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Mademoiselle, tu peux fermer la fenêtre, s'il-te-plaît ?

Le courant d'air me dérange.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Tu peux fermer la fenêtre ?

Ferme la fenêtre. Ma fille va tomber malade.

Non.

Ferme la fenêtre. Il fait froid.

Pourquoi tu ne l'as pas couverte ? On est en mars, pas en été.

Je ne veux pas l'étouffer.

Moi, j'étouffe quand la fenêtre est fermée.

Je ne peux plus supporter ce courant d'air.

Ferme la fenêtre, nom de Dieu.

Laisse-moi descendre ici, s'il-te-plaît.

Tu ne vas pas trouver de transport ici.

Laissez-la descendre.

Ça suffit. On veut rentrer chez nous.

On ne laisse pas une fille ici.

Allez, bouge. Bouge !

Mange.

Pourquoi tu ne manges pas ?

Ça fait plusieurs jours. Tu commences à m'inquiéter.

Elle n'aime pas la maison, c'est pour ça qu'elle ne mange pas.

T'as vu ?

Les parents de Samir ont téléphoné.

Ils vont venir dimanche.

Vraiment ?

Enfin, l'homme tant attendu va venir.

Pourquoi il trouve pas une fille aux États-Unis ?

Parce qu'il veut une fille de son pays.

Qu'il se marie sous les bombes, alors.

Après, on ira tous vivre aux États-Unis.

Donne-moi du pain.

N'accepte pas de le voir, Nahla.

Je l'ai jamais vu. Si ça se trouve, il ne me plaira pas.

Il faut que tu lui plaises aussi.

J'espère qu'il ne te plaira pas.

Mes poils poussent toujours sous la peau.

Mes jambes ne sont jamais douces.

Je dois y aller.

Reste.

Je ne peux pas.

Pourquoi ?

Tu m'emmerdes !

Ça fait deux heures que j'attends.

La prochaine fois, tu vas voir...

On a des nouveaux voisins.

J'espère qu'ils seront mieux que ceux d'avant.

J'ai jamais aimé ce quartier.

Tout ça c'est à cause de ton père.

Chaque jour, les mêmes paroles...

Tiens.

C'est comme ça qu'on coud un bouton.

Je suis en retard, je file.

Fais attention à toi.

Maman ?

Arrête de dire que c'est la faute de papa.

Faites attention à ne rien casser.

Faites attention. Il y a encore deux étages.

Entendu, madame.

Pourquoi t'es descendu ? Je t'ai dit de rester avec Shirin.

Mais je dois aller à l'école.

Tu peux sécher, aujourd'hui.

De toute façon, t'es très en retard.

Demain, je t'emmène à l'école, promis.

- J'ai peur qu'ils me punissent. - Tu diras que t'étais malade.

Je vais pas les laisser te punir.

Doucement.

Ne le cassez pas.

Deux places, s'il te plaît.

Le mouvement a commencé discrètement le 15 mars.

Quelques centaines de manifestants ont répondu à un appel d'Internet,

en référence au Printemps arabe.

Le mouvement a éclaté à Deraa, dans le sud du pays,

où 15 adolescents ont été emprisonnés

pour avoir fait des graffitis contre le régime.

Depuis, les manifestations se multiplient partout en Syrie...

Allô ?

Je ne l'ai pas entendu.

Manal est là ?

Elle n'est pas encore arrivée.

Vous êtes en retard et vous ne décrochez pas.

Il faut changer la vitrine.

Mais on vient de le faire.

Non. On doit la changer.

Il faut la changer souvent.

D'accord.

Je passerai dans l'après-midi.

Et je rappellerai peut-être.

Au revoir.

Connard.

Il me regarde toujours bizarrement. Il me fait peur.

Il aime regarder les filles. C'est son truc.

Te complique pas la vie.

À chaque fois que tu me vois parler à un homme,

tu deviens curieuse.

Tu sais, Nahla...

J'aimerais aller voir mes parents à la campagne.

Je ne sais pas, j'ai peur.

S'il arrivait quelque chose ici, ce serait terrible.

Le gouvernement syrien tente d'apaiser

et de contrôler la situation...

Il faut que l'État réagisse à ces voyous.

Voyous ?

Et ceux qui tirent sur les gens et les emprisonnent ? C'est quoi ?

C'est ce qu'il faut faire.

Je ne veux pas que tu te mêles à ces histoires.

Il faut que tu fasses attention.

Et que tu n'en parles pas.

Ça ne nous regarde pas.

Vraiment ? Ça concerne qui, alors ?

On vit dans ce pays, non ?

