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Original subtitles

Je suis pas un produit fini

Juge-moi seulement Quand j'en aurai terminé

Jeune, noir et issu des quartiers

Les gars de la cité Quittent jamais la jungle

Ils disent vouloir voir le monde

J'ai encore beaucoup à surmonter

La vie réelle

Des paroles peuvent-elles servir de preuves lors d'un procès ?

À l'échelle nationale,

les paroles de rap ont un rôle de plus en plus important

dans les affaires criminelles.

Pour les artistes, la loi contredit le Premier Amendement

et prive de liberté d'expression.

Les rappeurs Killer Mike, Chance the Rapper et Meek Mill

demandent à la Cour suprême d'intervenir.

Ces procès touchent les rappeurs, il y a une part de racisme.

C'est de la fiction.

C'est des acteurs.

Le gangsta rap fait du chiffre.

Le rap est un miroir de ce qu'est la vie des Afro-américains.

Le rappeur Young Thug, originaire d'Atlanta,

est désormais au cœur d'un débat national

parmi les avocats.

Si vous admettez votre culpabilité en chanson,

je m'en servirai contre vous.

J'ai personne pour m'aider

Mes gars sont coincés

Les flics les ont piégés Et direct enfermés

Notre cercle se réduit tous les jours

Notre vie se réduit tous les jours

Une minute.

Tic, tic, tic, le temps file Et ta vie défile

Bun B, quoi de neuf ?

Ça va, mec ?

Je bosse.

Je suis au studio.

Je prépare un son.

Te lance pas dans un projet que tu comprends pas vraiment.

D'accord ?

De mon point de vue,

j'ai pas trop le choix.

Tu dois rester prudent.

On doit penser à notre comportement.

Il faut pas leur offrir plus d'arguments.

Parce qu'ils ont déjà trop d'a priori à notre sujet.

Ouais, je sais bien.

Ne fais rien qui puisse aider tes ennemis à te détruire.

C'est le meilleur conseil que j'ai à te donner.

OK, chef.

Merci pour ton aide.

À plus.

C'est bon.

Lance le son.

Je suis né ici. Dans le Bronx, à New York.

Côté sud.

Dans le Hunts Point pour être plus précis.

J'ai su que je voulais rapper vers mes 9 ans.

Parce que mon grand frère rappait déjà.

J'ai suivi son exemple, j'ai adoré et j'ai jamais arrêté.

J'ai rencontré un mec.

Et il m'a proposé de suivre ses cours

dans le centre communautaire de notre quartier.

Il venait toujours avec son journal.

Et il disait :

"Choisis un article."

"Et écris dessus pendant quarante-cinq minutes."

Alors, j'écrivais.

Ça m'a permis de prendre l'habitude

d'analyser ce qu'il se passe dans le monde entier.

Et de transformer l'actualité en art.

Je disais des mots que je pensais pas.

J'avais pas d'expérience,

mais mes punchlines envoyaient du lourd.

Ceux qui m'écoutaient trouvaient que j'avais du potentiel.

J'essaie d'être ciblé Et moqué pour ma plume

Et en grandissant

le rap est devenu une part essentielle de ma vie.

Et Kendrick m'a fait rapper.

Faites du bruit pour Kemba.

Rappelez-vous de son nom.

Ceux qui viennent de petites communautés,

comme moi,

ils n'ont pas beaucoup d'options.

C'est tout.

Le rap,

c'est une des activités les plus facilement accessibles,

pour eux.

Pour nous.

"Le rôle de l'artiste est le même que le rôle de l'amant.

"Si je t'aime,

"je dois te faire prendre conscience de ce que tu ne vois pas."

James Baldwin.

Quand j'écris des paroles, je me pose cette question :

"Je veux qu'on ressente quoi à l'écoute ?"

Imagine Langston jouer au poète Vêtu comme un roi

Marcus Garvey au Garden Avec une écharpe de soie

Des politiciens et des gardes Se tapant dessus

Le Zion n'est qu'une étoile déchue Donc écoute

J'ai fait des vœux Avec de l'or volé à des femmes

Je suis souillé Je deviens froid et détaché

Alors, je suis parti J'ai affronté l'inconnu

L'ancien moi n'est plus Je bats ce beat pour qu'il plie

Mon équipe, je l'ai forgée

Tu veux voler en fusée

On veut rentrer dans nos cavernes

Dans la plupart des styles et en particulier dans le rap,

les artistes écrivent sur leurs expériences.

On voit des personnes qui ont grandi

dans des endroits où la vie est difficile.

Et qui essaient de montrer au monde ce qu'il s'y passe.

C'est comme ça depuis la création du rap.

LES TEXTES DE YOUNG THUG UTILISÉS COMME PREUVES AU TRIBUNAL

J'aimerais demander à ceux qui ont été poursuivis

ce que ça fait de voir ses paroles être déformées.

Surtout quand l'enjeu est aussi élevé.

Parce qu'ils risquent quand même de perdre leur liberté.

La musique,

c'est une passion à laquelle me raccrocher.

Quand tout part en vrille autour de moi.

Donc j'ai l'impression

que j'ai aussi une dette envers elle.

C'est vraiment si dangereux ?

Si oui,

je dois passer sous les radars.

LOCATION ET RACHAT

Je sais ce qu'il me faut.

Et voici "2-way".

Accuse-moi, vas-y

T'as un 2-way !

Tu me crois pas

C'est comme ça qu'on flirte

Je guette le son du 2-way

Je peux l'acheter ?

Celui-là ?

Oui, celui-là.

Chef, je reviens d'un voyage dans le temps.

Je ramène une relique.

C'est un vieux 2-way.

- Tu veux vraiment prendre ça ? - Oui, monsieur !

Tu pourras pas utiliser Internet ou tes réseaux sociaux.

Et tu pourras pas téléphoner à tes amis.

Ça fera 39 dollars.

Merci.

Voilà, je passe sous les radars.

Je peux contacter d'autres artistes.

Et découvrir ce qu'il se passe

dans ce procès fait au rap.

Avant que le procès de Young Thug fasse les gros titres,

Atlanta avait une place unique dans le monde du hip-hop.

À une époque où la côte Est et Ouest

dominaient les ondes,

deux jeunes de 20 ans,

originaires de Géorgie,

ont adopté le nom d'OutKast.

Ils disaient ce que beaucoup de monde sous la ligne Mason-Dixon pensait.

Et j'ai l'impression qu'aujourd'hui encore,

le sud a besoin de s'exprimer.

J'irai au Silver Skillet avant la répétition.

Passe me voir.

Peu d'artistes se sont exprimés sur la protection de nos droits

aussi ouvertement que Killer Mike.

Sa mère faisait des petits boulots

et son père était policier.

Mike, mon frère !

Ça va, mec ?

- Ouais, content de te voir. - Moi aussi.

Ça me fait plaisir, franchement.

On est la paire meurtrière On va en taule pour buter du tueur

L'enfer livre douleur et désespoir Par paire

Tu penses quoi de ton nom de scène

dans le contexte actuel ?

Avec la criminalisation du rap et des textes de nos chansons.

J'aime mon nom parce que je l'ai gagné.

J'ai pas vraiment essayé de devenir Killer Mike.

On me l'a donné après une battle.

J'aurais pas choisi un nom pareil,

c'est trop dangereux d'être noir

et de se qualifier de "tueur".

C'est clair.

J'ai toujours pensé que le meilleur moyen de m'exprimer,

c'était de passer par l'art.

Je suis allé à l'école.

C'était à l'époque de Reagan et de l'épidémie de crack.

Le rap m'a confirmé que j'étais pas fou.

Quand j'étais gosse,

je remarquais des problèmes que les autres voyaient pas.

Nancy Reagan disait qu'on avait qu'à dire non.

Elle était à côté de la plaque.

Si c'était si facile,

mon voisin qui avait un super boulot

n'aurait jamais dû se retrouver au coin de la rue.

Ça va plus loin qu'un simple "non". C'est une véritable épidémie.

Et le rap c'est le seul moyen d'exprimer tout ça.

Quand je dis :

"Il est 6 h La police est à ma porte

"Mes baskets couinent Sur le sol de la salle de bains

"Je prends la fuite En passant par la fenêtre

"J'ai pas le temps D'embarquer mon vieux baladeur"

Quand j'entends ça,

ça me fait toujours frissonner parce qu'aujourd'hui encore,

c'est d'actualité.

Cette vie est toujours imposée aux jeunes ados noirs des quartiers.

Et personne ne fait l'effort de le reconnaître

en dehors des rappeurs.

Tu penses qu'ils pourraient

utiliser tes textes contre toi ?

Dans un procès, ils diront jamais que l'art,

c'est seulement la représentation de ton imagination.

Ils diront que c'est ta vraie nature.

"Tu es bien un tueur."

"Mike, on va te mettre derrière les barreaux."

C'est honteux de voir qu'une femme blanche

qui a tué son mari peut appeler son article :

"Comment tuer son mari".

Le procureur n'a pas le droit d'utiliser son papier

et doit trouver d'autres preuves pour l'inculper.

Alors que si je parle de violences dans une chanson

le procureur peut présenter mes mots au juge,

hors contexte.

En faisant semblant de savoir de quoi je parlais.

Il va utiliser mes textes de rap pour produire une expertise.

Et prétendre que je les ai pas écrits pour l'art.

Mais ce qui est flippant avec la criminalisation du hip-hop,

c'est que c'est pas nouveau.

C'est juste la criminalisation des Noirs.

- Salut. - Ça va ?

C'est seulement un tour de passe-passe.

Salut, mec.

Tranquille ?

Si je te dis que les rappeurs sont des criminels,

tu vas te demander d'où vient la criminalité.

Avoir le cœur brisé m'a rendu célèbre

Mais la trahison me rend dangereux

J'ai perdu trop d'êtres chers

Je veux être riche La vie est cruelle

Maudit à la naissance Quelle chance

S'il galère, on l'aide Mais moi, on m'oublie

Sur les hauteurs, j'ai pas peur

J'ai bougé sans bruit Au fil des années

Ambidextre Je peux tirer des deux mains

Tu verras pas demain

Attends.

Mec, écoute ça.

On choisit ni où on naît,

ni qui nous protège.

Il paraît qu'on vit tous dans un monde

créé par les idées d'un seul homme.

Mais qui est cet homme ?

Et depuis combien de temps pense-t-il qu'on est des criminels ?

HISTOIRE DE LA MUSIQUE AFRO-AMÉRICAINE

CHANTS D'ESCLAVES

Les chants d'esclaves.

Lors des traversées vers l'Amérique,

les esclaves africains chantaient dans des langues

que leurs ravisseurs européens ne comprenaient pas.

