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AOÛT 1966 LE DÉBUT D'UNE ANNÉE EXTRAORDINAIRE...
Il était facile d'oublier que Londres avait connu la guerre 22 ans plus tôt.
Il y avait cette Angleterre que nous reconnaissions
grâce aux photos en noir et blanc et aux images
et il y avait cette nouvelle ère, celle multicolore,
et les Beatles en étaient à l'avant-garde.
- Vous avez hâte de partir en tournée ? - Oui.
Cette controverse religieuse, vous ne voulez pas trop en parler
mais est-ce que ça vous inquiète aux États-Unis ?
Oui, ça m'inquiète, mais j'espère que tout se passera bien.
Pensez-vous que ce sera une tournée controversée
comme aux Philippines ?
- Non. - Non, pas vraiment.
Ça va bien se passer.
- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? - Ça va aller. Vous verrez.
Le Klan, nous allons manifester
de différentes manières pour mettre fin à ce concert.
RENTREZ CHEZ VOUS
Devant le Coliseum, un petit groupe de manifestants...
CHASSONS LE COMMUNISME
...fut le seul signe visible.
N'oublions pas que les Beatles étaient un phénomène planétaire.
Les Beatles étaient aussi importants qu'une réunion de chefs d'État
ou de dirigeants d'État dans une même pièce.
Qu'est-ce que ça fait ?
Vous pouvez dire "bonjour" ?
Bonjour.
Dites "bonjour".
Bonjour !
John, êtes-vous désolé pour vos paroles ?
Oui.
Je pense que c'est vrai.
Ce groupe était bien plus populaire.
JOURNALISTE
Je ne vais pas utiliser les deux mots, "J.C.",
mais ils étaient bien plus populaires que l'Église d'Angleterre et la religion.
Ça ne fait aucun doute.
C'est là que les ennuis ont commencé,
dans ce minuscule studio au dernier étage de Station WAQY,
la "radio farfelue" des 750 000 habitants de Birmingham dans l'Alabama.
Le disc-jockey et manager, Tommy Charles,
a lu dans Datebook,
les remarques de John Lennon sur le christianisme,
remarques qui étaient passées inaperçues lors de leur sortie en Angleterre.
Si on réfléchit à l'impact de Jésus à la grande époque,
300 personnes avaient dû entendre parler de lui.
En termes d'industrie, même à ce jour,
dans ce qu'il représente pour la société,
et surtout en Europe, les Beatles sont plus importants.
Mais, vous savez,
l'Amérique était, à cette époque, obsédée par Jésus.
JÉSUS EST MORT POUR TOI, JOHN LENNON
Concernant l'objectif de ce meeting,
je remercie Dieu. Jésus Christ compte pour moi,
car il m'a sauvé il y a 31 ans.
Toutes les personnes ici pour qui il compte, dites "Amen".
Amen !
Ils n'étaient pas qualifiés pour parler
du prix du lait, encore moins de l'état du monde.
Ils étaient des éponges. Ils absorbaient des choses...
SPÉCIALISTE DES BEATLES
...des émotions d'une telle manière
qu'ils avaient le sentiment de vieillir deux fois plus vite.
Je sais que Brian s'inquiétait...
SECRÉTAIRE DE BRIAN EPSTEIN
...avant qu'ils ne partent pour les États-Unis.
Mais c'était tellement innocent pour John.
Ils avaient tellement d'ampleur.
Plus de personnes voulaient voir les Beatles qu'aller à l'église.
Êtes-vous inquiet de ce qui pourrait arriver
aux Beatles là-bas ?
AOÛT 1966
- Je suis inquiet. - À quel sujet ?
La sécurité.
Que proposez-vous pour les protéger ?
Nous ne pouvons pas faire grand-chose.
Ils ont toujours bénéficié, dans ce pays,
d'une sécurité maximale et les tournées ont toujours été
très bien organisées
et j'espère que tout ira bien.
Ils brûlaient des albums à Memphis...
AUTEUR/JOURNALISTE
...et ces chanteurs avaient peur de se faire tuer.
On se dit : "Il se passe quelque chose qui m'échappe."
La plupart des critiques sont venues de la Bible Belt
et nous nous demandons si vous allez changer l'itinéraire des Beatles
pour éviter les zones où les radios
brûlent leurs albums et leurs photos.
C'est peu probable.
J'ai rencontré plusieurs promoteurs, ce matin,
et, après cette conférence, j'en rencontre d'autres
qui pensent qu'aucun concert ne sera annulé.
En fait, si l'un des promoteurs était très inquiet
et souhaitait annuler un concert,
je ne m'y opposerais pas.
Par ailleurs, le concert de Memphis,
le plus proche de...
de l'endroit où tout a commencé,
a, apparemment, vendu plus de billets hier, qu'il ne l'avait fait à ce jour.
C'est Tony Barrow qui a alerté Datebook
de l'existence de ces interviews.
Il a contacté Art Unger, l'éditeur, et il a dit...
AUTEUR DE THE BEATLES '66
..."Tu vas adorer ces interviews. Elles vont te plaire."
Mais Art Unger a eu l'idée de les envoyer
à certains animateurs adeptes des polémiques.
Il savait que ça agacerait certains DJs.
Il les a envoyées à ces DJs à Birmingham dans l'Alabama
et ça les a bien agacés et c'est là que tout a commencé.
WASHINGTON DC, 15 AOÛT 1966
Ils vous détestent. Vous avez vu ça ?
J'ai vu une version similaire de ce dont vous parlez dans l'article.
Si ça rend d'autres personnes heureuses, alors ça me rend heureux.
Mais il n'y a pas autant de personnes contrariées que je le croyais.
Et pas tant contrariées que ça.
Brian Epstein voulait annuler la tournée,
mais ils ont décidé de continuer si John s'excusait
et il l'a fait à contrecœur.
Des excuses forcées.
En fait, je faisais référence à l'Angleterre...
CHICAGO, 11 AOÛT 1966
...où nous comptons plus que Jésus ou la religion pour les enfants.
Je n’étais pas en train de taper dessus ou de la déprécier.
J’exposais juste un fait, et c’est plus vrai pour l’Angleterre qu’ici.
Je ne dis pas que nous sommes meilleurs ou plus grands,
je ne nous compare pas à Jésus Christ en tant que personne
ou à Dieu en tant qu’entité ou quoi qu’il soit.
J’ai dit ce que j’ai dit et j’ai eu tort. Ou cela a été mal interprété.
Et George a dit : "Je m'en moque. Ils achèteront de nouveaux albums
pour remplacer ceux qu'ils ont brûlés."
Que pensez-vous
de ce groupe qui donne son point de vue ?
Est-ce possible dans leur position ?
Absolument.
Je ne leur ai jamais suggéré de faire autrement.
Avez-vous suggéré à John de s'excuser ?
Nous en avons discuté et c'était un ressenti mutuel.
Je n'ai jamais donné d'ordres aux garçons,
que ce soit au niveau musical, artistique ou sur les prises de position.
Ils...
Nous avons tous notre avis et j'y contribue à un cinquième.
Cela s'est produit à la fin d'une très longue tournée mondiale
où des choses horribles étaient arrivées aux Beatles.
Menacés de mort au Japon, chahutés aux Philippines...
RETOUR DES PHILIPPINES, JUILLET 1966
...pour avoir apparemment snobé la Première Dame, Imelda Marcos,
en n'allant pas à une cérémonie qu'elle donnait.
C'était la goutte de trop.
ON T'AIME LENNON
Ils avaient peur d'être assassinés.
Voilà ce qui germait
dans l'esprit des gens.
Que s'est-il passé à l'aéroport de Manille ?
Nous avons été bousculés et chahutés par quelques singes
et nous avons eu très peur.
Vraiment peur ?
Nous étions terrifiés.
Oui, c'était...
C'était grave. Il y avait environ
cinq types étranges et costauds
avec des armes et tout le matériel.
- Qui nous ont chahutés. - Ils étaient là...
Oui, c'était évident.
Ils étaient là pour nous faire passer un sale quart d'heure
avant notre départ.
Alors, on s'est dépêchés.
Personnellement, je les ai évités.
Ils étaient les seuls à chercher les ennuis.
Ils étaient cinq. Les autres étaient calmes.
Avez-vous dû porter vos bagages dans l'aéroport ?
Notre bagage à main, oui.
Nos managers ont pris les valises.
- Car ils savent... - Ils ont éteint l'escalateur
et on a dû les porter.
- Pour couronner le tout. - Très intelligent.
Combien de personnes étaient impliquées ?
Environ une trentaine.
Moi, je dis 30 et George dit cinq.
On aurait dit une petite armée qui venait nous passer à tabac.
Il y avait dix autres personnes derrière la foule
qui nous huaient et on les cherchait pour les voir
et il n'y avait que des jeunes tout sourire, environ 18.
Tous ces gars au fond comme la Gestapo en train de nous huer.
Les vrais manifestants.
C'était un guet-apens
où ils attendaient juste de se battre.
Ils nous ont bousculés. Si on avait fait quelque chose...
- Ça suffit. - Oui.
À part les Philippines, avez-vous aimé ce voyage ?
Oui, une belle tournée.
À part ce matin-là.
- Oui. - Le Japon, c'était merveilleux.
- Et Delhi, c'était bien. - Oui.
Des gens merveilleux au Japon, toutes nos rencontres.
Ils ont pris possession de Manille pendant la guerre.
Rejouerez-vous aux Philippines ?
- Non. - Je n'irai plus jamais.
Je ne monterai plus dans un avion pour Manille. Jamais.
Quand ils sont partis de Manille pour Delhi,
ils ont parlé pour la première fois
d'abandonner les tournées. Brian était très perturbé,
car il voyait bien qu'il serait inutile
s'ils se contentaient de rester en studio.
Quelle allait être sa place ? Il existait surtout dans les tournées
à préparer et accompagner les Beatles.
Et il aimait le show-biz.
Il aimait le théâtre. Il avait été à RADA, alors il aimait le côté théâtral.
Passant directement de leurs loges à la zone de sécurité,
les Beatles apparurent pour leur deuxième concert,
chaque pas attentivement surveillé par la police du Capitaine Barney Hicks,
82 hommes, en heures supplémentaires payées 30 shillings de l'heure.
Il y avait une pure folie et ce depuis des années autour des Beatles.
Le plus surprenant, c'est qu'ils jouaient le jeu.
Ils faisaient ce qu'on attendait d'eux.
Quand vous pensez au tempérament et à l'ego
des petits groupes de rock d'aujourd'hui,
ce que les Beatles ont enduré
pour le bien commun, parce qu'on leur disait de le faire,
y compris John, était extraordinaire.
Alors que l'avion privé des Beatles arrive...
MEMPHIS, 19 AOÛT 1966
...il s'éloigne des centaines de fans
et se rend dans une zone déserte réservée à la Garde Nationale.
Quelques adolescents ont réussi à passer les cordons de sécurité.
Inquiétés par leur visite dans le sud,
les Beatles pouvaient au moins se consoler avec le succès de cette tournée.
À la moitié des concerts,
ils avaient déjà encaissé plus de 500 000 dollars
et leur dernier single "Yellow Submarine" s'était vendu à un million.
Votre premier voyage ici ?
Non, nous sommes déjà allés au Texas.
Où allez-vous après ?
Cincinnati, je crois, oui.
Combien de temps restez-vous aux États-Unis ?
Environ deux semaines.
- Encore deux semaines ? - Oui.
Qu'avez-vous déjeuné ?
Pas grand-chose.
Pas grand-chose.
- Je dois y aller. Il fait chaud. - D'accord. Merci beaucoup.
BEATLE STREET QUATRE GARÇONS QUI REMUENT LE MONDE
Ils sont sortis des loges en faisant la tête.
John a dit : "On n'aurait jamais dû faire ça.
- Jamais." - Ils avaient eu deux numéros un.
Revenir dans un minuscule club...
Mais ils avaient promis de faire un autre concert. Alors, bonne chance.
Une seule loge.
Grande comme une cabine téléphonique.
On était dedans. Les Beatles aussi
et quelqu'un d'autre aussi et...
Ils n'étaient pas enchantés.
Mais ils ont tenu bon.
John en pleurait de rire.
Il y avait un piano sur scène avec une couverture dessus.
"Pourquoi tu ris ?" "King Size Taylor a laissé sa marque."
Les Beatles sont montés, les filles hurlaient
et, là, panne de courant.
Sauf une toute petite ampoule.
Une petite ampoule sur la scène, tu te souviens ?
- Oui. - Pas de courant, rien du tout.
On s'est tous dit : "Et maintenant ?"
Alors, Paul, ça lui ressemble, a sauté sur le piano
et a commencé à chanter cette petite chanson avec John en acoustique.
On entendait un peu la guitare acoustique.
Pendant des années, on a cru que Paul
avait repris une vieille chanson de son père
des années 20, car c'était ce que ça nous évoquait.
Mais quand est sorti l'album Sgt. Pepper...
C'était incroyable.
Nous avions entendu cette chanson en 1963.
