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Après le jour de l'An, Lila devint paresseuse.
Pendant les vacances de Noël, elle ne sortit pas.
Rino était furieux contre elle.
Il voulait devenir riche, comme les Solara ou Stefano,
et il lui reprochait de déserter la cordonnerie
et d'avoir abandonné le projet des chaussures.
Rino m'a offert ça.
Le bas de la sorcière de l'Epiphanie.
Tu n'as pas mis le couvert pour ton frère.
Il le mettra lui-même.
- Pourquoi ? - Parce que.
Il le mettra lui-même, j'ai dit.
- Tu es folle ? - Oui, je suis folle.
C'est mon fils, je fais ce que je veux.
C'est mon frère, on mettra pas son couvert.
Que faites-vous ?
Vous vous disputez ?
Rino, quelle belle chaussette !
Merci.
T'as aimé la surprise ?
Tire-toi ou je te flanque tout à la figure, fumier !
Comment oses-tu ?
- Vas-y, si t'as le courage. - Tu crois que j'ai peur de toi ?
Amène-toi, connasse !
- Bouffon ! - T'as pas aimé le charbon ?
C'est ce que tu mérites.
Pour l'amour de Dieu,
si vous réveillez votre père, il vous tuera.
- Pourquoi tu lui offres du charbon ? - Elle le mérite.
Elle fait rien.
Elle aide ni à la boutique ni à la maison.
Crève, minable !
La sorcière m'a apporté ça.
Elles sont belles, Fernando.
La sorcière les a faites sur mesure.
Des chaussures de grand seigneur.
Celui qui a fait ces chaussures
est un maître.
Chapeau, la sorcière !
Je les ai renforcées, mais...
Elles sont légères.
- Et robustes. - Oui.
Elles n'ont aucun défaut.
Une telle chaussure,
à bout large,
si originale,
je n'ai vu personne en porter.
En plus, elles sont confortables.
Tourne-toi, je veux remercier la sorcière.
- Quoi ? - Tourne-toi !
Brute épaisse !
Je vais te les faire bouffer, ces godasses de merde !
Je ne veux plus jamais te voir !
Brute épaisse !
Rino, arrête !
Va-t'en, minable !
Plutôt que de bosser avec toi, je me tuerais.
Je te tuerai de mes propres mains.
- Je m'en vais. - Va-t'en !
- Vous ne me verrez plus ! - Ne dis pas ça, Rino.
Il chiale comme un bébé. T'as pas honte ?
Il s'accroche encore aux jupons de sa maman !
Sois un homme !
Tu t'en vas, oui ou non ?
Tu me dégoûtes !
Va-t'en, j'ai dit !
Carracci, on est en avril
et vous n'avez toujours pas appris à conjuguer le verbe "eimi" ?
Que faites-vous ?
Est-ce bien nécessaire ?
Bon, retournez à votre place,
calmez-vous, et ensuite, on reprendra.
Assez ! Il n'y a pas de quoi rire.
Passons à la dissertation d'italien.
Je voudrais que vous preniez exemple
sur Elena Greco.
Ecoutez ce qu'elle écrit sur Didon.
"Sans amour, la vie des gens est aride,
"mais aussi celle des villes."
Venez, Greco.
Bravo.
10 sur 10.
Barbaresi.
Di Napoli.
Pas mal du tout.
Lenu !
Hé, Lenu !
- Tu ne m'attends pas ? - Non.
Tu rentres sans moi ?
Tu ris trop, tel un idiot.
- Ca ne te regarde pas. - Ca me regarde.
Il te plaît, Alfonso ?
Alfonso ne me plaît pas.
Pas comme tu crois.
Toi non plus, tu ne me plais pas. C'est fini entre nous.
Je ne te crois pas.
Tu verras.
On peut rentrer ensemble, au moins ?
Tu n'as vraiment rien compris.
Je n'ai jamais rien éprouvé pour Gino.
J'ignore pourquoi je lui ai dit oui.
Il m'a tenu compagnie, ces derniers mois.
Mais là, j'en ai assez.
Il ne parle pas. Il ne me fait même pas rire.
T'as bien fait.
Les garçons, c'est pas ce qui manque.
Lila...
J'ai eu 10 en dissertation d'italien.
C'est bien.
Le sujet, c'était Didon.
Tu m'avais dit des choses, tu te souviens ?
