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…
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"L'état d'exception est déclaré sur tout le territoire national
"La défense de la paix, le progrès de l'Espagne
"et les droits des Espagnols contraignent le gouvernement
"à suspendre les privilèges relatifs aux libertés d'expression,
"de résidence, de réunion et d'association,
"ainsi que l'article 18, selon lequel aucun Espagnol ne peut être détenu
"en dehors des cas et des formes fixés par les lois."
MADRID, JANVIER 1970
- Allons, traîne pas, mon petit.
Hurlement
- *Les actes, minoritaires,
mais systématiquement destinés à troubler l'ordre public en Espagne
qui se sont succédé ces derniers mois
ont un rapport avec une stratégie
internationale qui atteint de nombreux pays.
La défense de la paix, du progrès et l'application de la loi espagnole,
souhait unanime dans tous les secteurs,
ont obligé le gouvernement à appliquer des mesures…
…
afin de mettre un terme définitif à ces exactions.
Il a décidé de faire appel au recours offert par la loi,
et en particulier à ceux stipulés dans l'article 35 de la juridiction,
l'article 9 du régime juridique de l'administration de l'État,
et l'article 25 de la loi sur l'ordre public.
- Que se passe-t-il, Doña Centro ? - Rien. Retourne travailler.
Gémissements de douleur
- Centro…
- Crie pas, Isabel, tu vas réveiller tout le monde.
- Ma chérie, je suis pas bien.
Je suis toute chamboulée… - Mais non, faut pas exagérer.
Oh, bon sang…
- Quoi ? - Rien, rien…
T'as pas exagéré, au contraire.
Bon. Il faut aller accoucher, maintenant.
On s'habille et on y va !
Isabel, tu m'as roulée dans la farine.
Quand t'es arrivée ici, tu étais déjà accompagnée. Allez, viens.
Doucement, doucement.
Allez, avance.
Attends, il faut que je ferme la porte.
Doucement…
Elle gémit.
Quelle idée, d'accoucher ce soir.
T'aurais pu prévenir…
- Je savais pas, Centro. - Si toi, tu savais pas…
- J'ai jamais su compter. - L'ignorance, quel fléau.
ArrĂŞtez ! ArrĂŞtez !
Fils de pute !
Viens.
…
Viens. Appuie-toi lĂ . Appuie-toi.
Attention, attention.
…
ArrĂŞtez !
ArrĂŞtez !
- Mais qu'est-ce qu'elle veut ?
- ArrĂŞtez ! - Centro !
- ArrĂŞtez !
Mais arrĂŞtez, putain de merde !
- Bordel de merde !
- Calme-toi, calme-toi.
Allez, dépêche-toi.
Monte, vite ! Allez !
Allez, monte.
Allez.
- Mais vous ĂŞtes folle ?
J'aurais pu vous tuer !
- Ce sont mes talons qui vont me tuer !
- Vous ne pouvez pas monter. J'ai fini mon service.
- Mais mon amie est prĂŞte Ă accoucher.
- Que voulez-vous que j'y fasse ?
Allez, descendez.
- Installe-toi bien, ma petite.
- Ne me faites pas ça, je vous en prie.
- Je vous demande juste de nous emmener à la maternité.
- Mais enfin, je ne suis pas en service !
…
Cet autobus n'est pas Ă moi.
…
- Du calme, serre bien les cuisses, allez.
Respire.
Centro inspire et expire.
- Il y a 30 000 chauffeurs à Madrid et c'est sur moi que ça tombe.
- Allons, allons…
Tiens… Oh, ne pleure pas, ne pleure pas !
Isabel pleure.
C'est quand même grâce à nous, qui accouchons de temps en temps,
que le monde n'est pas désert ou plein de vieillards.
Ça rafraîchit, l'eau de Cologne.
Tu vois, hein ?
- Il va tomber. - Serre les cuisses !
- C'est un ange.
On dirait qu'il va sauter.
Comme s'il voulait se suicider, le pauvre.
Un liquide s'écoule.
…
Centro…
J'ai pas pu me retenir.
- Non, c'est pas ça, ma chérie.
Tu viens de perdre les eaux.
Monsieur, arrĂŞtez ! Elle vient de perdre les eaux !
- Je vais me garer. - Tu vas faire tout ce que je te dis.
Mets les jambes par ici.
Vas-y. L'autre, maintenant. Comme ça.
Reste tranquille.
Vas-y. Je suis là , t'inquiète pas.
Vas-y, pousse. Allez !
Très bien, recommence.
Vas-y, pousse !
Isabel crie.
Pousse ! Encore, encore !
Encore, encore !
Parfait. Encore, encore !
…
Encore, encore !
…
Très bien, encore !
Pousse, pousse ! …
Chauffeur, venez m'aider !
Pousse, pousse !
Encore, encore. …
Ça y est, oui. Ça y est.
Ça y est. Ça y est. …
Ça y est…
Pleurs de bébé
Un garçon.
C'est un garçon.
…
Il a l'air content. Il arrive tout joyeux.
Isabel gémit.
C'est bien, tu arrives bien, toi. Bon…
…
Vous avez quelque chose pour ligoter le cordon ombilical ?
- Moi ?
- Vos lacets, donnez-moi vos lacets.
Tu as été très bien, tu as fait ce qu'il fallait.
- Il lui manque rien ?
- Non, rien.
C'est un bébé tout à fait complet.
L'autre lacet !
…
Voilà …
Maintenant, il faut couper le cordon.
- Du calme. - Vous avez des ciseaux ?
Ou autre chose ? - Non.
- Bon sang, vous avez rien !
- Ne bougez pas.
- Tu fais quoi, Centro ?
- Je le coupe avec les dents.
Ça fait pas mal.
Donnez-moi un châle ou une couverture pour le bébé.
- Oui, voilĂ .
Oh, le pauvre… Tenez, voilà .
- Mon bébé… - Tenez.
- Oui, c'est ton beau bébé.
Centro imite des gazouillis.
…
Tu es beau, mon garçon. Tiens.
Prends ton fils dans tes bras. - Oh, mon bébé, que tu es beau.
Centro rit.
Que tu es beau, mon chéri.
- Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ?
- On va à l'hôpital, elle va pas rentrer dans cet état.
Attention, tu es faible.
Tiens-le bien comme il faut.
Le bus démarre.
- Qu'il est beau…
- Ne le fais pas tomber, hein ? Ne le fais pas tomber.
- Attention, on y va. - Oui.
