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-Moi, j'ai ma guinguette Tout au bord de l'eau
OĂą le ciel en goguette Fait toujours le beau
Moi, j'ai ma guinguette Mon Petit Trianon
Mon Westminster Mon Parthénon
De janvier jusqu'à fin décembre
Il y a du soleil d'un premier mai
Du bonheur, il y en a MĂŞme Ă revendre
Et de la joie Comme s'il en pleuvait
C'est une guinguette Comme il n'y en a pas deux
Sur toute la planète On ne trouverait pas mieux
Moi, j'ai ma guinguette Mon petit Tahiti
Avec un bail au paradis
C'est une guinguette Comme il n'y en a pas deux
Sur toute la planète On ne trouverait pas mieux
Moi, j'ai ma guinguette Mon petit Tahiti
Avec un bail au paradis
-Tenez. Gardez tout. -Merci.
-Pardon.
-Qu'est-ce que tu trimballes !
Tu veux un coup de main ? -Ouvre-moi seulement la porte.
Merci, t'es gentille.
-HĂ© lĂ , c'est fini, la grande musique, oui ?
Ma parole, t'as dévalisé les magasins ?
-Je ne passerais pas mes vacances au Bazar de l'HĂ´tel de Ville.
Une chaleur, une foule…
Comme si on refusait du monde au Sahara.
File-moi un quart Vichy, j'ai une soif.…
-Et je t'entasse. C'est pas un dépotoir, ici.
-Jusqu'à demain, tu peux bien faire ça pour moi.
Je l'aurai pas volée, ma guinguette !
Quel tintouin.
-On peut pas dire le contraire, t'es une méritante.
Si, si. Une méritante.
-Julie n'a pas téléphoné ? -Non.
-Depuis qu'elle a quitté le métier, on la voit plus.
-C'est plutôt le métier qui l'a quittée.
Ă€ propos, M. Jean t'attend au 5.
-Le pauvre vieux, je l'avais oublié. -Il poireaute depuis 45 min.
-On pourra dire que jusqu'au dernier jour…
Ça, c'est du client.
-Pour la succession, pense à moi, si par hasard j'étais son genre.
-Pourquoi pas ?
Excuse-moi. Il y a longtemps que t'es lĂ ?
-Aucune importance.
-Je me suis fait un mauvais sang. -Fallait pas.
-Pour mes achats. -Ah bon ?
-Pour installer une guinguette, la tĂŞte Ă tout, il faut avoir.
Si, si. Faut avoir la tĂŞte Ă tout.
-Mourir, belle marquise, d'amour vos beaux yeux me font.
-Qu'est-ce que tu dis ? -Rien. Je t'adore.
-J'aurais jamais cru qu'il fallait acheter autant de choses.
Une bassine à friture, un jeu de boules…
Je te le dis, c'est fou.
-Et un tire-bouchon.
-Quoi ? -Et un tire-bouchon.
-Heureusement que t'es là . Je l'avais oublié, celui-là .
Eh ben, je l'ai échappé belle.
De quoi j'aurais eu l'air,
au dernier moment, sans tire-bouchon ?
Au fond,
j'ai jamais été une femme d'intérieur.
Penser Ă la salle Ă manger
quand on a vécu dans une chambre à coucher…
Mets-toi Ă ton aise.
Et moi qui t'ai pas remercié.
Je t'ai pas remercié pour ta verrerie.
-On te l'a livrée ?
-Tu t'es pas fichu de moi.
C'est de la verrerie,
de la vraie, de la qui se casse.
-Je la fabrique. -C'est pas une raison.
J'ai connu un architecte, l m'a pas offert un immeuble.
Dire que j'ai fini par l'avoir, ma guinguette.
Maintenant, adieu les galipettes.
-Parle pas de malheur.
-C'est drĂ´le.
Tu as été mon 1er client,
j'ai voulu que tu sois mon dernier.
-Cinq ans déjà , hein ? J'avais encore tous mes cheveux.
-Et moi, toutes mes illusions.
À force d'en vendre, j'ai épuisé le stock.
-Toi ? T'es une candide. -"Une candide" ? Ça me ferait mal.
-Une herbe folle.
Une fleur bleue. -J'ai les yeux marron.
-Je te dis que t'es une petite carte postale.
-Pas oblitérée.
-Une guinguette. T'es une guinguette.
-LĂ , je discute pas.
À l'école, on m'appelait déjà Guinguette.
Marquée, j'étais. Alors forcément.
-Fais-moi signe, Ă l'inauguration de ta guinguette.
J'y serai avec ma femme.
-Et maintenant, on trinque.
Et que ça saute.
Gélinotte ! Tartine ! Mauviette !
Fais pas cette tĂŞte-lĂ . Je suis pas morte.
On se retrouvera.
Mais puisque je te le dis.
-Elle reviendra bien de temps en temps.
-Bien sûr. Quand j'aurai le mal du pays.
Ă€ toi, Anita. La Cerise.
-Et moi ? J'existe, non ? -Oh, pardon.
-Allez, Ă ta guinguette.
Tu nous as cassé les pieds, avec elle !
-Quand j'aurai de l'argent, j'achèterai une épicerie à Bagneux.
-Pourquoi pas Ă Nanterre ?
-Parce que Bagneux, c'est sur la route de Toulouse.
-Marcelle, on t'attendait. Tu prends quoi ?
-Donne-moi une fine à l'eau. Excuse-moi, j'ai été retenue.
C'est les adieux ?
-Pas les adieux. Vous viendrez Ă l'inauguration.
-Silence ! Silence, les souris.
À toi, Mauviette. On t'écoute.
-Je sais pas comment commencer, moi.
-Commence pas, continue.
-Bon. Alors, voilĂ .
On s'est cotisés, nous et Albert, vu les circonstances,
pour t'offrir un petit souvenir.
-Une couronne "Regrets éternels".
-Ça va, oui ?
Vas-y.
-En souvenir de nous,
vu que tu as toujours été une bonne copine.
-Silence, j'ai dit !
Après ?
-Et c'est pourquoi…
Et c'est pourquoi je t'embrasse au nom de la rue Troyon.
-Ça me fait rudement plaisir.
On peut voir ? -Mais c'est Ă toi.
-Oh, des perruches. Et ce qu'elles sont mignonnes.
-Pas des perruches, des tourterelles.
-Où avez-vous été chercher ça ?
-Si tu veux, tu peux les changer.
-Mais jamais de la vie. Elles roucoulent.
-On dit que ça porte bonheur.
-Et c'est mieux qu'un fer Ă cheval.
-Guinguette ! Julie. -Oh, enfin.
AllĂ´ ?
Ça fait 3 semaines que je te cours après.
Parlez moins fort, j'entends rien. Quoi ?
Je compte sur toi, moi, pour ma guinguette.
Comment, tu peux pas ?
Est-ce que je peux venir te voir maintenant ?
Oui, tout de suite. J'arrive.
Celle-lĂ alors.
T'es pas un peu folle, non ? Tu veux plus venir avec moi ?
-Je veux bien, mais je peux plus.
-Pourquoi ? T'es fâchée contre moi ?
-Oh, ma Guinguette, "fâchée" ?
-T'étais folle de joie.
Le bord de l'eau,
les fleurs, le rêve de ta vie…
-Eh oui, le rêve. Mais les rêves….
-Je comptais sur toi. -Tu voulais me rendre service.
-Idiote ! Et après ? Hé, la casserole, ça bout.
Eh bien, tu t'expliques ?
Je veux savoir ce que tu as derrière la tête.
-La patronne n'aime pas que je reçoive dans ma cuisine.
-Elle a qu'Ă te prĂŞter son salon. Alors ?
-Je ne suis plus seule.
-Non ? Sans blague ?
-Oh non. Ce n'est pas ce que tu crois.
Ma mère est morte. Une chute dans l'escalier.
Il y a 8 jours, à Pont-l'Évêque.
J'ai dĂ» ramener la petite.
Mon frère n'a pas voulu la garder,
à cause des responsabilités.
Pour faire le partage, on a dĂ» vendre la maison.
Une maison de rien, avec un bout de jardin et une remise.
Ça me fait penser.
L'argent que tu m'as prêté.
-Non. Tu me le rendras lĂ -bas.
-Non, Guinguette.
Faut pas m'en vouloir, mais j'irai pas.
-Tu vas pas te gĂŞner pour moi.
-Pour une fille qui a été habituée…
-Parle-moi de Pont-l'Évêque ! On rigole, à Pont-l'Évêque.
Comme ville-lumière, pardon !
Un petit Montluçon. Voir Pont-l'Évêque et mourir.
