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(cloches d'�glise)
(voix au loin)
(gr�sillement d'une radio)
(chanson fran�aise)
(changement de station)
(orchestre)
(animateur anglophone)
(radio): C'est une bien simple histoire
dont je vous ferai le r�cit
en suivant l'ordre des �v�nements.
(changement de station)
-W�! W�! - Prends la valise, Roger.
Le train va arriver.
-Vous pouvez y aller.
- Your attention, please.
Votre attention, s'il vous pla�t.
Prochain train pour Montr�al � 13 h.
Le train � destination de Gasp�,
en passant par Montmagny et Rivi�re-du-Loup,
le d�part sera retard� � midi.
Your attention, please.
The train for destination for Gasp�...
Your attention, please.
Votre attention, s'il vous pla�t.
M. Romuald B�langer est demand�...
(accent am�ricain): Denis?
Denis Boucher?
-Ah! Excusez-moi, monsieur le pasteur,je suis en retard.
- Non, tu es l�, c'est le principal.
Enchant� de te conna�tre.
Je t'imaginais plus petit et plus vieux.
- Non, non, non, merci.
J'ai fait votre r�servation � l'h�tel. Venez.
Taxi!
- Et Susan, elle va bien?
-Votre fianc�e parle maintenant le fran�ais aussi bien que vous.
Ou presque.
- Elle ne s'est pas convertie au catholicisme, j'esp�re...
- Pas encore.
- Vas-y! Vas-y! Vas-y!
- M�me � Qu�bec, on joue au baseball.
That's America.
�a, c'est l'Am�rique.
- Nous avons m�me un champion lanceur.
- Un cur�?
- Oh non! Plut�t le contraire.
- J'essaye ma ''sous-marin''!
- Oui... Oui...
Je comprends, ma soeur...
Mais vous--
�coutez, est-ce que je ne peux pas lui dire un mot?...
Un seul mot!...
Mais j'arrive d'assez lointain pour la voir...
J'arrive de Cincinnati!
Bon... oui, tr�s bien...
� 4 h...
Merci, ma soeur.
- Je vous l'avais dit.
Elles sont strictes, les Ursulines.
- C'est tout de m�me extraordinaire
que des religieuses catholiques
acceptent d'enseigner le fran�ais � une protestante.
-� Cincinnati, vous apprendriez l'anglais
� quelqu'un de Qu�bec, non?
- Nous, nous enseignons l'anglais � tout le monde!
Thanks.
(cloche)
- Bonjour!...
Monseigneur.
- Bonjour, monsieur le cur�. - Bonjour.
Non,je suis encore un simple cur�.
TON cur�, Napol�on.
-Ah, monsieur le cur�,
vous oubliez pas notre championnat d'anneaux, hein?
- Bonjour, monsieur le cur�. - Bonjour.
Non,je vais prier pour votre victoire.
- Priez fort, monsieur le cur�. Priez fort, hein?
Mettez tous les saints de notre bord.
On s'occupe du reste.
- Je vais faire �a pour toi.
(sonnerie)
- Midi et trois... il nous a encore vol� trois minutes.
- Comme �a, t'as accept� de sortir avec lui?
- ll m'am�ne au championnat d'anneaux.
- Voyons donc, c'est interdit aux femmes.
- Bien oui, c'est interdit. - Comment tu vas faire?
- Ovide est le fr�re de Guillaume Plouffe
qui se bat contre le champion de la haute-ville.
ll a le droit d'amener qui il veut.
Je vais �tre la seule femme parmi un millier d'hommes.
Une star d'Hollywood. -Wow!
- Ovide,je te pr�sente le pasteur Tom Brown,
de Cincinnati, des �tats-Unis. - Monsieur le pasteur.
- Enchant�.
- Je vous pr�sente mon ami Ovide Plouffe...
qui est chanteur d'op�ra et un peu th�ologien.
-Ah, Denis, tu exag�res.
Vous �tes pasteur
� Cincinnati m�me? - Cincinnati.
Dans la partie est de la ville.
-Ah, dans la partie est.
- Monsieur le pasteur est ici pour voir sa future femme.
Tu sais, cette belle Am�ricaine que maman conna�t.
-Ah.
- Qui prend des cours de fran�ais chez les Ursulines.
-Ah oui! Oui, oui.
- Nous pr�parons notre voyage de noces, � Paris.
-Ah, la France! Quel beau pays!
L'Op�ra de Paris, les ch�teaux de la Loire, Notre-Dame...
Je vous envie, monsieur le pasteur.
- Oh, mais vous savez, votre ville, Qu�bec,
a aussi son cachet fran�ais exceptionnel.
- C'est vrai. -Tout en restant une ville
tr�s nord-am�ricaine.
- Monsieur le r�v�rend �tait tr�s surpris
qu'on joue au baseball ici, en fran�ais, au Qu�bec.
-Ah, les sports, c'est la grande maladie moderne.
- Oh, maladie... ou la sant�.
Moi-m�me,je joue au baseball.
Au fait,je suis consultant pour les Cincinnati Reds.
Et je leur sugg�re quelquefois des joueurs.
Et Denis m'affirme que votre fr�re... William?
- Guillaume. - Guillaume.
Votre fr�re est un champion lanceur?
- Guillaume est sans doute le meilleur lanceur de Qu�bec,
mais le Canada est faible dans le domaine du baseball.
-Ahem!
-Ah, monsieur le pasteur, permettez-moi
de vous pr�senter une amie, mademoiselle Rita Toulouse.
- Enchant�e, monsieur. - Enchant�.
- Ovide et moi, nous...
nous admirons beaucoup votre pape, le roi d'Angleterre.
ll est si bel homme, en plus.
- ll faut se m�fier de ce gar�on.
ll m'apprend de vilains mots fran�ais:
anarchisme,
socialisme...
sensualisme.
- ll ne te fait pas la cour, au moins, j'esp�re?
- Qui a mis le cow-boy Gene Autry
avec mes ''concertis'' de Mozart?
- Continue, tu vas y arriver.
- Oui, mais il coule trop--
- Qui a touch� � La Traviata?
- H�, Guillaume... M�tivier, contre qui tu joues,
il a r�ussi 5, 14 puis un 13, pour un total de 83,
� un point seulement du score parfait.
T'as pas peur?
- Dans cette maison, il n'est question que de sport.
C'est d�go�tant.
Napol�on, � 32 ans,
s'est pas encore aper�u qu'il y a des femmes dans le monde.
- On a de dr�les d'hommes dans la famille.
Pas un qui sort avec une femme.
- Les femmes, c'est dangereux pour les athl�tes.
Comme la boisson.
Max Baer, le grand boxeur, c'est �a qui l'a achev�.
- Les femmes, �a co�te cher puis on n'a pas d'argent.
Donc pas de femme.
Mais on a une soeur qui sort avec un homme mari�.
- Mon petit... Papa, faites-le taire!
Grand flanc mou qui rapporte pas un sou!
- Je sais o� tu caches ta petite banque.
- Maman, vous l'avez laiss� fouiller dans ma chambre!
- Bon, bon, bon, c'est assez!
Guillaume joue � soir, il faut pas l'�nerver.
- C'est vrai, faut pas m'�nerver--
- Guillaume! Tais-toi!
Mange!
- Maman...
ll y a une secr�taire � la manufacture.
Voil� pas mal de temps qu'elle me tourne autour.
Alors ce soir, pour lui faire plaisir,
j'ai accept� de la sortir.
- Hum!
- Je te trouve pas prudent, Ovide. Tu devrais---
- Oui, oui, oui,je sais!
Le monast�re, la vocation religieuse.
Je ne veux pas qu'on discute mes actes.
- Bonjour � tous!
Je vous am�ne de la grande visite.
- Je vous en prie, mangez. Asseyez-vous.
- Je vous pr�sente monsieur Tom Brown.
- Un Anglais. - Un Am�ricain.
-Ah! Salut, monsieur.
- Je dois vous dire que monsieur Th�ophile Plouffe
n'aime pas beaucoup les Anglais.
ll pr�f�re les Allemands.
C'est en hommage au kaiser
qu'il a appel� son fils Guillaume.
-Votre kaiser Guillaume, c'�tait tout un soldat.
- Hum.. oui.
H�, �a va, Ovide? - Mon r�v�rend.
Je vous pr�sente ma famille.
Mon p�re... - Monsieur.
- Ma m�re. - Madame.
- Ma soeur, C�cile. - Mademoiselle.
- Et Guillaume, notre champion.
-Ah, Guillaume.
- J'oubliais Napol�on.
- Bonjour.
-Vous visitez notre belle ville, monsieur le r�v�rend?
- Oui. Mais je suis surtout venu pour voir ma fianc�e.
-Votre fianc�e?
- Oui, madame.
- Vous avez une fianc�e?
- Madame Plouffe, vous savez que les ministres protestants
ont le droit de se marier! C'est permis dans leur religion.
- lls ont des familles de 10-12 enfants.
-Toi, arr�te, Guillaume. - Maman, l'�glise baptiste
est presque comme la n�tre.
Entre le catholicisme et le baptisme,
il y a seulement une diff�rence de degr�s.
- Non, Ovide. Nous autres, nos pr�tres se marient pas.
lls font voeu de chastet�,
pas de mariage.
-Au fond, Ovide aussi agit en protestant.
C'est vrai! ll a la vocation religieuse,
puis ce soir, il sort avec une femme.
- Si Ovide sort avec une jeune fille,
c'est par charit� chr�tienne. -Ah, qu'il est bon!
- Parle � ta soeur, Ovide.
- Maman,je t'en prie, changeons de sujet.
Mon r�v�rend, il ne faut pas vous formaliser.
Nous sommes des Latins, donc d'un temp�rament bouillant.
(toc-toc!) - Excusez-moi.
Je suis en retard. J'avais perdu l'adresse.
- Susan, reste pas l�, entre. - Mademoiselle, entrez, voyons.
- Monsieur Plouffe, madame Plouffe,
je vous pr�sente ma fi... ma future femme.
- Bonjour, mademoiselle, bienvenue � Qu�bec.
- Elle est venue � Qu�bec pour apprendre le fran�ais.
- Bonjour. How do you do?
- Bonjour.
- Good day, baby.
- Guillaume!
- Voyons! C'est la nouvelle mode aux �tats-Unis.
On s'embrasse pour se conna�tre.
�a sauve du temps. - Excusez-le, madame.
Mon Guillaume, c'est un embrasseux.
Je l'ai trop g�t�. -Vous l'avez pourri, maman.
- C�cile! - G�t� ou pourri, � soir,
Guillaume gagne le championnat d'anneaux.
ll bat M�tivier, le snob de la haute-ville.
Sans �a, on va tous mourir de honte.
- Monsieur le r�v�rend recrute des joueurs
pour un grand club de baseball am�ricain.
Et il s'int�resse � Guillaume.
- Qu'est-ce que tu dis l�, Denis?
- Minute, l�.
Guillaume, lui, c'est les anneaux, un jeu de Qu�bec.
- Madame, lancer une balle
ou lancer un anneau, �a requiert la m�me pr�cision.
�a demande...
le m�me talent. -Vous avez raison, M. l'abb�.
Savez-vous comment Babe Ruth a commenc�?
- Napol�on!
�pargne-nous tes statistiques.
Mon fr�re Napol�on
est une encyclop�die sportive.
- Je vous entends parler de baseball, d'anneaux,
puis �a me rend triste.
C'est pas son bras qui est le meilleur, c'est son mollet.
ll a les meilleurs mollets au monde.
S'il voulait, il pourrait devenir
un second Torchy Peden
puis gagner le Tour de France.
Hum! Le Tour de France...
- On vante tes bras, on vante tes mollets...
On te vante partout, tu dois �tre content.
- Malheureusement,
il y a des m�decins qui pr�tendent
que le ''bicyclisme'', c'est mauvais pour le coeur.
- Moi,j'ai un coeur d'un gars de 20 ans.
Puis tous les jours,je me rends au travail � bicyclette.
Beau temps, mauvais temps, je p�dale.
Mon coeur bat 65.
- Le coeur de Guillaume bat � 55 au repos.
- Good! Cinquante-cinq, c'est l'id�al pour un athl�te!
- Oui, mais... quand j'embrasse une femme,
mon coeur bat �... 56.
- Guillaume! - Franchement...
- Ce n'est rien, madame.
J'adore la galanterie fran�aise.
- C'est pas de la galanterie, �a, madame, c'est de la b�tise.
- Qu'est-ce que c'est, ''b�tise''?
- Je suis l'entra�neur de Guillaume et je dis: il est 7 h.
ll est temps que Guillaume commence
� r�chauffer ses muscles. Sans �a, on part perdants.
