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(soupir, craquement)
(tintement)
(sapement)
- (Homme): 6h04, le jeudi 26 septembre.
Bonne journée et bienvenue au 87,5 FM.
Avant de passer aux prévisions météos,
l'Agence France presse annonce Ă l'instant
que l'ancien président français Jacques Chirac est décédé.
Il est mort, donc, Ă l'Ăąge de 86 ans,
et la nouvelle vient de sa famille.
Donc, décÚs au cours des derniÚres heures
de l'ancien président français Jacques Chirac, 86 ans.
On aura plus de détails, évidemment,
au cours de la matinée.
Maintenant, pour ce qui est de la météo...
(tic-tac)
(tintement)
(aboiements et chocs)
(aboiements)
(coup de klaxon)
(choc)
âȘ âȘ âȘ
(vrombissement d'une scie)
- As-tu fait un mauvais rĂȘve?
(martĂšlement lointain)
- Non.
(vrombissement d'une scie)
(murmures)
(martĂšlement lointain)
(vrombissement d'une scie)
(bruissement)
Maman?
Maman?
(vrombissement d'une scie)
- D'abord, avertissement de vent,
des rafales de 90 km/h.
Les meubles de patio, attention,
ça risque de revoler un petit peu!
Alors, passage d'un front froid aujourd'hui, on le sent.
Ca va toucher surtout les secteurs du sud en soirée,
et, un peu plus tard, début de nuit
pour les secteurs un peu plus au nord.
Alors, ça va siffler ce soir et cette nuit.
Beaucoup de pluie Ă venir pour ce corridor...
(coups Ă la porte)
... Matagami, Chibougamau et Manicouagan, lĂ ,
une cinquantaine de millimÚtres de pluie à prévoir...
- Eh!
- Je te dirais que t'es de bonne heure...
Mais avec le bruit qu'on fait! - Ah, regarde...
- T'es habitué, comme dirait l'autre!
Comment Mado prend ça, là , de... de revenir à la maison?
On n'a pas trop eu l'occasion de s'en parler.
- Je pense qu'elle est contente de retrouver
ses petites photos, ses affaires, mais tu sais bien,
chez vous puis Pierre-Paul sont dans la cours
aprĂšs faire des travaux
pour qu'on vende au petit crisse, mettons que...
- Ouais, c'est certain. Qu'est-ce que tu veux.
- Bien, il faut que j'aille mener la fille Ă mon frĂšre.
- Eh, Denis! Denis! - Oui?
- Les gars m'ont remis ça tantÎt quand je suis arrivé.
- C'est quoi, ça?
- Ils ont pas voulu s'en débarrasser,
tu sais, tout Ă coup!
C'Ă©tait enterrĂ© Ă 3, 4 pieds de profond, quand mĂȘme!
Je me suis dit: "Attends une minute, toi, lĂ !
"Hein, c'est peut-ĂȘtre Ă Denis, c'est peut-ĂȘtre Ă ses frĂšres,
"ou... ou Ă ..."
"... peut-ĂȘtre Ă sa soeur, un coup parti."
Ca se pourrait,
que Mireille ait laissé ça quand elle était jeune?
- Non, ça me dit rien, ça.
Merci. - Pas de trouble!
- Salut! - Pas de trouble!
(vrombissement d'une scie)
(martĂšlement)
âȘâȘ KrĂšve, KrĂšve, KrĂšve âȘ
âȘ Bouge ta tĂȘte de mort âȘ
âȘ Envie de meurtre, Ă qui le tour âȘ
âȘ Ca fait 15 ans que je tourne en rond âȘ
âȘ Sans savoir aprĂšs qui je cours âȘâȘ
- Marie-Soleil!
Va-t-il falloir que je la jette par la fenĂȘtre,
cette maudite chaßne stéréo là ?
Baisse-moi ça!
(âȘ musique en sourdine âȘ)
- Ah, my god! Ta gueule!