Pendant cette période de désespoir et de chagrin,

la musique permettait de communiquer en secret.

Peu de temps après

que leurs ancêtres ont posé le pied sur les côtes américaines,

leur musique inspire un soulèvement.

La rébellion de Stono, en 1739.

La plus grande révolte des colonies britanniques.

Des esclaves marchent vers la Floride espagnole

pour y vivre libres.

Ils tuent leurs maîtres au son des tambours,

et chantent un hymne à la liberté.

Mais avant d'atteindre leur destination,

ils sont rattrapés et exécutés.

La Caroline du Sud publie le "Negro Act"

pour interdire les tambours.

Les propriétaires de plantations

qualifiaient cet instrument d'outil de rébellion.

CHANTS NEGRO SPIRITUALS

Après ça, les maîtres demandent à leurs esclaves

de faire du bruit

chaque fois qu'ils travaillent silencieusement.

Sans tambours,

ils utilisaient leurs corps pour garder le rythme.

Ils chantaient des vers improvisés pour ridiculiser leurs surveillants.

Et pour partager leur rêve d'évasion

et de liberté.

Le blues est né de ces chants et des cris d'esclaves.

Après la guerre de Sécession, la promesse de liberté,

"40 hectares et une mule"

est brisée.

Les paroles de blues débordaient de frustration,

à une époque où l'État imposait la ségrégation

avec les lois Jim Crow.

POUR PERSONNES DE COULEUR

Et dans les années 1920,

c'est au tour du jazz d'être criminalisé,

lorsqu'il s'empare des USA depuis la Nouvelle-Orléans.

L'art du jazz s'est développé

dans les maisons closes et les bars.

Des gangsters comme Al Capone se battaient

pour faire venir les meilleurs artistes.

Et plus le jazz devenait populaire,

plus on tentait

de censurer ce qu'ils appelaient

"La musique du Diable".

Et quand ils pensaient avoir vu le pire,

le rock and roll est arrivé.

Des adolescents sauvages se déchaînent

comme s'ils étaient dans une jungle

de luxure et d'anarchie.

Le rock est de la musique vulgaire et animale pour nègres.

C'est un facteur non négligeable

qui contribue à la délinquance juvénile.

Posez la question à l'adolescent moderne.

Demandez-lui pourquoi il aime tant ce rock and roll.

Il vous répondra : "Pour le beat."

Le rock and roll est un moyen d'abaisser l'homme blanc

et ses enfants au même niveau que celui du nègre.

Mais rien n'arrête la musique.

Entre la fin des années 50 et les années 70,

la soul explose

dans le milieu de la musique.

Monsieur James Brown !

C'était la bande-son du Black Power.

Et de la fierté d'être noir, malgré la violence de la police.

James Brown a chanté :

"Je suis noir et j'en suis fier"

J'en suis fier

Seulement quatre mois

après l'assassinat de Martin Luther King.

Vous savez quoi ?

Ça fait un, deux, trois !

Et c'est parti !

C'est parti !

C'est parti, c'est parti, allez-y

Cinq ans après ces événements,

DJ Kool Herc a diffusé "Back to School Jam"

dans un quartier du Bronx.

C'est devenu le lieu de naissance du hip-hop.

Mais rapidement, cette musique s'est fait des ennemis.

Les politiciens étaient furieux.

Ils disaient qu'elle rendait violent.

Que les rappeurs faisaient de l'incitation au crime.

Et comme tous les styles de musique créés par des Noirs,

Le hip-hop allait devoir se battre

contre le système politique américain.

Nous demandons à l'industrie musicale d'accéder à la demande des parents

d'apposer une étiquette sur les disques

considérés inappropriés pour les jeunes enfants.

À partir de juillet,

un logo apparaîtra sur les pochettes,

selon le bon vouloir des labels et des artistes.

Plus d'une douzaine d'États

veulent que le logo soit abordé dans les lois sur l'obscénité.

Cela rendrait la vente de disques

et les concerts de rap controversé illégaux.

Le groupe 2 Live Crew a été jugé à Fort Lauderdale ce mardi.

Ils auraient chanté des chansons obscènes

pendant leur concert, en juin dernier.

Pour l'accusation, l'élément clé était de prouver

que leurs performances n'avaient aucune valeur

artistique ou politique.

Interdiriez-vous à vos enfants de l'écouter ?

Oui, absolument.

Absolument. Je ne leur achèterai pas.

Je ne veux pas les y exposer.

Vos enfants vivent pas dans le sud de Los Angeles.

387 gosses y sont morts l'an dernier.

Mon audience, c'est pas vos enfants.

Sinon c'est qu'ils veulent savoir ce qui se passe au quartier.

NOUVELLE-ORLÉANS

Je devais passer au moins deux contrôles de police par jour

quand je me rendais à la gare.

Il y avait des zones de fouille piétonne.

Plus on s'éloigne de chez nous,

plus on a de chances d'aller en prison.

Je pouvais finir au tribunal

juste en regardant un flic de travers.

Les anciens

nous conseillent toujours de faire ce qu'ils disent

pour être sûrs de rentrer à la maison.

Mais ça ne marche pas toujours.

J'ai entendu parler d'un rappeur qui avait signé chez "No Limit"

et qui s'est fait enfermer,

pour des paroles écrites dans les années 90.

Il pourrait peut-être nous éclairer.

Le vert te stimule

Mais le blanc te motive Et le marron t'achève

Je te comprends pas, mec

Quelqu'un veille sur moi

Et m'aime plus que le MAC-11 Qui ne protège que moi

Laisse l'ennemi venir à toi

J'éliminerai l'infection À la perfection

Sans questions

La société est attirée par la violence.

Donc ces artistes essaient simplement d'en profiter et de capitaliser

sur son appétit dévorant

pour ce type de contenu.

Comment tu l'as vécu,

qu'ils utilisent tes textes contre toi ?

Ils ont mélangé deux chansons pour le faire.

La première s'appelle "Shell Shock".

Et la deuxième, "Murda, murda".

"Murda, Murda, Kill, Kill", venait d'une battle de rap.

Et pour "Shell Shock",

il y avait une ligne sur mon père.

C'était un vétéran du Vietnam.

"Il m'a donné son nom M'a lancé dans le monde

"Provoque la bête Tu prendras une balle dans la tête"

Le procureur a dit :

"Murda parle de meurtre."

"Provoquez la bête et il vous mettra une balle

"dans la tête."

"Ce sont les mots exacts

"de ce jeune homme".

Et il m'a pointé du doigt.

Dans la salle d'audience.

Quand j'ai entendu "Trente ans", j'étais complètement abattu.

Je n'aurais jamais pensé

que je serais déclaré coupable d'un crime

sans la moindre preuve.

Il n'y avait pas de lien entre moi et l'arme du crime.

Tous les témoins

ont changé leurs versions des faits au fil du procès.

Et un mec est venu avouer sa culpabilité.

Mais j'ai quand même été prononcé coupable,

et j'étais en mode :

"Je comprends pas..."

"Ça marche pas comme ça."

Donc j'ai passé toute ma vingtaine, toute ma trentaine,

et la moitié de ma quarantaine,

enfermé.

Prépare-toi.

Prépare-toi...

Je dois parler à quelqu'un de l'intérieur.

Quelqu'un qui a défendu des rappeurs

dans un tribunal.

- Bonjour. - Bonjour.

- Kemba. - Alexandra Kazarian, enchantée.

Merci de me recevoir.

Je vous en prie. Prenez ça.

Alors je mène mon enquête

pour découvrir la raison pour laquelle on en est arrivés là.

Pourquoi le rap subit un tel procès.

Et je suis curieux de connaître

votre point de vue,

en tant qu'avocate de la défense.

- Vous êtes rappeur, non ? - Oui.

Je suis innocent Je le jure pour mon bénéfice

Si on m'acquitte Je replonge dans mes vices

Prenons une situation hypothétique. OK ?

Disons que vous êtes dans le Bronx.

Et au sud,

à quelques stations de métro.

Le braquage d'une supérette

tourne en homicide.

Quelqu'un meurt pendant l'attaque.

Ils affirment que vous y êtes mêlé. Un témoin vous a vu.

Donc vous êtes arrêté sur-le-champ et on vous accuse

d'avoir joué un rôle dans ce meurtre.

La police m'arrête et il se passe quoi, ensuite ?

Pendant votre garde à vue,

les policiers et les enquêteurs vont se rendre à votre domicile.

Ils vont trouver votre ordinateur.

Et ils ont déjà votre portable.

Ils vont inspecter vos réseaux sociaux.

Ils trouveront toutes les chansons, toutes les paroles

et toutes les vidéos auxquelles vous avez participé.

Et ils s'en serviront pour prouver votre culpabilité.

Mais j'ai jamais rappé sur des braquages de supérettes.

Comment ils pourraient m'accuser ?

Ils vont extraire chacune des paroles de vos chansons.

Ils vont les décortiquer.

Et ils essaieront de montrer au jury que vous êtes une personne

qui a le profil parfait

pour être impliqué dans ce genre d'affaires.

Cet argument pousse plus facilement un jury

à vous déclarer coupable.

Donc la présomption d'innocence n'existe pas dans les faits ?

Nos clients nous demandent

de leur obtenir le meilleur accord possible,

même quand ils sont innocents.

Parce que l'idée que leur avenir

dépende entièrement du système judiciaire

est trop dure à supporter pour les accusés.

En cas de négociation,

il n'est pas rare que nos clients nous disent :

"J'accepte de sacrifier deux ans de ma vie,

"pour un crime que je n'ai pas commis

"parce que je ne pense pas

"que la justice verra que je suis innocent."

Seulement 1 % des affaires vont jusqu'au tribunal.

Donc si vous allez jusqu'au procès,

vous vous engagez dans une guerre.

C'est ce que vous voudriez ?

Est-ce que se battre contre le système

en vaut vraiment la peine ?

LE SYSTÈME

Quelle que soit l'affaire,

il y a d'un côté le gouvernement,

accompagné de ses institutions, ses moyens financiers,

ses figures d'autorité,

sa police.

Et de l'autre,

il y a une personne seule.

Pour faire respecter la loi, on a la police,

qui est chargée d'un rôle bien précis :

prévenir le crime,

et arrêter les criminels.

Mais il y a aussi le procureur.

Il s'occupe des affaires qui vont jusqu'au tribunal

et il est censé

n'accepter que les affaires qui sont légitimes et de bonne foi.

Et celles qu'ils pensent gagner,

même avec le bénéfice du doute, grâce à des preuves.

L'incarcération de masse, et notamment l'incarcération raciale,

qu'on appelle "la nouvelle Loi Jim Crow".

C'est les procureurs qui la font.