-C'est une ville, tout de mĂŞme.
-Elle veut faire quoi, Ă Paris, ta fille ?
-Ça dépend des jours.
-Et de la température !
-Elle veut être dactylo, ouvreuse dans un cinéma…
Ce matin, elle voulait être… Comment déjà ? Esthéticienne.
-"Esthéticienne" !
Tu parles d'une carte de visite. Julie, regarde-moi.
On n'est pas copines, toutes les deux, dis ?
Alors il y a autre chose. Qu'est-ce qui se passe ?
T'as pas confiance ? -En toi, si, justement.
Cherche pas Ă comprendre, va.
Je peux pas lâcher ma mayonnaise.
-T'occupe pas, va. Donne.
Heureusement que tu m'as.
Tiens, voilà l'esthéticienne.
-Ma mère n'est pas là ? -Elle va revenir.
Comment tu t'appelles ? -Maryse.
-Et d'oĂą viens-tu ? -De dehors.
-"De dehors" ? Alors t'aimes le plein air.
Demain matin, on part toutes les trois pour la campagne.
Reprends-moi, j'ai mal au poignet. Reprends !
LĂ !
-On va faire quoi, Ă la campagne ?
-Si je te le dis, oĂą sera la surprise ?
Plus fort que ça. Là .
-Non, non, Guinguette. Pas toi.
-Mais enfin, Julie.
-C'est pas Ă toi de planter les clous.
-Et j'astique pas les cuivres. Si je t'écoutais…
-Tu vas t'abîmer les mains. -Quand t'es là à te crever.
-J'ai l'habitude.
Donne Ă manger aux tourterelles.
-Comme travail de force…
Nourrir les tourterelles et compter les nuages.
Et ta fille, elle pourrait pas t'aider ?
Maryse ! -Elle est dans le jardin.
-Maryse !
-Je te dirai des choses folles
Comme on les dit dans les chansons
Et sous le ciel de l'Italie
Nous feuilletterons galamment
Notre doux roman, ma jolie
En faisant de tendres serments
-Vous avez une jolie voix.
-Il paraît.
J'ai fait un concours d'amateur, Ă la radio.
J'ai gagné un Frigidaire. Ils se foutent du monde, hein.
-Vous êtes marié ?
-Marié, moi ? Jamais. Jamais…
Malgré leur danse du ventre avec leur allocation familiale,
je me laisse pas corrompre.
Je suis un réfractaire.
Tu sais ce qu'est un réfractaire ? C'est moi.
-Qu'est-ce qu'il y a comme distractions, par ici ?
-Des bistrots infects, des bals cracra, un cinéma pourri.
Moi, le dimanche, je vais respirer l'air pur Ă Paris.
-Ne vous dérangez pas.
-Merci.
-Quel âge me donnez-vous ? -Maryse !
-On t'appelle.
-Quel âge vous me donnez ?
-Je dirais 17.
-J'aurai 21 ans lundi.
-Maryse ! -VoilĂ , elle arrive !
À Paris, c'est à la Goutte-d'Or…
-Ça ne vous dérange pas, de conduire mes filles ?
-C'est sur mon chemin.
Si vous avez besoin d'un raccord, appelez-moi.
La peinture de maintenant, c'est une saloperie.
-Vous ĂŞtes gai, vous, au moins.
-Je suis pas gai, je suis honnĂŞte.
Tout est truqué, la peinture, l'amour…
Au revoir. -Au revoir.
Je l'ai, ma guinguette ! Ma guinguette.
Bonjour, messieurs.
Ça, c'est gentil, d'être venu. Par ici, voulez-vous ?
Belle journée. Un vrai printemps.
Un petit muscadet ?
Je vous en prie, c'est ma tournée.
Maryse ! Occupez-vous de ces messieurs dames.
Et deux moules marinières au 7.
Ça va, l'appétit ?
Pardon.
Pardon.
Alors, on n'est pas bien, dans ma guinguette ?
Dites donc, en voilà des manières. Où croyez-vous donc être ?
Bonjour, monsieur.
-Bonjour, la dame.
Excusez-moi, je suis en panne d'eau, et sans vous déranger…
-Mais avec plaisir.
C'est pour votre voiture ?
-Oui, parce que moi, personnellement, l'eau…
Ça fait longtemps que ça existe ? -C'est né d'hier.
-J'avais jamais remarqué votre bistrot.
-C'est une guinguette. -Pardon.
-Et c'est moi la patronne.
-On peut boire un petit vin blanc sec ?
-Permettez-moi de vous l'offrir. -Non.
-Vous êtes mon premier client. Ça se trinque.
-Raison de plus pour que je paye.
-J'espère que vous me porterez bonheur.
-Je suis la mascotte publique numéro 1.
Bonheur, prospérité.
Buvez au lieu de me regarder.
-Un premier client, c'est très important.
Je vous photographie.
-Ça va, vous m'avez ?
-Bougez plus. Ça y est.
-Gardez-moi une épreuve pour ma mère.
C'est rudement coquin, chez vous.
-Il y a la rivière. Vous pêchez ?
-Ça dépend avec qui. Vous avez des chambres, ici ?
-On peut vous loger.
-Sans blague. Et on peut visiter ? -Mais naturellement.
-Des fois… On sait jamais.
-Suivez-moi.
-Ca, ça ne se refuse jamais.
-Dites donc, dites donc…
-Pas mal.
-Plaît-il ? -Rien. Montez.
-LĂ -haut, il y a une belle vue. -En bas aussi.
Tout Ă fait ma pointure.
-Vous avez vu ?
-C'est beau.
-Quand on voit ça en se réveillant…
-On n'a pas envie de se rendormir.
C'est quoi, cette baraque ?
-Quoi ? La grange ? -Oui.
-Plus tard, je ferai construire des chambres.
-Ça fera un drôle de garage.
-C'est pas installé pour. C'est un avantage ?
-Tu parles !
-Et le lit.
Vous avez tâté le lit.
Formidable. Matelas Bertrand, purs ressorts,
suspendu comme dans une Cadillac.
Essayez-le.
C'est épatant. -Comment qu'on s'envoie en l'air.
-Si vous voulez.
-Confort et tout, la campagne comme chez soi.
-Eau chaude, eau froide,
prise de courant pour le rasoir électrique.
Cintres pour les pantalons.
-Tout pour l'homme.
-Non. Tout pour le client. Les hommes.…
-Comprenez pas ce que vous connaissez pas.
Je suis tout ce qu'il y a de câlin.
Et avec un matériel pareil… -Oui.
La visite est terminée. Par ici, la sortie.
Vous pourrez emmener votre amie.
-Ça gâcherait tout.
C'est ce qu'il me faut.
Le coin est tranquille, pas de voisins… Mon rêve.
Je vous la loue.
-Vous ĂŞtes dans les voitures ? -D'occasion, oui.
Je vous amènerai des clients.
Et vous me verrez plus souvent. C'est à considérer.
-Vous vous prenez pour Roméo et Juliette ?
-Qu'est-ce que c'est que ces fleurs ?
On dirait qu'elles sont en zinc. -Des zinnias.
-Il y avait les mêmes chez ma grand-mère.
J'aime les… comment vous avez dit ?
-Les zinnias. -En voilĂ un nom.
-Votre main.
-Ma main ? Vous l'avez dans le dos.
C'est sérieux, la grange.
-On en reparlera. Je vous ferai un prix.
-Ça veut dire quoi ?
-Je m'appelle Guinguette. -C'est votre nom ?
-Non. Mon nom, c'est Renée.
-Tandis que Guinguette… -C'est un cadeau.
-Ah oui ?
-Des copains me l'ont donné, alors j'y tiens.
-Eh ben, au revoir, Guinguette.
-Au revoir.
Ben, vous alors. -Chacun sa tournée.
-C'est pas régulier. -On remet ça ?
-Merci, j'ai plus soif. -Bonne maison.
-Ça mord ?
-Couci-couça.
Vous ĂŞtes de la guinguette ? -PlutĂ´t.
C'est dimanche, l'inauguration. On dansera. Vous viendrez ?
-Je dis pas non. -Vous avez du feu ?
Merci. -Jamais le matin.
-Qui vous a dit que j'étais de la guinguette ?
-Tout le monde.
-Tout le monde vous a parlé de moi ?
-N'exagérons rien.
Ă€ la guinguette, vous ĂŞtes trois ? -Oui.
-La jolie, qui est-ce ? -"La jolie" ?
Ah, la petite brune ? C'est la gérante.
Oui. La maison m'appartient.
Elle me reviendra à ma majorité, à moins que l'autre meure d'ici là .
