All language subtitles for Russland, China, Iran- Front gegen den Westen - Die ganze Doku

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Original subtitles

...

-Les Army Games

organisés chaque année par le président russe Vladimir Poutine

depuis sa première invasion de l'Ukraine en 2014

ressemblent aĢ€ une véritable démonstration de force.

Musique épique

...

-Bienvenue dans l'édition 2022 des Army Games,

le forum militaire international !

-Tir de char, biathlon,

course d'obstacles, relais,

épreuve de déminage...

et même concours de danse.

Pour cette édition d'aouĢ‚t 2022 organisée au Venezuela,

en pleine guerre en Ukraine,

le président russe a réussi aĢ€ rassembler 34 pays amis,

quasiment tous sous sanctions internationales.

Musique pesante

-Ces jeux militaires apportent

une contribution considérable

au renforcement de partenariats constructifs

pour assurer la sécurité de nos pays,

du continent eurasiatique et du monde entier.

Ainsi qu'une réponse collective aĢ€ des menaces non fictives

et bien réelles pour la stabilité du monde.

-Ces jeux militaires sont surtout l'occasion

pour Vladimir Poutine, à ce moment-là,

de montrer que son pays n'est pas seul

et qu'il peut compter sur de puissants alliés,

au premier rang desquels : la Chine et l'Iran,

qui se sont révélés quelques mois auparavant

comme ses deux plus fidèles soutiens

dans une guerre cette fois bien réelle.

-La relation entre la Chine, la Russie

et l'Iran repose sur une coopération étroite.

Nous devons eĢ‚tre unis, maintenir la cohésion pour contrer

la domination occidentale,

car un pays seul est trop faible pour faire face aĢ€ l'hégémonie.

Musique rythmique

...

-Le 24 février 2022, le monde se réveille

au son des chenilles russes franchissant les plaines boueuses

qui séparent la Russie de l'Ukraine.

En déclenchant l'invasion, Vladimir Poutine

a acté le retour de la guerre sur le continent européen.

Tir de roquette

-Pour notre pays, c'est une question de vie ou de mort.

-Une guerre est menée contre nous et nous sommes obligés de réagir.

C'est l'Occident que nous combattons

sur le territoire de l'Ukraine,

ou plutôt, l'Occident se bat contre nous.

Les Ukrainiens sont un peuple malheureux,

trompé et transformé en chair aĢ€ canon.

Nous sommes désolés pour eux.

Mais nous ne combattons pas l'Ukraine.

Nous combattons l'OTAN et l'Occident et nous gagnerons.

-Depuis son arrivée au pouvoir en 2000,

Vladimir Poutine s'est fixé l'objectif de redonner aĢ€ la Russie

son statut de grande puissance mondiale.

-La Russie ne peut pas être la Russie

lorsqu'elle est confinée aĢ€ ses propres frontieĢ€res politiques.

Elle doit avoir le contrôle territorial

sur ce qu'elle consideĢ€re comme les terres légitimes

et historiques de son Empire.

-La Russie pense qu'il est normal d'envahir un autre pays européen

et qu'il est normal de contrecarrer les projets d'avenir

du peuple ukrainien.

Nous n'avons pas vu cela depuis de treĢ€s nombreuses années

en Europe.

-Vladimir Poutine justifie son offensive par le rapprochement

de ses frontières des bases militaires de l'OTAN,

l'alliance de défense mutuelle États-Unis/Europe

créée apreĢ€s la Seconde Guerre mondiale.

-On le voit aujourd'hui avec l'expansion de l'OTAN vers l'Est,

la situation de la Russie devient de plus en plus dangereuse,

d'année en année.

Nous ne pouvons pas rester les bras croisés

et observer passivement ces évolutions.

-Vladimir Poutine me demande de passer un papier, un crayon,

et il me montre laĢ€ ouĢ€ sont les missiles américains en Europe.

Il dit : "Vous voyez, ces missiles, s'ils sont installés laĢ€,

c'est forcément pour nous encercler,

pour nous impressionner et nous menacer."

Donc, ils se mettent toujours dans la position

de la victime et de l'agressé, pas de l'agresseur.

-On nous a menti pendant très longtemps

en nous disant que l'expansion de l'OTAN ne nous menaçait pas,

que les pays qui rejoignaient l'OTAN seraient plus amicaux.

Nous en avons assez d'entendre ces mensonges.

Nous disons maintenant tout ce que nous pensons.

L'OTAN est une alliance d'agresseurs.

Aujourd'hui, nous ne faisons que punir une organisation de voyous,

en l'empeĢ‚chant d'étendre sa zone de controĢ‚le.

-On dit parfois que,

aĢ€ force de s'étendre, l'Alliance atlantique,

l'OTAN, aurait provoqué Vladimir Poutine.

Sauf que ça n'est pas l'OTAN qui s'est étendue,

ce sont les pays de l'ex-Union soviétique

qui se sont rapprochés de l'Occident.

C'est l'Ukraine qui a littéralement largué les amarres

et aĢ€ souhaité se rapprocher de l'Europe.

Donc, ce n'est pas l'OTAN qui va vers l'Est,

c'est beaucoup plus l'Ukraine qui va vers l'Ouest.

-Pour bien comprendre la guerre en Ukraine,

il faut avoir aĢ€ l'esprit le fait que le Kremlin était convaincu

de remporter une victoire décisive en 72 heures.

L'objectif n'était pas tant d'envahir le pays que de chasser

le gouvernement en place pour le remplacer

par un gouvernement favorable au Kremlin,

avec des parachutistes qui avaient pour mission de chasser,

d'emprisonner ou d'éliminer le gouvernement en place.

-Le 2 mars 2022,

52 pays sur 193 ne condamnent pas l'agression russe

lors du vote de l'ONU.

Un silence assourdissant

qui rebat les cartes des forces en présence.

Parmi eux, l'Iran et surtout la Chine,

dont les occidentaux

attendaient une condamnation claire.

-Je me demande bien pourquoi

la position chinoise jusqu'aĢ€ présent

n'inclut pas un appel à l'agresseur, la Russie,

pour qu'il mette fin à la guerre.

-La réaction de la Chine aĢ€ la guerre ça a été aussi

d'essayer de mettre en place un troisième front.

Et ça, on l'a observé deĢ€s les premieĢ€res semaines de la guerre,

avec de nombreux déplacements de Xi Jinping,

du ministre des Affaires étrangeĢ€res, notamment en Afrique,

pour convaincre un certain nombre d'États

de ne pas voter la condamnation

et les sanctions contre la Russie aĢ€ l'Assemblée générale de l'ONU.

-DeĢ€s le début de la guerre d'agression russe menée en Ukraine,

l'Iran, soit s'abstient, soit vote contre des sanctions

ou des condamnations contre la Russie

décidées au niveau de l'ONU, et puis, petit aĢ€ petit,

notamment au tournant de l'été 2022,

ce soutien prend une dimension plus militaire.

-Le 18 juin 2022,

l'imposant avion présidentiel russe atterrit aĢ€ l'aéroport de Téhéran.

Musique de tension

C'est la premieĢ€re grande visite aĢ€ l'étranger de Vladimir Poutine,

depuis le début de la guerre en Ukraine.

...

Sa poignée de main chaleureuse avec le guide supreĢ‚me Khamenei,

sous le regard du président iranien l'ultra-conservateur Raïssi,

dit toute l'importance du soutien de l'Iran à la Russie.

Clics d'appareils photo

-Les origines de la crise ukrainienne ne sont que le résultat

de la politique des États-Unis et des pays occidentaux.

-La Russie voulait démontrer qu'elle n'était pas seule.

C'était aĢ€ un moment ouĢ€ l'Occident essayait vraiment

d'isoler la Russie, de faire pression sur elle,

de créer une coalition internationale contre elle.

Il était important, je pense, pour Poutine, de démontrer

qu'il y avait encore des pays prêts à collaborer avec lui.

Pour lui, l'Iran était un pari facile et sans risque,

car il savait que Téhéran serait un partenaire volontaire.

Poutine pourrait afficher leurs bonnes relations de travail.

Et puis, il comptait obtenir certaines choses de l'Iran.

Il recherchait des armes conventionnelles.

Il avait besoin d'aide et il l'a obtenue.

-Lorsque Poutine avait désespérément besoin

de soutien militaire,

et en particulier de drones bon marché,

le pays vers lequel il pouvait se tourner était l'Iran.

Et les Iraniens

en tireraient eux aussi profit.

-L'Iran aurait meĢ‚me envoyé des militaires iraniens,

donc, des Gardiens de la révolution

en Crimée et en Russie pour former

les militaires russes à l'emploi de ces drones.

Et là aussi, ce serait la première fois

que l'Iran envoie des militaires iraniens

en dehors de sa zone d'influence habituelle qu'est le Moyen-Orient.

-L'Iran a donc clairement choisi son camp.

Mais le principal soutien pour le régime russe

se situe de l'autre coĢ‚té de sa frontieĢ€re orientale,

du coĢ‚té de la Chine de Xi Jinping que Vladimir Poutine rencontre

trois semaines à peine avant son offensive en Ukraine.

Musique mystérieuse

...

-La clé de la résolution de la crise ukrainienne

est entre les mains des États-Unis et de l'OTAN.

-Sur la question de l'Ukraine,

la menace des États-Unis et de l'OTAN

s'étend jusqu'aĢ€ la frontieĢ€re russe.

-Ces pays d'ex-Union soviétique

n'ont pas le statut d'un pays souverain.

-Bien sûr,

la Chine ne se satisfait pas

de la situation de guerre, mais elle refuse de parler de guerre,

parfois reprenant meĢ‚me le terme russe d'opérations,

voire d'opérations militaires spéciales ou d'intervention.

Parce que dans la construction de la politique étrangeĢ€re chinoise,

l'Occident et les États-Unis

sont in fine toujours les fauteurs de trouble.

-Les Chinois agissent donc avec prudence,

mais il ne fait aucun doute que leur intéreĢ‚t stratégique

est que le système russe perdure.

Ils souhaitent une stabilité en Russie

et cela signifie pour eux que Poutine reste au pouvoir.

-Vladimir Poutine est en visite aĢ€ Pékin

pour assister aĢ€ la cérémonie d'ouverture

des Jeux Olympiques d'hiver.

Mais dans les coulisses de l'inauguration,

le président russe vient surtout chercher l'appui

de son homologue chinois, Xi Jinping,

et sceller un partenariat historique.

