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Décembre 1962.
PrÚs de Lisbonne, de l'autre cÎté du Tage,
une maison isolée.
Un couple, Jean-Pierre et Françoise,
las des mondanités et de l'agitation de Paris,
a cherché le soleil d'hiver.
Ils s'aiment.
Françoise rĂȘve et dessine.
Jean-Pierre se passionne avec nonchalance pour l'électronique.
Leur vie pourrait ĂȘtre sans histoires.
Trop, justement.
En ville, ils aspiraient Ă la solitude.
Dans l'isolement, commence Ă apparaĂźtre l'ombre d'un regret.
Françoise a senti le danger.
Sa meilleure amie devrait les rejoindre.
Elle l'attend avec impatience.
Madame, téléphone ! C'est madame Barbara.
Je ne suis pas Ă Paris mais Ă Nice.
Pour mon journal.
Un congrĂšs, genre Unesco. Plein de discours, tu vois ?
Je suis trĂšs embĂȘtĂ©e. Je ne crois pas pouvoir venir.
Je t'appelle de la salle du congrĂšs.
C'était ça ton reportage au Portugal ?
- Qui c'est, un Jules ? - Mais non, imbécile.
Ne sois pas jaloux. C'est ma meilleure amie.
Tu aurais pu me le dire.
M. Eduardo, veuillez noter
que je vous connaissais à peine quand je vous en ai parlé.
- C'est un amant, avoue. - Pas du tout.
- Je ne te crois pas. - Vérifie, tiens.
Oui, Madame, c'est Nice. Restez en ligne.
TrĂšs bien, un but pour toi.
Attends la suite.
Chérie ? Oui, on a été coupé.
Je suis désolée.
Ne sois pas déçue, c'est pas grave. Il n'y a rien de tragique.
J'avais hĂąte qu'elle vienne.
On tourne en rond, ici.
J'en ai parfois le vertige. Barbara nous aurait guéris.
Je te vois venir. Barbara était une médecine.
Tu veux un autre remĂšde car elle ne vient pas.
Tu crois qu'il faut inviter le reste de la bande.
- Dans un sens⊠- Non.
Impossible. Trop loin, trop compliqué.
On n'est pas Ă Montfort.
C'est la premiÚre fois que tu résignerais.
On fait une liste. Téléphone à ton secrétaire à Paris.
Il prend leurs billets d'avion.
Deux heures de vol, c'est comme Deauville.
On va en week-end Ă Deauville. CQFD.
- On n'y arrivera jamais. - Mais si, tu sauras trĂšs bien.
Tu veux pas en avoir l'air. Tu es précis, méticuleux, ordonné.
Je connais le secret des hommes comme toi.
Un négligé savant cache des armoires rangées.
Et toi, tu as raison.
- Alors, c'est oui ? - C'est oui.
- Je m'en mordrai les doigts, mais oui. - Bon.
Michel, Ă Paris.
Bernard, Jean-Marc et ĂlĂ©onore Ă Nice, chez Jacques.
- ArrĂȘte. - Pourquoi ?
S'ils viennent tous, ils diront qu'on veut créer des ennuis
parce qu'on s'ennuie.
Il y a un peu de ça, et puisâŠ
Si on demandait Ă Daniel, puisque Barbara ne vient pas ?
- Il doit ĂȘtre trop occupĂ©. - Hmm.
- C'est absorbant, l'Unesco. - Penses-tu.
De puis qu'il n'écrit plus, Daniel s'agite mais ne travaille pas.
Por favor.ParisâŠ
Odéon 0508.
Avec préavis pour Michel Bollinger
aux Ăditions Bollinger.
- Tu vois que tu es content. - Ne te réjouis pas trop. Je joue le jeu.
Michel et Daniel sont comme deux mÎmes à la récré.
Bizarre que Michel soit venu avec sa secrétaire.
Je l'aime bien, Mathilde.
Tout de mĂȘme, on aura vu ça. Michel au travail.
Mais c'est Catherine. Incroyable, l'éveil du sentiment paternel.
Il ne parle jamais de sa fille.
Décidément, il m'étonnera toujours.
Ătre pĂšre a aussi ses inconvĂ©nients.
Catherine a pleuré pour venir. Tu ne m'en veux pas ?
Je suis ravie de l'avoir. TrĂšs mignonne.
- J'espÚre ne pas vous déranger. - Pas du tout. Tu dormiras chez Mathilde.
- Mathilde, ça te va ? - Bien sûr.
Je peux attendre l'autre avion avec vous ?
Bien sûr. Il arrive dans 15 minutes.
Allons. Les passagers clandestins n'ont pas le droit Ă la parole.
- Tu vas venir. - Mais PapaâŠ
Il n'y a pas de Papa. Andiamo.
Alors, Catherine, ça va ?
Viens, Mathilde. En attendant,
on va parler entre bonnes femmes.
Allez, on y va.
- La poigne, quelle éducation de fer. - Pas vrai ?
Michel va te chercher tout le voyage avec sa philosophie de l'expérience.
- Je vois. - Tu l'as voulu.
Papa.
- Vous allez vraiment travailler ? - Avec Michel, on sait jamais.
- Théoriquement, il faudrait. - Mais pratiquement, tu décides.
Pratiquement, il est trĂšs paresseux.
- Avec lui, tout est bon pour rien faire. - Tu le tiens bien serré.
Entre les copains, le tennis, le poker et les femmes,
il a peu de temps pour l'édition.
Tu ne m'en veux pas pour Catherine ?
Pas du tout. D'ailleurs, elle me fait marrer.
Je m'assois, je la regarde et je me tords.
- Et Ă l'avion, elle voulait quoi ? - Bernard.
Non !
Ăa se dĂ©fend.
Le grand amour romantique et silencieux.
Elle aimerait son scalp.
Et toi, oĂč en es-tu ?
Décidément, je n'épouse pas Charles.
Tu dois avoir raison. Et maintenant ?
Maintenant ? Rien.
Combien de temps ?
Je sais pas. Aucun projet.
Au fait, dis-moi tout. Qui vient ?
- J'attends trois mystÚres. - Comment ça ?
Tu vas voir.
NumĂ©ro un : pourquoi ĂlĂ©onore arrive avec deux garçons ?
- Laisse-la vivre. - Quelle vie.
- Elle dit aimer Jean-Marc. - Et ?
Tu trouves normal qu'il y ait Pierre, le meilleur ami de Jean-Marc ?
Numéro deux : ce n'est pas chez les Lapons
que Jacques a trouvé cette mystérieuse femme du monde.
Ethnographie parisienne.
Numéro trois : pour qui vient Bernard, écrivain génial et séducteur breveté ?
Oh, Barbara !
- C'est vrai. - T'as pas dit qu'elle venait.
Je suis ravie. Je l'adore.
Elle devait pas venir. Elle s'est dit occupée.
- C'est terrible. - Pourquoi, tu ne l'aimes pas ?
Si, beaucoup. Mais tu vas assister Ă un drame.
C'est vrai, Daniel. Viens, il faut prévenir Barbara.
- Françoise. - Je viens.
Je m'occupe de tout.
J'ai fini trĂšs vite. J'ai pris un avion direct. Tu m'en veux ?
Mais non, il y a deux mois que j'ai envie de te voir.
Ăcoute Barbara, je dois te dire une chose sans dĂ©tour.
Hier soir, j'étais avec Jean-Pierre. Il démontait une tortue.
- Ăa le tient. - Tu as dit sans dĂ©tour.
Ah oui. Comme tu ne venais pas, on a invité plein de gens.
- Je les ai vus dans l'avion. - Non, pas tous.
Il y avait aussi un avion de Paris.
Que veux-tu, Jean-Pierre l'a invité.
Tout ça pour dire que vous avez invité Daniel ?
C'est simple, je repars. Je devais ĂȘtre Ă Nice demain soir.
Tu vas pas me faire ça.
Non, j'ai trop de choses Ă te raconter.
Chérie, je dois repartir. Je t'adore, mais ce serait l'enfer.
- Pas pour moi mais pour les autres. - C'est non.
Tu es lĂ , tu y restes. On trouvera une solution.
Je pourrais le tuer.
Et on le mettrait dans la cuisiniĂšre.
J'en ai jamais vu une plus grande.
- Quand tu le rencontres, tu fais quoi ? - Je ne le vois pas.
Je veux dire, si tu le rencontrais.
Je ne le vois pas, il est transparent.
- Et lui ? - Pareil.
- Alors continue. - Comment ça ?
C'est simple. Il y a de la place et on est nombreux.
Vous vous rencontrez. Vous ĂȘtes transparents.
- Vous ne vous voyez pas. - Et lui ?
T'inquiĂšte pas, je m'en occupe. D'accord ?
- D'accord. - Et je suis d'accord avec toi.
- C'est vraiment un salaud. - Surtout un malheureux.
Jacques, est-ce que tu m'aimes ?
Mais bien sûr, chérie. C'est sympathique, ici.
Jacques, pourquoi tu ne m'aimes plus ?
Mais je viens de te dire que je t'aime.
Oui, mais tu ne me l'as pas dit comme Ă NĂźmes.
Ăcoute, je ne vais pas toujours te dire ça comme Ă NĂźmes.
- Tu veux que je le dise comme Ă NĂźmes ? - C'est trop tard.
Tu m'auras aimé cinq jours et demi.
Je t'aime depuis six mois et demi.
Six mois et vingt-huit jours.
Je ne comprends pas oĂč tu vas chercher ces cinq jours et demi.
Ils sont pourtant pas difficiles Ă trouver.
Deux jours Ă NĂźmes, un jour Ă Rambouillet,
Un jour et demi Ă Saint-Jean-de-Luz et un jour Ă Montargis.