Il est beau…
Ne t'endors pas, ne t'endors pas !
- AĂŻe, les douleurs recommencent !
- C'est le placenta.
Donne-moi le petit.
Il faut pousser encore un peu. - Quoi ?
Encore ? - Encore une fois.
Il faut que tu expulses tout. Allez, pousse, ma fille !
Allez, pousse !
Encore un peu.
Plus vite, elle pisse le sang !
- Ça va, ça va ! - Allez !
Isabel crie.
…
Maintenant, repose-toi.
Repose-toi.
Le bébé pleure.
Tu pouvais pas attendre un peu, petit salaud ?
Tu étais si pressé de venir à Madrid ?
Ça y est, tu y es.
Comment tu vas l'appeler ?
- Victor.
- Victor…
Regarde, Victor. Madrid !
EN CHAIR ET EN OS
- *En plein cœur de Madrid,
défiant les conditions atmosphériques exécrables,
une jeune femme
a accouché dans un autobus
de la Régie municipale des transports.
La nouvelle de cet accouchement si spontané
a été accueillie par des manifestations de sympathie.
Le maire de Madrid a rendu visite au nouveau-né
et lui a offert sa première layette
en lui décernant le titre de fils adoptif de la ville.
Le directeur général de la Régie municipale des transports
a tenu Ă se joindre Ă lui.
Et, accompagné du conseiller municipal
et de leurs épouses,
il a offert Ă la jeune maman et Ă son fils
des titres de transport Ă vie
qui leur permettront de voyager gratuitement
sur toutes les lignes d'autobus chaque fois qu'ils le désireront.
Avec tant de perspectives aussi enviables,
nous souhaitons Ă notre jeune impatient
que ça roule pour lui dans la vie !
20 ANS PLUS TARD
- Des chiens.
C'est comme ça qu'on nous traite et c'est ce que nous sommes :
des chiens…
Regarde-moi le troupeau de moutons que nous devons garder.
Ils sont tous là …
voler, trafiquer
trahir et se corrompre les uns les autres.
- Oh, merde…
- Nous sommes les gardiens d'un troupeau malade.
Tiens, on va boire un peu pour fêter ça.
- Non, merci. Tu bois déjà pour deux. Reprends ça.
Sonnerie de téléphone
…
- Oui ?
- C'est moi…
- Ah, salut…
- Tu fais quoi ?
- Rien, j'arrose.
- T'es fâchée ?
- Je suis pas fâchée, je suis amochée.
- Pardonne-moi.
Je regrette d'être parti comme ça.
Tu me pardonnes ?
- Sancho, je ne veux pas en parler au téléphone.
- Bon. On en reparlera plus tard, hein ?
Je rentre vite.
Au revoir, mon amour.
Ma femme me trompe.
- Quoi ?
- Clara couche avec un autre. - Sancho, ne dis pas de conneries.
- Je suis perdu.
- Essaie de boire moins.
- Cesser de boire ne résout pas tout.
- Je crois que l'alcool n'arrange rien.
- Ça m'empêche de la tuer.
- Sancho, merde, déconne pas !
- C'est le seul moyen de pas porter les cornes.
Je pourrais le tuer, lui.
Mais je sais pas qui c'est.
Peut-ĂŞtre un de ces gars.
Quand je pense que le 1er venu peut se faire ma femme
quand je bosse…
Ça me rend malade
rien que d'y penser.
- 3,
19,
17,
37.
Ma belle…
Ligne occupée
- Non, mon père n'est pas là .
Sinon, on n'aurait pas rendez-vous ici.
Que j'apprenne Ă attendre ?
Mais je m'en fous, de ce que peut dire Lou Reed !
Écoute, si tu te pointes pas dans 15 min, j'appelle un autre.
Il me filera de la merde, mais il me la filera.
Oh, et achète-moi des bonbons, ça m'évitera de descendre.
Émission en espagnol
…
Sonnerie de téléphone
Oui ? - Helena ?
- Oui. C'est qui ? - C'est Victor.
- Quel Victor ?
- Le garçon de samedi.
- Quel garçon ?
- Celui qui t'a baisée dans les chiottes.
- J'en tenais une bonne.
- On devait se revoir aujourd'hui.
- Non, je vais sortir. - Où ça ?
- Un rencard. Rappelle un autre jour.
- Mais enfin, tu as déjà un rencard avec moi.
- Mais j'ai oublié.
- Je t'apporte une pizza. Tu as dit que tu aimais ça.
- Il est bouché…
- Elle est chaude.
- Eh ben tu peux la manger. Rends-moi service, ne m'appelle plus.
Elle raccroche.
- Écoute, le prochain arrêt, c'est Eduardo-Dato.
Tu descends lĂ . On a fait le tour de Madrid.
- Je sais.
- Tu descends pas ?
- Je continue.
- OĂą tu vas ?
- Je sais pas, nulle part.
- Comment, nulle part ? C'est pas un hĂ´tel.
OĂą vas-tu ?
- Je sais pas encore.
- Tu vas rester toute la nuit ?
- Je vais descendre. - Quand ?
- On verra.
- Le plus vite possible. Fais attention.
- Quel con, putain.
Il peut attendre.
Sonnerie du bouton d'arrĂŞt
- Mais qu'est-ce qu'il fout…
- Elle devait sortir… Sale menteuse.
- Ça fait longtemps qu'il est parti ?
Dis-moi la vérité, sinon je vais dehors.
Sonnerie
Le voilĂ !
…
*Monte, putain de merde !
Bip d'ouverture de la porte
Attends-moi dans le salon.
Mais ne touche Ă rien !
Qu'est-ce que tu fous lĂ ?
- Tu viens de m'ouvrir.
- Moi ? Moi, je t'ai ouvert ?
J'attendais quelqu'un d'autre. - C'est moi.
Tu m'as filé rencard il y a une semaine.
- Ah oui ? Pour qui tu te prends, petit crétin ?
- Tu attends ton dealer ?
- Ça te regarde pas !
Fous le camp ! - Tu te calmes !
Je ne t'ai pas manqué de respect.
Je m'en irai quand tu m'auras donné une explication.
Ça ne sert à rien de te mettre dans cet état.
Je voulais juste qu'on bavarde un peu.
Je te connais que depuis une semaine et on a baisé comme des dieux.
Pour moi, c'était la 1re fois. Tu vois ce que ça veut dire ?
C'est aussi la 1re fois que je fauche une pizza.