-Vous voyez loin.
-Dame, dans le commerce. -Il faut tout prévoir.
-L'autre, c'est votre mère ?
-Non. C'est la bonne.
-Avant, vous faisiez quoi ? -Mannequin aux Champs-Élysées.
Je n'ai pas l'intention de moisir dans ce patelin.
Quand je prendrai une maison, je m'établirai à Paris,
dans la haute couture.
La limonade, ça n'est pas mon style.
-En tout cas, tu ne manques pas d'imagination.
Allez, debout, bébé.
Viens, ta bonne va être inquiète.
Je vous l'enlève. -Il n'y a pas de mal.
-Sacrée Maryse. Alors, on taquine le pêcheur ?
-Son père est éclusier. -Oui. Pour toi, c'est du fretin.
-J'ai bien le droit. -Tu as tous les droits.
Méfie-toi des hommes.
Avant de choisir, vois toute la collection.
Si tu savais… lls m'ont vue. Fini, j'ai compris.
Si tu savais comme on est tranquille toute seule, dans son lit.
Tiens, je te ramène ta fille.
Tu peux aider ta mère, tu sais,
parce que tu as raison, elle est bonne.
-Ben, alors ? On n'embrasse plus sa mascotte ?
-N'y revenez pas, hein.
-Ma chambre est prête ? -Vous avez l'intention de…”?
-Je viens de remplir ma fiche.
-Maryse, prends la valise, et accompagne Monsieur.
-Marco. -Monsieur Marco au 2.
Oh lĂ lĂ , qu'est-ce qu'il se croit pas !
-Qu'est-ce que tu as Ă me regarder ?
-Vous ĂŞtes beau.
-Oh, quelle bonne surprise.
Vous habitez le mĂŞme hĂ´tel que moi.
Et au même étage. La patronne ici fait bien les choses.
Guinguette, elle s'appelle. Vous la connaissez ?
Vous me présenterez demain matin. Vous feriez mieux d'aller dormir.
-Demain, demain… C'est loin, demain.
-Est-ce qu'on s'est pas déjà rencontrés quelque part ?
-Ah non. Alors là , vous exagérez.
Quand même…
-Vous savoir seule, comme ça, en pleine nuit…
-Ici, c'est privé.
Si on est plus chez soi dans sa chambre…
-Parfait.
Parfait.
Je me retire.
-Vous, alors… Vous n'avez peur de rien.
-Vous devriez ĂŞtre au lit.
Dépêchez-vous, vous allez rater les actualités.
-Les actualités ne m'intéressent pas.
Il n'y a que le grand film qui m'intéresse.
-Dépêchez-vous, il va plus y avoir de place.
-Qu'est-ce qu'il faut pas.
Ah, c'est bien moi. Moi qui m'étais juré !
Si on peut plus se fier à soi-même… Trois croissants.
Plus d'hommes, finis les mâles,
et le premier qui se présente, je tombe en digue-digue.
Et le beurre ? OĂą est le beurre ?
Heureusement qu'il est bien de sa personne.
Ă€ ces moments-lĂ , j'ai plus ma tĂŞte Ă moi.
Quand je la retrouve, tout est terminé.
Non, mais ce culot !
Aller dans mon lit pour voir si j'y suis,
et j'étais même pas dedans.
OĂą qu'elle est, cette confiture ?
Si ma pauvre mère me voit de là -haut…
Heureusement qu'elle est myope, la pauvre.
Mais c'est la dernière fois. On m'y reprendra plus.
Il s'est pas donné beaucoup de mal pour m'avoir.
Une honte. J'étais si tranquille.
On me respectera donc jamais.
-Je le trouve très gentil.
Il sait se tenir Ă sa place.
-Tu trouves que mon lit, c'est sa place ?
*-C'était Song of the Spear par l'orchestre du Cap.
-Non, non, pas moi. Maryse, tiens.
Porte le petit déjeuner à M. Marco.
Et ne casse rien.
Musique joyeuse
Marco chante.
Oh, voilĂ la petite classe.
Pose ça là .
Ça, c'est du petit déjeuner.
-Vous avez passé une bonne nuit ? -Formidable. Cigarette.
Mon briquet. LĂ , andouille.
Merci.
-Qu'est-ce que c'est que ça ? -Tu vois pas, non ?
-Elle est jolie.
-Maman me l'a donnée pour ma première communion.
Je l'ai toujours gardée, en souvenir.
-Elle est morte ?
-Pourquoi ? -Vous dites "en souvenir".
-On se souvient aussi des vivants.
Encore un peu.
LĂ .
Assez.
T'es belle fille, dis donc. Quel âge tu as ?
-16 ans et demi. Pourquoi ? -"Pourquoi" ?
Parce que la place d'une mĂ´me
n'est pas dans la chambre d'un homme majeur.
-Je suis pas montée pour mon plaisir.
-Maryse ! Qu'est-ce que tu fais lĂ -haut ?
-Je crois qu'on te parle. -Je suis pas sourde.
-HĂ© ! Cendrier.
-C'est dégoûtant.
-Punaise !
-T'en as mis, du temps.
-C'est pas ma faute, il était pas dans sa chambre.
-Tu ferais mieux d'aller faire ta toilette.
Pour qui je passe ? Ma vie privée, c'est un pur scandale.
-Tu es jeune.
-Si c'est la jeunesse, je lui fais pas mon compliment.
-Ouais. Beau garage.
-À ta disposition. -On verra ça.
-Un jour viendra.
-Dis donc, pour l'addition… -Je t'ouvre un compte.
Je te reverrai peut-ĂŞtre. -Va savoir !
-Vas-y doucement. Tu emportes ta valise.
-J'ai tous mes dossiers dedans. -Va, je te retiens pas.
Mais si un soir, t'as un petit creux…
-Toi, t'es une bonne fille.
J'ai rien oublié, moi ? -T'aurais peut-être pu m'embrasser.
Pense au garage. -Cocotte, va.
-Je cours après le temps qui court
Je cours après jour après jour
Car il emporte mon amour
Car il emporte mon amour
Mais à quoi bon courir après ? Mon amour, ce n'est pas grand-chose
Le temps est un voleur volé Et je vais cueillir d'autres roses
-Alors, qu'est-ce que ce sera ? -Trois canettes et trois frites.
-Trois frites pour les petits Brassens.
Bonjour.
-Maryse est lĂ ? -Elle arrive.
Oh !
Gélinotte.
Mauviette. Tartine.
Quelle surprise !
-Tu nous as invitées. -C'est pas une raison.
-Tu as vu ? Acheté hier, j'ai pas pu attendre l'hiver.
-Tout le plaisir est pour moi. -Il n'y a pas de mal.
-Ce que c'est chouette. Mon petit, tu ne te refuses rien.
-Ça te plaît ?
-La campagne, ça vous rapproche de la nature.
-Un orphéon. -Pas un orphéon, un limonaire.
-Elle est dans la limonade.
-Tes clients, c'est tous des caves ?
-Les clients, c'est toujours des caves.
-Le petit gros t'attend.
-Ici, j'ai un standing.
-Qu'est-ce que tu crois ? En dehors de ça, on sait vivre.
Tu permets ?
-Pose tes fesses, je t'en prie.
-C'est l'idéal.
-Oh, des anémones.
-C'est pas des anémones, c'est des zinnias.
En souvenir d'une étoile filante.
-T'as fait un vœu ? -Oui, pour qu'elle revienne.
Occupez-vous de ces messieurs dames.
Un petit apéritif ? Si, si, c'est ma tournée.
-La moindre des choses, alors. Un doigt de porto.
-Un xérès. Et toi, un petit madère ?
-Pourquoi pas une camomille ? Un Picon-citron.
-Deux. -Trois.
-Quatre. -Cinq.
-Ne compliquons pas, un Picon pour tout le monde.
-C'est gentil, d'ĂŞtre venu.
-Je te présente une de mes meilleures clientes.
-Madame.
-Voici mon fils, Léon. Dis bonjour à la dame.
-Bonjour, madame. -Bonjour.
Ravie de vous accueillir. -C'est d'un pittoresque.
Ces guirlandes, ce limonaire…
-OĂą nous installez-vous ? -Ici.
-On sera très bien ici. Assieds-toi, Mady.
On peut déjeuner ?
-Je vous appelle le garçon.
On se croirait aux Folies-Bergère.
T'es parfaite.
-Vous aimez ma robe ? -Elle est un peu longue. Tourne-toi.
Tu montres tout ce que tu as en magasin.
Et cette figure ! De quoi t'as l'air ?