-Ah, excusez-moi, Ovide!
Je suis en retard.
- De rien,j'arrive moi-m�me � l'instant.
- Sentez ma peau.
-Ah,j'adore l'odeur du lilas.
Du jasmin...
- J'ai pris une belle douche parfum�e.
- Le championnat d'anneaux, c'est par l�!
- Prenons un raccourci.
- Un raccourci, Ovide?
-Vous savez, Rita...
Vous permettez que je vous appelle Rita?
- J'aime mieux �a.
-Vous savez, Rita, tout seul, � ce championnat,
je n'y serais pas all�.
C'est mon pr�texte pour sortir avec vous.
- �a, c'est fin.
- Par temp�rament, j'aime mieux un concert
ou une pi�ce de th��tre...
tout ce qui touche � la culture, la culture fran�aise surtout.
-Ah... c'est pour �a que vous me tenez parle bras,
� l'ancienne mode? - Excusez-moi.
- Prenez-moi parla taille. Comme �a.
�a fait plus nouveau, hum?
- Ce qui m'int�resse le plus,
c'est la musique classique, l'op�ra.
Ces temps-ci,j'�coute beaucoup Verdi, la Tosca.
- Moi,j'adore Bing Crosby. Le connaissez-vous?
- Oui, un peu. -Ah, quand il chante,
j'ai des frissons partout. J'en ai les jambes molles.
Lazy bones lying in the shade
- Oui, c'est un genre facile qui pla�t beaucoup.
-Ah, sa voix me donne le go�t de danser,
de me coller, de faire des folies.
Lazy bones lying in the shade
(Elle fredonne.)
Oups!
�a vous g�ne que je danse? - Non.
- J'aime �a, faire la folle.
Danse avec moi, veux-tu?
(Elle chantonne.)
Oh! Mon Dieu, vous �tes raide.
D�raidissez-vous un peu.
Embrassez-moi.
- L'endroit manque d'intimit�, hein?
- Essuyez vos l�vres. Mon rouge tache.
- Quatre galons, 20 ans de service.
J'arrive pas � le croire.
(porte)
- O� allez-vous, � cette heure-ci, maman?
-Au presbyt�re, me confesser.
- Pourquoi, madame Plouffe?
- D'avoir laiss� entrer un ministre protestant.
- C'est pas de votre faute, maman.
- Je suis responsable de ma maison.
Votre femme va bien?
- Oui. Oui, madame.
-Vos enfants?
- Le petit...
pousse une premi�re dent.
�a va bien.
- C'est sa tumeur qui la rend comme �a.
Elle endure un martyre.
- Elle endure un martyre de me voir ici.
Plus �a va, plus elle veut que je m'en aille.
- Guillaume Plouffe a r�ussi un 71 !
- Guillaume Plouffe a r�ussi un 71 !
(sifflements)
- S'il vous pla�t, silence, s'il vous pla�t!
Je demande le silence complet.
S'il vous pla�t, s'il vous pla�t, silence!
-Tu le rattrapes, �a va bien.
Mais l�ve-les plus haut, O.K.?
� la hauteur des yeux. Dans les yeux...
-Au jeu.
- Quatorze!
- �a para�t que j'ai pas l'habitude, hein?
L'habitude d'embrasser.
Voyez-vous, dans certaines choses de la vie,
je suis d'une timidit� extr�me qui me paralyse.
-Vous parlez bien, Ovide. Je comprends pas
que vous soyez un simple tailleur de cuir.
- Saviez-vous, Rita, que Balzac a commenc�
comme apprenti imprimeur? Ford, comme simple m�canicien.
Qui vous dit qu'un jour, je ne serai pas...
journaliste ou �crivain. - Ou s�nateur � Ottawa.
- Onze!
Charles M�tivier, 10, 50.
Guillaume Plouffe...
Guillaume Plouffe, 10, 41.
Encore trois tours � jouer!
(hu�es et sifflements) S'il vous pla�t, silence!
Silence, s'il vous pla�t!
Je demande le silence complet!
Le jeu d'anneaux est un jeu d'adresse
et de concentration. (sifflements)
S'il vous pla�t, dans le coin, l�-bas,
je veux pas �tre oblig� de mettre personne � la porte.
Silence!
Au jeu!Au jeu.
- ll est beau, votre fr�re, Guillaume.
- Son genre pla�t aux petites filles na�ves.
-Votre ami, Denis Boucher, est pas mal non plus.
ll a des beaux yeux bruns.
- Bonjour, ma poulette, �a va bien?
- Oui, �a va bien, Stan. Toi? - �a va.
Tu t'es mis une belle petite robe.
C'est chic comme �a. - Merci.
-Vous le connaissez depuis longtemps, ce M. Labrie?
''Ma poulette'', ce n'est pas tr�s respectueux.
- ll me court apr�s. ll m'a m�me demand�e en mariage.
- Regardez Stan Labrie. - Oui...
- ll y a rien qui vous choque?
- Non.
- Envoye, Plouffe, d�p�che-toi donc!
- Envoye, Plouffe!
- Regardez ses gestes.
La femme qui va l'�pouser risque une grosse d�ception.
- ll est pas un peu trop vieux pour vous?
- J'aime les hommes matures.
- Cinq!
(hu�es)
- Silence!
- Labrie, c'est le lanceur
du club de baseball canadien.
ll faut organiser une partie entre lui et Guillaume.
ll faut que vous voyiez le ph�nom�ne Guillaume Plouffe
� l'oeuvre au monticule.
C'est l�, sa vraie place.
- Mais moi,je vais partir de Qu�bec samedi.
-Treize! - Bon. On le fait vendredi?
- J'en apprends des vertes et des pas m�res, Rosario.
- C'est �a, la confession, monsieur le cur�.
- Je te parle pas de la confession,j'ai l'habitude.
ll y a un loup dans la bergerie, Rosario.
Est-ce que tu savais �a, toi? Un loup!
-Allons, l�-bas, derri�re. Pour un extr�me long shot.
- Par ici. Pardon.
- ll s'introduit dans nos bonnes familles.
ll fait de la propagande anglicane.
Peux-tu croire �a, toi?
Passe-moi mon chapeau.
Je m'en vais aux anneaux.
- Quatorze!
- Que diriez-vous d'une soir�e d'op�ra?
Un r�cital.
Je chanterais avec quelques amis, pour vous.
-Ah, une soir�e musicale? C'est cute!
- Douze!
- Pr�f�rez-vous entendre des extraits de Paillasse
ou de La Traviata?
- Bien,je sais pas.
Paillasse. J'aime beaucoup Paillasse.
- Onze!
- Charles M�tivier...
- Paillasse, �a tombe bien dans ma voix.
- ...soixante-huit!
Guillaume Plouffe, au jeu!
-Attends, Guillaume, fatigue-toi pas pourrien.
(hu�es)
-Au fond,je suis content que vous ayez choisi Paillasse.
La Traviata, �a me faisait un peu peur.
Surtout � cause du la b�mol... -Ah oui.
-Vas-y, Guillaume.
-Vas-y, Guillaume!
- ll y a quelque chose ici qui le d�range.
(hu�es)
- Je sais ce qui te d�range. Joue pas.
-Votre robe.
(sifflements admiratifs)
- Cinq!
(hu�es)
Quatorze!
(applaudissements)
Douze!
Onze!
(applaudissements)
Quatorze!
- Bonsoir, monsieur Plouffe. - Bonsoir.
- Pas de bicycle en dedans.
- Comment, pas de bicycle?
- Onze!
-Vous laissez entrer des femmes puis pas de bicycle?
- Une femme, mais... pas de bicycle.
- C'est un bicycle de course qui a gagn� 17 championnats.
Tu veux pas que je me le fasse voler?
- Silence, s'il vous pla�t! Silence.
Charles M�tivier, 12, 41.
Guillaume Plouffe, 11 , 61.
Quatre-vingts points d'avance pour Charles M�tivier.
Guillaume Plouffe, pour gagner, doit r�ussir un 81.
(cris et applaudissements)
(sifflements admiratifs)
S'il vous pla�t, silence!
Silence!
Au jeu! - �a va lui porter chance.
- Guillaume!
Excusez-moi une minute. Pardon, pardon.
Merci beaucoup.
H�, Guillaume!
- Qu'est-ce que je peux faire pour vous, p'pa?
- C'est au dernier sprint qu'on reconna�t les vrais champions.
Vas-y, mon gars.
Vas-y!
-Vas-y, Guillaume!
(cris d'encouragement)
- Envoye, le jeune, lance-la! On passera pas la nuit icitte.
(La foule acquiesce.) - Un instant, s'il vous pla�t.
Pour ce dernier tour de Guillaume Plouffe,
je ne tol�rerai aucun applaudissement,
comme vous l'avez fait dans le cas de M. M�tivier,
malgr� le r�glement.
Aucun bruit,
aucun d�placement dans les estrades.
Je veux entendre un silence total!
Au jeu.
- Quatorze!
- Silence!
Silence!
- Quatorze!
(petits applaudissements) - Chut!
- Quatorze!
Quatorze!
Quatorze!
ll a gagn� ses �paulettes
Maluron malurette
- Je proclame Guillaume Plouffe
champion canadien des anneaux.
Charles M�tivier, 12, 41.
Guillaume Plouffe, 12, 45.
Guillaume Plouffe a vaincu un grand champion.
(ll chantonne.)
Et je croyais
Mon coeur � moi
J'avais sacrifi� ma vie
� ta jeunesse
Et j'avais conquis-
(en sourdine)
- �a me fait plaisir. Enchant�.
- J'ai refus� de sortir avec lui, ce soir.
Je vais � ta soir�e d'op�ra. J'ai h�te.
Puis je l'ai disput� aussi.
Je lui ai d�fendu de revenir me voir � mon travail.
(ll chantonne.)
-Toi, grouille pas! - Qu'est-ce--
- Reste dans la porte! - Qu'est-ce qui va pas, maman?
- Mais madame Plouffe-- -Y a pas de ''mais''!
Monsieur Denis Boucher, le cur� vous ordonne
de ne plus amener le pasteur protestant dans la paroisse.
Sinon,je ne peux plus vous recevoir dans ma maison.
- Mais oui-- - Regarde-moi dans les yeux
et dis-moi que tu vas emp�cher le protestant de revenir.
Si c'est oui, tu peux rester. T'es chez vous, comme avant.
Si c'est non, je te connais pas, va-t'en.
- Madame Plouffe, vous me connaissez mal.
J'ob�irai au cur�, je lui ai promis.
Et puis je m'arrangerai pour que...
le pasteur reste chez lui. Vous �tes contente?
- Bon. Tu peux venir t'asseoir � table
puis manger avec nous autres, je t'invite.
- Ce qui fait que, sans le pasteur,
la rencontre de vendredi soir contre Stan Labrie
tombe � l'eau.
Quand est-ce que vous allez arr�ter
de nous mettre des b�tons dans les roues, maman?
(porte)
- Les portraits.
Est-ce qu'il est venu porter les portraits?
- Qui, �a? Quels portraits? - L'abb� Brown, voyons!
ll est suppos� de venir avec des portraits g�ants.
- R�p�te donc �a pourvoir, toi.
- Les portraits du championnat, maman.
ll nous a pos�s, tout le monde.
Avec Guillaume puis avec le troph�e.
Puis il a fait faire des agrandissements g�ants,
grands comme �a.
-Y aura pas de livraison de portraits.
Le protestant ne mettra plus les pieds dans la maison
ni dans la paroisse. Nous l'avons chass�.
- Chass�? - Oui, chass�.
- Mes portraits, maman...
C'est les plus beaux portraits de ma collection.
Puis la rencontre contre le Canadien,
y avez-vous pens�?
Vous �tes-vous arr�t�e une minute pour y penser?
(Ovide): lnsiste pas, Napol�on.
- J'en ai assez de me faire passer
le torchon!
Je suis l'a�n� des gar�ons!
Si vous avez des devoirs, moi, j'ai des privil�ges!
Je veux avoir les photos de Tom Brown
puis je vais les avoir!
C'est moi qui vous le dis bien en face!
Mes portraits, �a regarde pas le cur�!
Viourge de viourge!
Y a toujours bien des limites!
Celui ou celle qui va emp�cher le pasteur d'entrer ici,
il est pas encore au monde.
(sanglotant): Enfant sans coeur. Parler comme �a � sa m�re...
- Je pense vraiment que ce championnat
t'a mont� � la t�te, Napol�on.
Tu devrais avoir honte de faire pleurer ta vieille m�re
pour une simple histoire de photographies.
-Voyons, m'man...
vous le savez que, moi, les portraits de collection,
�a... �a me fait parler fort.
L�,je parle doucement.
Arr�tez de pleurer.