Un pacte d'amitié "sans limites"

et "sans précédent",

dans lequel les deux dirigeants affirment leur vision du monde

et leurs objectifs communs.

-Nos relations se développent en ligne droite

et dans un esprit d'amitié et de stratégie.

Notre partenariat a atteint un niveau sans précédent.

C'est un exemple de relation exceptionnelle.

Musique pesante

...

-Nous savons que nous pouvons compter pleinement sur la Chine.

Mais aussi, et surtout,

nous essayons de forger ensemble un monde plus égalitaire,

de rendre le monde beaucoup plus stable et juste.

...

-Dans leur déclaration commune de 20 pages,

les deux dirigeants exposent les piliers de ce nouveau monde

et surtout,

la bataille collective qu'ils doivent mener

contre l'Occident.

En donnant leur propre définition des droits de l'homme

et de la démocratie,

et en s'arrogeant chacun des zones d'influence

sur lesquelles ils s'octroient des droits historiques.

Ils remettent en cause les principes fondamentaux

du droit international qui faisaient l'unanimité

apreĢ€s la Seconde Guerre mondiale pour préserver la paix.

Ce droit dit "Universel",

inscrit dans la Charte des Nations Unies de 1945

et sa Déclaration des droits de l'homme.

...

-Dans leur déclaration conjointe, les premiers paragraphes

s'attaquent à l'universalisme,

en redéfinissant cette notion des droits de l'homme,

en disant que les droits de l'homme, c'est une notion créée

et imposée par les Occidentaux et que ces deux pays

sont totalement légitimes pour promouvoir

leur propre approche des droits de l'homme.

Et alors, bien suĢ‚r, ça pose un probleĢ€me,

car quand des pays autoritaires qui violent les droits de l'homme

se positionnent en défenseurs des droits de l'homme,

ça crée une confusion qui, si elle n'est pas clarifiée,

peut embrouiller, si je puis dire, certains pays.

-Xi Jinping et Vladimir Poutine

se sont rencontrés plus souvent que n'importe quels autres dirigeants

au cours des dix dernieĢ€res années.

Mais, en annonçant un partenariat sans limites, les deux hommes

ont clairement indiqué qu'ils étaient laĢ€ pour gagner.

-C'est une alliance où, maintenant, un grand pays,

la Chine, économiquement deuxieĢ€me du monde,

et la Russie, grande puissance militaire, peuvent,

avec d'autres, changer l'équilibre du monde.

AĢ€ condition d'eĢ‚tre alliés.

Musique grave

C'est là que le troisième partenaire arrive.

Il faut toujours, dans une alliance,

qu'il y ait un partenaire qui vient faire

ce que les autres ne peuvent pas faire officiellement. C'est l'Iran.

-La guerre en Ukraine est une clarification inédite

des liens qui unissent l'Iran la Chine et la Russie.

Elle va mettre au jour une alliance économique paralleĢ€le

au centre de laquelle se trouve le régime iranien

et ses flottes fantômes.

Une collaboration particulièrement utile pour contourner

les sanctions internationales qui frappent l'économie russe.

-L'Iran est sous sanctions américaines

depuis des décennies,

occidentales aĢ€ cause de son programme nucléaire illégal

depuis très longtemps aussi.

La Russie a à ce moment-là

besoin de savoir

comment contourner ces sanctions

qui sont en train de lui tomber dessus.

-L'Iran a envoyé des conseillers en Russie

pour expliquer au régime russe comment ils ont fait

pour gérer les sanctions au cours des 30 ou 40 dernieĢ€res années

et pour aider les Russes à contourner les sanctions,

car l'Iran est désormais un spécialiste en la matieĢ€re.

-Le marché paralleĢ€le

existe malgré les sanctions américaines.

Le marché pétrolier, par exemple,

n'est pas un marché treĢ€s controĢ‚lable

et nous l'avons utilisé pour vendre notre pétrole.

-L'idée, c'est de construire des flottes 100 % russes,

qui n'ont absolument aucun lien

avec n'importe quelle entreprise occidentale.

Pas de compagnies d'assurance ni de transport maritime,

vraiment aucun lien.

La devise employée

pour tout ce commerce ne peut pas être occidentale.

-Bien suĢ‚r, nous ne sommes pas restés les bras croisés.

Oui, en Russie, il existe ce qu'on appelle

une flotte de pétroliers fantoĢ‚me.

Nous les avons rachetés

partout dans le monde pendant que vous faisiez des bêtises

en essayant de bloquer la Russie.

Oui, nous avons environ 600 tankers

qui peuvent transporter nos produits pétroliers

vers n'importe quel point de la planète.

-Le systeĢ€me de flottes fantoĢ‚mes, inspiré par le régime iranien,

permet aĢ€ la Russie d'exporter son pétrole

à un prix plus bas, mais sans laisser de traces.

-Nous vendons du pétrole aĢ€ l'Union européenne, en ce moment.

Maintenant, notre pétrole est aĢ€ vos stations-service

et nous gagnons de l'argent.

On vend ce pétrole plus cher que le plafond établi

par les idiots des pays occidentaux.

Nos transbordons le pétrole la nuit,

nous le transbordons aĢ€ certains endroits, sur vos pétroliers,

y compris les pétroliers français, vos pétroliers français !

Musique sombre

-Au moins une vingtaine de navires utilisés par les Iraniens

servent aujourd'hui aĢ€ l'exportation illicite de pétrole russe.

Et le premier acheteur n'est autre que la Chine,

dont le volume de commandes à la Russie ne cesse d'augmenter,

jusqu'à atteindre une hausse de 40 % en 2023.

-Les Américains et les Européens pensent

que les sanctions économiques peuvent détruire leur adversaire.

Mais ils se trompent, ils surévaluent leurs capacités.

Et en plus, d'un point de vue historique,

les sanctions n'ont jamais fonctionné.

Les sanctions ne servent à rien.

Les économies de la Russie et de la Chine

sont treĢ€s complémentaires.

La Chine a besoin d'une grande quantité d'énergie

et d'autres matières premières,

tandis que la Russie a besoin

d'une grande quantité de produits manufacturés chinois.

-GraĢ‚ce aĢ€ ces méthodes de contournement,

l'économie russe a résisté aĢ€ l'effondrement

et continue à soutenir son effort de guerre.

Forts de ce succès, la Russie, l'Iran et la Chine

tentent d'organiser une coopération économique globale

indépendante du systeĢ€me occidental,

auquel ils ne veulent plus rendre aucun compte.

AĢ€ Samarcande, en Ouzbékistan, le 15 septembre 2022,

sept mois apreĢ€s le début de l'invasion russe en Ukraine,

le triangle Chine, Russie, Iran sort de l'ombre

lors du sommet annuel

de l'Organisation de Coopération de Shanghai, l'OCS.

Ce sommet anti-occidental

a été créé en 2001 par la Chine et la Russie

pour concurrencer les institutions internationales existantes.

Xi Jinping et Vladimir Poutine renforcent leur entente

en présence de nouveaux alliés. Ils viennent de décider d'intégrer

un partenaire stratégique du Moyen-Orient : l'Iran.

-Sans aucun doute,

l'hégémonie américaine cherche aĢ€ empeĢ‚cher les pays

de suivre leur voie de développement indépendant.

-L'un des principaux enjeux ici est d'organiser des coalitions

avec les pays du sommet, mais aussi avec d'autres,

qui seraient preĢ‚ts aĢ€ jouer avec des reĢ€gles différentes,

différentes de celles fixées par les États-Unis.

-Au niveau géopolitique,

l'Iran est le pays le plus important du Moyen-Orient.

Il entretient des liens étroits avec la Russie et la Chine

en matieĢ€re de diplomatie et de sécurité.

Les trois parties unissent leurs forces.

En effet, un pays seul est trop faible

pour contrer l'hégémonie américaine.

-Ce que les Iraniens, les Russes et les Chinois essaient de faire

en consolidant leurs relations

et en se présentant au reste du monde

comme un modèle alternatif, c'est aussi de mettre en place

de nouvelles institutions internationales.

-Les pays réunis autour de Xi Jinping et Vladimir Poutine

vont sceller un nouveau pacte contre l'Occident,

dans lequel ils dévoilent les bases

de leur propre système de droit international.

Une revanche sur le monde

apreĢ€s plus de 30 ans de domination américaine et occidentale.

-Il est conçu spécifiquement

pour garantir un endroit sûr aux dictateurs.

Un environnement dans lequel personne

ne viendra se mêler de ses affaires internes.

-À l'avenir, le sommet de Shanghai sera peut-être

de plus en plus axé sur la défense.

On ne peut pas l'exclure.

-Dans un média chinois, controĢ‚lé par le Parti communiste,

cette adhésion surprise de l'Iran au sommet de Shanghai

est célébrée. Un nouveau concept apparaiĢ‚t.

-Un triangle de fer entre la Chine, la Russie et l'Iran

est en train de se former. On sait que le triangle

est la forme la plus stable et indestructible.

Cela va faire souffler un vent nouveau dans le monde entier.

-Depuis le début de la guerre en Ukraine,

les pays autoritaires ne craignent plus

d'affirmer clairement leur vision du monde et leurs ambitions.

Jamais les régimes chinois, russe et iranien

n'ont été aussi alignés contre un ennemi commun :

l'Occident.

Pour comprendre les enjeux de ces partenariats inédits,

il faut revenir en arrière

et questionner la genèse de leur rapprochement.

Chacun des pays de ce nouvel axe

cultive dans son récit national un événement fondateur

sur lequel reposerait sa justification

de la détestation de l'Occident.

Pour le régime iranien, l'origine de la haine anti-américaine

remonte aĢ€ un événement bien précis.

Musique royale

Au XIXe siècle, l'Empire perse,

vaincu par les Russes et les Britanniques,

est partagé entre les puissances occidentales.

ApreĢ€s la décolonisation,

la Perse devient la monarchie d'Iran en 1935,

dirigée par le Shah,

mais le pays reste sous emprise économique de l'Occident.

L'Iran devient même le principal pilier

de la politique américaine au Moyen-Orient.

Et en 1953, quand le Premier ministre iranien

Mossadegh veut nationaliser les puits de pétrole iranien,

la CIA, qui craint la mainmise soviétique,

organise un coup d'État pour le renverser.

Musique mélancolique

...

-C'est un tournant pour la vision

qu'avaient les Iraniens des États-Unis.

ApreĢ€s cet événement,

le slogan "Mort aĢ€ l'Amérique" s'est répandu

et les conseillers militaires américains présents en Iran

sont devenus des personnages détestés.

