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- Vous vous moquez de moi. - Moi, monsieur ?
- Oui, monsieur. - Oh, monsieur !
Vous deviez me verser 2 millions ce matin, 10 h.
Il est midi et j'attends encore.
Je vous dis qu'il m'est impossible de faire ce versement aujourd'hui.
Oui. Et votre parole ?
Je vous ai donne ma parole. Je ne peux pas tout vous donner.
Allons, pas de faux-fuyants.
J'ai une echeance de 6 millions. Je veux faire honneur a ma signature.
Voulez-vous accepter 500 000 francs aujourd'hui ?
Non ! 2 millions, et c'est mon dernier mot !
- Ou voulez-vous que je les prenne ? - Je prefere ne pas le savoir.
Alors...
Je vous attends tout a l'heure a mon bureau.
- Alors, ces 2 millions ? - Je vous dis que je ne peux pas.
- Vendez vos sulfates. - Jamais.
- Bazardez vos fonds d'Etat. - Voulez-vous ma chemise, aussi ?
- Je veux mon argent. - Mais mon cher, c'est la crise !
- Je veux l'ignorer. Mon argent ! - Mais vous rabachez !
- Mes 2 millions ! - Ah ! Non !
- Escroc ! - Ah, vous l'aurez voulu !
Stop ! Ca va, arretez !
Vous etes mauvais comme des cochons, vous m'entendez ?
Ca ne va pas, messieurs ! Pas du tout !
Ou avez-vous appris a jouer la comedie ?
C'est effroyable ! Nous n'y arriverons jamais !
Vous etes au-dessous de tout !
Vous me jouez des financiers avec des figures d'honnete homme.
Vous n'avez jamais vu de financier ? Espece de marchands de marrons !
Vous etes au-dessous de tout, vous m'entendez ?
- Monsieur... - On pourrait...
Ca va ! On n'est pas a la Comedie-Francaise, ici !
Mais il y a le texte qui...
Mais je m'en fous, moi, du texte !
- Il est idiot, le texte ! - Ca alors !
Dispensez-nous de votre appreciation !
Vous me jouez ce sketch comme des nouilles !
Ca veut faire du theatre
et c'est pas foutu de faire un figurant.
Je ne peux pourtant pas le jouer a votre place, le sketch !
Allez donc planter des choux de Bruxelles au Sahara !
Allez dire a ces 2 andouilles de venir dans mon bureau.
Bien, M. le directeur.
Allez, ouste ! Au tableau suivant ! Foutez-moi le camp !
Qu'est-ce qui vient apres ?
Vous etes encore la, vous ?
Mais fichez-moi le camp ! Laissez-nous travailler tranquille !
Allons-y, chef !
"Cretin", "andouille", "cabotin"...
- Hein ? - "Hein ?" "Hein ?"
Voila ce que tu t'es laisse dire par le regisseur.
Pardon. "Cretins", "andouilles", "cabotins", c'etait au pluriel.
- Ah ? - Oui.
On partage tout, dans la vie, mon pauvre vieux :
les soucis, les engueulades,
la creme a raser, le terme...
On entend que ca : "le terme".
Tout le temps : "le terme".
Heureusement qu'on a notre conscience pour nous.
Et notre talent.
Autrement, il n'y aurait plus qu'a se foutre a l'eau.
Nous sommes des incompris, que veux-tu.
Mademoiselle Myra ?
- Mademoiselle Myra, c'est a vous. - Voila. J'arrive.
Depeche-toi.
Depechez-vous, mademoiselle Myra.
- Mais c'est a vous. - Voila, voila...
Regarde-moi ces jambes.
Pas besoin d'avoir du talent, avec ca !
Qu'est-ce que vous foutez la, tous les deux ?
On prend le frais.
Et le final, vous vous en foutez ?
C'est pas moi qui vais mettre vos costumes ! Grouillez !
Si je n'ai pas mon Napoleon et mon Louis XIV,
je vous fous a l'amende, moi !
Quel energumene, cet homme...
Manque d'education, qu'est-ce que tu veux y faire.
Tu entends ca si ca miaule ?
- Elle n'a aucun talent, cette poule. - Si : le commanditaire.
- Heureusement. - Ah, tu trouves ?
Allez voir le patron dans son bureau, il veut vous parler.
Tu ne crois pas que j'en ferais pas autant que ta Myra ?
- Bien sur ! Mais... - "Mais" quoi ?
Moi, je n'ai pas la veine d'avoir un type plein de peze.
- Alors tu me laisses tomber ? - Oh, ma louloute ! Voyons...
Oh, pardon.
Qu'est-ce que c'est que ces deux-la ?
Vous nous avez fait demander, M. le directeur.
Pas maintenant ! Je suis occupe. Une autre fois !
- Allez, foutez le camp ! - Bien. Pardon...
Allez, va. Ce n'est pas le moment. Il n'est pas de bonne humeur.
Il n'y a qu'a attendre.
Regarde-moi ca.
Ou ils sont, nos noms ?
- Tu nous vois ? Ou sont nos noms ? - Je ne trouve pas.
Tiens, regarde-moi ca.
Ils nous ont mis a la queue.
- Nos noms a la queue ! - C'est une honte.
Il faudrait une loupe pour nous voir.
3 ans au conservatoire pour en arriver la.
- 3 seconds accessits. Charmant. - Oui.
Moi, je n'ai rien eu, mais tout de meme.
Et celle-la. Tu as vu cette poule ?
Tu as vu le nom ? Tu as vu la grosseur de son nom ?
- Qu'est-ce qu'elle a, cette femme ? - Ses jambes.
Qu'est-ce que c'est que ca ?
Mon nom si petit sur cette affiche ?
Ah, on va voir ! J'ai un contrat ! Ca ne va pas se passer comme ca !
Est-ce que tu me prends pour une 1re communiante ?
Tu as vu les affiches ?
- Tu as vu ou tu m'as mise ? - Non.
A 15 metres, on ne pourra pas lire mon nom !
Mais je n'y peux rien !
Je veux des affiches avec mon nom grand comme ca.
- Il n'y a pas de place. - Coupe des noms.
Tu crois que ce sont eux qui attirent du monde ?
Mais je n'aurai jamais le temps !
Non ?
Qui est-ce qui doit parler a son ami de son petit directeur pour le...?
Oui, c'est entendu, Myra.
- Tu penseras a mes affiches ? - D'accord.
C'est entendu, va.
- N'oublie pas l'affiche. - Ne t'en fais pas.
- T'es un amour ! - Oui.
Qu'est-ce que vous voulez, vous ?
- Vous nous avez demandes. - Ah oui !
C'est vous qui jouez les financiers dans le tableau de la crise ?
La scene est coupee. Le spectacle est trop long.
- Mais monsieur... - Quoi ?
- Qu'allons-nous faire ? - Vous avez une scene au 1er acte.
- Les statues dans la scene du parc ? - Des roles muets ?
Tant mieux. Comme ca, on sera tranquilles.
Ce n'est pas avec cette revue-la qu'on sera celebres.
Oh, non...
Et pourquoi on n'est pas celebres ?
Parce qu'on n'est pas connus.
Oui. Tu fais ca...
Et on n'est pas connus parce qu'on n'a pas de publicite.
Tout est dans la publicite.
Tiens ! Ce n'etait pas prepare, mais tu vois ! Voila.
Ca, c'est de la publicite.
Elle a du talent, bravo, mais regarde son nom.
- Tu vois son nom ? - On n'aura jamais ca.
Oh, alors...
Il faut avoir de la publicite.
- Bonjour, madame. - Bonjour.
Qu'est-ce qui m'a fichu un imbecile pareil ?
Vous ne pouvez pas le laisser tranquille ?
- Vieille sauterelle ! - Sois gentil avec la concierge.
Oui, madame. Merci.
Tiens. Ca, c'est de la publicite. Tu comprends ?
S'il faut assassiner des gens pour se faire de la publicite...
Mon vieux, il faut ce qu'il faut.
Tu as des combines, toi...
C'est fabuleux. Il me vient une idee formidable.
- Ah ? - Mais formidable.