Si je comprends bien, Ă Paris, on ne s'aime pas.
On ne s'aime qu'en province.
Si tu as le cĆur d'en plaisanter.
Non mais quelle idée de faire de tels comptes ?
Et d'oĂč viennent ces "un jour et demi" Ă Saint-Jean-de-Luz ?
On est resté trois jours, d'aprÚs mes souvenirs.
Oui, mais tu ne m'as aimé qu'un jour et demi.
Pendant la corrida, par exemple, tu ne m'as pas regardée.
ChĂ©rie, ne sois pas bĂȘte. On ne peut pas s'aimer 24h/24.
- C'est pas possible. - Moi si, Jacques.
- Je t'aime 24h/24. - Ăvidemment, tu as les moyens.
- Tu n'as que ça à faire. - J'attendais ce reproche.
C'est pas un reproche, c'est une constatation.
C'est toi qui me pousses Ă bout. Tu peux ĂȘtre drĂŽlement exaspĂ©rante.
Tu vois bien que tu ne m'aimes pas. Je t'exaspĂšre.
Bon Dieu, puisque je te dis que je t'aime.
Oui, bien sûr. Tu m'aimes bien.
Mais non, je ne t'aime pas bien.
Je t'aime comme j'ai rarement aimé avant toi.
Moi, Jacques, je t'aime comme je n'ai jamais aimé.
C'est pas une compétition.
Et pourquoi serais-je ici, avec toi, si je ne t'aimais pas ?
- Tu es venu retrouver tes amis. - Je suis aussi venu les retrouver.
Je suis surtout venu pour ĂȘtre avec toi.
Si tu avais voulu ĂȘtre avec moi, on serait retournĂ©s Ă NĂźmes,
comme on l'avait dit.
Voyons chérie, ils nous avaient si gentiment invités.
Et c'est amusant d'ĂȘtre ici avec les autres.
Tu as eu peur de t'ennuyer avec moi.
Mais non, chérie. On peut retourner à Nßmes quand on veut.
Mais on n'y sera pas demain, pour notre huitiĂšme mois.
- On ira pour le neuviĂšme. - C'est pas pareil.
Tu sais que le huit, c'est mon chiffre.
Et j'aurais tellement aimĂ© ĂȘtre Ă NĂźmes avec toi.
On ira pour le prochain week-end. Pour le huitiĂšme jour du huitiĂšme mois.
Ăa sera encore mieux. Viens m'embrasser.
- Enfin. - Comment ça, enfin ?
Tu ne m'as pas embrassée une seule fois aujourd'hui.
Et ce n'est pas vrai que je ne t'ai pas embrassée.
Rappelle-toi, ce matin, au réveil.
On a mĂȘme failli manquer l'avion.
Bien sûr, quand tu as envie de moi.
Comment tu peux dire ça ?
- Que je ne t'embrasse pas ? - Parce que tu n'as pas envie de moi ?
Je t'assure, par moments, c'est impossible de te parler.
Quoiqu'on dise, on a toujours tort.
On n'aurait pas dĂ» partir ensemble. C'est fini, entre nous.
GeneviÚve, tu m'as dit ça à Nßmes, à Saint-Jean-de-Luz,
Ă Rambouillet, Ă Montargis.
On ne peut pas toujours vivre dans la preuve.
Tu as raison, Jacques. Je m'en vais.
- Et oĂč vas-tu ? - Je rentre Ă Paris.
Ne recommence pas le coup des valises.
- Adieu, Jacques. - Mais pourquoi veux-tu partir ?
Et partir comment, sans billet ? On ne prend pas l'avion comme ça.
Je ne veux pas déranger tes amis.
Tu te rends compte que tu construis un drame sur du vent ?
Tu as raison, notre amour n'est plus que du vent.
Je t'en prie, pas de mélo.
Ne me touche pas. Laisse-moi partir ou je crie.
Bon, trĂšs bien, je pars avec toi.
- Tu permets ? - C'est grotesque.
- Je suis d'accord. - Pourquoi tu ne restes pas ?
Parce que je t'aime !
- C'est vrai ? Tu m'aimes ? - Oui, je t'aime.
Oh oui, dis-le moi.
Dis-le moi encore, tu veux ?
Tu vois, c'est toujours pareil. On n'apporte jamais les bonnes robes.
Tu as tort. L'autre t'allait Ă ravir.
Oh, la barbe !
Je suis affreuse, grotesque.
Calme-toi, on a tout le temps pour résoudre ce gros problÚme.
- T'as une cigarette ? - Une Gitane.
Donne quand mĂȘme.
Tu fumes ces horreurs, comme Papa.
Au fait, Papa. Toi qui sais tout, comment ça se passe ?
- Combien cette année ? - Combien ?
Bah oui, combien de grands amours ?
Il faut courir vite pour le suivre.
Tu emploies toujours le mĂȘme Rimmel ?
J'en ai trouvé un nouveau qui ne pique pas.
Maybelline, ça s'appelle. On en trouve à GenÚve.
Mais je l'ai oublié. Tu sais quoi faire.
- Bah voyons. - Ta robe est jolie. OĂč tu l'as achetĂ©e ?
- Pourquoi ? - Comme ça.
T'as déjà mis ça devant Papa ?
Tu te souviens d'IrÚne ? C'était son neuviÚme grand amour.
Elle portait que ce genre de robes. Papa en raffolait.
Range ce bazar. On peut plus bouger.
Calma, c'est comme si c'était fait.
Tu sais, je comprends pas Papa.
Je comprends rien Ă ses rapports avec les femmes.
- Et toi ? - Ăa serait trop long Ă t'expliquer.
Ăa fait dix ans que vous vous connaissez.
Tu connais tout de sa vie, tout de lui.
On dirait deux vieux complices.
Pourtant, ça m'épate qu'il n'y ait jamais rien eu entre vous.
Tu sais, quand il y a pas eu de coup de foudreâŠ
Dis-moi. Toute cette agitation, ce ton de gravité,
sans oublier la maniĂšre dont tu insistais pour attendre le second avion,
laisse-moi devinerâŠ
Inutile de jouer.
Je l'aime depuis que je suis petite.
Il est tout ce qu'un homme doit ĂȘtre.
Intelligent, bon, une compréhension inouïe des choses.
Il est pas beau, loin de lĂ . Mais c'est un vrai homme.
Quand je pense à tous ces petits crétins⊠Tu comprends, lui c'est autre chose.
Qui est-ce ?
Si je te dis son nom, tu me rendras un énorme service ?
- Tu me jures ? - Tout ce que tu voudras.
C'est Bernard. Maintenant, prĂȘte-moi ta robe.
Tu sais, je savais. De toute façon, je t'aurais prĂȘtĂ© ma robe.
Et je savais que tu savais.
Quelle histoire ! Daniel est d'accord mais ça n'a pas été simple.
La frontiĂšre entre le drame et la comĂ©dieâŠ
- De quoi on a l'air ? La gaffe. - Ăa arrive tous les jours.
Si les gens brouillés ne se voyaient plus, on ne ferait plus de dßner.
- On dirait que ça te plaĂźt. - Ăa m'amuse.
J'attends avec impatience le moment oĂč Daniel et Barbara vont se croiser
en ayant l'air de ne pas se voir.
S'il y a un destin, il doit se marrer, certains jours.
- J'ai épousé un diable. - Gentil.
D'accord, gentil.
Allez, prépare ta balade. Bernard sera génial.
J'y compte bien.
Dis-moi, il t'en faut deux maintenant ?
- Si tu en as un de libre⊠- Ils le sont tous les deux.
Cause toujours.
Qu'est-ce qu'il se passe avec Jean-Marc ?
On vous voit ensemble sans ĂȘtre en couple.
Monsieur ne s'est jamais déclaré.
- Tout le monde sait qu'il t'aime. - Sauf lui, peut-ĂȘtre.
Depuis six mois, il ne parle que de sa cruelle Béatrice.
- Quelle Béatrice ? - C'est une image.
C'est mĂȘme pas sĂ»r qu'elle existe.
Pour moi, c'est une bonne excuse pour prendre son temps.
- Pour voir venir. - Voir venir quoi ?
Ăa, je ne sais pas.
Si je l'aime vraiment, si je suis la femme de sa vie.
Dis lui que tu es la femme de sa vie.
- Viens voir ma chambre. - Oui. Avec terrasse ?
Jean-Marc a l'air d'un garçon simple et sans histoires.
Je t'en pique une.
Alors qu'en réalité, il est trÚs compliqué.
TrÚs tourmenté, trÚs intériorisé. Un peu comme la musique qu'il écrit.
Il ne sera donc convaincu que par du compliqué.
- Compris. - Tu as compris quoi ?
Ăcoute, ĂlĂ©onore, ne fais pas l'idiote.
Déjà , tu n'es pas sadique. Tu ne veux pas les faire souffrir.
Ensuite, tu n'aimes pas la compétition.
Et moi non plus. Le meilleur gagne, donc c'est clair.
Pierre devrait te faire la cour pour rendre Jean-Marc jaloux
et l'obliger à se déclarer.
- Tu me crois folle ? - Non.
Les hommes tombent dans les plus gros piĂšges.
Ils sont tellement sentimentaux.
- Qu'en pense Pierre ? - Pierre n'en sait rien.
Il est venu sans demander d'explications ?
Un week-end au Portugal, quoi de plus naturel ?
- Qui te dit qu'ils jouent Ă ton jeu ? - Ah, çaâŠ
Oh, excusez-moi.
J'aurais préféré une rose.
Je vous en cueille une tout Ă l'heure.
Il a l'air d'un gros ours mais j'aime.
On dit qu'il plaĂźt beaucoup.