(petit rire)
- Voyons, toi, Ă matin!
(cris)
(rires Ă la radio)
- (Femme): Alors, événement à caractÚre haineux
en face de l'hĂŽtel de ville tĂŽt ce matin.
Les autorités confirment
qu'il s'agirait probablement d'un rĂšglement de compte, oui,
car tout ça a eu lieu au pied du mùt de l'hÎtel de ville,
qui tenait le drapeau de la fierté gaie,
auquel on a mis feu vers 5h00 ce matin,
drapeau installé depuis 24 heures à peine.
- Il a pas fait long feu, j'ai envie de dire!
- Oh, Martin!
- C'est maintenant le retour aux derniĂšres nouvelles...
- Marie-Soleil!
C'est la derniĂšre fois que je te le dis!
Ferme-moi ça, viens boire ton smoothie,
ton oncle Denis s'en vient!
Bon, c'est bon, ça!
- Eh boy, princesse! Nouveau look?
- Eurk! Appelle-moi pas de mĂȘme!
- Marie-Soleil! Ton smoothie!
- Bon matin.
- Bon matin!
- Ah, pas chaud...
- Eh! Entre ça puis une claque sur la gueule...
- Ah, regarde, je prendrais la claque.
Au moins, ça s'arrĂȘte lĂ , pas besoin de t'obstiner!
Tiens, tu lui donneras ça. - Merci.
InquiÚte-toi pas, Chantal, t'es pas spéciale pantoute:
Sonia est en plein dedans avec les filles.
Ca mange de la marde à la journée longue,
puis aprÚs ça, ça t'en donne.
- Comment ça se passe, toi?
- Ah... ça va bien, là . Je suis censé les avoir, là .
- Hein?
- Dans le bout de l'Action de grĂące.
- Ah! - Oui!
Là -bas, par exemple, ça fait que je chaufferais, là .
- A Moncton? - Hum, hum.
- Voyons! Elle est bien folle, elle!
- Non, non.
Ca va me faire du bien,
de toute façon, j'aime ça chauffer, moi.
(en anglais sur le cellulaire)
Je vais m'occuper de le dire Ă Julien moi-mĂȘme, lĂ , mais...
le médecin est passé hier, puis Mado, là ...
c'est une question de jours.
- Hum.
- Avec les résultats qu'il a vus, là ,
ça fait que...
- Bien désolée, mon Denis.
- C'est ça! Fini, les miracles, hum!
- Ouais.
- Eh...
j'aide Elliot Ă s'installer cet aprĂšs-midi.
- Hein? - Oui! Premier appartement!
- Hein, c'est aujourd'hui?
- Bien, ils lui ont donné son congé, là ,
pour qu'il voie sa mĂšre un peu.
- Oh!
(dactylographie sur le cellulaire)
Regarde, tu vois?
Ca va ĂȘtre une belle journĂ©e, mon Denis, je le sens!
- Regarde, on se croise les doigts!
- Ca va en ĂȘtre une pas pire bonne!
Un jour Ă la fois, hein!
LĂąche pas! - Oui!
âȘ âȘ âȘ
âȘ âȘ âȘ
- Il lui en reste pas long, c'est ça?
- Comment?
- Bien, grand-maman, lĂ !
Il lui en reste pas long, c'est ça?
(soupir)
- Regarde, ton pÚre va t'expliquer ça
mais qu'il rentre Ă soir.
OK, ma chouette? - OK.
(rire)
(inaudible)
(entrée d'un texto)
- Borduas écrit qu'il réclame
un monde axé sur la créativité désaliénante,
seule possibilité de libérer
l'homme annihilé par les pouvoirs oppresseurs.
Bon!
Cette notion-là , de libération
à travers une création sans restriction,
une création presque... anarchiste,
violente,
on la retrouve ici dans ces peintures de Borduas.
