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PROMENADE AVEC L'AMOUR ET LA MORT
Au Moyen-Age,
la France et l'Angleterre
se battirent pendant cent ans.
Heron et Claudia ne virent ni le d�but
ni la fin de cette guerre...
L'hiver avait �t� froid.
Dans les classes, notre haleine se muait en bu�e
et l'encre gelait dans les encriers.
Un jour, pendant une conf�rence,
un compagnon me toucha le coude et murmura:
"La neige s'est chang�e en pluie."
Je sortis de la classe et restai un temps dans la cour,
heureux de sentir la pluie sur mon visage.
Puis je partis. Quittant Paris, je marchai vers la mer.
La neige fondait, d�couvrant le printemps.
Le printemps montait comme une grande mar�e,
pour toujours.
Reviens ! N'aie pas peur !
Je n'ai pas d'armes.
Tu as � manger ?
Tu as du vin ?
Je te le paierai.
Qui vit l�-bas ?
Des soldats. Il y a des soldats partout.
Qui es-tu ?
Je suis �tudiant. Je voudrais un sauf-conduit.
- Comment es-tu venu ? - � pied.
C'est cinq livres, pour un gentilhomme comme toi.
Je ne suis pas noble.
Je n'ai que deux livres.
Je m'en contenterai.
Ma route sera longue.
Tu crois �a !
Capitaine, on a captur� cet homme. Il avait �a sur lui.
L� o� il y a une pi�ce, il y en a d'autres.
- Faites-le parler. - C'est moi qui la lui ai donn�e.
- Pour du vin. - Ainsi il vend du vin ?
Il doit avoir un beau magot !
Non. Je ne poss�de rien.
�gorgez-le.
Ce paysan est le seul �tre vivant que j'aie vu depuis Paris.
Le seul ! Vous ne pouvez pas le tuer.
Il fait partie de cette terre, comme les rivi�res et les arbres.
Si vous le tuez, cette province ne sera plus qu'un d�sert.
Capitaine de cette province, vous devez l'�pargner.
Vous entendez ? Je suis capitaine de province !
Pars avec ton argent.
Et le paysan ?
�gorgez-le !
Reverrai-je un jour son visage ?
Mon amour s'en est all�
Que mon c�ur a de peine
Mon amour s'en est all�
Il est parti guerroyer
Il m'a dit adieu en pleurant
Que mon c�ur a de peine
Il m'a dit adieu en pleurant
O� est-il maintenant ?
Mon Dieu, ramenez-le-moi
Que mon c�ur a de peine...
O� puis-je trouver refuge ?
Tu as �cout� ma chanson ?
Oui. Elle est jolie.
Alors sache qu'il n'y a que l'amour qui soit un vrai refuge.
Et comme il ne dure pas, profites-en pendant qu'il est temps.
Viens avec moi au ch�teau de Dammartin.
Ils t'h�bergeront.
Un �tudiant
- demande asile pour la nuit. - Qu'il entre !
Bonsoir. Quel est ton nom ?
Heron de Foix, �tudiant de Paris.
Assieds-toi. Sois le bienvenu.
Parle-moi de Paris.
Les loups d�terrent les cadavres des cimeti�res, la nuit.
Ce sont les seuls � manger � leur faim.
Et sur les routes ?
La campagne est tr�s belle.
Mis � part les cadavres dans les rivi�res et les arbres.
- Rien n'a �t� sem�. - Les paysans se cachent.
Ils se font invisibles. Mais cela ne leur servira � rien
tant qu'ils auront le moindre cro�ton de pain.
As-tu d�j� vu des corbeaux dilac�rant un animal agonisant ?
Nos chevaliers sont les corbeaux qui d�chirent le corps de ce pays.
Dieu, que les hommes aiment tuer !
Je veux voir autre chose.
- Il te faudra aller loin. - Mais la paix r�gne ici.
J'ai m�me vu chanter une femme.
Dammartin appartient au roi. Je suis son intendant.
Une propri�t� royale est inviolable.
Tu es chez toi, Heron de Foix.
- Fais bon voyage. - Je vous remercie.
Bonjour, �tudiant.
Bonjour.
Pr�sente mes respects � ton ma�tre.
