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"Quand l'Allemagne n'était qu'un groupe de provinces indépendantes...
Georges-Louis de Hanovre accéda au trône d'Angleterre.
Il laissa derrière lui une prisonnière au château d'Ahlden...
... Une femme qu'il essaya d'effacer des pages de l'Histoire,
... et dont personne ne devait se souvenir.
Une femme qui fût son épouse : Sophie Dorothea.
Entrez.
- Est-elle morte ?
Elle désire écrire une lettre... au Prince.
Votre permission pour une plume et du papier.
Accordée.
Accordée ?? Londres a interdit toute communication avec l'extérieur !
C'est une femme mourante... Elle désire écrire à son fils...
Comment lui refuser cela ?
Elle ne doit écrire à personne, et surtout pas au Prince !
Il est déjà en conflit avec son père, le royaume est déjà divisé à ce sujet...
Patience, patience...
On ne risque rien. Qu'elle écrive ce qu'elle veut...
... Puis nous lirons cette lettre, et prendrons une décision.
Mon fils adoré...
Aux dernières heures de ma vie...
je te demande juste une chose :
Pas que tu pardonnes ce qui s'est passé...
Je ne l'envisage pas.
Mais que tu daignes lire ces lignes...
... et y apprendre la vérité.
Je sais bien que tu as grandi dans l'idée...
... que j'ai déshonoré la Maison des Hanovre.
Hanovre...
Capitale du royaume puissant et ambitieux...
qui s'étendait presque jusqu'à la maison de mon enfance à Celle.
La politique et les intrigues dominaient la Cour...
Et sans prévenir, elles allaient changer le cours de ma vie.
- Ma femme est-elle couchée ? - Je ne suis pas sûr, Monseigneur...
- Qu'y a-t-il, Maria ? - Le comte Platen.
Quoi ?!?
Ton mari ? A cette heure tardive ??
N'a t-il aucune manière ? Que veut-il ?
- Je m'en occuppe. - Ne tarde pas, Clara, je suis fatigué.
Je suis désolé Clara, mais c'est urgent.
Duhrer revient juste de Celle, où l'on parle de fiançailles.
- Sophie Dorothea ? - Avec Antoine Ulrich de Wolfenbüttel.
- Et le contrat n'a pas été signé ? - Non, pas avant son anniversaire.
- La Princesse aura 16 ans demain. - Demain ?
Nous te sommes redevable. J'en informerai l'Electeur.
Je vous cherche une chambre, Lieutenant, votre trajet a dû être long.
J'imagine que la nouvelle va vite parvenir à l'Electeur...
Vous êtes chanceux, Comte, d'avoir une femme aussi... efficace.
- Ils signent demain, et qu'y puis-je ? - Ce que tu y peux ???
- Tu peux aller voir ton frère dès cette nuit. - Cette nuit ??
Propose-lui une alliance avec Hanovre, et il éconduira vite ces Wolfenbüttels !
- Mais on ne s'est pas parlé en 17 ans ! - Pas le temps d'être correct. Maria !
On ne peut pas se permettre de perdre la dote de cette fille.
Comment peux-tu laisser ces territoires nous échapper ?
... Quand ton propre fils n'est pas marié ? - Georges-Louis ?
Tu vas l'entretenir éternellement ? On ne peut même plus s'habiller convenablement !
Mes robes sont de l'année dernière, Ca discrédite le Royaume !
L'amante de l'Electeur s'habille comme la concierge d'un boucher !
Mais Clara, c'est impossible, ma femme refusera !
Il suffit de lui en parler intelligemment.
Montre-moi, et tu auras un pourcentage de la dote !
- Combien ? - 5%.
- Marché conclu.
- La voiture de son Altesse ! - En pleine nuit ?
- Tout de suite ! - On perd notre temps.
Elle préfèrera brûler son arbre généalogique...
Je n'accepterai pas cette fille ici ! Sa famille est indigne de nous.
- Autant manger avec des porcs ! - Du calme, Sophie.
Je sais que c'est beaucoup demander, mais elle a une bonne réputation...
- Et c'est la fille mon frère. - Mais sa mère ? D'où sort-elle ?
Une roturière.
Mon oncle a préféré mourir en Angleterre plutôt que de souiller sa lignée.
Georges-Louis est endetté. 200.000 thalers...
Une femme riche serait plutôt bienvenue.
Une fille avec une telle éducation ? Non.
Je les ai tenus à distance pendant 17 ans...
... et n'ai aucunement l'intention de changer d'avis maintenant.
Il y a autre chose.
Avoir Celle dans la poche me renforcerait vis à vis de tes cousins anglais...
Ne te fais pas d'illusion...
Les anglais n'apprécient pas plus ce type de vermine que moi.
Il y a une chose qu'ils apprécient :
Un royaume soudé plein d'alliés utiles.
Je te le dis : 4 bataillons de plus contre les français...
... seront plus appréciés à Westminster que tous tes nobles bien élevés.
Pense à l'avenir.
Tu veux voir ton fils sur le trône d'angleterre...
Combien de temps y avons-nous travaillé ?
Toujours au même rythme, étape par étape...
Voilà notre chance d'en garantir le résultat.
Mets-ça dans la balance à côté de ta petite vermine.
- Ce soir, j'aurai enfin la réponse. - A quoi, Charles ?
Un problème dans un livres de ma mère.
Que se passe t-il quand une force irrésistible recontre un objet inamovible ?
- Ca n'existe pas. - Mais si.
Mais je ne te demande pas ça. Ce n'est pas un trajet pour une femme.
50 km de mauvaises routes, et de nuit en plus !
C'est moi qui ai le plus de chances de réussir là-bas.
Tu perds ton temps.
Il nous faut un cadeau. C'est son anniversaire.
Nous leur offrons notre fils, ainsi qu'une alliance.
- Peut-il y avoir meilleur cadeau ? - Pour une jeune fille, certainement.
De plus, ça détournerait son attention de Georges-Louis.
- Charles. - Mère, aimerais-tu l'avoir en cadeau ?
Rends-toi utile pour changer.
Va faire emballer ceci, avec nos armoiries bien visibles sur la cire.
- Ensuite va te coucher. - Oui mère.
Comtesse Platen, j'espère que tout va pour le mieux...?
- Merci, Altesse Sérénissime. - Esperons que ça dure.