J'aime pas �a.
- Laisse-moi, esp�ce de sans-coeur.
Au fond, �a te fait rien de me faire de la peine.
- �a, c'est pas vrai.
Je vais vous le prouver.
Arr�tez de pleurer, par exemple.
Le pasteur, vous voulez pas le voir, vous le verrez pas.
ll mettra jamais les pieds dans cette maison-ci.
Je vais aller l'attendre dehors.
- C'est un compromis qui t'honore, Napol�on.
- Ouais.
-Ah, �a va, les champions?
(piano et vocalises)
- Sois pas mal � l'aise.
Maman est de bonne humeur; Ovide chante.
- Elle aurait pu me saluer.
- Me semblait qu'On�sime, tu ne voulais plus que-
- Ce soir, Ovide chante.
- Monsieur On�sime M�nard.
- Bonsoir, mademoiselle. - Bonsoir.
- Et ma soeur C�cile.
- On se voit, des fois, � la manufacture.
Bonsoir. - Mademoiselle Rita Toulouse.
Pour vous, Rita.
- Pardon.
Merci, Ovide.
(piano)
- Fran�ois Thibodeau et sa soeur B�rang�re.
- Bonsoir.
- Enchant�e.
- Elles sont bonnes?
- Celle-l� est bonne.
-Vous autres, l�, montrez � Mlle Toulouse
qu'elle vient dans une famille de messieurs.
Mets ta veste, toi.
- Est-ce que �a vous g�nerait de prendre les deux chaises?
Le divan est pour papa et maman.
- Non. - Non, voyons.
- Merci.
- lci? - Bien oui.
(tonnerre) J'aime pas �a.
- ll y a pas de danger.
- Bonsoir. - Bonsoir.
- Bonsoir, Fran�ois.
Bonsoir, B�rang�re. - Bonsoir.
- Papa, maman, mademoiselle Rita Toulouse.
- Monsieur, madame. - Bonsoir.
- Ovide m'a beaucoup parl� de vous.
-Vous avez une bien jolie robe.
Si vous avez froid,je pourrais vous pr�ter un ch�le.
-Ah non, merci, je... je me sens tr�s bien.
- Papa, maman.
(tonnerre)
Napol�on.
Guillaume, va te chercher une chaise dans la cuisine.
- Pas la peine, Ovide, je suis tr�s bien, j'ai de la place.
- Journaliste... c'est un m�tier s�rieux, Denis.
Un m�tier de grande responsabilit� sociale.
- Ces responsabilit�s, je suis pr�t � les assumer,
monsieur le cur�.
J'ai termin� mes �tudes avec grande distinction.
- Oui, mais...
chez les fr�res.
Autrement, t'aurais appris qu'on met une veste
quand on vient voir son cur�.
Denis!
Ou bien t'es un petit hypocrite, ou un petit imb�cile! Choisis!
Tu veux �tre journaliste � L'Action Chr�tienne
et tu introduis un ministre protestant dans ma paroisse?
- Seulement pour une partie de baseball, monsieur le cur�.
- Denis, as-tu song� aux cons�quences?
Ces gens-l� s�ment le doute.
Pourquoi penses-tu qu'ils apprennent notre langue?
Et qu'ils fr�quentent nos universit�s?
Je vais te le dire, moi.
C'est pour mieux nous influencer.
Nous assimiler.
Heureusement que, nous autres, les cur�s, on veille.
- Le pasteur s'est fait beaucoup d'amis
dans notre milieu universitaire.
M�me des pr�tres.
Et des plus brillants!
-T'es pas qualifi�, Denis Boucher,
pour discuter de la conduite des pr�tres.
Puis je vais te dire une chose.
Un jeune pr�tre peut se laisser influencer.
Mais un plus �g� comme moi? Du roc!
D'ailleurs,je me demande � quoi peut penser le cardinal
quand il admet des non-catholiques � l'universit�.
- N'emp�che que... � votre place,
je profiterais de l'occasion.
- L'occasion? Quelle occasion?
- De l'occasion.
- Je vous demanderai d'abord le plus religieux des silences
durant le prologue de Paillasse.
Vous connaissez tous cet op�ra en deux actes
de Ruggero Leoncavallo,
pr�sent� pour la premi�re fois � Milan le 21 mai 1892
puis aux �tats-Unis, le 15 juin 1893.
(miaulement)
La premi�re sc�ne de l'op�ra...
Je ne vous raconterai pas en d�tail cette oeuvre magistrale.
R�sumons en disant qu'il s'agit
de l'histoire d'un homme malheureux
qui tue la femme qu'il aime parce qu'elle le trompe.
- Hum. - On devrait jamais
tuer sa femme parce qu'elle aime un autre homme.
-Vous vieillirez, mademoiselle.
Vous verrez � quels exc�s peut conduire un grand amour.
- Oui, mais... il la tue pas pour le vrai, hein, Ovide?
- Paillasse poignarde Colombine jusqu'� ce que mort s'ensuive.
- C'est effrayant.
- ll y a des choses plus effrayantes que �a.
- Des histoires des vieux pays,
madame Plouffe.
�a se tue beaucoup, l�-bas.
lci, � Qu�bec,
c'est une moyenne de deux, trois meurtres par ann�e.
Des accidents.
M�me pas des meurtres.
Personne ne tue par amour.
On a une vie bien ordinaire.
On respecte la loi.
- On�sime conna�t la loi, maman.
Oubliez pas qu'il a d�j� song� � devenir avocat.
- L'amour, �a peut pas �tre mal.
C'est trop beau, trop...
- J'avais pens� chanter en italien,
mais comme vous ne comprenez pas cette langue,
je vais chanter en fran�ais.
B�rang�re interpr�te le r�le de Colombine,
et moi,je serai tour � tour l'inf�me Tonio
et le Paillasse Canio.
(tonnerre)
�a va aller pour le sol du prologue.
Si tu vois que je force trop,
prends les sanglots un ton plus bas.
-tr�s bien, Ovide.
- C'est doux. (miaulement)
- Souhaitons-nous bonne chance.
(tonnerre)
(salve de coups)
(trois coups)
- �a frappe.
Napol�on!
- C'est pour nous avertir de garder le silence.
Bonjour
- Bonjour, Ovide.
C'est moi mesdames
- C'est mon tapis de table! -Tu t'en sers jamais.
Et vous messieurs
Excusez-moi
Si seul je me pr�sente
C'est le prologue
Un jour
Comme un murmure
- Ce qui attire, chez le pasteur,
c'est pas sa religion, c'est le sport.
Et les sports nous viennent d'o�?
Des �tats-Unis!
On vit � l'heure am�ricaine, monsieur le cur�.
- Moi, Denis,je vis � l'heure du Vatican.
-Vos paroissiens admirent qui?
Guillaume Plouffe, Stan Labrie...
des joueurs de baseball, monsieur le cur�.
lls en sont pas moins catholiques pour autant.
lls aimeraient �a, vos paroissiens,
que vous alliez les encourager, de temps en temps.
Et il y a rien dans la th�ologie contre le baseball.
-Tais-toi, Denis, tais-toi.
Viens
Oublions
Et �teignons
La terre et ses couleurs
Le ciel m�me
Saurait mourir
Sous tes baisers
Je t'aime
Je n'ai pu le rejoindre
Rien parbleu
ll conna�t tous les sentiers
Qu'importe
Tu me diras le nom de ce l�che
Qui Toi
Femme parjure
De votre fureur
Cher �poux
Je suis vraiment surprise
Calmez calmez votre courroux
Car il n'est pas de mise
Ah
Tu me railles
Tu ne crains pas ma vue
Mais prends bien garde
- Mon couteau � pain! Ovide!
Son nom ou je te tue
Attention, ton p�re vient de l'aiguiser!
Ah
Ta rage est vaine
Ma tendresse est plus forte
- Elle t'a rien fait, cette femme-l�!
Oui je brave
L'amour m�me
Son nom Non
Son nom Meurs donc serpent
(tonnerre)
Ah
- La comedia...
e finita.
- �a veut dire que la com�die est finie.
- Bravo!
tr�s bien! tr�s bien!
-Ah, vous �tes aussi un bon acteur, Ovide.
Aussi bon que Nelson Eddy dans Rose Marie.
Et vous, B�rang�re-- -Attendez les sanglots.
- Oh, attends pour les sanglots, Ovide.
Je vais aller passer de la liqueur.
- J'ai soif, moi.
- Bon, entracte.
-Vous avez vu le film?
- Oui, avec Jeanette MacDonald. Deux fois, hein, On�sime?
When l'm calling you
ou ou ou ou ou
And l hear your answering
Echo so dear
Then l will know
Our love will--
(tonnerre)
- Le tonnerre est tomb� sur la paroisse!
- On va voir �a.
- H�, que j'aime donc pas �a!
- Les enfants...
- Rappelez-vous l'histoire des Juifs dans le d�sert.
Quand Mo�se s'entretient avec J�hovah,
ses troupes font quoi?
lls construisent un veau d'or.
Le veau d'or ici, c'est le baseball.
Un geste de votre part, monsieur le cur�,
et le sport dans votre paroisse devient catholique.
Fini l'influence du pasteur.
- Le tonnerre tombe jamais dans la paroisse.
- Le tonnerre tombe jamais dans la paroisse.
ll y a trois paratonnerres sur le toit de l'�glise.
- O� tu m'am�nes alors?
Hum, esp�ce de petit vicieux.
- J'�tais tann� de l'op�ra.
- Faut que je retourne, moi.
- Quand Ovide chante, il voit rien.
ll s'apercevra m�me pas que t'es partie.
As-tu eu des cavaliers avant Ovide?
- Plusieurs.
- Des gars qui savaient rien faire,je suppose?
-T'es pas g�n�!
J'ai eu un comptable, un annonceur de radio
et puis... m�me un Am�ricain.
-As-tu fait avec eux autres ce que tu vas faire avec moi?
- ll pleut encore un petit peu, hein?
O� on va, donc? ll fait pas chaud.
- O� on va, il fait chaud � mort.
Je t'am�ne � un carr� de framboises, pas loin.
- �a... �a va bien, dans tes �tudes?
- H�,j'ai 20 ans. � l'�cole,je n'y vais plus.
As-tu d�j� vu un champion national d'anneaux
aller � l'�cole?
- On apprend bien plus de choses dans la vie, c'est s�r.
-Ah oui.
-Ah... mes souliers sont tout sales.
J'aime pas �a ici, c'est trop tranquille.
Ram�ne-moi chez vous, Guillaume. - Penche-toi.
Penche-toi!
- Pourquoi? - Pose pas de questions
puis regarde bien.
Quatre-vingt-quatre!
-Ah!
- Guillaume!
Guillaume...
Ah... regarde ma robe.
Je ne suis plus montrable. Qu'est-ce que je vais faire?
Tiens, regarde mes souliers. Pas fin!
(soupir)
(pas)
- Guillaume...
Tu m'as fait tr�s mal.
(porte)
- Guillaume!
Pas besoin d'un poignard pour tuer quelqu'un.
Va te coucher, l�.
- Mon vieux, tu pourrais quand m�me--
(coup sur la table)
- Bon, alors, pour ma courbe int�rieure,
je prends ma balle comme ceci,
je place bien mes doigts sur les coutures,
un coup de poignet...
Bon, attention, Rosario, on y va.
-Ah! Elle a vir�, celle-l�! Ha! Ha! Ha!
(vacarme de la machinerie)
- Ovide?
Je te comprends de me bouder pour hier.
Je peux t'expliquer-- - Je ne veux pas d'explication.
- Oui, mais Ovide-- -Vous �tes une petite sotte!
Fichez-moi la paix. Allez-vous-en.
Ah tu me railles
Tu ne crains pas ma vue
Mais prends bien garde
Son nom ou je te tue
Femme parjure
Meurs donc serpent
(rires)
(sifflements admiratifs)
- Bonjour, poulette!
�a va?
-Tu dois penser � une seule chose:
gagner la partie.
Puis battre Labrie � plates coutures, O.K.?
T'es un athl�te, Guillaume.
Faut pas que les histoires de famille, �a te d�range.
(cloche de l'�glise)
(C�cile soupire)
- Je trouve �a �pouvantable.
Tout le monde se moquait de lui.
La Rita Toulouse chantait en l'imitant.
Les hommes l'ont m�me trait� d'artiste, de tapette!
On a fait rire de nous autres, maman,je l'ai vu!
L�, il s'est lev�, droit comme une barre de fer,
il a lanc� tous ses outils parterre,
il a march� vers la porte sans se retourner
puis il est sorti.
J'ai essay� de le rejoindre.
''Ovide. Ovide!''