Tu vas me faire le plaisir de te changer.
Allez, file.
Et ces talons… Une honte, on n'a pas idée.
Mais ma parole, ce sont mes chaussures.
Quel toupet !
Non, mais vous avez vu cette dégaine !
-Les domestiques, pour se faire servir…
-Faut se lever de bonne heure !
-Allons faire un petit tour de balançoire.
-Ne prenez pas froid. Fais attention à l'humidité.
Les hommes, vous ne savez pas ce que c'est.
-Oh que si.
Messieurs ?
-C'est vous, la patronne ? -Oui.
-On vient de la part de Marco.
-Comment va-t-il ?
-On peut avoir une table ? -Par ici.
Il vous a parlé de moi ?
-Une bonne table, n'est-ce pas ? -VoilĂ .
Vous ĂŞtes ses amis ?
-Que l'on ferme cette fenĂŞtre. Biscotte !
-Monsieur Marco a été mon 1er client.
-Vous ĂŞtes ici depuis quand ? -J'arrive.
-J'ai horreur de ces fleurs inodores.
Une fleur sans parfum est une fleur qui ne pense Ă rien.
-Il n'y a pas de fleur plus intelligente.
Elle et moi, on se comprend.
Oh, ça alors.
-J'ai voulu te faire plaisir. T'es contente ?
-T'as vu les ex-voto ? En souvenir de toi.
Oh, ça alors. Ça alors. Je t'ai tellement attendu.
-Viens que je te présente.
Mes amis : le vicomte, notre patron,
Biscotte et Bascule.
-La famille, quoi. -On ne choisit pas sa famille.
-Je me demandais où vous étiez.
On danse ? -Je suis là pour ça.
Vous êtes enrhumé ?
-Non. Je respire votre parfum. Vous sentez rudement bon.
Qu'est-ce qu'il y a ? -Rien. Allons danser dehors.
-Ben alors ?
-Ça nous convient.
-LĂ , on peut stocker de la camelote, ni vu ni connu.
-Pas de voisins, pas de fuites… -C'est une grange.
-Étes-vous sûr de la patronne ?
-Méfiez-vous.
-Je suis pas bavard. -Il suffit qu'elle soit curieuse.
-Rien à craindre. Je suis son idée fixe.
-Soit. Vous me ferez verrouiller la porte.
Vous verrez le reste avec elle.
-Pardon.
T'aurais pu faire ta première danse avec moi !
Quel savoir-vivre. -Ma parole, Madame est jalouse.
-"Jalouse" ? Ça me ferait mal.
C'est pas parce qu'un soir, on a fait une petite belote ensemble…
-T'as tort de te fâcher.
Moi qui m'apprêtais à te faire un petit cadeau…
-"Un petit cadeau" ? Je te demande pardon.
Je retire belote. Faut pas m'en vouloir.
-Tu le mérites pas, mais je vais te le donner quand même.
Premier cadeau.
Deuxième cadeau.
Troisième cadeau.
Ouais, mon petit, je vais coucher chez toi.
On dit pas merci ? -Toi, alors.
-Monte-les dans ma chambre. Maryse !
-ArrĂŞte !
-T'es fou, une Jaguar.
-Regarde-moi ça. On en mangerait. -Non.
-Rien qu'une minute, pour voir. -Non.
-Qu'est-ce qu'on risque ? -5 ans.
-La clef est au tableau.
-Remonte, fais pas l'idiot.
-Bouge pas.
Merci, ça va.
-Vous m'avez prise en photo ? -Je vérifiais ma mise au point.
-Vous allez encore
photographier Guinguette ?
-Tu veux des jumelles ?
Tu te crois au Cinérama.
-Je mets au point.
-Tu veux descendre de lĂ ?
J'enlevais la boule. -Je te dis de descendre.
-Avant, tu vas nous photographier.
Comme ça, tu devras sourire.
-Ce que j'en disais, c'est pour la petite.
-Tu regardes dans le viseur, tu bouges pas et tu appuies lĂ .
-Je suis pas née d'hier.
-Lève un peu la tête.
T'occupe pas de l'appareil, reste naturelle.
-Je suis heureuse. Faudrait que ça se voie.
-T'as qu'Ă sourire.
-J'ai pas envie. -T'es heureuse, oui ou merde ?
Allez, vas-y.
-Ca y est.
-T'as pas souri. -Si on sourit tous les deux…
Allez, file.
-Tu m'accompagnes Ă l'autobus ? -D'accord.
-T'es gentil.
Je vais chercher mon sac et je redescends.
Qu'est-ce qui t'arrive ? -Pourquoi ? Il faut un permis ?
-Celui-lĂ , c'est du baiser choc.
-Je t'ai à la bonne, alors…
-Je peux rester, j'ai pas besoin d'aller Ă Paris.
-Non. J'avais juste envie de t'embrasser comme ça.
-C'était pas physique ? C'était du sentiment ?
Ça me fait plus plaisir que tout.
-Je suis capable d'un moment de défaillance.
-J'en ai pour une seconde.
Musique joyeuse
J'arrive.
Guinguette chantonne.
Dis donc, toi. Un peu plus, ça y était.
-J'ai glissé.
-Qu'est-ce qui se passe ?
-J'ai la tĂŞte qui tourne.
-J'ai glissé. J'aurais pu me faire mal, aussi.
-Fais attention. -C'était pas ma faute.
-Tu veux boire quelque chose ? -Non, ça va, je t'assure.
VoilĂ , voilĂ .
-Ta grand-mère n'a pas pu se retenir à la rampe.
-C'est pas Biscotte ? -Je crois, oui.
-Belle bagnole. C'est quoi, comme marque ?
-J'ai pas remarqué.
-Les gens se débarrassent beaucoup de leur voiture.
-Il y a un grand mouvement sur le marché.
-Tu trouves toujours de la marchandise.
-Je suis organisé pour.
-Allez, ouvre, c'est moi.
-Tu piques des Jaguar, à présent ?
-Une occasion Ă profiter de suite.
-Non, mon vieux. Je tiens pas Ă finir en cabane.
-Ben, plains-toi au vicomte.
-Le vicomte a toujours dit : "Des marques françaises.”
"Volez français." Et il a raison.
Si on travaille dans l'ostentation, on est fichus.
-J'avais l'impression de kidnapper la mariée.
-Cet engin doit appartenir Ă un gros bras.
Ces messieurs voudront faire du zèle, c'est risqué.
-Il s'appelle Pivert, le propriétaire. Un nom d'oiseau.
Immatriculé à Béziers.
Allez, guide-moi pour sortir.
-La Citroën est vendue ?
-Oui. On m'attend Ă Levallois. -Alors t'as ma commission ?
-Excuse-moi, j'y pensais plus.
Le compte y est ? -Il manque 10 sacs.
-T'es sûr ?
C'est juste.
-Tu la reprends quand, la Jaguar ?
-BientĂ´t.
-Dimanche, j'irai la perdre dans la nature.
-C'est ce qu'on verra. -Pas de ça chez moi.
-Ah, chez toi ? -C'est tout comme.
Je veux pas mettre Guinguette dans le bain.
-Passe la main avec Guinguette.
Une tordue pareille…
-Attention.
Guinguette, c'est un nom propre. N'oublie jamais ça.
-T'as de la température, toi. Tu permets, oui ?
-Tu ne te déshabilles pas ? -Tout à l'heure.
-Qu'est-ce que t'as ?
Tu dis rien. T'as des ennuis ? -Non.
-Tu penses ? -Ouais.
-Ă€ quoi tu penses ? -Ă€ rien.
-T'es pas marrant.
T'es fatigué ?
-Le travail. -Ah, ça…
-Les responsabilités.
-Biscotte est venu ?
-Ouais.
-Il a amené une nouvelle bagnole ? -Oui.
-Une Jaguar ?
-"Une Jaguar" ?
-C'est la petite qui l'a dit Ă Julie.
-"La petite" ? -Oui.
-Elle a dit une Jaguar ? -Oui. C'est pas une Jaguar ?
-Si, c'est une Jaguar.
-Ça vaut cher, une Jaguar ? -Ça dépend.
-De l'année ? -Du client.
-Tu te déshabilles pas ? -Tout à l'heure.
-Si t'as des ennuis… -Eh ben ?
-Part Ă deux, faut pas rester seul.
-J'ai pas d'ennuis, mais…
-Tu m'aimes plus ? Ah ça, si tu m'aimes plus…
Ça te ferait mal. -Quoi ?
-De me dire que tu m'aimes.
Tu me l'as encore jamais dit.
-Dis donc…
J'ai envie de me ranger des voitures.