Si on se penche sur leurs chiffres,

on remarque

que seulement une affaire sur trois, parmi toutes celles

dont ils devaient s'occuper,

était jugée comme un crime.

Mais entre les années 70 et 80, ce chiffre est passé à 2 sur 3.

En faisant le calcul,

on voit que ça a provoqué l'explosion de la population carcérale,

alimentée par la sévérité des procureurs.

Il n'y a presque aucun moyen qu'ils refuseraient d'utiliser

pour augmenter leurs taux de condamnations.

C'est plus de la justice.

On parle souvent des problèmes de la police,

mais il y en a aussi dans les bureaux des procureurs.

La plupart des gens n'ont pas les moyens

d'engager un avocat pour les défendre.

Dès le début,

quand on dit que la loi et les droits Miranda les protègent

et qu'ils ont un avocat,

c'est de la théorie.

Vous avez le droit de garder le silence.

Tout ce que vous direz

pourra être utilisé contre vous dans une cour de justice.

Vous avez le droit à un avocat.

Si vous n'en avez pas les moyens,

un avocat vous sera fourni.

En fait, l'avocat auquel vous aurez droit

sera un avocat commis d'office.

L'État ne les finance pas de la même manière

qu'il finance la police, les procureurs ou les tribunaux.

Donc ces avocats commis d'office

ont au moins une centaine d'affaires à gérer par personne.

Pendant son procès, le musicien doit affronter

un procureur qui va dire que son expression artistique

est une forme d'aveu de culpabilité.

Et personne dans le tribunal

ne pourra l'aider à démontrer que ce n'est absolument pas le cas.

Donc il se retrouve face à un jury de 12 personnes,

dont une bonne partie

ne connaît sûrement pas très bien le rap.

Et ce jury est encouragé par le procureur

à traiter les paroles de ses chansons comme une autobiographie.

C'est particulièrement dangereux.

Parce qu'on sait que d'après les recherches,

le rap est interprété de manière préjudiciable.

Le rap est noir.

Dans sa culture, dans ses racines, et dans ses origines lointaines.

Les procureurs ne sont pas stupides. Ils le savent très bien.

Mais ils se disent :

"Je sais que ces paroles donneront du poids à mes arguments."

Les préjugés sur le rap ont été exposés

lors d'une étude de l'université d'Irvine,

en Californie.

LES PAROLES DE RAP EN TANT QUE PREUVES

PAR ADAM DUNBAR

Mes recherches portaient

sur les conséquences des stéréotypes dont souffre le rap.

Donc pour appuyer mes propos, j'ai organisé une étude.

Les participants

ont dû lire quelques paroles,

avant de me dire ce qu'ils pensaient du texte,

ou de la personne qui l'a écrit.

Je leur ai caché le style de musique original.

Les participants se basaient tous sur un style différent.

Il y avait le rap.

La country.

Et le heavy métal.

Aucun d'eux ne savait que la chanson d'origine

était du folk des années 60 et s'appelait :

"Bad Man's Blunder."

Un beau matin Quand je me promenais dans le coin

J'ai décidé d'aller boire au bar

Quand ils ont fini de lire les paroles,

ils ont dû les évaluer

selon plusieurs critères.

À quel point sont-elles offensantes ? À quel point sont-elles menaçantes ?

"Un beau matin Quand je me promenais dans le coin

"Je me sentais un peu violent

"Alors j'ai tiré sur un agent

"En rentrant chez moi Je me couche dans mon lit

"Le pistolet sous l'oreiller Prêt à passer la nuit"

Et surtout :

"À quel point les paroles sont littérales ?"

"Pensez-vous que le texte de la chanson

"est un reflet de la vie de son auteur ?"

"Le juge était très vieux Au moins 93 ans

"93 ans

"Je n'aimais pas le regard Que les jurés me lançaient

"Je crois qu'ils me soupçonnaient

"Le juge et les jurés ont délibéré

"Et dit 'Homicide volontaire prémédité'"

"L'auteur est-il sympathique ?"

"L'auteur est-il intelligent ?"

"L'auteur est-il agressif ?"

PAS AGRESSIF, ASSEZ AGRESSIF, TRÈS AGRESSIF

"Tu as raison sur un point, le juge C'était pas un procès très agréable

"Ils m'ont donné 99 ans

"99 ans

"Sur un tas de roches dures

"99 ans Sur un sol de roche pure

"Alors que j'ai seulement Descendu un agent"

"Pensez-vous que l'auteur

"est impliqué dans des activités criminelles ?"

"Pensez-vous que l'auteur a des liens avec un gang ?"

"Cette histoire M'aura servi de leçon

"Bang !

"Bang !

"Bang !

"T'es mort"

Les individus d'aujourd'hui

sont bien plus conscients

qu'ils ne devraient pas avoir d'a priori racistes.

Donc, forcément si on leur dit :

"La chanson est écrite par une personne noire."

Il est possible

qu'ils répondent différemment en se disant :

"C'est peut-être un piège".

"Je ne veux pas prendre le risque de passer pour un raciste."

Si on dit que c'est du rap,

c'est pris comme un indice sur la couleur du chanteur.

C'est une interprétation inconsciente.

Comme si on utilisait l'image du rap

pour se dédouaner.

On se dit :

"Je juge personne sur sa couleur de peau."

"Je juge la musique."

L'étude nous a permis de conclure

que l'auteur était perçu comme ayant

un plus mauvais caractère

et plus de tendances criminelles,

si sa musique était décrite

comme étant du rap

plutôt que de la country ou du métal.

Comme on a toujours eu la réputation d'être authentiques

les paroles de rap et de hip-hop

sont prises plus littéralement

que celles des autres styles.

J'ai tiré sur un homme de Reno

Pour le regarder mourir

Les attentes ne sont pas les mêmes.

Je viens de tuer un homme

J'ai mis mon arme sur sa tempe

J'ai appuyé sur la détente

C'est à cause de l'environnement dans lequel on a grandi

et parce que beaucoup d'entre nous veulent montrer la vérité.

Je viens de Compton Mon nom c'est Ice Cube

Et mon gang, "Niggaz with Attitude"

Je sors mon flingue à la demande

La couleur de peau a un rôle clé dans ces procès.

Les jurés déclarent rapidement : "Cette personne est coupable."

"Si ces paroles de rap ne sont pas une preuve pour ce procès,

"c'est sûrement les aveux d'un autre crime.

"C'est pas grave de le déclarer coupable,

"il l'est sûrement pour autre chose."

Ça me plaît pas d'avoir à dire ça,

mais je préfère en parler franchement.

C'est du racisme.

Pourtant, les procureurs ont tous été formés sur le sujet.

Le racisme a un effet encore plus négatif et vicieux dans ce cadre.

Parce que les accusés essaient seulement

d'avoir un procès équitable au tribunal.

Je viens de Compton, Compton, Compton

C'est la loi, dans notre ville

Los Angeles...

Le terrain de jeu de NWA, Snoop Dogg, Tupac.

À New York, le rap, c'était cool.

Mais à Los Angeles, c'était brutal.

En 1950,

la ville recrutait ses policiers dans des États ségrégationnistes.

Ils étaient déterminés à faire leur loi.

Comment le peuple a répondu ?

Avec les émeutes de Watts en 1965.

Ils ont cramé ce foutu quartier.

La police avait une mauvaise réputation.

Et le gangsta rap nous a raconté pourquoi.

C'était "À bas la police", point final.

Ils essayaient pas de se donner un air cool.

Et pourtant, ils étaient stylés.

C'est ça, la ville qui a forgé Glasses Malone.

Avec ses lunettes L'homme et le mythe

Il compte pas les grammes Dans le spliff

Il va dealer Là où la came fait du biff

Tu viens du coin ?

- Du Watts. - Ah ouais ?

J'ai vécu à Compton et Watts toute ma vie, mec.

Est-ce que la musique était importante dans ton quartier ?

Ma mère adorait la musique et elle s'y connaissait.

Elle m'a initié à E-40.

Elle m'a parlé d'Above the Law.

Elle m'a même fait découvrir LL Cool J.

Et quelle place avait la culture de gang dans ta jeunesse ?

C'était une question de territoire.

C'était logique pour nous et nos communautés.

Tu deviens ami avec les gens de ton quartier.

Et quand on s'en prend à tes amis, tu te bats pour eux.

On pouvait pas compter sur le système pour nous aider.

Donc on s'occupait de la justice entre communautés.

Je faisais partie des Crips.

Comment tu es devenu musicien ?

Avec tout ce que j'ai vécu dans ce gang,

chanter dans le micro,

c'était comme une thérapie.

Chaque fois que je faisais une chanson

sur ma vie ou sur ce qui me perturbait,

je me sentais tout de suite beaucoup mieux.

Et quand j'écrivais bien et que la chanson était sincère,

les autres pouvaient aussi être touchés par mes paroles.

Ils se fichaient de la qualité.

- Vraiment ? - C'était grandiose.

C'était puissant.

On pouvait dire ce que ça faisait

d'être dans notre peau.

Dans ma peau.

Ça représentait nos valeurs culturelles

et aussi notre réputation.

On réagissait à notre traitement.

Si tu nous respectes pas, ou si tu nous brutalises,

peu importe si tu es le pape

ou un prêtre,

tu te feras quand même descendre.

Et les autres gens qui t'écoutent ? Ils tirent quoi de ta musique ?

Ils veulent aller dans la cage aux lions.

La cage aux lions ?

Nous, on est nés dans la cage aux lions.

Eux, ils sortent au zoo.

Quand tu vis à Newport Beach,

Compton n'existe pas.

Et Watts non plus.

C'est clair.

Ils veulent y voyager.

Los Angeles était aussi le foyer

d'un rappeur dont le nom de scène

était inspiré d'un scribe de la Grèce antique.

Aimé par son peuple,

il a été écrasé à mort

par la même foule qui chantait ses louanges.

Il s'appelait "Drakeo".

"The Ruler."

Tout le monde aimait Drakeo, mec.

C'est le genre d'artiste

qui a changé l'industrie grâce à ses sons.

Il a ralenti les rythmes et on a ressenti son influence

sur tout Los Angeles.

On la retrouve encore sur les artistes de la décennie dernière.

Drakeo avait un style de musique bien précis

et c'était un nouveau genre d'artiste.

Il a tracé des limites et créé des liens

entre Detroit, Los Angeles et Oakland.

Drakeo

avait une sorte de Nations unies des gangs

qui gravitait autour de lui.

Il ne mettait personne

à l'écart.

Il connaissait des membres des Crips,

des Bloods, des Jungles.

Il connaissait tout le monde.

Et malheureusement, un jour, il s'est rendu à une fête.

Deux des personnes qui l'accompagnaient

faisaient partie des Crips.