Je l'ai fait pour être près de toi.
- Va-t'en.
Tu vois pas que je braque un revolver sur toi ?
Elle arme le chien.
Fous le camp d'ici !
Tu crois que le fait d'avoir éjaculé entre mes cuisses
te donne le droit de me demander des explications ?
D'oĂą tu sors, petit merdeux ?
- Ne m'insulte pas.
- Tu penses avoir bien baisé ?
Tu m'as même pas pénétrée, petit puceau. Tu dois apprendre.
- Tais-toi !
Coup de feu et ricochets
…
- J'étais convaincu que c'était moi qui l'avais tuée.
Ce sentiment morbide me procurait un certain plaisir.
*- On a reçu l'appel d'une femme qui a entendu un coup de feu
au 18, rue Eduardo-Dato.
Elle habite au 2e étage.
- C'est tout près d'ici.
- Ka de nuit Ă H50.
*- J'écoute, Ka nuit.
- On a entendu le communiqué, on est sur le pont Eduardo-Dato.
On peut intervenir rapidement.
*- OK. La dame qui a appelé n'était pas sûre.
Quand vous aurez terminé, faites votre rapport.
- Bien reçu, d'accord.
- Tu es encore lĂ ?
- J'allais pas te laisser dans les vapes.
Pour qui tu me prends ?
- Ah… Qu'est-ce que j'ai mal…
Tu m'as carrément ouvert le crâne.
Va-t'en ou j'appelle la police.
Il me faut de l'héro, putain…
- Quelqu'un a sonné. J'ai dit que tu étais pas là .
Il s'est mis très en colère. Il t'apportait des bonbons.
Qu'est-ce qui te prend ? Tu es folle ?
Tu veux une baffe ?
- C'est ici, le 18.
Sonnerie
*- Qui est là ? - Police. On a reçu un appel.
*- Ah oui, c'est moi.
Mon amie ne me croit pas, mais j'ai entendu un coup de feu.
*- C'était à la télé. *- Non !
- Madame, ouvrez-nous.
*- C'est pas moi "madame", elle est pas lĂ .
On est les pensionnaires.
- Ouvrez la porte, bon sang !
Il y a un fou qui s'apprĂŞte Ă violer votre voisine !
*- Oh, un violeur ?
- On y va. - Sancho…
- On y va !
- Passe-moi le talkie-walkie.
- Laisse ça, merde !
Je passe devant et tu me couvres.
- Mais, Sancho… Il faut prévenir le commissariat !
- Pour qu'il ait le temps de violer et de tuer cette bonne femme ?
- Sancho, je veux rien.
Mais c'est pas réglo !
- Si t'as pas de couilles, bien sûr que non.
- Oui, j'ai la trouille. J'ai pas bu, comme toi,
et personne est en train de baiser ma nana.
- Qu'est-ce que tu racontes ? Ne me parle plus de Clara…
- Arrête, Sancho, merde…
Regarde, la porte est lĂ .
Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ?
Allez, passe-moi le talkie ! On aura du renfort !
- Il faut entrer.
- Comment tu veux faire ?
- En sonnant.
- Pars pas avec le revolver, il est à mon père.
- Je te le laisse, ton putain de revolver.
- Police, ouvrez !
Ouvrez !
- N'avancez pas ou je tire !
- Du calme, lâche la fille.
- Vous voulez quoi ?
J'ai rien fait !
Dis-leur que c'est une erreur !
- C'est toi qui fais une erreur. - Sancho !
- Mais j'ai rien fait !
- Et sa blessure ?
- Quelle blessure ?
Désolé. Elle s'est blessée toute seule.
- Je vais te faire sauter les couilles.
- ArrĂŞte de le provoquer !
- Me provoque pas, toi.
- Comment tu t'appelles ? - Victor Plaza.
- Victor…
Je suis sûr que tu as une explication.
Lâche ce revolver,
relâche cette fille et on pourra parler.
Tu vas tout m'expliquer.
- Mais que ce dingue arrĂŞte de me viser les couilles !
- Je vais en faire une omelette, si tu la lâches pas.
- Ça suffit, Sancho ! Donne-moi ton flingue.
- David, qu'est-ce que tu fous ?
T'as perdu la boule ?
Tu braques ton supérieur ? - Je braque un fou et un ivrogne.
Donne-le-moi.
Victor, on va faire un marché.
Mon collègue va lâcher son flingue,
et après, tu vas lâcher le tien
et libérer… Votre nom ?
- Helena.
- Enchanté, Helena.
D'accord ? - Oui, c'est bon.
- D'accord ?
Sancho, donne-moi ton revolver, putain !
- Lâche-moi.
- Victor, doucement, maintenant. Doucement.
Nous avons fait un marché. Maintenant, à ton tour.
- Oui. Mais que va-t-il m'arriver ?
- Il va rien t'arriver. Baisse ce revolver.
Baisse ce revolver, s'il te plaît. Doucement.
Comme ça.
Mademoiselle.
Baisse ce revolver.
Lâchez ce revolver !
Sancho, lâche ce revolver !
Merde, Sancho, je t'en prie ! Putain…
Foutez le camp, allez !
Coup de feu
Va-t'en ! Va-t'en !
*- Aux Jeux paralympiques de Barcelone,
l'Espagne vient d'obtenir une nouvelle médaille en basket.
La sélection espagnole a gagné 56 à 52
contre l'Argentine.
Le ballon parvient Ă David de Paz,
le meilleur joueur du match.
De Paz résiste à la pression de la défense argentine et tire !
Dans le public, nous apercevons une spectatrice très heureuse.
C'est Helena Benedetti, l'épouse de David de Paz.
David est un ex-policier qui a reçu une balle
et est devenu paraplégique.
Il a effectué un excellent tournoi,
avec une moyenne de 20 points par match…
- "Mon fils, j'ai un cancer.
"Je ne tiendrai pas jusqu'Ă ta sortie de prison.
"Je te laisse la maison de Ventilla, si on ne la démolit pas,
"et quelques économies, si la maladie ne les dilapide pas.
"Je n'ai pas été une bonne mère, je le sais.
"Mais je n'ai pas eu la vie belle.
"Le trottoir ne m'a apporté que la misère.
"Je te fais parvenir la photo et l'article."
- "Maman, tu seras heureuse d'apprendre que je ne me drogue pas
"et que je n'ai pas le sida.
"J'étudie, je passe la journée à prendre des cours
"de pédagogie, charpenterie métallique, artisanat
"et même théologie.
