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BONNIE, 7 ANS
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PERNILLE, SÅUR DE BONNIE
BONNIE, 38 ANS
Je suis en voiture avec Bonnie, qui conduit vers le bordel.
Ici, Bonnie se fait encore appeler Bonnie.
Mais une fois laĢ-bas, elle reĢpondra au nom de Patricia.
J'ai filmeĢ Patricia et Bonnie pendant deux ans
pour en savoir plus sur sa vie au bordel
et pour essayer de comprendre
pourquoi elle a choisi de se prostituer.
J'ai deĢcouvert un monde dont Bonnie ne peut se passer,
et qui est en train de la tuer.
OCCUPEĢ
DISPONIBLE
Faut que j'enleĢve ça.
D'apreĢs mon agenda, je vais avoir
trois clients aĢ la suite
avec 5 aĢ 10 minutes de pause entre chacun.
Ça, c'est si tout se passe bien.
Des fois, ils sont en retard ou ils se perdent en chemin.
Bref...
- Celui-laĢ, tu le connais ? - Non, il veĢrifie si je suis dispo.
Il est venu en voiture, mais laĢ, j'ai pas le temps.
BONNIE ET LES MILLE HOMMES
OCCUPEĢ
Tu me rends folle, toi !
Une fois que le premier client arrive,
la journeĢe peut commencer et ça roule tout seul.
En geĢneĢral, je suis tout de suite dans le bain, mais parfois,
tout deĢpend du premier client.
"45 minutes.
Du sexe entre amoureux, comme d'habitude."
Je vais lui envoyer un smiley.
Il est important qu'ils aient l'impression
de faire l'amour avec leur petite amie.
Ça leur donne le sentiment d'en avoir pour leur argent.
Patricia, tu peux me passer une serviette ?
Bien suĢr.
C'eĢtait bon pour toi aussi ?
Quand t'as commenceĢ aĢ m'embrasser les oreilles et le cou,
tu m'as vraiment fait deĢcoller.
- Ah, oui ? - T'es le seul aĢ me faire ça.
- C'est vrai ? - Bien suĢr.
Je suis le seul aĢ te faire ça ? Ça me rend speĢcial, du coup.
Oui, comme si t'eĢtais mon mec.
- ArreĢte ton char. Tu exageĢres. - Non, je t'assure.
Il eĢtait trop mignon.
"Tu peux me recevoir en portant uniquement des bas
pour une seĢance de 30 minutes de branlette thaiĢlandaise
et de sexe classique ?"
Faut que je veĢrifie s'il me reste des bas.
Sur moi, ils n'arreĢtent pas de tomber. Ça va eĢtre geĢnant.
Ils vont se transformer en mi-bas !
Un client me les a acheteĢs chez Dior.
Ils ont couĢteĢ une fortune.
Ça a beau eĢtre des bas XXS, ils n'arreĢtent pas de tomber.
C'est pas ma taille, c'est tout.
Ils sont trop grands.
Bref, ça sert aĢ rien...
Et merde !
Entre et deĢshabille-toi pendant que j'enfile mes bas.
Je dois enlever tous mes autres veĢtements ?
- Oui. - D'accord.
Je vais avoir l'air un peu ridicule...
C'est dingue !
T'as la chair de poule quand tu jouis.
Je te jure !
- Toi aussi, t'as joui ? - Oui.
J'ai meĢme joui treĢs vite.
- Tu veux prendre une douche ? - Non, ça ira.
T'as rien oublieĢ ? Tes lunettes, tes cleĢs, ton portefeuille ?
- Merci pour tout. - Merci aĢ toi et bon retour.
Un feĢtichiste des pieds !
Maintenant, j'ai faim.
Mais d'abord, je vais me doucher.
- T'as joui ? - Si j'ai joui ?
- T'as joui quand tu as... - Tu veux dire...
- T'as eu un orgasme ? - Un orgasme...
- Il a penseĢ que oui. - Ils le pensent tous.
Je jouis une fois tous les tremblements de terre.
Mais je simule. Du coup, ils font pas la diffeĢrence.
Lui, il eĢtait persuadeĢ que tu as joui.
- Pour toi, ça n'est pas du sexe ? - Non, c'est un travail.
Quand ils partent, ils doivent se sentir bien.
Et s'ils sont contents, je suis contente.
Ça me rend heureuse de les rendre heureux.
