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- Salut, Lucky. Ça va ? - Tu n'es rien.
Toi non plus.
- Bonjour, mon cher. - Salut, chérie.
J'ai mis plein de sucre et de crème. Comme tu aimes.
Parfait.
- Lucky. - Allons bon.
- Le tabac va te tuer. - Trop tard, il a raté son coup.
- Bon, à plus. - D'accord.
Au revoir, Lucky. À la prochaine, Joe.
Tu es coincé ?
Un mot en sept lettres qui signifie "augure".
- J'ai trouvé. - Vas-y.
- "Présage". - P-R-É-S-A-G-E.
- C'est ça. Merci, chérie. - Donne-moi-ça.
Celui-là est facile.
Mais tu dois morfler avec celui du dimanche.
Donne-moi un autre mot.
"Salopard" en trois mots. Ça commence par un "J".
C'est malin.
Connards.
- Buenos dias, Lucky. - Buenos dias.
- Ça va ? - Pour l'instant, oui.
- Qui c'est déjà ? - C'est mon fils cadet, Juan.
Juan ? C'est John en anglais.
Comme John Wayne. Juan Wayne.
- Il va avoir dix ans samedi. - C'est formidable.
C'est son anniversaire.
J'y vais. C'est l'heure de mes émissions.
Juan Wayne.
Parlez-nous de vous.
Je suis Stephanie Moreno, je viens de Pueblo, Colorado
et je suis là pour gagner de l'argent.
Je suis David Mulbec, je viens de Chicago
et je suis là pour gagner de l'argent.
Marlene Moscavitz, j'habite Ann Harbor
et je suis là pour gagner de l'argent !
Découvrez qui remportera le grand prix
de Devinez quoi.
Vous a-t-on refusé une assurance-vie ?
On nous crie toujours dessus.
Vous pouvez obtenir une police...
Et merde.
Le réalisme, ça existe ?
D'accord, ça existe.
D'accord. Et ça fait huit lettres ?
Attends une minute.
D'accord. "Réalisme, nom."
"Attitude ou pratique qui accepte et traite
"la réalité telle qu'elle est."
Deuxième définition.
"Caractère de ce qui représente une personne, une chose
"ou une situation par une description objective de la réalité."
J'ai toujours pensé qu'on pouvait tous tomber d'accord
sur ce qu'on voyait devant nous.
Mais c'est débile. Je ne vois pas
les choses comme toi tu les vois.
Réalisme.
C'est ça. C'est du lourd.
Elle va se planter.
- Le Haut Moyen Âge ? - Non, désolé.
La réponse, c'était la Renaissance.
Tu t'es plantée, chérie. Tu peux dire adieu à ta Buick.
D'accord, mon pote. À la prochaine.
Vous me connaissez, je n'aime pas faire scandale.
Va te faire foutre, c'est vrai.
Un beau soir, je décide de les confronter tous.
Je ferme la porte.
J'envoie tout le monde en cuisine.
Je décroche mon flingue de pacotille.
Et je dis : "Messieurs, si vous voulez me baiser,
"toi en particulier, il faut d'abord m'inviter à dîner."
Et là, j'envoie deux pruneaux dans le plafond.
J'ajoute ensuite :
"Je sais que vous tapez tous dans la caisse.
"Ne. Soyez. Pas. Cupides."
Et je n'ai plus jamais perdu d'argent.
Elle était debout là, dans la fumée des coups de feu,
et tout le monde chiait dans son froc.
Je n'ai jamais rien vu d'aussi sexy.
Je l'ai séduit grâce à mon charme féminin.
Quelle classe. Je suis charmé.
Tu as fait plaisir à maman hier soir.
- Lucky. Un Bloody Maria ? - Por favor.
- Lucky. - Hé, Paulie.
Quoi de neuf ?
- Le réalisme, ça existe. - Ah bon ? Comment ça ?
C'est une attitude ou une pratique qui accepte et traite
la réalité telle qu'elle est.
En gros : "La réalité, c'est ce que je vois."
Mais ma réalité est différente de la tienne.
- Elaine. - Quoi ?
- Le réalisme, ça existe. - Quoi ?