Mon contrema�tre est arriv�, il m'a barr� le chemin
puis il m'a dit: ''C�cile, retourne � ton travail en bas.''
Ah!
- ll doit �tre sur les plaines d'Abraham
en train de lire un livre tranquillement.
-Voyons, papa, il a disparu depuis 10 h � matin.
ll lit pas depuis ce temps-l�, certain!
- ll est peut-�tre all� se jeter � l'eau.
- Maman, dites pas �a!
Vous savez comment je suis superstitieuse!
- Ovide, c'est pas un gar�on comme un autre.
On sait jamais ce qu'il a dans la t�te de faire.
- Faites de la place.
Laissez passer monsieur le cur�.
�cartez-vous. Merci!
- Mesdames, messieurs!
Mesdames et messieurs,
je vous demande un moment d'attention!
Nous vous avons r�serv� une grande surprise!
Aujourd'hui, monsieur le cur� en personne
a accept� de lancer la premi�re balle de la partie.
Pour cette circonstance exceptionnelle,
la batterie d'honneur se composera comme suit:
lanceur, monsieur le cur� Folb�che!
Frappeur...
le r�v�rend Tom Brown, de Cincinnati!
Receveur, monsieur le vicaire B�langer!
Au jeu!
- Mes enfants, mes chers amis,
j'esp�re que vous excuserez mon inexp�rience.
Est-ce que quelqu'un pourrait me passer une balle?
Merci.
Je suis venu parce que je d�sire...
je d�sire voir le club de notre paroisse
commencer cette partie sous d'heureux auspices.
Je d�sire aussi remercier le r�v�rend Tom Brown...
qui s'en retourne demain aux �tats-Unis.
Je veux le f�liciter de son bel esprit sportif.
(cris d'encouragement)
(femme): Strikez-le! (homme): Strikez-le!
(tous): Strike out! Strike out!
Strike out! Strike out!
- Cette fois-ci,je frappe un home-run, monsieur le cur�.
- Je vous l'avais dit, monsieur le cur�, vous �tes formidable!
- �a va, �a va!
Ta lettre de recommandation est sign�e.
- Guillaume!
Guillaume, compte surmoi pour venger Ovide.
Toi, gagne la partie, hein?
(rires)
Rita Toulouse, le mal que vous avez fait � mon ami Ovide,
vous l'emporterez pas en paradis.
- H�, le jeune!
Parle plus poliment, et pas de menace.
Mademoiselle va devenir ma femme.
-Ta femme? Je connais au moins un emp�chement au mariage.
Mademoiselle, votre m�re en sera inform�e.
- Mon petit...
(foule): Guillaume! Guillaume!
-Strike one!
Strike two!
Strike out!
Strike out!
(cloche du tramway)
(cloche du tramway) - D�gage la voie!
So�lon!
Tu tiens pas � vivre?
C'est dangereux, ce que tu fais l�.
(aboiements)
- Mon Dieu...
ll a d� souffrir un long martyre.
Vous autres, assoyez-vous � la table
puis faites comme si de rien n'�tait.
C�cile, va pr�parer son lit. - Oui.
-Viens t'asseoir, Ovide.
- Ma petite m�re! -Viens t'asseoir, viens.
- On sort ensemble � soir?
-Viens t'asseoir, mon petit gar�on.
Assieds-toi. Assieds-toi.
- J'ai battu Stan Labrie, Ovide. Six-trois.
Je l'ai pass� trois fois dans la mitaine
puis j'ai cogn� un circuit. La honte de sa vie, hein?
Es-tu content?
- Si tu savais comme c'est pas important...
Bonjour, les Plouffe!!!
- Bonjour. - Bonjour, Ovide.
- Salut, les Plouffe.
Tout le monde est de bonne humeur?
- Oui, Ovide, on est de bonne humeur.
- Son lit est pr�t, maman.
-Tiens, prends �a, Ovide.
ll y a rien de mieux pour le mal de bloc.
- Maudit que la vie... la vie est bien faite.
Si on la vivait pas...
on mourrait.
Hein, C�cile?
- Voyons...
- Je suis l'homme qui a fait... le plus parler de lui dans...
dans la ville de Qu�bec, aujourd'hui.
- Bien non, pas tant que �a, Ovide.
- Ouais, ouais, ouais!!!
Autant que �a!
�norm�ment, m�me.
- On va manger.
- Laissez faire le service, maman.
J'ai...j'ai un petit discours � vous faire.
D'abord, maman,
je dois vous dire que je vous aime.
Je vous embrasse pas souvent.
Mais... mettez �a sur... sur le compte de la pudeur.
Je suis impardonnable de vous avoir laiss�e
dans l'inqui�tude.
J'ai tra�n� dans les tavernes...
pour noyer ma peine et mon chagrin,
quand Paillasse, lui, a eu le courage de rire...
de sa douleur.
La m�re, vous avez...
mis la table des jours de f�te
pour accueillir l'enfant prodigue.
Merci.
H�las...
Dieu a voulu...
que cette table...
au lieu d'accueillir un ingrat...
c�l�bre le d�part d'un ap�tre.
Oui, mes enfants,
j'ai laiss� ma situation
et je rentre demain au monast�re des Dominicains
comme fr�re convert.
�tes-vous contente, maman?
- Le monast�re, il est � peu pr�s � dix milles, Ovide, d'ici?
- Oui, papa.
- �a va me prendre � peu pr�s une heure � bicyclette.
ll y a 20 ans, �a m'aurait pris un quart d'heure.
-Avec le vent dans le dos,
�a va vous prendre moins qu'une heure, le p�re.
- Oui. Avec un bon vent, encore bien moins.
- Ouais!
- J'avais d�cid� de me faire arracher toutes les dents
puis me faire poser un beau dentier.
Toutes les filles le font � la manufacture,
�a co�te � peu pr�s une quarantaine de piastres.
Mais comme Ovide ne paiera plus de pension,
je vais attendre.
-� part maman...
on peut pas dire que vous �tes boulevers�s.
- On l'est en dedans, Ovide. - Ouais.
On l'est en dedans.
- Vous voulez chanter de l'op�ra, vous...
vous faites rire de vous.
Vous vous comportez en monsieur avec les dames...
elles aiment mieux les champions.
Vous cherchez une meilleure situation dans un bureau...
vous manquez de comp�tences.
ll y a pas de place, nulle part,
pour les Ovide Plouffe du monde entier.
Je vais rentrer demain au monast�re.
Allez-vous me pr�ter votre valise de noces?
(voix des travailleurs)
- H�, mettez �a propre, l�, hein!
- Oui, oui.
- �a va �tre beau, �a va �tre beau.
- On va faire �a comme il faut. - �a va �tre pas mal beau.
- Pas un drapeau, pas une banderole, rien.
�a fait chenu.
- �a fait chenu, c'est vrai.
(radio): Jamais avant, dans l'histoire,
un tel �v�nement a pu �tre d�crit...
- Quand je dis qu'on pose pas de drapeau,
on pose pas de drapeau. C'est clair?
Je reviendrai pas sur ma d�cision.
Le roi d'Angleterre, George Vl...
il a peur d'Hitler.
ll vient nous visiter,
nous baragouiner quelques mots en fran�ais...
�a, c'est pour nous vendre l'id�e de la conscription.
Pour s'assurer qu'on va lui donner
nos oeufs puis notre bacon.
- N'emp�che, mon vieux... on a l'air chenu.
Pas un seul drapeau sur la maison,
quand toutes les autres sont d�cor�es.
Qu'est-ce que la reine va penser de nous autres?
Avec tout �a,j'ai oubli� de tourner tes oeufs.
Tu vas les manger de m�me.
- Rosario! - Quoi?
- Faut pas exag�rer, quand m�me.
T'as d�j� deux drapeaux fran�ais bleu-blanc-rouge...
Mets donc un fleurdelis� au milieu.
ll me semble que �a ferait mieux.
Faudrait que le roi d'Angleterre le voie comme il faut.
Montre-moi ton calepin.
''Banderole'' ne prend qu'un seul ''l'', Denis.
Ta grammaire, mon petit gars, ta grammaire.
- Merci, monsieur le cur�.
-Ah!
- Bonjour, monsieur le cur�.
- Bonjour, madame Plouffe.
Si vous vendiez des places,
votre galerie vaudrait cher, aujourd'hui, hein?
Une vraie loge royale.
- Mon mari est en dedans. - Merci.
(porte)
- Quand je dis que je suis contre les Anglais,
je le suis jusqu'au bout.
-Th�ophile...
un roi et une reine,
c'est un honneur pour la paroisse.
Pensez-y, �a se voit pas souvent, �a,
peut-�tre une fois ou deux dans une vie.
ll serait normal que votre maison...
prenne un petit air endimanch�, non?
-Vous, vous avez l'excuse d'ob�ir � vos sup�rieurs.
Moi, j'ob�is � personne.
Je suis libre, moi.
- Libre?
Qui peut se dire vraiment libre, mon bon Th�ophile?
D'ailleurs, pour ce genre de chose,
je n'ai pas � me soumettre � la volont� de qui que ce soit.
J'ai mis quelques drapeaux sur mon presbyt�re,
mais sans forcer, par politesse.
� cause du protocole.
- Monsieur le cur�, regardez-moi bien en face.
On se conna�t, on peut se parler.
Vous �tes un vrai Canadien fran�ais?
Moi aussi.
Pensez-vous qu'un bon Canadien comme vous,
fils de cultivateur, va me faire accroire
qu'il sympathise avec le roi d'Angleterre?
Bien, voyons donc!
Avez-vous oubli� qu'en 1760, les Anglais nous ont conquis,
nous, les fondateurs du pays?
- Je l'ai jamais oubli�, Th�ophile.
Seulement, il faut se fier enti�rement
aux directives de nos �v�ques.
lls en savent plus long que nous autres.
- Les �v�ques, les �v�ques...
Les �v�ques ob�issent au cardinal.
Le cardinal, lui, hein? ll ob�it � qui?
Pas seulement au pape.
- Pas de blasph�me, Th�ophile.
Vous voyez, madame Plouffe,
m�me notre Th�ophile n'est pas � l'abri
des id�es suppos�ment modernes.
(ricanement)
Posez un drapeau ou deux, monsieur Plouffe,
c'est tout ce que je vous demande!
- Non, monsieur le cur�.
Pas un seul drapeau, ni m�me une banderole.
Je regarderai m�me pas la parade.
Je reste ici, dans la maison.
J'ai aucune ambition de devenir
monseigneur ou chanoine... moi.
- ll ne me reste plus qu'� prier pour lui, madame Plouffe.
-T�te de pioche!
- Ha! Ha! Ha!
-T'es s�r que je suis habill�e comme il faut?
- Bien oui, voyons.
Tout le monde te regarde, tout le monde te trouve belle.
-T'es s�r que ta m�re souhaite me conna�tre?
-Tu vas apprendre � l'aimer.
Au fond, elle a un coeur d'or.
Maman?
Maman, c'est Jeanne Duplessis.
Elle avait bien h�te de te conna�tre.
- Enchant�e, mademoiselle. - Bonjour, madame.
- Bien, voulez-vous vous asseoir?
- Maman t'a choisi une place � c�t� d'elle.
(toux)
-Vous toussez creux, mademoiselle!
Un rhume � ce temps-ci de l'ann�e, c'est surprenant.
- C'est la fi�vre des foins, maman.
- Bonjour, mademoiselle, et bienvenue.
Vous �tes ici chez vous.
- C'est mon mari. - Merci, monsieur.
- Dans son temps, mon p�re �tait
un grand champion cycliste. - Champion, champion...
Champion de Qu�bec et des environs. Ha! Ha!
(fanfare au loin)
- Bon, les gars, vous allez faire �a comme il faut.
Vous oubliez pas l'attaque.
Toi, Jean-Guy, debout! Debout, Jean-Guy, allez!
- C'est pas Napol�on, avec son petit salaire de plombier,
qui pourrait vous payer �a. C'est du cr�pe de Chine!
- C'est du linge que ma bourgeoise ne porte plus.
- Comme �a, vous �tes servante.
- On est dix enfants chez nous, madame Plouffe.
Je suis la plus vieille.
ll faut bien que je gagne un peu d'argent.
- C'est pas toutes les filles
qui acceptent de bon coeur de se sacrifier.
(toux)
C'est pas le rhume des foins, �a, mademoiselle.
Vous devriez vous faire examiner, on sait jamais.
- Du bon sucre � la cr�me, Jeanne.
Le meilleur de la paroisse, hein, maman?
- J'en fais pour le sup�rieur d'Ovide au monast�re.
ll ne peut plus s'en passer.
Un Canadien errant
Banni de ses foyers
Un Canadien errant ...
(fanfare et clameur)
- There was a gunshot! Go! Go!