Cette hostilité a augmenté avec le soutien

des États-Unis au Shah d'Iran.

Un processus révolutionnaire a débuté

à partir de 1963

et a abouti aĢ€ la révolution de 1979.

Durant cette période,

les États-Unis étaient le principal soutien

du régime du Shah Pahlavi.

Les gens avaient le sentiment que les États-Unis

s'opposaient aĢ€ la volonté du peuple.

-C'est vraiment sur cette dimension anti-américaine,

le fameux "grand Satan" et puis le "petit Satan",

qui est Israël, la représentation, presque la projection

des États-Unis au Moyen-Orient,

que s'est construit tout le régime iranien depuis,

toute la politique étrangeĢ€re et iranienne aussi.

Et la révolution islamique en 1979,

elle a été vraiment construite comme un mouvement

anti-impérialiste, anti-américain, anti-occidental,

pour essayer, en quelque sorte,

de purifier l'Iran

de la pollution occidentale.

-AĢ€ BAS L'AMÉRIQUE !

-L'ayatollah Khomeini s'affirme comme descendant du Prophète

et réussit aĢ€ organiser, depuis son exil en France,

une révolution islamique pour renverser le Shah d'Iran,

qu'il consideĢ€re trop proche des États-Unis.

Accueilli comme un libérateur en 1979,

l'ayatollah Khomeini installe une dictature religieuse.

La diabolisation de l'Occident devient ferment d'unité.

Il inscrit en tête des principes fondateurs

de la République islamique

l'opposition aux États-Unis, qualifié de "grand Satan",

et l'élimination de son allié au Moyen-Orient, Israël.

AĢ€ la mort de Khomeini

en 1989,

c'est l'ayatollah Khamenei qui lui succède.

Depuis, il porte son héritage :

redonner à l'Iran la grandeur perdue de l'Empire perse

et exporter la révolution islamique dans la zone d'influence de l'Iran.

Musique grave

-La priorité de Khamenei est donc la préservation

du systeĢ€me islamique, la révolution islamique en Iran.

Et, pour cela, il mène des actions agressives contre les pays voisins.

-Khamenei développe un axe de résistance

aĢ€ Israël et aux États-Unis

en finançant des milices guerrieĢ€res en Irak, en Syrie

et aux groupes terroristes comme le Hezbollah au Liban,

le Hamas ou le Djihad islamique en Territoires palestiniens,

ou encore les Houthis, au Yémen.

Une zone d'influence treĢ€s active aux ordres de Téhéran.

Musique sombre

Pour le régime chinois,

ce sont les guerres de l'opium menées par les Britanniques

contre l'Empire de Chine au milieu du XIXe siècle

qui constituent la plus grande humiliation

et le symbole de la domination occidentale.

-Les crimes que l'Occident a commis

contre la Chine, on n'a même pas besoin d'en parler.

En 1840, on nous a infligé les guerres de l'opium.

Comment peut-on imaginer aujourd'hui qu'un pays européen

ait utilisé la force pour imposer la vente d'opium aĢ€ la Chine ?

-ApreĢ€s avoir mis les Chinois sous dépendance de l'opium,

des traités qualifiés d'inégaux

permettent aux flottes américaines, japonaises et européennes

de naviguer en plein coeur de la Chine sur le Yangtsé Kiang,

et de profiter des ports de commerce chinois.

-Il y a eu une colonisation à des comportements inacceptables

de la part de puissances occidentales dans l'histoire,

sans penser qu'il faille aujourd'hui encore

les mettre en exergue comme explication centrale

dans la manière dont ces pays fonctionnent.

Ce récit de l'humiliation,

il est très confortable intellectuellement

parce qu'il permet d'expliquer, puis de justifier

des comportements eux-mêmes agressifs.

Autrement dit, c'est pas de notre faute, on ne fait

que prendre notre revanche.

-Quand Mao prend le pouvoir en 1949,

il fixe au Parti communiste chinois l'objectif de sauvegarder

la révolution communiste et de rétablir l'unité du territoire :

mettre au pas le Tibet et le Xinjiang,

reprendre coûte que coûte le contrôle des territoires perdus

comme Hong Kong, resté sous protectorat britannique,

et l'iĢ‚le de Taïwan, qui a fait sécession

avec la Chine communiste.

Enfin, retrouver sa zone d'influence maritime

en mer de Chine du Sud.

Applaudissements

C'est cet héritage que porte Xi Jinping

depuis qu'il a pris le pouvoir, en 2012.

ApreĢ€s avoir soumis les Ouïghours,

et anéanti les démocrates de Hong Kong,

il s'arroge, au mépris du droit international,

une souveraineté historique sur la mer de Chine du Sud

et il prépare avec son armée le plan de récupération de Taïwan.

...

-Auparavant, nous étions faibles

et les pays occidentaux nous intimidaient,

mais maintenant que nous sommes devenus riches et puissants,

nous ne leur permettront pas de nous envahir.

Nous ne leur permettront pas de diviser notre pays,

comme avec Taïwan.

-Si pour l'Iran et la Chine,

les humiliations de la colonisation sont transmises

en héritage aux dirigeants actuels, comme leitmotiv anti-occidental,

pour le régime russe, l'humiliation est plus récente.

Elle est meĢ‚me vécue de l'intérieur par Vladimir Poutine lui-meĢ‚me,

alors en poste au KGB, en Allemagne de l'Est.

Il assiste en direct à la fin de la Guerre Froide

entre le régime communiste russe et le régime libéral américain

et aĢ€ l'effondrement du bloc soviétique.

Cris de joie

...

De 1989 aĢ€ 1991, sous l'impulsion des réformes démocratiques

menées par Gorbatchev,

les pays du "bloc communiste" sous influence soviétique,

comme l'Allemagne de l'Est, reprennent leur liberté.

L'URSS, l'Union des républiques soviétiques socialistes se dissout.

Quatorze républiques soviétiques comme l'Ukraine

proclament leur indépendance.

-Il faut vraiment le reconnaiĢ‚tre et je l'ai déjaĢ€ dit :

la chute de l'Union soviétique a été

la plus grande catastrophe géopolitique de ce sieĢ€cle.

-Poutine vit cela comme un choc identitaire.

Il ressent, il comprend que le peuple russe le vit

comme une profonde humiliation, une profonde frustration.

Il arrive donc au pouvoir en promettant

de restaurer la grandeur de la Russie et sa stabilité.

Il veut redonner aĢ€ la Russie son identité

de grande puissance militaire.

C'est pourquoi il entreprend toutes ces tâches

treĢ€s rapidement apreĢ€s l'année 2000.

-Mais à ce moment-là, Vladimir Poutine

hésite encore entre deux modeĢ€les,

à l'image de la Russie,

aĢ€ cheval entre le continent asiatique et le continent européen,

et tiraillé par ce dilemme éternel qui déchire les élites russes

depuis des siècles :

avec ou sans l'Occident ?

Un dilemme qui oppose depuis la fin du XIXe siècle

les "occidentalistes", qui veulent rendre la Russie plus forte

en se tournant vers l'Europe, et les "slavophiles",

qui prônent une confrontation civilisationnelle avec l'Occident,

accusé de propager capitalisme et décadence.

Avec la fin de l'empire des Tsars

et la révolution bolchevique de 1917,

les communistes posent les bases d'un modèle collectiviste

ouĢ€ l'Occident capitaliste est déjaĢ€ l'ennemi numéro un.

Un modèle que Staline va faire perdurer

après la Seconde Guerre mondiale, lorsqu'il se retrouve

grand vainqueur aux coĢ‚tés des États-Unis.

Les deux modèles vont alors s'affronter

pour la domination mondiale, à travers la Guerre Froide.

C'est cet héritage que porte Vladimir Poutine.

-Chaque néo-empire

a son histoire d'humiliation

qui se base souvent sur des faits réels,

mais qui est constamment exagérée, mythifiée,

instrumentalisée et parfois meĢ‚me réécrite

pour emmener les peuples concernés

vers la confrontation avec l'Occident.

Musique menaçante

-En instrumentalisant leur passé de la meĢ‚me façon

et contre l'hégémonie américaine, la Chine, la Russie et l'Iran

ont construit paralleĢ€lement une idéologie commune,

basée sur le nationalisme, la revanche et l'impérialisme.

Une idéologie qui va peu aĢ€ peu les rapprocher et pousser

la Russie et l'Iran aĢ€ opérer un grand tournant vers l'Est.

Direction la Chine.

Après la chute de l'URSS,

alors que l'ayatollah Khamenei vient d'arriver au pouvoir,

le régime chinois balaye les revendications démocratiques

avec le massacre des manifestants de la place Tiananmen.

Les régimes autoritaires sont terrorisés

par le vent de liberté qui souffle sur ce nouveau monde libéral

dominé par les États-Unis.

-On s'est soudainement retrouvé dans un monde

où il ne restait plus qu'une seule superpuissance :

les États-Unis.

Cette superpuissance est devenue le gendarme du monde.

Et cette superpuissance est devenue le seul pays capable

de défendre ses intéreĢ‚ts, de promouvoir ses valeurs.

D'ailleurs, ces valeurs étaient perçues

par beaucoup d'Occidentaux comme des valeurs

dont le reste du monde devait s'inspirer.

-Cette domination américaine sur le monde

est symbolisée en Europe par la présence de l'OTAN,

l'alliance de défense mutuelle signée en 1949

pour contrer l'expansion soviétique.

DeĢ€s 1996, le régime chinois

craint que le mouvement démocratique ne le contamine.

De son coĢ‚té, le régime russe craint l'élargissement de l'OTAN.

Ils enterrent tous deux leurs conflits passés

pour faire front commun contre l'influence occidentale

et lancent une contre-offensive baptisée "Groupe de Shanghai".

Dans l'indifférence occidentale la plus totale,

la Chine et la Russie posent les bases d'une coopération

dont personne ne peut alors imaginer les répercussions.

-Nous avons compris

qu'un nouveau centre du monde allait apparaître

et que devions nous organiser.

Le Groupe de Shanghai n'était pas anti-occidental, aĢ€ l'époque,

il était pro-oriental.

Nous avons lentement progressé

vers la création d'un systeĢ€me alternatif aĢ€ l'Occident.

Pas contre l'Occident au début, mais lorsqu'il a commencé aĢ€ mener

des politiques de plus en plus hostiles,

le Groupe de Shanghai s'est avéré eĢ‚tre, de facto, contre.

