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Musique mélancolique
La fleur de l'été
En chardon Ă l'automne
Givrée en hiver
Refleurit au printemps
L'amour ébloui
De l'été en automne
Se fane et se fige
Au gel blanc de l'hiver
L'amour ébloui
De l'été en automne
Se fane et se fige
Au gel blanc de l'hiver
Se fane et se fige
Au gel blanc de l'hiver
-"Tu veux bien prendre une tassé de thé, Mathias ?" disait Anne.
Et elle trouvait ça tellement drôle,
car tu venais tous les jours Ă deux heures
pour ton morceau de pain d'épices.
Tu n'avais que 5 ans
et tu traversais la rue tout seul.
Car je n'ai jamais eu d'ennuis avec toi.
C'est bien vrai. Jamais.
Sauf un jour,
quand tu as refusé de venir au cinéma avec moi.
Tu as dit :
"Je ne vais pas au cinéma avec celle-là .”
J'avais mon chapeau.
Je l'ai enlevé.
Je ne l'ai jamais oublié, Mathias.
Tu avais 10 ans
et tu étais honteux de moi.
-Mais non. -Si, si.
Tu n'aimais pas mon chapeau.
Mais je t'ai pardonné depuis longtemps.
Tu sais,
je n'ai jamais fait de mal Ă personne.
Mathias,
est-ce que tu as demandé à Petit Louis
d'entretenir la tombe pour la Toussaint ?
-Oui, c'est fait, sois tranquille.
-Et les deux pots de chrysanthèmes, tu les as choisis ?
-Ils sont très beaux.
-Qu'est-ce que je te dois ? -Rien.
-Tu n'oublieras pas, hein ? Car moi…
Tiens.
C'est pour Anne.
Tu lui diras que j'aimerais tant la voir.
Vous n'avez pas encore d'enfants ?
-Non.
-Je crois avoir montré, la semaine dernière,
Ă titre d'exemple,
quelle acception diverse peut prendre la notion de symbole,
mĂŞme si on limite son usage
au champ de la linguistique proprement dite.
Or,
on commence Ă croire aujourd'hui,
dans certains milieux,
que les sciences exactes elles-mĂŞmes
pourraient emprunter Ă la linguistique
ses prémices,
pour faire un bond en avant
et organiser une vision plus cohérente
des phénomènes universels.
Je pense, pour ma part,
que cette attitude
quasi religieuse, presque mystique,
ne peut que porter préjudice aux certitudes rationnelles
que la linguistique s'est assurée si difficilement
depuis Ferdinand de Saussure.
Je suis amené à me rendre, ce soir,
dans une université voisine
pour dresser un bilan de ces recherches
et prendre position
comme je vais le faire ici devant vous.
Je suis désolé.
Je m'étonnais de vous voir si peu nombreux.
Vos camarades flamands ont déclenché la grève cet après-midi,
je l'ignorais.
Je comprends leur action contre les autorités ecclésiastiques,
mais je suis plus réservé
sur leur position à l'égard de vos camarades francophones.
Sinon, je suis de tout cœur avec eux.
Enfin, je m'incline d'autant plus volontiers
qu'il s'agit de linguistique.
Messieurs, Ă jeudi prochain.
"Dieu dit :
"Où es-tu, ma Mort, qui n'épargne personne ?
“Apparais, écoute ce que je t'ordonne !"
Il vaudrait mieux "Dieu ordonne"
et ensuite le vouvoiement.
"OĂą ĂŞtes-vous, ma Mort ?"
Le tutoiement du Moyen Âge est le "vous” actuel.
-D'accord.
'Elckerlijc, chaque homme, tout homme.….”
"Tout homme*", c'est mieux.
"Allez chercher tout homme et dites-lui qu'il doit faire
"le pèlerinage dont personne ne revient
et qu'il me fasse le bilan sans délai…""
"ll me fasse ses comptes." C'est beaucoup plus direct.
La Mort a peu de choses Ă dire et elle le dit en peu de mots.
“Elckerlijc, tu vas perdre d'un coup tout ce que tu pensais posséder.