- Le réalisme. - C'est reparti.
- Vincent, passe-moi mon flingue. - Doucement, mon vieux.
Tu ne fais pas le poids.
- Salut, Howard. - Howard, je te sers quoi ?
Un truc fort.
- Que se passe-t-il, Howard ? - President Roosevelt s'est échappé.
- De quoi parlez-vous ? - De President.
- Lequel ? - Roosevelt.
Oui, justement, lequel ?
On parle de ma tortue terrestre. President Roosevelt s'est enfui.
Il a 100 ans. Comment a-t-il pu s'échapper ?
J'ai ouvert le portail pour aller chercher le courrier.
Ta boîte aux lettres est en Europe ?
Je l'ai vu lorgner le portail l'autre jour.
Il a dû minutieusement planifier ça.
J'ai fait le tour du quartier.
As-tu fait le tour de ton jardin ?
Je vous signale qu'on parle de son meilleur ami.
- Merci, Lucky. - Pas de quoi, Howard.
Tu as raison. Désolé. Je ne devrais pas me moquer.
Il va me manquer. Il a enterré deux de mes femmes.
- Je vais au WC. - D'accord, mon pote.
Tu sais,
l'amitié entre l'homme et l'animal, c'est essentiel,
c'est spécial.
Et l'amitié, c'est essentiel pour l'âme.
Quoi ?
L'amitié, c'est essentiel pour l'âme.
Ça n'existe pas.
- Quoi, l'amitié ? - L'âme.
Pas la peine de hurler, crétin.
Tu vas laisser ta femme me parler sur ce ton ?
Je ne suis pas sa femme. C'est mon homme.
Et pour moi,
depuis 30 ans, il n'est que locataire.
- Sonny and Cher. - Je leur lève mon verre.
Tu sais qu'ils ont divorcé.
Heureusement, on ne s'est jamais mariés.
Bon sang.
J'en ai assez de ce truc.
Pouvez-vous... Laissez tomber.
Mon Dieu...
Pourquoi ?
Alors, mon pote. Comment vas-tu ?
À toi de me le dire.
Bon, voyons un peu.
Tension : 115 / 70. Très bien. Merci, Debbie.
Pas de fracture. C'est bien.
Rien d'anormal au scanner. Pas de symptôme de commotion cérébrale.
La tension artérielle est bonne. Ton cœur est en pleine forme.
Les poumons, ça va, malgré le tabac.
- Combien de paquets par jour ? - Un paquet, peut-être.
Je ne peux pas expliquer ça.
C'est un mystère, une anomalie scientifique.
Je ne vois qu'une explication : des gènes formidables
et une constitution à toute épreuve.
Je ne te conseille pas d'arrêter de fumer.
Ça te ferait plus de mal que de bien.
Mais je ne dirais ça à personne d'autre.
Alors, c'est tout ?
Récapitulons. Tu étais debout et tu as ressenti
- des vertiges ? - Non.
- Tu es juste tombé ? - Oui, c'était bizarre.
J'attends les résultats des examens.
Je te contacterai, on verra ça ensemble.
- C'est tout ? - Oui.
Je vais survivre ?
Sur le plan cardiaque et en termes de cancer,
tu ne risques plus rien.
Et puis ?
Il faudra sans doute une balle en argent
ou un pieu dans le cœur.
On dirait que plus tu vieillis, plus tu deviens résistant.
Mais pourquoi suis-je tombé ?
- T'étais saoul ? - Non.
- Tu ressens souvent des vertiges ? - Jamais.
- Tu fais de l'exercice ? - Oui, je marche tout le temps.
Je fais cinq exercices de yoga par jour.
21 répétitions chaque. Depuis des années.
- Tes genoux lâchent parfois ? - Non.
On peut approfondir,
mais pour moi, la réponse sera la même.
C'est à dire ?
Tu es vieux. Tu vieillis.
- C'est ton diagnostic ? - Oui.
C'est n'importe quoi.
Le corps finit par lâcher tôt ou tard.
Personne n'est immortel.
On finit tous par mourir.
Je peux faire d'autres tests,
mais je ne veux pas te faire subir ça.