Tiens. Tu ne comprends pas ?
J'avoue que je ne comprends pas tres bien.
Mais c'est tres simple : tu vas me tuer.
- Quoi ? - Tu vas me tuer, mon vieux.
- T'es pas fou ? - Tu vas faire semblant.
- Ah, "semblant" ? - Je tiens trop a la vie.
Tu vas faire semblant de m'assassiner.
Et pourquoi je t'assassinerais ?
Je ne sais pas, moi. Tu vas m'assassiner...
Il faut chercher, evidemment. Oh !
La jalousie. Tu vas m'assassiner par jalousie.
Assassine par jalousie a cause d'une femme.
- "D'une femme" ? Quelle femme ? - Eh bien, on va trouver une femme.
Il y a bien des femmes...
Myra ! La mome Myra !
- "La mome Myra" ? - Bien sur !
On va jouer une scene de jalousie, au theatre, devant tous les copains.
Je me debine pendant un moment
et on fait croire que tu m'as zigouille.
Et toi, on t'arrete.
Et si on s'apercoit que c'est faux, moi, j'aurai des ennuis.
Il ne faut pas se moquer de la justice a ce point-la.
- C'est grave, ce truc-la. - Aucune importance.
La seule chose : tu dis que tu es innocent.
Tu insistes la-dessus. Tu dis : "Je suis innocent !"
C'est la seule facon de te faire croire coupable.
Tu crois ?
Et moi, je reviens, et nous sommes les heros d'une erreur judiciaire.
Formidable ! Qu'est-ce que tu en dis ?
- Ce serait marrant, ce truc-la. - Ca va ?
- Ca va ? Tope la, allez ! - Oui.
- On fait ca ? - Allez, on le fait.
On va commencer des ce soir la scene de jalousie au theatre.
Ca va etre marrant.
- Tu as bien compris ? - Oui.
- T'es pas malade ? - Non.
- Tu ne prefererais pas... - Tu te degonfles ?
Mais non !
- Je peux compter sur toi ? - Oui.
Allez, vas-y.
- Myra, j'ai a te parler. - Quoi ?
- C'est tres grave. - Eh ben, vas-y.
Tu chantes bien.
- Tu trouves ? - Oui.
Tu n'es pas un peu cingle, non ?
- Ecoute... - Quoi ?
- Tu n'as pas compris ? - Compris quoi ?
- Femme sans entrailles ! - Mais tu es fou !
Qui te rend si hardi ?
Mais, scelerat, faux frere, voleur de femme...
- Hector, ecoute... - Voyou, j'aurai ta peau !
- J'aurai la tienne ! - Nous verrons ca !
- Taisons-nous, il va parler. - Qu'est-ce qu'il vous prend ?
Myra, il faut que tu le saches.
Tu as allume en nos deux coeurs fraternels
une flamme inextinguible.
Mais ils sont malades !
Tu as trahi le serment qui nous liait, le serment d'amitie !
J'ai le droit de parler.
Myra, je t'aime !
Cela te coutera la vie !
Inutile de donner un spectacle gratis.
Nous nous retrouverons !
- Tu n'es qu'un pitre ! - Tu regretteras ce mot-la !
Tu n'es qu'un clown.
Je vous ferai rentrer cette injure dans la gorge !
Tu seras mort avant !
- Allez, tout le monde en place ! - Allons, en scene.
Allons, pressons.
Attention au changement.
Mlle Myra, en voila encore deux qui sont piques de vous.
Ce qu'ils ont pu me faire rire, tout a l'heure.
Ca commence toujours par des rires et ca finit par des larmes.
T'es gaie, toi.
Croyez-moi. C'est une femme qui a vecu qui vous dit ca.
Ce qu'ils sont rigolos.
Chut !
Ah la la ! Ce sont deux phenomenes.
- Tu les entends rigoler ? - Laisse-les.
Ils ne rigoleront pas toujours.
Minuit, l'heure du crime.
Tu ne crois pas qu'on pourrait attendre demain ?
- Achille, ta main tremblerait-elle ? - Non, non...
A la bonne heure ! Viens.
- D'abord l'argent. Combien as-tu ? - Je ne sais pas.
Quoi, tu ne sais pas ? Eh bien, regarde !
Non, c'est le mien, celui-la. Le poivre.
2 400 francs.
10 ans d'economies et de privations.
Et moi, 1 800. Et 2 400... Voila. 4 200.
Avec 4 000 francs, pendant 6 mois dans un trou pas cher,
on peut vivre.
- Tu prends tout ? - Hein ?
- Tu prends tout ? - Et ?
Et moi, alors ?
Quoi, toi ? Tu restes ici, tu n'as pas besoin d'argent.
- Allez, prepare la valise. - Charmant.
- Voila. - Hector, je ne me sens pas bien.
Oh, tu m'embetes...
J'emporte le strict necessaire.
On trouverait curieux que tout mon linge ait disparu.
Si j'ai besoin de quelque chose, j'acheterai ca en route.
- Tu ne vas pas faire des folies. - Pour qui me prends-tu ?
Il faut ce qu'il faut.
Allez. Du courage, mon vieux.
Dans 3 mois, nous allons etre les heros
de la plus grande erreur judiciaire du siecle.
Moi, disparu, toi, condamne pour assassinat.
Quelle publicite !
Tous les journaux vont parler de nous.
- Tu crois ? - J'en suis sur.
Quel condamne tu vas faire, toi.
- Et moi, quelle victime. - Tu crois ?
Et a nous tous les contrats : le cinema, le music-hall et tout...
Tu sais, notre scene de jalousie n'a pas epate les copains.
Ne t'en fais donc pas.
Ils s'en souviendront a l'instruction.
On aura affaire au juge d'instruction ?
Toujours, quand on tue.
- Je vais etre coffre, alors. - Ah oui !
Et condamne ?
Il faut bien. Il faut ce qu'il faut.
Alors moi, j'aimerais mieux faire la victime.
Tu m'embetes ! Je ne touche plus a la distribution !
Tu ne sens pas que c'est bati comme du Victorien Sardou ?
En scene pour le premier,
la scene de la dispute pour le temoignage des voisins.
- Vas-y, j'enchainerai. - Non, je ne suis pas entrain.
- Quoi ? - Je ne suis pas entrain.
T'es pas entrain...
Saligaud ! Menteur ! Voyou !
Tu vas la laisser tranquille, cette femme, dis ?
Tu vas la laisser tranquille ?
- Elle est a moi. - Elle est a toi ?
- Repete-le et je t'etrangle. - Elle est a moi. Elle est a moi.
Mais plus fort.
Elle est a moi !
Tu vas le repeter comme ca trois fois, qu'elle est a toi ?
Je vais te saigner comme un lapin !
Tu vois ?
Laisse-la, te dis-je !
Cette femme est a moi et je defends qu'on y touche !
Plus fort. Gueule.
Je defends qu'on y touche !
Encore ces artistes qui repetent...
Oh ! A 1 h du matin !
- Tant pis, je vais t'etrangler ! - Eh !
C'est moi, l'assassin.
Je n'ai jamais vu un assassin aussi nouille que toi.
Tu es un sale cabot, voila.
Pas plus cabot que toi !
Tu vas le lacher, ce couteau ? Tu vas le lacher ?
Tu veux ma peau, mais tu ne l'auras pas !
Au secours ! Au secours !
Du sang ! Du sang !
Il m'a tue !
- Tu t'es coupe ? - C'est du vrai sang. Magnifique.
Regarde.
Ah, je meurs !
- Gueule. - Tu veux de la teinture d'iode ?
Fous-moi la paix avec ta teinture d'iode. Gueule.
Je meurs assassine !
Oh, mais je vais me plaindre a la concierge, moi !
C'est formidable, ca !
Je l'ai eue, ta peau !
Tres bien. Vas-y.
Je l'ai eue, ta peau !
Bravo. Comme ca, je suis mort. Ca va.
Tu crois que la tache est suffisante ?
Ca va faire une petite tache de rien du tout.
Tu devrais te couper encore.
Oui, c'est ca. Je vais faire hara-kiri, aussi.