"Avec ces cours, on réduit sa peine et on apprend beaucoup.
"Un copain bulgare m'apprend le bulgare
"et j'ai pris goût à la Bible.
"Je suis emballé par la Genèse.
"Tu vas croire que je suis timbré,
"mais justement, pour ne pas devenir fou, je dois m'occuper
"et ne penser Ă rien."
4 ANS PLUS TARD
Salaud…
Bonjour, maman. Je suis sorti il y a 2 jours.
Je suis pas venu avant parce que j'ai nettoyé la maison.
Et y avait du boulot…
Ce matin, j'ai été à la banque
pour toucher l'héritage.
150 000 pesetas.
Sur le chemin, en venant ici,
j'ai essayé de calculer…
combien de passes il a fallu que tu fasses
pour mettre de côté 150 000 pesetas.
Sûrement, au moins… 1 000 passes.
J'ai eu la même somme en un seul jour et sans avoir baisé une fois.
C'est pas juste.
Quelle que soit la façon de le prendre, c'est pas juste.
- Mes condoléances, Helena. - Merci.
- Madame, je suis Sancho, un ami de David.
- Merci.
- Toutes mes condoléances. - Merci.
- Helena, j'aimerais te présenter mon fiancé.
Ils parlent en italien.
…
…
- Madame…
Je vous présente mes condoléances.
- Qui est-ce ?
- Je suis Anna.
Je travaille avec Helena. - À Fontanar ?
- Encore un peu ? - Non, ça ira comme ça.
- Chef. - Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je peux en prendre pour la tombe de ma mère ?
- Prends. M. Benedetti aurait accepté volontiers.
- Merci mille fois, chef. - De rien.
Ça devrait aller, ça y est presque. - Encore un peu plus ?
- Un petit peu encore. - D'accord.
Ça commence à durcir ?
- El Fontanar, foyer pour enfants.
Ouais…
"Courage, Helena. Nous t'aimons et nous avons besoin de toi.
"Tes collègues."
- C'est ici, l'enterrement du consul Benedetti ?
- C'est sa tombe, mais la famille est partie.
- Une demi-heure que je tourne en rond dans ce cimetière…
- Ça a été bien terne et bien rapide,
et tout le monde a eu l'air tout d'un coup très pressé.
Ça m'a déçu. - Tu es un ami de la famille ?
- D'Helena, plutĂ´t.
Son père, je savais que c'était un diplomate italien
et qu'il avait un revolver.
Et toi ? - Moi, je connais surtout David.
- Tu crois qu'ils sont heureux ?
- Les morts ?
C'est possible.
Je me le demande, moi aussi.
- Je parlais de David et Helena.
- Je sais pas, pose-leur la question. - Je vais lĂ .
- Tu la connais ?
Tu la connaissais ?
- Pas beaucoup. C'était ma mère.
Merci.
- Je suis garée à l'une des entrées.
Si tu m'aides à la retrouver, je te ramène.
- Bien sûr. Super ! - Allons-y.
J'ai vraiment aucun sens de l'orientation.
Je me paume dans 1 mètre carré.
- Tu te rappelles la marque ? - Oui, je suis pas folle.
Ma parole, on se croirait Ă Sarajevo.
- Ils vont nous exproprier. - Ah bon ? Quand ça ?
- Je sais pas. Ils vont construire une avenue.
L'avenue Prince-d'Asturies, ça va s'appeler.
Tu veux boire quelque chose ? - Un verre m'aidera à me réchauffer.
- Je viens d'emménager, j'ai pas encore de meubles.
- Laissons tomber.
- J'ai de l'argent pour t'offrir ce que tu veux.
150 000 pesetas.
- Tu m'inviteras une autre fois.
- Je l'ai pas volé !
C'est mon héritage.
Tu entends ? Mon héritage !
- Qu'est-ce qui te prend ?
Je m'appelle Clara.
Ne te fâche pas, on se reverra.
- D'accord, excuse-moi.
Moi, c'est Victor.
- Au revoir, Victor. À la prochaine.
David parle italien.
David fait des sons sous l'eau.
…
…
- Qu'est-ce que tu as dit ?
- Que c'est bon.
Mais tu peux faire mieux.
Remonte.
Remonte, remonte.
Elle gémit.
…
…
…
- J'ai rencontré Victor Plaza à l'enterrement.
- Victor ?
- Oui. - Tu en es sûre ?
- Oui.
- Moi, je ne l'ai pas vu.
- À ce moment-là , tu tournais le dos.
C'était quand tu partais avec Sancho.
- Fait chier, ce fils de pute. Il a dit quelque chose ?
- Il m'a présenté ses condoléances.
- Ce type est un psychopathe.
Comment il savait,
pour l'enterrement ?
- Je sais pas.
- Il a dĂ» te suivre.
Il faut le dénoncer
Ă la police. - Non.
S'il te plaît, ne fais rien.
- Je vais pas laisser ce détraqué te poursuivre.
- On peut pas le dénoncer pour m'avoir présenté ses condoléances.
- Les gens croient que la charité, c'est donner ce qu'ils ont de pire.
Ça marche pas comme ça.
Plein de chemises délavées…
Où sont passés les anoraks ?
Il va falloir que je tape
cette pauvre Helena.
- Tu sais ce que c'est qu'une violation de domicile ?
- J'en ai rien Ă branler.
Qu'est-ce que tu foutais au cimetière à espionner ma femme ?
- J'espionnais personne. Ma mère est morte pendant ma peine.
J'ai vu votre enterrement par hasard.
- Tu es toujours lĂ oĂą il faut pas, toi.
- C'est vrai, j'ai pas autant de veine que toi.
MĂŞme dans les pires moments,
tu sors gagnant.
- Si jamais tu t'approches encore de ma femme…
je te bute la gueule.
- Ah ouais ?
Et comment ?
Hein, comment ?
- Waouh, c'est le but ! Le but ! - Ouais !
- Quel but superbe ! - But !
- Ils le remontrent, regarde !
Putain, quelle feinte ! C'est géant.
- Il a du poil au cul, Caminero !
Il a des couilles, Caminero !
- Bon, Victor. Je t'aurai prévenu.
- Tu viens m'aider ? Je t'ai apporté quelque chose.
Viens voir.
C'est pour toi, pour que tu fasses de beaux rĂŞves.
- C'est chouette !
Victor parle bulgare.
- Qu'est-ce que tu as dit ?
- C'est du bulgare.