La mécanique, ça me dit plus rien. Il faut trop de capitaux.
-Tu as besoin d'argent.
-Non, justement. J'en ai mis un peu Ă gauche.
Je vais tout laisser tomber. Tout.
-Tu vas pas me quitter comme ça.
-Te quitter ?
Au contraire, je voudrais rester avec toi.…
T'aider Ă tenir la baraque.
-Non ? Tu ferais ça ?
Tu ferais ça ? -Pourquoi pas ?
-C'est ça que tu pensais ? -Ouais.
-Qu'est-ce qui m'arrive, qu'est-ce qui m'arrive ?
T'es fou, dis, t'es fou. Pince-moi que je voie si je rĂŞve.
Encore. -Pas tout le mĂŞme soir.
-Tu resteras avec moi, toujours ? -Ouais.
Parce que la grange… -Eh ben ?
-Tu voulais construire des chambres ? -Oui.
-Demain, on verra l'entrepreneur.
-"L'entrepreneur" ? Ce que c'est chouette.
-On lui fera faire un devis. -C'est merveilleux.
-Non, c'est normal.
-Dis-le-moi encore, dis-le-moi. -Un devis.
On lui demandera de faire des chambres avec tout le confort.
-"Avec tout le confort" !
-Des tapis partout. -"Des tapis partout” !
-Des toilettes en Plexiglas. -"En Plexiglas" !
-Des prises de courant, comme s'il en pleuvait.
-"Comme s'il en pleuvait" ! Marco, tu me rends folle.
"Des prises de courant" !
-Doucement, tu vas faire sauter les plombs.
-Bonjour, bonne fête, bonne année.
Bonjour, les tourterelles. Julie, regarde-moi.
Qu'est-ce que qu'il y a d'écrit sur ma figure ?
-Ta figure ?
-Tu vois pas un faire-part ? Marco et moi, on se marie.
Oui, ma petite, comme des grands. Mais sans cérémonie.
VoilĂ le patron.
Je te présente ton patron. T'es contente ?
Alors embrasse-le.
-Allez, plus vite que ça, et pas d'observations.
-VoilĂ les nouvelles.
-Tenez. -Merci bien.
-Julie, tu nous prépares un bon café. Nous, on va s'occuper des travaux.
-Et que ça saute.
-Vous avez entendu ?
On se marie.
Je vous aime.
Et j'en meurs.
-Quatre chambres en bas, quatre chambres en haut,
avec un balcon de bois tout autour.
-La guinguette Ă Marco. -Avec une cigogne sur le toit.
-Et des petits lapins. -C'est pas naturel.
-En porcelaine. -Ça, ça change tout.
-Guinguette ! Guinguette !
-Quoi ?
Quoi ?
-Caroline…
-Mais comment c'est arrivé ?
-J'ai voulu changer l'eau et là , je me suis aperçue…
-Pauvre petite.
Elle aurait pas dĂ» mourir aujourd'hui.
Je la remplacerai pas.
On peut jamais ĂŞtre tout Ă fait heureux.
Faut toujours qu'une tourterelle meure.
Elle est chaude.
C'est tellement léger. Tellement léger.
Pauvre petite bĂŞte.
Je vais l'enterrer.
-C'est drôle, une tourterelle qui meurt comme ça.
-Non, ça arrive.
-Ça m'embête, pour Guinguette. Et puis les animaux, je suis pour.
Je préférerais tuer un homme plutôt qu'un chien.
-N'exagérez pas. -Mais si.
Les chiens ne m'ont jamais fait de crasses.
C'est le mâle ou la femelle ?
-La femelle, naturellement. -Pourquoi ?
Ah oui, c'est vrai, elle s'appelait Caroline.
AIlĂ´, Biscotte ? Le vicomte est lĂ ?
Oui. Important et pressé. Passe-le-moi.
-J'ignorais que c'était la voiture d'un macchabée.
-Tu m'aurais écouté…
-Je l'ai vue au bord du trottoir,
j'ai pas pu résister, j'ai sauté dessus.
-Viol de voiture. Vampé par une anglaise.
-C'est-y pas de la bagnole ?
-Un vrai panier Ă salade, oui.
Est-ce que tu réalises ?
-Baissez le ton. -Une souricière.
-Cette voiture constitue un danger permanent.
La brigade criminelle en a sans doute
diffusé le signalement dans tous les secteurs.
La police a réglé son dispositif,
et comme on doit passer par le bois de Vincennes,
toute la région doit être surveillée.
-Pauvre petite tĂŞte, va.
-Si quelqu'un a repéré la Jaguar,
nous recevrons la visite de la brigade mobile.
Et ils sont curieux, Ă la brigade mobile.
-Comment tu prouveras que t'as pas assassiné Pivert ?
-J'ai pas d'alibi, c'est une preuve. -Eh ben.…
-Et il y a Bascule.
-Ah non, moi, je ne sais rien. Rien vu, rien entendu.
-T'étais pas avec moi ? -Non.
-Et si on la trouve chez moi ?
-Recel, indiscutablement. Et peut-être complicité d'assassinat.
-Quoi ? -Tout est possible.
-Alors foutez le camp d'ici.
-La voiture ne sortira d'ici que sur mon ordre.
-Mais vous dites… -Patience.
Réfléchir avant d'agir et n'agir qu'à coup sûr.
Croyez-moi.
-Allez, Bascule. Quoi ? T'étais avec moi ?
-Non. Sur la tĂŞte de ma chienne.
-Raté.
-Que fais-tu dans ma voiture ?
-Je voyage.
-Quand tu seras arrivée, tu descendras.
-Si on allait faire une promenade ? J'aime bien la Cadillac.
-Je suis en panne d'essence.
-Alors emmenez-moi dans la Jaguar.
-Non.
-Pourquoi ? Elle n'est pas Ă vous ?
-Non.
-Alors Ă qui est-elle ? -Ă€ personne.
Elle est Ă vendre. Tu veux l'acheter ?
-Non. J'aurais trop peur de me faire remarquer.
Une voiture blanche.
-Dis-moi, Marco.
Cette jeune personne…
-Maryse ? Eh ben ?
-Tu as parlé devant elle ? -De quoi ?
-De la voiture. -Non. Tout de mĂŞme pas.
-Alors c'est Guinguette qui lui en a parlé ?
-Elle sait rien.
-Je viens d'avoir une conversation avec Maryse.
Elle a un air qui ne me convient pas.
Tu devrais l'interroger.
Si elle en savait trop ou mĂŞme assez, il faudrait aviser.
J'ai horreur des témoins à charge.
Qu'est-ce que tu attends ? Elle est seule. Profites-en.
-Pas comme ça. Tu t'y prends mal.
Tout est dans le coup de poignet.
LĂ , suis mon mouvement.
Mais non, en souplesse.
LĂ , c'est pas trop mal. Recommence.
VoilĂ . T'as plus qu'Ă continuer.
Eh ben, continue.
Dis donc, tu sens rudement bon, toi.
-Ah, vous vous en apercevez ?
-C'est un reproche ?
Je t'ai toujours trouvée gentille.
-Vous m'envoyez toujours bouler.
-Oh, "bouler"…
T'es un drôle de numéro, toi.
Je savais pas que tu étais copine avec Biscotte.
C'est lui qui t'a parlé de la Jaguar ?
-"La Jaguar" ? -Ouais.
-Quelle "Jaguar" ? -Bon. Mettons que j'ai rien dit.
-Jaguar, c'est une marque d'automobile, non ?
-T'as fini de te foutre de moi ? -Je vous demande.
-Oui, c'est une marque d'automobile !
-Il n'y a pas de mal à ça. Si ?
Et pourquoi m'aurait-il parlé d'une Jaguar ?
-Est-ce que je sais, moi ?
-Et vous ?
-Moi ?
Pourquoi me posez-vous ces questions ?
-Par curiosité !
-Alors y a pas de quoi se fâcher.
Vous me trouvez toujours aussi gentille ?
Vous ne voulez pas répondre ?
Vous n'avez pas confiance en moi ?
Vous avez tort. Je sais garder un secret.
La preuve.
-On peut parler sérieusement ?
-C'est ce qu'on fait.
Oh, un pivert.
-Petite garce, va.
-Qu'est-ce que vous lui voulez, Ă la "petite garce" ?
-Dans ton intérêt, Maryse, ne dis rien devant le vicomte.
Tu sais pas de quoi il est capable. Je t'expliquerai tout.
-Pas la peine. Je sais me taire quand je veux.
Ă€ une condition.
-Tu vas me poser des conditions ? Tu renverses un peu les rĂ´les.