Non, je vais me laver. Viens.
Qu'est-ce que je me suis fichu, comme entaille. Regarde ca.
Donne-moi un chiffon, quelque chose. Il faut que je me fasse un pansement.
Ca brule.
- Tiens. - Mais...
En biais ! Qu'est-ce que tu es mollasson.
- Je vois rouge. - C'est normal que tu voies rouge.
Tu vois rouge et c'est moi qui suis blesse. C'est marrant.
- Laisse-moi tranquille. Tu trembles. - Je suis creve.
Ca ne te change pas. Assieds-toi, c'est ca.
Ca va passer.
Je vais me faire une tete.
Quelle nuit, alors. Quelle histoire...
Voila.
Qu'est-ce que tu en dis ? Ca, c'est une composition.
- Pas mal. - Tu m'as bien saisi, mon Achille.
Toi, on t'accuse. Moi, je disparais.
Enfin, je vis sous un autre nom dans un patelin.
- Pendant que je suis a l'ombre. - Oui.
Mais tu reviendras ?
8 jours apres ta condamnation, je suis la, t'inquiete pas.
- Comment tu le sauras ? - Par les journaux, parbleu !
Ca va faire un bruit, cette histoire.
Quelle publicite on a la. Quelle publicite pour nous deux !
Et quel beau role pour toi.
Tout compte fait, j'aime mieux jouer le role de la victime.
Mais c'est pas possible, ca...
- Ce n'est pas un role que je sens. - Un role que tu sens ?
Pour une fois que tu as un beau role, tu le sens pas ! T'es embetant !
C'est une question de physique.
Tu as dans la physionomie
ce je-ne-sais-quoi de patibulaire et bestial
qui caracterise les grands criminels.
Tu crois ?
Qu'est-ce que tu vas avoir comme publicite.
Ton nom en premiere page dans les journaux.
Gros comme ca.
Et tu te plains ?
Voyons, quelle heure est-il ? Mon train est a 5 h.
On a le temps de se reposer un peu. On sera plus frais demain matin.
Je vais mettre le reveil.
Voila.
On va s'etendre sans se deshabiller, c'est pas utile.
Etends-toi, etends-toi.
Ca nous reposera toujours un peu.
- Tu es bien ? - Oui.
Alors j'eteins.
- Achille. - Hein ?
- Tu n'as pas froid, mon vieux ? - Non.
- Bonne nuit, Hector. - Bonne nuit, mon gars.
Qu'est-ce que c'est ? Ah !
Allez ! Oh !
Allez, leve-toi ! C'est fini.
Assez dormi. Toi, tu n'as pas meilleure mine.
Depeche-toi, voila le petit jour. Tu vas me faire rater mon train.
Grouille-toi.
Prends ton pardessus. Tiens. Tiens !
Mets ton pardessus, tu te frotteras les yeux une autre fois.
Nous sommes en retard.
Et des que j'aurai passe le seuil de cette porte,
je suis le mort et toi, l'assassin.
- "L'assassin" ? - Oui. Tache de bien jouer ton role.
Viens.
Cordon, s'il vous plait.
Tres bien. La voix est bonne.
Cordon, s'il vous plait, madame la concierge.
- Quoi ? Qu'est-ce que c'est ? - Baluchet.
Bravo, tres bien. Viens.
Allez !
- Fais attention. Prends pas froid. - Oui. Ne t'en fais pas.
- Tu ne veux pas me dire ou tu vas ? - Non, non...
Des fois que tu te degonfles, mon vieux.
- Mais... - Quoi ?
- Tu m'enverras de tes nouvelles. - Tu auras une lettre tous les jours.
Rentre chez toi. Va travailler.
- Ce n'est pas un role pour moi ! - Tu me l'as deja dit ! Tu m'embetes.
Entrez !
Bonjour, madame.
- Pas de lettre pour moi ? - Non.
Vous en faites, une tete.
Vous etes sorti bien de bonne heure, ce matin.
Qu'est-ce que vous aviez a begayer en me demandant le cordon ?
J'avais peut-etre pas la langue bien reveillee.
J'ai eu plusieurs plaintes rapport au bruit de cette nuit.
Il faudrait voir a ne pas recommencer !
Sinon, je serai obligee de prevenir le proprietaire !
- Compris ? - Merci, madame, pour vos conseils.
A la gare !
Malotru !
Sauvage ! Si vous recommencez a martyriser cette pauvre bete,
vous aurez affaire a moi !
Espece de gangster !
Trignol, Baluchet ! Trignol, Baluchet, en scene !
Vous etes la, oui ou non ?
Pourquoi ne repondez-vous pas ?
- Ou est Trignol ? - Est-ce que je sais, moi ?
Comment ca ? Vous habitez ensemble depuis des annees.
Qu'est-ce que ca prouve, ca ?
- Il va venir ? - Je n'en sais rien.
- Mais ou est-il ? - Je ne l'ai pas vu de la journee.
C'est bon, je vais le faire remplacer.
- Il faudrait se renseigner. - On s'en fout.
Il faudrait savoir ce qu'il est devenu.
Pourquoi ? Personne ne s'en apercevra.
Il lui est peut-etre arrive quelque chose.
Il faudrait prevenir la police ou passer une note dans les journaux.
Pour un role muet ? Tu rigoles !
Victor, va prendre le costume de Trignol.
- Tu vas le remplacer. - Je veux un cachet.
Oui. Allez, grouille-toi !
Voila le fou.
Bonjour, Myra.
Bonjour, Baluchet.
Qu'est-ce que tu imites ? Le phoque ?
- Myra, je souffre. - C'est vrai que tu es pale.
Je souffre parce que je t'aime.
Vous allez lui fiche la paix, oui ?
Vous, je ne vous parle pas, madame.
Myra, hier soir, j'ai perdu la tete.
Quand Trignol m'a fait sa declaration ?
- Il ne t'en fera plus. - Ah ?
- Plus jamais. - Ah, ben tant mieux.
- Sa voix s'est eteinte. - Il chantait assez mal.
Quant a moi, tu sauras un jour qui je suis
et ce que l'amour peut faire faire a un homme.
Passe-moi mes bijoux.
Vous croyez qu'il a toutes ses facultes, cet homme-la ?
- Il m'aime. - C'est bien pour ca.
Toujours rien.
Qu'est-ce qu'il fiche ? Mais qu'est-ce qu'il fiche ?
Vous n'etes pas un peu malade ? Il y a un pharmacien, en face.
Allez, circulez. Ouste.
- Elle est jolie, hein ? - C'est Georges qui te l'a donnee ?
Oui, le jour ou il m'a trompee.
Tu n'auras bientot plus assez de doigts.
Dis donc, toi.
Ca ne vous inquiete pas, vous, la disparition de Trignol ?
Nous ? On s'en fout, alors !
Tu ne trouves pas qu'elle est mieux que la tienne ?
- 20 carats ! - Moi, je ne trouve pas.
Ca ne vous etonne pas, la disparition de Trignol ?
- Que voulez-vous que j'y fasse ? - S'il lui etait arrive un truc.
Oh, ca !
- Ca vous laisse froide ? - Ce que je m'en fous !
- Et s'il etait mort ? - Eh bien, on l'enterrerait !
- A toi, Gaby ! - A vous, madame !
Tiens-moi ca ! Ah non, pardon.
Cruaute humaine ! Ingratitude !
T'en pousses, des soupirs, mon vieux Baluchet.
- Qu'est-ce que tu as ? - Moi ?
- T'en fais, une tete. - Je pense a ce salop de Trignol.
Ne t'en fais pas pour lui.
Il a du faire un levage en douce par la.
Pas un qui me demandera.
Entrez !
- M. Achille Baluchet. - Qu'est-ce que vous lui voulez ?
Si on vous le demande...
Vous pourriez enlever votre chapeau, quand vous causez a une dame.
Police.
Ah bon !
M. Baluchet, c'est au 6e, a droite.
- Qu'est-ce que c'est ? - Police.
- Hein ? - Police !
Ah, la police ?
Bonjour, messieurs. Enfin.
Euh... Je veux dire : en effet.