Peu importe si les gens n'aiment pas nos albums, notre style
ou nos propos.
Ils ont le droit de ne pas nous aimer
et nous avons le droit de ne pas vouloir les côtoyer
si nous n'en avons pas envie.
Nous avons tous des droits.
Vers la fin, c'était la folie.
Ils pouvaient être n'importe où. Ils étaient dans une pièce...
SECRÉTAIRE DU FAN CLUB
...et cette pièce pouvait être au Pays de Galles ou à Tokyo.
Ils ne le savaient pas. C'était juste un hôtel.
C'est difficile à croire mais les chansons de Revolver
qui pourraient être jouées sur scène de nos jours,
ils n'imaginaient pas les jouer
et ils ont joué peu de titres de Rubber Soul sur scène.
Ils n'ont rien joué de Revolver même si c'était leur dernier album
- lors de leur dernière tournée. - En plus du rock 'n' roll,
ils ont développé leur propre mélodie
et ils avaient besoin d'entendre les enchevêtrements des chansons.
Et quand ils jouaient, ils n'entendaient rien.
J'étais à New York pour les Yardbirds
quand la plus grande tournée des Beatles était à New York.
Brian était là.
Je ne travaillais pas avec lui mais je savais ce qui se passait,
et Brian et le groupe voulaient un maximum de 15 000 spectateurs
pour des problèmes de son. Ils voulaient pouvoir jouer et être entendus
et pas être étouffés par les cris.
Mais la police n'y croyait pas.
Ils savaient qu'il y aurait entre 100 000 et 200 000 personnes,
même si c'était une salle de 10 000 places.
Très dangereux d'avoir 10 000 personnes dedans et 90 000 dehors.
Donc, il ne s'agissait pas d'un promoteur, d'un groupe ou d'un manager cupide.
C'était la police et leur autorisation.
Ils étaient captifs. Emprisonnés par la tournée.
Ils se sont libérés en rentrant.
Ils ont fait le tour du monde en avion.
Les gens hurlaient.
Ils ne s'entendaient même pas. Ils se disaient :
"On n'a pas commencé ça pour ça.
On a commencé ça pour le plaisir. Fini le plaisir."
John m'en a parlé en détails lors d'un dîner à New York en 1980.
Il m'a dit que, quand ils jouaient "Twist and Shout",
il avait changé les mots en une insulte,
ce qu'il trouvait hilarant.
D'abord, parce que c'était drôle et aussi parce que personne ne l'entendait.
Le premier rang était rempli d'enfants en fauteuil roulant.
John, en particulier, était paniqué.
Il avait une terrible phobie du handicap physique
mais ces pauvres enfants étaient conduits dans leurs loges
après le concert comme s'ils étaient des saints qui pouvaient guérir les gens.
Parfois, pire encore, certaines personnes se saisissaient d'un fauteuil
alors qu'ils ne connaissaient pas l'enfant pour aller dans les loges.
C'était une scène horrible
et ils faisaient avec. C'était bluffant.
Ils étaient obéissants.
George disait beaucoup qu'ils ne progressaient pas musicalement,
car ils progressaient toujours en jouant face à un public
avec lequel ils avaient un retour intime
et, à ce jour, ils ne voyaient plus leur public.
À Candlestick Park, ils étaient dans une cage,
littéralement dans une cage sur scène.
On est loin du Cavern, non ?
On travaillait avec des machines qui réglaient le volume, la tonalité...
et les basses, ces trois boutons.
Nous n'avions pas tous ces boutons
et tous ces ordinateurs, ces lumières qui clignotaient.
Le contrat des Beatles disait
que le promoteur devait fournir deux ou trois micros
et un éclairage adéquat.
Les chansons comme "Eleanor Rigby", même s'ils les avaient jouées
n'auraient pas eu de réponse de la part du public.
Ce n'était pas une chanson qui fait sauter ou danser
et les critiques disaient que c'était un sujet trop sombre :
les églises, les femmes seules, la mort et tout ça.
Pas dans le style des Beatles.
Pendant longtemps, les Beatles ont pu,
grâce à leur immense popularité dans le monde entier
et en particulier parmi les jeunes,
dire ce qu'ils voulaient dire
sans accorder d'importance
au jugement, à la maturité ou à la sagesse des propos.
Il est simplement honnête.
Ses réponses sont légères
et son attitude est bien étrange, parfois.
On ne sait jamais s'il est honnête ou non.
En quoi cette tournée, à cause de ce raffut, est-elle différente ?
L'est-elle ?
Paul ?
Pas vraiment. Elle est juste plus mouvementée.
Les conférences de presse sont un peu plus méchantes.
Lors de notre dernière venue, on a dit
que nos réponses étaient légères.
Elles ne le sont pas, cette fois ?
Apparemment, les questions sont plus sérieuses, cette fois.
Ça n'a eu aucun impact sur les ventes.
Les ventes sont... Les gens qui viennent aux concerts
étaient les mêmes sauf pour le concert de Memphis
qui était un peu moins rempli mais qu'importe...
Il y avait un changement intéressant dans l'industrie musicale
en 1966 et 1967.
C'était le début de l'utilisation du mot "rock".
Jamais entendu avant.
En 1967, l'évènement de l'année était le Monterey Pop Festival.
"Pop" était un mot à la mode et qui était à ce festival ?
Des personnes que nous appellerions des rock stars.
Petit à petit, cette année-là,
la presse a commencé à utiliser le mot "rock"
et ils l'ont appliqué à tous les groupes
qui ne dépendaient pas d'auteurs de Tin Pan Alley
et aux groupes qui jouaient leur propre musique avec de vrais musiciens.
La plupart des groupes comme ça
voulaient se donner une réputation de contestataires
en se laissant pousser les cheveux
et les Stones ont été les premiers.
Puis les Who ont su passer de la pop au rock.
Allez-vous repasser des albums des Beatles ?
Les gens de Capitol Records qui distribuent ces albums
dans ce pays me l'ont demandé. Brian Epstein voulait savoir
quand l'interdiction serait levée,
car tout le monde attend un geste de notre part
et voulait savoir ce qu'il fallait faire. Je n'ai pas de prix.
Je ne demande rien aux Beatles.
Je n'en sais rien.
Je veux qu'ils me fassent changer d'avis sur eux.
Je veux les voir...
Je ne sais pas, je veux les voir grandir un peu.
Le disc jockey Tommy Charles à l'origine de cette protestation a dit
qu'il ne jouerait plus vos albums tant que vous n'aurez pas grandi.
Qu'en pensez-vous ?
Je me moque qu'il ne passe plus nos titres.
Voilà le problème :
quand on dit des choses comme ça,
on nous reproche d'être puérils.
On ne dit pas un truc comme ça sauf si on est un enfant idiot.
Avez-vous l'impression que les Américains
transforment ceci en une chasse aux sorcières ?
Acceptez-vous de parler du Vietnam en Amérique ?
- Est-ce bien utile ? - Je l'ignore.
Si on peut dire que la guerre est inutile
et que quelques personnes nous croient, alors c'est utile.
Mais on ne peut pas trop le dire. Dommage.
C'est bête d'être en Amérique
et de ne pas parler du Vietnam.
Mais pourquoi vous ? Vous êtes là pour nous divertir.
Les Américains demandent toujours aux stars ce qu'elles pensent.
Comme les Anglais.
C'est le show-biz.
Vous ne pouvez pas vous taire sur ce qui se passe
dans le monde sauf si vous êtes un moine.
Mes excuses aux moines ! Mais je le pense...
Ils ont pris les rênes de ce qui avait déjà commencé...
SŒUR DE JOHN LENNON
...la révolution chez l'adolescent en tant qu'être humain à part entière.
Le Swinging London était un immense mouvement.
Basé sur la contre-culture :
tout le monde avait les cheveux longs, des barbes et des moustaches
et tout le reste. Ils allaient à l'UFO Club et d'autres lieux comme ça.
Tous les trucs psychédéliques avec les Pink Floyd.
Il y avait les mini-jupes, les nouvelles tendances, les boutiques
et tout le reste et ça changeait tout le temps.
J'étais mannequin pour Foale and Tuffin
mais nous avions aussi un magasin et, quand je ne portais pas les habits...
SŒUR DE PATTI BOYD
...je travaillais là-bas
et les garçons des magasins de Carnaby Street venaient
et on partageait les albums.
On ne s'intéressait qu'à la musique et au style.
Tout a commencé quand Paul a eu son accident de moto
et s'est cassé la dent de devant et s'est ouvert la lèvre
la veille du tournage des clips de "Rain" et de "Paperback Writer".
Il s'est laissé pousser la moustache pour ne pas être gêné
par sa dent cassée.
Il n'a pas pensé à aller chez le dentiste.
Il se servait d'un chewing-gum pour la cacher
et il s'est laissé pousser la moustache pour couvrir sa blessure de guerre.
Les autres ont trouvé ça cool
et ils ont fait pareil.
Soudain, les moustaches et les trucs comme ça,
les drogues et une vision différente du monde...
Tout ce que vous faites en tant que musicien,
ça ressort dans vos chansons, d'une manière ou d'une autre.
Il y a toujours un lien avec votre vécu.
On fumait de l'herbe en ce temps
et ça change votre perception.
Ça fait tomber un certain nombre de murs.
On s'élevait contre l'État
et on restait en lien avec notre créativité.
Ils essayaient constamment de se détacher de cette image
des quatre peluches bien coiffées.
C'était une des raisons derrière tout ça :
être différent, s'habiller différemment, ressembler à des adultes.
Les Beatles vont-ils se séparer ?
Absolument pas.
Dans l'article du jour, est-il vrai
qu'ils envisagent de se séparer ?
Pas du tout.
Pourquoi n'y a-t-il pas de tournées prévues
pour Noël et en Amérique l'an prochain ?
Ils sont engagés dans plusieurs projets.
John Lennon fait un film.
Paul écrit la musique pour un nouveau film d'Hayley Mills.
Et...
Je ne...
Ils seront dans ce pays
à la fin du mois de décembre... Novembre.
Ils vont enregistrer d'autres albums et...
Ils travaillent sur le prochain film.
Y aura-t-il des changements dans leur travail ?
Y aura-t-il moins de tournées ?
C'est possible.
Comme je l'ai dit, il n'y aura pas de changements importants
mais les Beatles ont toujours progressé
et, pour progresser, il faut changer.
Ils avaient une belle antenne. Ils pouvaient rebondir rapidement.
C'est une façon de faire
et ça faisait partie de leur éducation.
Et ils étaient...
Ils étaient...
À part "Penny Lane" et "Strawberry Fields",
ils ne se prenaient pas pour des Américains.
Ils n'étaient plus pseudo-américains.
Ils n'avaient pas l'accent américain.
Le père de Paul avait dit : "Pourquoi dire 'ouais' ?
Pourquoi pas 'oui' ?"
Ils utilisaient leur propre culture,
ce qui est intéressant et "Penny Lane" est...
Ce sont deux fantastiques chansons.
En fait, la vraie tragédie de Sgt. Pepper,
c'est que ces chansons n'y soient pas.
PENNY LANE BARBIER
Ça aurait été un album fantastique. Ils auraient dû
les ajouter en disant : "Deux chansons d'avant."
Et ce sont les meilleures.
"Penny Lane" et "Strawberry Fields Forever".
Une très spécifique : l'image très précise de Paul McCartney sur les années 50
dans un quartier de Liverpool qu'ils connaissaient bien.
Une autre un peu plus surréaliste de John
mais qui donne une impression de vraisemblance.
La vision surréaliste de John d'un lieu qu'il a connu enfant.
Quand ils ont arrêté les tournées...
BIOGRAPHE OFFICIEL
...ils étaient responsables d'eux-mêmes.
Ils ont fait Sgt. Pepper à leur manière
et ils ont commencé à ignorer Brian Epstein qui ne les contrôlait plus.
Ils ont commencé à travailler avec George Martin.
George s'occupait des aspects techniques.
Il donnait son avis mais ils faisaient ce qu'ils voulaient.
George Martin l'a dit très rapidement.
Quand les tournées ont pris fin, Brian s'est senti délaissé.
En tournée, il ne faisait pas grand-chose.
Il était avec eux. Tout était organisé
par le promoteur local
mais il voyageait avec eux.
Il avait l'impression de faire partie du groupe.
Après ça, il ne trouvait plus sa place
en studio.
Il n'a jamais aidé à créer une chanson.
Il n'était pas George Martin
et il s'est senti complètement délaissé d'un coup.
Et ça l'a anéanti.
Il a commencé à prendre plus de drogue, à plus jouer
et il sentait bien que leur relation
avait été profondément abîmée.
Le rôle de Brian, comme les leurs, avait changé
mais, pour moi, il sera toujours le cinquième Beatle.
Il les a conduits du Cavern aux scènes mondiales.
Début 1967, comme ils...
Comme ils avaient fait des morceaux joués lors de la rave à Roundhouse,
et, à ce que je sache,
seul Mark Lewisohn les a entendus
mais, apparemment, ils se contentaient de frapper
bruyamment... une sorte de boîte de conserve,
une table, n'importe quoi dans le studio pendant sept minutes...
