Aung San ?
- Aung San Suu Kyi est sa... - Fille.
Oui, c'était son père.
Donc on dit qu'il a constitué l'armée
non pas pour assassiner le peuple,
mais pour le protéger.
C'est un des slogans.
On a aussi...
Comment dit-on "révolution" en chinois ?
Révolution...
"Ge Ming."
C'est ça ! On scande qu'il faut une révolution
et qu'on y arrivera.
Tes parents t'ont expliqué,
au cas où vous n'arriveriez pas à changer la donne,
à quoi ressemblera ta vie ?
Non, parce qu'il faut qu'on gagne !
Oui.
On doit réussir.
- Le combat continue ! - Exactement.
- Le combat continue. - On continue le combat.
Fais bien attention à toi.
Bien sûr.
Pour l'heure, on ignore totalement de quoi demain sera fait.
Ne perds pas espoir.
Promis.
Moi aussi, je vais te filmer.
Pas de problème.
Une photo suffira.
Tu fais encore des films ?
Oui.
Tu avais prévu de filmer ton père ici aujourd'hui ?
Ça suffit.
Si tu n'as rien d'autre à me dire,
je vais y aller.
Le fait que tu passes ton temps à me filmer
me met vraiment mal à l'aise.
Ça change quoi, la caméra ?
Qu'est-ce qui te prend ? Ça suffit, j'en ai assez, Mimi.
Merci de m'avoir permis de te rendre visite.
Mais franchement...
J'ai toujours été comme ça, mais tu ne le savais pas.
C'est pas croyable.
On veut la démocratie !
Et on l'aura !
Renverser la dictature !
Et on le fera !
On doit gagner la révolution !
On la gagnera !
Éradiquer l'armée fasciste !
Bats-toi, Mindat !
Rangoon est là pour toi !
Bats-toi, Mandalay !
Rangoon est là pour toi !
On ne veut pas de dictature !
On n'en veut pas !
On veut la démocratie !
Et on l'aura !
Et on l'aura !
Lâche ça.
La démocratie, on l'aura !
La démocratie, on l'aura !
On veut quoi ?
La démocratie !
La démocratie !
- On se bat pour qui ? - Pour le peuple !
Pour le peuple !
Pour le peuple !
En raison du contexte social et politique tendu,
l'anonymat des participants birmans est de rigueur.
Le visage de la jeune fille dans le chat vidéo
a été remplacé par celui d'une actrice grâce à une technologie IA.
Nous révélerons le nom de tous les participants
quand ils ne seront plus en danger.
Nous les remercions tous sincèrement pour leur contribution à ce film.
Adaptation : Anouk Macquet
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