Et remercie-le de son hospitalit�.
Le chien t'a effray� ?
J'�crivais mon journal...
Tu es l'�tudiant qui a dormi chez nous.
Je suis Claudia de Saint-Jean, Damoiselle du ch�teau.
Oui. Je vous ai vue.
O� diriges-tu tes pas ?
Vers la mer.
C'est loin.
Vous l'avez d�j� vue ?
Non. Et toi ?
Non. Mais je sais � quoi elle ressemble.
Une vaste plaine d'eau luisante
qui va et vient,
couverte de bateaux.
J'en r�ve souvent.
J'en ai r�v� cette nuit, sur le banc. Et puis je vous ai vue...
Je sais lire et �crire. Mon p�re m'a appris.
J'ai lu le Roman de la Rose, la Chanson de Roland,
et beaucoup d'autres ballades... Mais je pr�f�re les vers.
J'�cris des vers.
Puis-je voir ?
"Comme l'homme assoiff� Qui r�ve du puits de son jardin
"Et trouve en tr�buchant Un cours d'eau � ses pieds
"Ainsi je suis sorti De la nuit de mon myst�re
"Pour voir un visage plus beau
"Que les plus belles �toiles"
Gardez-le.
Merci.
Adieu.
Je penserai � toi pendant ton voyage.
Peut-�tre m�me prierai-je pour toi.
Voulez-vous �tre ma Dame, celle qui prot�gera mon voyage ?
Dis-moi ton nom.
Heron de Foix, je serai ta Dame.
Voici ton gage.
Tu voyages en mon honneur.
Heureux homme !
Je suis p�lerin, de retour de Terre Sainte.
J'ai un morceau de la Vraie Croix.
Curieux. Je la croyais � Rome.
Elle y est, � part ce morceau.
Vous n'�tes pas acheteur ?
Voici le clou qui a perc� la main gauche de Notre Sauveur.
Il n'est m�me pas rouill� !
Une pierre jet�e sur Marie-Madeleine.
Voyez son sang. Et pas ch�re !
Insolent !
Je vais vous apprendre � me respecter !
Du calme, p�lerin !
Que votre b�ton me montre le chemin de la mer,
et je vous respecterai.
Il n'y a qu'un chemin s�r.
O� est-il ?
Pourquoi la mer ?
Pour trouver la libert�.
Celle de Dieu ou celle des hommes ?
- Quelle est la diff�rence ? - Celle de Dieu est ch�re.
Je paierai le prix.
Et si le prix n'est pas en argent ?
Je le paierai !
Vraiment ? Ma foi, on verra bien.
Mon Ma�tre a dit: "Les racines de la terre se dresseront
"pour d�truire le monde."
Qui est ce ma�tre ?
Tu le verras bient�t.
Ma�tre, voici un candidat.
Pour aller en pays inconnu ?
J'aimerais voir un tel pays.
Nous �tions 43 au d�part.
43 hommes de tous �ges et toutes races,
li�s par le commun d�sir
de voir
la Terre Sainte.
De marcher l� o� Il avait march�.
Et d'adorer enfin le Saint S�pulcre.
Nous n'y sommes jamais arriv�s. Neuf de nous ont p�ri en mer.
Treize sont morts dans le d�sert, la langue gonfl�e.
Le Sarrasin impie en a captur� huit autres.
Les plus jeunes et plus beaux.
Il les a livr�s aux hommes qui n'aiment que les hommes.
On a fait demi-tour.
Neuf autres ont p�ri dans d'indescriptibles souffrances.
On n'est plus que six.
On a construit ce radeau.
On va faire un nouveau voyage.
Des t�n�bres a jailli la lumi�re.
Dieu m'a donn� le don de la r�v�lation.
Le pouvoir de voir avec les yeux de l'�me,
et non avec des yeux aveugles.
J'ai vu ce qu'est devenu le monde.
Un cloaque dans la fange duquel l'humanit� se noie.
La vie m�me, en ce monde, n'est qu'une flamme vacillante
� la merci du souffle de l'iniquit�.
Ce monde est � l'agonie.
Nous partons trouver une nouvelle Terre Sainte.
Nous six. Ou peut-�tre nous sept...