Bon, je vais aller voir mes deux gars.
Il y aurait une promenade dans l'air. Ă plus tard.
Moi, je toucherais pas Ă la dame.
- Tu as vu ça ? - Et ça ?
Faut pas s'occuper des points faibles, que des points forts.
- Fixe ! - Repos.
- Alors, on a rangĂ© ses petites affaires ? - Oui, ĂlĂ©onore.
- Les costumes sont sur cintre ? - Oui, ĂlĂ©onore.
- On est prĂȘt pour la promenade ? - Laquelle ?
Visite au chĂąteau de Palmela. C'est beau, ancien et en ruines.
- On a pas fini notre partie d'échecs. - On finira aprÚs.
En voilĂ un homme galant.
Tu devrais prendre exemple sur ton ami.
- Il sera récompensé. - Si vous me prenez par les sentiments.
Et notre partie ?
Pas de rouspétance. Rendez-vous dans la cour dans 30 minutes.
- Allez, on y va. - La balade t'arrange, salaud. Tu perds.
Qui te dit que je perds ?
Et si mon cavalier vient faire échec à ta dame ?
Et ça ?
- Alors, ça va ? - Si je racontais ça à l'Unesco.
- Chantage ? - Non, le futur prix Nobel en privé.
Michel, tu l'édites ou tu es son impresario ?
Venez au chĂąteau de Palmela.
- J'ai du travail. - La petite Mathilde ?
Non, c'est sa secrétaire depuis huit ans. Monsieur est en vacances studieuses.
Tu rigoles mais je vais tout faire.
- Tu écris ? - Non, il y a les auteurs pour ça.
- Ah. - Je dois faire ma mise en page.
- De l'Ă©rotisme dans la publicitĂ©. - Tu travailles en rĂȘvant.
- Vous appelez ça un travail ? - Le devoir m'appelle.
Moi, on m'appelle Ondine.
Moi, on m'appelle Hans.
Moi, on m'appelle Catherine.
- Bon, t'as tout préparé ? - Oui.
Mise en page de La psychanalyse de la publicité,
Correction des épreuves de La symbolique sexuelle,
et quinze jours de courrier.
- Tu peux répondre. - Et imiter ta signature ?
C'est pas la premiĂšre fois.
- Allons-y. - On commence par quoi ? Le courrier ?
Tu le feras lundi. Attaquons la mise en page.
Tiens, revérifie.
- Je vais changer de voiture. - Encore ? Allez, on travaille.
- Tu travailles de moins en moins. - Tu le fais pour deux.
- Tu envoies un peu loin le bouchon. - Ăcoute, je supervise.
Je choisis les textes et les images.
Un chef d'état-major ne creuse pas les tranchées.
On ne peut pas mieux dire.
Tu es si vaniteux. C'est une excuse pour ta paresse ?
- Oh, écoute, ça va. - Tu as de la chance de m'avoir.
- Je te ferai décerner une médaille. - Encore une ?
MichelâŠ
⊠tu viens avec nous voir les ruines d'un chùteau mauresque ?
- C'est superbe. - Impossible, trop de boulot.
D'aprĂšs lui, sur le plan astronomique,
l'expression "en mĂȘme temps" ne veut rien dire.
C'est tout Ă fait exact.
Durant la nuit, d'ailleurs, on a une mauvaise perception du monde.
Une vision absolument absurde du monde.
On voit donc ensemble deux choses
qui n'existent pas ensemble.
De la mĂȘme maniĂšre que l'image que nous nous faisons
de ces ruines est totalement fausse.
Pour les sentiments,
on a aussi tort de tout mettre sur le mĂȘme plan.
On peut se croire amoureux mais ne ressentir que du désir.
Et on peut se croire amoureux mĂȘme si c'est dĂ©jĂ du passĂ©.
On peut aussi ignorer son amour et donc ĂȘtre toujours amoureux.
Il existe une formidable différence entre le ressenti d'un sentiment
et la maniĂšre dont on l'exprime.
Comment peut-on ne pas se sentir étrangers à ce monde ?
Si on pense que le corps de l'homme est composé de liquide à 90 %,
imagine chez les bonnes femmes ?
- Tu pousses un peu, non ? - Pas du tout.
Regarde pourquoi on est censĂ© perdre la tĂȘte.
LĂšvre boudeuse, Ćil en coulisse et sein en avant.
- T'es pas exactement un moine. - Et je ne parle pas des accessoires.
Il s'améliore pas, ton numéro.
- T'en as assez ? - Non, jamais.
Si, je le vois bien.
Si tu as envie de t'arrĂȘter, dĂ©cide-le toi mĂȘme.
Moi, je continue tant que tu voudras.
Bon, puisque j'y suis obligé, d'accord.
C'est moi qui ai envie d'arrĂȘter.
- Je fais plus rien de bien. - Toujours des excuses.
Si tu as envie de t'arrĂȘter, dis-le. C'est tellement plus simple.
T'es terrible ! Je peux pas ĂȘtre tranquille.
Disons donc⊠que j'ai envie d'aller faire un tour.
- C'est plutĂŽt beau, non ? - Moi, les ruinesâŠ
- Ăa a l'air d'inspirer Bernard. - Allons voir lĂ -haut.
Moi, ça me suffit. Et puis c'est hanté partout.
- Hanté ? - J'ai vu un fantÎme il y a deux minutes.
- Pierre, allons-y. - Vous n'aurez pas peur ?
- Vous me protégerez. - Allons-y.
Il est gentil, ton ami Pierre.
- Tu ne le connaissais pas ? - Ă peine.
Moi, la presse sĂ©rieuse de gaucheâŠ
Je l'imaginais moins élégant, moins playboy.
Il serait pas content s'il t'entendait. Il se prend pour Saint-Just.
- Vous ĂȘtes de vieux amis ? - Depuis 20 ans, oui.
- C'est comme un frĂšre. - Je vois.
Tiens, regarde oĂč il est allĂ© se percher, ton frĂšre.
C'était formidable comme position stratégique.
Imprenable sans paras.
- Vous ne prenez plus mon bras ? - Si.
- ĂlĂ©onore, je peux parler franchement ? - Bien sĂ»r.
Je ne veux pas ĂȘtre indiscret mais je connais assez Jean-Marc
pour savoir qu'il y a une certaine situation sentimentale entre vous.
- Incertaine, plutĂŽt. - Admettons.
Quoiqu'il en soit, j'avais l'impression d'accompagner un couple, mĂȘme virtuel.
Or, depuis le départ,
vous ĂȘtes plus affectueuse et intime avec moi. Je ne comprends plus.
Vous avez parlé d'une certaine situation sentimentale.
Le problĂšme est de la rendre moins incertaine.
- Qu'est-ce que j'ai Ă faire lĂ -dedans ? - Je vous explique.
- Il faudrait jouer un jeu. - Un jeu ?
Un jeu pas bien méchant,
mais il faudrait que vous fassiez semblant vis-Ă -vis de Jean-Marc.
Tu comprends, on devait venir.
Il tient tellement Ă nous montrer ces ruines.
- Vous vous aimez tous beaucoup ? - Oui, on se connaĂźt bien.
Enfin, depuis longtemps.
J'aimerais tellement qu'ils m'aiment aussi.
- Je me sens si complexée vis-à -vis d'eux. - Pourquoi ? Ils sont simples.
Ils sont parfois un peu compliqués mais trÚs simples.
J'aimerais qu'ils m'aiment pour toi.
Qu'ils m'aiment pour que tu n'aies pas honte de moi.
Tu dis des bĂȘtises. Pourquoi j'aurais honte de toi ?
Ils ont tous l'air si intelligent, alorsâŠ
Alors, tout d'un coup, au milieu d'euxâŠ
Je me sens "la" femme du monde.
- Tu vois ? Toute bĂȘte. - Je t'adore.
Moi, je t'aime, Jacques.
- Tu sais que je t'aime ? - Je t'adore.
Mais je t'aime aussi.
Dans ce cas-lĂ , on dit "pardon", je crois. C'est beau l'amour.
- Tu as la voiture de Jean-Pierre ? - Oui.
Marre du tourisme. Je la pique.
OK, on ira avec les autres. La clé est sur le tableau de bord.
Alors, les tourtereaux, comment ça va ?
- Salut Daniel, comment va l'Unesco ? - Moi, je dors.
Et ta pĂȘche au bon sauvage ? Tu repars quand ?
L'ethnographie, c'est surtout trier des fiches dans des caves Ă Paris.
Préviens-moi quand tu en seras à la sexualité des Lapons.
- Toujours obsédé ? - Et toi, tu te défoules ?
Je travaille beaucoup, on m'a proposé d'aller en Nouvelle-Guinée.
Ah oui ? Tu penses partir quand, Ă peu prĂšs ?
- On rentre ? - Si tu veux.
- Tu as envie de rester. - Tu me fatigues.
- Bon, j'ai envie de rentrer. - Ăa tombe bien, parce que moi aussi.
- Tu pourrais pas arrĂȘter, une seconde ? - Va savoir.
Oh, j'en ai marre de tes clichés. Viens, on rentre.
Si on pense que le corps de l'homme est composĂ© de liquide Ă 90 %âŠ
Je voudrais te parler de quelque chose qui m'embĂȘte.
- J'hésitais à le faire. - Tu as tort, j'ai plus 20 ans.
C'est justement pour ça que j'hésitais.
- Qu'est-ce que c'est ? - C'est un article.
- Tiens, le voilĂ . - Non, lis-le.
- Il dit "Qu'as-tu fait de ta jeunesse ?" - Ah oui ?
Et d'oĂč ça sort ?
Une feuille de chou quelconque.
Vas-y, je t'écoute.
