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"Ces crétins n'ont jamais vu un corbeau, se dit Guia A,
mais son visage resta impassible."
Reso Cheishvili, Guia A.
Académie allemande du film et de la télévision de Berlin
En coproduction avec
Financé par
Produit dans le cadre de LEUCHTSTOFF,
par rbb et Medienboard Berlin-Brandenburg
Costumes : Nino Zautashvili
Décors : Maka Jebirashvili
1re assistante réalisateur : Tamar Shubitidze
Musique : Giorgi Koberidze
Chef opérateur : Faraz Fesharaki
Coproductrices : Anna Dzlapshlpa Ketevan Kipiani
Productrice : Mariam Shatberashvili
Scénario, réalisation, montage : Alexandre Koberidze
SOUS LE CIEL DE KOUTAÏSSI
Excusez-moi.
- Tenez. - Merci.
Au revoir.
- Encore vous. - Désolé.
- Je suis partie dans le mauvais sens. - Moi aussi.
- Je vous redis au revoir. - Au revoir.
- J'allais encore me tromper. - Moi aussi.
Au revoir.
Alors, c'est quoi, une attaque éclair et une percée foudroyante ?
Giorgi, cet aimant, c'est toi.
Giorgi ?
Salut.
Tu vois, on se croise encore.
C'est vrai.
On pourrait arrêter de compter sur le hasard.
Le hasard est fiable.
- Tu vois le bar, près du Pont blanc ? - Oui.
On pourrait se retrouver là-bas, demain ?
On pourrait.
Huit heures ?
Huit heures.
Alors, à demain.
À demain.
Tous deux avaient été surpris de réagir ainsi.
Ils n'avaient pas l'habitude d'être audacieux ou de se précipiter.
Mais l'amour né par hasard ce matin-là, devant l'école n°2,
ne cessait de grandir en eux depuis lors.
Et il emplissait tant le cœur de Lisa et Giorgi
qu'il n'y laissait plus de place pour d'autres sentiments.
Pour rentrer chez elle, Lisa passait par le carrefour
où se croisent la rue Paolo Iashvili et la rue Titsian Tabidze.
À ce carrefour vivaient quatre amis.
Et, bien qu'il leur était interdit de parler aux humains,
ils décidèrent d'aider Lisa,
car elle courait un grave danger.
Tous les quatre l'aimaient beaucoup,
elle, qui, presque tous les jours, traversait leur carrefour.
La première qui parla à Lisa fut la jeune plante.
La jeune plante dit à Lisa
que dans le moment merveilleux où elle avait accepté ce rendez-vous,
ils avaient été épiés par le mauvais œil.
Puis, ce fut la caméra de surveillance qui dit à Lisa
qu'elle avait été maudite par le mauvais œil.
Le troisième ami était une vieille gouttière.
La gouttière dit à Lisa que sous l'effet de la malédiction,
son apparence aurait changé au petit matin.
La brise allait raconter la suite à Lisa.
Mais une voiture vint s'arrêter entre elle et la brise.
La voix que Lisa écoutait fut interrompue
et elle quitta le carrefour en proie à la peur.
La voiture partit aussi.
Maya ?
Lisa raconta à Maya qu'elle avait rencontré un jeune homme
et qu'elle allait le revoir le lendemain.
Puis, elle raconta ce qui s'était passé au carrefour.
Elle raconta tout ce qu'on lui avait dit.
Mais elle ignorait que la brise voulait lui dire autre chose.
Elle voulait lui dire
qu'elle ne serait pas la seule à se réveiller changée, le lendemain.
Il en serait de même pour le jeune homme qu'elle aimait.
Le maître du mauvais œil avait élaboré cette malédiction
pour que Lisa et Giorgi ne se retrouvent jamais
et soient condamnés à un chagrin éternel.
T'as pas eu trop peur ?
T'inquiète pas.
Tu sais,
les sortilèges, ça marche plus.
Je tiens ces bagues de ma grand-mère.
Enfant, j'avais déjà subi une malédiction.
Elle me disait que ces pierres de jais m'avaient protégée.
ATTENTION !
Chers spectateurs,
s'il vous plaît, fermez les yeux quand vous entendrez le premier signal.