"Un pèlerinage dont personne ne revient jamais.
LApporte tes comptes et tes écrits.
"Revois-les avec attention.'
"J'y suis bien mal préparé.
"Rendre compte Ă Dieu. Pourquoi ?
"Qui es-tu, messager ?'
"Je suis la Mort qui n'épargne personne.”"
Eh bien, ce n'est pas mal.
-Est-ce que je conserve les archaĂŻsmes ?
-Non, transposer en français du XVe est infaisable.
Mais conservez les formes bibliques, par exemple.
On en reparlera demain.
-Merci, monsieur. -Au revoir, Ilda.
-Alors, tu crois qu'il faut manifester ?
-Manifester ? C'est pas si simple.
-Je crois qu'il faut le faire par solidarité avec les étudiants.
-Solidarité pour mettre dehors une minorité ?
Apartheid, racisme, ça ne te rappelle rien ?
-C'est vite dit. -C'est encore plus vite fait.
Allô ? Les acteurs de la pièce sont encore en répétition ?
Non, merci. Ne les dérangez pas. Au revoir.
C'est impossible comme ça.
Henrick est figé dans sa cape.
I! n'aura jamais les mains libres et sera isolé.
C'est la Mort traditionnelle du Moyen Âge.
C'est une force absolue, symbolique.
Or, dans l'adaptation de Mathias,
la Mort est une des mille et une choses qui arrivent.
C'est une force dont tout homme peut rester maître.
C'est un personnage comme Elckerlijc, comme Vertu, comme Confession.
-On ne peut pas toucher Ă la Mort.
C'est une image fixée dans le passé.
C'est comme le Christ.
-Ce n'est ni Dracula ni Nosferatu, mais un personnage inquiétant.
Imagine une sorte de matière plastique
ou un tissu argenté,
un personnage doucement lumineux dans la pénombre.
-Avec des batteries ? Je pourrais pas faire ça pour demain.
L'atelier a travaillé toute la nuit. -Tu es géniale.
Tu trouveras quelque chose.
-(Anne.)
(Anne…)
(-Qu'est-ce que tu fais lĂ ?)
(-J'ai fini plus tĂ´t.)
Les étudiants vont manifester.
-Tu y vas ? -Non.
-Je dois travailler cette nuit. Tu seras pas lĂ ?
-Mon train part en fin de journée. Ma conférence est à 8 h 30.
(-Je penserai Ă toi.)
Je dois inventer une nouvelle Mort.
-Maigre ?
-Froid.
-Petite mort.
-Quand ? -Sans délai.
-Et Werner, comment…
On a trouvé quelque chose.
Elckerlijc ne parle pas Ă la Mort,
il parle au-delà de la Mort, comme si elle était invisible.
Ce n'est qu'un énorme monologue, Elckerlijc avec Elckerlijc.
-Évidemment.
Toute la pièce est un monologue.
Elckerlijc sait qu'il monologue avec lui-mĂŞme.
Il est plus fort
que la Mort, plus fort que Dieu,
puisqu'il accepte de jouer le jeu.
Mais il est seul.
Donc son dialogue avec la Mort est l'écran entre le soi et le moi.
-"L'écran entre le soi et le moi.”
Musique douce
-C'est bien joli, tout ça,
les personnages qui se regardent sans se voir
et qui se disent des choses Ă eux-mĂŞmes.
C'est comme la Mort qui…
qui est l'angoisse de la mort.
Oui… En attendant, je dois redessiner un nouveau projet,
chercher le matériel dans la réserve…
Et porter tout ça à l'atelier avant 10 h.
Qui m'a touché à ça ?
Oh.…
Et elles auront jamais fini pour l'après-midi.
Ça, je suis sûre.
Tiens, tiens.
J'ai envie de reprendre cette idée. -Quoi ?
-Je disais, j'ai envie de reprendre cette idée.
Werner a trouvé les interludes de Freddie très jolis.
Freddie les a enregistrés en moins de deux heures.
Il en coupera la moitié.