-Non. Parce que je vous tiens tous. Réfléchissez.
Tous autant que vous ĂŞtes.
Alors il faut être très gentil.
Embrassez-moi. Sans penser Ă la Jaguar.
-S'il n'y a que ça.
-Et sans penser Ă Guinguette.
VoilĂ , vous voyez, c'est tout simple.
-Refais ce que tu viens de faire et je te fous Ă l'eau !
Sale petite putain !
-Alors ? -Elle sait rien.
Elle bluffait. -Ce n'est pas l'avis de Biscotte.
-Qu'en pense-t-il ?
-Exactement comme moi.
Il faut pas jouer avec les enfants, on perd toujours.
-Salaud !
-Tu sais recevoir.
-C'est ce qu'on va voir.
Celle-là , elle est pas tombée loin.
-Ça ne m'atteint pas.
-Maintenant, on est quittes.
-"Quittes" ? On est loin du compte. "Quittes" !
-Avoue que tu l'as cherché.
Je t'ai fait mal ?
-Prétentieux. Tu ne peux plus me faire de mal.
Tu n'es plus rien pour moi. Un mort.
Un mort qui n'aurait jamais existé.
-Si tu ne m'avais pas minimisé devant mes amis…
Qu'est-ce que j'ai fait ?
-Ce que t'as fait ? Regarde.
-Et alors ?
-Je vous ai vus, Maryse et toi, en train de vous embrasser.
Venir chez moi me bĂŞcher dans mon jardin.
T'es trop petit, mon petit.
-Si tu te fies à ce que tu vois… -Et mon œil, il ment ?
-Tu veux m'écouter ?
-Écouter quoi ? C'est moi que j'aurais dû écouter.
Je m'étais juré de dormir seule.
Et puis tu es arrivé, tout fendant. Tu m'as enveloppée.
J'ai cru que c'était toi, le bonheur.
Erreur de perspective.
On est tranquille, on veut ĂŞtre heureux,
on paye les suppléments.
C'est bien fait pour moi.
Pourtant, j'avais pas mérité ça.
Parce qu'avant de venir, j'en ai un peu bavé.
Tu n'es plus rien.
Je peux te dire la vérité.
Tu connais la rue Troyon ?
C'est là que j'ai gagné ma guinguette.
J'y ai mis le prix. C'était pas tellement rigolo.
Heureusement que j'avais un idéal.
Tu peux partir, va. Je te regretterai pas.
Ça me fera un souvenir de plus.
-T'as du chagrin ? -Ça me ferait de la peine !
-T'as bien fait de me dire tout ça.
-Si encore je t'avais pas vu !
Se mettre sous mon nez, on n'a pas idée. Quand j'y repense…
-Maryse a voulu me faire chanter, lĂ .
Depuis le temps qu'elle me tourne autour !
-Pourquoi t'aurait-elle fait "chanter" ?
-Ă€ cause de la Jaguar.
-Quel est le rapport avec la Jaguar ?
-C'est une voiture volée.
-Est-ce ta faute si on t'a refilé une voiture volée ?
Rends-la à son propriétaire.
-Il a été assassiné, son propriétaire.
-Par qui ? -Ah, ça…
-Par celui qui te l'a vendue ? -Il ne me l'a pas vendue.
-Mais où l'as-tu trouvée ? -Je l'ai pas "trouvée”.
Biscotte l'a calottée. Je lui ai assez reproché.
-T'as bien fait.
S'il se met Ă voler les voitures, Ă qui se fier ?
-Guinguette, t'es une sainte.
Chapeau bas.
Toutes les voitures qui sont passées ici
ont été volées. T'es contente ?
-Merci pour la confiance.
T'aurais pu m'en parler. -Je voulais pas te compliquer la vie.
Maintenant tu sais tout. On est comme mari et femme.
-Et t'es revenu pour la grange ? -VoilĂ .
-Crapule. Et moi qui croyais que c'était pour moi.
Bonne poire et tout, je me laissais chambrer.
Quand je pense qu'hier soir encore,
"on va convoquer l'entrepreneur”, "des tapis partout”…
Valse lente et berceuse tendre.
J'écoutais la chanson. Tu m'endormais.
Mais je ne dors que d'un œil. Et j'ai de drôles de réveils.
Je jette l'éponge. Toi et moi, terminé.
Tu peux faire tes valises.
Pour la grange. J'étais aimée pour mes dépendances.
-C'est vrai.
J'étais revenu pour la grange.
Mais je suis resté pour toi.
Le 1er jour, je t'ai trouvée gentille.
Tu me plaisais, j'en ai profité.
-Tu m'as aimée sur le pouce.
-Et c'est devenu sérieux. Et puis, ça a été le coup de foudre.
-Au ralenti.
-Laisse-moi être sincère deux minutes.
-"Deux minutes”, c'est ta moyenne.
-Je t'aime, Guinguette.
Je n'aime que toi ! T'es la première à qui je dis ça.
-La première au dernier rang. -Tu veux une claque ?
Je t'aime sur la tête de mon frère.
-Ton amour, des clous ! Tu m'as vaccinée.
Si tu n'as jamais vu comment on flanque un patron à la porte…
Il aimait la grange.
À nous deux, votre noblesse. -Plaît-il ?
-Dehors. Je veux plus vous voir ici.
Il faut vider les lieux.
-Elle est nerveuse. -Il y a de quoi.
Je vais pas me mettre en danger pour vous être agréable.
Un gang chez moi, la guinguette d'Ali Baba.
Ah non, merci.
Vous entendez ? Débrayez.
Et il a rien répondu. Il s'est levé et il est parti.
Un président de la République. Non, mais vous vous rendez compte ?
Oh, bonjour, messieurs.
Que puis-je pour vous ?
-Vous ĂŞtes la patronne ? -Oui.
-C'est vous qui nous avez téléphoné ?
Une voix de femme, a dit le chef.
On remiserait des voitures volées dans votre garage.
-Vous plaisantez ?
"Des voitures volées."
Les gens ont de l'imagination.
-Il n'y a pas de garage chez vous ? -Non.
-Si.
Il y a un garage, ou une grange
qu'on utilise comme garage. Est-ce vrai, Guinguette ?
-Oui, enfin… si on veut.
-On peut pas appeler ça un garage.
-On peut la voir, cette grange. Qu'est-ce qu'on risque ?
-Par ici.
-Qu'est-ce qui vous a pris ?
-Ils visitaient la grange, ou on tirait dedans.
IIs vont revenir.
-Si on se tirait.
-Trop tard.
-Il a fallu que Biscotte…
-Il a surtout fallu qu'on téléphone.
-Vous permettez ?
C'est tout ce qu'il y a ?
-Ça alors.
Qu'est-ce que je vous disais ?
-Pas plus de voiture que… Excusez-moi.
-Il n'y a pas de mal.
Il n'y a pas d'avion non plus.
Mes lunettes, je les ai cherchées partout.
Vous voyez, vous avez bien fait de venir.
-Ils reviennent.
-Bredouilles.
-"Bredouilles" ?
-Bascule et Biscotte sont allés planquer la Jaguar.
Heureusement que j'étais là .
-La Cadillac est Ă vous ? -Oui. Vous voulez mes papiers ?
-Non, non.
-Donner des coups de fil pareils.
-Les gens entre eux.…
-Un concurrent jaloux.
-Excusez-moi. À la prochaine fois.
Messieurs dames. -AU REVOIR.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Mais qu'est-ce que j'ai fait ?
-Fille pourrie. Sale menteuse !
T'as le vice dans la peau.
-Hé là , hé là , hé là .
-T'as de drôles d'idées, petite débraillée.
-Maman !
-Ta fille a téléphoné à la police !
-Eh oui, c'est moi.
J'ai téléphoné, bande de voleurs assassins.
Vous pouvez dire ce que vous voulez.
J'ai des preuves, et vous irez en prison.
Toi la première. Assassins. Crapules.
-Elle s'est enfermée dans sa chambre.
Je vous retiens pas.
-Il me manque un fou, une tour et deux cavaliers.
-Vous pouvez partir.
-Il n'en est pas question.
Vous feriez mieux de me remercier d'avoir escamoté la Jaguar.
Il n'est pas prouvé que nous ayons volé la Jaguar.
Par contre, il est indiscutable que vous l'avez recelée.
-Pardon, ça se discute.
-Nous sommes dans une situation d'un humour déprimant,
à la merci d'une fille de 17 ans, moi, vous…
Il me manque un cavalier.
Je ne sais si cette personne possède les preuves qu'elle dit,
mais il faut faire comme si.