Serons-nous libres, dans ton monde ?
Libres d'ob�ir aux �dits de Dieu.
Comment les reconna�tre des tiens ?
Dieu parle par ma voix. Admets-le sans poser de questions.
Je n'admets rien ainsi.
Il te faudra changer. Fr�res...
R�ponds � toutes mes questions.
As-tu connu charnellement la femme ?
Oui. Et avec joie.
Repens-toi.
- Pourquoi ? - Ne d�sire pas la femme !
Elle perdra ton �me et corrompra ta chair pour l'�ternit�.
Prenez ses p�ch�s !
Payez-les de votre sang.
Pourquoi paieraient-ils pour mes p�ch�s ?
Se punir de ses propres p�ch�s est source de vanit� et de plaisir.
On doit souffrir pour ses fr�res. Et l'on devient fr�re � son tour.
Expiez ses fautes !
Que vos souffrances sauvent cette b�te en rut !
Je ne suis pas une b�te en rut ! Je suis un homme !
Et donc une b�te en rut...
Que portes-tu au cou ?
- Un gage de ma Dame. - Enl�ve-le !
C'est vil... vil comme la femme !
Jette-le dans le feu !
Elle me prot�ge !
Vil et impur ! Imp�nitent !
De quoi devrais-je me repentir ?
�coute la voix de la r�v�lation.
Dieu a cr�� la chair pour abriter l'�me
mais Satan a chang� Ses desseins.
C'est lui qui a ajout� ces vils appendices
o� si�gent les impuret�s de l'homme.
Nous y avons renonc�.
Pour rester avec nous, fais-en autant.
Que je renonce � ma virilit� ?
Pour chasser l'incube diabolique, comme on l'a fait.
Je te parle de vie �ternelle.
De vie ? Ce n'est qu'une autre forme de mort !
Tu me d�fies ?
Je vous croyais �pris de libert�.
Mais vous n'�tes que des esclaves. Des esclaves !
Quel �tait ce spectacle ?
Vous venez de voir gratuitement notre nouvelle pi�ce
intitul�e "Une �trange bataille". Une pi�ce r�aliste.
Un chevalier attaqu� par des paysans,
mis � bas de son cheval et tu� � coups de fourches et de faux.
Des paysans attaquant un chevalier ?
On l'a vu aujourd'hui.
L'�peron d'argent...
C'est celui du chef des chevaliers. Joli, non ?
C'�tait son cheval.
Gras comme du beurre.
Il nous r�galera ce soir.
Tu seras le bienvenu.
Des chevaliers tu�s par des paysans... ?
Ils s'attaquent m�me aux ch�teaux !
Des soldats sans armure
attaquant des ch�teaux avec des pierres !
Ils d�truiront le monde.
Cela ne me concerne pas.
Quel est ce bruit ?
Est-ce la mer ?
La mer...
Enfin !
Tu n'as encore jamais vu la mer ?
Attends !
Le sable est encore ti�de.
La mer sera encore l� demain, tandis que moi...
Tu me feras un cadeau ?
L'�charpe ?
Sois gentil.
Je ne puis te la donner. C'est un cadeau de ma Dame.
Ta Dame ?
Tu n'es pas chevalier, pour avoir une Dame !
J'en ai une.
C'est une porch�re ?
La Dame de Dammartin.
Alors, tu n'as plus de Dame.
Les paysans l'ont br�l�e.
Ils ont tu� tout le monde.
- Tu mens ! - Mais non.
Est-il vrai que les paysans ont pris Dammartin ?
Dammartin, l'Arne et Saint-Lieu.
Vendez-moi ce cheval !
- Combien ? - Tout ce que j'ai.
Sauvages !
Qu'avez-vous fait ?
La jeune fille vit. Elle a trouv� refuge au prieur�.
Sois b�nie !
Claudia !
Vous rappelez-vous ?
Ce matin-l�, dans le jardin... Je suis l'�tudiant...
Je me rappelle. C'�tait la veille de l'attaque.
Ils ont incendi� les annexes.
Mon p�re a march� au-devant d'eux.
J'ai cru qu'ils le laisseraient passer.
Mais un homme l'a frapp� avec sa massue.