- Oui, messieurs. Je sais. - Vous savez quoi ?
Rien.
Donnez-vous la peine de vous asseoir.
Messieurs, je vous ecoute.
Nous faisons une enquete sur la disparition de votre ami,
Hector Trignol.
Ah oui ?
Vous devez savoir pas mal de choses.
Non, ce n'est pas moi !
Qu'est-ce qu'il lui prend ?
- Mais on ne vous accuse pas. - Ah ?
Depuis quand a-t-il disparu ?
C'est-a-dire que...
Ca lui arrivait souvent, ces sortes de fugues ?
- Jamais. - "Jamais" ?
Si. Tres souvent.
- Vous avez du feu ? - Parfaitement.
Si on est la, c'est qu'on a recu une lettre anonyme.
"Une lettre anonyme" ? Mais c'est une infamie, une trahison.
Mais rassurez-vous, vous n'etes pas vise.
Ah ?
La ! Ah !
Du sang ! Du sang !
Je vois du sang !
Que de sang, cette tache qui grandit, qui grandit sous mes yeux !
S'effacera-t-elle un jour de ma memoire ?
- Vous avez des visions ? - Allons, calmez-vous, mon ami.
Approchez. Approchez un peu.
A quelle heure il a disparu, votre copain ?
Il etait environ 5 h du matin.
- Et vous, ou etiez-vous ? - Moi, j'etais sorti, cette nuit-la.
Ah oui...
Oui. Je me promenais tout seul sur les quais, sous la pluie.
Bon. Et qu'est-ce que vous avez suppose,
quand vous n'avez pas vu votre ami ?
Ah ! Cette tache de sang, qui est toujours la !
Foutez-nous la paix, ca va.
Ne vous frappez pas. Votre copain a fait une fugue.
- Dans 3 jours, il sera revenu. - Mais non !
Mais si !
On va quand meme faire une enquete discrete.
Et pourquoi "discrete" ?
Parce que l'affaire n'en vaut pas la peine.
En attendant, ne dites rien a personne.
Mais non, la discretion ne s'impose pas !
Il faut remuer toute la France.
Il faut donner a cette disparition toute la publicite necessaire.
Ca va, on sait ce qu'on a a faire. Allez, au revoir.
Qu'il est donc difficile de fabriquer une erreur judiciaire
quand on n'a pas la police avec soi.
Le journal, edition de Paris ! Voyez le journal !
Voyez le journal ! Edition de Paris !
Le journal ! Edition de Paris !
Voyez le journal !
Quel empote ! Ah, mais regardez-moi ca !
Rien ! Rien !
Meme pas capable de se faire arreter. Imbecile, va.
"Sous le regard percant du detective,
"Braquemol sentit ses genoux flageoler.
"'Je sais qui a tue votre ami', dit le policier en tirant sur sa pipe.
"Braquemol ricana.
"'Ah oui ? Qui est-ce ?'
"Le policier avanca son mufle vers Braquemol et murmura :
"'C'est vous. Vous aimiez la meme femme,
"'et c'est pour ca que...'"
- Tu t'es assise sur une epingle ? - Myra !
- Qu'est-ce qui te prend ? - L'assassin de Trignol !
- Oui. Eh bien ? - C'est Baluchet !
- Qu'est-ce qui te fait dire ca ? - C'est comme dans le livre.
Trignol a disparu le lendemain du jour
ou il s'etait bagarre avec Baluchet a cause de vous.
Ma pauvre Irma. Les romans policiers te montent a la tete.
Mais Baluchet l'avait menace de mort. Rappelez-vous.
Et alors ? Il l'aurait tue par jalousie ?
Pourquoi pas ?
Tu as peut-etre raison.
Croyez-vous, hein. Une chose pareille !
Mais il faudrait prevenir quelqu'un !
Myra, ca va etre a toi.
Dis donc, qu'est-ce que tu penses de la disparition de Trignol ?
Moi, rien. Je m'en fiche.
Voulez-vous notre idee ?
- C'est l'autre qui a fait le coup. - Quel "autre" ?
Baluchet !
Il est temps de vous payer des petites vacances.
Et s'il l'a tue, c'est a cause de moi.
- Sans blague ? - C'est vrai.
Il n'y a qu'a voir la tete de Baluchet.
Belle Myra, qu'attends-tu encore de moi ?
Ce que j'ai fait n'est donc pas suffisant ? Hein ?
Mon Dieu !
- Qu'est-ce qui se passe ? - Aidez-moi. Prenez-la. Emmenez-la.
Voila, doucement.
De l'eau ! De l'eau !
Mais enfin, qu'est-ce qu'il y a ?
Mais c'est lui !
C'est lui, l'assassin !
- J'en ai la conviction. - Eh bien, il faut le faire arreter !
Il en a, un de ces airs. Regardez-moi ca.
Non, mettez-la par la, voyons !
- Ne nous affolons pas ! - Et laissez-lui de l'air !
- Ecartez-vous. - Oh, Myra, mon pauvre chou.
- Pilar ! - Monsieur le directeur.
- Vous avez fait une annonce ? - Oui.
Il nous reste a prevenir la police et les journaux.
Est-ce qu'il te reste encore des photos ?
Irma, regarde dans le tiroir.
Je ne les trouve pas !
Mais la, voyons. La.
- Il t'en reste encore beaucoup. - 2 douzaines environ.
- Vous m'en commanderez 200. - Bien, monsieur.
Il faut aider la police dans la mesure de nos moyens.
Pauvre Trignol. Il etait si gentil.
N'est-ce pas. Et quel talent il avait.
Tue comme ca, a la fleur de l'age.
- Il ne l'a pas rate ! - C'est effrayant.
C'est horrible !
Ouvrez, au nom de la loi !
J'ai compris, messieurs. Faites vite.
- Vous etes seul, ici ? - Oui.
- Vous avez des nouvelles de lui ? - Non. Pourquoi ?
Ca m'aurait etonne.
Moi aussi.
Il n'y a pas eu d'accident, dans cette piece ?
- Si. - Ah !
Je suis tombe de l'escabeau.
- Pas de mort subite ? - Que voulez-vous dire ?
Pas de cadavre cache dans un coin ?
Cherchez, messieurs.
- Qu'est-ce que c'est que ca ? - Des cheveux.
- Des cheveux a qui ? - A moi !
- Menteur ! - De quoi ?
- Qu'est-ce que c'est que ca ? - Un couteau.
- Et ca, c'est du sang. - Oui.
- Du sang humain. - Oui.
Qu'avez-vous fait avec ce couteau ?
- J'ai taille un crayon. - Hein ?
Et je me suis coupe.
- Tu l'entends ? - Ah !
- Du sang ! Du sang, ici ! - Qu'est-ce que je vous disais ?
- Bouge pas ! - Je ne bouge pas.
Ce ne sont pas les preuves qui manquent !
- Ta gueule ! - Je vous arrete !
- Il a tout de l'assassin ! - Il a une tete d'assassin.
Je vous le disais bien !
Allez, degagez.
Decouvrez les dernieres !
Demandez Paris Soir ! Tous les details !
Paris Soir ! Le crime des Folies Printanieres.
Vous avez un journal du soir ?
Oui.
Il y a du nouveau ?
Il y a ca.
"Une brute abominable tue son ami le plus intime
"et fait disparaitre le cadavre."
C'est moi.
Et dans tous les journaux, c'est ca ?
Oui.
Ils auraient pu tout de meme mettre ma photo, franchement.
Le Grand Paris Soir, 6e. Demandez Le Grand Paris Soir.
Un crime sensationnel !
L'affaire des Folies Printanieres ! Paris Soir.
Le crime des Folies Printanieres !
Mais vous entendez ca ? Oh, non !
C'est une honte ! C'est une honte !
- Tu ne peux pas fermer la fenetre ? - Calme-toi, Myra, je t'en supplie.
Oh, non...
Ils n'ont meme pas marque mon nom dans les journaux,
moi, l'unique raison du crime, l'heroine !
Ne t'inquiete pas. Tu sais que j'arrangerai tout ca.
Allez-vous me repondre, oui ou non ?