Il y avait cette idée que tout ce qu'ils faisaient,
surtout quand ce n'était pas forcé,
valait de l'or, artistiquement parlant,
mais ce n'était pas toujours le cas.
Juste un problème. Ils se disaient : "Et maintenant ?"
Ils avaient été meilleur groupe en tournée, meilleur groupe pop.
Ils avaient écrit les plus grandes chansons,
toujours en tête des hit-parades.
Où aller maintenant ?
La seule façon de progresser, c'est de faire du grand art.
"Nous devons expérimenter autre chose, aller plus haut.
Si on ne peut pas devenir un groupe de rock,
on pourrait faire de la pop un grand art,
une grande musique, un grand tableau."
Voilà ce qu'ils ont dû se dire.
"Inutile de faire autre chose.
Inutile de sortir un nouveau Revolver plein de pop.
Nous devons faire quelque chose d'époustouflant."
Et ils l'ont fait.
J'ai écouté "Strawberry Fields" et j'ai été ébahi.
Et je l'ai dit à mon éditeur.
Les Beatles progressent encore
et je trouvais ça incroyable.
Un saut énorme depuis "Love Me Do" ou une autre.
Personne ne pouvait dire
si "Penny Lane" allait dépasser "Strawberry Fields" mais c'était probable,
car John avait fait le grand saut en écrivant un titre sur Liverpool et Paul...
Il y avait un magnifique esprit de compétition entre John et Paul.
Ils se tiraient vers le haut.
En toute amitié, ils se disaient :
"Je veux avoir la face A du single."
Ou "Il a fait ça. Je vais faire ça." C'était fantastique.
Sans aucune animosité...
Ils essayaient d'être le meilleur.
Le plan, c'était de recommencer et d'écrire tout un album sur Liverpool.
Ils avaient envisagé de faire quelque chose,
peut-être un album en lien avec Liverpool.
Bien sûr, ils avaient "Penny Lane" en réserve et "Strawberry Fields"
et "A Day in the Life".
Et George Martin a dit :
"Vous êtes silencieux depuis trop longtemps."
Ils lui ont donné ça
en insistant pour avoir un double face A.
En tant que double face A, cela a divisé les ventes
et ils ont seulement été numéro deux.
Pendant ce temps-là, à Liverpool,
il y avait un groupe, les Hillsiders,
et le manager, Spencer Lloyd Mason,
avait remarqué qu'un des membres avait trouvé un titre fabuleux
qu'ils voulaient enregistrer.
Ils l'ont envoyé à leur manager A&R à Decca, Noel Walker,
qui venait aussi de Merseyside, et ont dit :
"Nous voulons enregistrer ça avec un orchestre."
C'était un titre appelé "Release Me".
Au lieu de l'enregistrer avec les Hillsiders,
il a fait passer le titre à quelqu'un pour qui c'était le titre idéal,
à Engelbert Humperdinck
et c'est devenu le numéro un
et il a empêché les Beatles d'être en tête
pour la première fois depuis plusieurs albums.
La faute à un groupe de Liverpool.
L'album sur le thème de Liverpool,
il y avait assez avec "Strawberry Fields" et "Penny Lane"
pour plus qu'un seul album.
Ils l'ont fait avec un single.
Ils l'ont fait dans un magnifique single à double face A.
ABBEY ROAD STUDIOS DÉCEMBRE 1966
- Un mot, s'il vous plaît ? - Oui.
Les Beatles vont-ils se séparer en 1967 ?
Ils peuvent travailler en solo ou ensemble.
On est liés les uns aux autres quoi que l'on fasse.
Y a-t-il un moment où vous n'avez pas travaillé ensemble ?
C'est arrivé pendant une période
mais nous finissons toujours par nous réunir.
Vous avez besoin des autres pour avoir des idées
et on s'entend très bien.
Allez-vous faire des films de votre côté l'année prochaine ?
Je ne veux pas faire carrière là-dedans. Je l'ai fait, car ça me plaisait
et que j'ai accepté la proposition de Dick Lester.
Je ne l'aurais pas fait si ça n'avait pas plu aux autres.
Ils ont dit : "D'accord." On était en congés.
Les autres ont-ils ce genre d'ambition ?
Non, personne n'est vraiment intéressé.
Je ne suis pas si intéressé.
- Que voulez-vous faire ? - Aucune idée.
Je veux faire quelques petites choses.
Vous n'avez pas encore décidé quoi ?
J'essayerai plusieurs choses
mais j'en ai appris plus sur les films en faisant ça.
Le fait de collaborer pour écrire,
vous allez continuer ?
Oui, nous continuerons à écrire toute notre vie,
quoi qu'il se passe, car on ne peut pas s'arrêter.
On se retrouve à écrire, qu'on le veuille ou non.
Pensez-vous que les tournées, comme celles en Amérique
ou celle en Angleterre, les fans...
Il y a un moment où ça ne fonctionne plus,
car ça ne correspond plus à nos enregistrements ou nos films.
Ils savaient qu'ils prenaient de gros risques en 1966 et 1967.
Ils ne savaient pas si les gens les suivraient,
si ça allait fonctionner et ils avaient calculé :
"On risque de perdre une grosse part de marché.
Nous sommes trop audacieux."
COMMENT J'AI GAGNÉ LA GUERRE
Puis, ils ont décidé que ça deviendrait
ce qu'on appelle un album concept
comme Frank Zappa en avait fait un, Freak Out,
et McCartney était enthousiaste à cette idée.
Comme Ringo l'a dit plus tard, ils ont fait deux autres morceaux
et ils se sont dit : "Oublions l'album concept.
Faisons d'autres morceaux."
Mais, bien entendu, ils ont été articulés de manière étrange.
C'était un mélange de Beatles aventuriers
et sentimentaux à la fois.
Ces différents éléments sont dans l'album.
Et John, bizarrement, est celui qui les a associés
non seulement avec son chef-d'œuvre...
Son chef-d'œuvre "A Day in the Life"
mais il a aussi fourni de petits morceaux
qui semblent faire partie de "A Day in the Life"
et de "Lovely Rita" de Paul.
Donc, cela ressemble à un concept
même s'ils ne pensaient pas faire un album concept.
- Paul. - Oui ?
- Bonsoir. - Bonsoir.
- Don Edwards, ITN. - Ça va ?
Un mot ? Ne plus faire de tournées, ça vous inquiète ?
Je n'en sais rien.
- Je ne pense pas. - Vraiment ?
En fait, pour nous, c'est une performance
et cette performance a décliné.
On ne progresse pas si personne ne nous entend.
Vous comprenez ? Alors, pour nous,
donner un concert est difficile. De plus en plus à chaque fois.
Ils ne vous écoutent pas alors vous voulez arrêter.
On veut continuer mais si on ne nous écoute pas
et si on ne s'entend pas,
on ne peut pas s'améliorer, on ne peut pas devenir meilleurs.
On essaie de s'améliorer avec d'autres choses comme l'enregistrement.
Ça a pris des mois et des mois et une somme astronomique.
Encore une fois, ça faisait partie...
Ce n'était pas seulement Sgt. Pepper. Les autres grands albums de l'époque
ont chamboulé le marché qui disait que
le single est la seule chose qui comptait
et, ensuite, l'album servait de décor.
Il y avait le single et quelques petits trucs
avec le nom du single comme Please Please Me.
À ce moment, l'album a commencé à devenir
le point de concentration des groupes et des groupes pop.
Ils faisaient des albums et des singles en naissaient.
- Bonjour. - Joyeux Noël !
- Ça va ? - Bien.
- Quelques questions ? - Oui.
- De ce côté. - Quel côté ?
- Celui-ci. - Bonsoir.
- Vous êtes très beau. - Merci. J'ai pris un bain.
Pourquoi les Beatles vont-ils moins travailler ensemble cette année ?
Nous ne...
Si on fait les choses ensemble, tous les quatre,
ce sera comme d'habitude.
- Vous n'en avez pas envie ? - On ne veut pas refaire ce qu'on a fait.
Avec le film,
on ne trouve pas de script décent ou on en cherche un.
Si on ne réussit pas,
nous ferons quelque chose de différent.
- Tout seul ? - Oui, mais...
Ce n'est pas une séparation. Nous nous retrouverons toujours.
- Merci beaucoup. - Merci.
- Vous allez travailler ? - Ça dépend des autres.
C'est l'heure du thé, j'espère.
Paul avait commencé à travailler sur l'idée d'un groupe fantôme.
Ça consiste à inventer un groupe : "Nous sommes ce groupe.
Et pas les Beatles."
Comment allez-vous ?
- Je... - Un mot ?
- Oui. - Juste une question :
pensez-vous que, cette année,
vous allez vous séparer ?
- Non. - Non ?
Non. Pas du tout.
Et un autre mot ?
Ce sont déjà vos mots.
Ils étaient lassés d'être les Beatles.
Ils n'étaient pas lassés
d'exister en tant que Beatles
mais le nom "Beatles" commençait à les oppresser
et ils avaient l'idée de créer un alter ego
qui s'appellerait Sgt. Pepper
et qui correspondait à la tendance des tuniques militaires.
C'était au milieu des années 60.
Si vous regardez bien,
il y a une photo du père de Paul, Jim McCartney,
qui avait un petit groupe dans les années 20-30 à Liverpool.
Il jouait du piano à l'oreille dans le Jim Mac Jazz Band.
Il y a une photo d'eux à la fin des années 20
et ils entouraient une grosse caisse
et ça ressemble au concept de Sgt. Pepper,
sans marijuana.
Ils sont devenus les précurseurs d'une blague dans le monde du rock 'n' roll.
Combien de temps peut-on passer dans un studio pour un projet
et combien peut-on dépenser ?
Les Beatles étaient en studio pour Sgt. Pepper
et tout le monde disait : "Ça doit être hyper excitant."
La période la plus ennuyeuse de toute ma vie.
On avait l'habitude d'enregistrer en quelques jours, parfois une semaine.
Revolver a pris quelques semaines
mais Sgt. Pepper a traîné en longueur,
car ils ne l'avaient pas écrit ensemble.
Le seul qui était préparé pour le studio, c'était Paul.
Quand ils étaient en studio, aucune femme n'était autorisée,
pas même les épouses.
Vous savez, ils...
Même pendant les tournées. C'était comme ça.
Les garçons partaient.
Je crois que c'est Chris O'Dell qui a eu le cran de dire :
"Je peux venir à une session ?"
Nous n'avions jamais imaginé
pouvoir assister à un enregistrement.
Les gens se demandent pourquoi les groupes ont plus de temps pour enregistrer.
Ce n'est pas l'argent de la maison de disque.
Une avance sur les royalties du groupe. Donc, la maison de disque s'en moque.
Souvent, la maison de disque s'inquiète. "On leur donne du temps.
S'ils ne font pas un tube, on paiera pour eux."
Un groupe à succès, on leur donne tout le temps qu'ils veulent.
Ils paient. C'est pris sur leurs royalties.
Ce n'est pas expliqué aux groupes.
Ils pensent utiliser l'argent de la maison de disque
et, pendant ce temps, ils ont assez d'argent
pour s'acheter de la drogue et faire des trucs en studio
qui ne les font pas avancer bien vite et les enregistrements traînent.
Paul menait la barque.
George et John s'en occupaient quand il s'agissait
de leurs compositions mais c'était Paul à la barre.
Il disait : "Comme ça." Et ils faisaient
des douzaines et des douzaines de prises
et je pensais : "C'était bien la première fois.
Pourquoi ils ne l'ont pas prise ? J'aimerais rentrer."
Même les ingénieurs expérimentés
étaient surpris par les demandes des Beatles.
Personne n'avait jamais fait ça.
En un sens, Abbey Road était une bénédiction pour eux.
Ils étaient enthousiastes et fourmillaient d'idées
et ce sont les meilleures périodes de la vie,
dans la vingtaine. Ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient.
Ils avaient eu le culot de dire : "Nous voulons faire des choses."
La première fois qu'ils étaient venus,
ils étaient passés par l'entrée sur le côté. Là, par devant.
"Quoi que vous vouliez faire, on vous suit."
Les Beatles ont mis en pièces ce que nous prenions pour acquis
comme passer trois mois en studio.
Nous ne tiquons pas quand U2 passe deux ans à faire un album.
Les Beatles ont été les premiers.
Les Beatles étaient les premiers à faire un album aussi ambitieux,
un album bien loin des albums pop,
pas seulement des morceaux pour danser ou écouter dans la voiture.
Je pense que John était un génie.
Il n'y a aucun doute là-dessus.
EN ROUTE POUR LA GRÈCE JUILLET 1967
Combien de génies peut-il y avoir dans un groupe ?
Mais, sans Paul, je ne pense pas que John aurait fait ce qu'il a fait de sa vie.
Je les appelais la dream team.
Paul avait perdu sa mère à l'âge de 14 ans.