Quand vous entendrez le second signal, vous pourrez les rouvrir.
Le signal sera donné dans...
Fermez les yeux !
Mieux vaut se doucher après l'entraînement,
je me changerai chez moi avant d'aller au café, se dit Giorgi.
Il décida de se laver le visage, ouvrit le robinet,
mit les mains sous l'eau et jeta un coup d'œil dans le miroir.
Ses mains remplies d'eau se figèrent.
Il ne savait pas comment réagir.
Il sentit que son cou le brûlait, il baissa la tête vers la gauche,
et leva à nouveau les yeux.
Il faillit s'évanouir, mais se souvint du miroir
qui était posé sur le piano.
Je vais vérifier, se dit-il.
Dans la salle de bains, il tourna le petit miroir et se regarda.
Mais il ne se trouva pas.
Il étouffait, il faillit s'écrouler, mais sa brosse à dents le sauva.
Elle se brisa dans sa main.
Avez-vous déjà brisé une brosse à dents d'une main ?
C'est impossible.
Son cou le brûlait, il allait perdre connaissance,
et trois mots tout à fait incongrus jaillirent de lui :
croc, requin, sable.
Je vais dire que t'es malade, que t'as mal à la gorge.
Comme tu peux pas parler, t'as pas pu les appeler.
Et je vais te remplacer.
Je peux faire autre chose ?
Maya essaya de calmer Lisa et de la réconforter.
Elle l'encouragea à aller au rendez-vous
et à raconter au jeune homme ce qui s'était passé.
Elle lui dit que si le jeune homme
était aussi formidable qu'elle le disait,
il l'écouterait et la croirait sans hésiter.
J'ai oublié mon ordonnance.
Merci.
Giorgi sortit et se mit à regarder tous les objets
qui pouvaient lui renvoyer son reflet,
mais avec toujours moins d'espoir
de retrouver celui qu'il avait été.
Qu'est-ce qu'il vous faut ?
Vous voulez quoi, jeune homme ?
Vous avez des gâteaux soleil ?
Non, pas aujourd'hui.
Allez, les gars, on s'y met.
Allez !
Tout est prêt, on y va.
On se dépêche.
Qu'est-ce que vous faites là ? C'est réservé aux membres.
Restez pas là, s'il vous plaît.
Désolé.
La malédiction comportait un autre élément que la brise n'avait pas pu expliquer.
Elle se terminait ainsi :
Lisa et Giorgi allaient perdre
le don ou le savoir qui leur importait le plus.
Pour Lisa, c'était la médecine, et pour Giorgi, le football.
Tu renvoies le ballon, s'il te plaît ?
Merci.
C'est sûrement une intoxication, je suis plus très lucide.
Je vais dormir un peu et après, ça ira mieux.
Lisa essayait d'étudier, mais elle ne comprenait plus rien.
Elle avait oublié ce qu'elle avait appris à l'université.
Elle se mit à pleurer, mais Maya la consola.
Elle lui dit qu'elle s'inquiétait trop
et la persuada d'aller à son rendez-vous.
"Pas si vite, vous autres.
Un mot ou deux,
avant que vous partiez."
Par là, par là...
Encore, encore...
Vas-y...
Encore un peu...
Attends !
Non, continue...
Attends !
Non, continue...
Voilà ! Là, l'écran est bien.
Laisse-le là. Je mettrai des tables là aussi.
Et le soleil se couche par là.
Ça change quoi, le soleil ?
Tu crois que ça change rien ?
Là, il est bien.
C'était super.
On peut être fiers.
On fête mon anniversaire ?
Évidemment !
Lisa essayait de comprendre pourquoi Giorgi n'était pas là,
mais sans y parvenir.
Il avait dû lui arriver quelque chose.
L'idée qu'il ait pu décider de ne pas venir
ne lui traversa même pas l'esprit.
Depuis la veille,
elle était prête à douter de tout, mais pas de Giorgi.
La première fois que Giorgi avait bu quatre bières,
c'était pour ses 18 ans.
Là, c'était la deuxième fois.
Tout comme Lisa,
il était persuadé qu'il y avait une bonne raison à son absence.
Il s'inquiétait.