Tout va bien ? Pas de course de mobylettes, hein !
LE FILS DE BONNIE, 15 ANS
D'accord, mais ne prends pas de passagers.
Amuse-toi bien.
N'oublie pas de prendre l'air.
Je lui passe le bonjour.
Au revoir, mon cheĢri.
Il a haĢte d'eĢtre aĢ vendredi.
Il se passe quoi vendredi ?
Il part avec ses copains dans le Jutland sur un circuit moto.
- O.K. - Ça va lui faire du bien.
Ils vont devoir se lever aĢ 6h du matin.
Il a pas l'habitude.
- T'attends encore quelqu'un ? - Oui.
J'ai vu une voiture dans l'alleĢe.
Ils se garent l'un aĢ coĢteĢ de l'autre.
Du coup, ils savent quand c'est aĢ leur tour.
J'ai pas le temps de reĢpondre aĢ tous ces textos.
- T'as eu 8 appels en absence. - Ouais, c'est dingue.
Pourquoi il y a tellement de monde aujourd'hui ?
La meĢteĢo.
Et c'est jour de paye.
Merci pour tout. Salut !
- Tu tiens le coup ? - Oui, ça va aller.
J'en supporterai pas un de plus.
Tu peux pas dire non ?
EĢcoute, je ne prends plus personne.
MILLE, COLLEĢGUE
Je veux rester discreĢte.
Plus il y a de filles et moins on a de travail.
Je sais pas quand t'as commenceĢ, mais moi, je fais ça depuis 20 ans.
Je connais ce type de filles.
Et n'oublie pas que les mecs parlent.
Du coup, je fais attention aĢ qui je preĢte mon local.
En plus, je suis treĢs exigeante
parce que j'ai une obsession de la propreteĢ.
Tu sais, je vire les gens facilement.
Il faut vraiment ranger derrieĢre soi et faire tout ce qui...
Y a plus de reĢseau....
C'eĢtait la fille de TerslĆøse.
La nouvelle.
Hier, elle a reĢussi aĢ se faire plus de 1 000 euros.
En travaillant de 16h30 aĢ 22h.
C'eĢtait sa premieĢre fois.
Elle a eu combien de clients ?
Je sais pas, mais elle eĢtait aux anges.
Elle a fermeĢ aĢ 22h, et il y avait encore des voitures qui tournaient !
Ça lui a fait une bonne journeĢe de travail.
Bonjour, madame la couturieĢre.
JEANETTE, VOISINE
Il y a des boutons qui manquent.
Et regarde ici. Il y a un trou.
Ce pantalon m'a couĢteĢ une fortune.
Je l'ai payeĢ plus de 200 balles.
Merci beaucoup.
Attends un peu. Je vais te rendre ce que j'ai termineĢ.
Non, je reviendrai.
Il faut que je conduise les gosses aĢ la soireĢe cineĢma de l'eĢcole.
- Ça prendra deux minutes. - Bon, d'accord.
- Merci beaucoup. - Et je vais reĢparer le reste.
Super ! Et faut qu'on parle du prix.
Quatre steaks et on est quitte.
- Je connais un boucher au boulot. - Je m'en doutais !
Je vais te trouver ça.
Tu preĢfeĢres des biftecks d'aloyau ou des faux-filets ?
Je te rameĢne ce que tu veux.
Quatre bavettes d'aloyau et on est bon.
Des morceaux de 500 grammes ou d'un kilo ?
500 grammes, ça suffira...
Dans ce cas, je t'en rameĢne 10.
- EmballeĢ, c'est peseĢ ! - Super, aĢ la prochaine.
AĢ bientoĢt ! Salut !
J'ai le cactus le plus moche du monde,
mais il est increvable !
Les couverts sont propres, mais juste un peu rouilleĢs.
Je trouve meĢme plus mon site.
Stine, viens voir.
Il n'y a aucune photo ouĢ on voit ma chatte.
J'y tiens parce que j'ai un fils de 15 ans
dont les potes traiĢnent sur ce genre de sites.
Du coup, pas de photo porno.
ANN, COIFFEUSE ET AMIE
Mais j'ai mis la liste de mes services avec les prix.
Du coup, les clients voient combien couĢtent mes cocktails.
- C'est quoi, tes cocktails ? - Plein de choses.
Je fais le service aĢ la française, aĢ la danoise, ou voire les deux.