Il a passé beaucoup de temps chez nous.
Ma mère disait, ironiquement :
"Pauvre garçon, il a perdu sa mère."
Quand notre mère est morte,
un lien réel s'est instantanément tissé entre eux
et je pense que cette relation était à la base des Beatles.
John avait cette réputation.
LES DISSIDENTS
Il était celui qui attirait les autres, car il avait un esprit acerbe
et il avait un côté rebelle
qui ne tient pas à grand-chose.
Paul était très poli
et les gens sont généralement attirés par le rebelle,
comme je l'ai immédiatement été. C'est ce qui m'a attiré chez lui.
Paul était un avant-gardiste. C'était très important.
Aucune idée n'était trop farfelue pour lui
et il lisait beaucoup,
allait à des expositions,
écoutait des compositeurs avant-gardistes
et se développait dans cette voie de manière très significative.
John...
John lisait beaucoup et écrivait beaucoup de chansons
chez lui, car il avait des responsabilités familiales.
Paul était en avance sur lui dans l'exploration de Londres,
dans l'avant-garde, dans le mouvement underground.
John était...
Il aimait ça mais il n'avait...
Il n'était pas assez audacieux pour le faire lui-même.
Mais, en novembre, il rencontre Yoko Ono
lors de l'inauguration d'une galerie...
YOKO ONO, LONDRES, AOÛT 1966
...et nous savons où ça l'a mené.
L'un des grands mythes
qui agace Paul McCartney encore aujourd'hui,
car il a tendance à être tenace,
c'est que John était avide d'expériences.
Et que Paul était un brave pantouflard qui ne prenait pas de risque.
Ce n'est pas vrai.
Comme Tony Bramwell l'a dit,
John était un gros fainéant qui restait dans son pavillon de banlieue.
Paul vivait au cœur de Londres.
Paul a toujours cherché à s'améliorer.
Il achetait des livres sur l'art moderne quand il avait 13 ans
et il s'intéressait à toute l'avant-garde de Londres
et surtout à la musique complexe, courageuse et très contemporaine,
rien à voir avec la pop, comme John Cage,
Luciano Berio et les autres.
Il connaissait tout ça.
Les bandes sonores sans fin.
Paul était un leader.
Il y avait une librairie et une galerie
et Paul avait donné l'ordre qu'on lui envoie toutes les nouveautés
et, après, il en parlait à John.
Donc, Paul en parlait à John :
"Détends-toi, éteins ton esprit et laisse-toi porter par le courant."
John a lu le livre et il a écrit "Tomorrow Never Knows"
et John était l'avant-gardiste.
Ils étaient plus impliqués dans l'art moderne
et dans la musique classique moderne qu'ils ne le laissaient paraître.
N'oubliez pas qu'ils ont été au lycée.
Et, pour sa part, John a fait une école d'art.
Contrairement à d'autres rock stars...
Je dois bien choisir les noms...
...qui ont quitté l'école à 15 ans et savaient à peine lire et écrire.
Les Beatles, à part Ringo qui n'est jamais allé à l'école...
Les Beatles étaient des lycéens qui avaient lu Shakespeare en cours,
qui avaient lu des romans et des poésies.
John et George vivaient à la campagne.
Paul vivait en plein cœur de Londres.
Ils ne passaient plus tout leur temps ensemble.
Jusqu'en 1966, ils étaient toujours les uns avec les autres.
Ils étaient cette hydre à quatre têtes.
Ils n'étaient jamais vus seuls.
Paul était le plus musical
et a formé John.
Donc, c'était bien plus nuancé que ça.
L'idée que Paul était un homme droit
en charge des relations de presse,
c'était en partie vrai,
mais il était aussi extrêmement doué.
Il y avait des grondements...
d'une musique différente qui revenait d'avant,
qui revenait de Revolver.
L'attente était élevée pour Rubber Soul et Revolver
mais elle était à son paroxysme pour Sgt. Pepper.
En grande partie à cause du temps passé en studio.
C'était constamment mis en évidence dans les articles :
tout l'argent dépensé, le temps que ça prenait.
Il y avait ces quatre génies avec George Martin.
S'ils passaient autant de temps sur un truc, ça allait être incroyable,
car ça ne pouvait pas être autrement.
EXPOSITION SGT PEPPER L'HISTOIRE DES BEATLES
Nous devons revenir à l'époque de sa sortie.
Les gens n'ont pas idée des difficultés.
Il a été fait avec un enregistreur quatre pistes.
George Martin a dit que c'était très difficile.
De nos jours, on voit tout ce que les studios peuvent faire
et, pourtant, cet album, conçu avec un enregistreur quatre pistes, reste magique.
Je me souviens du jour où ils ont décidé des mots sur la pochette.
Pour tous les albums sortis auparavant,
nous avions échangé vivement sur les mots.
Nous ne savions pas...
L'une des grandes joies apportées par les Beatles,
c'est leur accent de Liverpool.
Une grande histoire à mes yeux...
Je travaillais à Stafford Street
et George est venu me voir :
"J'ai ces paroles. Pourrais-tu les taper ?
Car elles sont illisibles."
Il m'a dit : "Je m'assieds à tes côtés
et je te les lis pour que tu les tapes."
Alors, je l'ai fait.
Une fois la page finie, il me la tendait
et je la jetais à la poubelle.
Tous les morceaux de Sgt. Pepper étaient dans la poubelle.
Si j'avais su...
Le groupe EMI était très choqué
par le montant dépensé pour la couverture
et ils voulaient également faire apparaître toutes les paroles.
Les Beatles tendaient le bâton pour se faire battre
car, une fois que le public aurait lu les paroles, il pourrait
les interpréter
et leur imputer un sens qui n'existait probablement pas.
Ils avaient une pochette réalisée par le groupe The Fool
au style psychédélique.
Robert Fraser, leur conseiller
et propriétaire d'une galerie, leur a dit :
"Ça ne rendra pas bien, car ça va vite vieillir."
Ils ont décidé de garder ce concept et Paul a dit :
"On va écrire une liste de tous nos héros et ça fera la couverture,
les héros et les personnes que nous admirons seront sur cet album."
Brian Epstein était à New York, en ce temps-là,
et il a été horrifié en l'apprenant.
Il s'est dit : "Toutes ces personnes. Seuls les Beatles comptent."
Il avait décidé de rentrer à Londres
mais il a eu une vision où son avion se crashait.
Donc, il a laissé un message à l'avocat de Nat Reese :
"Une couverture marron pour l'album Sgt. Pepper."
Le public attendait d'eux qu'ils soient en avance dans tout.
On se disait : "Les Beatles en premier
et les autres suivent."
Bien entendu, c'était l'époque des tuniques militaires
que Sgt. Pepper a embrassée. Puis, ça a été l'époque hippie.
Comme on pouvait s'y attendre, John Lennon voulait
Jésus Christ, Hitler.
Hitler est sur le tableau mais il est caché.
Quand Sir Joseph Lockwood d'EMI est arrivé
et a vu Gandhi, il a été atterré.
"Impossible. On vend bien en Inde."
Donc, il a été écarté.
Mais...
Peter Blake avait réussi à obtenir neuf mannequins de cire
de Madame Tussauds :
quatre des Beatles et d'autres personnes
comme Sonny Liston et Diana Dors.
Je leur ai dit, très tôt :
"Vous avez tous vos héros, vos acteurs et vos musiciens.
Mais pas de footballeur ?"
Ils ont répondu qu'aucun des quatre ne s'intéressait au football
même s'ils avaient grandi à Liverpool.
À l'adolescence, ils n'avaient pas assisté à des matchs.
Ils n'étaient pas très fans.
Ils étaient trop occupés à jouer de la guitare dans les Quarrymen.
Plus tard, Paul a dit qu'il venait d'une famille d'Everton
mais il ne l'a jamais dit devant moi
et ses parents, son père, non plus.
Alors, ils ont dit : "C'est une bonne idée."
Ils ont ajouté un footballeur à cette assemblée :
Albert Stubbins.
John avait choisi Albert Stubbins, car son nom l'amusait.
Si ça avait été une autre année,
il y aurait eu Ravi Shankar et le Maharishi.
Il y avait beaucoup d'Américains...
À cette époque, il n'y avait pas Internet.
Il fallait leur écrire pour avoir leur permission
et, s'ils étaient morts,
il fallait la demander à leurs familles.
J'ai un dossier de cette épaisseur
des correspondances pour Sgt. Pepper.
Chertsey.
Prête à se rendre à Weybridge, une caravane bohème.
Un cadeau pour un enfant de quatre ans qui a déjà tout.
Son nom : Julian Lennon, fils de John Lennon.
Qui d'autre que les Beatles ?
4 000 £ pour ce véhicule entièrement rénové et aux couleurs vives,
un grand jouet pour un petit garçon.
Elle a été escortée par la police
mais tous les pères ne dépensent pas autant d'argent pour leurs enfants.
C'est dans ce genre d'occasion que l'argent peut acheter l'amour.
Et s'il décide de quitter la maison, ce qui semble peu probable,
il sera le bohémien le mieux équipé sur les routes.
Je rendais visite à un de mes amis sur King's Road.
Nous étions plusieurs, assis autour de la table,
à écouter de la bonne musique et à fumer de l'herbe
et personne ne parlait.
Il y avait des livres sur cette table.
Des livres spirituels très intéressants.
J'en ai pris un, Karma and Rebirth,
écrit par un certain Christmas Humphreys.
Je feuilletais le livre et j'ai vu cette phrase :
"La vie continue avec toi et sans toi."
Je me suis dit : "C'est très spécial."
J'ai appelé Patti et George
et George a répondu. J'ai dit : "Écoute ceci :
'La vie continue avec toi et sans toi.'"
Il a adoré et il en a fait
la chanson "Within You Without You".
George Martin m'a dit plus tard, après la mort de George Harrison :
"Si c'est le premier morceau
de la seconde face de Sgt. Pepper,
c'est pour que les auditeurs aillent directement au second morceau.
Je n'avais pas imaginé que ça fonctionnerait.
Le sitar dans les chansons, dans la musique rock ou psychédélique,
c'était dominant dans l'album Sgt. Pepper.
Personne n'avait...
On avait vu Elvis et Little Richard
mais on n'aurait jamais imaginé voir un sitar
dans un groupe populaire à cette époque.
Paul, très justement, a dit, en grandissant,
que le livret de l'album était très important,
aussi important que les couleurs du label et que l'odeur de l'album.
Il avait conscience des aspects tactiles et visuels
d'un album et de tous les détails qu'un enfant absorbe
et même de Garrod and Lofthouse,
des impressions en bas.
Il voulait qu'il soit rempli d'éléments :
des illustrations, des petits cadeaux.
The Fool avait fait...
Comme une tâche de couleur sur la page intérieure.
C'était à la hauteur. C'était époustouflant.
Vous ouvriez et ils étaient là, dans ce costume de Sgt. Pepper
et vous ouvriez le livret et vous vous disiez :
"On peut détacher la moustache."
Il y a Sgt. Pepper. On peut le détacher et le mettre debout.
Le dilemme était :
"Je le laisse intact pour ne pas l'abîmer ?"
C'est ce que j'ai fait parce que vous n'irez pas loin
avec la moustache en papier, non ?
Surtout à dix ans mais...
Mais je l'ai toujours. Intact.
Et il y avait quelque chose qui vous saisissait dans le livret.
C'était l'idée de Paul.
J'avais vu ses dessins. J'avais entendu des discussions.
Au sujet du titre.
J'avais entendu comment ils l'arrangeraient.
Je suis passé, un jour, et il a dit : "Nous faisons des photos ce soir."
Alors, j'ai sauté dans sa Mini Minor
et nous sommes allés au studio de Michael Cooper sur Flood Street.
En partant de la maison de Paul, qu'il possède toujours, juste à l'angle,
il a dit : "Nous aurons besoin d'objets pour décorer le devant."
J'avais vu des dessins et ils n'arrêtaient pas de changer d'avis.
J'avais vu les costumes. Ils les avaient essayés et dit :
"Non... J'en veux un autre."
Là, il a dit : "Prends quelque chose pour le mettre en bas de la photo."
J'ai regardé autour de moi et j'ai pris une statue sur son étagère.
Je ne savais pas ce que c'était.
Ça ressemblait à ça.
Comme une fusée qu'on leur avait donnée quelques années plus tôt.
John avait donné la sienne à un fan qui était venu chez lui.
Il la lui avait donnée.
Alors, je l'ai prise de devant son Magritte.
Il adorait Magritte.
Il avait acheté le tableau de Magritte avec une pomme,
utilisé par Apple.
Et Linda lui avait acheté
la palette de peinture et le chevalet de Magritte
et il voulait Magritte dessus mais pas le vieux...
Les gens de Robert Fraser pensait que c'était un agent.
À mes yeux, c'était un désastre.
Ça aurait pu être un merveilleux concept,
tous les héros et les hommes qui les ont influencés,
ce qui aurait donné une belle image des Beatles.