Il est tomb� sans bruit.
Ils se sont jet�s sur lui.
J'ai fui dans les bois.
De ma cachette, j'ai vu br�ler le ch�teau.
Je suis revenue au matin.
Ils �taient tous morts.
Oh, p�re !
Ne pleurez pas.
Ils m'ont donn� asile ici.
Ils m'ont donn� un oreiller car mon p�re �tait Intendant du roi.
Pourquoi l'ont-ils tu� ?
Il �tait bon pour eux.
Dieu hait le paysan. Il voudrait le voir manger des chardons
et ramper nu sur le sol.
Le monde est la cath�drale de Dieu.
Chaque pierre y joue son r�le.
Et chaque homme est une pierre.
Le paysan a chang� de r�le.
Il a donc p�ch� contre Dieu.
Oui !
Mais maintenant,
soyez s�rs que Dieu pr�pare sa vengeance.
Les paysans paieront leurs p�ch�s
avec leur sang et celui de leurs enfants !
Qu'allez-vous faire ? Vous ne pouvez rester ici.
Le prieur a demand� au Couvent de Saint-Denis
de me recueillir.
Voulez-vous y aller ?
Je pr�f�rerais aller chez mon cousin Robert, � Ermenonville.
Allons-y !
P�re, je suis venu conduire Damoiselle Claudia chez son cousin.
- �tes-vous parents ? - �loign�s.
Si elle le veut ainsi...
Je pensais que, maintenant pauvre et orpheline,
elle aurait pr�f�r� entrer en religion.
Je prierai n�anmoins pour elle.
Merci pour votre accueil.
Mon enfant, sachez avoir recours � l'�glise
et � ses saints. Que Dieu soit avec vous.
Je perds les chandeliers.
Des chandeliers ?
Ermenonville est � deux jours d'ici. As-tu de quoi acheter � manger ?
Je n'ai rien.
Le Prieur disait d'avoir recours � l'�glise.
C'est ce que j'ai fait.
H� ! Joaillier !
- Combien ? - Je n'ach�te rien.
Vous feriez mieux de sortir d'ici
avant que j'appelle le guet.
Mon brave...
Ces chandeliers sont en argent, non ?
Mes gens les ont sauv�s du pillage de ma demeure.
Je ne veux pas les vendre. Chez nous, on ne vend pas.
Mais...
j'envisage de les mettre en gage.
Combien demande votre Seigneurie ?
Ce que tu jugeras convenable.
Et maintenant, l'un des joyaux de ma collection.
Elle a �t� nonne pendant cinq ans � Sainte-Claire.
Regardez ses cheveux coup�s ras
et la trace de l'anneau qu'elle portait
quand elle �tait unie � Dieu.
Elle chantera des psaumes pour votre salut
tout en assouvissant vos d�sirs charnels.
Qui peut se vanter d'avoir aim� une fianc�e du Christ ?
Et maintenant, messieurs, une acquisition r�cente.
Propri�t� d'un noble des plus exigeants.
Elle ne lui a servi qu'une fois.
Et je vous garantis qu'elle n'a pas plus de treize ans.
On veut une chambre pour cette nuit.
Toute la nuit ? Pour dormir, c'est l�-bas.
Peut-�tre...
Allongez-vous. Je vous couvrirai de ma cape.
Ce ne serait pas incorrect de ta part, Heron,
de t'�tendre � mes c�t�s.
Tu es mon chevalier.
Je te fais confiance comme � un fr�re.
Que sais-tu de l'Amour Vrai et de l'Amour Terrestre ?
Je sais ce qu'en disent les romans et les chansons des troubadours.
Mais cela n'a rien � voir avec la r�alit�.
C'est tr�s r�el, au contraire.
"Le d�sir est tr�s beau quand on sait le surmonter."
"C'est une fleur qui meurt si on la cueille."
Je pense le contraire.
Le d�sir s'�panouit quand on l'assouvit, sinon il meurt.
Tu parles de l'Amour Terrestre.
Je sais qu'il existe, mais il est seulement cela:
terrestre.
Seul l'amour d�tach� de la chair,
de la chaleur et du froid,
de la faim et de la douleur...
Seul l'amour platonique est le Vrai Amour.