La mettre hors d'état de nuire, la réduire au silence.
-Bonjour, tout le monde. -Bonjour.
La maison est fermée pour cause de décès.
-Pardon. Toutes mes condoléances.
-Merci, très touché. Revenez demain.
Quelqu'un a-t-il une suggestion ?
-Oui, moi.
-Je vous écoute.
-Elle prétend qu'elle a des preuves. Ou elle dit vrai, ou elle ment.
Je pourrais aller la trouver ?
-Les aveux sur l'oreiller.
-Je sais comment la prendre.
-Je te le fais pas dire. -Tu as l'esprit mal tourné.
-Je vous donne 10 minutes. Ce sera sa dernière chance.
J'aimerais avoir un thé. Un thé citron. Et de Chine.
-Le cavalier.
-Maryse, ouvre-moi. Je suis tout seul. Ouvre-moi.
Personne sait que je suis ici. On peut parler, oui ?
-Cigarette.
-Pourquoi t'as fait ça, hein ? C'est intelligent.
T'as pensé à ce que tu deviendrais si on nous arrêtait ?
C'est pas beau. C'est pas beau, ce que t'as fait lĂ .
-Et Guinguette ?
-Tu sais comment elle est. Un feu de Bengale.
-Vous n'allez pas la défendre !
-Mais qu'est-ce que tu veux ? Dis-le, qu'on sache au moins.
-Vous avez peur de moi, tous autant que vous ĂŞtes ?
-"Peur", moi ?
Si tu crois que je crois Ă tes preuves, tu penses.
-Vous avez tort.
-Je veux mĂŞme pas en parler, tu vois ?
-Alors que faites-vous ici ?
-Je suis venu en copain, c'est tout.
Tu veux que je te le demande, ce que c'est que cette preuve ?
Eh ben, soit. J'y consens. Je te le demande.
LĂ , tu vois, je suis gentil.
C'est vrai, cette histoire de preuves ?
-La voiture appartenait Ă Pivert, non ?
-On le dit, oui.
-Il a été assassiné, Pivert ? -Il paraît.
-C'est tout. -Quoi, c'est tout ?
-Il avait laissé des affaires dans la voiture.
Des papiers d'identité, par exemple. -J'en sais rien.
-Moi, je le sais. -Ah ?
-Oui. C'est moi qui les ai.
-Où ça ? Ici ? -Pas si bête.
-OĂą, alors ? -Vous me prenez pour une idiote ?
-Tu veux pas me les montrer ? -Non.
Mais je veux bien vous les donner.
-Ă€ moi ? -Ă€ vous.
-Comme ça ? Pour rien ? -Non.
-Qu'est-ce que tu veux en échange ? Qu'est-ce que tu veux ?
-Toi.
-Ah, ce n'était que ça.
-Toi, mais pour toujours.
-C'est entendu. OĂą sont les papiers ?
-Il faut d'abord me faire sortir d'ici.
-Maintenant ? Mais c'est pas possible.
-Non, pas maintenant.
Cette nuit. Nous partirons cette nuit.
-Partir tous les deux. Je retiens vos places Ă la gare ?
-On discutait les bases d'un accord. -Tu discuteras de ça ailleurs.
Quant Ă toi, si tu tiens Ă ta peau,
laisse Marco tranquille.
Marco est à moi, tu entends ? Alors bas les pattes, sinon…
-Sinon ? -Je te jure que tu le regretteras.
-Alors, vous avez négocié ?
-J'ai failli.
-Ils partaient en voyage de noces.
-Mais non. Je la menais en bateau.
-En gondole, Ă Venise.
-T'es folle. Tu m'aimes trop.
-Parfait.
Je sais ce qu'il me reste Ă faire.
-Vous avez une idée ? -Presque.
Biscotte, tu vas rester ici toute la nuit.
Que personne ne sorte.
-Compris. -Et si quelqu'un voulait s'évader…
-OK, patron.
-Allons nous coucher, la nuit porte conseil.
Bonne nuit, Biscotte.
-Bonne nuit, patron.
-Ouvrez lĂ -dedans.
-Nom de Dieu.
-Ouvrez !
(-Qu'est-ce qu'il y a ?)
-Les flics. -Restez pas lĂ .
VoilĂ , voilĂ .
Qu'est-ce qui se passe ?
-On a une mauvaise nouvelle pour vous.
Au sujet de la jeune fille qui habitait chez vous.
Son nom ?
-Maryse. Pourquoi ? -Ah, c'est bien embĂŞtant Ă dire.
-Guinguette, Maryse est partie.
-Quoi ? -Oui. Ça, elle est partie.
-C'est une parente Ă vous ?
-Non. -J'aime mieux ça.
-Pourquoi ?
-Parce qu'il lui est arrivé malheur.
-Une seconde.
Sa mère dort à côté.
-Bonjour, messieurs.
L'air est frais ce matin.
La prise de courant ne fonctionne pas dans ma chambre.
-Ah non, c'est pas le moment.
-Que se passe-t-il de si grave ?
-C'est au sujet de Maryse. -Encore ?
-Ce jeune homme l'a trouvée noyée. Morte, à 200 mètres d'ici.
Il nous a alertés.
-"Noyée" ? -Pauvre enfant.
-À moins que… -À moins que ?
-Ă€ quelle heure est-elle sortie ?
-On ignorait qu'elle était sortie.
-Vous entendez ce qu'on vous demande ?
-Je l'ai pas vue sortir. -Dommage.
-OĂą est-elle ?
-Ă€ 100 m de la passerelle. C'est pas beau Ă voir.
Si vous voulez venir pour l'identifier.
La PJ doit ĂŞtre sur les lieux. -La PJ ?
-Oui, la police judiciaire. -C'est bien ce que j'avais compris.
-S'il vous plaît.
-Ne regarde pas, va, ça vaut mieux. Y a pas d'erreur, c'est bien elle.
-La PJ.
Je connais personne.
-Bonjour. Docteur Philippe.
-On s'est déjà vus. Inspecteur Simon.
Alors ? -Jugez vous-mĂŞme.
-Ne restez pas lĂ . Il n'y a rien Ă voir.
-I n'y a rien Ă voir, merci.
-Quelle organisation ! Tout de suite à pied d'œuvre.
-Ils n'ont pas autre chose Ă faire.
-Ă€ quoi tu penses ?
-À Julie. Quand elle va savoir ça.
Viens, ma Julie. Viens, ça vaudra mieux.
-Petite. Cette petite !
Maryse, mon petit.
-Vous y comprenez quelque chose ?
-La main de Dieu. Il ne connaît pas sa force.
-Y a-t-il quelqu'un de la Guinguette ?
-Oui. Moi.
-Il y avait aussi ces messieurs. -On est de passage.
-Vous étiez là cette nuit ? -En week-end.
-Tenez-vous Ă notre disposition.
-Mais on ne sait rien.
-Vous nous direz pourquoi vous ne savez rien.
Je suis obligé de recueillir tous les témoignages.
Accompagnez ces messieurs.
-La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est lettre morte.
Si vous voulez bien me suivre.
-Messieurs dames. Merci bien.
-Merci. -Je vous en prie.
-C'est vous, la patronne ? -Il paraît.
-Et Monsieur ? Vos papiers.
-Monsieur est mon habitué.
-Et vous ? -Édouard de Villancourt.
Vous voulez voir mes papiers ? -Non.
-Pour les relire. -Je les sais par cœur.
Chauffeur. -De grande maison, oui.
-Il est à mon service. Honnêteté à toute épreuve.
-Où est le téléphone ? -Par là .
-Selon vous, docteur, Ă quelle heure la mort s'est-elle produite ?
-Vraisemblablement, entre 1h et 2h.
-Tout le monde était couché ?
-Naturellement.
-Et personne ne l'a entendue sortir ?
-Je me mets des boules dans les oreilles.
-Sommeil lourd et cuisse légère.
-J'ai pas gardé les vicomtes avec vous.
-Moi, je dormais comme un zèbre.
-Marco a peut-ĂŞtre quelque chose Ă dire ?
Il dormait en face de la chambre de Maryse.
-Marco dort d'une traite.
-Vous connaissez ses habitudes.
-Un habitué, forcément.
Maryse est sortie sans bruit.
-Comment le savez-vous ? -Puisque personne ne l'a entendue.
-Elle sortait souvent le soir ?
-Pour aller où ? Ici, à partir de 21 h…
-Peut-ĂŞtre avait-elle un rendez-vous ?
-Qu'en pensez-vous ?
-J'ai pas d'opinion.
-Vous dites ? -Rien. J'ai un chat dans la gorge.