Et vous, vous en pensez quoi ?

À ton avis ? La même chose que moi.

Fais ce que tu as à faire. Tu perds ton temps.

J'ai fini.

Tu te fous de moi, en plus ?

Va dans ta chambre. Tout de suite !

Ça ne lui va pas. Je peux voir autre chose ?

Celle à côté de vous.

Tu en penses quoi ?

Je ne sais pas. J'en ai marre.

Il y a d'autres couleurs ?

Je vais voir.

Rime, comme ça, on n'arrivera à rien.

Fais vite, dis quelque chose.

Te dire quoi ? Rien ne me plaît. Tu veux que je me force ?

Je n'ai pas d'autres couleurs, mais j'ai un autre modèle.

Alors ?

Non, j'aime pas.

Pourquoi je te demande ? Tu n'as aucun goût.

Voyons cette robe.

Vous l'avez en violet ?

Non. On ne l'a pas.

T'as tout vu. Tu ne peux pas choisir ?

C'est ton travail ou pas ?

Excusez-nous. Elle est un peu nerveuse.

Nerveuse ?

Dites-moi, madame, qu'est-ce que...

Je ne veux rien.

Je ne veux rien.

Je ne veux rien.

Un instant, madame. Attendez.

Qu'est-ce que t'as fait ?

C'est dégoûtant, cette fumée.

Mon chéri aime cette odeur dans ma bouche.

Tu n'y connais rien, toi.

Tiens, j'ai failli oublier.

J'ai amené ce que je t'avais promis.

Elle est où ? La voilà.

C'est un parfum aux phéromones.

N'en mets pas trop.

Tu me raconteras sa réaction.

Je ne suis pas sûre que ça m'aide.

J'ai essayé. C'est garanti 100 %.

Si ça ne marche pas,

c'est qu'il est gay.

Bonsoir.

Bonsoir.

Je suis Nahla. J'habite deux étages plus bas.

Oui, je sais. Je t'ai aperçue.

Je suis désolée de venir à cette heure-ci, mais...

il fallait que je vous parle.

Me parler ? À moi ?

Quand est-ce que vous terminez les travaux ?

Je sais que le bruit dérange les habitants de l'immeuble,

mais je suis obligée de faire ces travaux.

Je ne parle pas pour moi.

Pour qui, alors ?

C'est pour ma mère.

N'importe quel bruit la dérange.

Excusez-nous.

Ma mère m'attend.

Bonne nuit.

Dis-moi : "Reste."

Reste.

Dis-moi : "Reste, Nahla."

Reste, Nahla.

Dis-moi : "Reste et ne pars pas."

Reste et ne pars pas.

"Reste et ne pars pas, Nahla."

Reste et ne pars pas, Nahla.

Nahla !

Je dois partir.

Nahla !

Ils m'attendent.

On n'a pas de temps à perdre.

Tout doit être parfait.

Je vais allumer un cierge pour que tout se passe bien.

Allez, lève-toi.

Tu n'as pas pris un jour de congé pour dormir.

Tu sais ce que tu vas mettre ?

Non, pas encore.

Ce qui s'est passé est très douloureux.

Répondre par la force aux manifestants

est une affaire très grave.

C'est inacceptable et inadmissible.

Il y a une grande crise politique dans le pays.

Le peuple a des revendications légitimes.

Il revendique la liberté et veut combattre la corruption,

abolir l'état d'urgence...

Myriam ?

Oui ?

Je vais sortir chercher des trucs. Je ne vais pas tarder.

Prends les clés avec toi.

Je vais partir à la fac.

Bonjour.

Bonjour.

Je ne vous dérange pas ?

Un peu, mais c'est pas grave.

C'est bon. C'est le dernier jour de travaux.

Je ne suis pas venue pour ça.

Je voulais juste vous rendre visite.

On sera plus à l'aise ici.

Votre appartement est plus grand que le nôtre.

Un café ?

Oui.

Jiji !

Un moment, j'arrive.

Merci.

Ces chocolats sont pour vous.

Merci.

On va les prendre avec le café.

Comment va ta mère ?

Ça peut aller. Elle se repose.

Tu vis seule avec ta mère ?

Non, j'ai deux sœurs.

Trois filles.

Et toi ?

Ça dépend.

Mais tu as un petit garçon, non ?

Quand on parle du loup...

Maman, je veux que tu m'aides.

- Va demander à une des filles. - Je veux que ce soit toi.

Je suis occupée.

Tu es toujours occupée ! C'est qui, elle ?

Arrête.

Arrête, sinon je vais te frapper.

Fais tes devoirs avec les filles, et tu auras un cadeau.