Puis-je aimer votre beaut� ?
N'est-ce pas celle de votre corps ?
Si tu me trouves belle,
tu aimes la beaut�
de mon �me et de mon c�ur.
Non celle de mon corps.
N'aimerais-tu plus une femme si elle �tait d�figur�e ?
Je vous aimerais
m�me si les Sarrasins vous coupaient le nez.
Te moques-tu de moi ?
Un �tudiant ne peut comprendre cela.
C'est r�serv� aux nobles ?
Pardonne-moi de te dire ceci.
Je vous pardonne.
Tu devras te plier � mes lois de nobles.
Je m'y plierai.
- Heron, j'ai peur ! - Il ne faut pas.
Le monde me terrifie !
Je suis si seule !
Vous n'�tes pas seule.
Veille sur mon sommeil.
Je veillerai sur vous.
Dormez.
Robert !
Vivante, Dieu merci !
Je suis la seule.
- P�re est mort. - On l'a su hier.
- Je suis parti aussit�t. - On a attaqu� Ermenonville ?
Ils ont br�l� St-Lieu et l'Arne.
Hier, il y avait des nuages de fum�e vers le sud.
Ce devait �tre la Chataine. Les monstres !
B�tes sorties d'un cauchemar !
Excusez-moi.
Voici Heron de Foix qui m'a escort�e jusqu'ici.
Je t'en suis tr�s reconnaissant. Viens donc avec nous.
Merci, mais je fais route vers la mer.
La mer ?
Repose-toi chez nous.
Viens avec nous, je t'en prie.
Mange !
Conseil de soldat: emplis-toi la panse quand tu peux.
D�gorge et recommence. C'est peut-�tre ton dernier repas.
Ne fais pas attention.
Il agit en ours.
J'agis en soldat.
Mon p�re avait l'habitude de me conter
vos exploits guerriers, mon oncle.
Nos exploits !
Nous combattions c�te � c�te, l'un pour l'autre.
Je pleure ton p�re.
Il fut un compagnon loyal
en ces temps o� seule la loyaut� �tait de r�gle.
Maintenant, Dieu s'est d�tourn� du monde et le d�sordre s'installe.
- L'ordre reviendra. - Je ne crois pas.
Avant, chacun avait sa t�che, et chaque t�che sa r�compense.
Le paysan nourrissait, le pr�tre priait, le noble prot�geait.
Mais � pr�sent, les nobles, les gens de notre caste,
cens�s agir en bergers, sont devenus des loups.
On ne d�fend plus le paysan, on le pille.
Qui pourrait bl�mer ces pauvres hommes
qui nous nourrissent depuis toujours,
de se r�volter ?
Excuseriez-vous le meurtre de mon p�re ?
Je crois que le droit est du c�t� des paysans.
Joignez-vous donc � eux !
Je l'ai fait.
J'ai renonc� � mon rang pour commander une de leurs bandes.
Monsieur... !
Avant ta naissance, ton p�re et moi...
Ne me parlez pas de lui, vous qui l'avez tu� !
Ne vengeras-tu pas mon p�re ?
Ce n'est pas ma querelle.
L�che !
Pardonne-moi.
Que pouvait esp�rer un �tudiant ?
- Je te demande pardon. - Je suis seul � bl�mer.
Je vais vers la mer. Je n'aurais jamais d� m'en d�tourner.
Je veux aller avec toi !
Tu as d�j� vu la mer, Heron ?
� quoi ressemble-t-elle ?
� ce que j'imaginais.
D�cris-la-moi.
Une vaste plaine �tincelante,
des bateaux aux vives couleurs...
Non, je te mens.
Je n'ai jamais vu la mer.
Mais j'en �tais si proche que je la sentais.
J'entendais les vagues se briser.
Mais j'ai fait demi-tour.
Pourquoi ?
� cause de moi ?
Je devais le faire.
Je portais ton �charpe. Tu �tais ma Dame.
Ne la touchez pas !
Je vais leur dire de vous faire griller � petit feu
et de vous arracher le c�ur.
Regardez ! C'est ce que portent les �v�ques.
J'ai vu la cuisse d'un �v�que qui montait � cheval.
C'est un �v�que.