-Ces pays ont des difficultés économiques aĢ€ cause de l'Occident.

Ils ont des difficultés politiques aĢ€ cause de l'Occident.

Et donc, ils se définissent systématiquement

en opposition à l'Occident et à ses valeurs.

-Les États-Unis, au faiĢ‚te de leur puissance,

ne peuvent alors s'imaginer un alignement entre pays

hostiles aĢ€ leur hégémonie.

En juin 1997, le sénateur Joe Biden,

de retour d'un voyage à Moscou pour rassurer la Russie

sur l'élargissement de l'OTAN, balaye d'un revers de main

les risques d'un rapprochement de la Russie avec la Chine.

-Ils ne veulent pas entendre parler

de cette expansion de l'OTAN

et ils menacent :

"Si vous faites cela, on va devoir

se tourner vers la Chine".

Alors je n'ai pas pu m'empêcher

de leur dire :

"Vous savez quoi ? Bonne chance !

Et puis, si ça ne marche pas,

essayez donc avec l'Iran !"

Voilà ce que je leur ai dit,

et tout le monde le sait :

ce n'est pas une option !

-Cette idée d'un rapprochement entre la Chine, la Russie et l'Iran

est pourtant prise treĢ€s au sérieux

par le conseiller politique américain Zbigniew Brzeziński.

Il avertit le pouvoir américain deĢ€s 1997

de l'écueil géopolitique qu'il pourrait commettre.

-"Le pire des scénarios serait une grande coalition

de la Chine, la Russie et peut-être l'Iran,

unie par une détestation commune des États-Unis."

-En 2001, la Chine et la Russie

franchissent le pas et transforment le groupe informel de Shanghai

en une véritable organisation internationale :

l'Organisation de coopération de Shanghai,

un forum pour les pays du continent eurasiatique

qui n'adheĢ€rent pas aĢ€ la vision américaine du monde.

Vladimir Poutine, fraiĢ‚chement élu,

y adhère aussitôt.

De son coĢ‚té, l'Iran décide aussi de se tourner vers la Chine.

Khamenei propose à son homologue chinois

de constituer un axe anti-occidental avec la Russie

et tente d'entrer dans l'Organisation de Shanghai,

mais il est devenu infréquentable.

-Le fait que l'Iran développe un programme nucléaire

en fait un paria aux yeux de la communauté internationale.

En effet, pour les Occidentaux, c'était ce programme nucléaire

qui constituait le danger numéro un de la part de l'Iran.

-Pour un temps, un dialogue constructif paraît possible.

Les Américains et les Iraniens coopeĢ€rent sur le nucléaire.

Mais le poids du passé s'aveĢ€re trop lourd,

et avec les attentats du 11 septembre,

le président Georges Bush

désigne l'Iran comme membre de "l'axe du mal",

aux coĢ‚tés de la Corée du Nord et de l'Irak.

Les Américains font alors de l'Iran un pays "paria",

exclu du système international.

-C'est aĢ€ ce moment-laĢ€ que l'Iran s'est dit qu'il était temps

de se tourner vers d'autres partenaires,

par exemple, l'Asie centrale, la Russie, la Chine,

avec l'établissement de concepts stratégiques communs

et cette idée d'un triangle stratégique

entre l'Iran, la Russie et la Chine.

-La Russie et l'Iran regardent la Chine

comme le nouveau centre du monde.

Le régime communiste chinois engage une ascension surprenante,

à l'abri des regards.

-La Chine attendait son heure en dissimulant ses capacités.

Elle ne prenait aucune responsabilité

au niveau international,

mais elle montait en puissance et continuait aĢ€ se développer.

Et, pour y parvenir, elle a renforcé son économie

et développé les liens commerciaux avec l'Occident.

-AĢ€ cette époque, la croissance économique de la Chine

n'était pas considérée comme une menace par les États-Unis

ou l'Europe.

-Quelque chose d'extravagant s'est produit,

ils se sont mis à soutenir la Chine.

Nous avons observé cela avec stupéfaction.

Ils pensaient que la Chine, en devenant plus capitaliste,

deviendrait plus pro-occidentale,

plus démocratique, et donc, plus coopérative.

Nous avons regardé cela avec étonnement,

mais les Américains ont créé un rival puissant.

Nous avons vraiment été déçus

par la qualité intellectuelle de l'élite américaine.

-Il y a eu l'idée

que la Chine avait tellement à gagner de la mondialisation,

qu'elle ne voudrait rien perdre

en mettant en cause

ce que nous représentons, notre ordre mondial.

Et ce que les Américains ont découvert,

c'est que la Chine voulait être la première puissance du monde

et avait des ambitions

qui correspondaient aĢ€ son statut économique.

-De son coĢ‚té,

Vladimir Poutine assiste impuissant aux demandes d'adhésion

de l'Europe de l'Est aĢ€ l'Union européenne et aĢ€ l'OTAN.

En 2008, quand la Géorgie et l'Ukraine déposent

leur premieĢ€re demande d'adhésion, il durcit ses positions.

-L’apparition d'un bloc puissant aĢ€ nos frontieĢ€res

sera considérée en Russie

comme une menace directe pour notre sécurité.

-Un sommet entre l'OTAN et la Russie est organisé

en avril 2008, pour rassurer Vladimir Poutine

sur l'expansion de l'OTAN.

Musique traditionnelle russe

...

Mais quelques mois apreĢ€s, il envahit la Géorgie

et commence à menacer l'Ukraine.

Musique inquiétante

...

En 2012, Poutine vient de retrouver le pouvoir.

Xi Jinping prend la direction du Parti communiste chinois

et la présidence de la Chine.

C'est lors du 60e anniversaire de Poutine

qu'ils font connaissance.

Ensemble, ils vont faire de cette entente sino-russe

une véritable machine de guerre contre l'Occident.

-Lorsque Xi Jinping est arrivé au pouvoir,

nous ne savions pas grand-chose de lui.

Il s'est attelé aĢ€ rendre le Parti communiste opaque,

il a mis fin aux débats politiques en Chine

et il a réprimé brutalement les factions d'opposition,

sous couvert de lutte contre la corruption.

Poutine le voyait faire et il admirait la façon

dont Xi Jinping exerçait le pouvoir en Chine.

Ils admiraient en quelque sorte mutuellement la façon

dont ils géraient leurs probleĢ€mes intérieurs

et maintenaient leur système au pouvoir,

car c'est la plus grande priorité d'un régime autocratique.

Clics d'appareils photo

...

-Il existe un terme aux États-Unis appelé "bromance",

qui désigne une relation forte entre deux hommes.

Et ces deux hommes-laĢ€ vivent assurément une bromance.

Ce sont deux autocrates plutoĢ‚t isolés

qui estiment que le monde subit des changements sans précédent

depuis des siècles

et que c'est l'occasion

de remodeler l'ensemble du paysage géopolitique.

-Cette premieĢ€re rencontre amorce une connivence idéologique

qui ne cessera pas de s'intensifier au fil des ans.

-Les deux ont pour la démocratie la meĢ‚me répulsion.

La démocratie, c'est ce qui trouble les ordres publics intérieurs

et la démocratie, c'est ce que nous voulons imposer

nous-mêmes, les Occidentaux, au reste du monde.

-Vladimir Vladimirovitch Poutine avait d'excellentes relations

avec les précédents dirigeants chinois.

Elles étaient amicales.

Mais avec Xi Jinping,

je crois que les relations sont devenues encore plus fortes.

Ce sont de vrais "camarades".

Ils se comprennent, ils se font confiance,

Ils ont des vues identiques ou similaires sur l'avenir du monde.

Conversation indistincte

Ils rient.

-Ils se sont trouvés,

"trouvés" entre deux personnes, mais se trouver entre deux intéreĢ‚ts.

Et ils ont découvert aussi

qu'ils avaient la meĢ‚me volonté

de réorganiser le systeĢ€me international,

que ce n'était plus le temps des démocraties, de l'Occident,

aĢ€ déterminer l'avenir du monde.

C'était le temps des nouveaux empires,

si je puis dire, qui devaient apparaître.

-Mais en 2012, ce qui les préoccupe tous les deux,

c'est la guerre civile qui démarre en Syrie, au Moyen-Orient.

Slogans de protestation

...

AĢ€ la suite des printemps arabes, c'est au tour de la Syrie,

gouvernée par le dictateur Bachar al-Assad,

de voir son régime vaciller dangereusement.

Musique pesante

...

-L'une des plus grandes craintes de l'Iran, la Chine et la Russie,

c'est justement ces opérations de changement de régime

parce qu'ils ont vu des autocrates se faire destituer.

Si c'est arrivé aĢ€ eux, ça peut aussi leur arriver,

et c'est évidemment une de leur plus grande crainte.

-Ils se sont dits, si maintenant les pays, notamment,

les États-Unis et l'Europe se mettent aĢ€ vouloir

renverser toutes les dictatures,

où va-t-on ?

-Depuis le début des insurrections, les pays occidentaux

soutiennent les militants pro-démocratie

et anticipent déjaĢ€ leur victoire,

mais rien ne se déroule comme prévu.

Les Américains se désengagent malgré la ligne rouge franchie.

-Le régime de Bachar était extreĢ‚mement fragile

à ce moment-là,

ce qui l'a conduit à prendre des armes chimiques

et à les mettre sur une population civile.

-Alors que le régime syrien

réprime férocement sa population et fait des milliers de morts,

l'Iran mobilise les milices

de son axe de résistance et demande au régime russe

de l'aider militairement.

-La Russie avec l'Iran

ont pu intervenir directement.

L'Iran, par le Hezbollah et par des éléments militaires

sous drapeau syrien

au sol, et la Russie, directement,

par des bombardements incessants

qui ont détruit des villes entieĢ€res.

Donc voilà,

le sujet syrien, finalement, il est annonciateur

de cette forme d'alliance entre Iran, Russie et Chine.

-C'est le théaĢ‚tre de la premieĢ€re grande action conjointe

entre l'Iran et la Russie.

Le régime syrien aux abois

appelle aĢ€ l'aide ses deux grands alliés,

que sont l'Iran d'une part, la Russie, d'autre part.

Ces deux pays, sans doute en se parlant,

en se coordonnant un peu, mais séparément,

se sont accordés sur l'intéreĢ‚t qu'il y a pour eux

à sauver le soldat Bachar al-Assad

et aĢ€ éliminer toute opposition démocratique.