Alors, je suis censé faire quoi ?
Je crois que le moment est venu
d'engager une aide à domicile.
Une quoi ?
Une aide à domicile. Pour t'aider à cuisiner,
- faire ta toilette... - Je suis bien tout seul.
Tu ne te sens pas seul ?
Être seul et se sentir seul, ce n'est pas pareil.
J'ai vu ça avec mon père.
Il s'est mis à perdre la vue. Il ne pouvait plus conduire.
Vieillir, ça ne le dérangeait pas.
Mais sa liberté et sa mobilité lui manquaient.
Il faut savoir accepter ces choses-là.
Ça fait partie du processus.
Et ton vieux, comment va-t-il ?
Il est mort il y a un an.
Il s'est éteint paisiblement.
Peu de gens atteignent ton âge.
On se fait tuer par un bus ou une leucémie.
On arrive rarement au stade où tu trouves.
On peut observer ce que tu traverses,
on peut examiner tout ça, mais tu dois aussi accepter ton destin.
Je sais, c'est difficile à digérer,
mais tu es dans une forme phénoménale pour ton âge.
En cas de besoin,
appelle-moi ou bien passe directement.
Tu as été formidable aujourd'hui. Tiens, c'est pour toi.
Et je me la fourre dans le cul ?
C'est une sucette. Tu n'as qu'à sucer.
Mince alors.
Tu n'es rien.
C'est ça.
Tu me fais toujours le coup.
Kneedler a dit que je pouvais fumer.
Pas ici. Et Kneedler t'a dit ça quand ?
Ce matin.
Tu sais, je m'inquiétais un peu.
C'était pour un examen de la prostate, pas vrai ?
J'ai fait une chute.
Je suis tombé sur mon cul décharné.
- Et ça va aller ? - Tout est subjectif.
Pam. Loretta. Lucky a fait une chute.
Pas la peine d'en faire tout un plat.
- Kneedler a dit quoi ? - Je suis vieux.
- Non ? - Il t'a donné un truc ?
J'en sais rien. C'est n'importe quoi.
Attends, où tu vas ?
Connards.
Buenos dias.
Donne-moi trois paquets.
Tiens, garde la monnaie.
- Ça va aller ? - Je ne sais pas.
Samedi, c'est l'anniversaire de Juan Wayne.
Ah bon ?
On organise une grande fiesta,
avec un château gonflable, une piñata, des mariachis
et beaucoup de nourriture.
Des mariachis ?
- Tu veux venir ? - À la fiesta ?
C'est samedi.
- Où ? - Chez moi.
- Tu vois l'école ? - Oui.
C'est la maison jaune juste derrière l'école.
Ah, oui.
On verra, d'accord ?
Gracias. Adios.
C'est votre tour, Lisa.
Pouvez-vous répondre à la question ?
C'est le 6 avril 1746. La bataille de Culloden ?
Et la réponse est...
il faudra attendre l'émission de demain.
Merci de votre attention et rendez-vous demain
dans Devinez quoi.
Salut, mec. Ça va ?
Je viens de penser à un truc
et je voulais t'en parler.
Tu as une minute ?
Quand j'étais gamin, dans le Kentucky,
j'avais une arme à air comprimé.
Elle ne tirait pas droit.
Un jour, je visais des arbres et des feuilles.
Et soudain, j'ai aperçu un oiseau moqueur
qui chantait à tue-tête dans un arbre.
Voulant lui faire peur, je l'ai mis en joue,
j'ai appuyé sur la gâchette, et l'oiseau s'est tu.
Ça reste le moment le plus triste de ma vie.
Soudain, le monde s'est empli d'un silence dévastateur.
Je repense à cet oiseau. C'est la première fois.
Je sais.
D'accord.
Merci.
Tu regardes Marché presque conclu ?
Tu plaisantes ? C'est débile.
Allons, mec, regarde l'émission une autre fois.
C'est vraiment... Bon, écoute un peu.
Tu commences avec 50 mallettes portées par 50 belles nanas.
Et dans chaque mallette, il y a un nombre.
Et ce nombre, c'est la somme que tu gagneras
si tu ouvres la mallette.