- Ça veut dire quoi ?
- Quelque chose de bien.
- Tu vas voir. On le met comme ça.
Et voilà , c'est un canapé. - Super.
- Quand on l'ouvre, ça fait un lit.
- Merci beaucoup. - C'est rien.
Mais c'est sympa, c'est vrai.
- Tiens. - La Bible ?
- Lis-le. Oui, c'est ma bible.
- C'est quoi ?
- Lis-le.
Ici, lis. - Bon, d'accord.
"Amygdalectomie dans la petite enfance. Pas d'accoutumance."
- Non, aucune.
- "Hémoglobine hémato…" Quoi ?
- Hématocrite.
- "Fer…"
- Regarde.
- "Test HIV négatif."
- Voilà , je suis très sain, comme tu le vois.
- Tu es sain, oui.
- Parce que… - Ça se voit.
- Je te l'ai pas encore dit…
mais je viens de sortir de prison.
- Ah, oui…
- VoilĂ .
Il fait chaud, non ? - On est bien.
Victor parle bulgare.
Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce que c'est ?
- Du bulgare.
Ça veut dire qu'on peut déplier le futon.
- ArrĂŞte de mater.
- J'avais jamais vu ça, moi.
- Moi non plus.
Allez, viens.
- J'arrive.
C'était bien ?
- J'ai pas senti grand-chose.
- J'ai pas beaucoup d'expérience.
- J'ai vu.
- Donne-moi des cours. - Ça s'enseigne pas.
- On peut tout enseigner.
Et si je m'applique, je peux apprendre très vite.
Je veux devenir le meilleur baiseur du monde, le meilleur !
Dis-moi ce qui te plaît…
Ă€ quoi tu penses quand tu te masturbes, dis-moi tout.
Tes fantasmes… Apprends-moi, j'ai toute la vie pour apprendre.
- Écoute, Victor.
Tu m'as traitée comme le cul d'une poule.
- Tu y vas pas de main morte…
- Il faut pas te jeter sur une chatte comme une brute.
- Il faut pas me jeter. - Non.
MĂŞme pas pour la bouffer.
- OK. - Ni pour la pénétrer.
- Ni pour la pénétrer. - Non.
Il faut d'abord la préparer.
C'est elle qui va te dire quand elle est prĂŞte Ă te recevoir.
- Comment elle va faire ? - Elle va te le dire.
Tu t'en apercevras. - On verra si c'est vrai.
- Tu viens d'avoir ta 1re leçon : l'amour se fait à deux.
- Génial, donne-moi la 2e.
- Clementina, ça va, ce matin ? - Le bordel.
J'ai renvoyé Joseph chez lui, il a la grippe.
- Et les enfants ? - En bonnes mains.
Il y a un nouveau. - Il a des références ?
- Tant qu'il répare les chaudières… - Il a réparé la nôtre ?
- Oui. - Formidable. Mais d'oĂą il sort ?
- Il a étudié la pédagogie.
Il a promis de rester toute l'année. Il m'a fait bonne impression.
- Je vois.
- J'étais si accablée qu'il a offert de m'aider.
Ça t'embête pas ?
Les enfants s'amusent, ils rient comme des fous.
- Allez, on tape sur le grand méchant loup !
- Cesse de me torturer, Clementina.
- Le méchant loup, viens par là !
- Allez, ça suffit. Ça suffit, les moutons.
On arrĂŞte. - Oh non ! Allez !
Allez ! Il faut l'attraper et lui faire des guilis !
Brouhaha des enfants
…
- Voici Helena.
C'est elle, la patronne.
Miguel, arrĂŞte cette fixation sur les jambes.
- On se connaît, je crois.
- Qu'est-ce que tu cherches ?
- À aider. - Comme ça ?
En me poursuivant comme un fou ?
- Je ne te poursuis pas.
- Depuis que tu es sorti, je n'arrĂŞte pas de te voir.
- Désolé, mais nous habitons la même ville.
- Tu ne peux pas rester ici.
- Et pourquoi ?
Clementina m'a dit que présenter mon diplôme de pédagogie suffirait.
- Quand as-tu fait des études de pédagogie ?
- En prison, avec les cours par correspondance.
- Tu as dit Ă Clementina, pour la prison ?
- Qu'est-ce qui se passe ?
Le problème, c'est que j'ai fait de la prison à cause de toi ?
C'est quoi, ici ? Une ONG ou un ministère ?
- C'est un foyer qui accueille 12 enfants qui ont souffert.
Je ne veux pas que nos problèmes les perturbent.
- Je vois.
"Maudit tu seras dans la ville,
"et maudit, Ă la campagne.
"Maudit sera le fruit de tes entrailles,
"et maudit, le fruit de tes terres.
"Maudit, tu seras en entrant
"et maudit tu seras en sortant."
Deutéronome, chapitre 28.
En l'écrivant, Moïse a dû penser à moi.
Leçon numéro 11. Qu'est-ce que je touche, aujourd'hui ?
- Aujourd'hui, touche ce que tu veux. - Oh non…
- Non ? - Pas ce que je veux.
Déclic d'appareil photo
…
…
…
…
- Leçon numéro 11 :
une femme amoureuse prend du plaisir
en voyant jouir l'homme qu'elle aime.
- Clara, attention… Ne tombe pas amoureuse de moi.
- Trop tard. Il fallait me prévenir avant.
Oh ! Qu'est-ce que tu fais ici ?
- J'habite ici.
Je vous ai épousée avant d'attraper la maladie d'Alzheimer.
D'où tu viens ? - J'ai donné des cours.
- Des cours de danse ?
- De danse, bien sûr. C'est de la queue ?
- Oui, de la queue de taureau au brandy.
- C'est pour quoi ? On fĂŞte quelque chose ?
- Notre 12e anniversaire de mariage. J'ai pris mon après-midi.
- Mon Dieu, j'avais complètement oublié, je suis désolée.
- Va m'attendre au salon, je me charge de tout.
- D'accord. Tu veux bien me servir un verre ?
- Oui.
Tu t'allonges comme un mec pour regarder la télé ?
- Je savais pas que s'allonger était réservé aux hommes.
Je suis fatiguée…
- Ça m'étonne pas, tu dois te dépenser en dansant.
Tu avais laissé tomber il y a 7 ans. Pourquoi tu reprends ?
- Ben… Je pense que je veux redanser.
J'ai besoin d'une occupation.
- Occupe-toi de nous deux.
- Sancho, pourquoi on se sépare pas ?