Maman, tu me mens toujours.

- Je veux rentrer chez moi. - Tu es chez toi !

Non. Chez moi, c'est chez mon père.

Il est où, ton père ?

Il est où, hein ?

Il vient, et il part quand il veut.

Quitter son pays, c'est toujours dur.

Je suis aux États-Unis depuis 30 ans,

mais j'aurais dû aller au Canada, comme mes frères.

Et toi ?

Moi, quoi ?

Tu préfères quel pays ?

J'étais très jeune quand j'ai quitté la Syrie.

Ce sont mes parents qui ont choisi. Je ne me souviens plus.

Il pleut ?

Pardon ?

Est-ce qu'il pleut, chez vous ?

Oui. Il pleut de temps en temps.

C'est quoi, ton travail ?

Mon travail ?

Un magasin de vêtements.

Je peux fumer ?

Merci.

Line, tu peux aller ouvrir ?

Bonsoir.

Je suis la voisine du dessus.

Je peux vous emprunter une échelle ?

Vous pouvez la porter toute seule ?

Ne t'inquiète pas pour moi.

- Samir ? - Oui.

Il pleut beaucoup chez toi ?

Je t'ai dit, oui.

Moi je travaille.

Mon travail est très pénible.

À temps plein.

Pendant le week-end, je sors avec mes frères et sœurs.

J'aime bien mes neveux.

On fait des pique-niques.

Ennuyeux.

Pardon ?

Ta vie est ennuyeuse.

Non...

Pas pour moi.

Je peux avoir un verre d'eau ?

Mon prénom, c'est Nahla.

Je sais.

Qu'est-ce que tu sais, à part mon prénom ?

Rien.

J'aimerais bien en savoir plus sur toi.

Bonsoir.

Voilà ma fille Myriam.

Comment vas-tu ? Qu'est ce que tu racontes ?

C'est la cadette ?

Tu viens pour ton échelle ?

Oui. Ma sœur ne peut pas monter dans sa mezzanine.

Entre.

Elle est là.

Désolée, ma belle. J'ai oublié de vous la rendre.

Ces poissons ont une meilleure mémoire que toi.

Aide-la, toi.

Je suis pas venu pour ça.

C'est pas grave. Je me débrouille.

Je me suis pas occupée de ça. C'est toujours ma faute.

Comment la boîte de chocolats a disparu ?

- J'en sais rien. - Je l'ai payée très cher.

Tiens, l'échelle.

Pourquoi tu m'as pas laissé t'aider ?

C'est pas grave.

Et toi, tu sais où sont les chocolats ?

Je ne sais pas.

Sainte Vierge, elle est passée où cette boîte de chocolats ?

Je vais me coucher.

Il t'a plu ?

Alors, raconte.

Que je te raconte quoi ?

Il t'a plu ?

Je sais pas.

Qu'est-ce qui ne te plaît pas chez lui ?

Je veux dormir.

Bonne nuit.

Bonne nuit.

J'espère qu'il n'y a rien, là où tu habites.

Non, ça va.

Pourvu que ça finisse vite.

Et qu'ils tuent tous les voyous qui détruisent le pays.

On vivait en sécurité.

Oui, bien sûr.

Ils ont intensifié leur présence.

Des témoins affirment avoir vu au moins 20 camions de l'armée

se diriger vers la ville, en renfort des forces de l'ordre,

des forces spéciales et des milices...

Maman ?

Myriam ?

Pourquoi vous toquez si vous avez les clés ?

Bonsoir. Je peux te demander quelque chose ?

Oui, bien sûr.

Tu peux garder Shadi chez toi une heure ou deux ?

Bien sûr.

Excuse-moi. Je suis venue sans prévenir.

Sois poli et sage, sinon tu sais ce qui va t'arriver.

Je sais, mais pas plus d'une heure.

Merci beaucoup. À plus tard.

Viens.

Viens.

Tu vis seule ?

Non.

Tu es mariée ?

Non, je ne suis pas mariée.

Tu n'as pas d'enfants ?

Je ne suis pas mariée, donc non.

Mais avec qui je vais jouer ?

Joue avec moi.

J'en ai marre, des grands. Il n'y a que des grands autour de moi.

Et tes camarades d'école ?

Ils me détestent, et moi aussi.

Viens voir.

- Tu aimes les tortues ? - Oui.

Regarde celle-là.

Tiens.

C'est vrai, qu'il va y avoir la guerre ?

Je ne sais pas. Personne ne le sait.

- Tu l'aimes bien ? - Oui.

Je peux la garder ?

- Non. - Pourquoi ?