- Je vous ecoute. - Mais laissez ce journal, voyons.
C'est intolerable ! Il n'y en a plus que pour Myra, maintenant !
Mais qui est l'accuse ? Est-ce moi ou est-ce elle ?
- Qu'est-ce qui vous prend ? - J'en ai assez !
- La vedette du crime, c'est moi ! - Ca, c'est un detail.
- Pardon, c'est toute l'affaire ! - Pardon. Vous l'avez fait pour elle.
Vous l'aimiez tous les deux en rivaux implacables.
- Non. - Vous niez les faits ?
- Je n'ai pas tue Trignol. - Vous etes indefendable.
- Parce que je suis innocent ? - Il n'y a pas d'innocent.
La plaidoirie seule compte.
"Dis-moi qui te defend et je te dirai si tu as tue."
- Hein ? - Cette affaire n'est plus la votre,
mais la mienne.
Si vous voulez votre nom sur l'affiche vous aussi,
il n'y aura pas de place pour tout le monde.
Monsieur le juge d'instruction.
- Bonjour, mon cher maitre. - Bonjour, monsieur le juge.
Bonjour.
Voyons... L'affaire du bois de Boulogne.
C'est bien vous, le satyre ?
- Ah non ! - Non, monsieur le juge.
Je regrette, non.
Parfaitement, oui ! Je vois. L'affaire Baluchet.
Elle est des plus claires.
"Menace devant temoins",
"dispute la veille de la disparition",
"sortie inaccoutumee a 5 h du matin",
"begaiement en demandant le cordon", divers temoignages, etc.
- Nous sommes d'accord. - Non, monsieur le juge.
Et les taches de sang ?
Certes, les taches de sang existent.
Permettez !
C'est Trignol qui s'etait coupe le doigt deux jours avant.
- Et la valise qui a disparu ? - C'est Trignol qui l'a emportee.
Non ! Ce n'est pas Trignol qui a emporte la valise,
c'est la valise qui a emporte Trignol,
coupe en petits morceaux.
- Qu'avez-vous a dire ? - Rien, M. le juge. Je suis innocent.
- Tu rafraichiras un peu la barbe. - Oui.
S'il vous plait, monsieur.
Ca est la premiere fois que Monsieur vient ici ?
Oui.
- Ca est drole ! - Quoi donc ?
Il me semble que j'ai deja vu Monsieur il n'y a pas longtemps.
Ca est tout de meme inoui, cette affaire Baluchet, savez-vous.
Je me demande ce que ce type a bien pu faire
avec ce cadavre coupe en morceaux.
Je n'en sais rien. Hein ?
Ce Trignol avait une tete assez sympathique.
N'est-ce pas ? Regardez.
Quoi ? Ah oui !
- Un peu vulgaire, mais sympathique. - Oh non...
Pourquoi clignez-vous de l'oeil comme ca ?
Ne faites pas attention, monsieur. J'ai un orgelet.
- "Un orgelet" ? Ah, compere-loriot ! - Oui, oui...
Un orgelet que j'ai attrape
en regardant dans les trous de serrure.
- "Dans les trous de serrure" ? - Oui. Je suis detective prive.
"Detective" ?
Bien. C'est tres bien. Merci beaucoup.
- Mais ce n'est pas fini. - Si. Ca va tres bien comme ca.
- Je vous dois ? - Un septante-cinq.
"Un septante-cinq" ? C'est pas cher. Voici.
- Et la barbe, monsieur ? - C'est tres bien. Je la garde.
Au revoir. Merci beaucoup.
Ca est un drole de client, ca, une fois !
Bonjour, mon pauvre Baluchet. Sais-tu que je ne peux plus dormir ?
Toutes les nuits, ton image me poursuit, m'obsede.
A ce point-la ?
Te voir ici, c'est tellement affreux,
tellement dechirant...
- Console-toi. - Tu seras acquitte, je te le dis.
- Tu crois ? - Je serai la pour te defendre, moi.
Est-ce qu'on parle encore de l'affaire ?
Si on en parle ? Mais on ne s'occupe plus que de ca.
La politique exterieure est passee au 2nd plan !
- Non... - Si !
Je ne peux plus sortir sans entendre mille murmures flatteurs :
- "C'est Myra !" - Non...
On a affiche ma photo boulevard des Capucines.
Non...
J'ai meme la publicite lumineuse, mon cher !
Mon nom en lettres de feu qui courent sur les toits...
C'est formidable !
Comme tu serais fier, si tu etais la.
- "Fier" de quoi ? - De me voir reussir, mon chou.
- N'est-ce pas pour moi que tu as... - Ah oui, c'est vrai !
Je n'y pensais plus.
- Madame, il est l'heure. - Oh, bien.
Je reviendrai, Baluchet. On m'attend pour dejeuner.
Un metteur en scene americain.
Bon appetit, mon chou. Soigne-toi bien.
Au revoir ! A bientot ! Bye-bye !
Pour Le Soir, mademoiselle, s'il vous plait.
Merci.
Allons, circulons !
Oui ? Ici l'hotel de Louvin, a Bruxelles.
7 chambres pour ce soir ? Entendu.
A quel nom, s'il vous plait ?
Ah ! C'est pour des acteurs de Paris qui jouent au theatre du Parc ?
C'est parfait.
Au revoir, monsieur.
Qu'avez-vous, monsieur ? Vous etes malade ?
Non. J'ai recu une mauvaise nouvelle. Je dois partir.
- C'est navrant. Je compatis. - Je vous remercie.
- Voulez-vous me preparer ma note. - Bien sur.
Mlle Maria, preparez une fois la note de Monsieur.
J'ai change d'avis sur votre attitude.
Ah ?
En reflechissant bien, votre systeme de defense n'est pas mauvais.
Continuez.
- "Continuez" quoi ? - A faire l'idiot.
Votre irresponsabilite sera etablie
et vous serez enferme dans un asile jusqu'a la fin de vos jours.
Avec les fous ?
Pardon. Les fous ont encore leur tete sur leurs epaules.
C'est abominable !
Je n'ai jamais vu un client comme vous, c'est agacant !
Vous niez l'evidence, vous ne voulez pas etre fou,
vous ne voulez pas rendre le cadavre...
Oh, quel drole d'assassin vous faites !
- Je suis innocent. - En voila assez ! "Innocent" !
Je ne veux plus entendre ce mot-la !
Et c'est inutile de perdre son temps,
le juge d'instruction vous fera subir l'examen des experts alienistes.
- Vous etes de mon avis ? - Non.
- Non. Vous vous trompez. - Regardez-le.
- Nous sommes tous d'accord ? - Ca ne fait pas l'ombre d'un doute.
Alors ?
Mon ami, j'ai le plaisir de vous annoncer
que pour une fois, mes confreres et moi,
nous sommes tout a fait d'accord.
- Ah ? - Oui.
Nous vous reconnaissons responsable sans la moindre reserve.
Eh bien, puisque vous etes reconnu responsable...
il n'y a plus qu'une planche de salut : l'aveu.
- "L'aveu" ? - Je plaiderai le crime passionnel.
Ah, permettez !
Dans le passionnel, je suis imbattable.
- Mais... - Tenez. Dans l'affaire Bigot...
j'ai fait pleurer les gardes.
- Pas possible ? - Ah, mon ami, quelle plaidoirie !
Non, je... Je crois que je tiens ce succes.
Vous croyez que cette affaire-la les interesse encore ?
Comment si ca les interesse !
Mais tout Paris est sens dessus dessous !
- Vraiment ? - Il n'y a plus qu'a.
Mardi, on se battra aux grilles du palais.
On refusera du monde...
Silence.
Silence, s'il vous plait ! Silence !
Allons, silence !
Je ferai evacuer la salle a la moindre manifestation.
Vos noms, prenoms, age, qualite.
Baluchet Achille, Firmin, Auguste,
40 ans, artiste dramatique.
Second accessit de tragedie,
ex-grand premier role au theatre municipal de Palavas...
Ca va, ca va...
Allo, Paris Soir ? Dites, mon petit, donnez-moi le 130.
Allo, le 130 ? C'est Craven ? Bonjour, ma vieille.