C'est comme ça. Quand on aime, on s'inquiète.
Excusez-moi.
Bonjour.
Lisa est là ?
Non, elle est pas là.
- J'y vais. - Bonne chance.
Giorgi !
Giorgi !
Giorgi est pas là ?
Non, il est pas là.
Des fois, il nous prête un ballon.
Il est pas là.
Cherchons employé pour servir les glaces
Glaces
Chocolat, 1 lari
Vanille, 1 lari
Double, 2 laris
Lisa ne pouvait plus travailler à la pharmacie,
mais il fallait qu'elle gagne sa vie.
Elle décida de travailler au café où elle aurait dû retrouver Giorgi.
Elle ignorait qu'il était aussi victime de la malédiction.
Elle pensait qu'il était simplement tombé malade
et que, dès qu'il serait guéri, il viendrait au café.
La Coupe du monde allait commencer dans quelques semaines.
Le bar du Pont blanc était presque prêt.
L'écran était installé au bon endroit.
Le propriétaire n'avait plus qu'à trouver un vidéoprojecteur.
Pendant ce temps, le soleil se couchait sur Koutaïssi,
et puis vint la nuit.
Deux khatchapouris à emporter.
Quatre laris.
Alors, un seul.
Merci.
Bonne soirée.
Mon ami !
Mon ami, viens un peu par ici.
Oui, toi. Viens, tu veux ?
J'ai besoin d'un coup de main.
Il faut que j'installe ça sur le pont.
Tu sais ce que c'est ?
Oui.
Si tu tiens accroché deux minutes, je te paie à déjeuner.
Tu tentes le coup ?
Attends.
Vas-y.
Il y a un secret pour réussir.
Je viens d'ouvrir un café, mais il y a personne.
Je vais trouver un gars raisonnable, honnête avec moi et avec lui-même,
je vais le mettre là et ça va marcher.
Tu serais pas le gars qu'il me faut ?
Je traîne toujours par là.
Autant gagner de quoi manger.
Ce sera un peu gênant qu'elle me voie travailler là.
Mais le plus gênant, c'est qu'elle n'est jamais venue.
On m'a parlé d'une femme incroyable.
Il paraît qu'elle sait repousser les malédictions.
Va la voir, elle est à l'école de musique.
Elle enseigne le xylophone et le piano.
Dis que t'es une amie à moi.
Elle est prévenue.
Comment elle s'appelle ?
Cinq laris, les garçons. Un essai pour cinq laris.
Si vous tenez deux minutes, vous gagnez 100 laris.
Bonjour.
Je veux essayer.
Cinq laris.
- Deux minutes ? - C'est ça.
Allez.
Salut, l'ami.
On aurait un petit service à te demander.
T'aurais pas un bout de fil ?
On te le rendra.
Salut, l'amie.
On a un service à te demander.
T'aurais pas un bout de fil ?
On te le rendra.
Attendez, je vais voir.
Le temps s'écoulait.
Lisa et Giorgi se voyaient tous les jours,
mais ils passaient leur temps à attendre de se retrouver.
Pendant ce temps,
la réalisatrice Nino Chelidze et le chef opérateur Irakli Sulakvelidze
s'entretenaient avec la photographe Ana Odikadze.
Depuis cinq ans, Nino et Irakli travaillaient sur un film intitulé :
Le vent caresse les chiens errants.
Il ne restait que la fin à tourner,
les portraits de six couples.
C'était à Ana de trouver ces couples.
Nino expliqua à Ana
le type de portraits qu'ils cherchaient.
Irakli voulait qu'elle trouve 50 couples
pour qu'ils en retiennent six.
Il fallait trouver six couples que les spectateurs
ne puissent pas se lasser de regarder.
Il lui expliqua pourquoi ils préféraient tourner en 16mm
plutôt qu'en numérique.
Irakli expliqua qu'il travaillait depuis longtemps avec Nino.
Ils collaboraient depuis le film Flora.
Nino réfléchissait.
Elle n'était pas certaine de parvenir
à mettre dans le film tout ce qu'elle cherchait.
Puis, elle offrit de la confiture à Ana et Irakli.
C'est LA confiture ? demanda Irakli.