"Passe encore que M. Bollinger fasse fortune
"en éditant de la pornographie de luxe sous de vagues prétextes
"artistiques ou scientifiquesâŠ"
Bon, c'est plus con que méchant.
"Mais ce monsieur voit loin.
"Il prĂ©pare une collection plus populaire oĂč l'on annonce, en numĂ©ro un,
"une psychanalyse du marxisme
"oĂč un chapitre sur le puritanisme de Staline rĂ©jouira sans aucun doute
"tous les ennemis du peuple.
"Dans sa jeunesse, ce monsieur a milité dans le grand parti des travailleurs.
"Ceci devrait le rappeler à la décence mais il jette désormais le masque.
"Il montre son vrai visage.
"Ce renégat est un ennemi de classe."
C'est dégueulasse, non ?
Raconter des trucs aussi faux.
C'est dégueulasse, mais pas tellement faux. Allez, viens.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? - J'aime pas parler de tout ça.
Pourquoi ? Tu as peur ?
Non mais je déteste faire l'ancien combattant.
J'ignore si j'ai eu tort de ne pas changer ou s'ils ont eu raison de le faire.
J'ai vraiment fait le terroriste amateur pendant 4 ans.
J'ai fait un an de prison.
J'ai cru à une société sans classe et heureuse,
avec la violence et le sectarisme de la jeunesse.
Et j'y crois encore, malgré les apparences.
J'ai été contre les fours crématoires et tous les autres racismes.
J'aime aussi la peinture abstraite, la musique sérielle, la science-fiction.
Mais je trouve que ça se tient.
Et je trouve que le travail ne régénÚre pas.
Il avilit. Vive la semaine de deux heures.
Tu sais que tu viens de faire un discours ?
- Désolé de cette marque de confiance. - C'est comme ça que je l'avais pris.
Dis donc, il t'arrive d'ĂȘtre sĂ©rieux.
Tous les dix ans, quand le monde m'y oblige.
- Michel ? - Oui.
Si tu penses que tu n'as pas changé,
pourquoi réagis-tu si violemment, comme si tu avais effacé ton passé ?
Ăcoute, je sais pas trĂšs bien pourquoi,
mais je vais te dire une chose que je n'ai jamais dit Ă personne.
Il y a des moments, trĂšs rares, oĂč je me demandeâŠ
Dis.
Je me demande ce que certains pourraient penser de moi.
Qui ça ?
Je vais t'étonner mais c'est une femme.
- La mĂšre de Catherine ? - Oui.
Nous avions menĂ© le mĂȘme combat ensemble,
avant qu'elle disparaisse.
Parfois, je me demande ce qu'elle penserait de moi.
Tu vois pourquoi j'aime pas en parler ?
Oui, je comprends.
- Mathilde ? - Oui.
Ă quoi penses-tu ?
Je pensais qu'il y avait eu au moins une femme dans ta vie
que tu n'avais pas vue comme une bonne femme.
Pourquoi ne me dis-tu jamais rien ?
Hein ? Quoi ?
- C'est Ă moi que tu parles ? - Mais oui, Jacques.
Tu sais bien que c'est en t'écoutant avec tes amis
que j'ai appris ton départ en Nouvelle-Guinée.
Voyons, chérie, c'était un hasard. C'est arrivé comme ça.
- J'allais t'en parler. - Si tu m'aimais, tu l'aurais déjà fait.
Mais c'est encore trĂšs vague et lointain.
Nous pourrions ĂȘtre si heureux si tu le voulais.
- Je suis heureux, moi. - Toi, oui.
- Parce que tu m'aimes moins. - On va pas recommencer les comptes.
Si tu tiens absolument Ă m'aimer plus que je ne t'aime,
je ne vais pas t'en empĂȘcher.
Bon, si on faisait une petite sieste avant de descendre ?
Donc, pour toi, je ne suis bonne qu'à ça.
Comment ça ? Bonne à quoi ?
- Ă faire l'amour. - C'est la sieste, que je te propose.
C'est la mĂȘme chose, avec toi.
Il faudrait s'entendre.
Si je veux voir mes amis, c'est que je n'ai pas envie de toi.
Si je veux rester avec toi, tu n'es bonne qu'à ça.
Parfois, je ne sais plus quoi faire.
Jacques, combien de temps vas-tu m'aimer ?
Quoi ? Qu'est-ce que tu dis ?
- Tu vas m'aimer encore longtemps ? - Mais oui, chérie, bien sûr.
Jacques ?
Tu dors ?
- Je te réveille ? - Non mais GeneviÚve dort.
- Viens faire un poker, on est quatre. - Oui, je prends ma veste.
- Je suis pas sorti depuis longtemps. - Ăa m'Ă©tonne.
- Elle te laisse pas jouer ? - T'es fou.
Elle est du genre un peu possessive mais, au fond, c'est une fille trĂšs bien.
Le travail, c'est ta liberté. Viens travailler.
- On est parfaites, toutes les quatre. - Des lionnes.
Imagine que nos Jules pensent Ă ce qu'on se dit.
Je vois ça d'ici.
"Elles ne savent pas parler de politique, ni de littérature."
"Aucune idée générale."
- "Des petites choses futiles." - On leur ferait peur ?
Ils doivent penser qu'on est méchantes et qu'on déchire de pauvres innocents.
Ă propos, oĂč est Catherine ?
Elle s'équipe depuis deux heures. Faut le voir.
- Pour qui ? - Fais pas l'ignorante.
- Les hommes⊠- Tu parles comme eux de nousâŠ
Entre eux, ils disent "les bonnes femmes".
Regardez ce qui nous arrive.
ChÚre amie, c'est encore l'heure du thé mais nous en sommes déjà au scotch.
Je m'y mettrai tout Ă l'heure.
Votre robe est ravissante. Qui vous a fait ça ?
Strazzi.
- Je vous ai interrompues, ne vous gĂȘnez⊠- Mais pas du tout.
Faut se détendre de temps en temps, ça fait du bien.
- Ăa va faire mal, tout ça, oui. - Oui.
- Combien tu as⊠- Moi, 80.
- 80 ! - Jean-Pierre ?
- Moi, 34. - 34. Jacques ?
- 54. - Quelle tabagie.
- Vraiment, les hommes entre eux⊠- ĂlĂ©onore, c'est sĂ©rieux.
Je viens chercher Jean-Marc et Pierre. Ils ont assez joué.
- Et ils sont pas lĂ pour rire. - Un instant, on a presque fini.
- Vous voulez vous asseoir. - Non, je les emmĂšne.
- à votre disposition. Finis les comptes. - Bien sûr.
- Direction ? - Le parc. Footing.
- C'est bon pour la santé. - On n'a pas assez marché ?
Parfait.
- Pierre ? - Allez, on y va, Jean-Marc.
- Ils sont gentils, ces garçons. - C'est l'avis d'ĂlĂ©onore.
Deux pour le prix d'un !
- Qui a gagné ? - C'est Michel.
- Et vous ? - Nous, on ne joue pas bien.
Mon pauvre Pierre.
Jean-Marc, ton bras.
- ĂlĂ©onore, tu as vu l'heure ? - Et ?
Une excursion me semble imprudente.
Tu penses bien qu'avec mes talons, je ne vais faire que le tour de la maison.
Ah, ĂlĂ©onore, vousâŠ
Pierre, depuis le temps, on pourrait se tutoyer.
- Tes désirs sont des ordres. - Il me faut l'accord de Jean-Marc.
Je ne décide rien sans lui. C'est mon directeur de conscience.
Ăa fait longtemps que tu ne t'es pas confessĂ©e.
Je serai indulgent. Tu as mon accord.
Bravo. Si vous ĂȘtes bien sages, ce soir, je vous apprendrai le poker menteur.
- C'est bien plus amusant que le vĂŽtre. - Pourquoi ?
Car on peut dire Ă l'autre qu'il ment.
Pierre ! C'est ça, votre footing ?
- Un petit ping-pong ? - Vous permettez ?
Je suis ton homme !
ĂlĂ©onore.
Oui ?
- Je voudrais te dire quelque chose. - Je t'écoute.
Je ne suis pas sûr que je doive te dire ce quelque chose.
Dis-le moi.
- Plus tard. Ce soir. - Bon, comme tu voudras.
- Alors, vous avez ce qu'il vous faut ? - Oui, merci.
Pour Catherine, ça va.
Je pensais Ă ce que tu m'as dit.
Je parle des voitures, de mes aventures et des boissons, alorsâŠ
Pourquoi tu me parles comme ça, là ? Je t'agressais pas.
Tu étais si différent. Tu le regrettes ?
Je me demande.
Chérie, tu es merveilleuse.
Si tu n'étais pas ma fille, je te séduirais.
Je savais que cette robe te plairait.
Je suis sûr que c'était pas ton objectif.
- Joli couple. - Je fais un peu vicelard, non ?
Je vous raconte une histoire folle.
Tout Ă l'heure, je vois une porte entrouverte.
Je m'arrĂȘte et je me dissimule.
Le spectacle que je vis fut vraiment étonnant.
Une glace. Devant la glace, une superbe créature.
En peignoir de bain.
Disparition de la crĂ©ature puis, Ă nouveau, la mĂȘme glace,
la mĂȘme superbe crĂ©ature,
mais avec le peignoir ouvert Ă mi-cuisse.
Je comprends tout, maintenant.
C'est dur de séduire un vrai homme, pas vrai ma chérie ?
T'es un salaud !
Je trouve que tu exagĂšres. AprĂšs tout, c'est une gamine.
De plus, la tienne.
Ăcoute, t'as peut-ĂȘtre l'Ăąge d'ĂȘtre son pĂšre mais tu l'es pas.