Vous êtes précieuse pour Hanovre.
Les intrigues à Hanovre et la faiblesse de mon père..
... n'avaient pas encore perturbé ma vie à Celle.
Le jour de mes 16 ans...
J'attendais impatiemment l'arrivée du Prince Antoine-Ulrich...
... et la signature de notre contrat de mariage.
Cette union était pour moi la promesse d'un avenir heureux.
- Nell, il est là ! - Impossible, il est bien trop tôt !
Je te dis qu'il est là !
Il est là ! J'ai vu le...
Viens ici.
Fermez la porte.
Cette visite d'Hanovre est un honneur. Où sont tes manières ?
Ce n'est encore qu'une enfant. Et nos visiteurs sont rares.
Dorothea, ta révérence!
Merci, Altesse sérénissime. Je vous suis très reconnaissante.
Je suis heureuse de vous faire ma révérence.
Approche, mon enfant. J'ai quelque chose pour toi...
Une bague ! Regarde maman !
- Qu'elle est belle ! - C'était ma bague de fiançailles.
Je te l'offre maintenant de la part de mon fils.
- Georges-Louis. - Non, non !
Tout le monde sait ce qu'il est, et comment il vit !
Ce n'est qu'une enfant, imagine ce que va être sa vie de couple !
Une alliance avec Hanovre va élever notre statut...
- Ca ne m'intéresse pas ! - Moi si !
Je ne l'accepterai pas !
- Je refuse ! - Tu feras ce qu'on te dit !
- Non, ne me force pas ! - Silence !
- Qu'est-ce que c'est que ces manières ? - Et les tiennes ?
Antoine-Ulrich est en chemin, se fiant à ta parole...
Et Dorothea était prête, et heureuse de t'obéir.
Madame...
Ne privez pas ma fille de son bonheur.
Vous pourriez dire qu'il y a eu erreur, et partir...
Et nous vous bénirons.
Madame...
Je n'en ferai rien.
Veuillez pardonnez ma femme.
Ce n'est qu'une enfant...
Et Georges-Louis n'a pas très bonne réputation...
Mon fils est un soldat.
Je dis cela... car je ne peux pas en dire mieux.
Ca ne rendra pas service à votre fille...
... si vous lui dites qu'elle peut trouver l'amour à Hanovre.
Si Mère peut la supporter, que puis-je dire ?
- Quel âge a t-elle ? - 16 ans.
Encore une enfant, souviens t'en.
Fais un effort. Qu'on ne parle plus de tes frasques.
Ne tinquiète pas, elle ne fera pas de scandale.
- Bien. Il y en a eu assez comme ça. - Il n'y en aura pas cette fois.
Il paraît qu'elle ne veut pas m'épouser. Je compatis.
Je ne veux pas l'épouser non plus.
L'épouse se soumettra à son mari, comme elle est soumise à Dieu...
... car le mari est son gardien, comme le Christ est celui de l'Eglise.
Les années suivantes ne m'ont apportée que de la solitude...
... à l'exception de la joie éprouvée à élever mes deux enfants.
Georges-Louis était ailleurs, en compagnie d'autres femmes.
... et je vivais principalement avec sa mère.
L'Electrice... Nous avions peu en commun.
"...agissant au nom des deux chambres du Parlement d'Angleterre...
au sein duquel il n' y avait pas d'autre voix...
... pour appouver des changements néfastes à la gouvernance de l'Eglise.
- Concernant la rebellion irlandaise..." - Ca ira.
- Comprends-tu ce que tu lis? - En partie, votre Altesse.
L'expérience te formera. Nous reprendrons la lecture demain.
Au sujet de l'Angleterre...
... Il y a autre chose : L'éducation de ton fils.
Un jour, si Dieu le veut, ce trône sera le sien.
- Il doit commencer à s'y préparer.
Mais ce n'est qu'un enfant !
Il est temps de le confier à d'autres.
- Altesse, je vous en supplie... - Pas d'histoires, pas de drame.
Vous me prenez même mes enfants.
Ils vont avoir encore moins d'années de bonheur que moi...
Est-ce une mauvaise chose ?
Un petit peu plus de discipline...
... t'aurait peut-être aidée à mieux nous faire honneur.
Georges-Louis a t-il été mieux élevé?
Fait-il honneur à Hanovre avec ses maîtresses ?
Je suis au fait des habitudes du prince...
Elles sont discutables...
S'il peut se faire plaisir, moi aussi.
Dois-je te rappeler que tu es une princesse ?
Je n'ai jamais désiré ce mariage.
Mais il t'a fait intégrer notre famille.
Tâche de comprendre ce que ça implique...
... et essaie de t'y conformer décemment.
Oui Altesse.
Petit à petit, je voyais mes enfants de moins en moins.
Mon dernier réconfort avait disparu.
Durant l'été de 1689...
... dans la LeineStrasse non loin du palais...
... une vieille demeure venait d'être rachetée...
... par un nouvel arrivant à Hanovre...
... qui a vite trouvé sa place auprès des courtisans.
9000 thalers...
- 10.000. - 12.000.
20.000.
Je vais suivre, 20.000.
Que des 10... Mais pas besoin de plus.
Vous savez garder la tête froide...
Je n'avais jamais vu un joueur miser autant... avec si peu.
J'ai failli me faire avoir !
Vous devriez changer de place, Königsmark...
On dit que ça aide parfois à retourner sa chance.
J'en ai assez. Catherine ?
Ne dites plus que vous manquez d'argent de poche.
-C'est mérité, je vous ai porté chance. -Vous ou quelqu'un d'autre...
Vous aurez votre revanche une autre fois...
Bien sûr, Altesse.
- Merci. Ce fut une soirée profitable. - Oui Altesse.
Je crains d'avoir besoin de quelques jours, Altesse...
Ma banque... Il faut que je les prévienne.
Rien ne presse. Demain ou après-demain...
- Bonne nuit, Königsmark. - Altesse.
Bonne nuit. Vous aurez plus de chance la prochaine fois...
43.000 thalers... Pas de chance.
Vous avez eu de grosses dépenses depuis votre arrivée.
La maison, vos réceptions... Et maintenant ceci.
- Insinuez-vous que je n'ai plus d'argent ? - Je le sais.
Vous êtes bien informée.