Je n'oublierai jamais la premieĢre fois que je t'ai vu.
Tu m'avais fait peur !
Avec tous tes tatouages plein le visage !
Mais on a commenceĢ aĢ parler, et j'ai deĢcouvert qui eĢtait Bonnie.
Je comprends. Moi, je la connais depuis qu'elle a 10 ans.
METTE, AMIE
- Voire plus jeune. - On a grandi ensemble.
Dans la meĢme ville.
Ça demande quand meĢme un sacreĢ talent d'eĢtre capable
d'accueillir n'importe qui dans son local.
Oui, je m'occupe de personnes qui ont tous les aĢges.
Des gamins de 18 ans aux vieilles reliques.
Stine, toi, tu peux nous parler des eĢtudiantes de ton aĢge.
STINE, FILLE D'ANN, EĢTUDIANTE
Tu connais plusieurs filles
qui arrondissent leurs fins de mois comme Bonnie.
Le probleĢme avec ce meĢtier,
c'est qu'il est difficile de s'arreĢter.
Et si t'as pas les reins solides, ça peut te casser en deux.
Tu tiens six mois.
Et t'arreĢtes parce que tu supportes plus.
Tu chiales chez toi en pensant qu'on a abuseĢ de toi.
"AbuseĢ" ! C'est vraiment le bon mot !
Ces filles se sentent exploiteĢes alors qu'elles ont reçu de l'argent.
Mais quand on a du cran, on est capable de dire non.
Certains m'ont deĢjaĢ frappeĢ,
mais ils ont pris des coups en retour.
La question est de savoir si...
Je n'oublierai jamais ce moment ouĢ tu m'as appeleĢ
apreĢs avoir eĢteĢ violemment battue.
Il t'avait mordu et t'avais le nez enfleĢ.
Avec des marques de strangulation. Tu couvrais meĢme ton cou.
Une jolie fille comme toi ! C'est dingue !
Tu pourrais avoir qui tu veux.
Les mecs feraient la queue pour sortir avec toi.
Mais Bonnie, les hommes qui font ce genre de choses
nous manipulent, et on ne voit rien venir.
Souvent, on ne se rend compte de rien.
Et une fois que ça arrive, on est coinceĢ.
Pour s'en sortir, on passera par l'Åil au beurre noir.
Mais vous ne pouvez pas eĢtre aussi stupides !
Tu m'eĢtonnes que je veuille pas de mec.
Tu penses exactement la meĢme chose que tout le monde.
Mais les femmes ne sont pas stupides.
Elles veulent croire au bon coĢteĢ des hommes.
Nous, on a cette conviction un peu naiĢve que les hommes
aĢ qui on donne notre cÅur
veulent ce qu'il y a de mieux pour nous.
J'ai vu tellement de filles vivre ce genre de situation.
Elles sont pieĢgeĢes par leur optimisme.
BONNIE, 15 ANS CHYPRE, 1989
Ma premieĢre fois a eĢteĢ atroce.
Je n'ai pas arreĢteĢ de pleurer.
J'ai fileĢ direct au bar pour boire une bieĢre.
Je n'avais jamais baiseĢ avec la lumieĢre allumeĢe.
Personne ne m'avait encore vu toute nue.
Ça s'eĢtait toujours passeĢ dans le noir, sous la couette.
Je connaissais rien d'autre.
J'ai toujours eu honte de mon corps. Je le deĢteste.
VoilaĢ, on arrive. La veĢgeĢtation a bien pousseĢ !
On va peut-eĢtre devoir faire le tour.
C'est un vrai deĢpotoir !
Et dire que j'ai travailleĢ ici.
Si tu voyais l'inteĢrieur, tu serais choqueĢe.
C'est compleĢtement mort.
Ça a l'air fermeĢ.
Non, y a des filles qui bossent.
La seule feneĢtre, juste laĢ, c'est la salle de baise.
Quel trou aĢ rat.
L'horreur...
Nom de Dieu...
Et dire que je travaillais ici.
Dans cette vieille deĢcharge...
- C'est toujours un bordel ? - Bien suĢr. Ils font plein de pub.
Je vois souvent les annonces qu'ils passent dans le journal.
Du coup, je sais que c'est toujours ouvert.
Mais pas aujourd'hui, apparemment.
Quel vieux trou minable.
Pourquoi tu travaillais ici ?
Je connaissais rien d'autre.