- Alors, fous-moi la paix. - Messieurs.
Tu penses que ça ne me regarde pas. Tu as raison mais quand mĂȘme.
Tu sais trĂšs bien que son petit manĂšge m'Ă©tait destinĂ© etâŠ
Je te trouve injuste d'avoir fait ça devant moi.
D'accord, t'as raison.
J'ai un peu exagéré.
Mais surtout pas d'hypocrisie.
Ăa va arranger tout le monde.
Maintenant, tu peux aller la rejoindre, la consoler.
Tu en as envie, non ?
Alors, fais-le.
Bien, j'y vais.
C'est pas facile d'ĂȘtre pĂšre.
Ah, vous voilĂ .
Ăa ne vous a pas coupĂ© l'appĂ©tit.
Vous me cherchez depuis longtemps ? C'est gentil.
J'avais envie de vous voir.
Vous avez vu comme Papa me traite ? Vraiment, il m'aide pas.
C'est dĂ©jĂ pas facile d'ĂȘtre naturelle. Petite fille, grandes personnesâŠ
Je suis jamais ce que je suis.
- Et lui, en plus⊠- Ah, vous savezâŠ
Il vous traite comme il a décidé de traiter toutes les femmes.
Ce n'est pas facile non plus d'avoir une grande fille.
C'est fou comme vous comprenez. Vous ĂȘtes merveilleux.
Mais qu'est-ce que j'ai ?
Vous avez faim ? Je cuisine trĂšs bien.
Asseyez-vous.
Je vous fais une omelette ou un plat, comme vous voudrez.
Puis vous m'expliquerez ce que vous avez dit ce matin.
- Vous voulez ? - Bien sûr.
Omelette aux truffes ? Je la fais admirablement.
Mais je ne veux pas manger.
- Vous venez de me dire "bien sûr". - Mais pas ça.
Bon, je ne vous forcerai pas.
Je vous aime. J'ai besoin de vous.
Je veux vivre avec vous.
Laissez-moi parler, vous répondrez aprÚs.
Je sais ce que je veux.
Je sais que je vous chercherai toujours.
Ce que vous ĂȘtes.
Ce que vous pouvez m'apporter.
Pourquoi attendre ?
Sous prétexte de mon ùge ?
Catherine.
Vous me faites peur.
J'ai envie d'ĂȘtre seule avec vous. Allons nous promener.
Full aux rois par les dames.
- Par les dames ? - Par les dames.
Tu mens.
Désolée.
- Je l'aurais pas pris non plus. - C'est Ă ĂlĂ©onore de donner.
Donnez pour moi, je vais me changer.
Et je reprends une vodka.
- C'est ton quatriĂšme verre. - Ăa en fera cinq.
- Je t'en prie. - Non, vas-y.
Vous m'admettez en petite tenue de nuit ? TrĂšs correcte, je vous assure.
Dommage.
- Tu as 15 ans, ce soir, toi. - Ăa doit ĂȘtre l'air du Portugal.
D'habitude, je suis plutĂŽt un peu puritain.
- Je sais. - Je coupe et je donne pour ĂlĂ©onore.
ĂlĂ©onore, la vodka est servie, le jeu est donnĂ© et on t'attend.
Me voici.
Correcte ?
C'est une robe de chambre des plus strictes.
Enfin, PierreâŠ
- TrÚs stricte⊠- Minimum.
- TrĂšs ravissante. - Merci.
Une paire.
Trois cartes.
- Deux paires. - Je prends.
UneâŠ
- Carré. - Quoi ?
- Carré. - Non mais tu te fous de moi ?
- Tu avais deux paires⊠- Dites, c'est de la parlante.
- Regarde-moi dans les yeux. - Je te regarde.
RépÚte ce que tu viens de dire.
- Je te regarde ? - Fais pas l'idiote. Ton annonce.
Carré.
Tu mens.
- Navrée. - Vertigineux.
ĂliminĂ©, le petit Jean-Marc.
ĂliminĂ©.
- Ă vous deux. - On en refait une aprĂšs.
- Non, je vais me coucher, je vous laisse. - Jean-Marc.
Ă demain.
Il est fùché parce qu'il a perdu ?
C'est une sortie concertée. Il n'y a pas meilleur joueur que lui.
Vous vouliez provoquer une réaction chez lui, vous avez gagné.
Je croyais qu'on se tutoyait.
C'est juste, excuse-moi.
J'avais l'impression que la représentation était terminée.
C'est curieux, cette fuite.
Moi qui cherchais plutĂŽt unâŠ
ĂlĂ©onore.
Il y a deux sortes d'amour trÚs différents.
L'amour de tĂȘte et l'amour tout court.
Je pense que Jean-Marc est un amoureux de tĂȘte.
Et vous, vous seriez plutĂŽt un amoureux tout court.
Peut-ĂȘtre.
J'espĂšre avoir bien rempli mon rĂŽle.
Reste plus qu'Ă se dire bonsoir et aller dormir.
Bonsoir, Pierre.
Bonsoir, ĂlĂ©onore.
Il y a de grosses cantatrices d'opéra qui chantent "je m'envole" et puis
qui restent clouées sur scÚne.
- Pierre. - Oui, je sais, ĂlĂ©onore.
Ăa n'est pas trĂšs clair.
Enfin pas pour moi, en tout cas.
Tu m'as demandé de jouer un jeu. Je l'ai fait.
Je n'ai pas envie de cesser de jouer.
Je ne pense plus que c'est un jeu.
En principe, Pierre, je suis amoureuse de Jean-Marc.
En principe, peut-ĂȘtre.
Mais, ce soir, tu ne l'es pas.
Tu ne l'aurais pas laissé partir.
Tu es belle.
Je devrais te fuir.
Fuis.
LĂąche-moi.
Non.
C'est facile par la force.
Non, c'est pas facile.
Tu veux que je m'en aille ?
Non.
Je vais t'embrasser.
Oui.
Jacques, qu'est-ce que tu fais pour moi ?
Comment ça ?
Qu'est-ce que tu fais pour m'aider, pour me comprendre ?
Je ne sais pas moi, je⊠Tu as de ces questions.
Tu ne sais pas parce que tu ne fais rien.
Rien qui puisse dĂ©ranger ou gĂȘner ta petite vie.
Et qu'est-ce que tu fais pour moi, toi ?
Ce que je fais pour toi, Jacques ? J'ai failli divorcer.
Tu as failli divorcer⊠Dans ce cas, je t'ai presque épousée.
Oh, je t'en prie.
Ne plaisante pas avec ça.
Je ne plaisante pas, je constate que tu as "failli" divorcer.
Je ne te le reproche pas, c'est bien comme ça.
Ăa t'arrange que je ne divorce pas ?
Ăcoute, chĂ©rie, si tu cherches une preuve,
je suis toujours prĂȘt, de mon cĂŽtĂ©, Ă vivre avec toi.
ComplĂštement.
Pourquoi parles-tu toujours de preuves ?
Car tu en as besoin. Faut toujours que tu te rassures.
Sur toi-mĂȘme et les autres.
Bonne nuit, Jacques.
Ăcoute, chĂ©rie, cessons de jouer.
Tu es jeune, tu es belle, tu es⊠Enfin, tu n'es pas bĂȘte.
Moi, je suis⊠Je suis ce que je suis.
- Je t'aime, tu m'aimes. - Laisse-moi, Jacques.
- Enfin, chérie. - Tu n'as pas sommeil, ce soir ?
- Tu t'amuses ? - Oui, l'article est sur la cybernétique.
- Je parlais des autres. - Ah.
- Ils s'amusent. - Parfois, t'es exaspérant.
Quand tu veux pas répondre, par exemple.
- Tu sais que j'ai une tĂȘte de mule. - Je te connais, beau masque.
Tu te demandes si le ballet de tes camarades
t'amuse ou t'exaspĂšre, c'est tout.
C'est terrible, la vie conjugale. On peut rien se cacher.
C'est impossible.
Dans un an, dans deux ans, dans cinq ansâŠ
Tu m'en voudras.
Tu m'en voudras d'avoir créé ce lien d'amitié.
Car ce ne sera plus que de l'amitié.
Tu me regarderas avec d'autres yeux.
Les yeux que je t'aurai donnés.
Et peut-ĂȘtre que tu me dĂ©testeras.
Mais ces raisons, ce sont les miennes.
Quelles sont les vĂŽtres ?
Moi, je suis bien avec vous.
C'est la premiĂšre fois qu'on me fait exister.
Que je n'ai pas peur d'ĂȘtre moi-mĂȘme.
Plus tĂŽt, vous avez dit avoir peur.
Vous avez peur ?
Mais j'ai tout décidé.
C'est moi qui vous le demande.
Je veux vivre avec vous.
Catherine, c'est impossible.
Ăa l'est dĂ©jĂ aujourd'hui.
Ăa le sera demain.
Moi, je ne vous apporte rien ?
Je suis jolie. Je vous aime. Je suis disponible, prĂȘte.
PrĂȘte Ă ĂȘtre façonnĂ©e par vous.
C'est ça qui vous effraie ?
Peut-ĂȘtre qu'on s'ennuie avec une enfant. C'est ça, vos raisons ?
Mes raisonsâŠ
C'est toi.
Moi, qui ne suis qu'une petite fille ?
Que pensez-vous de moi ?
Catherine.
Vous n'avez jamais cessé d'avoir peur. C'est trop tard, maintenant.
- T'en veux une ? - Non, merci.
- Ă quoi tu penses ? - Ă rien.
- Ă rien du tout ? - Je pense que je suis bien.
- Et pourquoi tu es bien ? - Idiot.
- Bah qu'est-ce que tu fais ? - Tu vois, je m'étire.