Peut-etre puis-je vous aider. Il paraît que vous êtes bon soldat...
On pourrait vous trouver un poste dans l'armée...
J'ai de l'influence à Hanovre. Vous pourriez en profiter...
Je dois être bien lent, Comtesse. Je ne comprends pas.
- Mais encore ? - Je devine le comment, pas le pourquoi.
- Et pourquoi voudriez-vous m'aider ? - Pour l'argent.
Une excellente raison.
Vous avez besoin de nouveaux revenus, je peux vous aider.
Et en échange, je pourrais avoir une commission.
15%.
- Ces revenus devront être conséquents. - Ils le seront.
Victoire ou défaite, peu importe !
Notre soutien militaire aux anglais nous fera gagner leur sympathie...
... et nous aidera lorqu'il sera question de succession !
-Un geste politique, rien de plus. -Et s'ils apprennent la valeur du geste?
La péninsule de Morea est bien loin de l'Angleterre.
Certes Altesse, mais son implication dans une telle campagne est-elle sage ?
Ne t'inquiète pas, je ne serai pas impliqué.
Les anglais jugeront avant tout le Général des troupes.
Exact. Et ils s'attendent à quelqu'un de la famille.
Charles n'a qu'à y aller. A moins que sa mère ne s'y oppose...
L'Electrice ne sait rien de la faiblesse de nos troupes...
Et je préfère qu'elle n'en soit pas informée.
Par ailleurs, Charles n'a pas l'expérience requise.
Voilà une bonne occasion d'apprendre.
Son éducation vaut bien la vie de quelques centaines d'hommes.
Quelques centaines ? Tu en as perdu 8000 à Mannheim.
Ca suffit !
Que ça te plaise ou non, je suis l'héritier de Hanovre.
Un échec militaire pourrait me faire perdre le trône d'Angleterre.
On perdrait alors ce qui nous a fait partir en guerre.
La solution est très simple :
Laissons Charles y aller... accompagné d'un second compétent.
Qui ?!?
Königsmark.
C'est un soldat... même les anglais le respectent...
... et c'est un étranger.
Un étranger, certes... Mais loin d'être idiot.
- Es-tu sûr qu'il acceptera ? - Sûr et certain.
- Dites-lui que je refuse. - Refuse ?
- Pourquoi ? - Cette campagne ne me plaît pas.
Non seulement vous y envoyez Charles, un incompétent...
... alors que Georges-Louis est un bon général.
La moitié de vos troupes a été décimée à Mannheim il y a 2 mois...
... et vous proposez le poste d'officier en second à un étranger.
Pourquoi ?
Parce qu'il vous faut un bouc émissaire. Cette campagne est vouée à l'échec...
... mais vous ne voulez pas en être tenus responsables par les Anglais.
Bien vu. Mais que vous importe de perdre votre réputation ?
Vous êtes criblés de dettes et sans revenus.
Je préfère choisir mes problèmes, au lieu de me les voir imposer.
Mais enfin...
Inutile de s'énerver...
J'admets que vous y gagnerez peu de prestige...
Mais c'est un poste bien rémunéré.
- Pouvez-vous vraiment refuser ? - Mes dettes...
Bien manigancé...
Mais comme je n'ai pas d'honneur, je peux toujours m'enfuir...
... en Angleterre.
Les anglais ne vous croiront jamais...
Même si vous les rejoignez vivant...
... ce qui est peu probable.
2 risques que je suis prêt à prendre.
Ceci étant dit... Je prérerais que vous restiez.
Je vous trouverai d'autres occupations.
Ici à Hanovre, pour rembourser vos dettes, et plus.
- Cela vous conviendrait-il ? - Pour l'instant.
C'est comme ça que vous vivez... Pour l'instant...
Tout à fait. Je suis un soldat qui n'attend que la meilleure offre.
Pas de racines, pas d'attaches...
En tout cas rien de permanent.
Intégration à la garde du palais, attributions domestiques...
Je pensais que vous étiez un soldat, pas un mondain !
C'est un honneur d'avoir un poste qui permet de servir Hanovre...
- ... aussi modeste soit-il. - "Modeste"? Avec ce salaire de prince ?
- J'ai beaucoup de dettes, Altesse. - Et bien remboursez-les !
J'en ai maintenant les moyens.
Quoi encore ?
- Pardon Altesse, la Princesse... - Désolée, je ne savais pas...
- Interrompons-nous un conseil d'Etat ? - Non. Vous pouvez disposer, Eck.
Le Comte Koenigsmark, nouveau colonel de la Garde.
Et bien, qu'y a t-il ?
C'est votre anniversaire, Altesse.
Les enfants ont appris un poeme spécialement pour l'occasion.
Il ne pourrait y avoir de plus grand bonheur...
... que celui d'honorer un Empereur tel que vous.
La fierté que nous éprouvons devant vos prouesses...
... à la guerre comme à la tête de l'Etat, est immense.
- Le bonheur au foyer...
Il semble avoir quelques lacunes concernant le bonheur au foyer.
Demande donc à ta mère de te renseigner...
Elle a une grande expérience en la matière.
Pardon, mère.
Votre père est très occuppé, nous n'aurions pas dû le déranger.
J'ai entendu parler de vous, Comte, et me réjouis de votre nomination.
- Etes-vous un soldat ? - Oui, Altesse.
- Moi aussi, et j'ai un poney de 6 ans. - Quel âge avez-vous ?
Qu'est-ce que c'est que ces manières ? Le Comte vient de Suède...
- Il ne faut pas faire mauvaise impression. - De Suède ?
Est-il notre allié ?
Oui Altesse.
Je n'avais pas eu l'occasion de vous féliciter.
Je suis heureux de voir qu'Hanovre sait reconnaître un homme de valeur.
- Comtesse, avec votre permision... - Certainement.
- Un de tes amis ? - Il m'est utile...
Il ne me plaît pas.
Les hommes n'aiment pas ceux qui réussissent là où ils ont échoué.
Tu as beaucoup d'admirateurs...
Durer... Je ne l'intéresse que parce qu'il sait que j'ai de l'influence à Hanovre.
J'ai l'habitude de ce genre d'attention.
J'espère que tu es plus désintéressé, Philippe...
- A ton avis ? - Que suis-je pour toi ?
Des soirées agréables après des journées mornes.
La présence d'une femme en pouvant dire ce que je veux.