Je savais pas qu'il existait de meilleurs endroits.
Mais j'ai bosseĢ dans de pires trous que ça.
Y en a meĢme un qui a pris feu.
Je travaillais le dimanche de 10h aĢ minuit
et le mardi de 17h aĢ minuit.
On recevait une serviette propre par jour.
Parfois deux ou trois, maximum.
Il fallait ramener ses propres briquettes pour le chauffage.
On se serait cru sur la banquise.
Et l'eĢteĢ, il faisait tellement chaud qu'on se faisait zeĢro thune.
On arrivait aĢ peine aĢ respirer aĢ cause de la chaleur.
Pourquoi est-ce que tu vends ton corps ?
Tu y as deĢjaĢ reĢfleĢchi ?
En reĢaliteĢ, je ne pense jamais aĢ ça.
Je me dit juste que je peux y arriver.
Je vais geĢrer.
Au deĢpart, j'ignorais tout de ce meĢtier.
Je ne savais meĢme pas mettre une capote.
Je pensais : "Mon Dieu, viens-moi en aide".
Il faut que j'y aille. Je dois encore faire un truc avant.
Ça a eĢteĢ dur de m'approcher d'inconnus qui se deĢshabillaient.
Je pensais que je n'y arriverai jamais.
Mais un jour, Pia, la proprieĢtaire, m'a appeleĢe
pour me proposer de travailler avec elle.
Elle voulait nous vendre toutes les deux.
J'ai reĢfleĢchi,
et j'ai accepteĢ
parce que je ne me sentais pas de lui dire non.
On a convenu d'un jour, et j'y suis alleĢe.
Ça m'a aideĢe.
Elle avait les choses en main
et nous a vendues toutes les deux.
Quelques fois, j'y allais toute seule.
Elle me disait ce que je devais faire.
Pour apprendre, je l'ai observeĢe plusieurs fois.
Elle demandait aux types si je pouvais regarder
parce que j'eĢtais nouvelle
et qu'il fallait que je voie comment ça se passe.
Les mecs acceptaient.
Et ça m'a aideĢe.
Putain, j'ai trop froid.
J'arrive pas aĢ me reĢchauffer.
Dans ma vie, je ne connais pas ce qu'on appelle "le grand amour".
Mais graĢce aĢ mon meĢtier,
on me teĢmoigne eĢnormeĢment d'empathie et de mots doux.
Quelque part, ça a un sens pour moi.
Les hommes me deĢsirent et je me sens valoriseĢe.
- ValoriseĢe ? - Oui.
Quand on se deĢteste, c'est super d'avoir
quelqu'un qui vous dit que vous eĢtes formidable.
Tu te deĢtestes ?
Bien suĢr.
Je n'ai absolument aucune confiance en moi.
Sauf quand les clients me disent que je suis geĢniale.
C'est agreĢable.
Entre.
- Salut. - Salut.
DORIS, MEĢRE DE BONNIE
Michella vient de sortir pour aller voir son cheval.
Du coup, je me suis dit que j'allais te rendre visite.
Elle passe tout son temps avec son cheval.
Vous avez deĢjaĢ parleĢ de ton meĢtier, elle et toi ?
Avec Michella ? Non, on en discute jamais.
Je lui en ai jamais parleĢ.
Ça ne l'inteĢresse pas. Elle s'en fiche.
- Elle n'a meĢme jamais eu de copain. - Ça ne l'inteĢresse pas.
Les garçons, c'est pas son truc.
- Son cheval, c'est son mec. - Ouais, c'est ça.
Elle s'en fiche, des garçons.
Et c'est treĢs bien comme ça.
ApreĢs tout, elle est encore treĢs jeune.
Alors je n'ai rien aĢ dire.
Elle preĢfeĢre rester avec nous aĢ la maison
plutoĢt que de sortir en ville.
- Je trouve ça bizarre. - C'est vrai.
- Tu trouves pas ? - Oui.
Bonnie, est-ce que tu penses parfois aĢ changer de meĢtier ?
C'est droĢle, mon dernier client vient de me demander
ce qu'il en eĢtait du stand de hot-dogs dont je lui avais parleĢ.
Je me vois bien bosser au supermarcheĢ du coin
et y tenir ma petite eĢchoppe de saucisses.
Ce serait sympa. En plus, je verrais du monde.
- T'as l'air sceptique. - C'est aussi un travail difficile.