On parle de défocalisation, d'apolitisme,
"d'all-over composition",
comme dirait le critique Clément Greenberg,
et pourtant, on a peine Ă croire
au désengagement de Borduas.
Regardez ici.
Ces 2 lignes rouges parallĂšles
sur fond contrasté d'un blanc si pur...
âȘ âȘ âȘ
(professeur en sourdine)
(mastication de l'étudiant derriÚre)
âȘ âȘ âȘ
Oui?
Monsieur... M. Larouche?
M. Larouche, vous avez une question, une observation?
- Euh...
- Vous vous ĂȘtes levĂ©...
Je vous ai choquĂ© peut-ĂȘtre, c'est ça?
- Non, non...
Euh, excusez-moi, c'est bon.
(murmures dans la salle)
- Bon! Pour ma part, cette agressivité...
- (La famille): âȘâȘ Bonne fĂȘte, Elliot âȘ
âȘ Bonne fĂȘte, Elliot âȘ
âȘ Bonne fĂȘte, bonne fĂȘte âȘ
âȘ Bonne fĂȘte, Elliot âȘâȘ
(cris d'enthousiasme)
(brouhaha)
- Comment tu te sens ce matin?
- Euh, bien.
- Bien?
- Bien, Michel... bien.
Euh, je... Fier.
C'est sûr que je suis fier.
- Ah!
(soupir)
- OK.
Alors... euh...
Bien, je pensais pas, en fait...
que je pouvais toffer de mĂȘme.
- Hum.
- En fait, je... - Hum, hum!
- Je pense pas que je me sois jamais senti... aussi bien.
Non, c'est...
Etre fier comme ça, c'est... c'est...
Je sais pas.
Tu sais...
(petit rire)
... j'ai jamais rien fait.
J'ai jamais rien bùti, accompli, ça fait que...
Tu sais, t'as 30 ans, tu vis chez ta mĂšre
qui te paie ton linge, ton épicerie...
- Oui. - Ca fait que...
Non, pour moi, cette fierté-là ...
Non, c'est bien nouveau, cette fierté-là .
- Hum, hum? Hum!
(rire)
(soupir)
- Je...
- Elliot... hum...
Tu sais que Marcel et moi,
on penche plus vers la permission
que le congé définitif, hein.
- Hum, hum.
- Mais vu les circonstances,
et puis tes frĂšres, qui ont sans doute besoin de ton aide,
on peut pas t'empĂȘcher d'ĂȘtre prĂ©sent
Ă un moment charniĂšre comme celui-ci,
mĂȘme si ce moment-lĂ , prĂ©cisĂ©ment...
ce moment-lĂ , c'est une menace pour toi,
une menace comme, hein... Vanessa en représente une.
- Non! Ca, là , c'est fini, c'est du passé, je te le dis.
Non.
- Mais... - C'est fini.
- Les moments qui t'attendent, Elliot...
Bien... c'est juste humain
de penser Ă quelqu'un comme elle
qui te comprend, qui te juge pas...
Mais...
(raclement de gorge)
Mais sachant qu'elle a raté les 2 derniers meetings...
et puis, la mort de Mado,
bien, la mort prochaine de Mado, la mort qui flotte...
- Hum, hum. - ... c'est quelque chose, ça!
T'es fragile, Elliot.
On peut ĂȘtre fort, mais fragile Ă la fois.
Hum?
Et comment est-ce que Julien vit ça, lui?
Ca fait...
oh boy! 5, 6 ans, qu'on l'a pas vu dans les meetings.
- Julien, il ne boit plus, il ne consomme plus,
il est clean...
Non... oui, ça va faire 12 ans en fait.
- Hum! - Oui...
Puis, là , il a repris... il a repris les études.
Je pense que ça le...
ça lui donne quelque chose à quoi... s'accrocher.
(profonde inspiration)
- Et... bien, il gÚre ça comment, votre mÚre?