- Tu appelles ça t'étirer ? - J'appelle ça m'étirer à ma maniÚre.
- Curieuse maniÚre. - J'ai appris ça à Sumatra.
Sumatra ou pas, si tu continues, j'arrive.
- Tu es bien sur ton canapé, restes-y. - Non.
- J'arrive. - Reste lĂ oĂč tu es.
Me voilĂ .
Je suis là , tu ne m'échapperas pas.
- Laisse-moi. - C'est toi qui m'as provoqué.
- Pierre, va-t-en. - Tu veux pas de moi ?
- Non. - Oh, malheur !
Trois fois malheur !
- ĂlĂ©onore ne veut plus de moi. - Mais si.
- ĂlĂ©onore ne veut plus de moi. - Si, mais pas tout de suite.
- Mais reste pas comme ça. - J'ai rien à mettre.
- Tiens, tu veux ça ? - Oui.
- Et comme ça ? - Oui ?
- Je pense que je suis correcte, non ? - Tout juste.
- Et comme ça ? - Qu'est-ce que c'est que ça ?
Ma casquette roumaine. Elle vient de BrÄila.
- Ăa fait employĂ©e du gaz, non ? - Ce qu'il faut entendreâŠ
Mais, mon cher, c'est le couvre-chef des fiers Komsomols.
Tu devrais reconnaßtre ça, toi. Robespierre de la presse rouge.
- J'arrive ! - Tu es fou.
- Alors parlons de choses sérieuses. - Par exemple ?
De nous. Ăa me semble assez grave, non ?
Viens.
- Tu veux pas parler de choses sérieuses ? - Non.
Viens.
Me voici.
- Somnambule ? - Non, trÚs réveillée, au contraire.
Dites, elle était si difficile à consoler, cette petite ?
Ă votre Ćil satisfait, un peu las, si j'en juge bien,
vous l'avez réconciliée avec l'existence et les hommes.
Ma chĂšre, je suis sans doute las mais terriblement peu satisfait.
Peu satisfait de moi.
Je ne comprends rien aux femmes
et une femme enfant de 19 ans, c'est impossible.
Pourquoi ?
Je suis hors d'état de faire mon autocritique.
- Demain, peut-ĂȘtre. Bonsoir. - Bonsoir.
Pouce ?
OK, pouce.
On ne peut jamais disparaĂźtre tout Ă fait.
Pourtant, il y a une heureâŠ
Les montagnes se sont rencontrées.
- Il y a combien de temps ? - Cinq ans.
Tu comptais pas ? Moi, si.
Je comptais.
Avec rage, avec rancune, mais je comptais.
Tu me laisses te regarder ?
Tu es toujours la mĂȘme.
- Toi aussi. - Non.
On dit que le temps attaque les femmes. Peut-ĂȘtre, mais les hommesâŠ
J'ai 42 ans.
Il y a cinq ans, j'avais dix ans de moins. Ăa change tout.
Toujours le goût des jeunes ?
Si je te racontaisâŠ
- Raconte. - Il y en a pour la nuit.
- Et toi ? - Si je te racontaisâŠ
Raconte.
J'ai perdu l'habitude. Je ne raconte plus jamais.
J'ai plus jamais ri.
Ri vraiment, je veux dire.
- J'ai eu des crises de désespoir. - Me dis pas que tu te sens seule.
- Je te connais, au moins⊠- Chut !
J'en ai aimé deux follement.
Un qui m'a donné ce que je n'avais jamais eu.
Mais j'ai plus jamais ri. Plus jamais raconté.
Je t'ai haĂŻ comme on hait peu de personnes.
Je t'ai détruit. Je voulais te faire ramper.
- Te voir réduit en miettes, en loques. - J'en sais quelque chose.
On m'a balancé trois fois à cause de toi.
Là , je suis tranquille. J'ai trouvé un fromage.
Je ne parlais pas de ça.
Je trouve ça normal.
Je t'avais fait. Tu m'avais échappé.
Tu n'avais plus droit Ă la vie.
J'ai pas été malheureuse.
Je me suis pas sentie abandonnée. J'ai fait 10000 choses.
Je suis une puissance. Personne ne peut m'atteindre.
Les gens se battent pour que je les cite dans ma colonne.
Depuis cinq ans, je m'amuse comme une folle.
Mais j'avais plus personne avec qui le partager.
Je me disais : "Si j'étais pas fùchée avec Daniel, qu'est-ce qu'on rirait".
J'ai eu un mari, des amants Ă ma botte.
J'ai plus eu de complice.
Moi non plus.
J'ai pleuré de fureur des nuits entiÚres. J'aurais voulu t'écraser la figure.
Mais, moi non plus, je n'ai plus vraiment jamais ri.
LĂ , je suis libre. Je fais ce que je veux.
Tu peux traĂźner dans les bistrots sans te faire engueuler.
Non, je ne bois plus.
Non, je ne délire plus jamais.
Je suis devenu un homme sĂ©rieux. Ennuyeux, mĂȘme.
Je raisonne, je fais des discoursâŠ
C'est moi, que tu regrettes ? Ou ta jeunesse ?
Non, je ne te regrette pas. Je déteste les regrets.
Je vis comme je vis.
Tu m'avais donné quelque chose que je n'ai jamais retrouvé.
Je ne t'aime pas. Je ne t'aime plus.
Et maintenant ?
Tu écris le prénom de qui au début de ton carnet ?
J'ai eu une passion malheureuse il y a trois ans.
Excellent pour la vanité.
Oui, peut-ĂȘtre.
- Maintenant, plus de grands mots. - Des aventures d'une nuit ?
Non, je déteste.
Non, mais des rencontres légÚres. Sans poids, tragédie, ni conséquence.
Des couleurs sans danger.
Tu te souviens encore ?
Ce que j'aime, dans le café, c'est la caféine.
Je déteste le tabac sans nicotine,
le Pernod sans alcool, et l'amour sans risque.
J'ai changé.
- On change. - On a le droit.
Et tu as raison. Je cours aprĂšs ma jeunesse.
Si je comprends bien, pas seulement aprĂšs la tienne.
- On boit un coup ? - Tu ne bois plus.
- Et toi ? - Je ne bois plus.
Bon, alors, servons-nous. Tu veux pas un scotch ?
Non, fini.
- Une vodka, peut-ĂȘtre. - C'est nouveau, ça.
Moi, je me suis mis au Campari, en Italie.
Mais la vodka, ça va.
Daniel.
Tu m'as manqué.
Barbara, tu me manques.
Je ne sais pas comment le dire.
Tu es devenu un étranger.
Quelqu'un d'autre.
Pourtant, je te retrouve.
Je suis devenu quelqu'un d'autre. Et toi aussi.
Mais je te parle et je te comprends comme si tout allait 100 fois plus vite.
Je n'ai plus jamais eu ça.
C'est extravagant. Je déteste ce que tu es devenue.
Quand je pense que j'ai passĂ© six ans Ă âŠ
Ă aimer quelqu'un qui pouvait devenir ce que tu es.
Tu as une vision monstrueuse des choses et des gens.
Tu vis dans l'univers du ragot et du mépris.
Tu ne crois qu'à la célébrité et au scandale.
Tout ce que je hais.
Mais, en deux minutes, je te retrouve.
Si tu crois que tu es en meilleur Ă©tatâŠ
Tu vis dans la lùcheté et la démission.
Tu ne crois plus à tes priorités d'il y a dix ans.
Pourtant, je suis comme toi.
Je te retrouve.
Je me suis toujours demandé si ça arrivait, ces choses-là .
En dehors du temps et de la logique.
- Nous sommes fùchés⊠- à mort.
- Nous croyons avoir raison tous les deux. - Bien plus.
Nous ne croyons mĂȘme pas que l'autre puisse penser qu'il a raison.
Quand je pense Ă ce que tu m'as faitâŠ
Comment un type de ton intelligence ne comprend pas qu'il est un salaud ?
Moi, je pense que tu es une incroyable peau de vache,
la crĂšme des garces,
et que tu assouvis sur moi toutes tes rancĆurs.
Je n'en ai pas.
Maintenant.
Mettons.
Je ne veux plus ce que je n'aurai jamais.
Barbara.
Je voulais pas t'agresser, tu sais.
Je sais.
Et je ne veux pas me réconcilier.
Je sais. Je suis contre les réconciliations.
On fait semblant d'oublier mais on n'oublie rien.
On ne le dit plus, simplement.
Et tout se pourrit.
Je ne veux pas pourrir.
Je me demande ce que je fais avec toi.
Moi aussi. Pourtant, je suis lĂ .
J'ai l'impression de vivre un miracle.
Mon cĆur chante et je ne dĂ©sarme pas.
- J'y comprends rien. - Moi non plus.
Mon cĆur chante aussi.
Je pourrais bien me rapprocher.
Je pourrais te prendre dans mes bras.
- Quand tu le faisais⊠- Je savais comment ça finirait.
- Je le sais encore. - Et ?
- Je te prends dans mes bras. - Ăa va nous servir Ă quoi ?
Tu es contre ?
Naturellement.
Michel ?
Je t'attendais. Pourquoi te conduis-tu comme ça avec ta fille ?
Je suis toujours comme ça avec elle.
Cet aprÚs-midi, j'ai découvert un autre Michel.
Profite pas de ma faiblesse.
Je suis pas comme ça.
Je sais pas ce qui m'est arrivé.
Ăa t'ennuie ?
Pas vraiment non plus.
Mais j'aime pas montrer toutes mes facettes.
J'ai le goût du secret.
C'est bĂȘte de se gĂącher la vie par pudeur.
T'as peut-ĂȘtre raison.
Peut-ĂȘtre.
- C'est pas vrai ? - Non.