L'interrogatoire de Baluchet vient de commencer.
Ca promet de la rigolade, tu penses.
Bien sur que je te tiendrai au courant. Entendu !
Monsieur le president, ne l'ecoutez pas.
Je proteste contre ces insinuations !
Taisez-vous.
Je ne vais pas etre juge par ma concierge.
Temoin, vous pouvez continuer.
Cet individu - quand je dis "individu", je mesure mes mots -
est capable de tout, mon president !
Tenez, rien qu'un fait.
Chaque fois qu'il montait et descendait l'escalier,
il fallait voir ce qu'il faisait a mon pauvre Adolphe.
"Adolphe" ?
C'est mon chat, mon president.
Une bonne petite bete !
Il n'y en a pas deux comme ca au monde.
Cet homme-la, c'etait sa terreur, a mon Adolphe.
Et je te flanque un coup de pied, et je te souffle dans le nez,
et je te tire la queue !
Et apres ca, il fallait voir le sourire sadique de cet homme-la.
Tenez, un sourire comme celui qu'il a en ce moment.
Il pissait partout, votre chat, madame !
Ca empestait !
Pas autant que votre taudis, espece de clochard !
- Vieille chipie ! - Landru !
- Sale pipelette ! - Voyou !
Allons, silence ! Ca suffit. Que savez-vous du meurtre ?
D'abord, cette nuit-la,
Baluchet avait eu une grosse dispute avec ce pauvre M. Trignol.
Tous les locataires etaient venus se plaindre le lendemain dans ma loge.
C'est vers les 5 h du matin que Baluchet m'a demande le cordon.
D'abord, j'ai pas reconnu sa voix, tellement il begayait.
C'etait comme la voix de quelqu'un qui tremblerait de peur.
Ou qui porterait un paquet trop lourd.
Allons, silence !
Et ce paquet trop lourd,
pour sur que c'etait le cadavre de ce pauvre M. Trignol !
Silence. Silence !
Le temoin peut se retirer.
Dis donc, c'est fini, avec la concierge.
Je vais faire un papier marrant la-dessus.
Oui. Maintenant, c'est le tour du directeur des Folies Printanieres.
Hector Trignol, que j'estimais beaucoup,
etait un comedien de talent.
Je l'avais engage pour interpreter plusieurs roles importants
dans ma nouvelle revue, Aux Nues :
25 decors, 80 artistes, 300 costumes...
Venons-en aux faits.
Que savez-vous de l'accuse ?
Ma foi, monsieur le president, a vrai dire,
Achille Baluchet n'a jamais joue chez moi que des utilites,
car il n'a aucun talent.
- Je proteste. - Taisez-vous.
De plus, il etait anime d'un tres mauvais esprit.
Tout lui etait pretexte pour reclamer, pour recriminer,
generalement sur un ton violent.
Bref, monsieur le president, un aigri,
comme tous les rates.
- La, vous exagerez. - Taisez-vous.
Monsieur le president, j'ai une grave declaration a vous faire.
Parlez.
Messieurs, le triste sire que vous venez d'entendre,
qui est fait pour diriger un theatre comme moi pour dire la messe...
Silence !
...est un negrier, un exploiteur, un mercantile !
Tous les employes de son theatre crevent de faim !
Bref, si quelqu'un a tue Trignol, c'est lui, ce n'est pas moi !
Car Trignol est mort de faim !
C'est vrai, ca !
- Silence ! - Le temoin peut se retirer.
La defense a-t-elle quelque temoignage a faire entendre ?
Mlle Myra.
Faites entrer Mlle Myra.
Mlle Myra !
Mademoiselle, veuillez nous dire vos noms, prenoms, profession.
Dupont Marie, Marguerite, Eglantine.
Au theatre, Mlle Myra,
vedette des Folies Printanieres dans la grande revue Aux Nues.
Artiste dramatique.
- Votre age ? - 22 ans.
Maintenant, jurez de dire la verite, toute la verite.
Levez la main et dites : "Je le jure."
Je le jure.
Non. La main nue, mademoiselle.
Oh, pardon.
Je le jure.
Veuillez nous dire ce que vous savez de l'accuse.
Monsieur le president,
mesdames,
messieurs,
tout d'abord, je tiens a reclamer toute votre indulgence.
Une emotion indicible m'etreint.
Je ne sais pas si je pourrai aller jusqu'au bout.
Nous comprenons votre emoi.
Calmez-vous, calmez-vous...
Ah la la !
Achille Baluchet a toujours ete pour moi un excellent camarade,
un ami precieux.
Je pourrais presque dire
un frere.
Je voudrais poser une question au temoin.
- Posez, maitre. - Merci, monsieur le president.
Quelle etait exactement la nature de vos relations avec le disparu ?
Mais des relations de travail, tout simplement.
Parfait.
- Et avec l'accuse ? - Les memes, bien entendu.
Je vous remercie, mademoiselle.
Messieurs les jures,
regardez, je vous prie,
cette charmante creature
et dites-moi si Phryne comparaissant devant ses juges
a pu etre aussi belle.
Et pourtant, Phryne, ce jour-la, messieurs, etait nue !
Silence.
Eh bien, messieurs, cette femme ravissante,
dont le sex-appeal, si je puis m'exprimer ainsi,
est une des parures de la capitale,
l'accuse et son malheureux rival
etaient condamnes a la voir,
a la froler, a la respirer chaque jour
dans une promiscuite enivrante et intolerable.
Quoi, messieurs !
Vous etonnerez-vous apres cela
que de pauvres bougres eperdus d'amour,
deux vieux compagnons de misere en soient arrives a se hair,
jusqu'a se menacer, jusqu'a se battre pour une femme,
qui ne les aimait ni l'un ni l'autre,
mais qui les avait ensorceles !
Une aussi fatale passion ne pouvait s'achever que dans le sang.
Et l'un de ces deux hommes devait egorger l'autre.
- Mais non, voyons ! - Mais si !
- Mais je vous dis que non ! - En voila assez !
Oui, messieurs, nous avons tue !
Mais qu'auriez-vous fait a notre place ?
Le fratricide ne connait point d'excuse.
Et jusqu'a la fin du monde,
Cain qui tua Abel portera la honte de son crime.
La societe, que vous avez le devoir de defendre aujourd'hui,
compte sur vous.
Vous serez justes,
impitoyables, sans merci.
- Monsieur le president ! - Accuse, taisez-vous !
- Je veux parler ! - Vous n'avez pas la parole.
La parole est a la defense.
- Je voulais dire simplement... - Taisez-vous, je vous en prie.
Messieurs de la cour, messieurs les jures...
L'avocat vient de commencer sa plaidoirie.
Il y en a au moins pour 2 heures. C'est encore un coup de 20 h.
On a essaye de vous presenter tout a l'heure ce malheureux
sous l'aspect redoutable d'un assassin professionnel
et d'une brute alteree de sang.
Messieurs, laissez-moi rire.
Mais regardez-le, messieurs,
et dites-moi en votre ame et conscience
si un tel homme peut etre responsable d'un tel crime.
Mais quel est-il enfin, messieurs, cet homme ?
Un desherite, un aigri, un pauvre cabotin sans talent,
une epave.
- Dites donc, vous. - Je vous en prie, laissez-moi.
Vous n'avez pas le droit, messieurs, de condamner un homme
pour qui la nature s'est montree si severe.
Et c'est pourquoi, messieurs les jures,
je ne trouve, pour terminer cette plaidoirie, que ces 3 mots :
misericorde,
pitie,
pardon.
L'accuse a-t-il quelque chose a dire pour sa defense ?
Je suis innocent. J'ai voulu le dire, mais on ne m'a pas laisse parler.
- Taisez-vous, voyons. - Je suis innocent !
C'est une erreur judiciaire ! Je suis innocent !
Qu'est-ce qu'il dit ?
Ou est-ce que je suis ? Dans quel pays ?
Tu as oublie ta langue maternelle,
Mikhail Popov ?
Ma "langue maternelle" ?
Mais quelle "langue" ?
Mais vous vous trompez ! Je ne suis pas celui que vous pensez.