Un compagnon de boissons qui arrive à me suivre.
Que veux-tu de plus ?
Beaucoup plus.
Tu es bien sentimentale aujourd'hui, Clara.
Ce n'est pas le moment.
Cet homme... Je n'ai pas confiance.
Koenigsmark?
Nos projets militaires... Est-on sûr qu'il ne parlera pas ?
Je vais le surveiller de près.
- Ses goûts ont changé. - Un cadeau de sa mère.
Elle pense que c'est un bon remède contre l'oisiveté.
Une prose si ennuyeuse ? Voila un remède bien drastique.
- Je crains qu'il ne le prenne pas. - Prendre quoi ?
Rien, Charles.
- Charles est une philosophe. - Cher Charles.
Si sa vie ne lui convient pas, il préfère s'endormir.
Le sommeil... "Ce brin de vie qui nous échappe"...
Il n'y a pas que vos enfants qui apprennent la poésie.
La poésie anglaise. Il faut bien que je me familiarise avec l'Angleterre...
Il paraît que c'est là que je vais finir.
Ca n'a pas l'air de vous enchanter...
Toutes les cours se ressemblent, peu importe le pays.
Celle d'Angleterre ne ressemble a aucune autre.
- Comment était-ce ? - Joyeux et un peu fou, comme le pays.
Mais ce sont les fous les plus censés du monde.
- Comment ça ? - Un curieux sens des priorités.
Savez-vous ce qui a le plus compté en angleterre ces 50 dernières années ?
La guerre civile, la constitution, l'Habeas Corpus? Rien de tout ça.
C'était la première tasse de thé... et la verrue sur le nez de Cromwell.
Altesse, vous êtes attendue.
Il faudra continuer cette lesson... une prochaine fois.
Ca fait longtemps que je ne vous avais pas vue si heureuse. Qu'y a t-il ?
Rien.
Ne vous emportez pas trop. Vous n'êtes pas la seule.
- De quoi parles-tu ? - Je parle de la Comtesse Platen.
Le Comte Koenigsmark, Altesse.
Désolée de vous recevoir ici, nous y étudions l'Histoire anglaise.
On vous a proposé d'accompagner le Prince Charles faire campagne en Morée.
Vous l'avez refusée.
Je vous demande d'y réfléchir à nouveau.
- Désolé. - Pourquoi refusez-vous ?
- Altesse... - Je veux la vérité.
Elle est difficile à dire sans vous offenser.
Parlez franchement.
Le Prince fait partie de la famille royale.
Si le Royaume doit l'envoyer en campagne, il ne peut refuser.
En tant qu'étranger, je n'ai pas les mêmes obligations.
Votre famille est pourtant réputée pour son courage.
Le courage est une chose, mais la stupidité en est une autre.
Le danger ne me fait pas peur, mais pourquoi accepter le deshonneur ?
Le déshonneur ? En se battant pour Hanovre ?
Avec quelle armée ? Des garçons épuisés, sous-équipés et incompétents ?
Je sais qu'ils doivent y aller...
Mais ils n'ont aucune chance et vous le savez.
Vous pouvez peut-être berner les Anglais, mais pas vos officiers...
Et encore moins celui qui doit les conduire à leur perte.
Votre fils est obligé d'y aller, mais je ne participerai pas à ce massacre.
Je comprends, Comte Koenigsmark.
Je vous suis reconnaissante.
Pardon Altesse, mais vouliez la vérité.
Et je suis ravie de l'apprendre.
Vous pouvez vous retirer, Comte Koenigsmark.
Elle ne savait pas ?
- Vous non plus ? - Non.
Je l'ignorais.
Inutile de vous en vouloir.
- Que va t-elle faire ? - Rien.
- Elle va laisser Charles y aller ? - Il en va du trône anglais.
A côté, la perte d'un fils n'est rien.
N'avez-vous pas remarqué que nous sommes tous pareils ici ?
Que nous vivons pour la politique, nous marions pour la politique...
Nous faisons des enfants pour la politique, et les perdons...
Désolée je ne devrais pas parler ainsi.
J'ai vu ce que vous enduriez ici.
Oubliez ce que j'ai dit, j'étais contrariée.
J'ai quelque chose à vous dire.
- M'écouterez-vous ? - Vous me retenez...
Que vouliez-vous me dire ?
C'est déjà dit.
Tu es le premier homme à me faire perdre de l'argent...
Ma commission si tu avais accepté d'aller en Morée...
Mais je ne le regrette pas.
J'imagine que tout le monde est au courant, à part l'Electeur...
Mais personne ne dira rien de désobligeant.
Personne ne me veut comme ennemie!
Quand j'ai intégré cette Cour, je n'avais rien.
Pas d'ami, pas d'argent, que mon intelligence.
Certaines femmes n'ont qu'à se montrer pour réussir dans la vie...
Je n'ai pas été faite comme ça, je le sais.
Mais malgré ça, j'ai réussi, même à leur propre jeu.
Ton amie au Palais...
Elle est très belle, mais qu'est-ce que ça lui a apporté?
Cette jolie petite princesse... Un jour, elle sera reine d'Angleterre.
A la Cour, je leur fais de belles révérences.
Mais je ne les envie pas.
J'ai ce que je veux.
Je t'ai toi, Philippe.
A quoi penses-tu?
A toi.
- Dorothea... - Vous ne facilitez pas les choses.
Ca devrait être facile, c'est justement ce que je voulais :
Pouvoir tout se dire.
Mais dès que j'ai regardé la vérité en face...
Mais je vous aime, et vous m'aimez. Doit-on en avoir peur?
Ecoutez, je connais le monde, mieux que vous.
Si vous voulez vraiment une chose, prenez-là.
Peu importe les conséquences. Regardez autour de vous à Hanovre.
Et nous devrions être comme eux?
Mentir, conspirer, saisir nos plaisirs quand personne ne regarde?
Ce n'est pas ce que je veux, et pas comme ça que je vous vois.
Et moi qui pensais que vous...
Comme vous le disiez, vous connaissez mieux le monde...
Il n'y a qu'un monarque ce soir !
Le Roi du chaos de la Fête de Hanovre !
Toute la plèbe est à la fête...
A suer, se pousser, chanter, danser, boire...
- Laisse ça. - Ca n'est plus de notre âge.