*Musique mélancolique
Tu me donneras une idée pour le costume de l'ange.
J'ai pas réussi à terminer. -Bien sûr, ma chérie.
Mathias chante en flamand.
D'abord le soi…
et le Moi.
Il fredonne.
Tu mets le couvert ? -Oui.
Inutile de l'habiller de blanc.
Tu connais Werner, il va hurler.
-ll fait beaucoup trop clair, ici.
Sers-toi.
Tu vas voir.
Montrachet 61.
*Musique vive
-Ă€ l'ange.
L'ange déploie ses ailes et dit :
"J'enlève l'âme de la chair.
"Son compte est pur et léger.
"Je l'emmène dans les plaines du Ciel,
"lĂ oĂą nous devons tous nous retrouver."
Tu n'y crois pas, hein, toi ?
C'est la plus belle réplique de la pièce.
C'est une fin admirable.
Qu'est-ce que tu lui reproches ?
-Les anges n'ont pas de sexe.
-Et pas de costumes non plus.
Je vais passer la nuit lĂ -dessus.
Et pour habiller la Mort qui traîne son angoisse,
je penserai Ă l'ange aussi.
Tu te souviens ?
Si Dieu déversait
d'un seul coup, dans l'Enfer,
toutes les pluies du ciel et tous les océans de la Terre,
cela ferait moins de bruit qu'une seule goutte de sang
sur un fer rougi au feu.
Et c'est l'ange qui dit ça.
Pas maintenant, Mathias.
Pas maintenant.
-Bon….
*Musique vive.
Mon train part dans deux heures.
On va prendre l'air ?
-Comme tu voudras.
-Je ne veux pas.
Je suggère que nous prenions l'air, ma chérie.
-Bon, eh bien, allons prendre l'air.
OĂą va-t-on ?
-Au Moulin Brûlé, si tu veux.
-Tu ne préfères pas que je t'accompagne, ce soir ?
-Tu sais comment ils réagissent, là -bas.
C'est un milieu de nationalistes très fermé.
Je pourrais même pas te présenter.
-Si je parlais anglais, ça arrangerait tout.
Tu veux pas que je t'attende près de la gare ?
T'aurais pas Ă revenir seul.
Tu veux qu'on aille Ă pied ?
On finira peut-ĂŞtre par se marier.
Je te gênerais moins dans ta carrière
et je serais tout près de toi.
Une épouse française.
Ça n'est plus immoral pour tes Flamands.
C'est folklorique.
-Tu vas pas me reprocher… -Au contraire.
Tu m'as changée de province.
-Werner est un type bien. -Remarquable.
Il est heureux de t'avoir
rendu service en m'engageant.
-Tu es libre, ma chérie.
-Libre ?
Nous sommes tous libres, Mathias.
Et intelligents et lucides.
Tu me fais pitié.
C'est ton problème, pas le mien.
Je suis pas un objet. Je suis pas ton objet.
Tu me réussiras pas comme ta carrière.
Tu crois tout savoir.
Tu n'as de comptes Ă rendre Ă personne.
-Écoute… -Non !
Depuis le temps que ça dure !
Est-ce que tu te demandes ma vie en attendant que tu apparaisses ?
Je l'ai voulu comme tu l'as voulu,
mais je me sens seule dans cette province inconnue.
Sans ami, sans enfant.
Un jour, tu disparaîtras, il me restera quoi ? Rien.
-Écoute-moi, ma chérie… -Non, Mathias. Non, enfin !
-Anne !
Combien, celles-lĂ ? -Quarante, monsieur.
-OĂą habite Petit Louis ?
Louis Broekhaert,
celui qui entretient les tombes.
-Tu as Le Monde ?
Des enfants chantent.
Mon père était un maître d'école.
Six enfants dans ma famille.
Allez vite, mes enfants !
La mort….
-Je voulais pas que tu partes comme ça.
Je suis désolée. J'étais nerveuse.
-Ça va probablement s'éterniser, ce soir.
Je ne veux pas que tu m'attendes Ă la gare.
-Je reprendrai le premier train.
-Chut.