Donc on a quelque chose d'assez inédit qui est

une série d'actions, une guerre,

une série d'actions coordonnées

entre les forces pro-iraniennes au sol

et les forces russes dans les airs,

parfois de manieĢ€re séparée, parfois de manieĢ€re conjointe.

Musique grave

-La Russie et la Chine cherchent aĢ€ réduire l'influence

des États-Unis dans la région.

Ils mettent au point une stratégie d'obstruction coordonnée

au sein du Conseil de sécurité de l'ONU,

ouĢ€ ils ont chacun un pouvoir de véto décisif

sur les affaires mondiales.

-Toutes les résolutions qui avaient été présentées

au Conseil de sécurité ont vu le véto chinois et russe.

On pouvait s'interroger : pourquoi la Chine, treĢ€s attachée aĢ€ la paix,

treĢ€s attachée aux principes du droit international,

et qui le reste, au moins dans la formulation,

pourquoi va-t-elle mettre son véto, comme la Russie ?

-Onze fois de suite, ils reproduisent cette stratégie.

Il s'allient pour faire échouer

les résolutions du Conseil de sécurité

qui visent à condamner les actions de Bachar al-Assad.

-On retrouve cette volonté de la Russie et de la Chine

de plier les conventions internationales

aĢ€ leurs propres intéreĢ‚ts,

et c'est notamment le cas

de l'Organisation pour l'Interdiction des Armes Chimiques

où la Russie, la Chine, mais aussi l'Iran,

ont une position conjointe sur le sujet,

ouĢ€ il s'agit évidemment de ne pas du tout

conduire d'enquête sur l'utilisation d'armes chimiques.

-Face à un Occident impuissant, Bachar al-Assad

parvient aĢ€ se maintenir au pouvoir malgré ses crimes.

Un échec des Occidentaux duĢ‚ aĢ€ la formation

de cet alignement d'intéreĢ‚ts aussi inattendu qu'efficace.

En 2017, un coup de théaĢ‚tre va enraciner le rapprochement

du régime iranien avec les régimes russe et chinois.

-J'annonce aujourd'hui que les États-Unis se retirent

de l'accord sur le nucléaire iranien.

-MORT AĢ€ L'AMÉRIQUE !

-Pour Khamenei, qui s'était engagé aĢ€ participer aĢ€ des accords

d'encadrement de son programme nucléaire militaire,

c'est une humiliation supplémentaire.

*Acclamations d'un manifestant

*...

-Donald Trump a rapproché les trois dirigeants

et il a plus que jamais accéléré leur coopération.

-Derrière ce soutien tacite russe et chinois

sur le développement nucléaire iranien,

la prévision de Brzeziński s'est réalisée :

en une vingtaine d'années aĢ€ peine,

tous les pions sont posés, l'Iran, la Russie et la Chine

se sont rapprochés pour défier l'Occident.

Ils forment désormais un triangle stratégique et pragmatique

et organisent des entraînements militaires conjoints

de plus en plus fréquents.

-Ils s'entraiĢ‚nent sur des scénarios conçus pour refléter

ce qu'ils considèrent comme les principales menaces

auxquelles ils sont confrontés.

Et si ces trois pays, la Chine, la Russie et l'Iran

voient l'Occident comme un ennemi,

nous devons en être pleinement conscients

et nous devons comprendre ces systèmes.

Nous devons pouvoir connaître leur puissance militaire,

le potentiel de leurs services de renseignement

ainsi que les intentions de leurs dirigeants.

-DeĢ€s la fin des années 1990,

les trois puissances ont déjaĢ€ commencé

à unir leurs forces sur d'autres terrains,

à travers une guerre hybride contre l'Occident

qui va se jouer sur tous les fronts,

visibles et invisibles en même temps.

L'objectif :

semer le chaos dans les démocraties.

Persuadé que les États-Unis sont responsables

de l'effondrement de l'URSS, Vladimir Poutine

remobilise le redoutable arsenal des services secrets soviétiques,

comme les "mesures actives", des actions d'ingérence

créées par le KGB pour déstabiliser les démocraties de l'intérieur.

-C'est une guerre de l'information qui utilise la désinformation.

Il s'agit de cyberopérations :

attaquer et collecter des renseignements.

On a affaire aĢ€ différentes formes de guerre économique,

de corruption et de financements occultes.

Ainsi, lorsque Poutine entreprend de restaurer l'État russe,

il va en premier lieu renforcer ses services de renseignement

pour continuer à mettre en oeuvre des mesures actives.

-L'un des problèmes que l'on a pour comprendre

la rivalité qui émerge de plus en plus

entre d'un coĢ‚té, l'Occident, et, de l'autre coĢ‚té,

des régimes autoritaires, notamment la Russie et la Chine,

c'est notre tendance

à penser la question de la guerre de manière binaire.

Soit on est en guerre, soit on est en paix.

Or, si on veut comprendre la situation dans laquelle on est,

il faut casser cette dichotomie pour comprendre

qu'entre l'état de guerre et l'état de paix,

il y a tout un tas d'autres positions

ouĢ€ on ne sera pas véritablement en paix,

mais pas non plus complètement en guerre.

On ne va pas utiliser des chars, des missiles, des avions, etc.,

mais on va se faire la guerre par d'autres moyens.

Et cette guerre, c'est une guerre de l'ombre.

-Encore un sujet désagréable pour l'Amérique,

lié aĢ€ ses laboratoires biologiques.

-Le premier front sur lequel les trois pays convergent

est la guerre de l'information.

Les régimes russe, chinois puis iranien se dotent,

deĢ€s la fin des années 1990, de toutes les armes nécessaires

à cette nouvelle forme de guerre.

Des médias internationaux dans presque toutes les langues,

des équipes de cyberguerriers qui meĢ€nent au quotidien

le combat sur le territoire de l'ennemi, au coeur

des systèmes de l'information, et des robots informatiques,

des trolls et influenceurs en ligne qui relaient la propagande

sur les réseaux sociaux occidentaux.

-En matière de guerre,

aujourd'hui, l'information est le champ de bataille primordial.

C'est une guerre permanente entre la Chine et les États-Unis,

entre l'Iran et les États-Unis, entre la Russie et les États-Unis

et entre les trois pays de cet axe de la désinformation

et différents régimes démocratiques.

Mais une guerre, qui pour l'essentiel,

est en deçaĢ€ de notre perception,

qui, pour l'essentiel, est une guerre mondiale sans fumée.

-Pour la première fois,

les trois régimes s'alignent véritablement

sur une campagne de désinformation commune,

lors de l'épidémie du COVID,

déclarée en 2019 dans la ville de Wuhan, en Chine.

Musique de tension

...

-Depuis le commencement de la pandémie de COVID-19,

il y a eu une très forte convergence des narratifs.

Ils ont treĢ€s fortement contribué aĢ€ l'essor

de ce que l'OMS a appelé "l'infodémie", c'est-aĢ€-dire

une épidémie de désinformation

à propos de l'origine du virus.

Et il ne faut pas oublier que la désinformation tue.

-DeĢ€s le début de la pandémie, le régime russe

va propager de fausses informations sur l'origine du virus.

Des articles et des émissions affirment que le COVID-19

serait une arme biologique d'origine américaine,

développée par les États-Unis aĢ€ destination de ses ennemis.

-À quand remonte la dernière utilisation d'une arme biologique ?

-En 2019, quand toute cette histoire de COVID a commencé.

-Le COVID ? C'est une arme biologique ?

-Je crois que oui.

La théorie

exposée sur les plus grandes chaiĢ‚nes gouvernementales russes

se diffuse dans certains réseaux et s'étoffe progressivement.

Le 12 mars 2020, c'est le porte-parole

du ministeĢ€re des Affaires étrangeĢ€res chinois,

suivi par près de 2 millions de personnes

sur le réseau Twitter rebaptisé X,

qui reprend explicitement cette théorie du complot russe

sur les origines américaines du virus.

"C'est peut-eĢ‚tre l'armée américaine

qui a transporté l'épidémie aĢ€ Wuhan."

-C'est clair que les États-Unis ont des intentions sinistres

et malfaisantes.

Ce sont les États-Unis qui ont

le plus important laboratoire d'armes chimiques.

-On avait donc le porte-parole officiel chinois

qui partageait des sources russes,

et des sources russes qui faisaient des déclarations

en se basant sur les Chinois.

Et ce mécanisme s'est propagé dans leur écosysteĢ€me.

Du haut vers le bas.

-Pour crédibiliser cette fausse information,

les propagandistes russes et chinois

s'appuient sur une théorie du complot déjaĢ€ existante.

-Y a-t-il eu des fuites dans un laboratoire de biologie ?

-Apparemment, oui.

En juillet 2009, Fort Detrick dans le Maryland a été fermé,

en raison de menaces biologiques.

Il s'agit du plus grand centre biologique militaire américain

au monde.

-Le centre de recherche biomédicale Fort Detrick

est régulieĢ€rement accusé par les complotistes

de fabriquer des armes biologiques dans le plus grand secret.

-Le simple fait d'évoquer Fort Detrick

fait sens pour toute une communauté

et donne de la crédibilité au discours qui accuse

les Américains d'avoir fabriqué le virus du SARS-COV 2.

-Le KGB, dans les années 1980,

a diffusé des théories du complot liées aĢ€ la prétendue

origine américaine du SIDA. Le virus du SIDA aurait été conçu

en laboratoire, à Fort Detrick.

"Le SIDA est une arme bactériologique

du gouvernement américain contre les homosexuels et les noirs !"

-C'est ce que les gens croient.

Que les États-Unis ont inventé ce virus pour tuer les Africains,

pour éliminer les gens de couleur.

-C'est une évidence aujourd'hui, et nous, on parle meĢ‚me

de "russianisation" des opérations d'influence chinoise.

-Ce que l'on voit aujourd'hui depuis trois ans,

et qui marque un véritable tournant,

c'est le fait que la Chine s'inspire très clairement,

très directement et très ouvertement

de toutes les tactiques de propagande russe

qui ont fait jusqu'alors la démonstration de leur efficacité.

-La Russie et la Chine ont mis en place

un écosysteĢ€me mondial de désinformation.

Ils unissent leurs forces et ajoutent parfois d'autres acteurs,

tels que l'Iran, qui est censé mener ces opérations

pour un public international.

-Le 22 mars 2020,

seulement dix jours après le porte-parole chinois,

c'est au tour du guide supreĢ‚me de la République islamique d'Iran,

l'ayatollah Khamenei lui-même,

de relayer cette fausse information.

-Vous, les Américains, eĢ‚tes coupables,

car vous avez produit ce virus.