On est debout pendant des heures.
Mais peu importe ce que je fais...
En plus, tu auras des probleĢmes avec tes os.
- Elle pourra s'assoir. - C'est vrai.
Je devrais juste deĢmeĢnager aux CaraiĢbes,
laĢ ouĢ il fait 40 degreĢs toute l'anneĢe.
Ben voyons ! Bon voyage aĢ toi !
Ça me plairait bien.
- Tu t'en lasserais, aĢ la longue. - Peut-eĢtre...
Faut que je reĢponde.
Patricia, j'eĢcoute.
C'est sympa de t'entendre.
Bien suĢr, si tu te laves avant.
Oui.
AĢ plus tard.
Comment as-tu reĢagi quand tu appris la nouvelle activiteĢ de Bonnie ?
Pas treĢs bien, pour autant que je m'en souvienne.
- Tu t'en rappelles ? - Oui, on avait parleĢ.
Je lui ai dit : "Bonnie, t'es pas seĢrieuse !"
Et puis, je lui ai suggeĢreĢ de travailler en tant que call-girl.
On peut se faire beaucoup de fric avec le teĢleĢphone.
Tu t'en souviens plus ?
Ça doit faire un bail...
Oui, bien suĢr.
Je t'avais aussi proposeĢ d'occuper une pieĢce du local.
- Pour gagner du fric. - En tant que call-girl.
C'est bizarre, non ?
On aurait pas eĢteĢ laĢ en meĢme temps.
Chacune aurait eu ses journeĢes. De toute façon, on en parle pas.
Non, on en parle jamais.
On se ressemble sur cette photo, non ?
METTE, AMIE
AĢ l'eĢpoque, je trouvais que vous eĢtiez pareilles.
Je vois vos diffeĢrences aujourd'hui.
C'eĢtait pas le cas aĢ l'eĢpoque.
Nos souvenirs sont trompeurs.
- Elle, je ne sais pas qui c'est. - Une grand-meĢre, peut-eĢtre ?
Il n'y a rien d'eĢcrit. Dommage.
Regarde celle-laĢ.
C'eĢtait la grande eĢpoque.
Oui, c'est vrai.
Elle a eĢteĢ prise dans la rue ouĢ on a grandi.
Je ne suis jamais entreĢe chez toi.
Les amis n'avaient pas le droit de passer.
Personne n'eĢtait autoriseĢ aĢ voir...
Ce qui se passait derrieĢre la porte.
C'est seulement quand ma meĢre rentrait aĢ la maison que les gens...
Je me souviens que j'eĢtais geĢneĢe d'aller aĢ l'eĢcole.
Mes camarades de classe la voyaient
quand elle rentrait des bars.
Du coup, tout le monde eĢtait au courant.
Je ne pouvais plus garder le secret.
J'avais du mal aĢ faire semblant.
Quand tout le monde eĢtait au bistro,
on arrivait aĢ sortir en douce.
On nous filait quelques pieĢces et on se barrait dans la rue.
Ma meĢre se souvenait rarement
combien d'argent elle m'avait donneĢe.
C'eĢtait comme si on faisait partie du deĢcor.
Oui !
On leur collait aux basques, et de temps en temps,
on avait le droit de rentrer plus toĢt aĢ la maison.
Mais en geĢneĢral, on s'endormait sur une banquette du bar...
Avant d'eĢtre rameneĢes chez nous.
Quand j'y repense, c'eĢtait vraiment pas droĢle.
Ces photos me font meĢme dire
que c'eĢtait la pire peĢriode de ma vie.
Je le pense vraiment.
Et il y a un autre truc de cette eĢpoque
dont je n'ai carreĢment pas envie de me souvenir.
Quand je regarde ces photos,
il y a quelque chose qui me deĢrange eĢnormeĢment.
CHYPRE, 1989
Il est encore en train de filmer tes seins.
Regarde !
Il les adore.
BONNIE, 15 ANS
- T'es exciteĢ du slip ou quoi ? - Pas du tout.
On dirait bien, pourtant.
Je te filme. Fais ce que je te dis ou ça va m'eĢnerver !
Tu m'entends ? Je vais te botter le cul !
Parle-lui.
Allez !
Allez, vas-y !
Bonnie ! Fais-le !
- Demande-lui d'ouĢ il vient. - Et quelle heure il est.
On veut voir ça en videĢo. Demande-lui l'heure !