Et ça a été rejeté. Donc, n'imaginez pas
que c'est la véritable, l'authentique couverture, car ça ne l'est pas.
Il y avait une logique déductive :
"Qui ont-ils laissé de côté ?
Pourquoi eux ?"
Ce sont les personnalités de l'époque,
les plus grands.
On ne savait jamais s'ils allaient les parodier
ou dire : "Ce sont nos héros."
À mes yeux, c'était très ironique.
Je me suis dit :
"Ils en rient beaucoup."
Ils ont mis ces personnes en scène en un sens,
en disant : "Ce sont tous nos amis."
Et la petite attention charmante : "Bienvenue aux Rolling Stones."
C'était incroyablement cher.
Chez EMI, on a cru qu'ils étaient dingues.
"Pourquoi faire tout ça pour un album de pop
qui sera remplacé dans six mois par un autre ?
C'est..." Ils ne comprenaient pas.
Les Beatles avaient de l'ambition.
De l'ambition, du talent et de l'ego.
"Nous voulons faire un truc spécial et ce sera bon."
Il y a aussi les médailles. Le père de Pete Best
organisait des combats de boxe à Liverpool, au Liverpool Stadium,
et il avait...
Il avait une sorte de coupe qui devait lui revenir à Liverpool
et Neil Aspinall s'en était emparée pour l'utiliser sur la pochette.
La famille de ma mère, même s'ils étaient anglais,
ils étaient nés pendant le Raj, une famille militaire en Inde.
Son père, mon grand-père,
était officier dans les Lancers.
Elle était très fière que son père ait beaucoup de médailles.
À de nombreuses occasions, quand elle les accueillait,
elle leur montrait, à tous les quatre, ces médailles.
Brian était revenu en 1967
quand ils réunissaient des affaires pour Sgt. Pepper.
John s'est souvenu des médailles.
Il a dit : "Elles seraient géniales pour Sgt. Pepper.
Pourrais-tu demander à Mona si je peux les emprunter ?"
Elle s'est tournée vers Neil et a dit : "Tu as ma bénédiction.
Mais dis à John de me les rendre."
Neil les a emportées à Londres.
Au moment de se décider,
face aux médailles et aux autres objets,
John a décidé que les médailles qu'il porterait
appartenaient à cette collection.
Donc, on les voit sur Sgt. Peps.
Ce qui est magnifique, c'est qu'il a tenu parole.
Il a demandé à Neil de rapporter les médailles à Mona.
Voilà comment la famille s'est retrouvée impliquée dans Sgt. Pepper.
L'album était attendu comme l'album le plus vendu au monde
et...
Elles étaient là.
Pendant des années, personne ne l'a su.
Chas et Jimi étaient des amis à moi
et j'avais un acétate de Sgt. Pepper
et je l'ai donné à Chas qui l'a joué à Jimi
et Jimi s'est immédiatement jeté dessus.
Il a répété et il se l'est approprié.
Je l'ai entendu jouer au Saville Theater
le dimanche suivant la sortie de Pepper
et il l'a joué.
McCartney a accepté et a adoré.
Il était profondément flatté,
car c'était une très grande star du rock
qui jouait sa création et c'était un compositeur.
Il aimait que les autres jouent ses compositions.
Quand Sgt. Pepper est sorti le 1er juin 1967,
il était attendu depuis tellement longtemps.
L'anticipation était énorme.
On lisait NME et Melody Maker en attendant sa sortie.
N'importe où sur King's Road,
les boutiques, les magasins passaient cet album.
C'était un évènement.
L'album, quand j'ai vu la couverture, rien que ça, c'était un évènement.
Ça disait : "On ne plaisante pas.
C'est spécial."
Une énorme présentation.
Quand on tournait le clip de "Strawberry Fields",
à Sevenoaks dans le Kent,
nous avions un petit hôtel, le Bright's Hotel,
et une boutique d'antiquités
L'affiche était sur le mur.
Elle coûtait une demi-livre.
C'était :
"Au profit de M. Kite" et tout une liste d'actes.
Le cirque de Pablo Fanque, et toutes ces choses...
CIRQUE ROYAL PABLO FANQUE
...le cheval qui danse.
Il l'a fait encadrer et il l'a affichée dans son salon à Weybridge
et, juste après, il a écrit la chanson...
La soirée de la saison !
AU PROFIT DE M. KITE
...à partir de cette affiche.
Il en a fait une poésie.
Puis George Martin y a ajouté ces merveilleux effets de fête foraine.
Un chef-d'œuvre.
Il s'inspirait d'autres horizons.
Comme dans l'album Sgt. Pepper,
ou dans l'article du Daily Mail sur son ami Tara Browne
tué dans un accident de la route.
Et la même chose avec Paul et l'idée du Daily Mail
pour "She's Leaving Home" sur Melanie Coe...
DISPARUE... LA FILLE QUI A TOUT
...qui a fugué avec un homme.
Paul a parlé d'un homme du monde automobile.
Tout le monde a cru que c'était Terry Doran
mais Paul niait.
Terry Doran était leur ami qui gérait les automobiles.
Chertsey.
Une des roues de la Rolls de John Lennon. Une essence.
À plus de 80, c'est fabuleux.
Une Phantom de 1965 pour 6 000 £, intérieur et extérieur merveilleux.
Autant l'un que l'autre
maintenant qu'elle a été bichonnée.
Même un Beatle ne pourrait souhaiter mieux.
Quand Paul a parlé publiquement du LSD,
il discutait avec un journaliste
et ça a été publié.
Je me souviens que ça a fait la première page du Daily Mirror
et, bien entendu, les infos, les journaux télévisés ont afflué.
John était vexé
que lui et George aient été les premiers à prendre du LSD
et que Paul, un novice,
ait été le premier à dire : "J'ai pris du LSD."
Ils ont trouvé que c'était injuste,
car ils avaient été les pionniers.
Paul, avez-vous souvent pris du LSD ?
INTERVIEW TV, JUIN 1967
Quatre fois.
Où vous l'êtes-vous procuré ?
Comme si j'allais vous le dire.
C'est illégal. Ce serait bête de le dire.
Je préfère me taire.
Ne pensez-vous pas que c'est un sujet qui aurait dû rester privé ?
En fait, un journaliste m'a posé une question
et je devais décider entre mentir ou...
dire la vérité.
J'ai décidé de dire la vérité
mais je n'avais pas envie d'en parler.
Si ça n'avait tenu qu'à moi,
si j'avais pu décider, je ne l'aurais dit à personne.
Car je n'ai pas envie que ça se sache.
Mais ce journaliste est l'homme des médias de masse.
Je n'aurais rien dit s'il n'avait rien dit, s'il s'était tu.
Mais il voulait le dire.
C'est sa responsabilité, pas la mienne.
Vous êtes une figure publique et vous l'avez dit.
Vous auriez dû savoir que ça sortirait dans les journaux.
Oui, mais je n'ai fait que dire la vérité.
Je dis la vérité.
Je ne comprends pas cette colère.
Pensez-vous avoir encouragé vos fans à se droguer ?
Ça ne fera aucune différence.
Je ne pense pas que mes fans vont se droguer parce que je l'ai fait.
Mais ce n'est pas la question.
On m'a demandé si je m'étais déjà drogué.
Maintenant, les proportions que ça va prendre,
le nombre de personnes que ça va encourager,
c'est aux journaux et à vous, à la télévision, de le décider.
Vous diffusez ce message.
Ce message entre dans les maisons
et j'aurais préféré que ça n'arrive pas.
Mais vous me demandez. Je veux être honnête.
Je suis honnête.
Mais, en tant que figure publique, vous avez le devoir...
Non, c'est votre devoir.
Vous avez la responsabilité de ne pas l'ébruiter.
Je suis prêt à garder ceci confidentiel si vous l'êtes aussi.
Si vous vous taisez, je me tairai.
L'émergence du LSD, n'oubliez pas,
au tout début, ce n'était pas illégal dans ce pays
et il existait le Centre Psychédélique International
où vous pouviez aller vous en procurer.
Vous pouviez en avoir sur un morceau de pain.
C'est rapidement devenu illégal
et il y a eu plusieurs débats très plausibles
sur le fait que c'était merveilleux d'en prendre.
John a toujours dit que "Lucy in the Sky with Diamonds"
parlait de son fils Julian qui était rentré de l'école
avec un dessin d'une certaine Lucy, une fillette de son école,
dans le ciel avec des diamants.
Il a toujours nié qu'il s'agissait de LSD
et il l'affirmait.
À mon avis, ça parlait de ça.
John aurait dû être aveugle
pour ne pas voir que "Lucy in the Sky with Diamonds" était L-S-D
et nous savons qu'il ne l'était pas.
Même John a dit : "C'était un accident."
On peut faire appel à la liberté artistique ici,
mais je pense que c'est plus qu'une coïncidence.
Les initiales "LSD" étaient un pur hasard.
Elles...
Il n'y avait aucun code nulle part.
Par contre, pour des titres comme "I Am the Walrus",
les gens disaient : "Qu'est-ce que ça signifie ?
Ça pourrait être plus clair, non ?"
John répondait délibérément des inepties.
J'ai une citation dans mon livre au sujet de :
"Laissons-les réfléchir. Ça les perturbera."
Il n'envoyait pas vraiment de messages. Il faisait diversion.
Les Beatles ont une bonne histoire
qui explique que "Lucy in the Sky With Diamonds" n'est pas LSD
mais elle a probablement été écrite par Brian Epstein.
À mon avis, ils parlaient de LSD,
mais on leur a dit qu'il valait mieux éviter.
Par contre, la BBC était convaincue qu'il s'agissait de ça
et ils l'ont interdite à tort, car ça faisait partie de la jeunesse.
Dans Sgt. Pepper, ils savaient ce qu'ils faisaient.
Ils distillaient de petites blagues. Il y en avait avant
dans "Penny Lane" avec "Fish and finger pie".
Ils l'avaient fait exprès.
Un brin vulgaire, c'est vrai.
Obscénités de lycéens.
Ils ont interdit "A Day in the Life". Ils l'avaient mal interprétée.
"Trop de trous pour remplir l'Albert Hall"
qui s'inspirait d'un article...
Les trous dans nos routes
...sur les trous à Blackburn
et ils ont cru qu'il s'agissait de trous faits avec des seringues
alors ils l'ont interdite.
Voilà l'attitude qui régnait à l'époque.
Il est évident que, dans cet album, ils ont pris tous les risques.
Ils ont pris tous les risques
quand ils ont fait le long cri de "J'aimerais te brancher".
LONDRES, AVRIL 1967
Ils savaient ce qu'ils faisaient
et ils avaient réussi à s'en sortir s'y souvent
qu'ils croyaient pouvoir s'en tirer avec ça aussi.
Ils ont ouvert le monde
au psychédélisme et aux drogues psychédéliques.
Ils avaient la plateforme.
Il se passait un tas de choses en Amérique,
de la drogue et Timothy Leary.
Pour en arriver à la superbe réplique du Bardo Thödol :
"Elle a dit : 'Je connais la mort.'"
Ce qui était révolutionnaire.
D'un coup, de "She Loves You" à ça.
C'était une déclaration spectaculaire.
En général, c'était Mick, Keith et leur groupe de troubadours
qui étaient connus pour avoir une mauvaise influence
et pour être des hommes à qui on ne confierait pas sa fille
mais les Beatles n'étaient pas des saints.
D'ailleurs, ils l'auraient admis.
Ce n'était pas vu comme les drogues
qui terrifiaient les Anglais,
comme la cocaïne qui existait depuis toujours.
Lady Diana Cooper, une femme du grand monde,
a vécu dans les années 20.
Plus tard, en rencontrant des pop stars,
elle a dit : "Dans les années 20, on s'asseyait lors des dîners
et il y avait des salières en argent remplies de cocaïne."
Donc, ce n'était pas nouveau.
Lennon lisait Lewis Carroll et d'autres
et ils étaient absorbés par cet univers.
À cette époque, la drogue était vue comme progressiste :
"Vous pourrez trouver votre lumière intérieure
et l'interpréter différemment."
La musique a un côté spirituel.
Ils allaient dans les toilettes.
Ils ne faisaient pas ça en studio.
Ou ils se cachaient derrière une enceinte
pour tirer rapidement sur un joint.
Un jour, John a dû monter sur le toit.
Cela révèle encore la proximité entre eux.
Paul l'a ramené chez lui à St John's Wood.
Neil Aspinall était là aussi.
Ils ont pris soin de John, car il avait consommé du LSD.
Quand on prend de l'acide,
tout ce qui se passe pendant votre trip,
vous savez que c'était là
et vous devez vivre avec cette information
plutôt que la réprimer.
C'est pour ça que ça a été facile pour le Maharishi.
Tout le monde était prêt.
L'époque du Maharishi a démarré avec la femme de George, Patti Boyd,
qui avait entendu parler de lui.
Le Maharishi venait à Londres depuis des années.
Je me souviens d'une photo de lui dans le métro,
bien avant que les Beatles ne le découvrent.