Anne ?
Anne ?
Anne ?
Anne ?
Anne ?
Anne ?
Vous n'auriez pas du feu, s'il vous plaît ?
Merci.
Vous avez pas vu passer une jeune femme brune ?
-Non.
Quelle heure est-il ?
-Ma montre est arrêtée.
Je m'étais assoupi
et je ne sais pas du tout oĂą on est.
-Je n'ai vu passer personne.
Ils dorment, dans mon compartiment.
-Elle doit ĂŞtre Ă l'autre bout du train.
Merci.
-Hernhutter. Gottfried Hernhutter.
-Vreeman. Mathias Vreeman.
Mais je vous connais.
N'avez-vous pas enseigné l'histoire des religions à Tübingen ?
-Oui, mais je vis ici, et depuis plusieurs années.
Comment me connaissez-vous ?
Mais enfin,
dites quelque chose. lls dorment tous, lĂ -bas.
Vous savez oĂą nous sommes ?
-Que voulez-vous que je vous dise ?
-Je vais voir du côté de la locomotive.
-Elle doit ĂŞtre Ă l'autre bout du train.
-Revenez !
-Attendez !
Mais… attendez !
HĂ© ! HĂ© !
Espèce d'idiot ! Anne est dans le train avec tous mes papiers.
Que va-t-elle penser ?
Que va-t-elle encore penser ?
-Je n'ai pas pu atteindre la locomotive.
J'ai suivi votre cours il y a 2 ans.
Val. Vous vous souvenez pas ?
-Eh bien, Val, je suis bien embêté.
-Je crois qu'il y a un village de l'autre côté.
-On va pouvoir téléphoner.
-Je traverse, si vous voulez.
-Mais non, regardez.
Sous les branches, il n'y a que de la vase.
On va contourner l'eau par lĂ -bas.
Vous nous attendez ici, Hernhutter ?
-Non, non. Je vous accompagne.
Musique de tension
-Le train a dû faire un détour. Il n'a pas neigé, ici.
-Mais si. Seulement, il fait plus doux.
-Nous sommes alors bien plus loin.
-Tant qu'on ne quitte pas la plaine, on trouve de tels paysages
jusqu'en Russie, aux portes de l'Asie.
-Impossible. Si nous avions dépassé la gare, Anne m'aurait appelé.
-Je vais voir
par lĂ .
HĂ© !
-Hernhutter !
Allez… Allez !
Par lĂ . Par lĂ !
-Regardez !
Musique intrigante
-Je vais m'asseoir un peu.
Je ne me sens pas très bien. -Attendez, professeur.
S'il y avait plus de flammes, on nous verrait.
-Mais tout ce bois est mouillé.
Glacé et mouillé.
-Ÿ a de la fumée, hein…
-Ça va mieux, comme ça, hein ? -Vous allez pouvoir vous chauffer.
Je sens qu'on va passer la nuit ici.
Vous n'avez pas faim, vous autres ?
Moi, je meurs de faim…
D'ailleurs, on va manger.
Ce qui m'inquiète, c'est ce qu'on dira chez moi.
Je vais me faire sonner les cloches. Pour changer…
-Ne t'inquiète pas.
Hernhutter et moi arrangerons ça.
-On croit toujours qu'on peut tout arranger.
-Vous ne connaissez pas mon père. Il est dans l'enseignement.
-Mon père aussi était dans l'enseignement.
C'est une manie, chez nous.
J'enseigne, tu enseignes, on enseigne tous…
Il est mort il y a 10 ans.
-Vous n'avez pas un fils ?
-Je n'ai pas d'enfants.
Pas de femme, pas d'enfant, pas de parents.
Anne est indépendante.
La liberté, quoi.
On va s'inquiéter, chez vous, Hernhutter ?
-Il n'y a plus personne, chez moi.
-Jeronimus Bremen,
Auguste Bremen, Mathias Bremen.…
Je n'ai pas retrouvé la tombe, cet après-midi.
Je n'ai mĂŞme pas pu dire Ă Anne ce que je devais dire.