C'est LA confiture, répondit Nino.
C'est aujourd'hui que commence la Coupe du monde.
Koutaïssi, comme toutes les autres villes,
attend l'évènement avec impatience.
Giorgi est supporter de l'Argentine,
et il se fait une joie de suivre la compétition.
Bonjour, je suis Lisa, l'amie de Maya.
Très bien, un instant.
Bonjour, Tengo. Keti est avec toi ?
Va voir en salle 24.
Keti, je peux te parler une seconde ?
Elle vient voir Lela.
D'accord, j'arrive.
Salut, Keti. J'arrive.
Lado, continue.
Lela, c'est la jeune femme dont Mayko t'a parlé.
Tu peux l'aider ?
Je vous laisse.
Je suis à vous dans deux minutes.
Lado, range tes affaires.
Il range ses affaires et on s'y met.
- Au revoir. - C'était bien, Lado.
Je vous en prie.
Le café ou les cartes ?
Vardy le chien est fan de football,
en particulier de l'équipe d'Angleterre.
Vardy attendit longtemps
son ami, Mertskhala le chien.
Ils devaient regarder le match d'ouverture de la Coupe du monde ensemble.
Vexé, Vardy se rendit seul au bar à bières.
Pendant ce temps, les employés du bar du Pont blanc
attendaient les premiers supporters.
Malheureusement...
On voit rien ! Personne viendra regarder le match.
On peut compter que sur tes glaces, cet été.
À Koutaïssi, on regarde le football dans deux bars.
Cet homme essaie certainement d'aller dans l'un ou l'autre.
Depuis les années soixante,
les fans de football aiment se retrouver
dans le bar à bières du Pont rouge.
Là, ils regardent ou écoutent
les matchs extérieurs de l'équipe de Koutaïssi,
la Coupe du monde, l'Euro et la Copa America.
Mertskhala le chien veut regarder le match ici.
C'est pourquoi il n'a pas rejoint Vardy le chien.
Il savait que Vardy refuserait de venir.
Nous apprendrons plus tard pourquoi.
Pourtant, le Rioni amène de la fraîcheur, en été.
L'écran est grand, il y a de la place, et la bière est toujours fraîche.
- Merci, Neli. - Le film avance bien, Nino ?
Oui, très bien, merci.
Quand elle était étudiante, Nino a assisté à une scène étrange.
En pleine nuit, dans un parc,
elle a vu un homme presque en pleurs mâcher des fleurs de lilas.
Le deuxième bar où regarder le football à Koutaïssi
se trouve derrière le théâtre Meskhishvili.
Les habitants du quartier et les employés du théâtre s'y retrouvent.
C'est une vieille tradition.
Il y a longtemps, le Torpedo Koutaïssi joua contre le Dinamo Tbilissi.
Ce soir-là, les télévisions de la ville ne fonctionnèrent pas.
Seule une radio dans l'atelier d'un peintre capta le match.
La radio portait jusque dans la rue.
Peu à peu, tout le quartier se réunit autour de l'atelier.
Ce soir-là,
Torpedo remporta la victoire.
Depuis, la tradition veut que ce lieu rassemble les supporters.
Aujourd'hui, l'atelier et les habitants
ne sont plus là pour raconter cette histoire.
Mais la tradition, c'est la tradition.
Vardy le chien, par exemple, n'y déroge jamais.
Même si ses amis préfèrent le bar du Pont rouge,
il regarde toujours le match ici.
Argentine
Fin de la première partie
Deuxième partie
"J'ai vu la Joconde vendre des herbes au marché de Koutaïssi."
Levan Chelidze Une histoire oubliée
Il serait certainement utile de préciser
l'époque à laquelle ces évènements se sont déroulés.
Comment était cette époque ? Elle était cruelle, sans pitié.
Cette période sera certainement considérée
comme l'une des plus violentes de notre histoire.
De la même façon
que nous ne comprenons pas l'insouciance de nos ancêtres
quand des crimes atroces se produisaient autour d'eux,
nos descendants ne comprendront pas non plus
l'indifférence générale de notre époque.
Par exemple,
notre comportement envers le règne animal
est différent d'autrefois.