Moi, je les ai écrites.
Le prof les a lues devant toute la classe.
M. Ferraro regrette que tu n'ailles plus à la bibliothèque.
Les livres m'assomment.
- C'est pas vrai. - Si.
Bon.
Je t'en ai apporté quelques-uns.
Tu ne sors plus.
Tu ne fais plus rien.
Lis un peu, au moins.
On s'en fout de Didon et des livres.
J'ai du repassage à faire.
Lenu...
On m'a fait deux déclarations d'amour.
Quoi ?
Deux déclarations ?
Oui.
Lila.
Pasquale.
Je ne te vois plus à la cordonnerie. Tu es souffrante ?
Non, je me suis disputée avec papa et Rino.
Du coup, je reste à la maison.
Je suis ravi que tu ailles bien.
Tu en fais une tête ! Qu'est-ce que tu as ?
Lila...
- Je t'aime beaucoup. - Moi aussi.
Moi, je t'aime d'une autre façon.
J'aimerais parler à ton père et à Rino.
Je veux me fiancer avec toi.
Tu parles sérieusement ?
Si tu me dis non, ma vie ne vaut plus rien.
Pasquale...
je t'aime beaucoup...
mais comme j'aime Antonio,
Enzo.
Je vous aime tous...
comme j'aime Rino.
Moi, je ne t'aime pas comme j'aime Carmela.
Le lendemain, je l'ai revu.
Mais il a fait semblant de rien.
Comme s'il ne s'était rien passé.
Et l'autre déclaration ?
Tu ne devineras jamais.
Où vas-tu, toute seule ?
Tu vis dans ta voiture ?
Je vais descendre.
Je m'excuse pour l'autre fois.
J'y pense même plus.
- T'aurais dû me trancher la gorge. - Je sais.
J'ai eu tort, mais à la fête, on a dansé comme des dieux !
- Je ne me souviens pas. - Ah bon ?
Moi, je me souviens.
Alors, oublie.
Bonne journée.
Lila, je ne pense qu'à toi.
J'ai rêvé de toi, cette nuit.
Je te demandais en fiançailles.
Et toi, tu me disais oui.
Je t'offrais une bague avec trois diamants,
comme celle de ma grand-mère.
- Dans le rêve, j'ai dit oui ? - Oui.
C'est la preuve que c'était un rêve.
Jamais, je ne serai ta fiancée,
car tu n'es qu'un animal, toi et tous ceux de ton espèce.
Quoi ?
Je t'avoue mes sentiments et tu me traites comme ça ?
Depuis quand tu as des sentiments ?
Tu sais,
te traiter d'animal, c'est une erreur,
c'est insulter les animaux.
Les animaux ne font pas ce que tu as fait à Ada.
Ils ne tirent pas au pistolet, le jour de l'An.
C'était pas moi, c'était mon frère.
Tu le sais.
Reviens !
Si tu te permets encore de me suivre,
je me mettrai à hurler en pleine rue.
J'ameuterai tout le quartier.
- Tu as fait ça à Marcello Solara ? - Oui.
Ne dis à personne que tu l'as traité comme ça.
Pourquoi je me tairais ?
Je m'en fiche complètement.
Tu es folle.
Ce connard !
Il s'accroche, tel un morpion.
C'est pour ça que tu ne sors pas ?
Je m'en fous. Je dois faire du repassage.
Lenu...
Qu'est-ce qui cloche chez moi ?
Qu'est-ce que tu racontes ?
Je fais faire des bêtises aux gens.
C'est-à-dire ?
Rino...
Il est redevenu gentil comme avant.
Hier soir, il m'a dit
qu'on était intelligents,
que personne ne nous arrêterait.
Il doit penser aux chaussures.
Il pense qu'au fric.
Il veut s'acheter une voiture
et une télé.
Car les riches en ont une.
Il fait une fixation.
Dimanche, il veut qu'on aille manger une glace via Toledo.
J'ai dit non.
Allons-y.
On verra du monde.
Je viendrai aussi.
Je lui ai déjà dit non.
Dis-lui que tu as changé d'avis.
Allons-y, Lila.
A ma connaissance, c'était la 1re fois que Lila allait en ville.
Pendant tout le trajet en bus,
elle avait admiré le paysage,
tandis que Pasquale lui expliquait ce qu'elle voyait.