- Va chercher ma robe. - Laquelle, Madame?
Sur le lit.
Entrez.
- Bonsoir, Phillippe. - Clara.
Tu peux disposer, María.
Pourquoi dois-je te convoquer ?
Deux semaines...!
- Qu'est-ce qui t'a retenu ? - Ma maison, le régiment, entre autres.
- Pourquoi m'évites-tu? - Je ne t'évite pas.
Ne me mens pas.
Ce n'est pas intelligent, Phillipe.
Tu satisfais ta vanité en séduisant la Princesse...?
Très bien, amuse-toi. Amuse-la aussi.
Ca lui évitera de penser à son mari qui fait l'amour comme un porc.
Penser à George-Louis t'incommode?
Ne sois pas stupide, Clara. Qu'est-ce qui te prend?
Nous ne sommes plus des enfants. Pas besoin de se voir toutes les heures.
Ce n'est pas ce que je demande.
Je ne te demande pas de promesses...
... ou de regards au clair de lune.
Mais je veux de l'honnêteté.
Qu'y a t-il entre toi et la Princesse?
Rien.
Alors qu'y a t-il, Philippe? Pourquoi m'as-tu délaissée?
Embrasse-moi.
Ca, tu ne risques pas de l'oublier !
Ecoute-moi.
Je vais tout te dire. Plus de mensonge, plus de calcul...
Je me livre à toi, fais-en ce que tu veux.
J'ai 44 ans.
Je suis femme depuis 44 ans, ça ne va pas durer, tu comprends?
Je deviens fatiguée, fatiguée et vieille...
J'ai beau me maquiller, les rides sont toujours là. Je me sens vieille.
Mais pas avec toi.
Quand tu me touches, ma chair se réveille. Je redeviens jeune.
- Sans toi, je ne suis rien. - Clara, je t'en prie.
C'est vrai, je te le jure ! Sinon je ne m'abaisserai pas ainsi !
J'étais là quand tu avais besoin de moi. Aide-moi maintenant !
Reviens à moi !
Aime-moi ! Fais-moi redevenir jeune !
Allons-y. Je vous amène votre cape?
- Je n'irai pas. - Mais pourquoi?
Je suis fatiguée... Je préfère rester.
Ce n'est pas la vraie raison.
Vous avez peur de le rencontrer.
Ne soyez pas comme ça.
On ne règle pas un problème en l'évitant.
Va les rejoindre. Présente-leur mes excuses.
Je vais nous éclairer.
Je ne pensais pas te revoir... Chez moi, dans cette pièce.
- Je veux t'y voir. - Je suis souvent venue en pensée...
- Il y a du désordre. - Je ne la voyais pas très clairement.
Je ne voyais que toi. Et nous sommes enfin réunis.
Toutes ces semaines, ces mois, à penser à toi.
C'est ce dont j'avais envie... Tout le temps...
Dire tout ce que j'ai à dire...
Tout ce que je ne peux plus cacher.
Même à moi.
Qui est-ce ?
Ma soeur.
Elle est très belle.
Il y a plusieurs formes de beauté.
Beaucoup d'hommes l'ont admirée. Beaucoup trop...
Nous sommes quatre. Mes soeurs étaient pour le moins... libérées.
Mon frère a été jugé pour meurtre en Angleterre.
Quant à moi... Je ne vaux pas mieux.
Il y a quelque chose en nous qui nous rend indigne... de tous.
Je sais ce que tu tentes de faire. C'est inutile.
Pendant longtemps, j'ai essayé de lutter...
Je n'en peux plus.
Je vais quitter Hanovre.
Tu risques déjà beaucoup.
Je peux encore cacher mes sentiments. Personne ne saura.
Tout ce que je veux, c'est te voir, te parler...
C'est impossible.
Quelqu'un sait déjà.
- La Comtesse Platen.
- On dit que tu es son amant. - Elle ne compte pas pour moi !
Evidemment. Aucune femme ne compte.
Tu nous crois toutes pareilles. A attendre la même chose.
Ecoute...
Je t'aime.
Je ne l'ai jamais dit à une autre, et ça ne changera pas.
- Me crois-tu?
Je te raccompagne.
Un sot verrait cette campagne comme un drame.
Si seulement ils savaient. C'est toujours une histoire de femme.
Quel spectacle. 9000 hommes en armes.
Mais j'en ai assez vu.
Fais-moi la lecture, mon enfant.
Pardonnez-moi, Madame.
J'ai mal à la tête.
La chaleur...
Va dans ta chambre.
Nous te verrons au dîner.
Je ne comprends pas.
Vous restez ici à lire pendant que votre fils s'en va...
Que voudrais-tu de plus ?
De la... compassion...
Un signe de votre coeur.
Des sentiments.
C'est pour mon fils, j'imagine, que tu t'inquiètes ainsi...
Je ne t'accuse de rien.
Mais n'oublie pas :
Ton nom a beaucoup de valeur... Et pas que pour toi.
Comment voulez-vous que je vive ?
Sans amis, sans mes enfants...
Avec mon mari et ses maîtresses qui rient de moi.
C'est une chose que personne ne peut faire à notre place.
Nous sommes les seules fautives si l'on se moque de nous.
- C'est plus facile pour vous. - Quoi donc ?
Vivre dans les livres. Ignorer ce qui vous entoure.
Mais je suis jeune, et la vie me file entre les doigts.
Et c'est de ça que tu te plains? Tu devrais plutôt remercier Dieu.
Quand les heures se traînent...
Quand chaque jour est un fardeau que l'on doit porter...
Je sais de quoi je parle. Je suis plus agée que toi.
Altesse... J'ai vu tout ce que vous aviez à endurer.
Accueillir la Comtesse Platen, l'accepter...
Ignorer l'humiliation... L'Electeur a été cruel.
Ne t'avise plus de critiquer l'Electeur en ma présence.
Ton soutien est déplacé.
S'il vous plaît, restez. Pardon, je ne voulais pas vous offenser.
Je sais, ma chère. La situation te pesait.
Mais souviens-toi :
Nous autres de la Royauté n'avons pas droit au bonheur...
... dont les autres jouissent.
Nous ne pouvons avoir de coeur, ni d'émotion.
Ca n'est pas dans nos attributions.
Nous avons aussi peu le droit à des sautes d'humeur...