(rire)
- Bien, tu sais, Julien,
ça a tout le temps été le plus proche, le préféré,
ça fait que je pense qu'il en arrache des bouts.
Mais... Chantal est lĂ , comme toujours.
Elle le raisonne, elle le calme.
Je la "truste". tout le monde la "truste" en fait.
Chantal, c'est un petit peu
comme le back bone, tu sais, de la famille,
qui... qui brisera pas,
qui fait en sorte que...
qui nous permet de nous tenir droits.
Mais c'est Denis qui...
qui nous garde ensemble, ça c'est sûr.
Il est tout le temps là à réparer quelque chose,
à réconcilier le monde...
- Denis, le grand Denis!
- Il s'est toujours occupé de moi.
C'est mon frĂšre,
mais c'est un peu aussi le pĂšre que j'ai jamais eu,
puis le pĂšre... le pĂšre de toute la famille,
des bouts, on dirait.
- Hum, hum!
(profonde inspiration)
- Non, je pense que ma mĂšre...
que ma mĂšre va ĂȘtre fiĂšre de me voir tantĂŽt.
- Hum, hum.
(petit rire)
- Je suis reconnaissant pour ça.
Puis, je le remercie.
Je le remercie, parce que...
si je devais pas sortir aujourd'hui,
je serais pas sorti.
Ce qu'il faut qu'il arrive, arrive, puis...
- Allez, toi!
Puis c'est Ă nous de dealer avec le reste.
(tintement de clochettes)
(pépiements d'oiseau)
- Bien voyons! Woh!
- Je vais aller en fumer une!
- Ca sort d'ou, cet osti de vent-lĂ , tabarnac?
(pépiements d'oiseaux)
(téléphone)
(sonnerie)
- Nicole...
(sonnerie)
Nicole?
(téléphone)
Nicole?
Nicole!
(sonnerie)
AllĂŽ? AllĂŽ?
Oh...
(petit rire)
Oh, c'est toi, Mimi!
(petit rire)
Ah...
ah...
(efforts)
- Mme Larouche, que c'est que vous faites lĂ ? Voyons donc!
(respiration ardue)
(murmures)
Qu'est-ce que...
Hein? Attendez!
- Téléphone... télé...
- Quoi? Quoi, le téléphone?
J'appelle Denis? - Non...
- Denis, Julien? - Non...
- Mme Larouche, je sais pas quoi faire!
Ca a pas de maudit bon sang,
il faut que je vous ramĂšne Ă votre lit!
Nicole? Attendez, bougez pas!
Nicole! Nicole!
Attendez! Nicole!
- Mme Larouche! Comment vous vous ĂȘtes rendue jusqu'ici?
- Je veux... téléphoner...
Il faut que je parle...
Je veux parler au téléphone...
(toux)
- OK, j'appelle Denis!
- Non, non... je veux pas Denis,
je veux pas Julien... pas Julien, pas Julien...
Je veux... je veux téléphoner...
(toux)
- Oh, seigneur!
(toux)
(étouffement)
A qui vous avez besoin de parler, Mme Larouche?
(respiration ardue)
(soupir)
- Ca a dû te manquer, ça, c'est comme rien!
- Quoi?
Ca, lĂ . Manger de la marde.
- Ca fait 120 jours que je mange de la marde,
ça fait que, plus ou moins, là .
- Eh...
Eh, viens ici! Viens ici!
- Denis! Denis... - Hein?
(baiser)
- Denis!
- Je suis content de te voir!
- T'as pas besoin de faire ça!
- Voyons, voyons! Crisse, osti!
J'ai le droit de te toucher!
- Pas forcer de mĂȘme, lĂ , c'est whack!
- Bien non, mais voyons!
J'ai le droit de toucher mon frĂšre, lĂ !
Hum!
Ca me fait penser...
(entrée d'un texto)
- Ah, fucking Vanessa Ă marde!
- Hop!
C'est à toi, ça? - Hein?