Ainsi, lentement, la tristesse de ces derniers temps
fit place à la surprise.
- C'est immense ! - C'est Piazza del Plebiscito.
- C'est quoi, ce palais ? - Le Palais Royal.
Vous connaissez l'histoire de ces statues ?
- Pas devant les filles. - C'est bon enfant.
On va l'acheter où, cette glace ?
- Via Toledo. - C'est où ?
T'inquiète, on connaît.
Lila !
Salut, les gars !
Ca vous fatigue pas de marcher ?
Ils sont là, ces idiots ?
N'y fais pas attention.
On sait que Gigliola est une pute.
Ada ne devait plus remonter dans cette voiture,
mais elle y a pris goût.
Arrête, c'est la soeur d'Antonio.
Qu'il la garde à la maison !
Mangeons une glace et rentrons.
- Oui, rentrons. - Qu'est-ce que tu racontes ?
Les Solara promènent ces deux-là,
et nous, on rentre ?
Ben voyons !
Qu'est-ce que je vais faire de ma soeur ?
Lâche-moi !
- Achetons les glaces ici. - Non, on va ailleurs.
Je veux entrer ici.
On trouve des glaces partout. On va ailleurs.
Non.
Je veux aller là.
Pourquoi tu m'emmerdes ?
Elena et Carmela veulent y aller aussi.
Pas vrai ?
Les femmes ressemblent à des mannequins, là-dedans.
Allons-y, Rino.
T'as vu comment vous êtes habillées ?
Et nous, tu nous as vus ?
Tu veux dire qu'on est moches ?
Mais pas du tout.
On mange une glace et on s'en va ?
Bon, vous faites chier, allons où vous voulez.
Ces gens ne m'impressionnent pas.
Pas plus que ceux du quartier qui jouent les caïds.
Vous mettriez ce genre de robe ?
Même pas si on me payait.
Moi, je la mettrais.
On se croirait dans une autre ville.
V'là Madame Demesdeux !
Lila, tais-toi !
Lenu...
Tes camarades de classe sont comme ça ?
- Non. - C'est pas une bonne école.
- C'est un lycée. - Il n'est pas bon.
Pas vrai, Lila ?
S'il n'y en a pas une comme ça, ton école est nulle.
Tu sais où elle peut se le mettre, son chapeau ?
Quand ma fiancée passe, tu balaies le sol.
Espèce de plouc !
Et merde !
Comment tu m'as appelé ?
Dis-le ! Comment tu m'as appelé ?
Répète !
- Répète ! - Allez, viens, Rino.
T'es qu'un con, une merde !
T'entends, Pasquale ?
Ma soeur croit qu'on est là pour rigoler.
Elle ordonne : "Je veux aller là."
Quand je dis : "N'allons pas dans cet endroit de merde",
elle croit que je plaisante !
Comme si je savais pas que quand t'es pas à ta place,
il y a toujours des ennuis !
Mais on peut rien lui dire, à Miss Je-sais-tout.
Miss Je-comprends-tout !
Il m'a traité de plouc.
Connard !
- Un plouc, moi ? - Calme-toi, Rino !
On s'en va.
On est partis ensemble, on rentre ensemble.
Tu te fatigues jamais, Lila ?
Mettons les choses au clair.
Je suis ton grand frère, tu m'obéis.
J'aurai vite fait de te casser la gueule.
On parie ?
Allez, Lila, rentrons.
- Je vais le dire à papa. - Fais ça, je m'en fous.
Maintenant, rentre.
Après, on verra.
Je ne sortirai plus avec mon con de frère.
Il était censé faire quoi ?
J'aime pas qu'on rentre séparément.
Allez, Lila, ils nous rejoindront, tu verras.
Ils veulent qu'on rentre pour éviter d'autres incidents.
Regardez là-bas.
C'est le gars que Rino a frappé !
Arrêtez-vous ! Ouvrez !
Vite !
Sainte Vierge !
Tu ris plus, hein ?
Rino !
Lila !
Laissez Rino tranquille !
Bouge pas, Lila.
Arrête, Lila !
Fumier !
Arrêtez !
Pasquale.
Rentrez chez vous, ordures !
Vous êtes blessées ?
- Fais voir, Pasquale. - Dégage !
Tiens, Rino.
Merci, Marcello.