Pourquoi on se sépare pas ?
- Tant que je t'aimerai,
on ne se séparera pas.
- Un jour, j'aurai plus si peur de toi, Sancho.
Ce jour ne va pas tarder Ă venir.
- Je vais dans la cuisine, ça doit être prêt.
- Je veux plus que tu me frappes.
- C'est à moi que ça fait mal.
- Alors raison de plus.
- Tu vas rester ici. C'est moi qui vais mettre la table.
Pardonne-moi…
- Tous les poulets que tu veux, mais tu me dois 2 mois.
- La communauté paye en retard… - La communauté ?
L'Italienne est pleine aux as !
- Rosa, t'es incroyable… - Ma fille…
- On va chez le dentiste.
- Si on te parle de note Ă payer, tu ne sais rien !
400 000 pesetas, la dernière fois… - Salut.
- David ! - Ma femme est lĂ ?
- Je vais la chercher ? - Non, j'y vais.
- Donne-moi encore 2 jours.
- D'accord, mais juste 2 jours.
Moi aussi, je suis gênée, en ce moment…
- Oui ? - Pour les enfants.
- Vas-y cet après-midi et tu les achètes.
- Merci, Helena. Bonjour, David.
- Bonjour.
- Tu fais une de ces têtes…
Qu'est-ce qui se passe ? - J'ai vu Victor entrer ici.
- Il travaille comme volontaire.
- Comment ?
- David, ne fais pas d'esclandre.
- Tu as engagé ce salaud ?
- Je suis arrivée un jour et il était là .
- Je ne comprends pas.
- David, c'est pas l'armée, ici.
Je peux pas désavouer Clementina sans explication.
Et il travaille bien.
- C'est le comble !
- Je devrais faire quoi ?
Victor.
- Salut.
- David.
Victor, tu vois pas que je suis occupée ?
- Pardon… Il faut que je te parle avant que tu partes.
- Oui, moi aussi.
Ça te dérange pas de nous laisser ?
- Si, ça me dérange beaucoup. - T'énerve pas, mon amour.
Ça va bien se passer.
- C'est le dernier endroit oĂą vous auriez dĂ» vous rencontrer.
- Victor, soyons brefs et clairs.
La femme qui vient de sortir de cette pièce, c'est ma femme.
Et je suis fou d'elle.
Je ferai tout pour la défendre, elle est tout ce que j'ai.
Et comme tous les infirmes, j'ai un caractère de chiotte.
- Je ne doute pas de tout ça.
Mais j'y suis pour rien !
- Tu crois ?
Un peu, si. Un peu beaucoup.
Avant de te rencontrer, je pouvais regarder le monde debout.
Maintenant, je regarde toujours par terre !
Je dois éviter la merde pour pas me salir les mains,
les bords, pour pas tomber. Tu m'as condamné à regarder en bas !
- Je ne t'ai rien fait !
- Tu vas dire que c'est un accident ? - C'était pas un accident.
- Tu l'as fait exprès, fils de pute ? - J'ai pas tiré !
C'est Sancho !
C'est Clara qui me l'a dit.
- Impossible. C'est toi qui tenais le revolver.
Lâche-moi ! Victor, lâche-moi !
ArrĂŞte !
Victor, laisse-moi !
- Je n'ai pas appuyé sur la détente. Je voulais pas tirer !
Prends le revolver ! - ArrĂŞte, merde !
- Mets ton doigt sur la détente, sans appuyer.
J'avais le doigt sur la détente.
Mais c'est Sancho qui a poussé mon doigt.
Et pas par accident.
Parce que tu niquais sa femme.
Clara voulait le quitter pour toi.
Et lui le savait.
C'est pour ça qu'il a tiré.
- Salut.
- Salut.
- J'ai parlé avec les messagers de la paix.
Ils ont un foyer d'enfants atteints du sida.
Demain, j'irai les voir.
S'ils m'acceptent, je quitte El Fontanar.
J'ai déjà mis mes collègues au courant.
- Ne fais pas ça.
- Victor n'aura plus d'excuses pour me voir.
Je pensais te faire plaisir. - Non.
Et je ne veux pas que tu te mortifies.
Et tes collègues ? C'est toi qui as créé ce foyer.
- Je pars, mais je continuerai à les aider financièrement.
- Mais… et les enfants ? Tes enfants…
- Je sais pas comment je vais faire. Mais je ne dois pas penser Ă moi.
- Viens, viens, Helena.
Viens, on va se fumer un pétard
et se détendre un peu, d'accord ?
On a eu une journée très stressante tous les deux.
Allez.
- Je te trouve détendu.
- Parce que j'en ai déjà fumé un.
- De quoi vous avez parlé, Victor et toi ?
- Il t'a pas raconté ? - Non.
Je lui ai pas posé la question. Je te la pose à toi.
Alors, de quoi vous avez parlé ?
- Tiens.
Du coup de feu…
Il dit que ce n'est pas lui.
- C'est lui qui tenait le revolver. Je comprends pas.
- Helena…
Il y a des choses dont je ne t'ai jamais parlé.
Elles se sont passées avant de te connaître.
J'étais un très bon ami de Sancho,
et aussi de Clara.
Surtout de Clara…
Dis quelque chose. Insulte-moi, si tu veux,
mais dis quelque chose.
Dis-moi quelque chose.
- Allez, il faut dormir, maintenant.
Fais attention, tu vas prendre froid.
- J'avais besoin de prendre l'air.
David m'a raconté l'histoire du coup de feu.
- Et ?
- J'imagine que tu as dĂ» me haĂŻr
et que tu dois encore me haĂŻr.
- Pourquoi je te haĂŻrais ?
J'ai l'air de te haĂŻr, en ce moment ?
Pendant des années, je n'ai pensé qu'à me venger.
J'avais mĂŞme un plan !
- Un plan de vengeance ? - Ouais.
Un plan ridicule.
Ce soir-là , ce qui m'a blessé le plus,
c'est que tu me traites de puceau
et que tu me dises que je savais pas baiser.
Je me suis juré que je te ferais ravaler ces mots.
Mais c'était vrai.
J'ai décidé que lorsque je sortirais,
je ferais tout pour devenir le plus grand baiseur du monde.
Mon plan consistait Ă passer avec toi toute une nuit,
et durant toute la nuit, te baiser sans répit.
Je t'aurais baisée, je t'aurais fait jouir
plus que tu aurais jamais rêvé de ta vie.