Cette année-là, les feux de forêts,
provoqués par des hommes cupides,
tuèrent 1 250 000 000 d'animaux.
1 250 000 000.
Il y aurait bien d'autres exemples, mais celui-ci est assez éloquent.
Nous avons maintenant une vague idée
de l'époque à laquelle se déroule cette histoire.
Et comme disaient les enfants,
retournons à nos moutons.
C'est le début des quarts de finale,
et les chiens se préparent à regarder le match.
Gishera retrouve des amis en montagne.
Marzipana se dirige vers le bar du Pont rouge.
Évidemment, Vardy va au bar du théâtre.
Et Kharakhura ?
Il ne sait pas trop. Il est en pleine réflexion.
Au marché, Lisa achète les ingrédients nécessaires
à la préparation d'un khatchapouri traditionnel.
La recette lui vient de son arrière-grand-mère.
C'est celle qu'elle réalise à chaque fois.
Je pense que le bleu ira bien en dessous.
Giorgi, je respecte ton point de vue,
mais je pense que tu as tort.
Avant je pensais la même chose, mais...
j'aime plus le bleu.
J'ai peut-être tort.
Mais c'est peut-être vous qui avez tort.
Peut-être bien.
On verra. Peut-être que je changerai d'avis.
Oui, on verra.
Bonjour.
- Je voudrais onze glaces. - Tout de suite.
La glace n'est pas prête.
Il faut attendre une heure.
Je vais leur demander.
On va attendre.
On a presque pas de clients, onze gamins débarquent,
et la glace est pas prête.
C'est pas si grave...
Il y a un match important, aujourd'hui.
J’accroche la pancarte ?
Il faut que j'y aille et il y a un match, ce soir.
Désolé de te laisser seul, mais j'ai pas le choix.
On aura peut-être des clients. Allume le projecteur.
Pense à l'éteindre en partant. Faut que je file, merci.
Et oublie pas le tabouret.
Bonsoir.
- Je peux m'asseoir ? - Oui, allez-y.
Que voulez-vous boire ?
Une bière.
Vous vous occupez de la barre de traction, non ?
Oui, c'est ça.
Merci.
J'ai acheté un khatchapouri. Je peux le manger ici ?
Oui, mais si vous n'êtes pas pressé,
j'ai apporté des khatchapouris que j'ai faits moi-même.
Il est peut-être meilleur.
Avec plaisir.
J'espère qu'il est bon. C'est celui de mon arrière-grand-mère.
Je suis sûr qu'il est bon.
J'en achète toujours à la boulangerie.
Le mien est sûrement meilleur.
C'était quoi, ça ?
Ana, qui se reposait dans le parc, remarqua Lisa et Giorgi.
Avec eux, j'arriverai à 50 couples, se dit-elle.
Elle leur parla du film et leur expliqua ce qu'elle faisait.
Lisa et Giorgi lui répondirent qu'ils venaient de se rencontrer.
Ana les supplia de la laisser les prendre en photo.
Promis, ils ne seraient pas retenus parmi les 50 couples,
mais elle avait besoin d'eux pour finir sa mission
et rentrer chez elle se reposer.
J'ai vraiment, vraiment besoin de votre aide.
Une petite photo, rien de plus.
On peut pas vous aider.
On correspond pas à ce que vous cherchez. On se connaît même pas.
Lisa et Giorgi n'aimaient pas refuser de rendre service,
alors ils finirent par accepter.
Ce soir-là, l'Argentine écrasa son adversaire 5 à 1.
Lisa et Giorgi se rencontrèrent enfin, mais sans se reconnaître.
Tu vois le théâtre ?
Quand tu es face au théâtre, il y a une rue, à droite.
Tu t'engages dedans.
Tu verras une ruelle sur ta droite, mais tu continues.
Ensuite, tu marches un peu. La rue se sépare en deux.
Là, tu vas à droite.
À droite, tu dépasses la synagogue,
et tu continues toujours tout droit.
C'est le chemin pour aller à Mtsvanekvavila.
À gauche, il y a un escalier en métal.
Les marches sont un peu raides. Fais attention.
Ensuite, tu passes le barrage, et tu arrives dans la prairie.