Rendez-moi service.
Ramenez les filles.
- Viens, Lila. - Non.
On y va, Lila. Allez !
S'il te plaît.
- Y a pas de place. - Montez !
- On tiendra pas ! - Serrez-vous !
Dépêchez-vous.
- Pousse-toi. - Je me mets où ?
Viens par ici.
On est presque arrivés.
Arrêtez, vous m'écrasez.
Descendez, et allez à pied.
Espèce de grognasse.
- Toi, tu descends. - Grognasse, toi-même !
Tu veux commander ici aussi ?
Soyez sympas.
Vous pouviez pas rentrer en bus ?
C'est fini, oui ? Vous croyez que c'est un jeu ?
Arrête-toi.
Pourquoi ?
Elle t'a dit de t'arrêter.
Brave fille.
T'es plus confortable, Lila ?
Ca te regarde ?
C'est comme ça que tu nous remercies ?
On fait un tour avant de rentrer ?
- Oui. - Je parlais à Lila.
Non.
- On fait quoi ? - On descend ici.
- Laisse-moi te ramener. - On descend, j'ai dit.
- Laisse-moi te ramener. - T'es sourd, ou quoi ?
Salut.
Salut.
Ca ne lui suffisait pas de me suivre partout.
Sous prétexte d'avoir des nouvelles de Rino,
il a débarqué à la boutique.
En le voyant, Rino a pâli.
Il n'avait rien dit à papa au sujet de la bagarre.
Juste qu'il était tombé de vélo.
Heureusement que Marcello s'est tu.
Il ne manquait plus qu'il frime, ce fumier.
Ton père y a cru, à la chute de vélo ?
Oui, bien sûr.
Il était si content de voir un Solara dans sa boutique
que, quand Marcello est parti, tu sais ce qu'il a dit à Rino ?
"Enfin, tu fais une bonne chose dans ta vie :
"devenir l'ami de Marcello Solara."
Ils sont tous en train de devenir fous.
Rino a conduit ma voiture.
- Rino a conduit ? - C'est épatant, papa.
- Il sait pas conduire. - Je lui ai appris.
En cas d'accident, je ne pourrai pas payer.
Rassurez-vous, je me porte garant.
Lila, j'ai invité Marcello à dîner.
Salut, Lila.
Salut, Lenu.
Salut.
Je disais... Vous êtes allés où ?
Il dîne vraiment avec nous ?
Aidez-moi à mettre la table.
Je lui mettrai du poison pour cafards.
Qu'est-ce que tu racontes ?
Tu es bête ? Tu devrais être contente.
Ta mère a raison. Il est venu pour toi.
- Gare à lui s'il m'approche ! - Pourquoi ?
S'il veut de toi, tu lui diras non ?
Je lui ai déjà dit non.
- Vraiment ? - Oui.
Comment ça ?
C'est vrai.
Mon Dieu, ton père ne doit pas l'apprendre.
Jamais. T'as compris ?
Sinon, il te tuera.
Mettez la table.
Tu as dit à ton père que mon père l'admirait ?
C'est vrai.
Si mon père respecte quelqu'un, moi, j'en fais autant.
Il a toujours parlé avec admiration de votre habileté.
Votre fils aussi dit du bien de vous.
Silvio Solara est un grand homme,
tout le monde le sait.
Rino a fait beaucoup de progrès.
Il commence à avoir du métier.
C'est en forgeant qu'on devient forgeron.
Mon grand-père a commencé dans un sous-sol.
Mon père s'est agrandi.
Aujourd'hui, la pâtisserie Solara est ce qu'elle est.
Tout Naples s'y retrouve pour manger un gâteau.
N'exagérons rien.
Tu as raison, Lila.
J'exagère peut-être un peu.
Mais je voulais dire
que l'argent doit circuler,
qu'on s'agrandit de génération en génération.
L'idée des chaussures neuves
me semble très intéressante.
Vraiment.
Si on a du talent
et qu'on invente de belles choses, il faut se lancer.
Les gens aiment la nouveauté.
Vos enfants ont fait de très belles chaussures.
Du 43.
C'est exactement ma pointure.
Oui, c'est du 43.
Si vous permettez, j'aimerais les voir.
Je ne sais pas où elles sont.
Nunzia, tu sais où elles sont ?
Non.
Lila les a rangées.