- Parce qu'elle est à ma sœur. - S'il te plaît.

Tu en prendras soin, et tu lui fabriqueras une maison ?

Oui.

- Promis ? - Promis.

Alors, c'est d'accord.

Tu ne la trouveras pas ici.

Elle est partie où ?

Ça m'énerve !

Répondez au téléphone.

Elle est trop petite.

Elle s'est peut-être cachée quelque part.

Peut-être qu'elle est là.

Répondez au téléphone !

Comme tu vois, elle n'est pas là.

T'es folle ? Tu fais quoi ?

Elle est où ?

Maman ! Viens voir ce que Line fait.

Ça suffit, Myriam !

Calme-toi, tu vas la retrouver.

Tout disparaît, dans cette maison !

Qu'est-ce qui se passe, ici ?

Ma tortue a disparu.

Quelle catastrophe...

C'était les parents de Samir au téléphone.

- Ils ont dit quoi ? - Ils veulent revenir.

Vraiment ?

Mais ils viennent pour Myriam, pas pour toi.

Quel connard !

Ne me fixe pas.

Tu vas te couper.

Regarde ce que tu t'es fait.

Ça ne me fait pas mal.

Je ne me lasse pas de toi.

Je me lassais d'eux tous.

Mais pas de toi.

Éteins la lumière.

Tu crois que je ne suis pas énervée ?

J'ai beaucoup de peine pour toi.

Tu es aussi ma fille.

Qu'est-ce que je peux faire de plus ?

Tu sais, maman,

Je pensais, l'autre fois.

Je ne t'ai jamais vue pleurer.

Pas une seule fois.

C'est possible, une femme qui ne pleure pas ?

Ah, si.

Tu as pleuré une fois.

À l'enterrement de mon père. Tu te rappelles ?

Pourquoi tu parles de ça ?

Pourquoi tu me parles comme ça ?

Tu parles peut-être plus que moi,

mais tu ne dis jamais ce que tu ressens.

C'est faux.

Arrête de mentir.

Maman, reste là.

Quel bordel, ici !

Les types comme lui se mettent dans de sales histoires.

En plus, tu as vu ce qui se passe dans le pays ?

Des kidnappings, des gens qu'on retrouve morts...

Va savoir.

T'as pas quelque chose à me dire ?

Il est pas mal.

Ça, c'est une bonne nouvelle.

Fallait le dire tout de suite.

Il est comment ?

Comme les autres.

Quels autres ?

Elle est jolie, cette robe.

Quoi ?

Depuis quand tu aimes ce style ?

La coquine, elle se prépare déjà.

Manal ?

Oui.

Dans les prochains jours, je risque de m'absenter.

Tu seras avec moi, hein ?

Oui, bien sûr.

Montre comment te va la robe.

Allez ! Essaye-la et dis-moi.

Si je te demande de l'argent, ça ne te posera pas de problème ?

Je sais que ta situation est délicate.

Si je peux t'aider, je le ferai, comme tu l'as fait pour moi.

Manal ?

Oui. Qu'est-ce qu'il y a ?

Tu me le promets ?

Je te le promets. Je te le jure.

Pourquoi ta voix est bizarre, Nahla ?

Qu'est-ce que tu as ?

Nahla ?

Dis-moi : "Je te le promets, Nahla."

Je te le promets, Nahla. Je te le jure même.

Qu'est-ce que tu as ? Ouvre la porte.

Ouvre la porte.

Qu'est-ce qui se passe ?

Nahla, ouvre, pour l'amour du ciel.

Allez, Shadi. On est en retard.

Je peux vous aider ?

Mme Jiji est là ?

Entre.

Bonjour.

C'est toi.

Tu m'as fait peur. Comment tu es entrée ?

J'ai vu Shadi...

avec une fille. Ils partaient à l'école.

Shirin.

Cette conne aurait pu me dire que quelqu'un arrivait !

Désolée.

C'est comme ça qu'on se rend visite dans cet immeuble ?

Je voulais te parler.

Entre, tu ne vas pas rester debout.

Il n'y a plus de café.

Mais tu peux t'en faire.

C'est bon.

Bien.

C'est quoi, ton problème ?

C'est pas un problème.

J'ai une demande.

Dis-moi.

Dis.

Je veux une chambre.

Une chambre ?

Une chambre pour prier ?

Non, pour voir mon amant.

Pourquoi ici ?

Les gens que tu fuis,

ils sont deux étages plus bas.

Pourquoi tu ne vas pas chez lui ?

Je ne peux pas.

Il est marié ?

Non.

N'aie pas honte.

Tous les hommes trompent leur femme.