Ils ont croisé des membres

du gang des Bloods, alors qu'ils étaient en guerre.

Ils ont tiré et tué quelqu'un.

C'est une histoire classique de guerre de gangs,

vieille comme le monde.

Un procureur n'est pas censé appuyer ses accusations

avec des "preuves de moralité".

"Preuves de moralité."

"Preuves basées sur la personnalité d'un individu,

"ses tendances, ou ses valeurs morales."

Donc quand ils présentent des paroles de rap,

pour éviter de se voir reprocher des preuves de moralité,

ils trouvent une autre justification à leur utilisation.

Donc pendant le procès de Drakeo,

ils ont détourné ses textes d'une façon plutôt étrange.

Dans un de ses couplets, il chantait :

"Faites pas attention RJ est ligoté derrière"

Et en parlant de "RJ",

il faisait référence à un rappeur concurrent.

Donc ils ont utilisé cette phrase

pour démontrer que Drakeo

avait de l'animosité pour ses rivaux et des motifs,

qu'il aurait pu orchestrer une attaque

contre un autre rappeur.

Pourtant, ce rappeur a affirmé à de nombreuses occasions

qu'il ne pensait pas que Drakeo voulait le tuer.

Ils savaient qui était le tueur. Ce n'était pas un mystère.

Ils avaient des enregistrements, des informateurs.

Ils voulaient coincer Drakeo. C'était lui, le grand prix.

"Une jeune étoile montante du rap va en prison pour meurtre."

Le dossier était incroyablement fragile.

Dans les affaires

particulièrement médiatisées

ou dans celles qui ont une portée politique,

les procureurs vont faire tout ce qu'ils peuvent

pour obtenir une condamnation.

Ils vont influencer le dossier.

Et peu importe s'ils n'ont pas assez de preuves tangibles.

Ils subissent une pression de la part de leurs supérieurs,

et aussi de la part de leurs électeurs,

qui demandent que justice soit faite.

Mais s'ils n'ont pas assez de preuves convaincantes

de la culpabilité de l'accusé,

comment le condamner ?

Ils ont trouvé une solution, affaire après affaire :

exploiter les paroles de rap.

Même si l'issue du procès n'est pas juste,

ça reste une issue positive de leur point de vue.

LE RAPPEUR DRAKEO THE RULER EST ACQUITTÉ

Lors de son tout premier procès, il avait réussi à être acquitté

de la majorité des charges qui pesaient contre lui.

La plupart des procureurs et des représentants de la justice

ont refusé de reprendre l'affaire,

parce qu'ils avaient perdu.

RISQUE DE PERPÉTUITÉ POUR DRAKEO

APRÈS RÉOUVERTURE DE L'ENQUÊTE PAR LE PROCUREUR

À cause de la façon dont les services de police de Los Angeles

ont été représentés,

et de l'image que le bureau du procureur

a véhiculée à travers le spectre des médias,

ils ont décidé de reprendre l'affaire.

Ils l'ont poursuivi pour perpétuité,

parce qu'il avait contrarié

des personnes puissantes à Los Angeles.

Et quand ils ont enfin réussi à l'envoyer en prison,

ils l'ont fait enfermer dans une cellule d'isolement

pendant neuf mois.

La façon dont il était maltraité

et les abus du système ont attiré l'attention du grand public.

Ça a totalement changé la nature et le récit de son histoire.

Il a fait un album avec l'aide de son producteur

en rappant au téléphone en prison,

et il a été salué par la critique.

Il s'appelait "Thank You for Using GTL",

c'est le nom d'un service téléphonique.

Tous les détenus l'utilisent.

C'est le seul moyen de téléphoner à l'extérieur.

Les barreaux ne suffisaient pas à contenir son expression artistique.

Pendant l'affaire,

le procureur du comté de Los Angeles était Jackie Lacey.

Elle a rencontré des difficultés

à l'arrivée d'un procureur plus progressiste,

George Gascón.

Et il a réussi à gagner les nouvelles élections.

Drakeo a été libéré le lendemain même de sa nomination.

Ils ont vu que le dossier n'était pas assez solide

et qu'ils risquaient de perdre le procès.

Ça aurait sûrement modifié l'opinion publique

et celui des médias.

C'est pas l'image qu'on veut donner quand on devient procureur.

Le nouveau bureau du procureur

refusait de tolérer de telles absurdités dans son comté,

et de continuer de gaspiller autant de temps et d'argent

pour poursuivre une personne innocente.

LIBÉRATION DE DRAKEO 4 NOVEMBRE 2020

L'enjeu dans cette histoire,

c'est le pouvoir qu'a l'art de changer les cœurs et les esprits.

L'art s'interroge sur la police et sur les interventions de l'État.

Il montre qu'ils essaient de contrôler l'imagination

et de brider l'expression artistique.

Brider l'art de ces conteurs de rue, et les punir pour leur écriture,

c'est écraser

leur liberté politique.

Je dis toujours la vérité quand je parle.

Même si ça m'attire des problèmes.

Vous pensez pas qu'il vaut mieux être honnête ?

C'est pas que j'aimerais contrôler le monde

ou que je veux le changer.

J'essaie de provoquer une étincelle

dans l'esprit de ceux qui changeront le monde.

C'est ça, notre boulot,

éveiller la conscience de celui qui nous regarde.

Ça manque de sens

Ça manque de cœur

Et ça manque d'énergie

Manque d'expérience

Manque d'expérience avec les Noirs

Ou notre accent qui les surprend

Il y aura des artistes à mon cours de poésie.

Viens les écouter.

L'ancienne manager de Tupac l'a découvert

quand il n'était encore qu'un ado qui aimait la poésie.

Donc je vais passer la voir.

Bonjour, tout le monde.

Merci d'être venus à notre cours.

Je pense qu'on va tous

passer une bonne soirée.

On va improviser.

Deux fois trop sombre Pas assez clair

Né dans la lumière Mais pour briller je dois lutter

Si j'étais né 200 ans plus tôt

Mon maître m'aurait fouetté À la moindre opportunité

Il m'aurait puni d'avoir désobéi

Je peux pas l'imaginer

J'aurais pas tenu une nuit

Mes ancêtres se sont sacrifiés

Je les honore dans cette vie Et je continuerai à la suivante

Je comprends pas la cruauté

400 ans d'atrocités

J'utilise pas ma voix par haine Ou pour accuser les Blancs

Sauf ce fasciste Ses fans à casquettes

Et leur rengaine Make America Great Again

Fiers de leur slogan

Ils utilisent la peur Pour nous tirer dans le dos

Alors, j'écris Parce que j'en ai le droit

Et parce qu'ils Nous traînent dans la boue

Je rétablis la vérité

Je combats les mensonges Et je suis passionné

Je rappe pas pour m'amuser

Les hommes d'affaires sont politisés

Et nous disent de faire du sport Pour pouvoir étudier

C'est quoi la logique ?

Qui gagne entre le tribunal

Et Colin Kaepernick ?

Qui surveille Les Noirs hauts placés ?

J'ai pas besoin d'un panneau "Black Lives Matter"

Je veux justice pour Breonna

Et un juge droit

Pas des avocats qu'on paie à l'heure

Ou des flics qui ont peur D'un peu de couleur

Je veux un procureur Pas un persécuteur

Il nous faut du pouvoir Pour éviter la prison

Pas écrire des pétitions Pour grappiller de l'attention

Je veux pas d'argent Je veux éduquer les enfants

Pour qu'ils prennent les rênes !

Choisissez quelqu'un

N'importe qui

Et regardez ses yeux

Tristes et pleins de questions

La plus grande étant : "Pourquoi ?"

Kemba.

Kemba.

Votre seule et unique chance,

c'est de passer un accord.

Si j'accepte leur proposition,

je serai obligé de dire que je suis coupable.

Oui, effectivement.

Vous devrez mentir et dire que vous étiez impliqué.

Donc vous plaidez coupable et ce sera noté dans votre casier.

Ouais.

Ça me plaît pas trop.

J'accepte pas leur accord.

Je pense que je peux gagner.

D'accord.

Venez avec moi.

C'est ici que tout se joue ?

Oui.

Il y a des endroits comme ça dans tout le pays.

C'est votre avocate.

Vous serez à côté d'elle.

C'est probablement la seule et unique fois

où elle aura l'occasion de vraiment se pencher sur votre cas.

Elle a environ 100 affaires à gérer en plus de la vôtre.

C'est la seule qui est de votre côté dans ce tribunal.

Et vous, vous ne pouvez pas être mon avocate ?

Il y a quinze ans,

j'aurais été votre avocate commise d'office.

Mais aujourd'hui...

Vous me faites un chèque de 15 000 dollars

avant que je me penche sur votre dossier ?

Peu de gens le peuvent.

C'est le procureur ?

Oui.

Je ne pourrais pas simplement leur parler

pour donner ma version ?

Absolument pas.

Vous devez rester stoïque

et vous ne pouvez pas parler au juge,

ni au procureur.

Et encore moins aux jurés.

Vous devez impérativement laisser votre avocat être votre voix.

Si le jury se dit que vous paniquez, ils penseront que vous êtes coupable.

Et vous prenez le risque de ne jamais revoir l'extérieur.

Êtes-vous absolument sûr et certain de vouloir aller jusqu'au procès,

et refuser un accord ?

Quand on doit choisir entre défendre l'art ou être mis au ban,

tout n'est pas noir ou blanc.

Certains mettent de la musique

pour avoir l'impression d'être dans la cage aux lions.

Tout en restant en sécurité.

Mais à certains endroits ce n'est même pas une option.

Un producteur du nom de King Louie a inventé le nom "Chiraq".

Et dans cette ambiance,

un nouveau genre de son

est apparu au sud de Chicago.

Personne ne sait

Toutes les épreuves que j'ai vécues

Pas ce son-là.

Gloire...

C'est du bon vieux gospel, ça.

Mais on y reviendra.

Je parlais plutôt de la "drill".

Les politiciens ont tout essayé

pour arrêter un mouvement qu'ils avaient provoqué.

Aujourd'hui, à Chicago,

un des gratte-ciels du projet de location de la ville

a été démoli.

Cabrini-Green est parfois qualifié de pire projet

de toute la nation.

Au début, l'immeuble avait pour but d'isoler.

Les politiciens ne voulaient pas de Noirs

dans leurs communautés.

Malgré les terribles conditions de vie,

les anciens résidents des tours

craignent pour leur avenir.

On s'est penché sur cette affaire

et sur les raisons qui ont menées à la démolition des tours,

ici, à Chicago.

Et on a compris qu'ils n'avaient pas de plan.

Ces énormes gratte-ciels accueillaient des milliers de gens.

Quand ils ont été détruits,

les gangs en activité qui vivaient dans ces résidences

ont aussi été fracturés,

il n'y avait plus aucune structure dans leur organisation.