Là-bas, il y a une base nautique.
Les enfants font du canoë, comme Zaza Nadiradze.
Je connais bien ce coin. J'ai passé mon enfance là-bas.
Ma grand-mère y habitait, avant.
J'y allais souvent, enfant.
Ma grand-mère m'a transmis l'amour du ballon.
L'été, on sautait dans l'eau du haut de l'ancien mur.
Enfin, les autres sautaient. Moi, j'avais trop peur.
Donc si tu vas à droite du théâtre, tu trouveras.
Mangez trois biscuits en une minute
5 laris par essai Si vous réussissez : 50 laris
Imagine un peu.
Quand on regardait d'en haut, la ville était recouverte de neige.
Les flocons de neige tombaient sur la ville très lentement.
Le silence et le calme.
Les gens se déplaçaient lentement,
les gamins jouaient dans le parc.
À l'époque,
il y avait beaucoup moins de circulation à Tbilisi.
Les voitures étaient rares et roulaient doucement.
On voyait plus la route. Les gens avaient peur.
Parfois, au loin,
on entendait un corbeau, c'était magnifique.
On marchait tout le temps au milieu de la route,
dans la neige.
Tout était immaculé.
On respirait l'air pur à pleins poumons.
J'adorais passer l'hiver dehors.
Ce froid...
Il faisait froid, mais on avait pas froid.
Il n'y a plus d'hivers comme ça, aujourd'hui.
Avant, Tbilisi était une ville calme et paisible.
Dès qu'on mettait un pied dehors, on était apaisés.
En hiver, en tout cas.
Il tombait des mètres de neige
quasiment à chaque hiver.
Nino avait beaucoup travaillé. Elle était presque arrivée chez elle.
Quand, soudain...
À minuit, Nino retourna au studio.
Elle travailla toute la nuit
et, le lendemain, elle dit à Irakli qu'elle avait choisi six couples
et que le tournage pourrait bientôt commencer.
Alors ? T'as dormi ici ?
Non. Je suis venu tôt, et je me suis assoupi.
Bon, écoutez.
C'est l'anniversaire de ma femme, aujourd'hui.
J'ai commandé un gâteau à Skhvitori,
mais je peux pas aller le chercher.
J'ai besoin de votre aide.
Tu sais conduire ?
Je crois.
Toi, tu conduis et toi, tu tiens le gâteau.
Voilà les clefs.
Bonjour.
- J'espère que ça vous plaira. - Merci.
Si vous voulez goûter d'autres gâteaux, on en a des délicieux.
Il est à quoi, celui-là ?
Aux fèves de cacao et à la crème de néflier du Japon.
- Intéressant. - Merci.
J'arrive.
- Tu vas bien ? - Oui.
Et toi ? Comment ça se passe ?
C'est la folie, mais ça va.
Nino et Irakli préparaient le tournage du prochain couple.
Nino voulait commencer tôt le matin,
mais Iraki lui suggéra que l'après-midi serait mieux.
Non pas qu'Iraki fut trop fainéant.
Mais sur le lieu de tournage qu'ils avaient prévu,
la lumière était meilleure l'après-midi.
Nino mit longtemps à convaincre Lisa et Giorgi
d'être filmés.
Enfant, Nino était déjà très convaincante.
Adulte, elle était devenue experte en la matière.
Elle ne s'inquiéta donc pas quand ils refusèrent, au début.
Alors qu'ils étaient bientôt prêts à tourner
et que Nino avait trouvé l'arrière-plan idéal pour Lisa et Giorgi,
il arriva quelque chose à Lado
que tous les assistants caméra redoutent.
Monsieur Irakli, Lado a un problème.
Ah oui ? Qu'est-ce qui se passe ?
- Qu'est-ce qu'il y a, Lado? - J'ai ruiné la pellicule.
Attends, montre-moi.
Eh bien, on peut plus rien faire.
- Il y en a au studio. - Va en chercher.
Nino, la pellicule est endommagée.
Il faut attendre un peu. Lado va en chercher.
En place, s'il vous plaît.
Regardez-moi.
Levez un peu la tête.
Et maintenant, regardez l'objectif.
Attention, ne bougez plus. On va commencer.