Sans exception.

Lui n'est pas marié.

Et ce n'est pas notre problème.

Va dans un hôtel.

Non...

Moi aussi, ça m'étouffe, les hôtels.

Écoute.

Mes clients

ils n'ont pas d'heure précise.

Chacun a ses problèmes.

Mais ils viennent tous ici pour la même raison.

Pour oublier.

Je te dirai quand j'aurai une chambre vide.

Tu la veux quand ?

Demain.

Tu es pressée.

C'est d'accord.

Les gens prenaient la fuite.

Ceux qui étaient blessés au sol, pas encore morts...

Bonsoir.

...ils les achevaient et traînaient les corps à l'intérieur du bâtiment.

Je parle des forces de l'ordre militaires.

Mais il n’y a pas eu de provocations entre les manifestants

et les forces de l'ordre ?

À ton avis, quand aura lieu le discours ?

Comment tu veux que je le sache ? Personne ne le sait.

Et toi, Nahla, t'en penses quoi ?

...pour manifester après la prière de midi.

Une manifestation qui revendiquait la liberté

et les changements promis par notre président Bachar Al-Assad.

Mais sa réponse s'est faite par des salves de tirs.

Les médias étouffent ce qui se passe ici...

- Elle est où, maman ? - Dans sa chambre.

Vous dites que les forces de l'État

ont immédiatement ouvert le feu ?

Voilà la chambre.

Tu lui as donné la bonne adresse ?

Oui.

Je vais partir.

Il n'est pas venu, hein ?

Il n'a pas pu venir.

Pourquoi tu rigoles, toi ?

Quoi ?

- C'est interdit de rire ? - Oui.

Demain, tu riras moins quand Salem sera là.

Tais-toi, toi aussi !

Qu'est-ce que j'ai dit ?

Viens, Nahla.

Viens t'asseoir.

Viens boire avec nous.

Tu t'appelles Nahla ?

Il paraît qu'on va beaucoup te voir par ici.

Bienvenue.

Il paraît que tu vas fermer ta gueule.

De quoi tu te mêles ?

Tu crois que Shirin va lui plaire ?

Donne-moi la cigarette.

De toute façon, Salem ne sera pas content.

Il s'énerve sans raison, en ce moment.

Qui est Salem ?

Notre client préféré.

Maman, qu'est-ce que tu fais ?

Maman, qu'est-ce que tu fais ?

Tu m'as fait peur, bon Dieu.

Qu'est-ce que tu fais, avec mes affaires ?

Nahla, tu connais notre situation.

Je ne peux pas équiper ta sœur pour le mariage.

Il faut que je fasse sa robe moi-même, avec mes problèmes de dos.

Mais ces habits-là, je les ai achetés avec mon propre argent.

Tu ne peux pas les donner à Myriam !

Ma chérie, je n'ai pas d'autre solution.

Il faut qu'on en finisse, avec ce mariage.

On ne sait pas ce qui va arriver au pays.

Ta sœur va nous permettre de tous aller aux États-Unis.

Tu comprends ?

Maman, ce sont mes affaires.

Ne te comporte pas comme une enfant.

Tu n'en as pas besoin pour le moment.

Tu es très belle, Myriam.

Je suis désolée, Nahla.

Ne t'excuse pas.

C'est la faute de personne si tu es belle, Myriam.

Si on nous voyait, on ne dirait pas qu'on est sœurs.

Chaque fois que je te regarde, je me vois en toi.

Parce que tu aimes te voir dans chaque chose.

C'est bon, Nahla. Lâche-moi.

Peut-être que Samir aussi me voit en toi.

Qu'est-ce que tu veux dire ?

Ma lingerie te va très bien.

Tu veux dire quoi, Nahla ?

Regarde !

Regarde bien, Myriam.

Peut-être que tu as raison.

On se ressemble beaucoup.

Bonjour.

Comment vas-tu ?

Pas très bien.

Qu'est-ce que t'as ?

Comment je peux savoir ?

On leur donne de la liberté, et on obtient de la merde.

Tu n'es pas ici pour raconter ces histoires.

J'ai une surprise pour toi.

Que Dieu maudisse cette époque

qui m'éloigne de vous.

Shirin, amène-le dans la chambre.

Et toi, détends-toi.

C'est quoi, ton nom ?

J'oublie toujours les noms.

Shirin.

Je m'appelle Shirin.

Je veux les garder.

Raconte-moi une histoire.

Quelle histoire ?

L'histoire.

Je ne sais pas raconter d'histoire.

Raconte l'histoire du jeune qui avait onze frères...

qui voulaient le tuer.