(sir�ne)
-Touchez-y pas! C'est mon Guillaume!
Th�ophile!
Grouille-toi! - Hein?
- lls sont en train d'assommer Guillaume!
- L�chez-le! Enlevez-vous de l�! Touchez pas � Guillaume!
Guillaume, d�fends-toi!
Maudite gang d'Anglais!
- L�che-moi, toi, laisse-moi passer.
- H�! Laissez-le tranquille.
C'est un de mes paroissiens, je r�ponds de lui.
ll a pas fait �a pour mal faire.
- What's that?
-Vous parlez pas fran�ais?
-l don't understand.
- Mon Guillaume! Bande de l�ches!
-Vous avez pas honte, vous autres? Hein?
-Father, you just gonna have to leave.
This is police business
and absolutely not of your concern.
-Him... is a good boy.
l order you to give liberty to Guillaume Plouffe.
Understand?
- You just gonna have to leave.
(cris de la foule)
- L�chez-le!
- Regardez-vous! bande de vendus!
- C'est mon Guillaume!
-Y a que vous, la police provinciale,
qui pouvez r�gler �a. lls parlent m�me pas fran�ais.
- O.K.!
- Guillaume! Guillaume!
Bande de l�ches que vous �tes!
-Attention, s'il vous pla�t.
Sergent S�n�cal, de la police provinciale.
Everything is all right. l'm taking charge.
Tassez-vous, les autres. Retournez chez vous.
- Oui, c'est �a, retournez � la maison.
- Jeanne?
Maman! Jeanne, elle n'est plus l�!
- Mon article para�t dans Le Nationaliste en premi�re page!
O� est M. Plouffe? ll est pas rentr�?
- Non.
- ll a d� lire mon article dans le journal
et il est en train de f�ter son triomphe.
- J'esp�re que c'est �a, Denis.
- Denis, penses-tu qu'avec mon nom, mon adresse,
la police va revenir?
-T'as un dossier criminel, maintenant.
- C�cile, un dossier politique.
- �a me fait deux dossiers?
- ll faut avoir le courage de ses actes, Guillaume.
Je vous lis mon article?
- Moi, Denis, j'ai de la couture � faire.
- Je vais vous lire ce qui vous concerne seulement.
''...visiteurs royaux, bassesse des autorit�s...''
Ah, voil�.
''Une seule maison est rest�e sans d�coration,
''celle de M. Th�ophile Plouffe,
''typographe � L'Action Chr�tienne,
''un homme aux convictions patriotiques
''tellement solides que n'ont pas �branl�es
''les menaces des autorit�s.
''Cependant, le fait saillant de la mascarade d'hier
''reste le geste gaulois du fils du m�me homme,
''le lanceur bien connu, Guillaume Plouffe,
''qui a lanc� une strike m�t�orique
au nez et � la barbe de la limousine royale.''
-Tu parles de moi?! - �videmment!
- Mais t'empires mon cas, j'ai d�j� deux dossiers!
- Quand c'est dans le journal, c'est officiel.
Tu ne peux plus dire: ''Non, c'est pas moi!''
-Ton geste est un geste politique, Guillaume,
que tu le veuilles ou non.
- C'est nouveau, �a!
Lancer une balle, c'est... ''politique''?
- Quand le roi et la reine d'Angleterre
sont sur le chemin de la balle, oui.
- Minoune!
- Enfant niaiseux.
- Enfant niaiseux.
- Minoune, minoune, minoune!
Papa?
Qu'est-ce que vous faites, l�? Tout le monde vous cherche.
- J'ai rien puis laisse-moi tranquille, Guillaume.
Guillaume...
J'ai quelque chose.
J'ai �t� cong�di� du journal.
J'ai honte de rentrer � la maison.
- Rentrez avec moi, p'pa.
-Aide-moi pas, Guillaume.
-Ah, monsieur Plouffe, enfin!
Vous avez lu mon papier?
- J'ai perdu ma job � L'Action Chr�tienne.
-Veux-tu manger? Tes nouilles � la viande sont au four.
- Quelle raison vous ont-ils donn�e, monsieur Plouffe?
-Trop vieux.
lls ont dit que j'�tais trop vieux.
- C'est pas grave. On va se d�sennuyer ensemble, papa.
- Papa peut pas lire des comics toute la journ�e.
Puis c'est pas mon salaire ni le petit salaire de Napol�on
qui vont nous faire vivre.
- Mais ils ont pas le droit de vous renvoyer, monsieur Plouffe.
Vous faites tr�s bien votre travail.
Vous avez pas la limite d'�ge.
Et de plus, vous faites partie des syndicats catholiques!
lls vont vous reprendre ou �a va �tre la gr�ve.
Je vous le garantis! - Denis, mon mari est fatigu�.
Veux-tu, tu lui parleras de �a un autre jour?
(aboiements)
(cloche d'�glise)
(grincement de la porte)
(toc-toc!)
- Jeanne?
Jeanne?
Jeanne! C'est moi.
C'est Napol�on.
Es-tu f�ch�e contre moi?
- Napol�on...
ll ne faut plus que tu reviennes me voir.
- Qu'est-ce que j'ai fait?
- J'ai bien r�fl�chi.
C'est mieux comme �a.
Pour toi... puis pour moi.
- �a peut pas �tre mieux pour moi.
Mais... si tu m'aimes pas...
- Je t'ai �crit une lettre pour t'expliquer.
Non.
Attends d'�tre rendu dehors pour la lire.
ll ne faut plus que tu reviennes.
Plus jamais!
(voix f�minines au loin)
- On s'arr�te ici! - O.K.!
(cris de joie)
(contact avec l'instrument)
(notes d'orgue)
(�cho)
(voix et �cho)
Un jour
Comme un murmure
La la la la
(�cho)
La la la la
(�cho)
(impact d'un objet)
La la la la la la la la
(plus fort)
(au loin) La la la la la la
La la la la la la
- R�fectoire, fr�re Ovide! - R�fectoire!
(pri�re en latin)
(pri�re en latin)
- Fr�re Ovide.
On vous attend au parloir depuis un bon moment.
Permission accord�e.
Fr�re Ovide... Faites savoir � madame votre m�re
que ma provision de sucre � la cr�me est �puis�e.
Du sucre � la cr�me... divin.
- Denis?
Ha! Si je m'y attendais!
- Bonjour, Ovide.
- �a fait presque un an.
Et t'es jamais venu me voir.
- Oui,j'aurais d�...
- Restons pas l�.
-T'es pas tout en blanc?
- Non, pas avant la fin de mon noviciat.
Ah, que je suis content!
Je suis content de te voir, Denis.
- Moi aussi.
- Parle-moi de toi, de ta carri�re, de tes articles.
Tu sais, j'en ai jamais lu.
Tu dois �tre heureux, Denis, hein, comme moi.
-T'es bien s�r d'aimer �a, ici?
-Ah, mais j'adore ma nouvelle vie.
Au d�but, �'a �t� dur.
Le sacrifice,je faisais �a en amateur.
Maintenant, je suis devenu une sorte d'expert.
Et je me sens pr�s de quelqu'un de merveilleux, de magnifique.
De Dieu, j'en suis s�r.
- Ovide, attention au p�ch� d'orgueil.
- Est-ce de l'orgueil de r�ver d'�vang�liser les pa�ens?
- Je t'imagine mal dans la brousse africaine.
Avec les lions, les n�gresses... les anc�tres du jazz.
Toi, un chanteur classique.
- Je suis fr�re dominicain et non p�re blanc d'Afrique.
Tu changes pas, Denis.
Tu confonds tout, tu tournes tout au ridicule.
Belz�buth.
Tu vois le petit fr�re L�opold, l�-bas?
Le plus petit des deux.
ll me joue tous les tours imaginables.
ll est d�sagr�able.
ll me renverse de la soupe dans le cou,
il met du poil � gratter sur mon matelas,
il me cache mes culottes,
il m'appelle m�me fr�re Caruso Poulailler.
Alors au d�but, je voulais l'�triper.
- Casse-lui la gueule une bonne fois;
�a va clarifier vos rapports. - Non, mais non.
Fr�re L�opold est charg�
par notre sup�rieur d'�prouver la solidit� de ma vocation.
ll fait son devoir.
Je suis s�r que �a lui r�pugne.
- Ovide...
plus rien ne marche.
-Tu n'as plus ton m�tier de journaliste?
- Je ne suis plus journaliste.
- Denis, souviens-toi:
notre amiti� nous a toujours aid�s
� surmonter nos moments difficiles.
Ton vieil ami Paillasse t'�coute.
-Tout �a, c'est tr�s simple.
Ton p�re �tait contre la visite du roi.
Pour protester, il a pas d�cor� la maison.
J'ai �crit un article dans Le Nationaliste
soulignant son courage;
il a perdu sa situation.
Lui, moi et tous ceux qui nous ont soutenus.
On se retrouve ch�meurs.
- Premi�re nouvelle que j'en ai. - ll a d�fendu qu'on t'en parle.
On fait tout pour l'aider.
Tous les employ�s du journal d�brayent aujourd'hui,
malgr� l'inaction des chefs syndicaux.
- Un d�brayage, �a va aider mon p�re?
�a va faire vivre notre famille, �a, un d�brayage!
C�cile et Napol�on ont des salaires de famine,
Guillaume a jamais travaill�. Qu'est-ce qui va se passer?
- Que six personnes aient �t� cong�di�es
pour avoir d�fendu ton p�re, �a te touche pas?
Une seule chose t'int�resse, c'est la famille Plouffe.
Pour moi, ce qui est important,
c'est que les travailleurs soient solidaires
et que la direction du journal doive reprendre tout le monde.
- Denis... Denis!
Tu connais pas l'intransigeance de l'�glise!
- ll faut que le journal recommence � para�tre.
lls ont pas le choix.
Je suis le seul qu'ils reprendront pas.
-Tandis que t'es l�, donne-moi d'autres nouvelles.
- De Rita Toulouse, par exemple...
- Pourquoi pas? Tu l'as vue r�cemment?
- Je l'ai aper�ue. Elle marchait, rue Saint-Joseph.
- Seule? - Seule.
-Tu lui as parl�? - Je lui ai parl�.
- Elle doit �tre mari�e.
- Non.
- Elle doit m'avoir oubli�.
- Non, elle m'a m�me parl� de toi.
- Pour se moquer, �videmment.
- Pas du tout.
Elle a beaucoup chang�, tu sais.
Elle �tait mignonne � croquer...
dans sa belle robe blanche, ses petits souliers rouges,
ses longues jambes...
Elle m'a demand� de te saluer si je te voyais.
- �coute, si tu la vois, salue-la de ma part
et dis-lui aussi--
- L'heure du parloir est termin�e, fr�re Ovide.
(imitation d'oiseaux de basse-cour)
-Vous, fr�re L�opold,
vous commencez � me tomber sur le syst�me!!!
Excusez-moi.
- On va voir ce qu'on va voir.
-Vous avez l'air des enfants qui jouent � faire la gr�ve.
-Ah, toi, les moments historiques,
�a te passe 100 pieds par-dessus la t�te.
L�, c'est la gr�ve, c'est moi qui y vais.
Mais bient�t, �a va �tre la guerre,
puis c'est toi, Guillaume, qui vas y aller.
-Ton p�re fait des farces, Guillaume.
lls viendront pas te chercher.
- On a pris un vote, hier soir, � la manufacture:
170 pour pas que l'Union rentre.
Apr�s, on est all�s f�ter �a.
On a mang� un spaghetti italien dans la haute-ville.
- Pouh! Une placoteuse de moins.
- D�p�che-toi de me tuer pendant que je suis encore l�.
Du gaspillage de peinture.
(Th�ophile soupire.)
- Le fant�me est mort.
-Tu pouvais pas plus mal tomber, pauvre Napol�on.
Dans quel sanatorium elle est?
- Je le sais pas, mais je vais le savoir.
Je m'en vais � la campagne voir ses parents.
-Tu iras � la campagne demain, Napol�on.
Viens d'abord marcher avec moi dans la rue.
- Je peux pas.
- C'est une occasion, aujourd'hui, Napol�on,
o� j'accepterai pas que tu me d�sob�isses!
- Je peux pas, papa. -Arrange-toi pour pouvoir!
Ou bien, �a va mal aller!
- J'ai 33 ans,je suis assez vieux pour savoir quoi faire!
Laissez-moi passer!
Frappez-moi jamais, le p�re! �a serait trop grave.
J'aime Jeanne... puis elle est bien malade.
�a, c'est plus important que vos chicanes politiques.
- Pauvres enfants.
Pauvres enfants innocents!
-Vous devriez avoir Jacques le Matamore
puis Tarzan de votre c�t�, p'pa.