Parfois, les gens font ce dont ils ont le moins envie.
Ce soir, c'est la finale. L'Argentine joue.
Giorgi n'a qu'une envie, regarder le match.
Mais il demande à Lisa s'il peut la raccompagner,
ce qui l'étonne lui-même.
Lisa accepte.
Reste regarder le match, si tu veux.
Non, allons-y.
Il ne reste que quelques secondes avant la fin du match.
L'Argentine mène 3 à 1
et la victoire est assurée.
L'arbitre regarde le chrono
et annonce que l'Argentine est championne du monde.
Des millions de supporters applaudissent à travers le monde et à Koutaïssi.
Car tout s'est déroulé
exactement comme il le fallait.
Giorgi veut crier, lui aussi,
mais il n'ose pas.
Irakli avait eu le sentiment
que Nino n'aimait pas le lieu qu'il avait choisi pour filmer le couple.
Il ne fut donc pas surpris quand Nino décida de filmer ailleurs.
- Vous avez déjà gravi le mont Khvamli ? - Non, et vous ?
Non, mais on prévoit d'y aller.
- Vous savez ce qu'on y a découvert ? - Et vous ?
Voilà Khvamli.
Je m'interroge souvent sur ce que je dirai à mes enfants
quand ils me demanderont
ce qui nous rendit si violents et impuissants,
et ce que je faisais quand tout ça a eu lieu.
J'y pense beaucoup, car je sais que je n'ai pas de réponse.
Que répondre ? Que je faisais des films ?
Pour que le film apparaisse sur la pellicule,
il faut d'abord la développer.
Lado est chargé d'emmener la pellicule au laboratoire.
Nino avait souhaité
regarder les rushs pour la première fois en présence des couples.
Irakli était contre, mais il finit par céder.
Inviter les couples à la projection était la nouvelle mission d'Ana.
Le soir, à l'heure convenue, tout le monde se retrouva au cinéma.
Seul Irakli était en retard.
Pardonnez-moi, je suis en retard.
- On peut commencer ? - Oui, allez-y.
Les couples se succédaient.
Nino était pensive, Irakli était content, et Ana était nerveuse.
Lado aussi était nerveux, mais moins qu'Ana.
Lisa et Giorgi sentaient qu'il se passait quelque chose.
Leurs images étaient à la fin de la séquence.
Ils attendirent cinq minutes.
Puis, ce qui devait arriver, arriva.
Lisa et Giorgi comprirent immédiatement.
Après la projection,
ils remercièrent Nino, Irakli, Ana et Lado, qui étaient abasourdis,
et leur dirent que rien n'aurait été possible sans eux.
Comme vous l'avez vu, Lisa et Giorgi se sont retrouvés.
C'est là que nous perdons leur trace.
Ils ont disparu parmi les milliers d'aventures palpitantes
qui ont lieu tous les jours dans ce monde.
Voilà l'histoire qui se déroula dans notre ville.
Nous ne comprenons que maintenant
que bien de ses aspects sont impossibles à croire.
Sans parler du fait
que la métamorphose de nos deux personnages est très étrange.
Comment Lisa a-t-elle pu croire que du café et des cartes
suffiraient à lever la malédiction ?
Comment Lisa et Giorgi ont-ils pu tout oublier ?
Comment n'ont-ils pas pu comprendre ?
Ou comment auraient-ils pu ?
Tout cela m'échappe.
Mais le plus étrange, le plus incroyable,
c'est que les auteurs aient choisi de tels sujets.
Je reconnais que cela dépasse mon entendement.
D'abord, ça ne fait pas avancer la société.
Ensuite, ça ne fait rien avancer du tout.
Cependant, en sachant tout cela, bien sûr,
on peut admettre l'un et l'autre.
Qui sait ?
Existe-t-il un lieu exempt d'évènements incohérents ?
Quand on y réfléchit bien, c'est une question à creuser.
Quoi qu'on en dise, ce genre de choses arrivent dans ce monde.
Rarement, mais elles arrivent.
Fin
Adaptation : Lilia Adnan et Sylvestre Meininger
Consultante : Inaz Beglarashvili
Sous-titrage DAMNED FILMS
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