AĢ la maison, vous allez dire :
"C'est la premieĢre fois qu'elle dit un truc."
Vas-y, je te dis !
PERNILLE, 16 ANS
Pernille ! Sors-les !
Laisse-le les mordre. Remonte ton t-shirt.
Laisse-le te mordiller.
- Allez, fais-voir. - Non, y a du monde.
- Pernille ! Vas-y ! - Remonte-lui toi-meĢme alors !
Je peux t'aider aĢ les sortir, si tu veux.
- Allez ! - Non.
C'est la dernieĢre image que j'ai d'elle.
AĢ la fin de sa vie, elle vivait dans la rue aĢ Copenhague.
Et je me souviens...
Que la police avait frappeĢ aĢ la porte
pour nous annoncer la mort de Pernille.
C'est la dernieĢre chose dont je me rappelle.
Ou peut-eĢtre que je n'ai pas envie de m'en souvenir.
- Comment est morte ta sÅur ? - D'une overdose.
- AĢ 16 ans ? - Oui.
Dans une ruelle preĢs de la gare.
Elle est morte dans une cave.
Elle s'eĢtait injecteĢe de l'heĢroiĢne.
Elle prenait beaucoup de drogues, mais je ne le savais pas.
On dit souvent que les personnes qui ont deĢcideĢ de se prostituer
ont eĢteĢ victimes d'une manieĢre ou d'une autre
d'abus sexuels
dans leur jeunesse ou leur enfance.
Tu reconnais que ça a eĢteĢ le cas de Bonnie ?
Tu penses qu'il y a quelque chose qui l'a pousseĢe aĢ se prostituer ?
Non.
Non.
Pas que je sache.
Je crois que j'ai entendu parler d'un truc
qui s'est passeĢ chez ma meĢre.
Elle eĢtait encore en vie.
Bonnie et Pernille passaient beaucoup de temps chez elle.
Elles s'entendaient bien, et ma meĢre s'occupait d'elles.
Un jour, il y a eu une feĢte et mes filles y eĢtaient.
On m'a raconteĢ plus tard qu'un homme eĢtait preĢsent
et qu'il avait tripoteĢ une des filles.
Mais je ne me souviens plus de laquelle.
On l'a poursuivi pour savoir qui c'eĢtait,
mais je crois qu'on ne l'a jamais su.
Je ne peux pas parler de ce qu'elles ont veĢcu
quand je n'eĢtais pas laĢ.
Comme toutes les jeunes filles, elles vivaient leur vie,
elles s'amusaient,
elles sortaient...
Les parents ne peuvent pas les surveiller en permanence.
C'est impossible.
AĢ NOTRE CHEĢRE FILLE, AĢ MA SÅUR, PERNILLE NOBEST
CLINIQUE PSYCHIATRIQUE UNIVERSITAIRE - ANOREXIE
MEĢDECIN-CHEF MARIANNE HERTZ
Vous travaillez beaucoup en ce moment ?
Beaucoup trop.
Il est important que vous vous meĢnagiez.
MARIANNE HERTZ, MEĢDECIN-CHEF
Je sens que mon corps me fait treĢs mal.
Ça ne peut plus durer.
Vous devez prendre soin de vous.
Vous perdez du poids et vomissez davantage
quand vous travaillez. C'est exact ?
- Oui, et je ne mange rien. - C'est bien ça, le probleĢme.
Il est vital de ne pas vous eĢpuisez plus que neĢcessaire.
Je ressens en permanence une douleur au cÅur
et j'ai cette sensation de malaise.
J'ai tellement mal. Je me dis que ça ne peut qu'empirer.
J'ai peur que mes enfants deĢcouvrent aĢ quel point je suis malade.
Ça va beaucoup les affecter.
J'aimerais passer plus de temps avec eux,
mais je n'en ai pas la force.
Ah, bon ?
Je suis tout le temps au lit, et j'ai du mal aĢ tenir le coup.
C'est normal.
Vous eĢtes fieĢvreuse et avez perdu beaucoup de poids.
En plus, vous consommez de moins en moins
de nourriture.
VoilaĢ pourquoi vous n'avez pas d'eĢnergie.
Bonnie, combien pesez-vous en ce moment ?
Je n'ai pas pris de poids depuis la dernieĢre fois.
Hier, le docteur m'a peseĢ.
- Et alors ? - 47 kilos.