Ca alors !
Tu es tres fort, Mikhail Popov.
Mais aujourd'hui, tu n'auras pas le dessus.
"Popov" ? "Mikhail Popov..." Mais je ne suis pas Popov, moi !
Je ne suis pas... Si j'etais Popov, je le saurais, tout de meme !
Regarde ta photographie, Mikhail Popov.
C'est invraisemblable.
Mais c'est fou, ce qui m'arrive, voyons...
Tu ne peux plus nier, maintenant, Mikhail Popov.
Tu t'es reconnu ?
Mais c'est une ressemblance tragique, ca, voyons !
C'est hallucinant !
Alors, qui es-tu ?
Mais je suis Hector Trignol, comedien francais.
Qu'est-ce que Hector Trignol faisait a Berlin et a Varsovie ?
A Berlin et a Varsovie... Je...
Je me promenais.
Bonjour.
Alors, ca va, cette petite sante ?
Aujourd'hui, vous avez du boeuf gros sel
avec des lentilles et des petits lardons.
Vous pouvez dire qu'on vous gate, vous.
J'ai horreur du boeuf gros sel.
Ah, ce que vous pouvez etre difficile.
Vous trouvez ?
Quand je vais dire ca au chef, il va etre navre.
Si seulement vous faisiez la greve de la faim,
ce serait moins vexant.
Je ne vais pas faire la greve de la faim
pour faire plaisir au cuisinier.
Mais non, evidemment.
Depuis 8 jours que vous etes ici, vous ne mangez rien,
vous ne buvez rien, vous ne dites rien. Allons...
- Mais surmontez-vous, que diable ! - Je ne peux pas.
- Vous avez des ennuis ? - Hein ?
Il y a quelque chose qui vous tracasse ?
- Oui. Je suis condamne a mort. - Allons, il ne faut pas y penser.
Vous en avez de bonnes. J'aimerais bien vous voir a ma place.
- Je n'ai rien fait pour y etre. - Moi non plus.
Je suis innocent. Je suis innocent !
- Vous le leur avez dit ? - Oui.
- Ils n'ont pas voulu vous croire ? - Non.
- Personne n'est venu me demander ? - Non.
- Vous etes sur ? - Sur.
Mais qu'est-ce qu'il attend pour revenir ?
- Mais qui ca ? - Trignol !
Alors, tu pretends toujours etre Trignol ?
Je suis Trignol, bien sur. Je suis ne a Poitiers. Mon pere...
Hector Trignol a ete assassine a Paris il y a 3 mois !
Ah ! Oui ! Mais ca, je vais vous expliquer.
Eh ! Eh ! Mais qu'est-ce qu'il a ? Il est fou ?
Il m'embrasse les mains ! Mais je ne le connais pas !
Mais c'est affreux, voyons ! Enfin, faites quelque chose.
Eh ! Il me prend les jambes.
Mais qu'est-ce qu'il dit ?
Qu'est-ce que c'est encore que celle-la ?
Une folle ? Qu'est-ce qu'elle a ? Qu'est-ce que vous avez ?
- J'ai compris. - Vous parlez francais ?
France...
Hein ?
Mais qu'est-ce que vous faites ? Mais regardez ce qu'ils...
Quoi ? Mais vous... Vous n'allez pas me faire mal ?
Mais qu'est-ce que j'ai fait, moi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- Vous etes retourne la-bas ? - Ou ca ?
- A la poste-restante. - Mais oui.
- Il n'y avait rien ? - Non.
- Il pourrait ecrire... - Qui ca ?
- Mais Trignol ! - Encore ?
Et s'il ne revenait pas !
Mais voyons, rien n'est perdu.
Vous avez signe votre recours en grace.
Eh bien, la bienveillance presidentielle...
Mais comprenez-moi, nom d'un chien ! Je vous dis que c'est une blague.
C'est Trignol qui a tout manigance.
Il m'a dit : "Je vais fiche le camp. Toi, tu feras l'assassin.
"Et apres ta condamnation, je reviendrai.
"Pour nous, ce sera la gloire, la fortune."
Mais oui... Elle est tres amusante, votre petite histoire.
Mais qu'est-ce que vous voulez ? C'est trop tard.
Si vous m'aviez raconte ca avant,
j'aurais plaide,
je ne sais pas, moi, l'irresponsabilite, la folie.
Mais je ne suis pas fou !
Il n'est pas mort ! Je ne l'ai pas assassine !
Il va revenir ! Il le faut ! Je vous dis qu'il n'est pas mort !
Mais oui...
Il va revenir, puisqu'il le faut.
Allons, calmez-vous.
Calmez-vous. Au revoir, mon ami.
A bientot.
A bientot.
Mikhail Popov, tu es condamne a la peine de mort.
Tu seras passe par les armes.
Quoi ? C'est de l'assassinat ! Voulez-vous vous taire !
Laissez-moi, bandits ! Moi, je suis francais !
Mais laissez-moi ! Ah !
- Gardien, il n'est pas encore venu ? - Qui ?
Hector Trignol, vous savez bien ?
Allez... Tachez de dormir, ca vaudra mieux.
Bon Dieu, mais c'est affreux.
Pourvu qu'il revienne.
Le 40 est devenu fou.
- Baluchet ? - Oui.
Ca fait 4 fois qu'il me demande si sa victime n'est pas revenue.
Ca t'epate ? Il a le coup de bambou, ca y est.
Oui, je me rappelle.
Le rouquin, il envoyait des cartes a tous ceux qu'il avait zigouilles.
Alors, ca ne m'etonne plus.
Je ne suis pas general !
Je ne suis pas... Non !
Pas Popov !
Moi, pas Popov !
Popov, pas moi !
Sans barbe, rase.
Enlevez la barbe : Trignol !
Comedien ! Oh !
Moi... Non !
Vous ne comprenez pas ?
Moi, acteur. Moi, Napoleon !
Moi, j'ai joue Napoleon !
Jouer ! Acteur !
Napoleon ! Oui !
Moulin Rouge ! Paris !
"Je suis jeune, il est vrai ;
"mais aux ames bien nees,
"la valeur n'attend pas le nombre des annees."
"Mais que diable !
"Que diable allait-il faire dans cette galere ?"
Comedien, acteur...
"Et samedi vingt-six,
"une heure avant dine,
"M. de Bergerac est mort assassine."
Comedien !
Il y a plus d'espions que de punaises, ici.
- Parlons francais, ca vaudra mieux. - Tu as raison.
Pourquoi ne l'a-t-on pas encore fusille ?
On attend l'ordre de la capitale.
Je crois que ce sera pour demain matin.
Ivan Ivanovitch,
il faut absolument que j'aie un entretien avec lui.
C'est impossible.
Il le faut, tu entends ?
Je saurai te recompenser.
Olga Stefani, je ferai l'impossible, pour toi.
Qu'est-ce que c'est ?
Qu'est-ce que ca veut dire ?
Oui, il vaut mieux parler francais. C'est moins perilleux.
Depuis ton depart, j'etais une banquise,
depuis ton retour, je suis un volcan.
Mikhail Mikhailovitch, je brule pour toi jusqu'a l'os !
- Je veux etre salvatrice. - Oui.
Il faut que je te sauve. Tout est pret pour ton evasion.
- Ah ? - Veux-tu t'envoler avec moi ?
Oh, oui !
Seulement, tu me jures que tu ne me feras plus defection.
- Non. - Tu le jures ?
Et que nous ferons notre route tous les deux jusqu'a la mort.
Il ne faut pas prononcer ce mot-la.
- Jure ! Jure ! - Oui, je vous le jure.
Oh, Mikhail, tu me dis "vous", maintenant ?
- Non. Je te jure. Je te jure. - Merci, cheri. Soyons petulants.
Il n'y a plus une minute a perdre. Prends ce manteau.
Il y a la-dedans des faux papiers et de l'argent.
On ne sait pas ce qui peut t'arriver. Prends ca, cheri. Viens vite, cheri.
Oui, cherie.
Non, ne sois pas terrifie, cheri. Regarde-le.
Viens. Viens.