Vous seriez s�r de gagner.
- H�, que t'es donc d�velopp� pour ton �ge!
- On veut Th�ophile! On veut Th�ophile!
On t'attend, Th�ophile! On t'attend, Th�ophile!
(clameur)
- Saint-�tienne? - Par l�.
(aboiements)
(chant du coq)
- Bonjour!
ll y a quelqu'un dans la maison?
Bonjour, madame.
Est-ce que c'est ici, chez Jeanne Duplessis?
- Je suis sa m�re.
- J'aimerais �a vous demander un petit renseignement.
- Entrez.
(foule): Vendus! - Messieurs...
(foule): Vendus! - Messieurs...
-Vendus! Vendus!
- Messieurs...
Messieurs! S'il vous pla�t.
� titre...
de pr�sident de l'ex�cutif,
je fais appel
� votre sang-froid
et � votre sens d�mocratique
et chr�tien.
Vous le savez,je suis corps et �me avec vous.
(hu�es) - Va-t'en chez vous!
-Ayant combattu l'id�e m�me de cette gr�ve,
je trouve que vous avez eu tort de l'avoir faite...
(hu�es)
et encore plus tort de la continuer!
Je vous en prie, laissez-moi continuer.
- Mes amis, laissez-le parler.
- Je vous en prie, messieurs,
laissez-moi parler.
Nous n'avons pas le droit, vous m'entendez,
nous n'avons pas le droit,
pour quelque motif que ce soit,
de nuire � l'apostolat de nos eccl�siastiques.
Car il s'agit,
en l'occurrence,
d'int�r�ts spirituels sup�rieurs!
- La paye du vendredi,
c'est des int�r�ts inf�rieurs, �a?
C'est pour d�fendre des int�r�ts sup�rieurs
que tu t'es choisi toi-m�me comme pr�sident de l'Union!
(cris de la foule) - S'il vous pla�t...
Mes amis! Mes amis!All�luia!
Je re�ois un t�l�gramme du cardinal.
ll vous demande de rentrer au bercail.
ll n'y aura pas de repr�sailles.
On reprend tout le monde.
Votre gr�ve est finie!
(cris de joie)
- Minute! Minute! Minute!
Minute!!!
Monsieur l'abb�, vous avez bien dit ''tout le monde''?
- Mais oui.
- ''Tout le monde'', �a veut dire
Denis Boucher, le journaliste aussi?
- Oh, Denis Boucher �tait pas un travailleur, hein?
C'est un agitateur surveill� parla Police Mont�e!
- Ouais? Bien si Denis Boucher rentre pas, on rentre pas!
C'est clair!
- �coutez-moi!
Rentrez au travail, tous!
C'est moi qui, d�sormais, refuse de travailler pour eux.
Mais laissez-moi vous dire
que je d�nonce de toutes mes forces
les hypocrites... - Okay, boys, let's go.
- ...qui se servent de notre religion
pour cacher- -Attention, Denis!
- C'est eux autres qui nous font crever de faim!
Je vous le dis, la guerre s'en vient!
lls vont vous faire enr�ler!
Croyez-moi! Ceux-l�, sur l'estrade,
c'est des maudits vendus!
Des bons �... rien...
-Th�o! H�, Th�o!
(voix entrem�l�es)
(cris)
- H�, les enfants! Allez jouer ailleurs!
(radio): C'est aujourd'hui, � 2 h, cet apr�s-midi,
que les �claireurs des Reds de Cincinnati
feront � subir � Guillaume Plouffe...
- �coutez �a, les Plouffe!
...une �preuve publique...
- �te-toi donc! - �coutez �a.
...un autre brillant fleuron � sa couronne
et fera grandir dans les coeurs de ses admirateurs
une confiance que notre jeune h�ros
continuera d'alimenter pour des ann�es � venir.
Si Guillaume Plouffe subit l'�preuve � son avantage
et gagne contre des joueurs professionnels,
cela signifiera pour lui un contrat
avec les Reds de Cincinnati, le grand club am�ricain.
ll sera le premier p'tit gars du Qu�bec,
si nos informations sont bonnes,
� signer un pareil contrat
dont la somme d'argent n'a pas �t� divulgu�e.
Pour terminer, voici les pronostics...
(ll �teint la radio.)
- Good luck, Guillaume.
- Dans la grande ligue am�ricaine,
Guillaume va gagner 500$ par semaine au moins.
(accent anglais): Cinq cents dollars!
- Ha! Elle est bonne, celle-l�!
Cinq cents piastres par semaine, lui?
Quand moi, j'en gagne 18 comme r�pareuse sp�cialis�e?
Dix-huit piastres par semaine?
Je vais mourir de rire! - C'est �a, meurs donc!
- Guillaume est heureux ici. Pourquoi il partirait?
ll y a pas que l'argent qui compte!
- Maman, r�signez-vous donc.
Guillaume, il est pr�t pour les majeures!
- La guerre va venir le chercher avant.
-Voyons donc!Arr�tez donc de penser � la guerre, le p�re.
C'est du monde intelligent en Europe.
lls sont chicaniers, mais ils vont finir par s'entendre.
- La guerre...
- Quand je pense...
J'ai attendu ce jour-l� toute ma vie
puis je pourrai pas �tre l�.
- Dis-lui bonjour pour moi.
- L'heure des visites tombe en m�me temps que ton test.
Mets-toi � ma place; c'est la premi�re fois que je la revois.
-Vas-y, vas-y! �a changera rien � ma performance.
- Je te le r�p�te: approche-toi pas trop de son lit.
- Oui, monsieur.
- Je cherche Mlle Jeanne Duplessis.
-Attendez. Duplessis...
Ah, la salle Leclerc.
C'est par l�. Tenez, suivez la civi�re.
- Merci.
(pri�re en latin)
La salle Leclerc?
- Non, non, c'est la morgue, ici, monsieur.
-Ah, excusez-moi.
-Ah, vous... vous, vous �tes bien vivant.
- Excusez-moi,je... -Vous cherchez quelqu'un?
- Oui. Mlle Jeanne Duplessis.
- La petite jeune fille de Saint-�tienne?
Ah,je la connais!
- Vous �tes son confesseur? - Surtout pas.
Je suis le p�re Alphonse, missionnaire d'Afrique.
Je suis venu ici pour soigner ma malaria et mes bronches
et aussi, donner un peu de tintouin aux bonnes soeurs.
- Jeanne... elle est pas trop malade, hein, mon p�re?
- Pas trop... pas trop.
- Elle a juste un poumon de pris, hein, pas les deux?
Pas les deux?
- Je vais demander � son m�decin.
Attendez-moi l�.
Bonjour, docteur. -Ah, bonjour, p�re Alphonse.
- Docteur, le gar�on qui est l�
s'int�resse � la petite malade de Saint-�tienne,
Jeanne Duplessis.
�a s'am�liore pas?
-Vous savez, p�re Alphonse, c'est tr�s avanc�
et depuis longtemps.
- �coutez, mon vieux.
Souvent, la volont� de gu�rir,
c'est bien plus fort que la maladie.
Allez, venez.
Bonjour, mes soeurs. - Bonjour, mon p�re.
L�-bas, au fond.
L'avant-dernier lit, � gauche.
L'avant-dernier lit, � gauche.
Mes soeurs.
- Elle dort?
- Non,je pense pas.
- Jeanne?
Jeanne.
-T'aurais pas d� venir.
- Je suis venu.
Bonjour, Jeanne.
Sais-tu...
c'est propre ici, hein? C'est beau.
Les planchers sont cir�s.
Les filles ont pas l'air malade, �a tousse pas.
- �a veut rien dire.
-Ah, tiens...
je t'ai apport� des bonbons.
Des lunes de miel.
-T'aurais pas d� venir, Napol�on.
Je suis tr�s malade. -Toi, malade...
Oublie �a.
T'as jamais �t� aussi belle.
-Tu veux jamais rien comprendre, Napol�on.
- Je veux pas comprendre.
- Je vais mourir, Napol�on.
Es-tu capable de comprendre �a?
Je vais mourir.
- Je veux pas comprendre ce qui est pas vrai.
Je t'en veux de t'�tre sauv�e
au moment o� t'avais le plus besoin de moi.
T'as manqu� de confiance.
Pourtant, tu le sais...
Moi, quand j'aime quelqu'un, je l'abandonne jamais.
Tu m'aimes pas?
- C'est justement parce que je t'aime que je suis partie.
-Tu m'aimes?
Dis-le encore.
- Je t'aime.
- Dans ce cas-l�, il y a pas une maudite maladie
qui va nous arr�ter.
Tu vas gu�rir.
Parce que nous autres, les Plouffe,
on r�ussit des choses...
impossibles, extraordinaires!
Quatre-vingt-quatre, aux anneaux, �a s'�tait jamais vu.
Puis �a se verra pas pendant des g�n�rations.
Guillaume, un p'tit gars de la basse-ville,
va aller jouer pour les Reds � Cincinnati.
ll parle m�me pas anglais!
Mon p�re, qui est paralys�, comme �a,
il va p�daler dans un mois!
(rires)
Comprends-tu maintenant?
C'est d�cid�, tu vas gu�rir!
-Ah, t'es fou...
- Moi, fou? Certain!
Mais oublie pas:
la volont� de gu�rir, c'est plus fort que la maladie.
C'est l� que �a se passe. Puis l�.
(cloche)
- Les visites sont termin�es.
-Venez plus souvent, monsieur.
Si elle vous invite pas, moi, je vous invite.
-Veux-tu que je revienne?
lt's a long way to Cincinnati
lt's a long long way to go
lt's a long way to Cincinnati
lt's a long long way to go
lt's a long long way to Cincinnati
lt's a long way to go
-Apr�s �a, ils diront que je l'aime pas, mon petit fr�re.
Allez, les enfants! Passez les petits g�teaux,
les biscuits puis les liqueurs.
- Hum-hum... s'il vous pla�t!
- Chut!
- S'il vous pla�t, silence! Silence!
Notre compagnie est fi�re
de promener le champion Guillaume Plouffe
dans le plus beau tramway du circuit num�ro un
afin que tout le monde le voie et l'applaudisse.
ll n'a accord� qu'un seul coup s�r.
ll a gagn� la partie.
Le Canada est fier de lui!
(chants au loin)
- Mind the doors! Attention aux portes!
Yen a pas comme lui
Si y en a y en a pas beaucoup
- Napol�on... - Je savais que tu gagnerais.
- Le contrat est sign�!
- Nous autres, les Plouffe, quand on veut, on peut!
N'importe quoi! - N'importe quoi!
-Youpi!
- On fait des r�ves cochons, fr�re Ovide?
Fr�re Ovide...
- Mon petit enfant de chienne!
- Depuis toute l'histoire de ce monast�re...
c'est la premi�re fois qu'une chose pareille arrive.
Levez-vous, fr�re Ovide.
Vous savez � quel point je vous estime, fr�re Ovide.
Cependant, depuis quelque temps, votre comportement m'oblige
� me poser de s�rieuses questions sur l'authenticit�
de votre vocation.
Entre nous, fr�re Ovide,
et sans orgueil inutile,
pouvez-vous m'affirmer que vous avez toujours la vocation?
(klaxon)
- Si c'est pas Rita Toulouse!
- Ovide?
- Mais quelle heureuse co�ncidence!
- D'accord, Rita, alors, on se revoit, hein?
- Je vous croyais au monast�re.
-Ah, on change, tout change.
C'est �a, la beaut� de la vie.
Je vous rencontre par hasard, c'est �a qui est merveilleux.
- Moi aussi,je crois beaucoup aux co�ncidences.
M'en voulez-vous encore, Ovide?
-Vous en vouloir, mais de quoi?
- Bien,j'�tais un petit peu fofolle, vous savez.
- Mais non, mais non...
� ma mani�re, j'ai pas �t� fin, moi non plus.
- Mais depuis, j'ai appris bien des choses.
J'ai chang�. - Et moi donc!
- Ovide, c'est pas une co�ncidence.
Vous �tes venu expr�s pour me voir, hein?
- Oui, c'est vrai.
Mais on parle, on parle... vous allez rater votre autobus.
- Bof, un autobus, il y en a d'autres.
Je suis si contente de vous revoir.
- Rita, je vois que vous �tes devenue une femme accomplie.
- Hum, �a, �a m�rite un petit bec.
- Justement, si je vous invitais au ch�teau, ce soir?
- Danser? - Oui, au Ch�teau Frontenac.
- Danser avec l'orchestre de Gilbert Darisse?
- Oui, on boira un peu, ce sera agr�able.
- Une vraie invitation?
- Mais oui, Rita, une vraie invitation.
- Mais quelle robe je vais porter, moi, ma bleue ou...