Je ne m'en souviens pas.

Raconte ce dont tu te souviens.

Je ne me rappelle de rien.

Tu ne peux pas ?

Tu dois raconter.

Je peux t'aider.

Ce n'est pas le jeune qui est très beau ?

Comme Dieu.

Celui dont les frères étaient très jaloux,

parce que leur père l'aimait plus qu'eux.

Le jeune homme qui faisait des rêves.

Un jour...

ce jeune fit un rêve.

Il alla le raconter à son père et à ses frères.

Il leur dit :

"On allait labourer la terre.

"Il y avait un épi de blé,

"qui pointait vers le ciel.

"Tous les épis qui l'entouraient

"se courbaient devant lui."

Ses frères lui dirent :

"Quoi ? Tu veux régner sur nous ?

"Tu veux nous dominer ?"

À partir de ce jour, ses frères le haïrent encore plus.

Et ils détestèrent les rêves qu'il faisait.

Un jour, il fit un autre rêve

qu'il leur raconta.

"J'ai vu le soleil et la lune s'agenouiller devant moi."

Bachar, dégage !

Dès que je serai là-bas, je m'occuperai de ton visa.

Ne t'inquiète pas, ce sera rapide.

Et toi, maman, tu nous rendras visite ?

Bien sûr, quand tu auras des enfants.

C'est quoi, ça ?

- Pourquoi tu entres comme ça ? - J'ai besoin d'un truc.

Viens, Samir !

Qu'est-ce que tu cherches, Nahla ?

Nahla, dis-moi.

Je ne veux pas.

Pourquoi tu veux savoir ?

Qu'est-ce que tu cherches ?

Quelle importance de le savoir ?

Tu ne le sauras jamais.

Va-t'en.

Tu ne peux rien faire.

Je sais.

Alors pourquoi tu demandes ?

Va voir Myriam, elle t'attend.

Je vais rejoindre Myriam.

J'ai une vie entière à passer avec elle.

C'est ce que tu voulais, non ?

Samir, qu'est-ce que tu fais ?

- Tes parents s'en vont. - J'arrive, j'arrive...

Ne plie pas le tissu comme ça, tu vas l'abîmer.

Et ne réponds pas à cette folle.

Pourquoi tu veux te marier à ce type ?

Line, tais-toi. C'est pas le moment de dire ça.

Si, c'est le moment d'en parler.

Regarde-la. Elle est jeune et belle.

- À qui tu l'envoies ? - Je l'envoie à une vie meilleure.

- Mais Myriam... - Samir est une bonne personne.

Il la dégoûte, elle ne l'aime pas.

Pas vrai, Myriam ? Avoue.

Non.

J'aime Samir.

- Menteuse. - De quoi tu te mêles ?

Ferme-la !

J'aurais pas dû vous demander votre avis sur la robe.

Je prie Dieu qu'elle n'atteigne pas le mariage.

Non !

Maman !

Crie tant que tu veux, mais ne me touche pas !

Maman, tu ne peux plus nous frapper comme des enfants.

De toute façon, on est déjà mortes !

- Line ? - Oui.

Tu es réveillée ?

Je voulais juste m'enfuir.

Je voulais que ce pays me manque.

Mais tu n'as jamais aimé ce pays.

Je parlais de nostalgie.

Pas d'amour.

La nostalgie, c'est pour les morts.

Pourquoi tu dis ça ?

Il va se passer des choses terribles, Nahla.

Ne dis pas ça.

Tu me fais peur.

C'est la seule chose qui nous restera.

Avoir peur.

Line ?

T'as pas un joint ?

Je l'ai fumé avec mes potes à l'école.

Mais moi, je sens une odeur bizarre.

Non.

C'est pas moi.

Ce sont les fantômes de la maison.

Ceux qui ont volé les chocolats et ma tortue.

Quels fantômes ?

J'entends leurs pas dans la cuisine.

Je vous dis que cette maison est hantée.

Personne ne me croit.

Nahla,

tu sais ce que j'ai lu sur Internet ?

Tu as lu quoi ?

Ils ont trouvé une planète,

jumelle de notre planète dans le système solaire.

Et alors ?

Une autre Terre.

Avec une autre Line.

Une autre Nahla.

Un endroit...

où papa est en vie.

Où Samir t'a choisie.

Où ma tortue n'a pas disparu.

Je vais me coucher.

Line au pays des merveilles,

bonne nuit.

Bonne nuit, Nahla.

Le jeune homme qui faisait des rêves.

Son nouveau maître

l'aime.

Et il lui cède tout.

Tout.