J'essaie de manger,
mais ma gorge me fait eĢnormeĢment mal.
Pareil pour mes dents.
Je viens d'ailleurs de prendre rendez-vous chez le dentiste.
Mais je ne vais pas bien.
Je souffre beaucoup.
Il y a donc beaucoup de choses qui ne vont pas...
Mais Bonnie...
Seulement quelques kilos changeraient la donne.
Et ne surchargez pas vos journeĢes de travail.
D'accord.
Je sais pas pourquoi je fais ça...
J'accepte de plus en plus de clients.
STAND DE HOT-DOGS
- FeĢlicitations ! - Salut, ma cheĢrie.
Oh, c'est joli !
Prends-le. C'est super lourd.
Le stand de saucisses est fermeĢ ?
Oui, on est en train de le vendre. Ça t'inteĢresserait, d'ailleurs ?
- Oui. - GeĢnial !
Tu penses que les affaires seront bonnes ?
Oui, mais ça va te demander beaucoup de boulot.
Avec de bons produits et un service de qualiteĢ,
les clients vont affluer.
Ce sera comme tenir une auberge.
La moitieĢ du travail, c'est la dimension sociale.
- Oui, bien suĢr. - Et tu es doueĢe avec les gens.
Mais tu crois qu'ils oseront venir si c'est moi ?
- Pourquoi pas ? - AĢ cause de mon travail.
Tout le monde me connait.
Tu seras habilleĢe pour vendre tes hot-dogs, non ?
Quelque part, j'ai toujours eĢteĢ dans l'industrie de la saucisse.
J'allais te faire la meĢme blague !
J'ai juste envie de bosser en eĢtant habilleĢe.
Oui, je comprends.
J'en ai marre d'eĢtre tout le temps aĢ poil.
J'ai envie de me sentir comme un eĢtre humain.
Mais tu es un eĢtre humain, voyons !
- Les gens me voient diffeĢremment. - Je comprends.
Par contre, fini les rajouts, les piercings et les faux ongles.
Ta gueule ! Je porterai des gants !
- AĢ bientoĢt. - Bonne journeĢe.
- Merci et prends soin de toi. - Salut !
- Comment eĢtait le client ? - Qui ça, le dernier mec ?
Un homme muĢr.
TreĢs silencieux.
Il sentait pas treĢs bon.
Il sentait la vieille pisse.
Et j'ai l'impression...
MeĢme si je me douche sans arreĢt,
je sens toujours l'odeur
des capotes ou...
de leur parfum, de leur vieille pisse,
ou de leur vieille bite.
Mais bon...
- Donc c'eĢtait pas terrible ? - Non, pas trop.
Pourquoi tu continues si ça te rend malade ?
Parce que j'ai des factures aĢ payer.
Mais...
Ouais...
Je suis assise laĢ...
Et je m'enfonce toujours davantage
au fond du trou.
Ça n'en vaut pas la peine.
Mais je n'aimerais pas rester aĢ la maison.
J'aime bien ce que je fais.
C'est ça, le probleĢme.
Patricia, j'eĢcoute.
Samedi, j'ai eĢcrit
une lettre d'adieu aĢ mes enfants.
Parce que quelque part, j'ai peur.
Je veux qu'ils sachent
qu'ils doivent rester forts et continuer aĢ avancer.
Mais je ne suis pas certaine si...
Si je serai encore en vie dans 10 ans.
Il ne me reste plus qu'aĢ espeĢrer
qu'ils ne se sentiront pas coupables de ce qui m'arrive.
Ils peuvent eĢtre fiers d'eux.
J'emporterai mon histoire dans la tombe.
Comme ma sÅur.
C'est mieux comme ça.
Je ne veux pas...
Qu'ils connaissent toute la veĢriteĢ sur ma vie.
MeĢme moi, je ne la connais pas.
Et il y a bien une raison.
Il y a toutes ces eĢmotions que mon cerveau ne veut pas...
Je refoule beaucoup de choses. Comme ma meĢre.
Et elle les refoule parce que...
Elle ne se souvient de rien parce qu'elle n'en a pas envie.
Elle refuse de s'en rappeler.
Elle est persuadeĢe
qu'elle a eĢteĢ la meilleure meĢre du monde.
Je ne sais rien de l'enfance de ma meĢre.
Je sais juste que ma grand-meĢre eĢtait une femme dure.