Ils étaient dans la situation où la richesse, le luxe et la célébrité
commencent à lasser. Ils cherchaient autre chose.
Quelque chose de supérieur, de spirituel
et le Maharishi avait une voie rapide
vers la béatitude intérieure et la spiritualité.
Il suffisait de pratiquer une demi-heure par jour,
parfaitement compatible avec leur capacité de concentration.
Un soir, Michael McCartney m'a appelé :
"Il va y avoir une soirée."
Il y en avait toujours dans les années 60.
Un simple hamburger et un Coca-Cola
et on appelait ça une soirée.
Il a dit : "Ils partent demain pour Bangor."
J'ai dit : "Où ?"
"Voir le Maharishi." "Qui ?"
"Ils l'ont rencontré hier."
Ils étaient allés à sa soirée au Hilton
et ils l'avaient écouté
et ils étaient...
George s'intéressait déjà au mysticisme indien,
à la conscience spirituelle et à la musique indienne.
GARE D'EUSTON, LONDRES, AOÛT 1967
J'ai pris le train avec les quatre Beatles
et je me suis assis dans un compartiment.
C'était en 1967.
Un compartiment première classe
et, à cette époque, il y avait un couloir
et un compartiment fermé. Vous pouviez baisser des rideaux.
Je me suis assis avec les quatre Beatles,
Mick Jagger et Marianne Faithfull
et nous sommes allés jusqu'à Bangor.
Pendant le voyage, nous nous sommes arrêtés
deux fois, notamment à Chester.
Il y avait des jeunes sur le quai en train de crier,
demandant des autographes. Les fenêtres pouvaient s'ouvrir.
Ils avaient trois Beatles mais pas John.
John disait : "Je ne signerai pas. Ça me saoule."
Et il y aurait eu des larmes. Alors, je signais pour lui.
Le Maharishi était dans le train. Voilà pourquoi il fallait prendre celui-là.
Nous sommes allés dans son wagon.
Il nous a donné un mantra que je ne révèlerai pas.
Les Beatles comptent parmi vos fidèles.
Qu'en pensez-vous ?
C'est une grande promesse pour la jeune génération,
car si les Beatles utilisent la Méditation Transcendantale,
ils sont idéaux pour l'énergie et l'intelligence
dans la jeune génération
et cela mènera la jeunesse
à un bon niveau de compréhension et d'intelligence.
Je suis très heureux que nous nous soyons rencontrés
et ils m'ont parlé pendant une heure après notre rencontre.
Ils semblent être intelligents et honnêtes.
Si les Beatles adoptent vos enseignements,
ils peuvent les répandre parmi la jeunesse ?
Oui, et pas seulement en Angleterre mais dans le monde entier,
car le mot "Beatle" a voyagé sur tous les continents
et tous les jeunes gens sont fascinés par ce nom.
Que pensez-vous des Beatles ?
De jeunes garçons très intelligents avec un très fort potentiel.
Et leur musique ?
Je ne la connais pas
mais comme elle est très appréciée dans le monde entier,
elle doit avoir quelque chose de gracieux.
Cynthia était la Candide des Beatles, toujours laissée derrière.
Quand ils sont allés voir le Maharishi au Pays de Galles,
elle a été laissée sur le quai. Elle a raté le train.
Ils sont tous montés à bord. Elle pleurait sur le quai.
Le Maharishi était intelligent et il savait faire parler de lui.
AUTEUR THE BEATLES '66
Auparavant, d'autres personnes
avaient fait la même chose et ciblé des riches et des célébrités,
car elles savaient que si...
Si leurs idées étaient adoptées par la haute société,
elles pourraient s'échapper de l'ordinaire.
Donc, ce n'était pas écrit mais c'est ce qu'il a fait
comme les gens d'Hare Krishna,
car ils ont senti des choses autour d'Apple
et ont obtenu un accord record.
Et si quelqu'un connaissait le mouvement d'Hare Krishna,
il faisait forcément le lien
avec la popularité acquise grâce aux Beatles.
Mais, vu leur expérience
et vu ce que j'ai vécu
à un niveau moindre qu'eux
mais j'ai quand même vécu des choses avec le groupe,
vous voulez trouver plus.
Jouer sur scène,
faire de la musique, faire d'incroyables expériences,
pimenter votre vie
et, ensuite, il faut gérer tout ça.
Ils ont dû se dire :
"Nous porterons la spiritualité à un autre niveau."
Oui, le Maharishi était intelligent. Il avait une riche Américaine
qui vantait ses mérites en Amérique
et son fils est devenu Bungalow Bill
dans la chanson sur The White Album.
Il était au courant de la valeur publicitaire de ces quatre garçons
les plus célèbres au monde, probablement,
de ce groupe le plus populaire au monde
même s'il ne connaissait pas leur musique.
Il avait connaissance de leur incroyable valeur
pour répandre son message.
Le Maharishi était un homme d'affaires doué
qui avait fait des études de physique.
Il avait étudié la physique à la fac. Il avait un côté scientifique
et un côté publicitaire
et également un côté spirituel.
Nous sommes arrivés à Bangor.
Les techniciens n'étaient pas arrivés.
Je suis allé en ville
avec les quatre Beatles pour dîner.
On est allés au chinois.
Une addition de dix livres
et je n'en avais que cinq.
J'ai dit : "Je suis désolé. Ce sont les Beatles."
Face à moi, des serveurs de Hong Kong
sûrement arrivés la veille
qui entendaient seulement un accent de Liverpool.
Il était assez fréquent, les samedis soirs,
que les habitants de Liverpool viennent ici,
prennent un gros repas et s'enfuient en courant
et ils pensaient... Ils ont fermé les portes
et ils aiguisaient leurs couteaux
et j'ai dit : "Je suis journaliste pour le Sunday Times.
J'ai écrit des livres. Voilà ma carte. Je reviens demain avec l'argent."
Ça commençait à s'envenimer
quand George a posé son pied sur la table.
Il portait des sandales indiennes.
Il a demandé un couteau et a découpé sa chaussure.
En fait, les Beatles étaient célèbres depuis quatre ans et,
comme la famille royale, ils n'avaient jamais d'argent sur eux.
Les techniciens avaient l'argent. Ils ne payaient jamais.
George a découpé sa sandale
et en a tiré un billet de 20 £.
En l'espace de quatre ans,
ils étaient devenus célèbres
et multimillionnaires sur le papier
et ne portaient plus d'argent sur eux. Il s'est dit :
"Un jour, j'aurai besoin de fric.
Ou je pourrais avoir des ennuis."
Et c'était ce soir-là.
Brian Epstein a organisé une fête pour célébrer Sgt. Pepper.
À l'origine, les Beatles voulaient
faire un film promotionnel ou un concert
qui correspondrait à la sortie mais ça ne s'est pas fait.
Brian s'était mis à beaucoup jouer
et à prendre trop de cachets
et tout le reste et il commençait à se perdre.
Même Cilla Black et son mari
avaient dit : "Cilla veut un autre manager.
Tu ne fais plus attention à rien."
Il avait pleuré et l'avait suppliée de rester.
Brian était...
homosexuel.
Et les gens au courant l'avaient accepté.
Ce qui était étrange, c'était que...
Tout le monde pensait qu'il en pinçait pour Paul,
car Paul était le beau gosse des Beatles.
Mais pas du tout. Il en pinçait pour John, car il préférait les machos.
Quand il partait en chasse à Londres,
il draguait les garçons qui n'étaient pas gays.
Il les faisait boire, il les...
J'ai découvert ça plus tard.
Il les ramenait dans sa jolie maison
pour tenter coucher avec eux
et, là, ils le tabassaient
et c'était son plaisir.
Un masochiste. Il aimait être frappé.
Après, ils volaient des choses
souvent des acétates et les envoyaient à Radio Luxembourg
et, là, c'était la panique
qu'ils ne volent pas des bijoux ou de l'argent
mais des cassettes inédites des Beatles.
Il n'y avait rien à faire pour Brian.
Mais il ne faut pas oublier que sa société,
NEMS,
était devenue la plus grosse agence de divertissement au monde.
Elle représentait tout le monde.
Les Beatles, Andy Williams, les Bee Gees, Cream, Donovan,
Tony Bennett et tout ceci en l'espace de trois ou quatre ans.
Si les Beatles avaient cessé les tournées, ce qui était le cas,
et que leur contrat d'enregistrement
était signé, scellé et livré,
tout comme leur contrat publicitaire,
le manager n'avait plus rien à faire, plus rien à négocier.
Et ils consultaient un autre pour des conseils personnels,
comment vivre, comment passer leur temps libre,
comment utiliser leur esprit.
Il se sentait de plus en plus délaissé. Il se droguait de plus en plus.
Il cherchait plus de partenaires
et devenait volage.
Il s'éloignait d'eux
autant qu'eux s'éloignaient de lui.
Ils ont adhéré à son mouvement de Méditation Transcendantale
et ont accepté de suivre ces cours à Bangor dans le nord du Pays de Galles.
Ça a été un vrai cirque quand ils sont descendus du train
pour cet environnement improbable
pour une formation.
C'est là qu'ils ont appris la mort de Brian Epstein.
Il a été retrouvé mort dans sa chambre
vers 14 h par sa femme de ménage.
LONDRES, 27 AOÛT 1967
Elle a dit qu'il dormait souvent tard
surtout quand il avait passé une semaine fatigante au travail.
Hier, il aurait passé la journée chez lui
ainsi que la soirée, ce qui est assez inhabituel.
M. Epstein était souffrant depuis quelques mois
et il avait l'habitude de prendre des somnifères pour dormir.
Récemment, il y a tout juste un mois,
il a été bouleversé par la mort soudaine de son père.
Des amis ont essayé de le persuader de prendre quelques jours de repos.
Mais, hier, il disait encore : "Je suis sur le toit du monde."
Il y a une demi-heure, un ami...
Des amis ont passé la journée ici.
Ils sont venus rendre visite à son avocat, M. David Jacobs.
L'un d'eux s'en est allé et nous a dit :
"C'était un accident."
C'était un homme malheureux.
Il n'avait jamais eu de vrais partenaires.
Il en avait eu plusieurs, dont certains travaillaient pour Apple,
mais ça ne s'était jamais transformé en une vraie relation.
Et quand ça arrivait, il avait les garçons et ça avait mal tourné.
Il était déprimé.
Il a pris des cachets en pensant au suicide.
Il ne s'est pas suicidé mais...
Il avait fait une tentative de suicide auparavant.
Et ça le déprimait.
Souhaitez-vous rendre hommage à M. Epstein ?
Nous sommes sans voix. Nous l'aimions. Il était l'un des nôtres.
- Vous ne pouvez pas... - Pas un hommage avec des mots.
Que comptez-vous faire ?
Rentrer à Londres et être utiles.
Avez-vous un message de réconfort ?
Oui, nous...
La méditation nous a donné assez de confiance pour supporter une telle épreuve
même en si peu de temps.
Nous avons appris que...
La mort n'existe pas vraiment.
C'est une mort au niveau physique mais...
La vie continue et il faut aller de l'avant.
Mais...
Ce n'est pas aussi décevant que...
Ça l'est et ça ne l'est pas.
Ce qui est réconfortant, c'est de savoir qu'il va bien maintenant.
Je vois que vous en avez discuté avec le Maharishi cet après-midi.
Quels sont les conseils qu'il vous a donnés ?
Il nous a dit...
de ne pas nous laisser submerger par le chagrin et de...
De faire de nos souvenirs avec Brian des moments heureux,
car toutes nos pensées pour lui voyageront jusqu'à lui.
Il avait rencontré M. Epstein ?
Non, mais il avait hâte de le faire.
- Demain ? - Oui.
Merci beaucoup.
Dans cette interview, on voit que John est sous le choc.
Ils étaient vraiment fascinés par le Maharishi.
Ce n'était pas une autre diversion.
Ils le croyaient.
Ils ont été plongés dans ce monde chaotique.
Brian était mort.
Et c'était...
EPSTEIN (L'HOMME QUI A FAIT LES BEATLES) EST MORT À 32 ANS
Il y a toujours un moment de notre vie où on se tourne vers la religion
comme style de vie, comme philosophie, à la recherche de réponses.
Et c'est ce qu'ils faisaient.
Un ami m'a appelée très tôt.
Je ne pouvais pas y croire.
Et je me suis dit : "Où allons-nous maintenant ?"
Ça a été un choc terrible pour chacun.
Où allions-nous maintenant ?
Le Maharishi leur a dit :
"Ne vous inquiétez pas, il...
Il est passé à l'étape suivante.
Ne soyez pas tristes.
Il est parti et il va se transformer en ça.
Il leur a débité toutes ces âneries.
Malheureusement, les Beatles ont été interviewés
juste après.
Le Maharishi leur avait dit toutes ces inepties
et ils sont passés pour des êtres insensibles.
La mère de Brian et son frère, Clive,
étaient furieux à cause de ça.
L'impression que ça donnait.
La semaine où Brian pensait aller à Bangor,
en fait, il est resté chez lui.