C'est pour ça qu'elle m'a retrouvé dans le train.
Mais si elle ne me voit pas Ă la gare, c'est fichu.
Elle attendra un peu,
elle n'osera pas téléphoner à l'université,
puis elle fera faire des recherches.
Elle est capable de passer la nuit dans la salle d'attente.
-Comment est-elle, Anne ?
-Elle est belle.
Très belle.
Mais c'est pas le genre de femme qu'on peut décrire.
On la voit et on ne l'oublie plus.
C'est une vraie femme, tu vois ?
-Vous la connaissez depuis longtemps ?
-Avec elle, le temps n'a pas d'importance.
Plusieurs années.
Mais ce sont mes années les plus belles.
Dernièrement, je suis arrivé à me dire que…
si je venais à disparaître,
tu vois, j'aurais vraiment goûté le sel de la vie.
C'était en province, près de la frontière française,
une nuit de Noël.
Un copain m'avait invité pour les fêtes.
On faisait ensemble du théâtre d'amateurs.
Sa sœur n'était pas mal du tout.
-"Quand vous m'entendrez gémir,
"c'est que je compose.”
Il l'a mis Ă la porte et a dit : "Une fois par semaine !"
Mélodie à l'orgue
"Les anges dans nos campagnes"
-Tu vas réveillonner, toi aussi ? -Oui, oui.
-Tu connais mon frère ?
-Bonsoir.
-Mathias Bremen, un ami. Mon amie Anne.
Anne ?
Dis-moi…
Joyeux Noël.
-Joyeux Noël. -On s'embrasse ?
-Tu vois, Mathias, ça fait toute une histoire.
Elle a planté là sa famille.
Venant de sa petite province… Elle a dû s'imposer.
Moi, j'aurais jamais tenu le coup.
Elle a voulu cette rupture.
Elle ne supportait pas la province.
Elle a quitté tout, sans argent, sans moyens, seule…
-Tu as oublié quelque chose ?
-Je reviens.
-Ne nous laisse pas tomber, Mathias.
Mathias ?
Mathias !
-Vous allez prendre froid.
-Vous croyez ?
Musique jazz
-Vous ne m'aimez pas, comme ça ?
-Si je ne l'aimais pas ?
Mon Dieu…
-Pourquoi est-elle restée dans le train ?
-Elle voulait m'accompagner. Je devais faire…
un exposé sur l'état actuel de la linguistique
pour un groupe d'étudiants flamands.
Anne est française.
Je n'ai pas été correct avec elle.
Les malentendus, encore une fois…
-À quoi pensiez-vous, à votre réveil ?
-Ă€ l'amour.
Un auteur libertin du XVIIe siècle a appelé l'amour "la petit mort”.
Je viens d'écrire une adaptation sur "Elckerlijc”.
Le "Everyman” anglais.
Et je ne suis jamais d'accord avec Anne.
Elle ne croit pas qu'il suffit d'ĂŞtre conscient et lucide
pour maîtriser la mort.
Je connais ses arguments et les miens et…
on discute depuis des mois.
Il ne viendra jamais personne, ici.
On ne peut probablement pas nous voir.
-Si j'essayais de trouver une ferme ou un village par lĂ ?
-C'est pas prudent. Il vaut mieux rester ensemble.
-Je peux marcher, maintenant, si vous voulez.
-Je n'irai pas loin.
J'ai le feu comme point de repère.
-T'écarte pas, je ne veux pas que tu coures de risque.
-Tout ce qui doit se passer est écrit. Je ne prends aucun risque.
-Et vous, Hernhutter, oĂą alliez-vous, avec ce train ?
-Mes ancĂŞtres, les Hernhutter an Oberlausitz,
étaient des protestants de Bohême
très attachés aux idées de Jean Huss.
Ils ne portaient jamais le deuil.
Et la mort était l'occasion d'une grande espérance.
Les Hernhutter ont une grande tombe
dans le jardin de la communauté.
Je n'ai jamais fait de mal Ă personne,
et quand je retrouve ce jardin,
je me sens moins seul.