Au début de l'émission, tu choisis une mallette
que tu ouvriras à la fin.
Et là, tu ouvres une à une toutes les autres mallettes,
et les nanas te montrent combien tu aurais pu gagner.
Entre-temps, il y a un type que tu ne vois pas,
hors plateau,
qui te propose d'acheter la mallette que tu as choisie.
À la fin du jeu, tu as ouvert toutes les mallettes
sauf deux.
À toi de décider.
Tu acceptes l'argent du type,
tu prends l'argent de ta mallette
ou celui de l'autre mallette.
Mais tu ignores toujours
la somme que chaque mallette contient.
Je vois. Un type choisit une mallette,
et je dois attendre une heure pour voir ce qu'elle contient ?
Oui.
C'est trop alambiqué, ton truc de merde.
- Lucky, ça va ? - Pas la moindre idée, mon vieux.
- Il est de mauvais poil. - Il va retrouver sa bonne humeur.
Pas vrai, mon pote ?
- Deux autres caisses ? - Oui.
- Si tu veux, je peux... - Me regarder faire ?
J'ai un esprit d'exception, mais j'ai le dos fragile.
Reste assis.
Je connais cette expression. Je la voyais tout le temps avant.
Tu sais où ? Je la voyais dans le miroir.
- Et puis, il a rencontré Elaine. - C'est mon histoire.
Excuse-moi, mais on la connaît par cœur.
Je te l'ai déjà racontée ?
- Quand ? - Cent fois.
Il l'a sûrement déjà entendue.
- Je t'ai raconté ça ? - Ungatz.
Bon sang, t'as raison. Ungatz. Rien. Je n'étais rien du tout.
- T'étais un tocard. - Oui, un tocard.
Je n'avais ni plan, ni ambition.
- Une petite frappe. - Exactement.
- Tu le savais. - Oui.
Je me regardais dans le miroir
et je ne voyais qu'une chose : ungatz.
Je me détestais.
- Et que s'est-il passé ? - Tu as rencontré Elaine.
Bon sang, c'est incroyable.
Tu m'écoutes vraiment. C'est formidable.
Enfin bref, je rencontre cette femme fantastique.
Et elle rencontre un tocard, un minable.
Essaie-t-elle de me changer ? Non.
Me demande-t-elle de changer ? Non.
Elle m'accepte tel que je suis.
- Tel quel ? - Oui, tel quel.
Je suis toujours ungatz. Je ne suis rien du tout.
Et soudain, j'ai tout. C'est quelque chose, non ?
- Quelque chose pour toi. - Ce que je veux dire,
c'est que si ça peut m'arriver à moi,
- ça peut arriver à quiconque. - Même toi.
N'importe quoi.
Bon sang.
Je pense qu'un testament et un mandat médical suffiront.
Howard, où étais-tu passé ? Je t'attendais.
- Qui est-ce ? - Salut, Lucky.
Je te présente mon avocat, Bobby Lawrence.
Enchanté, Lucky.
Pourquoi les requins évitent-ils de manger des avocats ?
Ça ne se fait pas entre collègues.
Oui, je la connais, elle est bien bonne.
Vous allez l'aider à retrouver Roosevelt ?
Non, il m'aide à préparer mon plan.
- Quel plan ? - Ma fin de vie.
Tu vas mourir ?
Non, il se prépare au cas où.
Au cas où quoi ?
Personne ne vit éternellement.
Il faut donc se préparer à assurer
le bien-être de nos proches.
Tu as des proches maintenant ?
Quand je partirai, je veux tout laisser
à President Roosevelt.
Ta tortue ?
- Ce ne sera peut-être pas... - Tortue terrestre.
Il vivra encore au moins 100 ans.
- Cent ans ? - Oui.
- Lucky, vous me rappelez... - La ferme, connard.
Roosevelt ne vient-il pas de s'enfuir ?
Oui, mais ainsi, tout sera prêt quand il reviendra.
- Comme un pigeon voyageur ? - Non, il n'est pas comme ça.
Il ne reviendra pas, Howard. Tu es tout seul, maintenant.