Ma verte avec des souliers vernis.
- Peut-�tre une petite robe blanche
avec des souliers rouges...
- J'ai tellement h�te � ce soir!
Cheerio, Ovide!
(imitation de caqu�tement)
- Oh, mais elles sont belles!
Si elle est grasse!
(ll chantonne.)
Regarde donc les belles cuisses, Ovide!
Viens voir, toi qui les aimes.
- Moi, c'est les poitrines.
-Toi puis tes poules vol�es...
- Pardon, pardon.
R�quisitionn�es par le soldat Guillaume Plouffe.
- �te-moi ces vers-l� de sur la table.
- Un petit ver, C�cile? - Guillaume!
H�, qu'il est gamin!
- Maudite guerre. J'ai peur que �a retarde ton d�part
pour les �tats-Unis.
-T'as bien raison d'avoir peur.
Guillaume va lancer des grenades en Europe
avant de lancer des balles � Cincinnati.
- Merci, mon petit papa.
-Veux-tu m'arr�ter �a,
ces maudits becs mouill�s-l�?
-Tu veux pas qu'on t'aime, hein?
Attends un peu.
(tous):Ah!
-Tu vois? C'est un choc que �a te prend.
Ton pied a boug�! - Guillaume!
Recommence jamais �a!
(orchestre)
(applaudissements)
Once in a while
Will you try to give
One little thought to me
Though someone else may be
Nearer your heart
- Madame, monsieur, qu'est-ce qu'on peut vous servir?
- Un John Collins?
- Non, un Singapour Sling.
Essayez, c'est extraordinaire.
-tr�s bien. Deux Singapour...
- Sling. - Sling.
- Deux Singapour Sling?
- Vous allez voir...
�a rend sentimental.
On se sent bien, bien, bien.
�a donne envie de faire des choses.
- Une liqueur orientale...
...l'll be contented with yesterday's memories
Knowing you'll think of me
Once in a while
-Vous �tes pas content, Ovide?
H�, que vous �tes donc pas comme les autres!
- Un dollar soixante-dix.
- Merci. - Merci.
- Regardez la belle couleur.
Je sens que �a vous d�pla�t, ici, Ovide.
Vous �tes trop habitu� au monast�re.
Vous avez encore des scrupules.
- Des scrupules, moi?
Gar�on! Deux autres Singapour!
Sling!
- Ha! Ha! Ha! On n'a m�me pas commenc�
les premiers, Ovide.
Ha! Ha! Ha! Bravo!
- Voulez-vous ma cerise?
- Merci.
ll faut pas boire trop vite.
ll faut que l'effet se fasse lentement.
- Je porte tr�s bien l'alcool, vous savez. Hum.
- Pas moi.
C'est comme si je devenais toute molle.
Comme si mon coeur flottait.
J'aime �a.
(fin de la pi�ce musicale)
-Vous est-il d�j� arriv� de boire au point de...
- Oui, Ovide.
Quand j'y pense, j'ai envie de pleurer.
�a me rappelle un grand d�sastre...
qui a boulevers� ma vie.
-Voyons, Rita.
Une bonne confession, de temps en temps,
�a fait tellement de bien.
-Tant�t, tant�t.
- � notre avenir!
Pardon. � ''votre'' avenir.
- Personne le savait, mais...
Stan Labrie et moi, on �tait fianc�s.
Un soir, Stan se d�cide.
ll va trouver maman pour lui annoncer notre mariage.
Ah...je revois la sc�ne. C'est �pouvantable.
Maman est devenue toute p�le.
Elle nous a regard�s tous les deux, longtemps...
puis elle a dit � Stan:
''J'ai � vous parler d'un emp�chement s�rieux,
''monsieur Labrie.
''Puisque vous voulez vous marier,
''il faut d'abord r�gler cette question.
''Monsieur Labrie,
''avant de vous accorder la main de ma fille,
j'exige de vous un certificat d'un m�decin attestant que...''
-Attestant quoi?
ll �tait malade?
- Je peux pas, non. Je peux pas dire �a.
-Voyons, Rita!
� moi, vous pouvez tout dire.
- �a s'est jamais vu, Ovide.
M�me dans un roman.
Votre ami, Denis Boucher,
est all� raconter � maman...
que Stan Labrie �tait une sorte d'impuissant,
incapable de se marier.
Deux autres, s'il vous pla�t!
Stan m'a ordonn� de faire un choix...
ma m�re ou lui.
J'ai suivi Stan.
Je pleurais.
Je lui ai dit: ''Couchons ensemble,
''tout de suite!
Pour leur prouver que c'est de la pure calomnie.''
J'avais raison, hein, Ovide?
-Vous avez couch� ensemble?
- On a le droit dans un cas semblable!
-Vous... vous avez fait l'acte?
(soupir)
- Non.
Au lieu de �a,
Stan m'a dit: ''Allons prendre un coup.''
C'est l� que j'ai bu des Singapour Sling
pour la premi�re fois,
dans un restaurant chinois.
(pleurs)
Toute la nuit!
-Voyons, Rita, pourquoi pleurer
puisque, finalement, tout s'est bien pass� pour vous?
- Ce que Denis Boucher avait dit �tait vrai.
Apr�s trois verres, Stan lui-m�me me l'a avou�.
ll �tait incapable de...
de vous savez quoi.
Attends-moi l�!
Oups!
Pose pas de question. Chut! Suis-moi.
Aimes-tu �a, te faire mordre les oreilles?
(Elle rit.)
Juste au pied de la chapelle du monast�re.
�a m'excite.
- Moi, les monast�res, �a ne m'impressionne plus.
- Hum...
(Elle rit.)
Youp!
(Elle rit fort.)
Ferme les yeux. Ferme, ferme!
Je te d�fends de les ouvrir avant mon signal.
Donne ta main...
Entends-tu mon coeur?
�coute comme il faut.
Hum, ah... ta peau est br�lante.
(voix monastiques)
Ah oui, serre-moi...
Ah, Ovide...Ah, Ovide...
(voix monastiques)
Ovide... embrasse-moi encore.
Ah, Ovide...
Embrasse-moi.
- ll commence � faire cru, hein?
-Ah, caresse-moi, fais-moi plaisir.
- Rita... tu ne penses pas qu'on est all�s trop loin?
- C'est... par amour, Ovide.
On s'aime.
- C'est l'alcool, probablement.
- Je te comprends pas, Ovide.
On �tait bien!
Puis tout � coup-
- Moi non plus, je me comprends pas.
Si tu savais comment j'ai d�sir� cet instant-l�...
tu peux m�me pas l'imaginer.
Non, non, c'est pas l'alcool.
C'est moi.
(pleurs)
J'ai honte, Rita.
Je me sens coupable.
Excuse-moi.
- H�, que je suis donc pas chanceuse.
- Rita!
Rita!
- Ovide?
�a va pas?
- Napol�on...
C'est effrayant, ce qui arrive.
- Conte-moi rien.
Je sais que c'est intime.
Moi, ce qui se passe en dedans, �a me fait peur.
Plus t'en parles, pire c'est. C'est dangereux.
- Je suis d�courag�, Napol�on!
-Tu penses trop aussi. T'agis pas assez.
L�ve-toi.
- Je n'ai m�me plus envie de marcher!
- L�ve-toi, Ovide.
Habille-toi.
Tu vas prendre le bicycle de Guillaume puis me suivre.
Puis je vais te faire monter des c�tes.
Tu vas monter des c�tes.
- Monter des c�tes � 5 h du matin?
- Oui. Au lever du soleil.
Quand un gars ne monte plus des c�tes, il est fini.
L�ve-toi, mets tes culottes. Tu vas comprendre apr�s.
(cloche de l'�glise)
(cloche de l'�glise)
Si tu te rends en haut, t'es gagnant!
Vas-y,je te rejoins!
Continue, l�che pas, l�che pas!
Ovide! Reste pas l�.
Je te l'ai dit: encore un petit bout
puis t'es rendu en haut de la c�te.
T'es gagnant, rendu en haut.
ll en reste presque plus.
Ovide!
- Ovide?
Je t'ai suivi.
Sais-tu quoi?
Je t'aime.
-Tu dis �a pour vrai?
- Je me suis retourn�e toute la nuit dans mon lit.
Je pensais � toi d'une nouvelle fa�on.
T'es fin...
t'es surprenant.
Mais il y a plus que �a. Je...
Ah, que le coeur me d�bat.
Je...
C'est qu'il y en a pas d'autres comme toi.
Tu fais rien pareil comme les autres.
Mais toi, Ovide,
m'aimes-tu?
- Oui.
Oui, oui, oui..
-Ah, que c'est beau! C'est beau!
- �a fait 11 mois que t'as pas vu du vrai monde.
Puis tu tombes sur la grande procession du Sacr�-Coeur.
On est-tu bien!
Surtout, qu'on a un nouveau chauffeur d'ambulance tout neuf!
- C'est utile d'avoir un fr�re
qui a de l'influence dans les h�pitaux.
(radio): 50 000 p�lerins grimpent vers la haute-ville.
-Toutes nos polices d'assurance sont en ordre.
- ...pour chasser par ses chants et ses pri�res
le spectre de l'enr�lement militaire de la conscription.
La devise des fid�les est: "Le Sacr�-Coeur nous �coute."
- Partir d'ici en bas,
puis grimper le cap jusqu'� l'h�tel de ville,
o� le cardinal nous attend.
�a va �tre la plus belle procession
qu'on aura jamais vue.
- Le Sacr�-Coeur contre la conscription...
�a colle pas.
- Voyons, mon Phile... Voyons.
-Ah, les pri�res, les pri�res... toujours les pri�res!
Moi,je vois juste une chose:
on est rendus en mai
puis j'ai toujours pas de nouvelles de Cincinnati.
La saison de baseball est commenc�e depuis deux semaines!
-Allez, venez. Venez, mes filles.
Le c�leste safari commence.
Je suis le p�re Alphonse, ancien missionnaire d'Afrique.
Et vous, vous �tes le cur� Folb�che?
Napol�on m'a souvent parl� de vous.
- Soyez le bienvenu, mon p�re.
Vous voyez, il nous vient du monde de partout,
m�me d'Afrique!
- Je vous avertis: moi,je marche et je prie
pour la conscription.
- Je vous en prie.
- Famille!
Vous �tes pr�ts � partir?
- H�, que je t'aime, c'est effrayant!
- Guillaume part pas pour les �tats-Unis.
ll a re�u un t�l�gramme.
- On annule mon contrat � cause de la guerre.
- Je suis pas surpris.
- Regarde donc, Ovide, on sait jamais.
Des fois, en anglais, une lettre de plus ou de moins,
�a peut tout changer.
- ''Sorry...''
Oui, oui, ton contrat est annul�
� cause de la situation internationale.
- Je le savais.
Tout est �crit dans le grand livre, en haut.
Tout est pr�dit.
- Fais donc confiance au Sacr�-Coeur plus que �a.
- Le Sacr�-Coeur, force-le pas
� faire des choses qu'il peut pas faire!
- Maudit, maudit,je me sens meilleur viseur que jamais.
Je suis pas pour passer tout l'�t� ici, dans la cuisine.
Non, monsieur!
Je me suis trop habitu� � l'id�e de partir.
J'ai le voyage dans la t�te, c'est effrayant!
J'ai �a l�!
(cloches)
J'ai confiance en vous
Coeur sacr� de J�sus
J'ai confiance en vous
Coeur sacr� de J�sus
Ayez piti� de nous
Coeur sacr� de J�sus
Ayez piti� de nous
- Pardonnez aux p�cheurs!
Coeur sacr� de J�sus
Pardonnez aux p�cheurs
Coeur sacr� de J�sus
Pardonnez aux p�cheurs
- Oubliez pas de prier pour votre p�re.
- Oui, maman.
- ...cet astre symbolique qui contient le Dieu sauveur.
Car ce n'est pas le Dieu des dimanches ordinaires
qui se montre au peuple ce soir.
- Coeur sacr� de J�sus, r�gnez au Canada!
- Coeur sacr� de J�sus, r�gnez au Canada!
Coeur sacr� de J�sus
R�gnez au Canada
- Mes fr�res, nous avons, dans le pass�, livr� aux Anglais
la bataille des berceaux.
Aujourd'hui, nous prions contre la conscription.
Nous refusons de nous laisser d�porter
pour servir les troupes et dispara�tre pour toujours.
Prions plus fort, mes fr�res. toujours plus fort.
Notre cardinal, bient�t,
prononcera des paroles historiques.
Nos chants, nos cris,
nos pri�res, le Sacr�-Coeur lui-m�me,
auront convaincu
son grand coeur et sa grande intelligence
qu'il faut d'abord sauver le Qu�bec,
et que la conscription,
c'est la fin de notre peuple.