-Hernhutter.
Pourquoi le train s'est-il arrêté là ?
-Je ne sais pas, Mathias.
Je ne sais pas.
-Val !
Val !
Val !
Val….
-J'ai trouvé un village.
-Tu nous as fait peur… On va y aller, alors.
Hein ? -Mathias !
Pardon.
Vous avez laissé brûler mes pommes de terre.
Vite !
-Pas si vite, Val !
-Vite !
-Val !
-Merci. Ça ira.
-Ça va ?
*Musique intrigante
-Monsieur ?
Monsieur ?
Pourriez-vous nous…
*Mélodie joyeuse au piano
La gare, s'il vous plaît ?
Bon. OĂą y a-t-il une auberge ?
Pouvez-vous me dire quel est ce village ?
Où puis-je trouver un hôtel, s'il vous plaît ?
HĂ´tel ?
-Oui !
Musique jazz au loin
Musique jazz
-On mange et au téléphone. J'ai une faim de loup.
On n'a vraiment pas de chance.
Je ne comprends pas leur charabia.
-Tu as demandé le téléphone ?
On voudrait téléphoner, s'il vous plaît.
Téléphoner.
C'est pas possible…
OĂą est-on, ici ?
Wie heisst es, hier ?
À votre santé.
Romanée 28.…
29.
-Peut-ĂŞtre 34.
-C'est du Bordeaux
ou du Bourgogne ?
-Bourgogne.
Hernhutter.
Que pensez-vous de tout ceci ?
-Il n'y a pas d'indications au mur.
Pas d'heure…
Musique douce
-On avait été cloîtrés pendant 4 ans, tu comprends ?
Alors…
quand Anvers a été libéré, ça n'a pas duré.
J'avais un fusil et un brassard,
une heure d'exercice dans un terrain vague,
et je savais tirer.
Ma section était chargée de ramasser des collaborateurs.
On a tondu trois femmes,
et comme la prison était fermée…
Authentique !
On les a tous bouclés dans les cages aux lions du zoo, vides depuis 3 ans.
Les femmes et les hommes ensemble derrière les barreaux.
J'ai eu la nausée, d'un coup, et…
j'ai renvoyé mon brassard avec une belle lettre.
-Vous avez
perdu la foi ?
-Anne aussi est une impulsive.
Mais tu ne le sens pas, quand tu la vois pour la première fois.
Tu la rencontreras demain, tu verras.
Elle croit en Dieu.
Et tu sais pourquoi ?
Elle allait en classe
chez les nonnettes. Elle n'avait pas 10 ans,
et elle les détestait à un point, tu ne peux pas savoir.
Une haine d'enfant.
Un jour, elle y retourne avec ses punitions non faites,
c'était en 44.
Un avion perdu lâche par erreur trois bombes sur la ville
en plein dans le réfectoire des Dames de Marie.
Aucune n'en réchappe.
Et Anne a su, depuis ce jour-lĂ , que Dieu existait.
Va-t'en lui prouver le contraire…
-Allons-nous-en, Mathias.
-OĂą voulez-vous qu'on aille ? -Vite.
Je vous en prie.
Musique mélancolique
Val, levez-vous.
-Mais je connais cette chanson.
"L'amour ébloui…
"De l'été en automne…
"Se fane et se fige
"Au gel blanc de l'hiver…”"
Je m'appelle Val.
-Val…
-Je vais tout savoir. Qu'est-ce qu'on parie ?
-Je t'en prie, Val.
Val…
Musique intrigante
Val !
Reviens !
L'orchestre joue à un rythme effréné.
Nous laisse pas tomber !
Reviens !
Nous fais pas ça !
Lâchez-moi !
Tu ignores qui elle est !
Val !
Val !
Musique mélancolique
-Non…
Oh non…
Oh non !
-Un soir en automne
Ricochet qui s'abiîme
Tu te poses et t'enfonces
Dans l'eau noire du temps
Un soir en automne
Ton image s'envole
S'envole et s'arrache
Ă€ l'eau noire du temps
Se pose légère
Dans son éternité
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