Les résidents ne pouvaient pas se permettre

de déménager n'importe où.

Donc quand ils ont mélangé toutes ces personnes,

qui venaient de gangs rivaux, dans de nouveaux quartiers,

il y a évidemment eu

une recrudescence de la violence.

Notamment dans les transports en commun.

La plupart des jeunes

avaient des liens intergénérationnels avec les gangs,

hérités de leurs familles.

Ils étaient nés chez les "Gangster Disciples"

ou les "Black Disciples".

G Herbo évoque d'ailleurs les difficultés

qu'il rencontrait en allant à l'école à 7 h du matin.

Les rues n'étaient pas sûres.

On se dit que c'est tranquille, de prendre le bus pour l'école.

Ceux qui connaissent les gangs savent que non.

C'est l'heure idéale pour coincer quelqu'un dans la rue.

Ces histoires malheureuses ont continué de se répéter

et puis on a commencé à voir les jeunes abandonner l'école.

C'était pour des raisons de sécurité,

mais à force, ils se sont impliqués dans la vie de la rue.

Quand on est arrivé à l'époque où Internet a explosé,

avec l'arrivée des réseaux sociaux,

on a vu que les jeunes avaient besoin

de discuter de ce qu'il se passait dans leurs quartiers.

Et plus on voyait de jeunes rejoindre le monde du rap,

plus on les voyait communiquer.

Ils parlaient de ce qu'il se passait dans les quartiers près de chez eux.

Ils signalaient les endroits qu'il valait mieux éviter.

Si les flics se pointent on va les fumer. #BDK

On a aussi vu les menaces de représailles faites

dans des paroles de chansons.

Ça a provoqué une sorte de tempête

qui explique la situation du rap d'aujourd'hui.

NAISSANCE DE LA DRILL

Je pense que la drill, c'est une musique brute,

c'est du réalisme cru.

C'est un son qui représente la survie.

Beaucoup de gens parlent de la drill

comme de la musique de quartier ou de banlieue.

Et ce sont effectivement ses origines.

Fake Shore Drive est un blog de musique

que j'ai créé en 2007.

Quand la drill a débarqué, elle a tout bouleversé.

Et c'est surtout

parce qu'elle s'est fait une place rapidement.

Avant, pour percer en musique,

les artistes payaient des droits,

ils devaient se produire sur des scènes ouvertes.

À Chicago, il fallait passer par plein d'étapes.

Ils devaient faire leurs preuves et c'était un peu chacun son tour.

Mais ces gars ont pas attendu.

C'était plutôt :

"On publie aussi vite que possible.

"Et on recommence jusqu'à en avoir plein."

Les vidéos faisaient énormément de vues,

donc ils savaient ce que leurs fans attendaient.

On a commencé à voir des vidéos filmées avec des smartphones.

Les artistes utilisaient simplement l'outil le plus accessible

pour essayer de montrer un aperçu de leur réalité.

À ce moment-là, vers 2012, 2013,

quand on prenait le métro à Chicago,

on voyait tous les jeunes

sur leur téléphone,

qui regardaient les vidéos de Chief Keef.

C'est pas mon délire

Clairement, j'aime pas ça

Ouais, j'aime pas ça

On a vu arriver ce gamin

qui publiait des clips vidéo

tournés dans le salon de sa grand-mère

avec d'autres jeunes et des armes à feu.

Les jeunes de Chicago qui voyaient ça se disaient : "Waouh".

J'en reviens pas qu'il ait 16 ans !

"Il vit dans un quartier qui ressemble trop au mien."

J'ai remarqué un changement vraiment singulier.

Dans toutes les voitures qui passaient dans la rue...

Et vraiment toutes !

Peu importe la couleur du conducteur.

Ils écoutaient tous ce son.

Il était brut.

Authentique.

Il était pas

produit et influencé par un label ou un gros nom.

On a pu constater

que la drill gagnait en popularité,

et semblait être le meilleur moyen de s'échapper des quartiers.

Quand "I Don't Like" est sortie, c'était fini.

Sans rire, j'avais des notifications en continu.

C'était des anciens contacts qui s'étaient moqués de moi.

Ils pensaient que la scène de Chicago n'avait pas d'avenir.

Et ils voulaient tous me reparler.

Ils me suppliaient.

Ils voulaient que je les présente à Chief Keef ou à son équipe.

Et sinon qui d'autre rappait comme lui ?

Qui accepterait de signer ?

L'ACCORD SIGNÉ PAR CHIEF KEEF S'ÉLÈVE À 6 MILLIONS DE DOLLARS

C'était une véritable frénésie.

LIL DURK ET LIL REESE SIGNENT AVEC DEF JAM

L'argent coulait à flots.

KING LOUIE SIGNE AVEC EPIC RECORDS

La drill a ouvert une nouvelle voie d'un seul coup.

Et tout le monde s'y est engouffré

pour pouvoir surveiller les sorties de la scène locale.

La plupart de ces jeunes artistes

avaient beaucoup d'abonnés sur les réseaux.

Donc, pour une maison de disque, leur profil était très intéressant.

Ça leur permettait de travailler

avec des artistes qui avaient déjà des vidéos,

des vues, des heures d'écoutes.

Et avec ce style de musique, plus l'artiste est violent,

plus les gens vont s'impliquer, commenter et liker leurs posts.

Certains des fans vont attiser la flamme.

Quand on lit les commentaires des forums,

ou ceux sous les vidéos,

les artistes sont pas traités

comme des humains normaux, avec une famille, une vie.

On a l'impression

qu'ils les prennent pour des personnages de films.

On a aussi des gens qui regardent tout ça de loin.

Ils rejoignent le mouvement pour se divertir un peu.

Et leur participation se résume davantage à une sorte

de voyeurisme de la pauvreté.

Quand l'artiste comprend

que ses fans le perçoivent d'une certaine façon,

c'est difficile pour lui de ne pas s'y conformer.

De ne pas devenir celui qu'ils imaginent.

Parmi les rappeurs,

il y en a probablement qui ont tiré, volé,

rejoint des gangs, affronté des flics et tout le reste.

Mais il y avait des gamins

qui arrivaient mieux à en parler que ceux qui le vivaient vraiment.

Et c'est devenu une partie intégrante de leur musique.

En 2010,

le rappeur Pac Man a sorti un son qui s'appelait "It's A Drill".

Et un nouveau sous-genre est né.

Salut mec, c'est Pac Man. Monsieur Drill City.

Malheureusement, il nous a été enlevé

par la réalité qu'il essayait de dépeindre.

Je dois parler à son groupe.

Aux premiers rappeurs de drill.

Pour leur demander

si la musique vaut le risque de mourir.

Je suis de retour Et pourtant je pète déjà les records

Je suis comme le tonnerre

Des mecs de mon quartier Veulent voir l'extérieur

Mais ils voient moins bien Que Stevie Wonder

Si on m'attend, je suis en retard

Sérieux

Je dis que c'est la faute du métro

Sérieux

Ozzy me salue en faisant "Yerrr"

Alors je lui dis "Yerrr"

On connaît les galères

On vaincra la malédiction

Je dois produire des sons

D'après vous,

comment votre environnement influence la musique ?

On n'a pas vraiment de mode d'emploi ou d'organisation.

Mais on voit que nos parents et nos grands-parents

ont tous envie de retourner à leurs 20 ans.

Ils aimeraient pouvoir refaire la fête comme avant

parce que c'est ce qu'on leur a appris.

Leur seul moyen de gérer les traumatismes,

c'était d'aller en soirée.

Donc quand on est en colère

ou qu'on va pas bien,

on fait tous semblant d'être durs et intouchables.

Pourquoi ils rappent sur des sujets comme la violence ?

C'est tout ce qu'ils connaissent.

C'est exactement ça. C'est tout ce qu'on connaît.

Je peux pas rapper sur Miami, alors que j'ai jamais été à la plage.

Je chante pas : "J'ai les pieds dans le sable"

quand j'ai jamais mis mes pieds dans le sable.

C'est normal.

Si tous les jours, je vois des tueries dehors,

c'est ce que je vis vraiment.

C'est pour ça qu'on voit des artistes

rapper là-dessus.

Ils nous parlent de leur vie.

Ils essaient pas d'embellir la vérité.

Quand t'as toujours vécu dans la débrouille,

tu t'en détaches pas si facilement.

Tu peux pas échapper à la violence dans ce milieu.

Et la musique, c'est la bande-son de ta vie.

Je m'en fiche, des sons de Ja Rule.

Et même de ceux de 50 Cent.

Je veux pas le voir devenir riche.

Quand j'écoute Sosa ou d'autres mecs de Chicago

et qu'ils ont des Glocks dans leurs vidéos...

On s'identifie.

Ça nous touche tous.

C'est ce qui se passe dans nos vies, ici.

Qu'est-ce que vous pensez des maisons de disques ?

Vous leur faites confiance ou vous vous méfiez ?

Ma mère m'a dit, dès le début,

de lui donner une copie de mes contrats.

Je lui ai caché que j'avais signé. Je venais de sortir du lycée.

Pour moi, un contrat à 100 000 dollars,

ça faisait beaucoup d'argent.

Surtout en 2010, 2011, tu sais.

Quand ils te font signer tu deviens acteur,

tu dois jouer un rôle.

Vous savez que la justice

utilise les paroles de rap pour condamner des chanteurs,

au tribunal.

Ça vous fait quoi ?

Vous y pensez quand vous écrivez ? Vous évitez des sujets ?

- C'est que des paroles. - Ouais.

- C'est pas réel. - Non, ça va plus loin.

- C'est réel. - Parfois, c'est du divertissement.

Tu vas en taule si tu le mérites.

Si tu rappes sur tes crimes...

Si tu rappes sur tes crimes, tu le mérites.

T'as fait ton choix.

T'as avoué.

C'est un aller simple pour la salle d'interrogatoire.

T'as fait un choix, tu l'assumes.

Mais c'est un cercle vicieux,

parce que si tu rappes de la fiction, on te dira que t'es pas authentique.

Si tu parles pas de ta vie, on dira : "C'est faux".

- Non... - Plein de rappeurs font ça.

C'est quoi la différence entre tuer

dans un film,

et faire une chanson

qui en parle ?

C'est comme si tu te disais :

"J'ai fait un rêve où il se passait des trucs,

"je vais le raconter dans une chanson."

- Ouais. - Tu vas utiliser ça contre moi ?

En faire une chanson veut pas dire que c'est réel.

Je veux revenir sur ça.

Pour toi, faire de la musique, c'est comme tourner dans un film.

Mais à la fin,

ils remercient les auteurs au générique.