- C'est les gars qui ont trouvé ça dans la cour.
En creusant.
Ils se sont dit que ça devait ĂȘtre Ă nous autres.
Bien, Ă toi ou Ă Ju,
parce que moi, j'ai jamais vu ça, cette boßte-là .
- C'est pas Ă moi pantoute.
J'ai jamais vu ça de ma vie.
- Ah! Ca doit ĂȘtre Ă Julien.
- M. Larouche? Vous avez 2, 3 minutes?
- Qu'est-ce que j'ai fait? - Oh, rien.
- Excusez-moi pour tantĂŽt, j'Ă©tais... dans ma tĂȘte.
- Je préférerais que vous soyez dans mon cours.
Je vous taquine, M. Larouche.
Dites-moi, Julien, j'ai...
j'ai beaucoup aimé votre exercice d'appropriation.
C'est trÚs réussi. - Ah? Merci!
- TrÚs réussi,
cette espÚce d'interrogatoire qui m'a évoqué
La charge de l'orignal, évidemment.
Et puis, ce protagoniste que vous avez créé,
joueur de base-ball, star du village,
qui se sacrifie comme ça pour... pour défendre son pote,
mi-homme mi-renard...
- Hum!
- C'est original!
C'est venu d'ou, cette idée?
- Nulle part, c'est juste... c'est juste un devoir.
- Oui, bien sûr.
Euh...
Ah, bon weekend, M. Larouche!
- En fait...
j'ai...
j'ai joué quand j'étais jeune au base-ball.
- Oui, je... J'avais compris, oui.
- Mettons que la joie de vivre, ces temps-ci, on repassera!
Je suis assez stressée, là !
Pour moi, ils vont enterrer la mĂšre,
ils vont me "domper" dans la tombe au cÎté!
- T'as pas le monopole de la marde non plus, Chantal!
- Ah bien, regarde, c'est encore drĂŽle!
Mado qui est en train de mourir, lĂ ...
Je l'aime, Mado.
C'est juste qu'à un moment donné,
on vient qu'on ne le sait plus.
Est-ce fini? Est-ce pas fini?
- Voyons!
- Hum...
Mon Dieu, cette famille-lĂ , lĂ ...
ils l'ont eu roff.
Ca fait 20 ans que je suis dans le portrait,
ils ont pas eu un ostique de break en 20 ans!
Eh, là , je te dis tout ça, Karine,
mais tu gardes ça pour toi, hein?
Non, non, je sais que tu sais...
mais c'est juste que des fois, avec tous leurs problĂšmes,
on dirait que c'est toujours nous autres qui écopons.
Marie-Soleil, Julien, moi...
Je suis lĂ , moi aussi, lĂ ! - Bien oui, t'es lĂ .
- Ouais...
Mon surprise dans 4 jours, tu sais...
bon, j'en ferai pas de cas, lĂ ,
mais j'ose espérer que je passerai pas dans le beurre.
- Bien voyons donc!
- Je veux pas faire mon égoiste, là , mais...
Eh! Toi, tu viens, lĂ ? - Bien, on vient toute la gang!
- C'est ça!
- Ca fait 2 semaines que je pratique ma toune!
- Eh, arrĂȘte!
(rire)
Eh, j'ai tout organisé:
le bar, la guest, le DJ:
là , tout est réservé depuis 3 mois, payé!
- Bon!
- Là , ça reste un surprise
mĂȘme si je suis pas surprise, hein?
- Bien certain!
- Je veux juste que tout soit parfait, tu sais.
Bah! Il y a jamais rien de parfait, tu me diras.
- Ca commence à faire un méchant bout
que j'ai pas vu Julien dans les meetings, hein.
Comment est-ce qu'il va?
(gémissements)
(respiration haletante)
(essoufflement)
(soupir)
- Vas-tu me le dire, ton nom?
- Tu le sais, mon nom.
C'est Crystal.