... que l'horloge de la ville de se dérégler.
Le peuple dépent de nous.
Je savais qu'elle disait vrai.
En me basant sur l'amertume de sa propre expérience...
Je décidais de suivre ses conseils...
De ne plus du tout penser à lui...
Et d'accepter avec résignation...
... la futilité et la monotonie de la vie à la Cour.
J'essayais de faire encore mieux qu'eux.
Car ma vie était encore plus vide que la leur.
Plus vide que jamais...
La princesse a tout le monde à ses pieds.
On dit même que c'est elle qui vous néglige...
- Qu'est ce que c'est? - Une dépêche. De la Morea.
Tu réagis comme si on allait te pendre...
Et comment devrais-je réagir? Honorée?
Faites venir mon valet.
Tu as changé, tu sais...
Beaucoup changé... Tu as plus d'esprit.
Ca me plaît chez les femmes.
Un roman...
Quel dommage qu'une jolie fille comme toi doive se contenter de lire.
- Va te coucher. - Son Altesse est-elle là?
Je dois le voir d'urgence.
- Qu'y a t-il? - Des nouvelles de la Morea, Altesse.
Ca ne pouvait pas attendre demain matin?
- Tu peux disposer. - Altesse?
Demain. Je t'ai dit demain!
Il y a une rumeur... Des nouvelles de la Morea...?
- Qui était-ce? - Eck.
- Y a t-il un problème...? - Rien dont tu devrais t'inquiéter.
- Pourquoi est-il venu? - Je te l'ai dit, c'est un imbécile.
En panique au moindre début de mauvaise nouvelle.
- De la Morea? - Nous avons été battus.
Charles a disparu.
- Et les autres? - Templehof et Gratz sont morts.
Qu'y a t-il? Ca ne va pas?
Et quoi d'autre? Dis-moi.
- Quoi d'autre? - C'est tout.
A part une dépêche de Konigsmark. Il dit que les turcs sont...
Qu'est-ce que c'est?
Il n'y avait rien entre toi et Charles...
Il est vivant.
Quand ils ont appris la mort du Prince...
Les hommes n'avaient plus la volonté de continuer.
Nous nous sommes alors repliés...
Le lendemain, les Turcs en ont fait autant...
Après nous avoir envoyé quatre hommes avec le cheval de son Altesse.
Son corps sur la selle.
Les Turcs sont violents, mais ils respectent le courage.
Je serais heureuse de savoir qu'il a bien reçu mes lettres.
Il les portait toujours sur lui, Madame.
Je suis heureuse que mon fils vous avait comme ami.
"Et nous vous envoyons également notre ambassadeur...
Sir William Colt...
Afin qu'il vous adresse en personne nos sincères condoléances.
Nos deux familles déjà liées par alliance...
... sont maintenant unies par le sang versé sur le champ de bataille...
... contre nos ennemis communs."
Colt? Je ne connais pas ce nom.
L'homme importe peu.
L'important est qu'il vienne au nom du Parlement.
Cela veut dire qu'enfin, nos revendications sont acceptées.
Croyez-moi, je la connais depuis toujours.
Elle ne sait pas cacher ses sentiments. J'ai peur pour elle.
La seule chose que je désire, c'est sa sécurité.
Quelqu'en soit le prix. Même si l'on ne doit plus se revoir.
Ca ne suffira pas.
Un mot, un indice... Et George-Louis la détruira.
Vous seul pouvez l'éviter.
Moi? Comment?
En retournant avec Platen.
C'est elle qui le dit?
Elle ne sait pas que je suis ici.
C'est moi qui vous le demande, pour elle.
Elle est en danger.
Rien n'est plus important. Même vos sentiments.
Il y a deux solutions.
Soit vous retournez avec la Comtesse Platen...
Soit elle se rachète auprès de George-Louis.
Il n'y a qu'une façon qu'on soit heureux tous les deux...
Mais d'être malheureux, en enfer, mille façons.
Comment va t-elle?
Sort-elle souvent? A cheval...?
Elle ne fait que pleurer.
Dites-lui...
Dites-lui que quoi qu'il arrive...
Quoi qu'elle entende...
Elle sait.
- Vous m'avez convoquée, Altesse ? - Des nouvelles d'Angleterre.
Nous attendons l'ambassadeur. Notre requête a été entendue.
Je suis heureuse que vos souhaits aient été exhaucés.
Le bénéfice sera le vôtre, lorsque vous serez Reine d'Angleterre.
- Je n'en ai pas le désir. - Pas le désir...
Croyez-vous qu'en ce domaine, vos sentiments importent ?
Et j'ai passé la plus grande partie de la mienne à y travailler.
Pas de discussion !
Je connais mes devoirs. J'ai essayé de les respecter.
Vraiment ?
Vous n'avez qu'un seul fils...
Pour que l'Angleterre nous rejoigne, il vous en faut un autre.
- Madame ! - Il n'y a rien à ajouter.
Votre séparation doit cesser.
Une fois pour toutes.
Nous allons à Herronhausen acceuillir l'Ambassadeur...
Nous séjournerons dans l'aile sud... Tous les deux.
Y voyez-vous une objection ?
Je vais faire préparer les appartements.
La Comtesse est souffrante.
Souffrante ? De quoi ?
La rougeole.
C'est un risque que je peux prendre.
- Elle ne reçoit personne ! - Elle me recevra.
- Qui est-ce? - Konigsmark.
Un instant.
Maria, prends ça. Baisse les rideaux et fais-le entrer.
- Dépêche-toi. - Oui Madame.
- Bonsoir, Maria. - Ta visite tombe à point.
- Maria, apporte une chaise. - Il paraît que tu es malade.
Rien de bien grave. Maria, tu peux disposer.
- Qu'est-ce que c'est ça? - De la crème au safran.
Ca me donne un air ridicule, alors je préfère m'isoler.
Assieds-toi.
- Tu as eu des soucis? - Oh, je m'en suis sorti.
La seule marque qu'il me reste vient d'une amie...
J'étais folle. Je n'ai pas l'habitude de telles crises d'hystérie.
- J'étais possédée. - Le démon est-il parti?
Je le crois. Mais ne crie pas victoire.
Je repense à cet homme dans la bible, dont le démon a été exorcisé...
et qui a dû en affronter sept autres encore pire.
Je ne suis pas encore sauf.