Si quelqu'un a écrit pour toi,

tu devrais mettre un générique dans tes clips.

T'abuses.

Texte par un tel,

rôle joué par un autre.

- C'est mort. - Vas-y à fond !

Qui aurait envie de s'embêter à ce point ?

Mais en vrai, c'est pas si bête. C'est grave.

La justice veut piéger des rappeurs pour les envoyer en taule.

Qui se dit qu'il va finir en prison avant même de publier sa vidéo ?

Moi, si je vois

qu'un type va en taule pour une chanson,

je préfère me couvrir !

J'avais une arme factice dans le clip de "Go In".

Ils l'ont l'utilisé contre moi dans une affaire d'armes à feu

une ou deux semaines après.

En me montrant une arme que j'avais jamais vue ou touchée.

J'étais au mauvais endroit au mauvais moment.

La police a essayé de salir ma réputation.

"Elle a fait ci, et ça..."

- Parce que tu rappes. - Ouais.

Avant de se servir de mes paroles,

ils étaient censés parler aux témoins.

Ils ont pas fait leur boulot correctement.

Le taux de criminalité diminuerait d'un coup,

s'ils bossaient bien.

Les chanteurs partagent leurs espoirs,

leurs craintes, leurs fantasmes...

C'est pas étonnant que personne ne sache

distinguer le vrai du faux dans la musique.

Quoiqu'il en soit, on s'expose au danger.

Si tout peut constituer des aveux,

à quel point est-on libres de parler de nos vies ?

L'ART DES PAROLES

L'intelligence des personnes noires a été remise en cause

pendant plusieurs générations.

Mais depuis l'arrivée du rap,

on voit des jeunes gens de couleur apparaître sur la scène culturelle

et s'exprimer avec une certaine éloquence.

Je dirais même avec une certaine virtuosité.

Leur maîtrise du langage est totalement incontestable.

Je me souviens d'une fois,

je sortais de mon cours de droit constitutionnel

et quelqu'un écoutait sa musique, la fenêtre ouverte.

"À bas la police Je viens de la scène alternative

"Et on me maltraite Parce que je suis Noir

"J'ai pas la couleur désirée

"Donc la police croit

"Que ça lui donne le droit De tuer une minorité"

C'est un discours politique !

Le gangsta rap était un moyen de dire :

"On refuse de se conformer à la politique de respectabilité."

Il y a une sorte de guerre civile entre les Noirs

et il y a deux camps.

Les Noirs.

Et les "niggas".

Ceux-là, il faut les virer de chez nous.

J'aimerais qu'on me laisse rejoindre le Ku Klux Klan.

J'organiserais un nettoyage d'ici à Brooklyn.

On a vu Chris Rock

débuter sa carrière de comédien

avec le spectacle "Bring the Pain" en 1996.

Quand il parlait de "niggas", il parlait de criminels noirs.

Plus de 90 % des jeunes hommes noirs issus de quartiers défavorisés

se retrouvaient en prison,

en probation ou en conditionnelle, au cours de leur vie.

Donc 90 % de notre propre jeunesse sont des "niggas" ?

Donc on est prêt à les condamner physiquement et moralement

parce qu'ils sont coincés dans les rouages du système ?

La plupart des citoyens des années 90 pensaient comme ça

et certains le pensent encore.

Les jeunes nous disent :

"Si vous pensez que mes origines font de moi un criminel,

"je vais vous montrer ce que c'est d'être Noir."

Ils ont créé un lien empathique avec le monde

en apportant une version inédite de l'histoire.

C'est ça, le pouvoir de la musique !

Attendez.

Retournons aux premières histoires de gangsters

de la langue anglaise.

Alors, toi aussi, Brutus ?

Mon master portait

sur la littérature anglaise

et j'étais spécialisé dans Shakespeare.

Il a de nombreux points communs avec les rappeurs contemporains.

William Shakespeare a fait carrière à Londres.

Il se présentait en tant que dramaturge et poète.

Ses écrits étaient pour et à propos des classes populaires.

Il mettait leurs difficultés en lumière.

Contrairement à nombre de ses pairs,

il n'avait pas reçu d'éducation formelle.

Il était grivois.

Il était drôle.

Et il dépeignait la violence.

Mais il a subi des accusations de plagiat et de vol

parce qu'il s'inspirait de nombreuses sources

et qu'il réarrangeait tout d'une façon unique,

nouvelle et créative.

Toute personne familière avec le rap,

qui a connu l'âge d'or du sampling,

se souvient que les rappeurs ont subi les mêmes critiques.

Shakespeare a aussi inventé de nouveaux mots

qui font désormais partie de la langue anglaise.

Aujourd'hui encore,

notre lexique du quotidien est influencé par les rappeurs.

Quant aux règlements de comptes,

ça n'a pas beaucoup changé depuis l'époque de Shakespeare.

D'après Karen Lewis, cheffe du syndicat des enseignants :

"On vit dans une ville de Capulet et de Montaigu.

"On peut reconnaître la vérité ou l'éviter.

"Mais chez nous, on a les GD et les Vice Lord.

"Ce sont nos Capulet et Montaigu."

ROMÉO + JULIETTE ACTE 3 SCÈNE 1

FEAT. ROCKIE FRESH, QARI ET RICH ROBBINS

La chaleur est grande.

On a vu des Capulet.

Si nos chemins se croisent, on est bons pour une querelle.

En ces jours de canicule, le sang bouillonne dans les veines.

Toi, tu es comme un de ces bons à rien

qui dès qu'ils passent le seuil d'un bar,

vous flanquent leur arme sur la table en s'exclamant : "Pitié."

"J'espère ne pas avoir besoin de toi."

Mais qui à la deuxième tournée, dégainent et menacent le barman.

Sans que la nécessité s'en soit fait sentir.

Tu te battrais avec un homme qui aurait un poil de plus

ou un poil de moins que toi sur sa tête.

Tu t'étais querellé avec un homme

qui avait mis des vieux lacets sur des souliers neufs.

Par ma tête,

voici un Capulet.

Par mon talon,

ça m'est égal.

Suivez-moi de très près. Je vais leur parler.

Messieurs.

Bonjour.

Un mot avec l'un d'entre vous ?

Tybalt garde une distance prudente

avec les membres de la famille Montaigu.

Les GD et les Vice Lord se querellent depuis des décennies.

La raison est depuis longtemps oubliée,

mais la guerre est entretenue

par le désir de vengeance d'hommes endeuillés.

Seulement un mot ? Avec l'un d'entre nous ?

Doublez la mise !

Accompagnez ce mot d'une bourrade !

Vous me trouverez bien disposé à cela,

Monsieur.

Si vous m'en offrez l'occasion.

Vous vous tenez dans un lieu public.

Retirez-vous dans quelque endroit privé.

Ou discutez de sang froid nos griefs.

Ou séparez-vous là.

Tous les yeux sont sur nous.

Les yeux sont faits pour regarder.

Qu'ils nous regardent.

Quant à moi, personne ne me fera bouger de là.

On ne devrait pas accepter que des jeunes meurent avant leur heure.

Mais c'est ce qu'on fait.

On en comprend pas la raison.

Alors que peut-on faire ?

À part élever la voix et chanter ?

RAPPEURS DE DRILL DÉCÉDÉS À CHICAGO (LISTE INCOMPLÈTE)

Applaudissez nos anges gardiens !

La musique nous aide à guérir.

Mais est-ce que des paroles peuvent vraiment nous sauver ?

Ou est-ce qu'on répète les erreurs du passé ?

Il paraît que tu te renseignes sur la drill ?

Tu devrais venir voir ce qu'il se passe à Londres...

Mesdames et messieurs,

le capitaine vous demande d'attacher votre ceinture.

Merci d'avoir volé avec nous.

J'ai envie de lâcher prise

Londres.

Libérez mes associés

Ma voisine est surveillée

Elle aime les hommes armés Viens, on va l'aider

Dis "Londres Ouest"

Et allons nous amuser

C'est le son le plus controversé d'Angleterre.

Il est qualifié de sombre et nihiliste.

Les autorités font le lien entre la vague de violence

et un nouveau sous-genre du rap, plus communément appelé la "drill".

Après avoir quitté Chicago, la drill s'est exportée.

Au Royaume-Uni,

les maisons de disque

contactaient les rappeurs emprisonnés

pour les convaincre de signer avant leur sortie.

Et la police y portait une attention toute particulière.

Pendant ce temps, à Brooklyn et dans le Bronx,

les rappeurs de drill étaient des rock stars.

Fivio Foreign et son clip "Big Drip" ont fait 85 millions de vues.

Imaginez ma surprise quand j'ai appris

que la plupart des beats

venaient d'un artiste londonien de 19 ans.

Il paraît qu'ils voulaient

bannir la drill, à New York.

Oui, c'est vrai. C'était une idée du maire.

- Ils ont aussi essayé ici. - Sérieux ?

Ils voulaient l'interdire partout,

et ils déconnent pas quand il s'agit de drill.

Ils supprimaient les vidéos, ils punissaient les artistes...

C'est pour ça que nos rappeurs

cachaient leurs visages.

Ils devaient porter des masques ?

- Pas le choix. - C'est chaud.

Ouais, c'est dingue.

Ça claque.

C'est lourd.

C'est génial. Les basses rendent trop bien.

LA SURVEILLANCE

Vers le milieu des années 2000,

Londres était sur le point de devenir une des villes

les plus surveillées au monde.

Beaucoup d'espaces publics

étaient privatisés par le parti travailliste.

La plupart des habitants ne se rendent pas compte

de l'ampleur de la surveillance

qui a été mise en place

par l'État.

La normalisation de la surveillance au Royaume-Uni

est assez effrayante.

Il y a des caméras de vidéosurveillance,

dans les zones urbaines, les espaces publics et privés...

Le Royaume-Uni surveille beaucoup plus ses citoyens

que les autres pays.

C'est l'un des pays les plus surveillés.

Ça a un effet

très néfaste sur les affaires judiciaires.

Ils ont un contrôle total sur ce qu'ils utilisent.

Ils montrent ce qui les arrange,

et ils peuvent laisser les autres éléments de côté.

Et ils ne s'arrêtent plus aux clips vidéo

ou aux paroles pour construire des preuves.

Ils utilisent les réseaux sociaux, les descriptions, les commentaires.

J'ai parlé à des artistes de drill, des rappeurs, des producteurs,

et ils disent tous :

"On a presque l'impression qu'il y a un policier qui est payé

"pour regarder nos vidéos."

Et il y a toujours un moment de flottement un peu gênant

parce que c'est exactement ça.

Cette surveillance à la limite de la légalité

est le mode opératoire

de la plus grande force de police du Royaume-Uni.

J'ai travaillé sur des cas

où il y avait une liste de vidéos que l'accusation comptait utiliser.