Et naturellement, toi, tu serais tombée amoureuse de moi.
Mais je t'aurais abandonnée,
pour ne plus jamais te revoir,
même si tu m'avais supplié à genoux.
C'était ma vengeance.
C'était mon plan.
- Adieu, Victor.
- Attends, pars pas.
- Je vais quitter cet endroit bientĂ´t.
Je pense que nous ne nous reverrons plus jamais.
- Pour effacer Helena de mes pensées,
je me suis mis Ă travailler.
Et j'ai repris la lecture de la Bible, comme en prison.
1er jour : Dieu créa la nuit pour que les amoureux ne dorment pas.
Il créa l'eau pour qu'elle tombe goutte à goutte du toit des marchés.
Et il créa les poissons, non pas pour emplir les mers,
mais pour que je les décharge au petit matin.
C'est comme ça que je ne pense plus à Helena à en devenir fou.
Un chien aboie.
Elle chantonne.
- Salut ! - Tu m'as fait peur !
Embrasse-moi. Tu m'embrasses pas, salaud ?
Serre-moi fort, serre-moi fort !
- Où tu étais, ces 15 derniers jours ?
- Au Portugal.
Tu as une drĂ´le d'odeur. - Le poisson.
Tu faisais quoi, au Portugal ?
- Du tourisme et une cure.
- Du tourisme…
- Tu as pas reçu ma carte postale ? - Non.
- J'ai pas pu te prévenir.
Sancho a des doutes.
Il a décidé de me reconquérir en changeant d'attitude.
On était dans un centre de remise en forme.
Il a même cessé de boire, le con. - Et toi ?
- Je bois plus que jamais, tu vois ?
- Je vais prendre une douche.
- Ça va pas, toi ?
- Ça va, je suis juste fatigué.
Je travaille Ă Mercamadrid, en plus de la maison d'accueil.
À charger et décharger des caisses.
- Pourquoi tu dois te tuer au travail ?
- Tu me demandes pourquoi ?
Je vais pas vivre Ă tes crochets. - Pourquoi pas ?
- Tu as de ces idées…
- Attends…
- Clara…
Je crois qu'il faut qu'on arrĂŞte de se voir.
- Ne me dis pas ça, trésor…
Mon amour, je ne te demande rien.
Seulement te voir de temps en temps.
- Nous devons trouver une solution Ă nos vies.
Mais… on doit le faire chacun de notre côté.
- Mais pourquoi ?
Je ne te demande même pas de m'aimer…
Je le fais assez pour nous deux…
- Clara, tu sens rien de bizarre ?
Clara, je sens une drĂ´le d'odeur.
Putain, la poĂŞle !
Elle crie.
…
Clara !
Tu es folle !
Ça va pas, non ?
Merde !
Bordel !
Putain de merde !
Clara !
Clara.
Clara ?
Clara ?
Un chien aboie.
- Je pensais que tu ne viendrais plus. - J'ai eu une galère.
- Tout le monde dort. Tout est prĂŞt, d'accord ?
- Merci beaucoup.
Bonne soirée avec ta nana.
Joyeux anniversaire. Embrasse-la de ma part.
Je savais pas que tu étais ici.
- Je suis venue récupérer les affaires que j'avais laissées.
- Reste. Si quelqu'un doit partir, c'est moi.
- Tais-toi.
Jure-moi que tu ne me chercheras pas et que nous ne nous reverrons plus.
Promets-le-moi.
- Oui, je te le promets.
Acclamations des spectateurs
…
Sifflet
…
Acclamations des spectateurs
…
- Le jour vient de se lever.
Elle inspire fort.
…
…
…
…
Enclenchement d'un mécanisme
…
- David… - Oui. Je t'ai réveillée ?
- Je t'attendais pas si tĂ´t.
- Je suis rentré en taxi de Séville.
Je n'ai pas attendu
le reste de l'équipe.
- Tu dois être fatigué.
- Non, je ne suis pas fatigué.
Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as pas envie ?
- C'est pas ça…
J'ai mal.
- Tu as mal ? Ah oui ?
- J'ai fait l'amour toute la nuit.
Il ronfle.
…
- Tu fais quoi ?
- Je m'en vais.
- Où ça ?
- Loin de toi.
- Clara, recommence pas.
Donne-moi un Alka-Seltzer.
Ma tête va éclater.
- Laisse-moi partir.
- Oublions hier soir…
Il crie.
Du calme, Clara.
- Les clés ! Laisse-moi sortir.
- Nous méritons d'avoir
une nouvelle chance. - On en a eu déjà beaucoup.
Maintenant, écarte-toi.
- Je peux changer…
Je te l'ai prouvé la semaine dernière, non ?
Pardonne-moi, putain ! - Je te pardonne.
Coup de feu
- C'était qui ?
- Ça te ferait du mal de l'apprendre.
- Ce qui me fait mal,
c'est que tu l'aies fait.
- C'était Victor.
- Ce fils de pute !
Je le savais !
- Ça a été ma faute.
Mais ça ne se reproduira pas.
- Pourquoi je devrais te croire ?
- Je ne mens jamais, David.
- Ça, c'est vrai. Oui.
Tu es d'une sincérité insultante.
Que vas-tu faire, maintenant ?
- Rester auprès de toi, si tu veux de moi.
- Pourquoi ? Ça t'a pas plu ?
- J'ai pas dit ça.
- Alors pourquoi tu veux rester avec moi ?
- Parce que tu as plus besoin de moi que lui.
- D'accord…
D'accord. Je vais exploiter ton complexe de culpabilité.
- David ?
- Salut. Oui, c'est moi.
Elle frappe.
- David, ouvre-moi.
David, qu'est-ce que tu fais ?
- Je vais venir.
Ă€ tout de suite.
- David, s'il te plaît, ouvre-moi.
Où tu vas ? - M'entraîner.
- Tu es sûr ?
- Bien sûr que je suis sûr.
Pour qui tu t'inquiètes ? Pour moi ou pour lui ?
- Pour nous 3.
Ă€ qui il parlait ?
*- Oui ?
Clara ?
Clara, c'est toi ?
Clara, réponds-moi…
Clara, oĂą que tu sois, je te retrouverai.
Clara ?
Elle raccroche.
Tonalité
Clara ?
- Ça va, Sancho ?
- Salut, David.
- Vous vous êtes brouillés pour de bon ?
- Qu'est-ce que tu racontes ? Ça allait mieux que jamais.