Ce week-end-là, Robert Stigwood m'avait invité
à boire un coup.
Quand je suis arrivé, Brian était chez lui
et on s'est assis pour regarder...
On a regardé le sport à la télé et on a bu quelques verres.
Puis on est allés à Battersea Fun Fair
et on s'est amusés pendant deux heures.
On avait dû fumer, car on rigolait beaucoup.
Je me souviens que je rigolais
et l'un n'allait pas sans l'autre.
Ensuite, on est allés dîner.
À la fin du dîner, Brian m'a dit : "J'aimerais qu'on remette ça.
Tu es libre ?" Et on a organisé un dîner le lendemain.
Le lendemain, j'ai retrouvé Brian chez lui
et on s'est rendus à Fredericks pour dîner.
On est rentrés chez lui pour boire quelques verres.
Et j'ai compris après quelques verres de brandy
que Brian voulait que je reste.
Mais je n'en avais pas l'intention.
Alors, je lui ai dit : "Je m'en vais." Brian a fait la moue.
J'ai dit : "Désolé. Je m'en vais. C'est comme ça."
Et il m'a dit... Je partais et il m'a dit :
"Peux-tu rester tout le week-end ?"
Mais à quoi bon ?
Je savais qu'il voulait que je reste et je ne voulais pas rester.
J'ai dit : "On verra plus tard." Le lendemain, au téléphone, il m'a dit :
"Tu viens passer le week-end à la campagne ?"
"Non, je vais en Irlande."
Que savons-nous sur la fin de vie de Brian ?
Pas grand-chose.
Et nous ne saurons jamais rien.
J'ai parlé à Jo le lendemain et elle...
Ils n'ont pas pu...
Ils ignoraient qu'il était chez lui.
Il était censé être à sa maison de campagne.
Et elle a reçu cet appel
du chauffeur lui disant : "Je ne peux pas ouvrir la porte."
Elle s'est rendue là-bas et elle l'a trouvé.
J'ai dit, à cette époque :
"Je ne comprends pas. Il était tellement heureux là-bas.
Pourquoi est-il rentré ?
En plein milieu du week-end ?"
Mais personne ne saura ce qui s'est passé. Jamais.
Alors...
Vous savez pour Brian et moi. Je continue ?
- Oui. - D'accord.
Pendant que j'étais en Irlande, j'ai reçu un appel d'un ami
disant : "Brian Epstein est mort."
J'ai tout de suite regardé les journaux
et ils disaient qu'il avait été retrouvé ce matin-là mort d'une overdose.
J'avais chez moi le tout premier répondeur
que la société avait fait faire spécialement pour moi.
Ils expérimentaient ce qu'on pouvait faire avec.
J'ai eu un sixième sens au fond de moi.
Je savais qu'en rentrant chez moi à Londres, j'appuierais sur le bouton
et il y aurait un message de Brian.
J'en étais sûr. Je suis rentré et j'ai appuyé
et il y avait plusieurs messages de Brian.
Il était allé à la campagne comme prévu.
Il avait appelé chez moi alors que je n'y étais pas
pour me dire : "Si tu es là, rejoins-moi à la campagne."
Puis, il a dit : "Je vais rentrer.
Tu peux passer ?"
Je n'ai pas entendu ces messages. J'étais en Irlande.
Les messages ont continué. Ils étaient de plus en plus flous.
Et il était évident, en les écoutant,
qu'il avait pris des cachets pour dormir.
À chaque réveil, il devait en reprendre un, oubliant qu'il en avait déjà pris.
Et le dernier message était très flou.
Il a dit : "J'aimerais que tu sois là."
Et d'autres choses personnelles que je ne répèterai pas.
Puis il est mort.
Alors, j'étais un peu impliqué.
Et j'ai fait le truc stupide que font les Anglais,
j'ai effacé la bande.
Je n'ai pas pu les réécouter.
Et voilà.
J'ignorais la valeur de ces choses.
BRIAN SAMUEL EPSTEIN 19 SEPT 1934 - 27 AOÛT 1967
Brian Epstein faisait partie de tout ça.
Et ce fut un vrai choc,
car on se disait : "Vont-ils s'en remettre ?
Que va-t-il se passer ?"
Avec le recul, c'est comme s'il avait joué son rôle.
Il est parti dans cet autre monde des esprits...
Ils allaient ailleurs.
Ils ont réalisé qu'ils avaient perdu un bouclier protecteur.
Comme un parent protecteur.
Les négociations de Brian n'étaient pas les meilleures pour les Beatles.
Car il était toujours en retard, des négociations déjà faites.
Il n'avait pas compris ce nouveau territoire.
Mais, malgré ça, il était entièrement dévoué à leur protection.
Comme...
Lors du scandale de la phrase "plus populaires que Jésus"
de John.
Brian voulait annuler la tournée américaine
tellement il était inquiet pour eux.
Mais, au final, contractuellement, il n'a pas pu mais il en avait envie.
Voilà ce qui avait disparu, ce bouclier. Un bouclier imperméable
qu'il leur a fourni dès qu'il les a rencontrés.
Il faisait tout pour les aider...
Le groupe de Brian.
Pete Brown et les membres du bureau de NEMS,
ils entretenaient les Beatles.
Ils payaient leurs factures,
ils achetaient des cadeaux
pour leurs petites amies et leurs femmes.
On disait que Brian n'était pas un bon manager.
Il n'avait pas été le meilleur quand ils étaient devenus
un méga-groupe et pour gagner de l'argent.
Mais sans lui, ils n'auraient jamais existé.
C'était sa persévérance... Son affection pour eux,
sa certitude qu'ils perceraient
et que leur musique était géniale.
Il a fait d'autres choses que font les managers
et il les a bien faites.
Comme tenir loin d'eux les profiteurs.
Il a érigé un mur entre eux et tous les profiteurs.
Ce qui est étrange, car il n'a jamais réussi à ériger un mur
entre lui-même et ceux qui profitaient de lui,
qui se collaient à lui et lui volaient de l'argent.
Il savait le faire avec les Beatles.
Il les tenait éloignés.
Alors, sans lui... Loin de son attitude prudente
face à l'argent et à la finance qui a... Tous les profiteurs ont afflué.
Parfois, dans un groupe, on a besoin d'un arbitre.
Peu de groupes sont toujours d'accord sur tout.
On a vu ça avec Help!
quand ils passent tous la même porte et vivent tous ensemble
mais ce n'était qu'un moment pour le film.
Tout le monde sait que, dans un groupe,
les personnages se développent.
Et vous n'avez pas toujours le même point de vue
mais vous avez cette chose qui fait que ça fonctionne.
Un consensus avec lequel chaque membre du groupe
est plutôt d'accord et tout va bien.
Quand Brian est parti, il n'y avait plus d'arbitre pour superviser.
Ils ne savaient rien faire par eux-mêmes.
Ils n'avaient jamais rien fait.
Il était toujours là.
Dans le groupe, il était celui qui maintenait tout ça ensemble.
Ils ont rebondi assez vite
si on y réfléchit en toute logique.
Et ils ont lancé Apple.
Apple était une mesure financière pour tenter de consolider leur fortune...
INAUGURATION DE LA BOUTIQUE APPLE DÉC 1967
...et pour tenter d'échapper à d'énormes impôts
en investissant dans une affaire.
Tout était basé sur... Et c'était une erreur.
Ça n'avait pas été prévu pour protéger leurs droits d'auteur.
C'était une mesure financière à court terme.
Il s'agissait d'un label de musique avec une affaire secondaire.
L'influence des Beatles s'était étendue à d'autres domaines comme la mode.
Ils allaient avoir une boutique...
Ils allaient tout faire.
Mais c'était aussi une sorte de Conseil Artistique
où les jeunes créateurs méritants pouvaient trouver de l'aide et du soutien.
Car les Beatles se souvenaient de l'époque où ils étaient...
Où ils n'avaient...
Les Beatles ont toujours été soutenus.
C'était une légende.
Brian Epstein, George Martin.
Dick James.
Trois honnêtes hommes
qui les encourageaient et les valorisaient.
Mais ils avaient souffert. Alors, ils allaient aider
le peuple en souffrance de la communauté créative.
J'ai interviewé Paul et il fourmillait d'idées
au sujet d'un Mark & Spencer's communiste.
Et je me disais : "Ça ne fonctionnera jamais."
Mais je me disais aussi : "Je n'en suis pas si sûr."
Car on disait : "C'est très intéressant mais...
c'est Paul"
et ils pourraient avoir raison. Il s'est avéré que non.
Voilà comment Alice Pollock et Ossie Clark imaginent les filles cet été.
Et voici deux des Beatles.
George Harrison... Sa femme Patti Boyd a défilé.
Et John Lennon.
De la coupe de cheveux à la robe
ou à la tenue en cuir appelée Baz qui vaut 25 guinées.
Patti Boyd porte la Reine Africaine.
Tout en crêpe et ça vaut neuf guinées et demie.
Plus décontracté, une veste en satin blanc et un pantalon noir.
Dix guinées l'ensemble.
J'ai travaillé pour la Boutique Apple dès le début.
Ça faisait trois mois que j'étais là quand nous sommes allés en Inde.
Et c'était tellement différent de tout ce qui nous entourait.
Pour commencer, les magnifiques bijoux indiens
et les affiches de Ganesha, des dieux et des déesses.
C'était très excitant de travailler là-bas et c'était si différent.
Mais il fallait toujours coller à ce que nous ressentions à cette époque.
C'est...
Le monde peut être coloré. Il n'est pas forcément en noir et blanc.
Ils vous ont déjà vu ?
- Hier soir ? - Hier.
Hier, ils sont venus me voir dix minutes.
Et, maintenant, ils sont avec moi depuis 10 h.
Après leur petit-déjeuner.
Combien de temps sont-ils restés ?
De 10 h à maintenant. Environ trois heures.
Qu'avez-vous fait ?
Vous avez médité ou discuté ?
Méditation, discussion et méditation. Ils sont très intelligents.
Vont-ils devenir des guides spirituels diplômés ?
- Quel sera leur statut ? - Je l'espère.
Que doivent-ils faire pour atteindre ce but ?
Pour atteindre ce but, ils doivent avoir une profonde expérience de l'être.
Un médecin m'a dit, même si c'était faux, que je souffrais d'une angine.
En fait, c'était autre chose.
Différentes personnes sont venues me voir.
John et Cynthia sont venus, un jour,
et John a dit : "J'ai fait ce dessin pour toi."
C'était le dessin d'un Indien avec un turban sur la tête.
Il jouait de la flûte, assis par terre, en tailleur.
Un serpent sortait d'un panier posé à ses pieds.
Il y avait une inscription :
"Par le pouvoir de faire entrer et de faire sortir,
je conjure ton angine de s'en aller. Amicalement, John et Cyn."
George disait souvent : "Prendre du LSD
m'a donné des aperçus mais c'était comme escalader une montagne,
regarder de l'autre côté du sommet et voir qu'il y en a d'autres."
Il avait envie de continuer sa quête
mais sans drogue.
Et ça leur a offert une sorte de pause naturelle.
Ça leur a donné une excuse pour se réunir ailleurs, dans le calme.
Je ne sais pas comment le Maharishi est entré dans leur vie
mais il n'était pas le premier.
J'étais souvent avec le groupe.
Je les voyais tous les soirs au Scotch of St. James.
Nous savions déjà qu'ils voyaient une autre personne de ce genre.
Le Maharishi est arrivé en second.
Au fur et à mesure qu'ils montaient les escaliers du mysticisme indien,
ils ont réalisé que leur Maharishi n'était pas aussi haut placé que ça.
Donc ils sont allés en Inde avec ce Maharishi.
Qui, nous le savions tous, était un peu un imposteur
et qui n'était pas si haut placé.
Mais il leur avait donné des suites dans des hôtels cinq étoiles.
C'est agréable d'adhérer au mysticisme indien
et toute sa dimension ascétique tout en le faisant dans de grands hôtels.
Voilà une histoire drôle.
Quand ils ont décidé d'aller voir le Maharishi en Inde.
Maureen était... La femme de Ringo avait une peur bleue des insectes.
Donc, elle est allée à Harrods pour s'acheter une grenouillère
mais taille adulte.
Pour qu'ils ne puissent pas lui grimper dessus.
Et Richie, qui avait toujours eu l'estomac fragile
à cause d'une maladie, enfant,
m'a dit : "Peux-tu m'acheter du Dr. Collis Browne, plusieurs litres,
et des haricots blancs en sauce et mettre tout ça dans une valise ?
Des haricots blancs, du Collis Browne."
Alors, j'ai obéi et elle était pleine.
Cette valise pleine de Collis Browne et de...
Ils sont rentrés deux semaines plus tard.
J'ai dit à Maureen : "Ça a été un long séjour.
Tu t'es débarrassée de tous les haricots blancs ?"
Il est évident que le concept d'Apple
est né avant la mort de Brian.
Il s'inquiétait aussi pour ça,
ça allait l'éloigner encore plus. Car il n'avait pas été consulté.