(rire)
- Eh oui!
Moi, c'est Pablo!
- Tu sais qu'on n'a pas le droit
de le dire, notre nom, Julien.
- Mais ça fait 3 fois qu'on se voit!
- Oui...
Carole.
Je m'appelle Carole. C'est moins chic, hein?
- Non, j'aime ça, moi, Carole.
- Elle, la petite, ça doit ĂȘtre une Josiane.
- Presque.
Marie-Soleil.
- Eh bien! Marie-Soleil.
En tout cas, elle, c'est une Chantal.
T'as les yeux tristes, toi.
(rire)
- Le monde est tout triste.
- Ouais... je t'ai pas dit que t'étais triste.
Je t'ai dit que t'avais les yeux tristes.
- Hum...
Ah, je suis juste...
je suis stressé ces temps-ci.
Mon petit frÚre qui sort de désintox,
ma mĂšre qui est aprĂšs mourir...
ça fait que ça me tente pas d'ĂȘtre fin,
puis que quelqu'un me regarde dans les yeux quand je fourre,
qui me joue dans la tĂȘte...
- Ouais.
Mais... elle a l'air fine.
Puis, elle est belle.
- Ca va ĂȘtre trou de cul, ce que je vais dire, lĂ , mais...
on dirait que je la respecte trop pour qu'on fourre.
- Ah! Puis moi, tu me respectes pas, c'est ça?
Eh, eh, relaxe...
(soupir)
Je te niaise.
Tu sais bien que je le prends pas personnel.
- C'est pas que je te respecte pas,
c'est... c'est que je te connais pas.
Puis, que toi non plus, tu me connais pas...
puis c'est de mĂȘme que j'aime ça.
(ruissellement d'eau)
- Je vais vous chercher ça, Mme Larouche,
mais vous bougez pas, par exemple, hein!
1991...
91, 91...
Ah!
(murmures)
(tonnerre lointain)
(pépiements d'outardes)
âȘ âȘ âȘ
Mme Larouche, c'est le passé.
(tonnerre)
(sanglots)
(tonnerre)
(respiration haletante)
(claquement d'une porte)
Elliot?
Vous arrivez au bon moment, je pense.
- Tabarnac, tasse-toi!
Tasse-toi!
CĂąlice!
âȘ âȘ âȘ
- J'ai h...
J'ai honte de ton frĂšre.
- Honte?
- Ton frĂšre...
- Oui?
(respiration haletante)
- J'ai honte de ton frĂšre...
- Regarde, regarde, je suis lĂ .
Je suis lĂ , maman. Je suis lĂ . Calme-toi.
- Ah oui, des nouveaux cheveux...
Les cheveux... - Oui, je les ai changés.
- Ah... - Oui.
- Ah...
- Je pensais que t'aimerais pas ça.
(sanglots)
- Essaie de dormir... hein, mon bébé...
- Chut...
- T'es mon bébé...
(sanglots)
(rire)
- Est-ce que vous avez parlé à Denis?
- Denis est sur le chantier.
- Chut...
(tonnerre)
(respiration ardue)
(gémissements de Mado)
(gémissements de Mado)
(respiration ardue)
(respiration ardue)
- Ca se peut pas...
- Maman, arrĂȘte...
(respiration ardue)
- Ca se peut pas...
(tonnerre)
(chant des oiseaux)
(gémissements)
(âȘ Artificial Flowers par Bobby Darin âȘ)
Hello! - Hello!
- Oh, oh, oh!
Pour moi, ça va retomber!
- Puis? Puis? Puis? - Bien, écoute...
C'était bien, c'était une belle soirée.
- Bien non, arrĂȘte! ArrĂȘte!
Eh, combien? Je suis une fille de chiffres, moi!
- Monique, je veux trinquer! - Tiens, tiens, tiens, tiens!
Attends, je vais m'en remettre un petit peu.
Tiens! Bon! A tes prochaines élections!