Tu me rassures.
- Tu crois ? - Non.
Cinq ans comme cinq jours.
Qui l'eût dit ?
Il y a 11 ans qu'on se connaĂźt.
Cinq ans qu'on ne s'est pas parlé,
cinq ans qu'on fait semblant de ne pas se voir.
- Tu crois que c'est du temps gùché ? - Ni gùché, ni perdu.
C'est du temps, tout simplement.
Il faisait beau. J'étais heureux. Mon premier livre était fini.
Sans savoir que c'était le dernier.
Ne croyant pas au coup de foudre, j'ai été servi.
Tu portais des jupons en crin de cheval.
J'ignorais comment tu t'asseyais.
J'étais pas trÚs souvent assise.
Combien de fois je me suis écorchée le menton avec ces jupons ?
Station debout pénible.
Je n'ai plus jamais eu de petit langage.
- C'est pas possible. - Quoi ?
Toutes les deux minutes, on dit "je n'ai jamais plus".
- Tu es devenu bien simple. - Je suis devenu quelqu'un d'autre.
Et tu es devenue quelqu'un d'autre.
Que peut-il arriver Ă ces deux inconnus ?
Si nous Ă©tions vraiment des inconnus, tout, peut-ĂȘtre.
Tu me plairais.
Tu as pris du poids, de la maturité.
Un désenchantement qui convient à tes rides, à ta taille épaissie.
Ă tes cheveux qui blanchissent.
Je pourrais tomber amoureuse d'un type revenu de tout,
qui a tout fait, tout vu, tout connu.
- J'aime ta fatigue. - Je ne suis pas fatigué, je suis las.
Ouais. J'avais trop de dons, moi. J'ai rien fait.
C'est comme moi.
J'ai raté ce que je voulais faire vraiment.
Je ne sais plus ce que je voulais.
J'ai oublié.
- On pourrait peut-ĂȘtre⊠- Je ne vois pas quoi. Rien, sans doute.
Je me demande si on peut recommencer sans en revenir toujours au mĂȘme point.
On ne le saura jamais car il faudrait le faire pour le savoir.
Bah⊠Le faire, c'est une idée, non ?
Mais il n'y a pas que l'idée.
Oui.
- Attention. - Qu'est-ce qu'il y a ?
On va nous voir.
Tu as peur ou tu as honte ?
Ni l'un ni l'autre.
J'avais oublié les gens. Ils vont bientÎt descendre.
- Dis-moi. - Oui ?
C'est étrange, ton habitude de dire tant de mal de moi.
Tu te gĂȘnes !
Et puis, c'est pas vrai.
Tu montres tes plaies comme un vétéran de la guerre de 100 ans.
Tu oublies que c'est toi qui me les as faites.
Et voilĂ .
Nous sommes revenus à la case départ.
- C'est une Ă©preuve ? - Pas mĂȘme un test.
L'aube du début d'une expérience.
Quand bien mĂȘme on le voudraitâŠ
On n'y parviendrait pas.
Bon.
Alors, si j'ai bien compris, on est de nouveau fùchés.
Dans un sens.
Mais ce ne sera plus pareil.
On se regardera de loin.
Chacun sur sa petite montagne.
C'était seulement un entracte ?
Je le crains.
On ne peut pas changer uniquement parce qu'on l'a décidé.
Alors, on se dit au revoir ?
Si on avait encore quelque chose Ă se direâŠ
Ce serait plutĂŽt adieu.
Je te quitte.
On se tiendra la main dans les étoiles.
AdiĂłs.
Salut, frĂšre chat.
J'avais oublié ça.
Et maintenant, je me souviendrai.
Alors, on est des amants ?
Et ça nous engage à quelque chose ?
Je crois.
Tu sais, j'ai déjà eu des amants.
Je m'en serais douté, tu sais.
Oh, pas tellement. Mais je ne me suis jamais sentie engagée,
surtout si l'amour était récent.
Ăa dĂ©pend sur qui on tombe.
L'amour de tĂȘte, regarde oĂč ça mĂšne.
Oh, là , tu es méchant.
Non.
Je dis ce que je pense car on a passé la nuit ensemble.
- Et ça te donne des droits ? - Un seul.
Te dire ce que je pense.
Et qu'est-ce que tu penses ?
Que tu es belle.
Ces précautions sont inutiles, je ne dors plus.
- D'ailleurs, j'ai presque pas dormi. - Pourquoi ?
T'inquiĂšte pas, rien Ă voir avec ta fugue.
- T'étais avec Papa ? - Oui.
Pourquoi pas ?
Ne te méprends pas. Mon irritation ne vous concerne pas.
- Bernard ? - Oui.
C'est fichu. Ce n'est ni de sa faute, ni de la mienne.
Bernard avait raison. C'était pas possible.
Je m'en rendais compte en essayant de le persuader.
Et lui, le pauvre, je l'ai ridiculisé.
Malgré moi.
Il doit se sentir lùche, laid et vieux alors qu'il est rien de tout ça.
C'est drĂŽle.
Alors que je te dis que c'est impossible, j'y crois encore.
C'est de l'enfantillage.
Tu sais, on n'en est plus aux enfantillages,
mais on n'est pas plus avancé pour ça.
Plus tard, quand j'irai rejoindre ton pĂšre,
je sais pas ce qui va arriver.
De toute façon, rien ne sera plus comme avant.
Jacques, tu sais que je t'aime ?
Toi aussi, tu sais que je t'aime ?
- Pourquoi est-ce que tu m'aimes ? - Je ne sais pas, moi. Parce queâŠ
- Parce que tu me plais. - C'est tout ?
Non c'est pas tout, mais tu demandes ça à brûle-pourpoint,
le matin, quand je me rase. Faut que je réfléchisse.
Moi, je n'ai pas besoin de réfléchir.
Je t'aime car je mourrais si je ne t'aimais pas.
C'est joli, ça, comme réplique.
- OĂč tu as lu ça ? - Jacques, tu me fais une peine immense.
Voyons, chérie, je plaisantais.
C'est bien ce que je te reproche.
Je me demande sur quoi tu ne plaisantes pas.
Qu'est-ce qui prouve que tu m'aimes, alors ?
Qu'est-ce qui te le prouve ? Rien, évidemment.
Comment te croire si tu es incapable de dire pourquoi tu m'aimes ?
Je t'aime parce que je t'aime. C'est simple.
Oui, mais tu ne m'aimes pas comme moi je t'aime.
Voyons, personne ne s'aime de la mĂȘme façon.
Et on n'aime jamais comme on voudrait ĂȘtre aimĂ©.
Ăa t'arrangerait si je t'aimais moins ?
- Dis moi. - Ăa ne m'arrangerait pas.
Ăa m'arrangerait que tu cesses de tout remettre en cause.
Bon, prépare-toi, on va bronzer encore un peu avant de partir.
- Jacques. - Oui.
Tu te tuerais si je ne t'aimais plus ?
Je t'en supplie, ne recommence pas Ă tout compliquer.
Je t'aime. Ne te tue pas.
Il fait beau. Je t'attends en bas.
Qu'est-ce que tu fais ?
Tu n'as aucune raison de ne pas rejoindre les autres.
- Tu m'écoutes ? - Je travaille.
Fais pas d'histoires. Tu n'aimes vraiment que la nouveauté.
Je sais que tu as épuisé le mystÚre de ces bestioles.
J'ai épuisé le mystÚre de cette joyeuse petite troupe.
Je connais leur destin, ça ne m'intéresse plus.
Je ne me ferai jamais à l'inhumanité de tes caprices.
- Ce ne sont pas des cobayes. - Je suis pas biologiste.
Oh, Jean-Pierre. Si tu te mets à bouder, ça sera l'enfer.
OK, je vais descendre.
Mais c'est pour toi et uniquement pour toi.
- Tu es gentil. - Non.
Mais avec toi, si.
J'aimerais pas un homme gentil avec tout le monde.
C'est une déclaration ?
Dans un sens.
Alors.
La Viaccia, un film de Bolognini.
"Un des aspects caractĂ©ristiquesâŠ
"d'une ĆuvreâŠ"
On va pas y arriver, mon chéri.
Je m'appelle Mathilde.
Et ne m'appelle pas "chérie", comme les femmes
à qui je dois envoyer des orchidées le lendemain.
Pas de jalousie rétrospective.
Ni rétrospective, ni autre. Je suis pas jalouse.
Je vais pas l'ĂȘtre sous prĂ©texte qu'on a passĂ© la nuit ensemble.
Tu appelles ça un prétexte ?
Imbécile.
Petite, embrasser un homme me paraissait extraordinaire.
Tu me l'as déjà raconté. En te moquant mais tu me l'as dit.
Dis, le pasteur qui avait six filles.
Tu en aimais une chaque année par ordre décroissant.
- Tu as oublié ? - Je m'en moquais aussi.
- Tu me l'as raconté. - Je le sais bien.
Je crois pas au coup de foudre.
Dis donc, aprÚs huit ans, ce serait un drÎle d'éclair.
Entre nous, ce serait plutĂŽt un anti coup de foudre.
- Il y a plus de mystĂšre. - C'est vrai.
- Je sais tout de toi. - Je te connais comme si je t'avais fait.
C'est inexplicable.
Je voudrais qu'on soit des gens simples.
Je t'aime, tu m'aimes. On vit ensemble.
On ne fait pas comme on veut. Il ne dépend pas de nous de tout oublier.
Dans l'amour, ce qui compte le plus, d'habitude, c'est la découverte.
Le plaisir de se raconter ou d'entendre les autres.
On se connaĂźt depuis huit ans.
On sait tout l'un de l'autre.
Qu'est-ce que ça peut faire ? Je t'aime.