Ils ne le poussaient pas vers la sortie
mais ce n'était pas un projet qui était né à son instigation.
J'ai entendu parler d'Apple quelques semaines avant sa mort.
C'était un élément de plus qui lui faisait sentir
qu'il ne faisait plus partie du groupe.
Quand ils ont lancé Apple,
on déjeunait au siège social.
Nous avions un chef et tout le reste.
Un jour, Paul est passé
et ils perdaient de l'argent. Ils en donnaient trop.
Il a dit : "J'ai fait venir un type qui va nous dire où nous faisons erreur
dans nos business plans."
Il s'agissait de Beeching.
Ils l'ont invité à déjeuner...
PRÉSIDENT DE BRITISH RAILWAYS
...pour se servir de son cerveau pour comprendre ce qu'ils faisaient de mal.
Ils ont déjeuné
et je prenais les notes lors de la réunion qui s'en est suivie.
Il a regardé Paul et il a dit :
"Je ne vais pas beaucoup vous aider.
Car je travaille pour des organisations bien plus grandes qu'Apple."
Et Paul s'est dit : "Oh, mon Dieu."
J'ai regardé Paul et j'ai dit : "En effet."
Ils avaient de bonnes idées mais aussi des idées farfelues.
Ils voulaient ouvrir une école, publier des livres.
Un tas de choses. De belles ambitions. Et ils faisaient appel aux gens :
"Envoyez-nous vos poèmes, vos histoires, vos romans."
Ils se sont retrouvés avec des pièces pleines de trucs
sans pouvoir les regarder. Ils n'étaient pas préparés à ça.
Et voici un autre domaine où ils ont été les pionniers.
Ils ne sont pas allés jusqu'au bout mais ils ont commencé
à avoir plus de contrôle sur leurs produits.
À contrôler les pochettes des albums.
L'apparence des choses.
Ils contrôlaient leur matériel.
Mais pas autant que le pourcentage qu'on a aujourd'hui.
Le problème d'Apple et de la Boutique Apple
et de tout ce qu'il y avait dans cet édifice,
c'était qu'ils avaient de l'argent, ils étaient libres,
ils avaient des idées d'Inde, des idées du Maharishi.
Et un tas de profiteurs.
Des profiteurs qui étaient plutôt...
Qui étaient plutôt talentueux.
Comme Magic Alex.
Qui pensait qu'il était possible d'avoir un rouleau de papier peint avec des micros
qui donnerait le meilleur des sons ?
Magic Alex.
Et de tous, John était le plus convaincu de ses talents de magicien.
Ils étaient...
Nous étions tous naïfs.
Tout ceci était une nouvelle expérience.
Mais je trouve que c'était chouette
qu'ils n'aient pas été transformés par la célébrité.
Toutes les personnes qui venaient avec une idée...
Si quelqu'un disait : "Je fais de la crème renversée",
John aurait dit : "On en mangera à chaque déjeuner."
N'importe qui pouvait être embauché là-bas.
Donc, c'est vite devenu encombré. Des personnes de second ordre...
Très charmantes mais de second ordre.
Il s'est passé la même chose avec la Boutique.
Si vous conceviez des habits
qui n'avait rien de commercial, alors, c'était pour la Boutique.
Tout ce qu'ils touchaient à cette période
semblait non-commercial.
Neil était incroyablement consciencieux et un homme profondément bon.
Et Peter travaillait dur.
Le bureau tournait bien et était efficace.
J'avais un bureau entre celui de Neil et celui de Peter.
Neil et Mal travaillaient sur le début
de "The Long and Winding Road", souvenir d'une cassette.
À cette époque, je m'occupais...
du courrier avec l'Amérique.
Tous les journalistes demandant : "Avez-vous de vieilles images ?"
C'est comme ça que nous avons tout récupéré.
Ils étaient très doués.
Cette nuit-là, je me dirigeais vers le bureau de Neil.
Neil et Mal étaient à côté du feu. Je ne l'oublierai jamais.
Et j'ai dû passer par-dessus...
Je ne devrais pas dire ça.
Par-dessus Derek Taylor, qui baisait sur le sol
et qui m'empêchait de passer.
Le dessin animé se moquait un peu du Maharishi.
Est-ce que cela signifie que vous en avez fini avec lui
- et que vous riez de lui ? - Nous avons dépassé cette phase.
C'était une sorte de phase.
Mais c'est un homme bien et tout le monde va bien
mais nous ne voulons plus le fréquenter.
J'ai su que c'était un imposteur au premier regard.
Je me suis dit : "Mon Dieu."
L'un des problèmes... Et John était le pire,
car il s'agrippait aux choses.
Il s'agrippait aux choses et était facilement influençable.
Ça peut être un problème dont ils ont été protégés.
Ils ont été enfermés dans les Beatles pendant longtemps.
Ils étaient...
Je me disais : "Ce type est un escroc."
Je suis sûr qu'il y a quelque chose derrière.
La méditation peut procurer le bien-être pour ceux qui aiment ça.
Mais je n'y croyais pas. Et je n'y crois toujours pas.
Les Beatles croyaient au côté spirituel des choses.
Et ils voulaient répandre ça.
Le Maharishi a vu en eux
leur célébrité internationale.
Ils pouvaient répandre son message.
À l'origine, leur idée était de développer
une école de Méditation Transcendantale à Londres
et les Beatles en auraient fait partie.
Patti avait fait des rêves du Maharishi
qui le montraient sous une toute autre lumière.
Et...
Et il y avait un lien avec Mia Farrow.
Il y avait beaucoup de monde.
Mais je pense qu'ils étaient à des kilomètres de là
et c'était une vie bien différente et il était là,
à méditer six ou sept heures d'affilée,
parfois la nuit, parfois plusieurs jours.
Et c'était complètement différent
de ce à quoi tout le monde était habitué, en particulier les Beatles.
En un sens, le Maharishi avait mauvaise réputation
mais il était plutôt inoffensif.
Il était un peu étrange.
Aujourd'hui, vous ne pourriez pas dire ça.
Son personnage était ridicule.
Et il disait des choses auxquelles on ne peut répondre
comme "Aimez-vous les uns les autres" et tout ça.
C'était une extension de la philosophie hippie.
Le pauvre Maharishi a appris que ses meilleurs atouts le quittaient
et il est resté assis à les regarder partir
avec cet homme tenant un parapluie au-dessus de lui.
Il disait : "Pourquoi partez-vous ?"
Il ne comprenait vraiment pas.
Je sais que John a eu une réplique célèbre...
Je ne m'en souviens pas mais il a dit :
"Si vous étiez si cosmique, vous devriez le savoir."
Et c'était fini.
FERMETURE DE LA BOUTIQUE APPLE JUILLET 1968
La brève excursion des Beatles dans le commerce est terminée.
D'après leurs dires, ils sont fatigués de ce jouet.
Je suis toute chamboulée. Je ne sais pas ce que je fais là.
Je suis là depuis 7 h et je me suis fait bousculer.
Chamboulée par la cohue ?
Je n'ai jamais vu ça.
Je viens du Canada et...
- Quels vêtements cherchez-vous ? - Aucune idée. Tout.
- Tout et n'importe quoi ? - Stylé.
Pourquoi êtes-vous là ?
Aucune idée. Parce que c'est gratuit.
Seriez-vous venu si ça n'avait pas été gratuit ?
C'est trop cher pour moi.
Que cherchez-vous ?
Tout et n'importe quoi. Je ne suis pas la mode.
Une robe ou un pantalon.
Seriez-vous venue si ça n'avait pas été gratuit ?
Je suis déjà venue avant. J'ai acheté des articles.
Pas parce que c'est gratuit mais parce que j'aime ce magasin.
Il fallait se demander
combien de temps allait durer la relation entre le groupe
et le manager ?
Puis il fallait en parler à Yoko Ono
avec son influence croissante, notamment sur John.
Ensuite, vous regardiez les Beatles comme une affaire.
Puis, vous pensez à Allen Klein.
Qui vous renvoie à l'évolution perpétuelle
de l'histoire de ce brillant groupe de pop.
Pour moi...
c'est l'album ultime.
Il avait tellement de sens et c'est toujours le cas.
Et ça a continué, une fois son époque passée.
C'est l'album de rock numéro un dans le monde entier.
À mes yeux, aucun album des Beatles n'est mauvais.
Ils sont tous brillants.
Mais celui-ci est mon préféré.
Mon préféré, car c'est celui pour lequel
j'ai assisté à toutes les étapes.
Et il était tellement révolutionnaire dans son concept et sa couverture.
C'est mon album préféré.
C'était énorme, car ils avaient eu la capacité
de faire leur promotion de manière extraordinaire.
Et tout le monde était sous leur emprise.
Nous étions tous captivés par les Beatles.
Personne n'a jamais rien critiqué : leur couverture était géniale,
les chansons et la présentation aussi.
Pour moi, c'est un chef-d'œuvre miniature.
C'était une symphonie pop avec une merveilleuse continuité.
La scène principale, la chanson titre au début et à la fin.
Tout s'enchaînait parfaitement.
C'était une joie absolue.
Il y a quelque chose pour chaque humeur dans les Beatles.
Pour la postérité, c'est le plus grand album de tous les temps.
C'est impressionnant.
Quel autre groupe qui a disparu il y a 50 ans
continue d'être écouté par autant de générations ?
Écoutez l'album en mono. Ne pensez pas au stéréo.
Les Beatles n'étaient pas là lors du montage.
Ils étaient en Inde. Où ils s'asseyaient, tous les quatre,
et écoutaient tout et prenaient des décisions. C'était en mono.
C'est ce que j'ai de plus important à dire sur Sgt. Pepper.
Vous avez un album et il y aura...
C'était il y a des années.
Il y avait deux ou trois chansons dans tout l'album
que vous aimiez vraiment
et le reste de l'album... c'était sur l'album.
Et vous les sautiez à l'époque où c'était encore manuel.
Les albums des Beatles, c'était l'inverse.
Peut-être une chanson que vous aimiez moins
et vous adoriez toutes les autres.
Ils ont saisi le moment. Ils l'ont saisi.
Ils ont été parfaits
et ils ont tiré tout le monde comme une locomotive.
Ils ont tiré tout le monde avec eux.
Et s'ils avaient mis
"Penny Lane" et "Strawberry Fields" sur Sgt. Pepper, ça aurait été différent.
Ça aurait été, littéralement, le meilleur album de tous les temps.
Je me contredis moi-même.
Souvent, je me dis : "Je n'arrive pas à le croire."
Puis, je me dis : "Oui, parce que... je savais que ce serait éternel."
Cette musique est éternelle.
C'est une superbe fenêtre dans une incroyable ère de changement.
Si vous étudiez les Beatles sous n'importe quel angle,
vous étudiez les années 60 et vous étudiez
l'histoire de l'Occident et son évolution.
Mais c'est sans fin.
Comme les personnes qui étudient Shakespeare pendant des années.
Avec les Beatles, il y a toujours un sentiment de bien-être.
Je disais à mes amis : "Si vous êtes tristes, écoutez les Beatles."
Ça vous aide à voir le monde comme un endroit meilleur.
Ils ont des propriétés bénéfiques.
Quatre garçons, ça a fonctionné.
Et le talent était là.
Je pense qu'il n'y aura jamais d'autres Beatles.
Ça rappelle le Liverpool Echo
et un article de Brian Epstein.
Il a dit : "Je pense que les Beatles seront plus grands qu'Elvis."
Tout le monde a ri en disant :
"Comment un groupe de Liverpool qui sort de la scène du Cavern,
avec tout ce cuir et tout, pourrait devenir
plus grand qu'Elvis ?"
Elvis est de l'autre côté, en Amérique.
La plus grande star au monde.
L'histoire a prouvé qu'il avait raison. Le plus grand groupe de tous les temps.
Il avait vu quelque chose en eux.
Les Beatles étaient gênés par rapport à ça,
car il y avait d'autres bons groupes à Liverpool.
"Plus grands qu'Elvis ? Voyons..."
Brian avait raison.
Encore aujourd'hui, le charisme et l'excitation
provoquée par le nom "Beatles"...
Pas seulement à Liverpool mais dans le monde entier :
Mexique, Amérique du Sud, Japon, Allemagne, partout.
Une petite île dans les Samoa...
Vous mentionnez le nom "Beatles" et c'est l'euphorie.
C'est...
C'est l'héritage qu'ils ont laissé.
Quelqu'un d'autre dépassera-t-il cet héritage ?
Dieu seul le sait.
C'est un sacré héritage.
Et c'est merveilleux d'en avoir été une petite partie.
538 JOURS APRÈS LA SORTIE DE SGT PEPPER,
LES BEATLES SORTIRENT UN DOUBLE ALBUM CONTENANT
30 NOUVELLES CHANSONS DANS UNE POCHETTE TOUTE BLANCHE...
IL EST DEVENU NUMÉRO UN DANS LE MONDE ENTIER...
Sous-titres : Cécile Giraudet
Où est le sifflet du chien ?
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