J'avais cessé de boire,
mais elle a pris la mouche.
Elle m'a mis une beigne avec son vanity.
- Et ça, c'est un coup de feu ?
- Oui, mais elle me visait pas.
C'est juste une éraflure.
- Heureusement que tu étais pas de dos.
Sinon, tu allais finir comme moi.
- Je me fous de finir sur un fauteuil si en échange, je récupère Clara.
- Tu sais pas ce que tu dis…
- Quoi ? - Rien.
- Tu as pas un peu de coke ? - De coke ?
Non. Pour quoi faire ?
- Je veux pas chialer.
Et la cocaïne sèche les larmes. Tu le savais pas ?
Elle te refroidit. - Je vois.
Laisse-moi t'aider.
Voyons… Laisse-moi t'aider.
- Ça va…
Donne.
Ça ira, David, merci.
De quoi tu voulais me parler ?
C'est Clara qui t'envoie ?
- Non. - Comment ça, non ?
- Non. Il y a bien longtemps qu'elle m'a pas vu.
Par contre, moi, je la vois.
Regarde.
- Tu adores les Krispies. Pourquoi tu les manges pas ?
Qu'est-ce qui te prend ?
Tu es grand, je vais pas te donner la becquée.
Il a trouvé ça dégueu…
Sonnerie téléphone
- Oui ? *- Salut, Clementina.
C'est Helena. - Salut, Helena.
- Victor est lĂ ?
- Il est pas ici.
- Il est oĂą ?
*- Helena… Tu voulais plus le voir.
- C'est très important.
*- Hier, tu nous dis de ne pas lui donner ton adresse et maintenant…
- Maintenant, je te demande la sienne.
- Helena, qu'est-ce qui te prend ?
Si tu crois que c'est parce que tu nous finances
que tu peux nous prendre pour des cons…
- Cesse de me torturer, Clementina.
- Le prends pas mal, chérie.
Il habite à la Ventilla, dans un préfabriqué.
- Non seulement elle lui fait sa déco et son ménage,
mais en plus, ce salaud se la tape depuis sa sortie de taule.
- OĂą il habite ?
- Mon tout petit…
"Cher Victor,
"J'aimerais que tu gardes ce mot entre les pages de la Bible.
"À côté des choses que tu aimes le plus.
"Lorsque tu le liras, je serai morte ou en fuite.
"Ne te sens pas responsable et n'aie pas pitié.
"Depuis le jour où j'ai frappé à ta porte, je savais
"que je finirais comme ce quartier : détruite.
"Mais je ne le regrette pas et je ne te reproche rien.
"Avant de te connaître, j'étais déjà condamnée à disparaître.
"Je te laisse ta clé et un peu d'argent.
"Je n'ai pas pu en prendre plus car j'ai dĂ» fuir Sancho.
"Quitte Madrid…
"Je sais que maintenant, tu as de bonnes raisons d'y rester,
"mais je suis sûre qu'Helena le comprendra.
"Sauve-toi et fuis Sancho.
"Tu n'obtiendras rien en l'affrontant.
"Les ĂŞtres comme toi et moi ne sont pas faits pour tuer.
"Nous pouvons blesser les autres,
"je dirais même qu'on est particulièrement doués pour ça.
"Mais les tuer, jamais." On frappe Ă la porte.
"Il est là . …
"Je suis sûre que c'est lui. …
"Je connais bien sa façon de cogner aux portes.
"Adieu, Victor…"
- OĂą est Victor ?
- Il est pas lĂ .
Il habite plus ici.
- OĂą il habite ?
- J'en sais rien.
- Qu'est-ce qu'on va faire, maintenant ?
On va se tirer dessus ?
- Dis-moi si tu vois une autre solution.
- Ça dépend de toi.
Clara…
Deux coups de feu
Voilà à quoi se résume ma vie.
À me traîner par terre pour me rapprocher de toi.
J'aurais mieux fait de t'arracher les couilles, ce soir-lĂ .
Eh bien, tire…
Qu'est-ce que tu attends ?
Il va falloir encore que je tire Ă ta place ?
- Tu m'as volé 6 années de ma vie.
- Tu m'as volé bien davantage…
- Clara ne t'appartenait pas.
- Ta vie ne t'appartenait pas non plus.
On n'est jamais maître de sa jeunesse.
Ni des femmes qu'on aime.
- C'est pas possible…
David !
Qu'est-ce que tu fais ici ?
Coup de feu
Helena crie.
- "Helena, je suis Ă Miami.
"Je suis venu y passer les fĂŞtes avec des copains.
"C'est le premier Noël que je passe au soleil
"et la première fois en 6 ans que je le passe sans toi.
"Bien que j'aie du mal à le reconnaître,
"maintenant, je comprends mieux ton manque de gaieté…
"Et les rares fois oĂą je t'ai vue rire.
"Ne te sens pas coupable. Le seul coupable, c'est moi.
"Autant pour ce qui est arrivé rue Eduardo-Dato
"que pour le massacre de la Ventilla.
"Reçois cet aveu de culpabilité
"comme une déclaration d'amour
"et comme mon cadeau de Noël."
- Victor ! - Hein ?
Oui, oui !
Ça y est ?
Vite, on y va ! - Ça y est ?
Oh lĂ , lĂ !
Maria, c'est rien…
- Laisse-moi passer.
- Au revoir ! - AU REVOIR !
À BIENTÔT !
- Joseph ! - Ouais.
- À la maternité ! - Par où ?
- Par où c'est pas embouteillé. - C'est-à -dire ?
- Par le centre-ville.
- Par le centre, on arrivera jamais.
- En ce moment, tout le monde regarde le match, on ira vite.
Allez, respire !
Tiens bon, mon amour.
Et toi, patiente, on arrive Ă l'hĂ´pital.
Tiens bon. Allez, on fait le phoque : ouh !
Vas-y, Joseph, on fait le phoque ! Ouh !
Helena crie.
…
- Les contractions !
- Écoute, toi, sois patient. Accroche-toi.
Je vais essayer de le convaincre.
Je sais comment tu te sens.
Il y a 26 ans, je me trouvais exactement dans la mĂŞme situation.
Mais tu as plus de chance que moi, petit salopard !
Tout a changé…
Regarde ces rues pleines de monde.
Quand je suis né,
tous les gens étaient enfermés chez eux, morts de trouille.
Heureusement pour toi,
il y a longtemps qu'en Espagne nous n'avons plus peur.
Sous-titrage : Éclair Media
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