Une partie de ce virus a été produite en visant l'Iran,

en utilisant les codes génétiques des Iraniens.

-Un réseau iranien de désinformation

sur les réseaux sociaux

va alors s'employer à diffuser du contenu

accusant les États-Unis d'avoir fabriqué le COVID

et loue les attitudes de la Russie et de la Chine

pour leur rôle dans la lutte contre le virus.

-Et nous voyons apparaiĢ‚tre aĢ€ nouveau un ensemble de récits

qui incitent les gens aĢ€ mettre en doute la vérité,

la réalité dans laquelle ils vivent.

C'est ça, véritablement, la stratégie russe.

Il ne s'agit pas vraiment d'un récit unique et cohérent.

Il s'agit de cette approche goutte à goutte.

Et cela commence au fil du temps

aĢ€ saper la confiance dans les institutions démocratiques,

aĢ€ saper la confiance dans la réalité,

et dans l'idée-meĢ‚me de faits survenus.

-Ce qui est nouveau, c'est que la Chine

s'est progressivement alliée aĢ€ l'Iran et aĢ€ la Russie

pour contester l'hégémonie informationnelle américaine,

mais, plus largement, pour remettre en cause

l'hégémonie occidentale

sur l'information.

-Ce thème complotiste d'armes biologiques

créées par les Américains pour détruire leurs ennemis

apparaît de nouveau en 2022, lors de la guerre en Ukraine.

Musique à suspense

Des médias russes, chinois, puis iraniens

présentent les laboratoires de coopération

entre Ukrainiens et Américains

comme des sites de production d'armes biologiques.

...

-Comme vous le savez, le Pentagone a mis en place

des dizaines de laboratoires à nos frontières.

Leur taĢ‚che principale est de collecter du matériel biologique

et d'étudier, aĢ€ leurs propres fins, les spécificités de la propagation

des virus et des maladies dangereuses.

-La Russie s'est donc mise aĢ€ débiter ces histoires inventées

d'armes biologiques, et la Chine les a reprises encore et encore.

Les organes du gouvernement chinois,

ou les individus affiliés au gouvernement,

répeĢ€tent les mensonges russes, puis les russes répeĢ€tent

à leur tour ce que la Chine proclame,

de manière à montrer qu'il y a consensus.

C'est alors qu'on obtient une caisse de résonance diabolique

ouĢ€ se répercutent en écho

les mensonges créés par la Russie et la Chine.

-AĢ€ l'image de la guerre de l'information

initiée par le régime russe, la Russie, la Chine et l'Iran

meĢ€nent aujourd'hui ensemble ou séparément,

une guerre hybride totale contre les régimes démocratiques.

En 2023, la CIA et les services de renseignement

d'une dizaine de démocraties occidentales

placent ces trois régimes autoritaires

au sommet de la liste des menaces les plus inquiétantes.

Dans l'Union européenne, la SueĢ€de,

démocratie exemplaire, pacifique,

soucieuse des droits de l'homme, neutre depuis deux siècles,

est l'une des cibles privilégiées de ces trois pays.

-Ce que nous avons constaté,

c'est que ces pays coopeĢ€rent d'une manieĢ€re inédite,

que l'on ne connaissait pas il y a quelques années.

Et nous avons observé cela de treĢ€s preĢ€s.

C'est intéressant pour nous,

surtout lorsque la sécurité nationale est en jeu.

-Historiquement située dans la zone stratégique russe

du fait de sa position géographique,

la Suède est dans le collimateur de la Russie

depuis qu'elle s'est tournée vers l'Union européenne en 1995.

-La Suède constitue une cible pour la Russie

depuis des centaines d'années.

C'est en grande partie parce que la Suède

se trouve dans une région qui intéresse énormément la Russie

pour des raisons de sécurité intérieure.

Nous sommes dans la région de la mer Baltique et de l'Arctique.

Il y a des intéreĢ‚ts militaires dans cette région,

qui préoccupent énormément la Russie.

Mais il y a aussi une ambition de la Russie

d'eĢ‚tre puissante aĢ€ l'échelle régionale.

Elle veut imposer sa volonté aĢ€ l'Europe, donc aussi aĢ€ la SueĢ€de.

-Début 2023,

la Suède se retrouve plus que jamais dans le viseur russe

apreĢ€s sa demande d'intégration aĢ€ la force militaire de l'OTAN

pour protéger ses frontieĢ€res de la menace.

-Chers collègues, je tiens à vous informer

que la Russie n'a aucun probleĢ€me avec ces États.

Cependant, l'expansion des infrastructures militaires

sur ces territoires provoquera sans aucun doute

une réaction de notre part.

Le type de réponse que nous aurons

sera proportionnel aĢ€ la menace créée.

-Les représentants de leur gouvernement

ont dit à la Suède : "si la Suède rejoint l'OTAN,

vous serez une cible pour la Russie d'une manière ou d'une autre."

-AĢ€ une semaine d'un vote décisif de la Turquie,

dernier membre de l'OTAN aĢ€ barrer la route aĢ€ l'adhésion de la SueĢ€de,

un événement va bouleverser le cours des négociations.

-Bienvenue à vous aujourd'hui.

Je suis Rasmus Paludan, et nous allons procéder aĢ€...

Un militant d'extreĢ‚me droite suédois bruĢ‚le un Coran

devant l'ambassade-même de la Turquie à Stockholm.

Il est filmé par un journaliste

affilié au réseau pro-russe qui aurait financé l'opération.

-Dans cette affaire suédoise, on est en présence

de ce que les Russes appellent une "mesure active".

C'est-aĢ€-dire qu'il s'agit d'amplifier un phénomeĢ€ne,

ici, d'amplifier la perception d'actes

contre les musulmans, en organisant une mise en scène

d'un Coran bruĢ‚lé par un Suédois devant l'ambassade de Turquie,

dans un contexte qui est celui de négociations treĢ€s serrées

entre la Turquie et la Suède à propos

de l'intégration de la SueĢ€de dans l'OTAN.

-Le coup de téléphone qui l'a fait venir

provenait d'un reporter d'un de ces médias alternatifs

qui travaillait pour le groupe le plus ouvertement pro-russe.

C'est typiquement ce genre de réseau que l'on dit affilié

aux services de renseignements extérieurs russes.

-DeĢ€s le lendemain de ce pseudo-événement médiatique,

la Turquie a annoncé momentanément

ne plus soutenir l'adhésion de la SueĢ€de aĢ€ l'OTAN.

Protestations

...

-Ces actions de déstabilisation se propagent dans le monde entier

via les médias russes, chinois, iraniens,

qui diffusent les images provocatrices dans les pays arabes.

-Ce que l'on sait de source sûre,

c'est que la Russie alimente la désinformation

dans les pays arabes sur ce Coran bruĢ‚lé,

et met en avant ces éléments pour provoquer des réactions fortes

de la part du monde arabe.

-Ces affaires, ces actions se sont répandues

comme une traiĢ‚née de poudre aĢ€ l'échelle internationale

et de manière plutôt agressive.

Et nous savons pertinemment que la Russie et l'Iran

ont tout intéreĢ‚t aĢ€ faire passer la SueĢ€de

pour un pays opposé aĢ€ l'Islam.

-C'est l'une des questions les plus complexes

que nous ayons à traiter à ce sujet.

Bien suĢ‚r, la Russie est impliquée.

Bien suĢ‚r, l'Iran est impliqué.

Mais par procuration.

Par procuration, c'est la stratégie des Russes.

Ils s'efforcent donc de déstabiliser,

de répandre la désinformation

pour s'assurer que la SueĢ€de soit attaquée

et retarder notre demande d'adhésion aĢ€ l'OTAN.

-Il s'agit de donner à voir

le spectacle de démocraties

fragilisées par des dissensions,

quelle que soit la nature de ces dissensions.

Fragilisées par des mouvements sociaux,

fragilisées par la violence, par des actes terroristes,

fragilisées par la destruction lente

et patiente de toute forme de cohésion,

toute forme de confiance envers les institutions.

Parce que tout ce qui fragilise les démocraties

renforce en retour les régimes autoritaires.

La guerre de l'information, c'est une guerre à mort

entre les régimes démocratiques et les régimes autoritaires.

Une guerre dont les régimes autoritaires

sont persuadés aujourd'hui de pouvoir sortir vainqueurs.

-Les conséquences de ces "mesures actives"

russes ne se feront pas attendre.

ApreĢ€s la division semée en SueĢ€de entre les différentes communautés,

un attentat islamiste frappe deux supporters suédois

venus à Bruxelles pour un match de foot.

Et ce n'est qu'après de longs mois de blocage

que la Turquie revient finalement sur son véto,

fin 2023, suite aĢ€ des tractations avec les Américains

pour acquérir des avions de chasse.

Pour s'assurer de la bonne diffusion de leur propagande

sur leur population, les États autoritaires

développent et partagent des technologies sécuritaires

de plus en plus sophistiquées.

Et le maître en la matière,

qui inspire les autres régimes autoritaires,

cette fois, c'est le régime chinois.

-La Chine dispose de moyens

industriels, technologiques, financiers,

que n'ont pas la Russie et l'Iran.

La Chine, de ce point de vue-là,

est pourvoyeuse de technologies, de savoir-faire,

d'ingénieurs, d'infrastructures.

Donc, il y a une forme d'avance technologique chinoise

dont ses alliés entendent tirer bénéfice.

-En juillet 2017, une délégation de fonctionnaires

de l'Agence de censure et de propagande russe

rend visite à ses homologues chinois.

Des fuites inédites montrent l'intéreĢ‚t de la Russie

pour le système chinois de contrôle d'Internet

et l'amorce d'une coopération entre les deux régimes.

-GraĢ‚ce aĢ€ notre expérience, nous avons mis au point

un système de contrôle de l'information très efficace.

Seulement 0,18 % des informations étrangeĢ€res interdites chez nous

échappent aĢ€ nos blocages.

-Il serait treĢ€s intéressant pour nous de venir en Chine

et de voir comment le bouclier d'or chinois

fonctionne dans la pratique,

parce que plus de 95 % des informations interdites

dans la Fédération de Russie proviennent de l'étranger.

-Avec la numérisation des données personnelles,

la surveillance des réseaux sociaux

et les caméras dotées d'intelligence artificielle,

le régime chinois développe une véritable boiĢ‚te aĢ€ outils

de censure et de répression qu'il exporte aĢ€ ses partenaires

dans le cadre d'accords commerciaux.