Personne ne l'est en amour.
Pourquoi es-tu venu?
Tout pourrait redevenir comme avant.
Le désires-tu ?
Parle. Dis-moi.
Je suis là. Que veux-tu de plus?
Où irons-nous?
Chez toi, en Suède?
Tu quitterais Hanovre?
Maintenant qu'un trône est en jeu, le Duc va devoir filer droit.
Alors c'est sûr, pour le trône d'Angleterre...?
Je m'en suis assurée. A chaque étape.
L'union avec Celle, le soutien aux Anglais...
Planifié et ourdi jusqu'à ce que l'Electeur me donne ma récompense...
... et qu'on se dise au revoir.
Une seule personne aurait pu tout empêcher...
Toi...
Toi et ton idylle stupide avec la princesse.
Mais tu es revenu à la raison...
Et elle fait ce qu'on lui dit, à savoir retourner avec Georges-Louis...
Et lui donner la famille necéssaire à la succession.
Elle sera bien reçue an Angleterre. Son teint pâle devrait être à leur goût.
Mais tu en es revenu, n'est-ce pas Philippe?
Il est parti, Madame.
- On vous attendait, Sire. - Je ne reçois personne.
Colonel, je venais vous apporter ce document.
Posez-le. Posez-le et sortez !
- Je verrai ça demain. - Merci.
Il doit être retourné au Prince demain.
Au Prince ?
- Qu'est-ce que c'est ? - Je pensais que vous étiez au courant.
Son Altesse doit se rendre à Herrenhausen dans une semaine...
... pour finaliser la succession avec les ambassadeurs anglais.
Le régiment a prévu un dîner en son honneur.
En voici l'invitation.
Le Prince Charles est mort... Une bonne occasion de faire la fête.
Bonne nuit, colonel.
L'Angleterre? Les anglais ne m'aiment pas.
Je sers juste leurs desseins vis à vis du pape.
Je ne comprends pas leur langue et n'aime pas leurs coutumes.
Quand j'y irai, ce sera avec un entourage allemand.
Je garderai mes amis, et boirai mon propre vin.
Votre Altesse...
Messieurs...
Je suis étranger, et peu familier de vos coutumes...
Vous m'en excuserez...
L'honneur de parler ce soir aurait dû revenir à un autre.
Je l'aurai préféré.
Les qualités du regretté Prince Charles...
... sont rares, même parmi les plus hauts gradés.
Malheureusement...
Les aléas de la guerre... et de la politique...
... l'ont emporté.
Je dois être garant de notre loyauté, comme c'est l'usage..
Mais la loyauté n'est pas tout : Il nous faut aussi d'autres choses.
De l'équipement et un bon commandement.
A Dresde, j'ai eu la chance de voir les troupes saxonnes...
Pas de tire-au-flanc chez eux, c'est une armée digne de ce nom.
Des bons à riens ! Face aux français, ils ont fui.
Exact, commandant, mais pour quelle raison ?
Parce que les généraux ne tombent pas du ciel.
Il ne suffit pas de galons et de médailles pour faire un leader.
Si Dresde a tant plu au Colonel...
je m'étonne qu'il n'y soit pas resté.
Je suis parti car je ne voulais pas servir le Prince Auguste...
un homme qui trahit une femme adorable...
pour une procession de créatures sorties des égoûts !
Très bien Commandant.
Un homme qui envoie son frère mourir à sa place en Maurea...
ne va pas défendre son honneur lui-même.
Avez-vous fini messieurs ? Nous avons sûrement mieux à faire.
Asseyez-vous messieurs.
Une chanson. J'ai envie d'une chanson.
"Le cuir noir" par exemple.
Est-il là ? Konigsmark ?
Oui, je sais. Et maintenant je peux m'occupper de lui.
Je le ferai fusiller. Fusillé sans sommation.
- Anders! Anders! - Oui Monseigneur.
Combien de chevaux avons-nous capables de tirer une voiture?
- Ils en sont presque tous capables. - J'en veux juste une douzaine.
- Une douzaine? - Oui, et deux voitures.
Repeins les armoiries et rajoute tes meilleurs coussins à l'intérieur.
Et n'en parle à personne.
Si quiconque l'apprend, je te crucifie sur ce mur.
- Oui, Monseigneur. - Bien.
Il sait tout. Il va te faire tuer.
Pas avant que la Cour ne parte pour Herrenhausen.
Je le connais, il évitera le scandale.
- Nous avons 24h. - Promets-moi de quitter Hanovre.
Nous partons ensemble, demain soir. J'ai tout prévu.
Pourrez-dire au Comte que le capitaine Duhrer veut lui parler?
Duhrer, le confident de la Comtesse. Il a dû te voir.
- Impossible, j'avais ma capuche. - On va bien voir, reste ici.
Il est tard, toutes mes excuses.
Puis-je vous parler en privé? Là par exemple.
Vous pouvez me parler en privé ici.
Ca ira, Nils.
Et bien?
Vous avez eu des paroles dures ce soir...
Vous en avez peut-être sous-estimé les conséquences...
Je ne crois pas.
- Je voulais vous prévenir et vous aider. - M'aider?
Doutez-vous de moi?
Si je doute que vous soyez venu à cette heure pour m'aider, oui.
Si j'avais su que vous étiez... "occuppé"...
"Occuppé"?
Vous êtes un tel séducteur...
On ne sait jamais quelle dame on peut trouver chez vous.
Allez voir par vous-même.
Je doute que ça lui plaise...
Et ni à vous.
J'imagine que la Comtesse Platen vous paye pour espionner...
Mais pas l'espionner elle.
La Comtesse Platen?
Ne me croyez-vous pas?
Non Colonel...
Mais je vous laisse le bénéfice du doute.
"C'est impossible. On ne pourra jamais s'échapper. Je t'aime."
- Oui? - Rien, il n'y a personne.
Un message de la porte de la ville.
La voiture de Koenigsmark à été vue vers 1h...
-Elle a prit la direction d'Osnabruck. -Osnabruck?
Très bien.
Il doit déjà être en Hollande à cette heure...
Pas grand-chose à faire sinon en informer le Prince.
Je me réjouis de ne pas avoir à le faire...
Qu'y a t-il ?
Rien.
Et ensuite ?
Les armoiries de sa voiture étaient recouvertes de peinture...