On arrive tout seul et on repart tout seul.
- C'est drôlement lugubre. - C'est magnifique.
"Seul" et "solide" ont la même racine indo-européenne.
C'est dans le dictionnaire.
- Il me manque. - Tu t'en sortiras, Howie.
La tortue est une créature formidable.
Elle est noble comme un roi et gentille comme une grand-mère.
Mon ami me manque.
J'aime sa compagnie et sa personnalité.
Il n'est plus là, c'est tout.
Il est quelque part, qui sait où ?
Ou alors il n'est nulle part.
Il est sûrement sain et sauf.
Vous pouvez aller vous faire foutre.
Vous vous moquez bien de lui. Vous êtes là pour le plumer.
Espèce de lamproie, sangsue, vautour.
Vous lui volez son dernier centime
pour léguer tout ça à une tortue.
C'est une tortue terrestre !
Tu vois le saguaro de ton quartier ?
Il sortait à peine de terre quand Roosevelt est né.
Ils ont le même âge. Ils ont grandi ensemble.
President Roosevelt est né au fond d'un trou dans le désert.
À l'époque, il était grand comme mon pouce.
Et une étincelle s'est produite dans son petit cerveau.
Il s'est faufilé hors de son trou et il a regardé le monde en face.
Vous trouvez que la tortue terrestre est lente.
Moi, je pense au fardeau qu'elle porte sur son dos.
Oui, cette carapace la protège.
Mais c'est aussi son futur cercueil.
Et la tortue doit porter ce cercueil toute sa vie.
Allez-y. Riez. Mais je le trouvais émouvant.
Vous voyez ce que je veux dire ? Je le trouvais touchant.
Dans cet univers,
il y a des choses qui nous dépassent.
Comme la tortue terrestre.
Espèce de connard.
Je vais vous donner une leçon.
Lucky, pas de bagarre dans mon bar.
- On n'a qu'à aller dehors. - Tu plaisantes, Lucky ?
M. Lucky, je ne pense pas...
Je ne fais pas le poids ?
J'ai affronté les Japs. Vous ne me faites pas peur.
Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.
Dehors. Cinq minutes. À mains nues.
- Lucky... - Cinq minutes !
Lucky !
- Il va sortir ? - Tu plaisantes ?
Il ne veut pas t'affronter.
Il a peur, ça se comprend.
Du calme, Lash LaRue. Tu le massacreras une autre fois.
Il y a quarante ans, je ne lui aurais pas laissé le choix.
Il y a quarante ans, il portait encore des couches.
- Laisse tomber. - D'accord.
Où vas-tu ?
Rentre chez toi, Lucky.
Paulie ?
SORTIE
Salut. Ça va ?
- Comment es-tu arrivée ici ? - En voiture.
- Comment sais-tu où j'habite ? - Tout le monde le sait.
- Quoi ? - On se connaît tous.
Tu sais où j'habite, non ?
- Près de l'église ? - C'est ça.
Qu'est-ce que tu veux ?
Je m'inquiétais pour toi.
Je voulais voir si tu allais bien.
Pas de quoi. Sympa, cette tenue de cow-boy.
Merci d'être passée.
Bon sang, comment es-tu rentrée ? Je croyais que tu étais partie.
Désolée, j'ai frappé. La porte n'était pas fermée.
Tu m'as fichu une trouille bleue.
Tu étais un petit garçon tellement mignon.
Et tu étais si beau en uniforme,
Ce sont tes enfants sur la photo à la plage ?
Tu as déjà été marié ?
Et toi ?
Tu vas quelque part ?
Tu aimes les jeux télévisés ?
Tu aimes la beuh ?
- Ce n'est pas un jeu. - C'est la fin.
C'est formidable. Qui est-ce ?
Liberace. Ça ne te dit rien ?
Si j'ai entendu parler de lui. Il est génial.
J'ai honte. Je suis un vrai connard.
Je méprisais ce type
parce que je le considérais comme une tapette délurée.
Écoute-le. Ce mec est génial.
Et j'ignore comment il fait
pour jouer du piano avec ses bagues. C'est impressionnant.
Regarde-le.