Mais son maître

ne sait pas que sa femme va tomber amoureuse du jeune homme.

Chaque fois qu'elle le voit,

elle le supplie de coucher avec elle.

"Couche avec moi.

"Couche avec moi."

Mais lui,

il refuse.

Pourquoi tu te tais ?

Continue.

Mais il se refuse à elle.

Elle le retient par son vêtement.

Le tissu se déchire,

et lui reste entre les mains.

Il n'est pas venu ?

Non.

- Il ne viendra jamais. - Si.

Ma main à couper que tu n'as jamais été avec un homme.

Dans cette maison, il n'y a pas de tromperie.

Ni de mensonges !

Tricheuse.

Tu te touches combien de fois par jour ?

Lâche ces vêtements qui ressemblent à ceux de ma grand-mère.

Ça suffit ! Viens te regarder dans le miroir.

Regarde-toi dans le miroir.

Regarde bien !

Regarde.

C'est quoi ton problème, Nahla ?

De quoi as-tu peur ?

Parle !

Le mariage est pour bientôt.

Je ne sais pas quoi mettre.

Ses frères lui dirent :

"Quoi ?

"Tu veux régner sur nous ?

"Tu veux nous dominer ?"

Ses frères le haïrent encore plus.

Et ils détestèrent les rêves qu'il faisait.

Jiji !

Qu'est-ce que tu veux ?

- Je cherche Jiji. - Elle n'est pas là.

Personne ne sait où elle est.

C'est qui, elle ?

Nahla.

Tu as vu comme il est joli, ce prénom ?

Nahla ! Où tu vas ?

Il ne faut pas entrer. Reviens.

C'est qui ?

- C'est Nahla. - Tu veux quoi ?

Te dire quelque chose.

Je ne voulais pas être dérangée.

Je ne vais plus venir chez toi.

Il ne pourra pas venir.

Qui ça ?

Arrête tes conneries, Nahla.

Ne m'énerve pas !

Viens.

Viens !

Tu crois...

que tu peux lâcher madame Jiji, comme ça ?

Eh non.

Ce n'est pas aussi simple.

Il est beau.

Pas vrai ?

J'ai trop bu, aujourd'hui.

C'est lui.

Qui, lui ?

C'est lui.

Qui ça ?

Le voilà.

Ses yeux, ses lèvres...

De l'autre côté,

c'est un miroir.

Il ne voit que son reflet.

Frappe.

Frappe autant que tu veux.

Il ne peut pas t'entendre.

S'il te plaît, laisse-moi aller le voir.

Juste le toucher.

Reste derrière la vitre.

C'est mieux pour toi.

Je ne le réveillerai pas.

Non.

- S'il te plaît, laisse-moi... - Non !

Je ne veux pas que tu sois déçue.

Reste derrière la vitre.

C'est mieux ainsi.

Je veux juste le toucher.

De toute façon, il va s'endormir.

Tous les hommes s'endorment après l'amour.

Ils nous laissent seules dans nos meilleurs moments.

Laisse-le dormir.

Regarde-le, Nahla.

Tu ne peux rien faire d'autre.

Voici Nahla.

C'est quoi, ça ?

C'est la valise avec les habits pour mon mariage.

Ce qu'il en reste.

Bande-toi les yeux.

Vas-y.

Raconte.

Qu'est-ce que tu veux que je raconte ?

L'histoire que j'aime écouter.

Ils ne t'ont rien dit sur moi ?

Si, mais...

Je ne sais pas raconter d'histoires.

Moi, je suis très impatient.

Tu dois parler.

Raconte-moi l'histoire du jeune qui fait des rêves.

Le jeune...

qui est beau,

très beau,

faisait des rêves.

Il aimait voyager,

mais son père ne le laissait pas, car il l'aimait beaucoup.

Il l'adorait.

Ses frères en étaient jaloux.

Parce qu'il faisait des rêves.

Et eux, non.

Un jour...

ils le virent et dirent : "Le voilà.

"C'est celui qui rêve."

T'as oublié de raconter les rêves qu'il faisait.

Ils lui enlevèrent ses habits,

et le jetèrent dans un puits.

Et ils le jetèrent...

T'as oublié de parler des rêves.

Ils le jetèrent dans un puits, pour qu'il meure.

Mais il n'était pas mort.

Des voyageurs le virent,

et le vendirent au roi d'un pays lointain.

La femme de son maître tomba amoureuse de lui.

Follement amoureuse.

Chaque jour, elle lui disait : "Couche avec moi.

"Couche avec moi."

Mais il refusait.

"Je détiens tout dans la maison de mon maître,

"sauf toi."