Il y a entre nous des habitudes, un style de vie, une routine.
On s'engueule tout le temps. Je me paye ta tĂȘte.
Je te trouve sentimentale, irrĂ©flĂ©chie, inconstante, futileâŠ
Je sais que tu es paresseux, cynique, blasé, libertin,
menteur, sans scrupules⊠Mais je t'aime.
Moi aussi, je t'aime, mon petit chat.
- Alors ? - AlorsâŠ
On se prépare à un énorme enfer.
On pourra plus se mentir ou se cacher des choses.
- On travaillera. - Tu seras pas comme avant.
Tu as raison, ce serait l'enfer.
- Réfléchis. - Je ne fais que ça.
- Tu as une drĂŽle de tĂȘte. Mauvaise nuit ? - Beaucoup rĂȘvĂ©.
- Hop lĂ . - Des souvenirs imaginaires.
Encore une qui a des problĂšmes.
- Tu devrais lui dire deux mots. - Vas-y, toi.
Je n'aime pas parler aux femmes. Elles m'intimident.
Oh, ça va, j'y vais.
Je sens en moi les trésors de bonté.
Je me demande pourquoi, d'ailleurs.
On dirait qu'ensemble on vous fait peur.
Non, pas du tout. Mais, vous savez, je suis un peu timide.
Bien sĂ»r. C'est dĂ©routant d'ĂȘtre au milieu d'un tas d'inconnus.
- Mais l'amour fait oublier tout ça. - Pourquoi dites-vous ça ?
Vous savez que Jacques ne m'aime pas.
Enfin, pas vraiment.
Alors, c'est bien imité.
- On dirait plutĂŽt le contraire. - Vous trouvez ?
Bien sĂ»r. Je l'ai mĂȘme rarement vu comme ça.
Dites-moi, Barbara, vousâŠ
- Vous le connaissez depuis longtemps ? - Oui.
- Enfin, depuis pas mal de temps. - Il a aimé beaucoup de femmes ?
Ăa dĂ©pend ce que vous appelez "aimer".
Disons qu'il en a rencontrĂ© pas mal mais qu'il s'est arrĂȘtĂ© rarement.
Avec vous, on dirait qu'il a envie de s'arrĂȘter.
Alors pourquoi ne crois-je pas qu'il m'aime ?
Jean-Marc, tu viens ? On va faire un tour.
D'accord, si tu veux.
- Jean-Marc, il faut que je te parle. - Rien ne t'y oblige.
Et tu sais, les aveux, les scĂšnes, les dramesâŠ
- Faut quand mĂȘme que tu saches. - J'ai compris, je ne suis pas idiot.
- Je vous souhaite beaucoup de bonheur. - Ne complique pas les choses.
Tu sais bien que je suis venue ici pour toi.
- Pierre n'était qu'un prétexte. - Avoue que t'étais un peu loin.
Je vais te paraßtre enfantine mais c'était pas exprÚs.
Je sais, ça ne veut rien dire. Mais avoue aussi que tu y a mis du tien.
Je voulais savoir si tu m'aimais.
La réponse est claire.
Ne sois pas amer, Jean-Marc.
Nous avons tous des gens dans notre passé.
On peut peut-ĂȘtre essayer de partir ou de repartir Ă zĂ©ro.
Tu dis "peut-ĂȘtre" car tu n'en es pas sĂ»re.
Ăa, j'en suis pas sĂ»re, c'est vrai.
Ă cause de moi et Ă cause de toi, aussi.
Tu es tellement compliqué.
Sinon, tu ne m'aurais pas laissée avec Pierre hier soir.
Tu ne m'aurais pas poussée vers lui.
- Tu espérais que je sois de marbre ? - Oui.
Je ne le suis pas, c'est un fait.
Parfois, je suis faible.
Tu as joué avec cette faiblesse. Finalement, contre toi.
- Mais la rigueur⊠- Tu n'en as pas.
Tu aimes souffrir, vivre tes fantasmes.
Te prouver que tu es pur, un saint, un martyr.
Cette littérature ne m'intéresse pas.
Je demande d'abord Ă un homme d'ĂȘtre un homme.
Jean-Marc.
Jean-Marc !
Je m'excuse, Jean-Marc.
Je me suis mise dans cet état car tu comptes pour moi.
Ne t'excuse pas.
La vie est ainsi faite.
Un jour ou l'autre, on finit par se déchirer.
- Je crois que tu m'aimes. - Je le crois aussi.
Tu t'es enfermé dans un silence inexplicable.
Hier encore, je t'aurais aimé.
- Tu dis ça maintenant. - Non, je le pensais déjà .
Je me demande depuis des mois si tu vas te décider.
Je le fais, mais trop tard.
Il y a toujours un moment privilégié.
Si on ne le saisit pas, on est perdu.
Je n'y crois pas.
L'amour n'est pas un combat ni une loterie.
Je ne suis pas perdant dans tout ça.
C'est toi qui en fais une tragédie.
Je l'aime. Je le fuis.
Je n'étais pas sûr de t'aimer.
Maintenant, je le sais.
Je t'aime. Je te quitte.
Rentrons.
Non, rentre.
Tu ne veux pas venir avec moi ?
Non, je veux rester seul un moment.
Jean-Marc.
- T'es prĂȘt ? - Oui, et vous ?
On va finir les valises.
- Tu n'Ă©tais quand mĂȘme pas inquiet ? - J'aurais dĂ» l'ĂȘtre ?
Bien sûr que non.
Tu pensais que tu aurais dĂ» l'ĂȘtre ?
Bien sûr que non.
- Ăcoute, Jean-Marc⊠- Te casse pas la tĂȘte.
Situation classique, deux solutions. Duel à l'épée ou amis comme avant.
Et comme on est gentils et intelligents, c'est amis comme avant.
Tu l'aimes, elle t'aime, soyez heureux.
Je crois qu'on le sera.
- Ăa te fait rire qu'on puisse l'ĂȘtre ? - Non, c'est l'idĂ©e que j'ai tout arrangĂ©.
- Tu as tout arrangĂ© ? - Ăcoute, Pierre.
Si j'étais resté hier soir, on aurait rejoué au poker.
Et aprÚs, bien sagement, on aurait été au lit.
Et il se serait passé quoi ? Rien du tout.
En partant, je savais ce que je faisais.
- En somme, tu nous as mariés. - Je vous bénis.
Maintenant, je rentre Ă Paris et vous Ă Nice, d'accord ?
- Tu es prĂȘt ? - Oui. Jean-Marc est dĂ©jĂ parti.
- Tu crois qu'il a de la peine ? - On ne sait jamais.
- Mais son amour propre est intact. - Comment ça ?
Il vient d'expliquer que c'est lui qui a tout décidé.
- Je comprends pas. - C'est clair, pourtant.
Il nous a volontairement jetés l'un vers l'autre.
Hier, quand il est parti pendant le poker,
il nous a mariés.
Tu y crois ? Toi ?
Non, mais c'est mon ami. J'ai fait semblant d'y croire.
Tu es trĂšs gentil.
- TrĂšs gentil. - Ce que tu es bĂȘte.
Tu sais que dimanche prochain, Ă NĂźmes, c'est la derniĂšre corrida de la saison ?
Jacques, réponds-moi franchement.
- Oui ? - Quand as-tu cessé de m'aimer ?
- Alors, qu'est-ce qu'on fait ? - Tu as une idée ?
Pas la moindre.
Qu'est-ce qui me rendrait le plus triste ?
Vivre ensemble et en souffrir ?
Ou ĂȘtre sĂ©parĂ©s et en souffrir ?
Souffrir pour souffrir. Si on essayait de souffrir ensemble ?
D'accord.
Essayons.
Ă ton avis, les autres gens sont heureux ou malheureux ?
Ă ton avis, nous, on est heureux ou malheureux ?
Parfois, il y a chez toi un détachement et une indifférence qui me glacent.
Tout le monde rencontre le diable une fois dans sa vie.
Mon diable, c'est toi.
Et je vois que l'enfer, ce n'est pas une fournaise,
mais un désert⊠polaire.
Je me trouve pas un diable.
J'ai provoqué aucune catastrophe. J'ai fait souffrir personne.
- J'aimerais pas ça. - Je t'ai pas traité de sadique.
Je trouve que tu t'amuses des autres.
Je n'ai pas dit que tu prenais plaisir à les torturer. C'est différent.
Je trouve les actions, les sentiments et les motifs des gens
prodigieusement vains et dérisoires.
Donc risibles.
Les miens, inclus.
C'est vrai. Il y a toujours une muraille entre les gens.
Mais parfois, une pierre se descelle et on voit l'autre au travers.
La visite de nos amis nous a pas servi Ă grand chose.
Leurs amours et problĂšmes ne changent rien aux nĂŽtres.
C'était pas le but.
En tout cas, nous en sommes au mĂȘme point.
Lequel ?
Tu sais, t'as de la chance.
Jean-Pierre.
Je me demande s'il existe un moyen d'empĂȘcher l'amour de s'user
ou de se dégrader.
Pendant un instant, je l'ai cru. J'avais une ambition pour toi et moi.
J'ai essayé de donner un autre sens à ta vie.
J'ai raté.
- Non, je t'aime, moi aussi. - Oui, à ta façon.
- J'en connais pas d'autre. Regarde. - J'y comprends rien.
C'est une machine qui se gouverne toute seule.
Elle calcule seule ses changements de direction.
- Quel intĂ©rĂȘt ? - C'est la grand-mĂšre de tous les robots.
Regarde bien. Elle va venir vers moi.
Merde !
Si jeune, la race des robots, et déjà comme l'espÚce humaine.
Imprévisible.
Sous-titres : Laetitia Lauzeral
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