Je ne vois vraiment pas
pourquoi j'étais obnubilé par sa vie sexuelle.
Il baisait. Tant mieux pour lui.
Moi, je n'arrive même plus à bander.
J'espère n'avoir oublié personne.
Mais si, j'ai oublié quelqu'un...
Merde. Je dois filer. Je suis en retard.
Je dois retourner au restau. Joe va me tuer.
D'accord.
À la prochaine.
Quoi ?
- Je peux te dire un secret ? - Absolument.
Tu ne répéteras ça à personne ?
J'ai peur.
Je sais.
Songes-tu parfois à ce qui a précédé ta naissance ?
Non, jamais. De quoi tu parles ?
D'un nouveau départ.
C'est pour tes mots croisés ?
Je pensais à un truc qui m'est arrivé
quand j'avais douze ou treize ans.
- Vraiment ? - Oui.
J'étais chez ma tante Beulah, tout seul.
Je ne sais plus pourquoi.
Et soudain, j'ai fait une crise d'anxiété.
J'ai paniqué. J'étais mort de peur.
Je me disais qu'il n'y avait rien.
Que tout était noir, que tout était vide.
Et j'étais mort de trouille, mec.
- À 13 ans ? - Oui.
Que s'est-il passé ?
Je ne sais plus. Ma tante est revenue,
et ma crise a pris fin.
- Salut, Bob. Ça va ? - À merveille et mieux encore.
Assieds-toi où tu veux.
Tu sais quoi, Joe ? Je boirai mon café sur la route.
Je prépare un pot frais.
D'accord.
Bonjour. Salut.
Ça va ?
Pauvre connard.
Toujours aucune nouvelle de President Roosevelt.
Pourvu qu'il revienne vite. Howard est atterré.
On dirait un vieux couple hétérosexuel.
Je préfère encore les silences gênants aux banalités d'usage.
Très bien, j'ai pigé.
- Ça va ? - Je me sens frêle.
- Pourquoi ? - Je suis tombé.
- C'est bien dommage. - Ouais. Ça m'a un peu sonné.
Il y a deux ans,
j'allais chercher ma fille en voiture
à l'école.
Alors que j'allais tourner
pour entrer dans le parking, j'ai failli me prendre
un camion à ordures de plein fouet.
Ce camion est vraiment passé
à deux doigts de ma voiture.
Ça s'est joué à une fraction de seconde.
Deux minutes après, ma fille m'a rejoint
comme si de rien n'était. Et c'est vrai, rien ne s'était passé.
Mais...
ça m'a vraiment secoué.
J'ai encore la chair de poule rien qu'en y pensant.
Tiens, Bob.
- C'est la maison qui offre. - Merci, Joe.
- Je peux m'asseoir avec vous ? - Allez-y.
Vous n'avez pas d'enfants, Lucky ?
Pas autant que je sache.
- Vous avez été marié ? - Jamais.
- Amoureux ? - Si on veut.
Ainsi vont les choses.
Qui sait ce que réserve le futur ?
Toute ma carrière est basée là-dessus.
Testaments et fiducies.
Il faut se préparer à l'imprévisible.
On ne le voit pas,
mais il arrive quand même.
- C'est écrit. - Oui, quelque part.
Quand je suis rentré chez moi avec ma fille ce jour-là,
j'ai aussitôt rédigé mon testament.
J'ai stipulé mes dernières volontés. Augmenté ma police d'assurance.
J'ai payé ma crémation d'avance.
Désormais, s'il m'arrive quelque chose...
S'il m'arrive quelque chose,
ma famille n'aura pas
à affronter la bureaucratie de la mort.
Il leur suffira d'appeler un numéro,
et on viendra prendre mon cadavre.
Et ils pourront vivre leur vie
sans jamais devoir s'inquiéter.
Mais pour vous, ce scénario ne change rien.
- Pourquoi ? - Vous serez quand même mort.
Ça va ? Comment vas-tu, ma belle ?
Salut, Lucky.
- Comment s'appelle-t-elle ? - Fiona.
Salut, Fiona. Quelle chienne magnifique.
Tu as un animal ?
- As-tu déjà songé à en adopter un ? - Non.