-En quoi consiste réellement cette boiĢ‚te aĢ€ outils

de répression numérique ? Ce que nous savons,

c'est qu'il s'agit essentiellement

d'un ensemble d'outils de surveillance.

Ils permettent d'identifier rapidement

des individus susceptibles de poser problème.

Et cette sorte de boîte à outils

d'autoritarisme numérique, pourrait-on dire,

les Chinois sont en mesure de la fournir.

Et la Chine commence à l'exporter

non seulement vers la Russie, mais aussi vers d'autres pays.

-Le régime russe a lancé début 2023 son propre systeĢ€me

de surveillance et de controĢ‚le, nommé "Oculus",

inspiré du systeĢ€me chinois.

Depuis peu, le régime iranien

peut aussi compter sur l'appui technologique

d'une entreprise chinoise, nommée Tiandy.

-Tiandy est l'entreprise la plus dangereuse au monde

et personne ne la connaît.

Tiandy utilise des caméras dotées d'une intelligence artificielle

qui peut détecter l'ethnie et la race.

Elle produit des appareils comme la "chaise du tigre"

qui sont utilisés pour des interrogatoires,

pas seulement en Chine, mais aussi dans le monde entier.

Les Chinois ont vendu des produits Tiandy en Iran,

aux Gardes de la révolution,

aux services de renseignement et à la police iranienne.

Ils ont ensuite été déployés dans tout le pays,

contre les mouvements de protestation

qui ont déstabilisé le régime au cours des deux dernieĢ€res années,

y compris contre le mouvement des femmes.

-Les personnes qui enlèveront leur voile

dans les lieux publics

seront identifiées aĢ€ l'aide d'équipements intelligents.

Elles recevront d'abord un avertissement,

puis seront ensuite présentées aux tribunaux.

-Un plan de coopération Chine-Iran

prévoit l'installation de 15 millions de caméras

dans 28 villes iraniennes.

Les données seraient transférées vers deux centres de controĢ‚le :

l'un aĢ€ Téhéran, l'autre en Chine.

-Et c'est ainsi que ce type de technologie

est devenu une proposition commerciale pour la Chine.

Ils s'entraident et les Chinois en profitent pour promouvoir

ces technologies répressives aupreĢ€s de leurs partenaires

afin de renforcer ces autocraties et d'affaiblir les démocraties.

Musique intrigante

-Cette nouvelle coalition contre les démocraties

parvient meĢ‚me aĢ€ déstabiliser

les plus hautes institutions internationales.

À Genève, en Suisse,

le Conseil des droits de l'homme de l'ONU

est devenu leur cible privilégiée.

-Les Nations Unies ont été fondées pour protéger la souveraineté

de chaque État.

Le régime qui utilise ce pouvoir pour violer les droits

de son propre peuple viole les valeurs des Nations Unies.

-Avec le temps, l'Iran comme la Chine

ont réussi aĢ€ s'imposer

dans cette institution qui pourtant les condamnait régulieĢ€rement.

-Il y a une dizaine d'années, on disait, OK, treĢ€s bien,

la Chine investit dans les organisations multilatérales

à l'ONU et ailleurs, mais elle n'arrivera pas,

elle n'y arrivera pas aĢ€ fédérer les oppositions,

parce que c'est trop gros,

parce qu'on a des gros sabots,

parce que tout le monde est bien conscient

des violations des droits de l'homme sur le territoire chinois.

Mais en fait, aujourd'hui, elle y arrive.

Musique pesante

...

-En septembre 2022,

alors que 25 pays du Conseil des droits de l'homme

réclament une commission d'enqueĢ‚te sur les persécutions

de la minorité musulmane ouïghour,

la délégation chinoise réussit aĢ€ retourner la situation.

Les Chinois parviennent à convaincre

11 pays de s'abstenir,

19 à voter contre la commission d'enquête,

en s'appuyant sur une lettre de soutien.

Le texte est signé par 50 ambassadeurs aĢ€ l'ONU

dont les délégations russe, iranienne,

mais aussi leurs partenaires, comme la Syrie,

la Corée du Nord, le Venezuela.

"Nous saluons l'exploit de la Chine sur les droits de l'homme."

-Quand on regarde la liste des membres,

on se rend compte qu'environ deux tiers d'entre eux

sont soit des dictatures à part entière,

soit d'autres formes de non-démocratie.

-On pourrait justement voir

une certaine solidarité entre des régimes autoritaires,

c'est-à-dire que là où la violation des droits de l'homme

pose probleĢ€me aux démocraties, en tant que tel,

ce n'est pas un problème pour beaucoup de pays.

-C'est le niveau le plus bas jamais atteint

dans l'histoire du Conseil des droits de l'homme,

c'est-à-dire depuis 1946.

-Ce coup de théaĢ‚tre va révéler les stratégies du régime chinois

pour influencer le Conseil des droits de l'homme,

comme l'organisation de cette exposition

sur le bien-eĢ‚tre des Ouïghours au sein-meĢ‚me de l'ONU...

-Je passe maintenant la parole à l'Organisation chinoise

pour l'étude des droits de l'homme.

...ou la création de fausses ONG

pour monopoliser le temps de parole.

-La Chine, par exemple,

va favoriser la prise de parole d'ONG

qui sont en fait ce qu'on appelle des GONGOs,

qui sont des fausses ONG controĢ‚lées par le pouvoir chinois.

Ce sont des organismes d'État, quasiment,

et qui, elles,

prétendent faire du travail en faveur des droits de l'homme,

mais vont insister sur des sujets

qui sont sans conséquence pour la Chine.

Par exemple, la sortie de la pauvreté.

-Elles parasitent l'opportunité énorme que les ONG,

les vraies ONG, peuvent avoir.

La Chine, l'Iran et d'autres régimes

déploient des GONGOs pour empoisonner le systeĢ€me.

-Merci.

-La stratégie de la Chine

au Conseil des droits de l'homme est double.

C'est aĢ€ la fois une stratégie de coalition,

fédérer autour d'elle un nombre maximum de pays

en mesure de soutenir cette position sur les questions sensibles,

et en même temps,

redéfinir au maximum les termes qui lui posent probleĢ€mes.

-La solution chinoise, c'est construire une communauté

de destins partagés pour l'humanité

et accomplir un développement commun et gagnant-gagnant.

-La Chine a promu sa propre définition des droits de l'homme

en indiquant que le premier droit

serait le droit aĢ€ la prospérité et donc, les libertés individuelles

ne seraient pas, finalement, des droits prioritaires.

-Chaque pays doit avoir

sa propre définition des droits de l'homme.

On ne peut pas tous avoir la meĢ‚me définition.

Nous n'avons pas tous les mêmes valeurs,

elle dépendent des étapes de développement du pays,

des traditions, de l'Histoire.

Il existe des particularismes et non pas un universalisme.

-Chaque nation doit choisir le mode de gouvernance

qu'elle juge le plus efficace.

Pour moi, la démocratie est la pire façon de gouverner qui soit.

Nous développons un nouveau concept des droits de l'homme

qui sera bien suĢ‚r plus conforme aux véritables besoins de l'homme

et aĢ€ une nouvelle façon de concevoir l'humanité.

-Quelque part, ce que la Chine essaie d'introduire,

c'est la fin de l'universalisme.

C'est-à-dire que selon elle, il n'y a pas

de conception universaliste du droit.

Le droit occidental ne peut pas

s'appliquer tel quel à la population chinoise,

qui a une autre histoire, une autre trajectoire,

une autre culture.

Il faut un droit qui soit conforme aĢ€ cet héritage.

-Fin 2023,

alors que l'Iran préside le forum social

du Conseil des droits de l'homme,

la Chine a réussi aĢ€ prendre la présidence de quatre

des 15 agences des Nations Unies.

-Ils ont élaboré un plan.

Ils se sont dit qu'ils allaient devoir travailler ensemble

et faire appel à une coalition de pays

beaucoup plus large, dans le monde entier.

-Des changements géopolitiques

sont aujourd'hui à l'oeuvre dans le monde,

des changements qu'on n'a pas connus depuis 100 ans.

Et quand nous travaillons ensemble,

nous prenons la tête de ces changements.

-Je suis d'accord. -Prenez soin de vous, cher ami.

-En plus de créer le chaos dans les pays démocratiques

et de neutraliser les valeurs universelles des droits de l'homme,

ce nouvel axe de pays autoritaires mené par la Chine

est en train d'organiser un véritable monde paralleĢ€le,

alternatif au monde occidental.

Pour restructurer le monde à leur avantage

et engager ces changements historiques,

la Chine et la Russie veulent rassembler derrière eux

une coalition bien plus vaste,

afin d'isoler l'Occident.

Musique grave

Fin août 2023, c'est lors du sommet des BRICS de Johannesburg

qu'ils vont concrétiser la premieĢ€re étape de leur plan.

-Le monde d'aujourd'hui est en pleine restructuration.

-C'est sur ce groupe des BRICS qu'ils misent avant tout,

ce club de nouvelles puissances économiques

créé aĢ€ la fin des années 2000 par la Chine et la Russie

pour contrer la domination des États-Unis sur le monde,

avec le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud.

-Ils ont commencé aĢ€ tester et aĢ€ examiner

d'autres structures mondiales en se demandant :

"Pouvons-nous constituer une puissance assez forte ?

Y a-t-il suffisamment de pays

comme nous qui haïssent les États-Unis,

qui détestent l'ordre mondial libéral

et qui seraient prêts à unir leurs forces aux nôtres ?"

-Mais ce sommet va eĢ‚tre le théaĢ‚tre d'un événement majeur.

AĢ€ la suite de tractations entre la Chine et la Russie d'un coĢ‚té,

le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud de l'autre,

les BRICS annoncent l'intégration de cinq nouveaux pays émergents.

La Chine et la Russie ont obtenu

l'intégration de la République islamique d'Iran,

depuis si longtemps isolée.

-Il est certain que les avantages de l'adhésion de l'Iran aux BRICS

entreront dans l'histoire.

Cela signifiera un nouveau chapitre et une nouvelle étape

vers la justice, l'équité, la moralité

et une paix durable sur la scène internationale.

-Pour le régime iranien,

c'est une victoire historique qui valide sa politique

de rapprochement avec la Chine et la Russie.

-Ils pensent que l'économie de l'Iran

a un niveau suffisamment élevé

pour faire partie de cette organisation.