À la fin,

ils couchèrent ensemble.

Oui. Ils couchèrent ensemble.

Menteuse.

Il lui dit : "Je détiens tout dans la maison de mon maître, sauf toi."

Menteuse.

Dis-moi que ça ne se finit pas comme ça.

Dis-le-moi !

"Je détiens tout dans la maison de mon maître, sauf toi."

- Ils couchèrent ensemble. - Menteuse !

Ils couchèrent ensemble.

Menteuse.

Elle le suppliait, mais il refusait.

Elle le suppliait, mais il refusait...

Oui, Salem.

Ils couchèrent ensemble.

T'as eu peur de venir me voir ?

Non. Ça va.

C'est quoi, cet endroit ?

C'est mon café préféré. Mon père nous emmenait toujours ici.

Ta tasse est noire, Samir.

Nahla.

Tu peux poser la tasse pour qu'on parle un peu ?

Je suis désolé, Nahla.

Je vois une femme qui t'enlace très fort.

Tu as peur, Samir.

Je vois dans la tasse que tu as peur.

Oui, j'ai peur.

J'ai peur de rester bloqué ici, et de ne pas pouvoir repartir à temps.

Je vois un long chemin devant toi.

Très long.

C'est incroyable. Je vois toute ta vie dans cette tasse.

Nahla,

pourquoi tu m'as fait venir ?

C'est quoi, cet endroit ? On doit partir avant la nuit.

C'est ton pays, Samir.

Non, pas mon pays.

Je suis parti très jeune. Je ne me souviens plus de rien.

Je n'ai que des souvenirs flous de ce pays de merde.

Mais c'est dans ce pays de merde que tu viens chercher ta femme,

celle qui veut t'épouser et passer sa vie avec toi.

Oui.

Où est le problème ? Je cherche une femme qui me comprenne.

Et tu l'as trouvée ?

Pourquoi tu es venu, Samir ?

C'est toi qui m'as demandé de venir.

Nahla,

qu'est-ce que tu voulais me dire ?

Je voulais juste voir si tu allais venir.

Nahla.

Nahla. Où vas-tu ?

Nahla, où es-tu ?

Où es-tu partie ?

Enfin.

Je suis là.

Dis-moi : "Ne pars pas, Nahla."

Je te voulais toi.

Dis-moi : "Reste, Nahla."

Je te voulais toi.

Nahla.

Je te voulais toi, Nahla.

Dis-moi que tu me pardonnes.

Je te pardonne.

"Je te pardonne, Samir."

Je te pardonne, Samir.

Elle est belle, la musique pour la cérémonie.

Et la lumière, aussi.

On va danser.

Mais vous savez danser la valse ?

Non, mais on fera semblant.

Personne ne verra que nos pas ne sont pas précis.

Myriam, je peux te demander quelque chose ?

Oui.

Je suis obligée de mettre les extensions de cheveux ?

Je vais mettre la robe que tu as choisie pour moi,

mais je ne m'imagine pas avec des extensions.

Line,

tu ne veux pas être une femme, juste une fois dans ta vie ?

Tu aurais dû naître garçon.

C'est ce qui aurait dû arriver.

Mais j'ai changé d'avis au dernier moment pour énerver ma famille.

Elle est où, Nahla ?

Je ne sais pas.

Ils sont partis où, ceux qui font la décoration ?

Le président va parler. Ils sont peut-être allés l'écouter.

Moi aussi, je veux y aller.

T'inquiète pas. Ils vont le répéter vingt fois.

Mes chers compatriotes, hommes et femmes de ce grand pays,

le Coran dit : "Ne déteste pas le mal, lorsqu'il est pour ton bien."

Mais nous sommes des êtres humains,

et nous ne pouvons aimer ce qui s'est passé dans le pays.

Nous n'aimons ni le sang, ni les troubles, ni les tensions.

Nous ne cherchons pas le conflit, mais le complot est énorme.

Les habitants de Deraa ne sont pas responsables de ce qui s'est passé,

mais ils partagent avec nous le devoir d'éliminer toute forme de sédition.

Je suis pacifique ! Juste pacifique !

Le monde veut voir ce qui s'est passé à Deraa.

Tire, si tu veux.

Vas-y tire !

Il n'y a pas de place pour ceux qui ne prennent pas part au conflit.

Car ce n'est pas de l'État qu'il est question, mais de la patrie.

Le peuple syrien est un peuple pacifique,

mais il n'hésite pas à défendre son pays et ses principes.

Et si on nous impose la guerre, nous sommes prêts.

Dieu, la Syrie, Bachar, et rien d'autre !

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