Un �v�que avec des mamelles !
Des chevaliers !
Arr�tez ! Nous ne sommes pas des paysans.
J'esp�re que vous n'avez aucun mal.
Je vais bien.
Je suis Meles de Boh�me, pour vous servir.
Damoiselle Claudia, fille de Pierre de St-Jean.
J'ai su la mort de votre p�re.
Je vous d�die notre prochain combat.
Pouvons-nous tuer des paysans en votre honneur ?
Je vous serais toujours redevable de ce geste.
Votre serviteur peut nous suivre.
Ce n'est pas mon serviteur.
Heron de Foix est mon protecteur.
O� allez-vous ?
O� ? � la chasse aux paysans !
Nous irons avec vous.
As-tu oubli� ?
La mer ? Non. Mais avant...
Tuons un peu, c'est �a ?
Je le dois � mon p�re.
J'ai discut� avec ton p�re.
Il d�plorait que les hommes aiment tuer � ce point.
Ces gens-l� ne r�vent que de tueries,
paysans comme chevaliers.
Sais-tu pourquoi mon �charpe est bleue ?
C'est la couleur de la fid�lit�.
Votre cheval est pr�t, Damoiselle.
Adieu vastes champs Et hauts clochers d'�glises
Ch�teaux, troupeaux Et verts p�turages
Adieu la couche O� repose mon amante
Cette longue route Nous conduit � la mort
Demain sera votre jour de triomphe
Nous, soldats, Allons de nouveau guerroyer
Cette longue route Nous conduit � la mort
Cette longue route Nous conduit � la mort
Des nouvelles de bienvenue, Damoiselle Claudia.
Les manants ont pris Rhuis. Nous le leur reprendrons.
Dis-leur de se rendre.
Qu'on l'�cart�le !
Fouettez les b�tes.
En selle !
Merci, mais on va suivre une autre route.
Alors mon r�le s'arr�te l�. Je n'ai pas de cheval pour lui.
Tu te souviens de moi ?
J'ai achet� le cheval dans les dunes...
Le p�le cheval de Saint Jean qui a bris� le Quatri�me Sceau.
Le dernier cheval de l'Apocalypse.
Saint Jean, priez pour nous.
Regarde-le: il est le seul � se r�jouir.
Regarde-le sourire.
Regarde le ciel. Tout le pays est en feu jusqu'� la mer.
- Qu'allons-nous faire ? - Retournons � Ermenonville.
Je n'ose plus m'y pr�senter.
Ils t'ont certainement pardonn�e.
- Qui va l� ? - Damoiselle Claudia de St-Jean.
Va pr�venir ton ma�tre.
Le jeune Robert et lui sont partis guerroyer.
Mais je sais qu'il accueillerait une Dame avec tous les �gards.
Merci bien.
Tu r�vais.
Des morts !
Heron, tant de gens sont morts.
Tous ces cadavres dans les champs...
Mais on n'est pas morts.
Je ne veux pas mourir maintenant !
Personne ne te tuera.
Dieu ne sauvera peut-�tre pas le monde pour l'�glise,
mais pour deux �tres qui s'aiment.
Avant, j'adorais le cr�puscule.
Maintenant il m'attriste car c'est la fin du jour.
Nous vivons selon notre propre calendrier. Et il n'a pas de fin.
Tout a une fin, mais je l'accepte.
Peut-�tre l'amour est-il parfait quand on sait qu'il finira.
Tu te rappelles notre premi�re rencontre ?
Oui. M'as-tu aim�e d�s ce moment-l� ?
Oui. Mais je ne te l'ai pas dit.
Dis-le-moi.
Je t'aime, Claudia.
Je t'aime, Heron.
On continuera et on arrivera � la mer. Tu n'y crois pas ?
Je crois qu'on atteindra la mer ou qu'on mourra.
De toute fa�on, j'aurai mon heure.
Et moi, ma libert�.
Vous �tes l�.
J'en suis heureux.
Et ton p�re ?
Je ne sais o� il est.
Nous avons �t� s�par�s d�s le premier engagement.
La bataille a dur� tout le jour et toute la nuit.
Et au matin, notre arm�e �tait dispers�e.
Il reviendra.