La Chine, la Russie, l'Inde,

l'Afrique du Sud et le Brésil

se considèrent comme des pays à l'avant-garde

de la future économie mondiale

et ils veulent avoir l'Iran aĢ€ leurs coĢ‚tés.

-Plus vous nous mettez des bâtons dans les roues,

plus nous nous rapprochons entre nous,

et plus nous devenons dangereux pour vous.

-Et l'idée d'élargir les BRICS,

que les Chinois ont soutenu de manière agressive,

vise simplement à montrer au reste du monde

qu'il existe une demande pour ce que les BRICS offrent.

C'est une victoire diplomatique majeure pour les Chinois.

-Pour la Chine,

cette nouvelle coalition est surtout l'occasion

de créer enfin un monde économique alternatif,

indépendant de l'Occident.

Car avec les nouvelles adhésions,

les BRICS représentent désormais

presque la moitié de la population mondiale

et un tiers de ses richesses.

Sans compter les nouvelles candidatures d'adhésion.

Les BRICS doivent avant tout devenir le lieu privilégié

pour lutter contre l'un des piliers les plus importants

de la puissance américaine : le dollar.

La dédollarisation du monde

est le thème central de ce sommet BRICS 2023.

-La République islamique d'Iran soutient fermement

les efforts des BRICS visant aĢ€ dédollariser

les relations économiques entre ses membres,

aĢ€ utiliser les monnaies nationales et renforcer ses propres mécanismes

de règlements financiers.

-L'objectif des BRICS est de remplacer à terme

le dollar par leurs propres monnaies.

-En fait, les transactions

internationales aujourd'hui pour faire du commerce

sont treĢ€s, treĢ€s majoritairement libellées en dollars et en euros.

Cela donne beaucoup de poids et de puissance

aux sanctions américaines, puisque les sanctions américaines

vont s'appliquer deĢ€s qu'on utilise le dollar américain.

-Le plan est qu'à long terme,

des pays comme l'Iran la Russie et la Chine

vont éroder la capacité des États-Unis

à utiliser les sanctions comme outil politique

au niveau international.

Parce qu'ils vont créer des mécanismes alternatifs

pour contourner les sanctions américaines

et pour contourner la domination du dollar,

ce qui rendra plus difficile pour les États-Unis

l'utilisation de leur système de sanction.

Musique sombre

-Pour la première fois depuis la fin

de la Seconde Guerre mondiale,

des économies suffisamment puissantes

semblent donc en mesure de créer un espace commercial,

économique et financier, aĢ€ l'abri de la puissance du dollar.

Pour la Chine, l'enjeu est de taille,

car cet espace alternatif l'immuniserait contre les sanctions

occidentales dans le cas d'une annexion de l'iĢ‚le de Taïwan.

-Évidemment, en ligne de mire, il y a

le caracteĢ€re agressif des positions de la Chine vis-aĢ€-vis de Taïwan.

Il n'est pas aĢ€ exclure que la Chine cherche aĢ€ envahir Taïwan

peut-eĢ‚tre en 2030, autour de ces années-laĢ€ en tout cas,

quand la Chine deviendra probablement

la premieĢ€re puissance économique mondiale.

Mais la Chine souhaiterait d'ici là

avoir des mécanismes financiers alternatifs

pour que ces sanctions soient inefficaces.

-En créant un monde paralleĢ€le aĢ€ l'abri des sanctions

et en forgeant des coalitions toujours plus vastes,

l'objectif pour la Chine, la Russie et l'Iran

est de pouvoir enfin mener à bien leurs ambitions respectives

sans se soucier des conséquences éventuelles.

-De plus en plus de pays soutiendront alors la réunification

de la Chine. Pourquoi ?

Car la Chine deviendra de plus en plus forte.

La réunification nationale est une tendance mondiale.

Les guerres et les catastrophes mondiales et régionales

ne correspondent ni aĢ€ la tendance de l'époque,

ni aux intéreĢ‚ts de l'humanité.

Elles sont impopulaires.

-Si la Chine espère un jour être à l'abri

des sanctions internationales pour intégrer l'iĢ‚le de Taïwan,

l'Iran se présente plus que jamais

comme le plus grand opposant des Américains au Moyen-Orient.

Protestations

Il avance aujourd'hui ses pions,

bénéficiant du chaos provoqué par l'attaque terroriste

du 7 octobre et les représailles sanglantes d'Israël.

-Ces oppressions répétées et cumulées

ont abouti à un soulèvement de la population de Gaza

et de l'axe de résistance, qui ont donné un coup décisif

au régime israélien le 7 octobre dernier.

-Il n'y a absolument aucune surprise dans l'attitude iranienne.

Téhéran soutient le Hamas,

continue aĢ€ soutenir le Hezbollah, se félicite de ce qui s'est passé,

se pose en champion de la cause palestinienne,

mais évite de mettre immédiatement ses forces dans la bataille.

Et tout en encourageant sans doute le Hezbollah

ou les Houthis et le Hamas à en faire toujours plus.

-Les milices soutenues par l'Iran,

comme le Hezbollah au Liban ou les Houthis au Yémen

menacent de provoquer une escalade,

qui risque de déstabiliser encore davantage les Occidentaux.

-Une évolution importante est en train de se dérouler

dans la région.

Les groupes de l'axe de résistance

y sont devenus des acteurs plus importants

et l'architecture future de la région

devra tenir compte de la place de ces groupes.

-D'une certaine manieĢ€re, les trois pays concernés

bénéficient d'une sorte d'effet d'aubaine,

bénéficient de ces attentats :

l'Iran, puisqu'il se met au centre du jeu proche-oriental.

La Russie, parce qu'elle se pose

comme défenseur des peuples opprimés, comme la Chine d'ailleurs.

Et que Pékin et Moscou

voient avec une grande satisfaction

les observateurs internationaux se détourner de l'Ukraine

ou de Taïwan pour se focaliser sur le Proche-Orient.

Donc, chacun à leur manière,

La Russie, la Chine et l'Iran

bénéficient politiquement du 7 octobre.

-Dans ce monde ouĢ€ l'Occident n'est plus le leader incontesté,

le régime iranien, comme ses partenaires russe et chinois,

semblent plus libres que jamais d'atteindre leurs objectifs.

-C'est-à-dire qu'on aurait

a priori des petits systeĢ€mes régionaux

qui interagiraient les uns avec les autres,

et puis, aĢ€ la teĢ‚te de ces systeĢ€mes régionaux,

la puissance qui se pense eĢ‚tre la plus légitime

pour régner, en quelque sorte, dans la zone.

Typiquement, au Moyen-Orient, un systeĢ€me dirigé par l'Iran,

en Eurasie, un systeĢ€me dirigé par la Russie

et puis, en Asie du Sud, un systeĢ€me dirigé par la Chine.

-Dans ce monde fragmenté,

l'Europe se retrouve frontalement confrontée

aĢ€ la question de son indépendance stratégique.

-Puisqu'on a un bloc mené par les États-Unis,

un bloc mené par la Chine, un bloc des économies

en voie de développement, toute la question

est de savoir si l'Union européenne

peut émerger en tant que quatrieĢ€me bloc autonome,

ou si l'Union européenne

devra se ranger quelque part derrieĢ€re les États-Unis.

-L'Union européenne est aujourd'hui courtisée par la Chine,

qui a entrepris de la faire sortir du bloc occidental.

-La Chine est treĢ€s désireuse de consolider son amitié

avec l'Europe, d'accroiĢ‚tre les échanges commerciaux

et de renforcer la compréhension mutuelle.

Suivre les États-Unis vous meĢ€nera aĢ€ la ruine.

-Les coalitions peuvent donc être flexibles.

Demain, elles pourraient également inclure

de nombreux autres États d'Europe et d'ailleurs.

-La plupart des pays du monde

ont une attitude neutre ou neutre-positive aĢ€ notre égard.

Seule une minorité de pays de moins en moins nombreux,

sans avenir et de plus en plus faibles,

se battent contre nous.

C'est l'ancien Occident.

Il finira lui aussi par se diviser.

Et de nombreux pays occidentaux et meĢ‚me européens,

rejoindront la grande Eurasie.

-Cette nouvelle ère, instable par essence

et aĢ€ durée indéterminée,

pousse chaque puissance à revoir ses positions.

Musique grave

Les forces de l'OTAN

organisent depuis 2023 les exercices militaires

les plus importants depuis la fin de la Guerre Froide,

mobilisant 90 000 soldats issus des 31 pays alliés.

-Je ne dis pas que tout ira mal demain,

mais nous devons réaliser que la paix n'est pas un acquis.

Et c'est pourquoi nous avons planifié ces exercices.

-Nous pensions que la paix était aĢ€ portée de main.

Et pourtant, tout le monde n'a pas reçu le message.

En réalité, nos adversaires se remobilisaient.

-Beaucoup l'ont dit avant moi,

mais permettez-moi de le répéter avec la force de la fonction,

de manieĢ€re moins voilée et avec une clarté sans fard :

il pourrait y avoir une guerre en Suède.

Que ferez-vous si la guerre éclate ?

-Alors que le soutien des États-Unis aĢ€ l'OTAN

pourrait connaître des soubresauts

et que l'Europe pourrait se retrouver

seule à soutenir l'Ukraine contre la Russie,

l'Union européenne est plus que jamais confrontée

à son destin de puissance militaire.

-Si Poutine devait gagner cette guerre,

parce que nous, Européens et Américains,

ne soutenons plus l'Ukraine,

ce serait un très mauvais signal pour les autres dictatures

et régimes autocratiques dans le monde.

Il suffirait de brutalité et de temps pour opprimer son voisin.

Ce serait un message totalement catastrophique à envoyer.

-Pour l'Europe, c'est la grande question.

Jusqu'où on peut s'organiser

pour montrer que ce n'est pas simplement

un grand marché, une monnaie, mais un continent,

qui sait se défendre et qui sait se faire respecter ?

Et puis, la deuxieĢ€me façon, c'est tout simplement

de nous réinvestir dans nos démocraties,

de nous réengager, de nous remettre

à formuler des valeurs

qui peuvent être universelles.

-Pour les régimes qui défient aujourd'hui l'Occident,

toute la question est de savoir s'ils parviendront

aĢ€ surmonter leurs propres fragilités

et à contrôler des populations qui ne cessent d'exprimer

leur désir de liberté et croient en la victoire de la démocratie.

Musique inspirante

...

"J'ai fait tout ce que je pouvais

contre la guerre."

"Xi Jinping, démissionne !"

...

SOUS-TITRAGE : AMBERSCRIPT

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