-Et vous, lĂ -bas ?
-Plaît-il ? -Votre avis ?
-Excusez-moi, j'ai pas suivi.
-La victime avait-elle une liaison, des aventures ?
-Ça, elle tournicotait autour de tous les hommes.
L'éveil du sixième sens.
-C'était une môme.
-À son âge, il y a longtemps que j'étais plus une môme.
-Elle jouait les vamps. Pin-up et strip-tease.
Elle se frottait contre vous comme une allumette, mais avec moi ça prenait pas.
-Ne joue pas les ignifugés.
-Puisque je te dis qu'elle était pas mon type de femme.
-Vous la trouviez jolie ?
-Mignonne, sans plus.
-Ne te gĂŞne pas pour moi.
-C'est pour moi.
-Vous vous disputiez ?
-Des observations, quand elle se tenait mal.
-Ne fais pas ça, dis bonjour…
-Vous venez souvent ici ? -C'est un caprice.
-Sous quel prétexte ? Pêche, affaires ? Maryse ?
-Lassitude, amour de la nature et goût du pittoresque.
OĂą voulez-vous en venir ?
Que de questions pour un incident aussi banal.
Elle a été victime de l'obscurité, une chute malencontreuse.
Sa tête a heurté une pierre, fracture du crâne, asphyxie.
Ce n'est pas avec cette affaire que vous aurez de l'avancement.
-Il y a un ennui : il faisait clair de lune,
et elle n'est pas tombée accidentellement.
Il y a eu lutte,
d'après les traces de piétinement relevées sur le sol.
Et lutte violente, car la victime porte des ecchymoses.
Ce n'est donc pas un accident, c'est un meurtre.
-Il fallait le dire.
-Ça me regarde.
-Une jolie fille passe dans la nuit, on lui saute dessus, elle résiste…
Crime classique de rĂ´deur.
Pour quelle autre raison l'aurait-on assassinée ?
-Je vous le demande.
-Elle ne tournait pas autour de moi.
-Ni de moi.
-Tiens, vous vous réveillez.
-Un crime, c'est plus intéressant qu'un accident.
-C'est donc autour de vous qu'elle tournait.
-Pas particulièrement.
-Un peu tout de mĂŞme. D'oĂą vos observations.
-Oh, des "observations"… -Quand elle se tenait mal.
-Voilà , c'est donc pour ça.
-Pour ça que quoi ?
-Pour ça que Madame a giflé Marco hier après-midi.
-On a le droit de se disputer.
-Elle m'a giflé, mais j'y ai rendu, sa gifle.
On s'est réconciliés.
-Jalouse ?
-Je ne voulais pas que Maryse me ridiculise.
-Oui. Elle s'est contentée de boucler la petite dans sa chambre.
-Sur votre conseil.
-Vous l'avez enfermée ? -J'avais laissé la clef sur la porte.
-Quelqu'un lui a ouvert. Donc elle n'est pas sortie seule.
-Vous vous laissez aller. Ça peut mener loin.
-Suivez-moi. Vous êtes la maîtresse de Marco.
-Quel flair, inspecteur.
-Qui est sensible à Maryse. -Elle était pas mon type.
-Vous les surprenez, vous giflez Marco, vous la menacez.
-Des mots en l'air.
-Vous reconnaissez l'avoir menacée ?
-Si on tuait les gens quand on en a envie,
vous seriez pas lĂ .
-Regardez-moi. Vous tueriez une femme pour moi ?
Non. Alors.
-C'est l'évidence même.
Il est vrai qu'avec les femmes… Enfin, passons.
Je peux me retirer, Maryse n'a pas été ma maîtresse,
je n'ai pas été l'amant de cette personne.
-"Cette personne" ? Soyez poli.
Attention, hein. -Attention Ă quoi ?
-Ă€ ce que vous allez dire.
-Je n'ai rien Ă dire.
-Vous avez déjà été condamné, vous ? -Des bricoles. 3 mois.
-Quant à vous… -Que des non-lieux.
-Six. C'est un record.
Qu'est-ce que vous voulez ?
Vous avez fait 2 ans pour vol Ă la tire.
-Non, cambriolage. J'étais jeune, ambitieux.
-Vous vous expliquerez mieux Ă Paris.
Tout le monde quai des Orfèvres. Ce soir, nous y verrons plus clair.
Un conseil :
emportez du linge et des affaires de toilette.
-Mais ma parole, il va m'arrĂŞter.
-Non, non !
-C'est fini, oui ? -Je préfère tout vous dire.
-Ne cherchez plus, monsieur l'inspecteur.
C'est moi qui ai tué Maryse.
-T'es folle ? -Non, c'est moi.
Je ne l'ai pas fait exprès, bien sûr.
Exprès ou pas…
Elle était mauvaise.
Le vice dans la peau.
Elle voulait faire la vie,
aller Ă Paris.
Elle m'a appelée cette nuit. J'ai cru qu'elle était malade.
-Vous lui avez ouvert la porte ? -Oui, et elle s'est enfuie.
-Vous l'avez suivie ?
-Et je l'ai rattrapée à la passerelle.
J'ai voulu la retenir,
elle s'est débattue…
-Continuez.
-Elle m'a frappée.
Je ne sais pas comment ça s'est fait.
Elle a glissé.
-Et ensuite ?
-C'est tout.
Je n'ai plus de fille.
Permettez que je prenne mes affaires.
-Je vous en prie.
-Je viens avec toi.
-Vous n'avez plus besoin de nous ? On peut disposer ?
-Ça va. Je vous ai assez vu.
-Et cette fois, je ne suis pas allé jusqu'au non-lieu.
-Je vous verrai un jour dans mon bureau.
-J'en connais le chemin. Tout le plaisir sera pour moi.
-Maintenant, à moi, tu peux bien dire la vérité ?
Non ?
Ă€ ta vieille copine.
-Que veux-tu que je te dise ?
Tu as entendu ce que disait le vicomte hier.
J'ai eu peur pour Maryse.
Maryse, malgré tout, c'était ma gosse, tu comprends ?
J'ai cru qu'elle m'écouterait. Elle ne m'a pas écoutée.
-Elle avait vraiment des preuves ? Je croyais qu'elle se vantait, moi.
-On voit bien que tu la connais pas.
Je suis allée la trouver cette nuit, vers 1 h.
Je lui ai mis le marché en main :
elle me remet les papiers, et je lui donne de l'argent.
Elle a fait semblant d'accepter.
Nous sommes sorties par lĂ ,
et arrivées à la passerelle…
Laisse, va, laisse.
Elle a sorti les papiers.
Elle m'a dit qu'elle allait les porter Ă la police.
Elle disait des choses horribles.
J'ai voulu la retenir,
mais elle était déchaînée.
Elle s'est débattue à coups de pied, à coups de poing.
Elle m'aurait tuée.
Puis elle à glissé.
Sa tête a cogné la borne d'amarrage.
Elle n'était même pas évanouie.
J'ai pris les papiers qu'elle avait lâchés.
J'ai voulu l'aider Ă se relever,
mais elle m'a repoussée, et elle s'est sauvée.
J'ai cru que c'était rien… Je l'ai pas suivie.
J'étais si fatiguée. Si fatiguée.
Elle a dĂ» tomber Ă l'eau un petit peu plus loin.
Tiens, voilĂ les papiers.
Maintenant, elle fera plus de mal Ă personne.
-Tiens, Martial a retrouvé la Jaguar,
Ă 8 km d'ici, que de coĂŻncidences.
-Vous vendez des voitures d'occasion…
-Moi, je ne fais que la voiture française.
-Je suis prĂŞte. -Alors on s'en va.
On n'aura pas perdu son temps.
Des affaires comme ça, j'en voudrais tous les matins.
-Je me plaisais bien chez toi.
-Je te garderai ta place. Et puis, on va s'occuper de toi.
Il faut avoir confiance, ma Julie.
-Pour moi, le plus dur est fait. Le reste…
-Ça coûte cher, un bon avocat ? -Il y a des occasions.
-On peut avoir deux cafés ? -Bien sûr.
-Avec du lait et des croissants ? -Les croissants sont d'hier.
-Ca fait rien.
-On peut les passer au four.
-Donnez-nous aussi du beurre.
-Eh ben, patron, vous venez, oui ?
-Voilà , voilà . Ça commence.
-C'est sympa, ici, tu ne trouves pas ?
-Oh, vise le pick-up.
Musique joyeuse
-Elle est marrante, la mĂ´me.
-Oui. Occupe-toi de tes tasses.
-Hé, ça vient, ces cafés ? -Ça vient.
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