J'ignore ce que ma meĢre a subi quand elle eĢtait enfant.
Elle ne m'en parle jamais.
AĢ mon avis, elle a fait ce qu'elle a pu.
Moi aussi, je fais de mon mieux.
Je n'en veux aĢ personne, aĢ part aĢ moi-meĢme.
Ce n'est la faute de personne,
et certainement pas celle de mes enfants...
s'ils ont une meĢre pareille
ou si je suis malade.
Pourtant, ça ne vient pas de nulle part.
Alors, Bonnie...
Nous avions convenu...
Que je dois manger.
Maintenant que vous eĢtes sortie,
vous devez vous battre et vous remettre sur pied.
Oui.
AĢ partir de maintenant,
il faut manger des noix, du chocolat et de la creĢme Chantilly.
Oui.
Une bonne nourriture saine.
En ce moment, il n'y a que ça qui compte.
Oui.
Grignotez toute la journeĢe.
Et si possible, eĢvitez de vomir.
EĢvidemment, moins vous vomirez
et plus la nourriture restera longtemps dans votre estomac.
Il faut aider votre corps aĢ se nourrir,
et vous reprendrez progressivement du poids.
Vos muscles reĢcupeĢreront
et vous pourrez aĢ nouveau tenir sur vos jambes.
Merci beaucoup.
AĢ bientoĢt. Merci pour tout.
- AĢ bientoĢt. - Oui.
Tu veux une bonne nouvelle ?
- J'ai pris trois kilos. - C'est vrai ?
Tu vas les garder ?
LaĢ est la question.
- Mais c'est geĢnial ! - Oui.
Mais comme aĢ chaque fois, j'ai tout pris dans le ventre.
Tu vas devoir te remettre au sport, comme la dernieĢre fois.
Tous les matins, je vais accompagner Noah aĢ l'arreĢt de bus.
Ça me prendre au moins 30 secondes.
DeuxieĢme eĢtage aĢ droite.
J'ai du mal aĢ parler.
On est au bon endroit. Salut !
Salut !
J'ai eu une ideĢe.
J'aimerais des photos en noir et blanc,
mais avec les roses en couleur.
Je pourrais m'allonger et tenir les roses ici...
Ou alors rester debout en les tenant comme ça...
- On essaiera plusieurs poses. - O.K.
On jouera aussi avec les ombres et la lumieĢre.
Et derrieĢre moi, le fond serait en noir et blanc.
Je pensais utiliser une rose orange
pour que la couleur se deĢmarque bien.
J'ai aussi apporteĢ des ailes d'ange.
Ça peut eĢtre un accessoire inteĢressant.
- T'en as des plus grandes ? - Non.
J'ai aussi pris ça.
On pourra l'utiliser pour cacher une partie de mon visage.
Ou alors, je pourrais regarder dans le vague.
Pour la poitrine, je n'y ai pas vraiment reĢfleĢchi.
J'ai aussi ameneĢ des bottes argenteĢes.
InteĢressant...
VoilaĢ pour mes trois ideĢes.
T'as l'air de savoir ce que tu veux.
T'as peut-eĢtre des suggestions aĢ me faire ?
J'ai quelques boas, si ça t'inteĢresse.
- Mette ! - Mais regarde !
On commence aĢ voir l'effet.
- OuĢ est ta main ? - Juste ici.
LaĢ...
Mets-les tous vers devant.
Je tremble aĢ force de me tenir comme ça.
J'ai les jambes et les bras qui tremblent.
Ça, c'est parce que t'as pris trois kilos.
C'est parti.
DISPONIBLE
Quand on connait ta vie,
on a du mal aĢ comprendre pourquoi tu continues ce meĢtier.
C'est difficile aĢ expliquer.
C'est juste que...
Je suis deux personnes aĢ la fois.
Parfois, j'aime bien ne plus eĢtre Bonnie
et n'eĢtre que Patricia.
Tu seras encore laĢ si je reviens dans deux ans ?
Oui.
Si...
Si je suis toujours vivante.
On ne sait jamais.
Avec la vie que je meĢne, tout peut arriver.
Je serai peut-eĢtre laĢ moins souvent.
MERCI AĢ BONNIE, SES AMIS,
SES CONNAISSANCES ET SA FAMILLE
Traduction et adaptation : Guillaume Grosheny
Sous-titrage : SEPPIA
ChargeĢ de programme : SteĢphane Monthiers
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