Je les avais mises dans le débarras,
mais avant-hier, maman m'a dit
de faire le ménage.
Du coup, je les ai jetées.
Jetées ?
Personne ne les aimait.
Tu mens.
Va chercher les chaussures.
Va chercher les chaussures.
Pourquoi tu veux les voir ?
Je les ai jetées, car tu ne les aimais pas.
Lève-toi et va chercher les chaussures, tout de suite.
Je les ai jetées, j'ai dit.
Non.
Mange.
Toi aussi, Marcello. Mange.
Ne t'inquiète pas.
Parfois, Lila est malpolie.
Elle s'énerve, mais c'est une brave fille.
N'est-ce pas, Elena ?
Elle va revenir.
Lenu, tu n'aimes pas ?
- C'est bon... - Alors, mange.
Je n'avais pas compris qu'il y avait des problèmes.
Non, il n'y a aucun problème.
Nunzia, Marcello est déçu.
Va voir ce que fabrique ta fille.
Non, ne t'inquiète pas.
Finis de manger.
- Elle n'est pas là. - Quelle idiote !
Don Fernando, ce problème ne regarde que votre famille.
Je suis de trop. Excusez-moi.
C'est à nous de nous excuser.
Salut.
On se voit demain, Marcello ?
Marcello ?
Je vais rentrer aussi.
Je vais la tuer, ta fille !
Je la tuerai avant.
Calmez-vous.
Au revoir, tout le monde.
Ne t'inquiète pas, petite, elle va revenir.
Lenu.
Je suis là.
Ca te coûtait quoi, de les lui montrer ?
Je ne veux pas qu'il les touche.
Tu sais ce que ton père et Rino vont te faire ?
Oui.
- Que vas-tu faire ? - Rien.
Je reste ici.
Faisons une chose.
Je t'accompagne.
Devant moi, ils se calmeront.
Ils ne se calmeront pas.
Ca me gêne que tu nous voies sortir de nos gonds.
Ne t'inquiète pas,
on essaiera de les raisonner.
- Entre. - Don Fernando, attendez !
On fait des caprices ?
Elles sont à moi !
J'y ai travaillé aussi !
- Tu sais ce que tu as fait ? - Animal !
Tu m'as ridiculisé devant Marcello Solara,
un homme influent dans le quartier. Misérable !
S'il avait aimé les chaussures...
Tu remets ça ?
- On aurait pu les fabriquer. - Toi et papa ?
Toi aussi, plus tard !
Alors, t'as changé d'avis ?
Pas du tout, petite !
Mais t'aurais pas dû me ridiculiser devant Marcello !
- Combien tu mets pour les faire ? - Quatre jours.
On les fabrique, on les vend, et on s'autofinance.
On les vend toutes à Marcello ?
Tu le fais exprès ?
Les Solara nous feront de la publicité.
Gratuitement ?
S'il veulent un pourcentage, on leur donnera.
De quoi tu parles ?
C'est moi, le cordonnier !
Demandez-moi ! C'est moi qui fais les chaussures !
Assez !
Arrêtez, ou je saute par la fenêtre.
Je le ferai, la Madone de l'Arc m'est témoin !
Nunzia, calme-toi.
Calme-toi.
On fera ce que tu voudras.
Mais calme-toi.
- Elles me serrent. - Tu en es sûr ?
C'est du 43.
Elles me serrent.
On peut les élargir.
Oui, on peut arranger ça.
Tu as entendu, Marcello ? Tu sais que papa est habile.
Qu'est-ce que tu as dit ?
Rien, ne t'en fais pas.
Je ne sais pas. Je dois y réfléchir.
Au revoir.
Bouge-toi !
Viens, mon ami, on va fignoler ça.
Don Fernando, mes intentions sont sérieuses.
Je voudrais la main de votre fille.
Tu es trop jeune,
ne réponds pas tout de suite,
mais je te conseille de dire oui.
Pas seulement pour toi, mais pour toute ta famille.
C'est vrai.
Pense à ta vie,
mais pense aussi à nous.
Marcello Solara est un brave garçon.
Il respecte ton père.
Y a intérêt.
Tu n'as qu'à dire oui
et je m'occupe du reste.
On fera ça petit à petit.
Tu comprends ?
Petite...
Je t'ai demandé si tu avais compris.