Et il était dit qu'elles avaient été récupérées

par le projet "Alpha".

Pour l'expliquer de la manière la plus simple,

ils assemblent et surveillent

une base de données.

Ils s'en servent pour espionner l'activité de leurs cibles,

généralement des jeunes.

Donc ça implique de fouiller leurs réseaux sociaux,

et surtout les plateformes de vidéos.

Les contrôles se sont multipliés d'année en année,

de plusieurs centaines de pourcents.

Et pour les effectuer,

ils font appel à des "signaleurs de confiance".

Donc la police de Londres

a dû contacter les sites pour obtenir des droits.

Comme ça, ils ont plus de pouvoir sur les contenus des sites.

Ils peuvent maintenant signaler une vidéo

qu'ils estiment être "nuisible" et "menaçante",

ou dire qu'elle "incite à la violence"

ou qu'elle est "liée à une affaire en cours".

Et la plateforme la retirera rapidement du site.

Il n'y a pas de preuves tangibles

que cette façon de procéder prévient les crimes.

Mais on sait avec certitude qu'elle détruit des carrières.

Des gens qui se hissaient au top 10 et qui n'atteignent plus le top 100.

C'est une chute fatale, pour un artiste,

et ils le savent très bien.

Je leur avais demandé

s'ils comptaient surveiller d'autres clips en dehors du rap

et ma question les a rendus perplexes.

J'ai vu la police fouiller

dans le téléphone d'un jeune.

Elle regardait dans son historique

le nombre de fois où il avait cherché "drill".

pour sous-entendre qu'il avait un certain intérêt

pour la culture criminelle.

Et honnêtement,

je trouve que c'est une pratique assez ridicule.

J'ai aussi déjà vu la police regarder le nombre de recherches

sur les gilets pare-balles

pour montrer que le suspect était sensible à la violence.

Mais si on prend en compte les potentiels traumatismes

quand un jeune fait des recherches sur les gilets pare-balles,

ça indique surtout qu'il a peur

et veut se protéger des risques de violences.

C'est pas forcément qu'il prévoit de commettre un crime.

Les paroles de chansons sont souvent interprétées de travers

quand elles sont analysées par des policiers

qui prétendent être experts en rap.

Il y a par exemple l'expression "faire un massacre"

qui veut dire, "avoir un succès énorme".

Elle a déjà été interprétée dans le but d'insinuer

que le jeune artiste comptait commettre un meurtre.

Dans ce type de procès,

l'accusation essaie de pousser la cour et les membres du jury

à penser que l'accusé entretient des relations avec un gang.

Une fois

que le terme "gang" est utilisé par l'État,

ça a des conséquences très néfastes sur la vie de ces jeunes.

Généralement, ça se passe à peu près de la même façon.

Ils arrivent à justifier que la drill est une preuve légitime

en utilisant

des lois contre les bandes organisées.

Elles sont assez similaires aux lois RICO des États-Unis,

en matière de charges.

Elles servent à déclarer l'accusé coupable par association.

Si trois personnes font un son ensemble

et que l'une d'elles est suspectée d'avoir commis un crime,

montrer la vidéo aux jurés va les inciter à penser

que les trois artistes ont des intentions criminelles.

Vous n'êtes pas juste complice, vous êtes déclaré coupable.

S'il s'agit d'un meurtre, vous êtes inculpé pour meurtre.

Le pouvoir de la police dans ce pays atteint des niveaux extrêmes.

Une partie de leur plan d'action est élaborée

pour tenter de viser spécifiquement les rappeurs.

Je fais pas partie d'un gang

Je fais rien d'illégal

Je ne possède pas

Et j'ai pas accès à des armes à feu Compris ?

Je mets personne en danger, mec

Les rappeurs du Royaume-Uni savent qu'on les observe.

Et si la police se sert des rappeurs comme des cobayes

que va-t-il se passer pour le facteur,

l'infirmière,

le barman,

dont la vie

est tout autant surveillée par l'État ?

Les puissants savent-ils quand s'arrêter ?

Quitte pas Londres avant d'avoir vu le roi de la drill.

SOURIEZ VOUS ÊTES FILMÉ

- Salut, tu vis ici ? - Oui, salut.

Je m'appelle Kemba.

Enchantée.

Je suis un mafieux

Ils ont fait sortir le roi

J'apporte le son avec moi

J'aime pas la provocation Évite de dire mon nom

Tu te fais appeler le roi de la drill ?

De la drill féminine.

- Le roi de la drill féminine. - Ouais.

Et pourquoi ça ?

J'ai connu les barreaux, bébé.

Généralement, je m'inspire de ce que je traverse.

J'ai commencé à écrire avec la poésie

quand j'étais très jeune

et petit à petit, c'est devenu de la musique.

Est-ce que tu as eu l'impression d'appartenir à

une communauté ou une sorte de groupe ?

Non.

La première fois que j'ai ressenti ça c'était en prison.

Et c'est là que j'ai appris à me connaître.

J'ai fait environ quatre ans.

De mes 16 ans jusqu'à la fin de mes 20 ans.

- Et tu as mûri ? - Oui, j'ai beaucoup mûri.

Ça m'a permis d'en arriver là où j'en suis aujourd'hui.

Et tu écrivais ?

Oui, j'ai décidé de devenir rappeuse en prison.

- Vraiment ? - Oui.

Les filles m'encourageaient et me disaient :

"Lav, fais-nous un petit rap" et j'acceptais.

Elles m'ont vraiment poussée à réaliser mon rêve jusqu'au bout.

Elles disaient que j'avais un grand avenir.

Tu as entendu parler

de ce qu'il se passe en ce moment,

avec ceux qui utilisent les paroles

comme des preuves pendant les procès ?

Oui. Ça m'est arrivé.

- Vraiment ? - Oui.

- S'il te plaît, raconte-moi. - D'accord.

J'ai sorti des morceaux après la prison.

Ils ont pris toute ma discographie,

et l'ont utilisée dans mon dossier d'expulsion.

Dans une de mes chansons, je disais :

"Flingue sur la hanche Flingue dans le berceau"

Mais pour le refrain !

Et le juge les a lues mot pour mot en mode :

"Donc un flingue sur la hanche, un flingue dans le..."

Je me retenais de rire.

C'est dingue...

J'ai dû arrêter la drill.

Ils t'ont dit que t'avais plus le droit ?

J'ai eu un avertissement,

je dois pas "encourager" la violence des gangs.

S'ils avaient eu gain de cause,

je pourrais plus faire de musique aujourd'hui.

Mais ça m'a un peu blessée parce que la musique,

c'est mon seul moyen de changer.

Je peux pas avoir de travail normal, pas avec mon casier.

En plus, je sais rien faire d'autre.

C'est le seul domaine où je suis douée.

Je pense être née pour faire de la musique.

Pourquoi ils tiennent autant à m'empêcher d'en faire ?

Je pose problème à personne.

C'est en me retirant cette partie de ma vie

que je risque de replonger.

C'était très stressant.

Installez-vous confortablement et profitez du vol jusqu'à New York.

Je suis comme Lavida.

Je serais perdu, sans le rap.

J'aurais jamais vu le monde en dehors du Bronx.

Donc c'est ma prochaine destination.

Je dois revenir à la source.

J'aimerais parler à quelqu'un qui vient de mon quartier.

Et qui cherche une issue.

LE BRONX

Ça va, les mecs ?

Ouais, ça va et toi ?

Ça va. Salut, mec.

Salut.

Ça dit quoi ?

On est là, tranquilles.

Vous venez de quel coin du Bronx ?

Je viens de ****.

Ah ouais, ****.

Je vais être franc,

j'ai entendu dire que tu étais devenu le visage du Bronx.

C'est pas faux.

Tu dis qu'ils sont plus doués Mais je sais que non

Mon pote en taule n'a pas peur C'est un boxeur

Libérez-le...

Tu t'es fait tirer dessus à 15 ans.

C'est vrai.

Les gens savent que je dis toujours

que la vérité.

C'est pour ça qu'on s'intéresse à moi.

C'est la meilleure façon de faire.

Faut rester authentique pour percer.

Je suis d'accord.

On va se poser dans la voiture pour écouter des sons ?

T'as sorti des nouveautés ? Ou t'as des projets en cours ?

Il a grandi à 15 minutes de chez moi.

Mais avec 10 ans d'écart.

Il y a peu de différences entre lui

et les rappeurs célèbres qui passent à la télé.

Ils offrent tous autant de divertissement.

Mais Sha est au cœur de l'action,

toujours dans les tranchées.

Et ses fans l'aiment pour ça.

Tu t'inspires de quoi, pour faire de la musique ?

De tout ce que j'ai traversé, de la souffrance,

et de mon envie de m'en sortir.

Quand t'as commencé, ton but, c'était de signer avec un label ?

Ou t'y pensais pas ?

C'était l'objectif,

mais je pensais pas que ça m'arriverait.

- Ça semblait impossible ? - Ouais.

Les personnes comme nous n'ont jamais rien.

On doit se battre.

Quand tu te réveilles le matin,

tu te sens comme Sha ?

Ou comme quelqu'un d'autre de celui qui fait de la musique et des clips ?

Je suis quelqu'un d'autre.

- Ah ouais ? - Ouais.

Je dirais que je me sens un peu comme mon ancien moi.

Ton ancien toi ?

Celui que j'étais avant la musique.

C'est pas aussi fun.

Tu te sens sous pression ?

En ce moment, ouais.

Parce que tout le monde me demande de les aider avec leurs problèmes.

Leurs problèmes deviennent mes problèmes.

Alors que je dois gérer les miens.

Tu vois des tonnes de personnes dont les espoirs reposent sur toi.

C'est ça, mec.

Et comment tu gères ça ?

Je me défonce...

Eh ouais, c'est tout.

Je me contente de me défoncer.

Je comprends.

Je me détends, je plane un peu,

jusqu'à ce que j'y pense plus.

Et je rappe.

Je rappe aussi pour ça.

C'est comme une thérapie. Ça m'aide vraiment.

Je rappe dans le micro,

et après, mes problèmes me semblent moins graves.

Tes fans écoutent ta musique, regardent tes interviews,

et ils se font une idée de ta personnalité.

Tu penses que parfois, ils comprennent mal qui tu es ?

Oui, la plupart du temps.

Je suis qu'un gamin.

Et j'ai seulement trouvé un moyen

de raconter mon histoire.

D'une bonne façon !

Ils aimeraient pas que je redevienne comme avant.

Je raconte mon histoire d'une façon positive.

J'ai eu la chance d'être capable de le faire comme ça.

J'en profite.

C'est dangereux de vivre ici.

Même un enfant innocent n'est pas en sécurité.