Tout fugitif ferait la même chose.
Mais la voiture est toujours là...
C'est dans la seconde voiture qu'il s'est enfui.
En laissant derrière la plus rapide, et de meilleurs chevaux.
Donc...?
C'est comme si quelqu'un devait le suivre...
Vous, peut-être...?
- Quand? - La Cour rejoint Herrenhausen demain.
Si elle doit le suivre, ça sera ce soir.
90...
80...
210...
500...
J'ai gagné. Une autre partie?
Il est tard. Tu devrais te coucher mon enfant.
- Je ne suis pas fatiguée. - Tu en as pourtant l'air.
Et la journée avec l'Ambassadeur anglais ne se prêtera pas aux jeux.
- Tu devras faire bonne impression. - Oui Altesse.
- Bonne nuit Altesse. - Bonne nuit.
- Je crois que tu t'es trompé. - Effectivement.
- Elle ne va pas le rejoindre. - Il vient la chercher.
- Il est là.
Il est resté, il n'était pas dans la voiture.
- Ne l'écoutez pas, c'est une folie. - Laisse-moi lui parler.
Non je ne vous fais pas confiance. Vous n'aurez pas la force de le renvoyer.
Laisse-moi...
Pourquoi agis-tu ainsi?
Risquer ta vie...
Pour t'emmener avec moi.
C'est impossible.
Je ne peux pas.
Ce matin, en apprenant ton départ...
C'était comme si une partie de ma vie s'achevait.
Et je savais que je pouvais continuer...
... à en vivre le reste...
parce que tu étais sauf.
Ca m'aurait donné du courage...
Ne fais pas de moi une lâche maintenant.
Aide-moi.
Et va t-en, je t'en prie.
Je ne partirai pas sans toi.
- Pourquoi m'avertir si tard ? - Je voulais être sûre.
- Je voulais m'assurer qu'ils échouent. - Ils échoueront.
Attends. Un scandale public n'est pas idéal.
- Ne t'en mêle pas. - Comment ça?
Fais-moi confiance, comme d'habitude.
Laisse-moi les arrêter.
Confie-moi quatre gardes loyaux.
Le temps presse !
Nous pouvons traverser la Westphalie jusqu'en Hollande.
A Amsterdam, nous embarquerons pour La Suède.
La Suède...
Je ne t'ai pas encore parlé de ma maison...
Je ne t'ai toujours pas parlé de chez moi.
C'est grand, étendu, et tu en seras la maîtresse.
Tu t'y plairas, tu verras.
Les gens y sont bons.
Ma grand-mère les connaissait tous et en prenait soin.
Il y a un livre écrit de sa main dont ma nourrice avait peur...
... à cause des incantations qu'il contenait.
Ne tremble plus.
Je serai de retour dans 15mn, pas plus.
Je ne veux rien de plus d'Hanovre que ce que j'ai là maintenant.
Descends dès que tu entends la voiture.
Je serai prête.
Ne bougez pas.
Où est la lanterne ? Eclairons un peu !
Dorothea...
Tu as accepté de l'argent, entretenu des espions...
Tes excès sont la honte de cette Cour.
Maintenant tu as du sang sur les mains.
Tu as déshonoré notre Maison.
Votre Maison ? Et qui l'a construite ?
Croyez-vous que l'assurance de la succession anglaise...
... a été obtenue grâce à vous, immobile telle un dessin au mur ?
C'est grâce à moi !
Et quand votre fils sera sur ce trône...
George 1er d'Angleterre, d'Ecosse et du reste...
Ce sera grâce à mon intelligence, et pas votre ascendance
La volonté de Dieu peut être exhaucée par un instrument indigne.
Nous ne te devons rien.
Rendez-moi au moins ce service...
Relevez-moi, laissez-moi me reposer.
Tout ce que je veux, c'est dormir.
Ca et...
Et vieillir.
Pourquoi es-tu si stupide ? Crois-tu qu'en fuyant la vie...
... tu échapperas à ton jugement ?
Quand la hâche tombera, tu seras entre les mains de Dieu.
Je prierai pour toi.
Entrez.
De la Part de Son Altesse :
Vous êtes priée de le rejoindre dans la salle du Conseil.
Où est-il ? Qu'ont-ils fait ? L'ont-ils capturé ?
Je l'ignore.
Je n'ai rien dit... Ils savent.
Je ne sais pas comment, mais ils savent.
"Déposition de Son Altesse, Princesse Dorothea de Hanovre".
"Auprès de ce tribunal, en ce jour du 26 septembre 1694..."
"Je fais part de mon désir de me séparer de mon mari..."
"... Son Altesse le Prince George Louis..."
"... me retirant de mes devoirs matrimoniaux".
"Je demande à Son Altesse l'Electeur..."
"qu'il me rende le Château d'Ahlden qui faisait partie de ma dote".
"Que je m"y retire sous la garde d'un officier..."
"... que Son Altesse Sérénissime voudra bien mandater".
"Et je me soumettrai aux conditions de Son Altesse."
"Je ne communiquerai, ni par lettre ni par quelque autre moyen..."
"... avec quiconque en dehors du château."
"Deuxièmement, je ne quitterai pas le château..."
"... sauf pour marcher dans le jardin entre les deux douves".
"Troisièmement, je renonce définitivement à tous mes titres..."
Il est mort.
"...et j'accepterai toute autre condition que Son Altesse Sérénissime..."
"trouvera bon de décréter".
Mon enfant...
Dieu sait de quoi nous sommes faits.
A la fois de force... et de faiblesse.
Il y a beaucoup de bonheur en ce monde...
Le secret est d'en abandonner tout espoir.
Et tout de suite, tout devient plus facile.
La Nature est plus sage que nous...
Petit à petit, elle retire tous les désirs...
Et alors, avec le corps au repos...
... vient l'espoir de la paix pour notre âme.
Ce même jour...
alors qu'ils partaient pour Herrenhausen...
... j'allais à Ahlden.
C'était il y a 30 ans.
Toute une vie.
J'ai vieilli...
Je n'ai plus rien à attendre...
Sauf...
Sophie Dorothea, née à Celle le 15 septembre 1666
Epouse du Roi George Ier d'Angleterre et mère du Roi George II.
Morte à Ahlden le 13 Novembre 1726.
Sous-titres : Jean-Marie Marbach
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