Si j'avais compris ou si j'étais d'accord ?
Disons, les deux.
Papa...
Plutôt que de me fiancer avec Marcello Solara,
j'irai me noyer dans l'étang.
- Tu feras ce que je dis. - Non.
Non ?
C'est ce qu'on va voir !
Même pas si tu me tues.
C'est ce qu'on va voir, compris ?
Assommée par cette nouvelle,
je pris aussitôt parti pour elle,
je l'encourageai à mener cette guerre contre son père,
et jurai de la soutenir.
Mais je ne pus rester à ses côtés.
Mi-juillet, il arriva une chose que j'aurais dû prévoir,
mais qui me prit au dépourvu et me bouleversa.
Mathématiques : 9.
Littérature étrangère : 9.
Ca alors ! En grec aussi ?
Oui.
Tu mérites d'être reçue, Elena.
Tu es douée.
Tu as beaucoup travaillé,
ça se voit, tu es très pâle.
- Vous voulez de l'eau ? - Non, ça ira.
Ecoute, j'ai une cousine à Ischia. Elle s'appelle Nella.
Si tu l'aides dans ses travaux ménagers,
elle pourra t'héberger pour un temps.
Tu as besoin de te baigner, de prendre le soleil.
A Ischia ?
Oui, à Ischia.
Ca, c'est Ischia.
Elena...
Tu dois partir d'ici.
Tiens.
Ces livres sont pour toi.
Prends-en soin, ne les abîme pas.
Je ferai attention, maîtresse. Merci.
J'emprunte beaucoup de livres à la bibliothèque.
C'est bien.
- Ca va, maîtresse ? - Oui.
Je dois avoir la grippe.
Vas-y, ma petite.
Je te ferai savoir pour Ischia.
Au revoir.
Je ne voyais pas ce que voulait dire la maîtresse.
Je n'étais jamais partie en vacances. Je n'étais jamais allée à la mer.
Quand Mme Oliviero rendit visite à mes parents
et les convainquit de m'envoyer chez sa cousine à la mer,
mon seul souci fut de savoir comment l'annoncer à Lila.
Elle devait lutter contre tous pour rejeter la demande de Marcello,
et j'allais la laisser seule tout l'été.
Marcello ne t'intéresse vraiment pas ?
Tu es avec moi ou pas ?
Regarde-moi.
Tu es de leur côté ?
Tu es folle ?
Je voulais savoir si ça pouvait s'arranger.
Moi, je vais partir.
C'est-à-dire ?
Je vais à Ischia,
chez la cousine de Mme Oliviero.
Maman s'est laissée convaincre.
Elle me reproche de jouer la grande dame, puis elle cède.
Tu iras te baigner ?
Et tu me dis ça comme ça ?
Une chose aussi belle ?
Je te laisse seule, Lila.
Je suis désolée.
C'est merveilleux.
Oui.
C'est merveilleux.
Si tu mouilles ton maillot, il s'élargira, fais attention.
Si pendant la traversée, la mer est forte, que feras-tu ?
Que de soucis avec toi !
Maman, ne t'en fais pas.
Rappelle-toi que tu sais nager.
Je ne me rappelle plus. On est allés où ?
A Coroglio, quelques jours, pour soigner ton catarrhe.
- Tu as adoré. - Tu en es sûre ?
Du coup, j'ai un doute. Tu ne te rappelles pas ?
Non.
Tu étais trop petite.
Après manger ou pendant tes règles, ne te baigne pas.
Oui, tu me l'as déjà dit.
On va appareiller.
- Vous partez aussi ? - Oui, pourquoi ?
Surveillez la petite, si la mer est forte.
- La mer est belle et calme. - On sait jamais.
- Je m'occuperai de la petite. - Merci.
Ne me fais pas honte.
Embarquez, je vous prie.
Retirez la passerelle !
Lenu !
Ne parle pas aux inconnus, sois sage.
Fais attention, compris ?
Quand le vaporetto quitta le quai,
je me sentis à la fois terrorisée et heureuse.
Pour la première fois, je quittais la maison,
je faisais un voyage, par mer.
Le corps pataud de ma mère,
ainsi que le quartier et l'histoire de Lila,
s'éloignèrent peu à peu,
jusqu'à s'estomper.
Adaptation Giacinto Pizzuti
Sous-titrage Nice Fellow
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