J'en ai plein. Ils cherchent un foyer stable.
Un foyer stable ?
C'est quand on adopte un animal
et qu'on lui fournit un refuge permanent.
Rien n'est permanent.
Entre, je vais te faire visiter le magasin.
C'est La Vie des animaux là-dedans.
- Ils sont magnifiques, non ? - Oui. Et bruyants.
- Tu as des oiseaux moqueurs ? - Non, mais je peux en commander un.
Non, merci.
- Ce sont des tortues terrestres ? - Non, des tortues aquatiques.
La tortue terrestre de mon ami Howard s'est enfuie.
- Mince. - Eh oui.
On dit qu'elles peuvent vivre 100 ans.
Absolument, et parfois même 200 ans.
- Vraiment ? - Oui.
- C'est quoi ? - Des grillons.
On peut les adopter aussi ?
Non, les gens les achètent pour nourrir leurs reptiles.
Bonjour, asseyez-vous où vous voulez.
- Vous êtes un ancien Marine ? - Oui.
- Et vous ? - US Navy.
D'accord. On vous adore.
Vous êtes le véhicule qui nous mène au champ de bataille.
J'ai lu quelque part que les Marines ne sont pas capables
de comprendre le fonctionnement d'un navire.
- La 2e Guerre mondiale ? - Dans le Pacifique.
Pareil pour moi.
Vous avez fait les Philippines ?
Oui, j'ai passé deux ans dans ce petit coin de paradis.
Moi aussi. Mais je n'ai jamais débarqué.
Vous êtes un sacré veinard.
- Je vous sers du café ? - Oui, noir, s'il vous plaît.
- Et une tranche de tarte. - Très bien.
Je vous la réchauffe ?
- D'accord. - Merci quand même.
Je peux me joindre à vous ?
Venez donc vous asseoir.
- Fred Sparks. - Moi, on m'appelle Lucky.
J'étais cuisinier.
C'est censé être le poste le plus facile de l'US Navy.
C'est pour ça qu'on m'appelle Lucky.
- Quel genre de navire ? - Un LST.
Un bâtiment de débarquement de chars ?
Pour nous, c'était surtout une grosse cible lente.
On transportait des munitions pour les grands cuirassés.
On naviguait sur un bâton de dynamite.
Votre navire a-t-il été frappé ?
Presque. Une fois.
Chaque soir, au crépuscule,
les kamikazes rasaient les vagues,
en contre-jour, pour venir frapper nos navires.
Un soir, un de ces kamikazes se dirigeait
droit vers notre navire de munitions.
Et soudain, à une centaine de mètres,
l'avion fit une embardée et plongea droit dans l'eau.
Un de nos mitrailleurs avait touché le pilote.
- Coup de chance. - Pas pour le pilote.
Vous êtes allé directement aux Philippines ?
Non, on s'est d'abord arrêté à Tarawa et à Okinawa
pour leur donner une leçon.
Tarawa, bon sang.
- Tenez. - Merci, ma chère.
- Je vous en prie. - Merci beaucoup.
Je pense toujours aux Philippins.
Ils se cachaient. Ils avaient peur de nous.
Les Japs leur avaient dit qu'on les violerait et les tuerait.
On s'est emparé de la plage,
et les Philippins qui avaient survécu à la fusillade se sont mis
à balancer leurs enfants du haut de la falaise
avant de se jeter eux-mêmes dans le vide.
Ils préféraient se suicider plutôt que nous affronter.
Et je me rappelle cette petite fille. Elle devait avoir sept ans.
En haillons.
Elle avait dû nous voir venir.
Elle avait dû sortir d'un trou ou je ne sais quoi.
Et soudain,
un magnifique sourire est apparu sur son visage.
Ce n'était pas une façade. Ça venait tout droit
de son for intérieur
Bon sang, dans un merdier pareil,
un sourire comme ça, ça fait tache.
On est restés comme pétrifiés.
On était couverts de merde,
entourés de cadavres taillés en pièces
et d'arbres abattus.
Et pourtant, elle nous faisait un grand sourire.
J'ai dit à notre infirmier :
"Regarde, en voilà une au moins qui est heureuse de nous voir."