R�p�tez apr�s moi:
Sacr�-Coeur de J�sus, �vitez-nous la conscription.
(tous): Sacr�-Coeur de J�sus,
�vitez-nous la conscription.
- Mes amis, mes chers amis, vous ne me connaissez pas,
mais vous connaissez ma robe blanche.
Oui,j'ai v�cu longtemps en Afrique,
et je vous dis: Luttons!
Oui, luttons contre le nazisme, contre le fascisme--
- Moi,je pense comme lui. - Si nous ne luttons pas,
ces fl�aux vont d�truire tout ce que nous aimons.
lls vont d�truire les valeurs chr�tiennes
qui nous sont ch�res.
Alors, oui, � la conscription!
- Non! Non � la conscription!
(foule): Non!
Coeur sacr� de J�sus,
�vitez-nous la conscription.
(tous): Coeur sacr� de J�sus, �vitez-nous la conscription.
- Madame Plouffe, est-ce que je dois prier contre
ou pour la conscription?
- L'important, c'est de prier.
-Align�s sur le trottoir, le long du parcours,
les femmes prient silencieusement...
- C�cile!
- Oui, papa?
...deviendra bient�t un martyr,
mort sur un champ de bataille �tranger.
- J�sus a �t� bafou�, critiqu�, reni�!
Nous, nous voulons qu'll r�gne
dans la paix, malgr� la guerre.
Dans la charit�, malgr� les haines.
Dans la fraternit�, malgr� les divisions,
les dissensions et le nationalisme exag�r�
des nations.
Mes bons amis,
levez bien haut vos cierges,
et r�p�tez apr�s moi:
Sacr�-Coeur de J�sus...
(tous): Sacr� Coeur de J�sus.
- Que votre r�gne arrive...
(tous): Que votre r�gne arrive.
(rythme des tambours)
- Mes bien chers fr�res,
le miracle se produit.
La t�te de la procession
est d�j� ici.
Pendant que la fin se forme encore,
en bas, � l'�glise Saint-Sauveur,
et dans toutes les paroisses...
-Ah! Achtung!
- Ce flambeau que nous avons entre les mains,
est un symbole.
C'est le symbole de la lumi�re du Christ.
Le Christ est la lumi�re du monde.
Voil� pourquoi vous allez lever ce flambeau,
bien haut, tout le monde.
(chant)
- Je veux pas que t'ailles � la guerre.
- Crains rien, j'ai un peu les pieds plats.
Puis...
ils prennent pas les hommes mari�s.
- C'est le Sacr�-Coeur lui-m�me qui s'am�ne sur cette estrade.
Nous allons chanter ensemble
Lou�e soit ta cl�mence,
J�sus � Saint Sacrement.
- Oups!
Je vais changer mon rouge. Je te promets.
(coups de canon)
- Mes bons amis,
vous venez d'entendre le coup de canon de 9 h 30.
Maintenant, vous allez entendre
son �minence Jean-Marie Rodrigue Villeneuve,
cardinal de Qu�bec.
Vive le cardinal!
(foule): Vive le cardinal!
- Plus fort!
(fid�les): Vive le cardinal!
-Encore plus fort!
(tous): Vive le cardinal!
-tr�s bien, mes bons amis.
- Mes bien chers fr�res...
Hitler repr�sente la f�lonie
et l'organisation du mal.
Ses adversaires et ses victimes
repr�sentent le patriotisme et le droit!
Le pape s'est prononc� publiquement
contre l'audace barbare d'un homme
qui ne respecte plus rien dans l'humanit�.
L'�glise ne b�nit pas la guerre.
Mais elle b�nit le glaive
de ceux qui savent l'employer au bien.
Nos alli�s, parles trait�s,
parla langue et le sang,
et parla solidarit� politique,
ont le droit de compter sur nos voeux,
sur nos pri�res,
et m�me sur nos sacrifices
pour assurer leur victoire!
Nous devons tous profiter de ces pri�res solennelles
pour demander au Sacr�-Coeur
d'allumer en nous et de spiritualiser--
(ll �teint la radio.)
- Le Sacr�-Coeur a perdu.
- La France qui est tomb�e, C�cile.
- Bien oui. Notre France.
C'est pas croyable. - Oui.
- On aurait d� les aider un peu plus.
-Tout se passe comme pr�vu.
- En tout cas,j'esp�re que Guillaume signera rien.
-Aie pas peur, j'ai pris mes pr�cautions.
Je lui ai fait avaler cinq aspirines.
Le coeur va lui d�battre.
- Cinq aspirines, m'man...
Pour que le coeur lui d�batte,
�a lui en prendrait au moins 100.
- Mets-en!
- Cet enfant-l� � la guerre... faites-moi pas rire.
D'ailleurs, tout va aller pour le mieux.
M�me ma tumeur ne me fait presque plus mal.
- Ne vous en faites pas, la France en a vu d'autres.
J'esp�re seulement que les Boches, ces barbares,
vont �pargner l'Op�ra de Paris et Notre-Dame.
Quant � Guillaume, aucun danger, il va rester ici.
- Je suis pas s�r de �a, moi, Ovide.
- Mais la d�fense du Canada, qu'est-ce que c'est?
Rien. Absolument rien.
La guerre viendra jamais ici, c'est beaucoup trop grand.
Avec l'Atlantique en plus...
- Bande de na�fs!
Nos soldats vont �tre les premiers � �tre tu�s.
Les premiers! -Voyons, papa.
-Th�ophile, que tu m'�nerves donc!
- Napol�on!
- Quoi, le p�re?
- Napol�on,je ne peux m�me plus parler
dans ma propre maison.
- C'est vrai, �a, m'man, vous le critiquez tout le temps.
- C'est un peu vrai, m'man. -Ah, toi, hein!
- Napol�on...
mon bicycle � p�dales, je te le donne.
- Merci, le p�re. Je vais en prendre bien soin.
- Napol�on...
Jeanne...
ma... marie-la.
Hein?
- Oui, le p�re, promis.
- D�p�che-toi.
-Ah, excuse.
- Moi aussi,j'ai une nouvelle � vous annoncer.
Rita et moi, nous allons nous marier au mois de juillet.
- Je suis content pour toi, Ovide.
- �a s'arrange bien pour vous autres!
- C'est �a, partez tous.
Toi, Napol�on, apporte ton lit, l'argenterie,
la vaisselle, le buffet.
Toi, Ovide, le piano, l'octophonique et les records!
-Voyons, m'man. - Prenez tout!
Laissez-nous pourrir tout seuls comme deux vieux torchons!
(Guillaume chante.)
- Salut, le p�re!
-Ah!Ah...
-Voyons, p'pa... (plaintes)
Salut, la famille!
- lls ont pas trouv� que le coeur te battait trop vite?
- Non.
- lls t'ont mal examin�. C'est des bons � rien.
- Para�t m�me que j'ai le coeur �gal, c'est pas croyable.
- C'est �a qui fait les grands athl�tes.
- Je suis m�r pour lancer
des grenades ''curv�es'' en Europe.
J'esp�re que tu t'ennuieras pas trop, C�cile?
- Parle donc pas comme �a.
- lls savent m�me pas coudre.
Je vais t'arranger �a; ton collet qui est trop grand
puis tes manches qui sont trop longues.
- Braillez pas, m'man.
Vous serez pas si toute seule que �a, toi puis p'pa.
Vous mourrez pas.
Au contraire, vous allez enfin pouvoir commencer
� vivre en paix, hein?
Comment �a va, Ovide? - �a va.
-Tu vas manquer son mariage.
-Tu te maries, toi aussi? - Oui, au mois de juillet.
- Bien, toutes mes f�licitations.
�a va faire deux mariages dans la famille.
Je serai pas l� pour voir �a.
Faut f�ter �a, hein, p'pa?
Une petite bi�re, peut-�tre? Un petit bec mouill�?
M'man... m'man!
-Th�ophile!
Th�ophile! Th�ophile!
Th�ophile!
Th�ophile... Th�ophile...
(cris)
- Napol�on, pas si fort.
-lci Denis Boucher, de la BBC, Londres.
- Cher Denis, il a m�me pas pris l'accent anglais.
(rire)
- Regarde, grand-maman te fait des bonjours.
All�! Tata!
- Jeanne! Mon r�ti bavasse, veux-tu l'arroser?
- C'est grand-maman Plouffe qui disait �a:
''Mon r�ti bavasse.''
- C'est donc de valeur que Guillaume
soit encore sur le bateau, qu'il soit pas avec nous autres.
- C'est pas croyable, hein?
�a fait quatre ans qu'on l'a pas vu!
- C'est pr�t!
- Rita! Ovide!
Bon,je vais servir le r�ti, maintenant.
- Non, maman. - Madame Plouffe, pour une fois.
Laissez-vous servir, assoyez-vous.
- J'ai pas l'habitude, moi--
- Maman, veux-tu te laisser g�ter?
- Oh! Le petit sacripan! - Nicolas!
C�cile va se f�cher.
- Les lettres de Guillaume... un vrai roman!
ll a fait une si belle guerre.
Quand je pense que, pendant quatre ans, en Europe,
tout le monde l'a bien re�u.
ll a jou� au baseball, s'est couch� de bonne heure,
il a jamais vu un seul Allemand.
On a �t� chanceux.
- Maman, puisque la guerre est termin�e
et que Guillaume est hors de danger,
il serait bon que vous sachiez la v�rit�.
- Quelle v�rit�? ll a �t� bless�?
- Mais non, maman, voyons. -� nous aussi, il nous a �crit.
''Cher Ovide,
''tu peux pas savoir comme j'ai h�te
''de marcher dans les rues que je connais, nos rues.
''Les filles, par ici, en temps de guerre,
''sont ob�issantes
''et c'est jamais p�ch� mortel.
''M�me les mamans nous bordent au lit.
''Ce serait pas confessable � monseigneur Folb�che;
il tomberait raide mort.''
(rires) ''Avertis C�cile
''que les filles pas fines,
on leur rase la bol.''
- M�me la guerre l'a pas chang�. - ''Avertis Napol�on
''que j'ai un record mondial pour son livre de statistiques
''parce que j'ai gagn� la croix de guerre
''pour une maudite bonne raison.
''Hier matin, on a fait une petite attaque
''et mon r�giment a eu 58 morts.
''�a fait dr�le de voir mourir tes amis,
''de les voir �clater en 1 000 morceaux.
''Le sang de mon meilleur ami me coulait dans le cou
''car je le portais sur mon dos.
''C'est l� que mon bras de baseball m'a servi.
''J'�tais comme enrag�.
''J'arrache le bouchon de ma grenade,
''je fais ma motion et je la lance de toutes mes forces
''dans une talle d'Allemands.
''Cinquante, soixante... je sais pas.
''Hitler cherche encore les morceaux.
Dis � toute la famille que je suis...''
- Mon Dieu...
Mon Dieu, c'est pas possible.
C'est pas croyable.
C'est pas possible... un enfant!
C'est pas possible, mon Dieu.
Mon Dieu, c'est pas croyable.
Mon Guillaume qui tue des hommes!
ll �tait une fois des gens heureux
C'�tait en des temps plus silencieux
Parlez � ceux qui s'en souviennent
lls savent encore les mots des romances anciennes
O� �a disait toujours le monde est beau
ll �tait une fois des gens heureux
Qui disaient toute chose avec les yeux
Leurs yeux tout pleins de confiance
En l'univers immense
Et qu'ils disaient b�nis de Dieu
ll �tait une fois des gens de paix
Mais vers les ann�es de vent mauvais
� table il y eut des chaises vides
Aux yeux verts les rides
ll ne resta plus rien de vrai
ll ne faut pas chercher
� savoir o� s'en va le temps
ll s'en va pareil
Aux glaces dans le Saint-Laurent
On fait toute la vie
Semblant qu'on va durer toujours
Pareil au fleuve dans son cours
Et c'est peut-�tre rien que pour �a qu'on fait des enfants
ll �tait une fois des gens heureux
Et tout �tait si simple et merveilleux
ll y avait le ciel il y avait la terre
C'�tait quand les myst�res pouvaient rester myst�rieux
ll �tait une fois des gens heureux
Qui disaient toute chose avec les yeux
Leurs yeux tout pleins de confiance
En l'univers immense
Et clair et juste et merveilleux
Un univers b�ni de Dieu
ll �tait une fois des gens heureux
C'�tait en des temps plus silencieux
Parlez � ceux qui s'en souviennent
lls savent encore les mots des romances anciennes
O� �a disait toujours le monde est beau
Le monde est beau
Le monde est beau
Le monde est beau
Sous-titrage: CNST, Montr�al
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