Vladimir, fisk ! Fisk !
Vladimir, allez ! Allez, vas-y, vas-y !
Miserable bandit ! Canaille ! Il faut lui donner la chasse !
Olga, pas de complication avec les pays etrangers.
- Mon argent ! - Quel argent ?
Il s'enfuit avec mon argent !
Qu'est-ce que c'est ?
Entrez !
Qu'est-ce qu'il y a ?
- Les journaux francais. - Donnez-moi ca, vous.
Nom de Dieu !
"Achille Baluchet, qui assassina le comedien Trignol..."
"...n'a pu beneficier de la grace presidentielle,
"serait execute le 15 juillet a l'aube."
- Quel jour sommes-nous ? - Le 14.
"Le 14" ? Il faut que je sois demain matin a Paris.
- Un avion. Telephonez a l'aerodrome. - Bien.
Pourvu que j'aie assez d'argent.
Ah, cette brave Olga. Elle a pense a tout.
- Allons, mon fils... - Qu'est-ce que c'est ?
...soyez courageux.
- Qu'est-ce que c'est ? - Du courage, mon pauvre ami.
C'est aujourd'hui ?
On a annonce partout que c'etait pour aujourd'hui ?
Oui.
Mais qu'est-ce qu'il fait donc ?
C'est lui !
C'est lui, il arrive !
Oh, mon Dieu !
Le procureur de la Republique. Vite. Vite, vite !
Je dois voir le procureur ! Ou le directeur, n'importe qui !
Je suis Trignol ! Hector Trignol !
- "Trignol" ? - Oui...
Le type coupe en morceaux ! Vous savez bien, voyons !
- Oui... - C'est moi !
- Oui... - Je suis vivant, vous voyez bien !
Je le vois !
- Qu'est-ce qu'il y a ? - Monsieur le directeur.
Pardon. Il faut arreter l'execution. C'est horrible, ce qui se passe.
- Qui etes-vous ? - Trignol.
- C'est Trignol. - Oui. La victime. Je suis vivant.
Avez-vous un dernier desir a exprimer ?
Oui. Je voudrais que Trignol soit la.
Priez, mon fils.
C'est aujourd'hui que vous revenez.
Si tous les assassines etaient comme vous,
la vie ne serait plus tenable.
Et vous pouvez prouver votre identite ?
Je n'ai pas mes papiers. Telephonez a mon directeur, au theatre.
- Quoi ? Quel "directeur" ? - Des Folies Printanieres.
Vous le confronterez avec moi.
Pardon, mais vous devriez d'abord telephoner la-bas.
- Des fois qu'il soit trop tard. - Ca va. Je connais mon metier.
- Oui. Merci. - Allo ?
- Pas encore, il va venir. - Mais oui...
- Je vous dis qu'il va venir. - C'est entendu.
C'est une blague ! Je vous dis que c'est une blague !
- Oui... - Je vous dis que c'est...
Oh, mon Dieu !
Allo ?
Oui, monsieur le directeur.
Comment ? Suspendre l'execution ?
Qu'on vous attende ? Bien, M. le directeur.
Arretez ! Arretez ! Ordre du directeur !
- Il faut arreter l'execution. - Quoi ?
- Qu'est-ce que c'est ? - Ce n'est pas reglementaire.
Cette attente est inadmissible, voyons. C'est inhumain.
- Qu'est-ce qu'on attend ? - Du courage, mon ami.
Ce ne sera plus tres long, maintenant.
- C'est la. - Merci.
Achille. Achille !
Achille !
C'est lui, le voila ! C'est lui !
Achille, mon vieux !
Un peu plus, je ratais mon entree.
Et moi, j'allais faire une drole de sortie.
Mais ou sont tes beaux cheveux ?
Qu'est-ce qu'on a fait de ses cheveux ?
- Attention, ne bougeons plus. - Ah, les photographes.
Tu vois, ca commence. Souris.
Quels idiots !
Me voila completement ridicule. De quoi ai-je l'air ?
Tout le monde va se moquer de moi.
Mais Myra, c'est toujours de la publicite.
Laisse-moi faire. L'aventure de ces deux imbeciles
va lancer ma nouvelle revue d'une facon magnifique.
- Ta revue ? Mais moi ? - Mais ne t'en fais pas.
Tu vas avoir une publicite du tonnerre de Dieu !
Laisse-moi faire.
C'est entendu, n'est-ce pas ?
Cachet, 300 francs par jour pour la duree de la revue.
Tenez, signez.
Pardon, monsieur le directeur.
Il y a une petite chose : nous voudrions connaitre nos roles.
Mais mon cher Trignol,
nous nous entendrons toujours sur ce chapitre.
Signez la.
Parce que vous devez comprendre...
Il parle mieux que moi.
...qu'avec ce qui nous est arrive, on ne peut pas faire n'importe quoi.
Nous ne pouvons pas signer si nous ne sommes pas les vedettes.
Mais vous l'aurez, la vedette ! On ne verra que vous sur la facade.
Signez ici.
- Que nous ? - Oui. Que vous.
- La : "Lu et approuve." - Dans ce cas, ca change tout.
Une minute !
Attends. C'est ca que vous nous proposez, monsieur ?
Comment ?
C'est...
Vous vous figurez que j'ai failli me faire fusiller pour accepter ca ?
Et moi me faire couper le cou pour consentir a cette humiliation ?
Vous ne nous connaissez pas.
Nous ne sommes plus des comediens obscurs.
- Nous sommes connus. - On est des vedettes de la vie.
Oui. Des attractions !
Eh bien, c'est a prendre ou a laisser.
Nous laissons, n'est-ce pas ?
Apres tout, votre bastringue n'est pas le seul theatre de Paris.
- Mon "bastringue" ? - Oui, monsieur !
Nous n'avons qu'un mot a dire et nous entrons au Casino de Paris.
- La radio nous attend. - Oui, monsieur.
Et le cinema nous attend. On nous a demandes 4 fois au cinema.
Voila ce que j'en fais, de votre contrat !
- Et moi, tenez. Voila, monsieur ! - Oui...
- Allez-y, a la radio ! - Oui.
Allez-y, au cinema ! Allez-y, au Casino de Paris !
Oui, vous voyez, monsieur.
Et avant peu, vous pleurerez des larmes de sang
de nous avoir laisse partir tous les deux.
- Foutez-moi le camp ! - Au revoir.
Le voila, votre contrat.
Bravo.
- Je l'ai bien remis a sa place. - Epatant, mon vieux.
Nous proposer des trucs comme ca...
Ca alors, dis donc...
Tu connais quelqu'un, toi, a la radio ?
Non. Et toi ? J'ai dit ca pour l'influencer, tu comprends.
- Et au cinema ? - Je ne connais personne.
- J'ai dit ca pour l'epater. - Ben, alors...
- Casino de Paris... - Tu connais quelqu'un ?
Non. Non plus.
- Tu crois qu'ils nous prendraient ? - Je n'en sais rien. On pourrait...
C'est bete, parce que 300 francs par jour...
Oui. En economisant un peu.
Surtout que la revue peut durer un an.
Au bout de l'annee, on pourrait s'acheter un bistrot.
"Un bistrot" ? On en ferait un cabaret artistique.
On reciterait des poesies aux clients.
Des monologues. C'est plus mon genre.
Et on serait directeurs, on ferait ce qu'on voudrait.
"Directeurs", dis donc...
- Tu n'as pas dechire ton contrat ? - Non.
Deplie-le un peu.
- Alors, on accepte ? - Oui.
Mais en lui faisant comprendre que...
Oui. Avec dignite !
Quoi ?
Monsieur le directeur,
nous tenons a nous excuser pour ce mouvement d'impatience.
- Nous etions nerveux. - Oui...
Fatalement.
Nous avons reflechi. Alors, nous acceptons.
Alors vous commencerez ce soir. Allez !
Signez. Vous meriteriez que je vous diminue de 100 francs.
Vous etes bien gentil.
Et d'ailleurs...
- Hein ? - Non. C'est fini. N'est-ce pas ?
- Bon, bon ! - Nous sommes...
Sous-titrage : Eclair Media
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