Il a répondu : "Elle n'est pas heureuse.
"C'est une bouddhiste.
"Elle pense qu'elle va se faire tuer et elle sourit face à son destin."
Je pense au visage de cette petite fille,
à son beau sourire.
Au milieu de toute cette horreur, elle savait malgré tout inspirer...
la joie.
On ne donne pas de médaille pour ce genre de bravoure.
Salut, Lucky. Voilà du flan.
- Je l'ai fait moi-même. - Merci.
Et voici ma mère, Victoria.
Elle parle un peu anglais. Il s'appelle Lucky.
- Hola. - Enchanté, chère madame.
- Mucho gusto. - Bueno. Je reviens, d'accord ?
Que signifie le nom Victoria en anglais ?
- Victoire. - D'accord.
Che Guevara disait : "Hasta la victoria siempre."
J'ai une bonne prononciation,
mais ma conversation est limitée.
Votre prononciation est parfaite.
Vous êtes drôlement doué.
Ma fille vous estime beaucoup.
Elle dit que vous adorez la musique mariachi.
Veuillez m'excuser.
- Lucky. - L'un de vous me trahira.
N'importe quoi. On va tous te trahir.
T'as l'air en forme. Où étais-tu passé ?
J'étais à une fiesta.
- T'as déjà mangé du flan ? - Non.
J'adore ça. Ça a une consistance inhabituelle.
Howie, tu as retrouvé ton reptile ?
Non, mais c'est gentil de demander.
Ça va. Je laisse tomber.
Mais il a vraiment dû patiemment planifier sa fuite.
Et il a tout fait pour m'empêcher de retrouver sa trace.
Mais je réalise que ça n'a rien à voir avec moi.
Il voulait juste partir ailleurs
pour faire ce qui lui semble important.
Et je m'en veux de l'avoir retenu aussi longtemps.
J'ai donc arrêté de le chercher.
Et qui sait ? Il reviendra peut-être.
Il sait où me trouver. Je laisserai le portail ouvert.
À Roosevelt.
Les règles, tu ne connais pas ?
Tu n'as pas le droit de fumer ici.
On pouvait fumer en 1968.
On n'est plus en 1968, chéri.
Un de ces jours, je fumerai quand même.
Je suis chez moi. Je dicte les règles.
La propriété, c'est un non-sens.
Tu n'as qu'à respecter les règles.
L'autorité, c'est un truc arbitraire et subjectif.
C'est à cause de ce genre d'attitude qu'on t'a viré d'Eve's.
- Qu'en sais-tu ? - Tu as fumé là-bas.
C'est ce que tu crois.
Sinon, pourquoi t'aurait-on mis dehors ?
On ne m'a pas mis dehors. Je suis parti.
- Quelle belle histoire. - J'aime bien cette histoire.
- Ce n'est pas ça. - Alors, c'est quoi ?
- C'est la vérité. - Tu as fumé, voilà la vérité.
Rien à voir avec les cigarettes.
On parle de ce que je sais et de ce que tu crois savoir.
J'aurais voulu voir ça.
Tu aurais sans doute tout raté.
Tu as enfreint le règlement. Ils t'ont viré.
La voilà, la vérité.
On n'est pas d'accord. Ce n'est pas bien grave.
Non. Je connais la vérité. Et la vérité, c'est important.
Ça existe, pas vrai ?
Oui, la vérité existe.
Qui sommes-nous ? Que faisons-nous ?
Cette vérité, il faut l'accepter. Il faut lui faire face.
Parce que la vérité de l'univers nous attend.
- Je suis perdue. - La vérité qui nous attend tous.
C'est à dire ?
Tout va disparaître.
Toi, toi, toi, toi et moi, cette cigarette, tout le reste...
Tout disparaîtra dans le vide, l'obscurité.
Personne n'est aux commandes.
Et que nous reste-t-il ?
Ungatz.
- Ungatz. - Rien.
Rien du tout.
C'est tout. Il n'y a rien d'autre.
- Et on est censé faire quoi ? - Oui, que fait-on ?
On sourit.
FERMÉ
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