- A nous, chérie! A nous!
- Mmm!
- Sais-tu comment Leclerc m'a regardée ce soir?
- Eh, peut-il fermer sa gueule un peu, lui?
- Comme si j'étais... un insecte!
- Pfft! - Et je peux te dire...
Ils ont peur de moi, mon amie! Ils ont peur!
- Bien, c'est sûr, Mado! Evidemment!
- Ils ont peur! - Mado, combien?
- Ils s'imaginent... 34 000$.
- Ah! 34 000$!
- 34! - 34 000$!
- Je sais!
- Eh, ça va nous en faire,
de la belle pancarte électorale!
Regarde, j'en veux partout, c'est pas compliqué!
- Mais ils s'imaginent que je pogne...
Que je déteste ce mot!
- Moi aussi, je hais ça!
- ... avec mes beaux vĂȘtements,
mon beau sourire, et tout le tralala!
J'entends des gens! - Je sais bien!
- J'ai des idées! - Je sais!
- Et ils sont prĂȘts, Momo! Oui, oui, ils sont prĂȘts!
Ils sont prĂȘts pour une femme!
Ils sont prĂȘts pour une leader!
Ils sont prĂȘts pour... - Un pays!
- Non! Non, pas... - Oui!
- Non, non, pas un pays, mais pour une langue,
une langue bien parlée, bien écrite, et sauvegardée!
- Oui, oui!
Mais une langue, chérie, pour ça, il y a le Bloc!
C'est un parti qui veut un Québec autonome...
- Bien voyons! - Ca te ressemble, ça, Mado!
- Reviens-en! Jean Lapierre, excuse-moi, cherryberry!
Un existentialiste qui sait pas comment se brancher!
- Ah, parce qu'un Jean Chrétien, c'est mieux?
Un cours de diction à Ottawa, ça serait pas le Pérou, non?
- Oh! Langue sale!
Je devrais te laver la langue au Irish Spring!
- Regarde, en autant que tu me la laves en français, ma langue!
(rire)
Ah, ah!
- Bon, des frites!
- Pierre, franchement!
Il faudrait que t'apprennes
à leur dire non à un moment donné!
Ils dormiront pas de la nuit avec ce sel-lĂ dans le sang!
- Je passais devant Patates Ă Momone,
la derniÚre fois, j'avais pas payé.
- Menteur! Pfft! - Encore des bonnes vitamines!
- Eh, Laurier! Tu vas avoir de la misĂšre Ă viser drette
avec tes 3 steamés moutarde-chou!
Ouf! Eh boy, as-tu vu ça, Mimi?
C'est pas Ă soir
qu'il va se faire "drafter", hein, notre Laurier!
- Just watch me.
- Nos fils ont de quoi frimer, c'est comme rien, hein!
Ils sont assez beaux!
Aie, aie, aie!
Avec le repĂȘchage qui s'en vient l'Ă©tĂ© prochain,
toi puis tes projets de mairesse,
ça commence à nous en faire, ça, des lampions allumés!
(rire)
Eh, dis-moi donc, toi...
que c'est ça...
Mimi qui est rentrée chez Mme Lagarde en pleine nuit?
C'est quoi, cette histoire-là ? C'est des menteries, ça?
- Pff... Ecoute, je sais pas. Une lubie, une illumination.
Ah! Elle voulait voir
de quoi ça avait l'air chez le voisin.
C'est ça qu'elle m'a dit.
- Bien voyons donc! - Je sais!
(rire)
- Elle Ă©tait peut-ĂȘtre tannĂ©e de ton papier-peint!
- Ah bien là , s'il faut qu'on recommence à décorer
pour garder les enfants dans leur lit,
on n'a pas fini de la payer, cette hypothĂšque-lĂ !
- Bien non! Voyons, Mado! Oublie ça, cette histoire-là !
On en a tous fait, des folies, quand on était petits!