Ta robe est toute d�chir�e.
C'�tait une robe de ta m�re.
On en trouvera une autre.
Aimons-nous
et restons ensemble.
Le monde approche de sa fin, dis-tu
Les corbeaux lui croassent Son dernier refrain
Amis, tenons-lui compagnie Jusqu'au bout
Mais avant, je veux que mon amour Soit dans mes bras
Et moi, dans mon lit
De nouveau
Je devrais te jalouser.
Mais non.
Votre bonheur me ravit.
Je lui porte une sant�.
Mais je n'ai plus de vin.
Que ferez-vous une fois � la mer ?
Nous prendrons le premier bateau.
Pour aller o� ?
N'importe o�: Angleterre, �cosse, Irlande.
Nous voulons juste �tre les ma�tres de notre destin.
Viens avec nous.
Fort bien. Je viens.
Au retour de mon p�re.
- Bien s�r. - D'ici l�,
apprends-moi le latin.
- D'accord. - Parle latin.
C'est moins difficile que je croyais.
Je bois � nous trois.
Ce coq est brave. Il a su �viter tous les pi�ges.
Ceux des paysans, des seigneurs...
Peut-�tre est-il rest� neutre.
Simon !
Ils ont d� s'enfuir.
Jeune Robert !
Rends-toi et d�livre ton otage.
Quel otage ?
Damoiselle Claudia de St-Jean.
Il ne me garde pas en otage.
Nous sommes amis et alli�s de Robert de Lorris.
Acceptes-tu un duel ?
Non. Tu n'es plus un chevalier, tu es un ren�gat.
Descends. On te tuera proprement.
Peut-�tre ceci te d�cidera-t-il.
La bague de mon p�re...
S'ils l'ont prise, c'est qu'il est mort.
Viens-tu, Jeune Robert ?
Oui !
Le silence est de r�gle dans l'abbaye.
La fille d'un Intendant du roi trouvera asile ici.
Mais pas dans nos quartiers. C'est un couvent d'asc�tes.
Un jeune homme peut rester trois jours
s'il d�sire vraiment mortifier sa chair
et purifier son c�ur par le je�ne.
Il lui faudra vivre de pain et d'eau.
On a d�j� purifi� nos c�urs hier, en mangeant un corbeau !
D�sirez-vous vraiment vous purifier ?
Oui, mon P�re.
Fort bien.
Suivez-moi.
Et la Damoiselle ?
Une nonne va venir.
Elle r�sidera � l'annexe.
Accordez-nous une gr�ce.
Mariez-nous... maintenant, dans cette chapelle.
Vous aviez dit vouloir purifier votre c�ur.
Et vous osez me demander cela ici ?
Je partage ce v�u tr�s pur.
Je ne saurais vous tol�rer les plaisirs de la chair.
Partez d'ici !
Vous quitterez le couvent
� l'aube.
Retournez � vos pri�res.
Les nonnes ont fui aussi ?
� moins que le diable ne les ait emport�es.
Ils doivent fuir sur Paris. Si on faisait de m�me ?
Non. Je t'en prie !
Je ne veux plus continuer � fuir.
- M�me si... - Plus rien n'importe.
Fuir serait aussi pitoyable
que le sort du daim traqu� par la meute.
Et nous ne sommes pas � plaindre.
Non, en effet.
J'aurai sans doute peur quand ils viendront.
Mais tu es l�, et...
d'ici l�, toute l'abbaye est � nous.
Je vais pouvoir rejouer les h�tesses.
La nuit tombe. Je sais o� trouver des chandelles.
Heron, acceptes-tu de prendre Claudia pour femme ?
Claudia, acceptes-tu de prendre Heron pour mari ?
Et au nom de l'Amour.
Ils arrivent !
Regrettes-tu d'avoir quitt� la mer ?
Je ne le regrette pas.
Redis-moi � quoi elle ressemble.
Une vaste plaine d'eau �tincelante,
brillante et pure,
qui va et vient doucement.
Nous entend�mes la mort approcher.
Son bruit s'enfla soudain.
La mort venait pour toujours,
mais nous n'avions pas peur.
Sous-titrage: DUBBING BROTHERS
Modifi� par PeppeCannone
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