Quel que soit ton passé, il reviendra toujours pour te hanter.

Succès ou pas, tu dois jamais oublier

dans quoi tu t'es engagé.

Tu penses que si ta musique explose, tu resteras vivre là où t'as grandi ?

Clairement pas.

J'ai une petite fille. Je dois penser autrement.

Qu'est-ce que tu voudrais lui offrir que t'as pas pu avoir enfant ?

Une baraque, ses deux parents à la maison.

Je comprends.

Je veux qu'elle mange à sa faim,

et qu'elle se demande pas

quand elle pourra avoir droit à un repas chaud.

Ouais.

Je veux pas qu'elle ait à survivre.

Elle aura une enfance normale,

et elle deviendra une personne normale.

Elle pourra écouter ce qui m'est arrivé,

et choisir de prendre autre chemin.

Je connais des personnes de mon quartier

qui ont fait du basket, du rap, et tout ça.

Ils ont eu une chance,

mais ils l'ont fichue en l'air et ils sont revenus vivre ici.

Ça, c'est ma plus grande peur.

Allez, j'ai des sons inédits pour toi.

Fais péter, mec.

Je suis le dernier qui reste Je peux pas perdre la tête

Je m'en suis sorti sans l'université

On me trouve idiot

Mais je marche avec un flingue

Maintenant, rentre voir ton fils

Il pleurait "Papa Jiggy" Ça m'a touché

C'est dangereux Mais je lâcherai rien

Ma mère est contente, je vieillis

Je lui ai dit de prendre mon arme

Quand les flics vont se pointer Ça va exploser

J'en laisserai un témoigner

Au lit, je maltraite ma meuf

C'est mieux si elle m'en veut

Pour l'énerver, je dis "C'est ça, le Bronx"

C'est une question de temps

Ils vont le fumer

Pas le choix, le rap doit marcher

J'étais fauché, mais j'ai réussi

Je m'en suis sorti

Ça les fait marrer un mec à terre

Leur conseil C'était de mettre le bazar

De faire exploser les problèmes D'enterrer des mecs

Je fais ça pour ma fille

Je peux pas perdre la tête

Je m'en suis sorti sans l'université

On me trouve idiot Mais je marche avec un flingue

Maintenant, rentre voir ton fils

Il pleurait "Papa Jiggy" Ça m'a touché

C'est dangereux Mais je lâcherai rien

Ma mère est contente, je vieillis

C'était super, mon pote.

- Merci. - Ça m'a fait plaisir.

Bonne chance, mec.

Allez, on bouge.

ils ont déjà trop d'a priori à notre sujet.

On veut qu'ils aient le droit de s'exprimer,

de partager leur vécu et de parler de leurs origines.

Le Premier Amendement protège cinq libertés.

Tout d'abord, il sert à protéger la liberté de croyance.

Votre liberté de pensée.

Ensuite, il parle de liberté d'expression.

Vous avez non seulement le droit d'avoir une opinion,

mais aussi de la partager avec ceux qui vous entourent.

Il y a aussi la liberté de la presse.

Vous avez eu une pensée, vous l'avez exprimée,

et vous avez le droit de la répandre dans le monde.

De publier votre idée.

Vous pouvez le faire en ligne ou de n'importe quelle autre manière

qui permet de traverser le temps et l'espace.

Ensuite il y a

la liberté de se réunir.

Vous avez eu une idée, vous l'avez exprimée,

vous l'avez répandue partout dans le monde

et vous rassemblez tous ceux qui vous écoutent

et veulent ressentir la puissance de leur nombre.

Ils se mobilisent autour de votre idée.

Et pour finir,

vous pouvez apporter cette idée jusqu'au siège du pouvoir

pour essayer de changer la société.

Donc on peut interpréter le Premier Amendement

comme un moyen de protéger une pensée.

De l'idée, jusqu'au mouvement.

On peut criminaliser le rap autant qu'on veut,

mais ça ne permettra jamais de régler les causes du problème.

On doit être à l'écoute et prendre des mesures

pour résoudre ce problème systémique à la racine

et éviter que plus de jeunes vivent cette vie.

On a entamé la rédaction d'un nouveau texte législatif

pour faire pression sur l'industrie musicale

et le gouvernement,

et leur dire que ça n'aurait jamais dû arriver.

On doit protéger la liberté d'expression.

Et on ne doit pas s'arrêter au rap, il faut aider le hip-hop.

C'est pour ça qu'on propose cette loi.

Pour mettre fin à des décennies de poursuites excessives

qui se sont basées sur l'expression artistique.

Il est primordial que les citoyens

poussent leurs représentants à appliquer ce type de lois.

La Californie a adopté une nouvelle loi.

Et de plus en plus d'États envisagent de le faire.

Si on se laisse faire,

on risque de perdre tous nos droits fondamentaux.

On doit se battre.

On doit absolument préserver l'art transgressif.

C'est un art qui nous permet de dire ce qu'on nous empêche de dire.

L'issue de cette bataille nous concerne tous.

Parce que si on perd cette affaire,

qui seront les prochains sur la liste ?

Il avait dit quoi, Shakespeare ?

"Le monde entier est un théâtre" ?

C'est l'heure de choisir.

Êtes-vous absolument

sûr et certain de vouloir aller jusqu'au procès

et refuser un accord ?

Oui, je suis sûr.

OK.

Bonne chance.

Mesdames et messieurs les jurés,

ce que l'accusation

vous a présenté aujourd'hui

n'est que de la musique.

Et pour monsieur Jefferson,

ce n'était que de l'expression artistique.

Ce n'est pas une preuve suffisante

pour affirmer qu'il a commis ce crime au-delà de tout doute raisonnable.

Nous vous demandons de déclarer l'accusé non coupable.

Monsieur le procureur,

vous pouvez présenter votre contre-argumentation.

Mesdames et messieurs,

d'après les nombreuses déclarations de divers témoins fiables,

un homme bon,

un citoyen intègre,

a été tué par balles.

La responsabilité de cet homicide

n'incombe pas seulement au membre de gang

qui a tiré la balle.

Elle incombe aussi à l'homme qui est assis dans ce tribunal.

L'accusé.

Il a volontairement mis en valeur,

encouragé, aidé,

et même profité du comportement criminel de ce gang !

Dans cet appareil de radiocommunication

l'accusé a retranscrit ses pensées les plus intimes.

Je n'ai pas besoin de vous parler

de la soif de violence de cet homme.

Il vous suffit d'écouter ses mots.

"J'ai quelques fumiers Dans ma ligne de mire"

"J'ai quelques ponts à cramer En tant que porteur du flambeau"

"Sortez les lâches des quartiers"

"J'ai peur pour mes ennemis"

"J'ai défoncé l'opposition" "Où est ce fichu coffre-fort ?"

"Et si on m'acquitte"

"Je replonge dans mes vices"

Ses mots veulent tout dire.

Les désirs de l'accusé sont très clairs.

Voler et tuer.

Sans sa présence, la victime,

un mari,

et un père,

serait peut-être encore en vie.

Que nous reste-t-il ?

Une veuve.

Un foyer brisé.

Et une ville incroyablement dangereuse

où l'on craint pour sa vie

même quand on entre dans une épicerie.

Ça n'aurait pas dû se terminer ainsi.

Vous voulez rendre ce monde plus sûr ?

Le seul moyen de rendre justice à cette famille

est de déclarer cet homme coupable.

C'est tout pour moi.

Membres du jury,

vous avez entendu tous les témoignages

dans cette affaire.

Vous et vous seuls êtes habilités

à juger les faits.

L'audience est levée.

Les membres du jury vont délibérer.

C'est votre dernière chance.

Il n'y a pas de honte à accepter un accord.

Ne fais rien qui puisse aider tes ennemis à te détruire.

C'est bon.

Lance le son.

Quand j'ai écrit ça J'avais pas d'audience

Personne pour applaudir

Personne pour filmer

Que mes parts de lumière et d'ombre Pour s'affronter

Une me dit de me calmer L'autre de foncer

Je construirai des ponts À deux conditions

Si tu parles, j'écoute

Si je parle, t'écoutes

Certains comprennent pas

C'est peut-être un manque d'empathie Ou d'intérêt

D'expérience avec les Noirs

Ou notre accent qui les surprend

Je devrais parler en langage soutenu

Pour ces académiciens

Mais vous, écoutez

Il y a pas d'amende honorable Que des amendements

Ils ne vendent plus de Noirs Ils les enferment

C'est l'environnement Qui crée des conditions

Elles façonnent la culture

On voit les symptômes

Ils profitent, se moquent Et s'attaquent à nos paroles

Compris ?

Je donnerai pas de détails

Tu peux raconter Mais pas dénoncer

Ils pourront toujours te retrouver

Le juge prononce ta sentence Et t'infantilise

Ils veulent ce que tu as

Ils veulent le rythme sans le blues

L'esprit sans l'âme

On l'a déjà vu

Ils retirent le pouls du flux

On dirait du Dr Seuss

Un Noir qui s'enfuit Ce serait pas à cause du moule

Les infos

Nous coincent dans un coin

Mais les célébrités

Se confessent comme des gangsters

Je vois des peaux noires

Sur tout type de trottoir

Vie et force

Ne cessent de s'affronter

La craie frappe l'asphalte La musique est rythmée

Le rap est accusé à la télé On l'aurait mérité

D'où viennent ces experts ?

De l'armée ?

Jusqu'où ils iraient pour gagner ?

À votre avis ?

Ils cherchent déjà À déformer ma nouvelle chanson

À appuyer sur certains vers

Ils regardent sous la porte

Ils se la jouent John Cena Mais je vous vois, les gars

Asseyez-vous.

Votre décision est prise ?

Oui, monsieur le juge.

Les membres du jury,

dans l'affaire de l'État de New York contre Matthew "Kemba" Jefferson

déclarent l'accusé...

Ils ajustent les lois Comme une guitare de blues

Ils changent la mélodie Pour dire que c'est inédit

Comme en médecine Ils traitent jamais la cause

Ils récoltent les lauriers Excluent les marginaux

Je sais qu'ils me préparent Le pire scénario

Mes pensées sont floues

Comme si j'avais dit Les 7 mots bannis

Mais si mes mots touchent vos nerfs

C'est que vous m'avez enfin écouté

Le rap a servi de preuve dans plus de 700 procès depuis 1990.

99 % des affaires se concluent par un accord.

Les preuves ne sont pas rendues publiques.

Le nombre de condamnations basées sur des paroles de rap

est toujours inconnu.

OK.

Est-ce que tout le monde s'est calmé ?

Parfait, allons-y.

Adaptation : Louise Beaujard

Sous-titrage : Apolline Lestoquoi pour lylo by TransPerfect

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