- Oui, oui, je sais. - Ca passe, ça passe.
Ta fille va rester dans son lit bien bordée,
nos 2 gars s'en vont dans les ligues au States,
merci, bonsoir!
- Oh! - On va aller se coucher!
âȘ âȘ âȘ
- Bon bien, Monique, merci pour le drink! A demain!
- Bye, bye, cherry!
Laurier, envoye!
- Allez, Julien, dĂ©pĂȘche! Allez, dĂ©pĂȘche-toi!
- Je suis lĂ , maman. Je suis lĂ .
(murmurant): Maman, je suis lĂ .
(soupir)
(respiration ardue)
- Pas toi...
(tonnerre)
(respiration ardue)
Pas toi. Pas toi.
(respiration ardue)
(tonnerre)
(clameur d'une foule)
âȘâȘ Quand vous mourrez de nos amours âȘ
âȘ J'irai planter dans le jardin âȘ
âȘ Fleur Ă fleurir de beau matin âȘ
âȘ MoitiĂ© mĂ©tal, moitiĂ© papier âȘ
âȘ Pour me blesser un peu le pied âȘ
âȘ Mourez de mort trĂšs douce âȘ
âȘ Qu'une fleur pousse âȘ
âȘ Quand vous mourrez de nos amours âȘ
âȘ J'en ferai sur l'air de ce temps âȘ
âȘ Chanson chanteuse pour 7 ans âȘ
âȘ Vous l'entendrez, vous l'apprendrez âȘ
âȘ Et vos lĂšvres m'en sauront grĂ© âȘ
âȘ Mourez de mort trĂšs lasse âȘ
âȘ Que je la fasse âȘ
âȘ Quand vous mourrez de nos amours âȘ
âȘ J'en ferai 2 livres si beaux âȘ
âȘ Qu'ils vous serviront de tombeau âȘ
âȘ Et m'y coucherai Ă mon tour âȘ
âȘ Car je mourrai le mĂȘme jour âȘ
âȘ Mourez de mort trĂšs tendre âȘ
âȘ A les attendre âȘ
âȘ Quand vous mourrez de nos amours âȘ
âȘ J'irai me pendre avec la clef âȘ
âȘ Au crochet des bonheurs bĂąclĂ©s âȘ
âȘ Et les chemins par nous conquis âȘ
âȘ Nul ne saura jamais par qui âȘ
âȘ Mourez de mort exquise âȘ
âȘ Que je les dise âȘ
âȘ Quand vous mourrez de nos amours âȘ
âȘ Si trop peu vous reste de moi âȘ
âȘ Ne me demandez pas pourquoi âȘ
âȘ Dans les mensonges qui suivraient âȘ
âȘ Nous ne serions ni beaux ni vrais âȘ
âȘ Mourez de mort trĂšs vive âȘ
âȘ Que je vous suive âȘ
âȘ Que je vous suive âȘâȘ
(tonnerre lointain)
(soupir)
(reniflement)
(ruissellement d'eau)
(garçons, indistinct)
(cris)
- Ah!
(respiration haletante)
(soupir)
- Julien?
Il y a un problĂšme avec le corps.
Julien, arrĂȘte! Qu'est-ce que tu fais?
Voyons donc, t'as mĂȘme pas de parapluie!
- A quoi t'as pensé, tabarnac? Pourquoi tu l'as appelée?
Ca t'a pas tenté de me le dire?
- Bien oui, mais tu savais bien que ça arriverait!
Voyons donc, dans quel monde tu vis?
- Va chier, Chantal! Va chier!
- Ah bien non, par exemple! Non, tu me parleras pas de mĂȘme!
Julien, attends!
Shit!
(cris)
- Salut, Julien!
On n'est pas obligés de se parler.
(rire)
On n'est mĂȘme pas obligĂ©s de se regarder.
Mais c'est moi qui embaume le corps de maman.
OK?
Sous-titrage: MELS
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