Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
French
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
LA CUISINE DES ANGES
Joyeux No�l �LE DU DIABLE 1895
- C�leste! - Oui?
Sur le vapeur qui vient d'arriver, quelqu'un d�sire d�barquer.
J'ai des ordres du gardien-chef de la prison :
je dois rester ici au cas o� les gardiens voudraient fouiller la c�te.
Trois prisonniers se sont �chapp�s hier soir.
Fais ce que je te dis. Tu es en libert� surveill�e. � l'�preuve.
Tu n'es rien de plus qu'un prisonnier, m�me si tu es libre d'aller et venir.
Un mot de moi et tu retournes en prison, alors fais ce que je te dis.
Tr�s bien.
Dis, les trois prisonniers �chapp�s hier soir
sont-ils dangereux?
Oui. Ils ont essay� de tuer un gardien.
Essay�? Il n'est pas mort?
J'ai d� perdre des forces.
C'est la nourriture de la prison. T'inqui�te pas, bient�t, tu iras mieux.
Si on ne se fait pas attraper avant. Quelle �vasion!
On est l� devant tout le monde, en habits de prisonniers.
Qui remarquera trois affranchis parmi les 1 200 prisonniers lib�r�s?
On leur ressemble, ils nous ressemblent. Qui remarquera?
Vire-moi ce serpent d'ici.
Allons. Il va t'entendre. Adolphe est sensible.
- Tu le rends nerveux, Jules. - Je le rends nerveux?
- De toute fa�on, il doit manger. - Moi aussi, j'ai faim, tu sais.
Allons voler quelque chose.
Albert! On n'est pas � Paris.
Juste une petite tape.
On pourrait se faire arr�ter rien qu'avec nos tenues.
Ils ne nous ont pas poursuivis.
Ils perdent l'odeur quand il pleut. Et puis, on se d�brouille bien.
Il nous faut une occasion de monter sur ce bateau dans le port,
et on rentre � Paris.
- �a te dit? - Oui.
- C'est pour vous. - Merci.
Pouvez-vous m'indiquer le Conseil de la Sant�?
Merci.
Vous descendez du bateau dans le port?
M�decin de bord. Il y a une maladie. On est en quarantaine.
Cela laissera-t-il du temps pour embarquer de nouveaux passagers?
- Vous �tes une sorte de repr�sentant? - Non, une sorte de prisonnier.
Vous �tes tous trois des prisonniers? Des escrocs?
Je suis un escroc. Eux, ce sont des meurtriers.
Ah, bien, je vais aller vaquer � mes occupations.
La pluie a cess�. Le Conseil de la Sant�.
- Par l�. - Merci.
Qu'est-ce que t'as p�ch�?
Cinq francs. La jeune g�n�ration ne sait pas �conomiser.
"Coop�rative marchande de F�lix Ducotel, Cayenne."
Ducotel.
C'est l'�picerie g�n�rale.
Oh, le c�l�bre Ducotel, celui qui fait cr�dit.
- Il n'y a pas d'argent. - Attends un peu.
On n'a qu'� le rapporter � Ducotel.
Il nous donnera quelque chose pour le d�rangement.
Sinon, on lui volera quelque chose pour le d�rangement.
Coop�rative marchande
Succursales � Londres, Paris, Boston
Joseph.
Une minute.
Bonjour. Que puis-je pour vous?
Excusez-moi. Je vous ai pris pour un client.
- Une lettre pour vous. - Merci.
Puis-je vous d�dommager pour le d�rangement?
- Un cigare, peut-�tre? - Pas d'argent?
Et bien, les affaires...
Il y a une fuite dans votre toit.
Je sais, et la saison des pluies vient de commencer.
- Vous devriez le faire r�parer. - Eh bien...
J'ai une id�e, une tr�s bonne id�e. Ces hommes cherchent du travail.
- Qui, nous? - Travailler comme quand...
Ce sera le plus beau toit de Cayenne, si on le r�pare.
On peut peut-�tre nettoyer un peu le magasin.
Mais je ne peux pas vous payer.
�tre dans ce beau magasin, parmi toutes ces belles choses
nous suffit. Nous suffit largement.
Oui. Clous, marteaux, papier goudronn�, vous avez tout �a?
Voici les clous, et voil� les outils et le reste, et...
En haut de l'�chelle.
Vous savez r�parer un toit?
Des experts. La saison des pluies peut venir, vous serez sec comme un os.
Et tout aussi propre.
Vers la gauche. Pr�s de cette fen�tre, l�.
Voil� notre bateau.
Demain, il y aura trois passagers de plus.
Oui, mais les papiers, les cartes d'identit�s, les passeports?
Donne-moi un bon stylo, quelques heures
et je te fais un passeport qui t'emm�ne sur la lune.
Pour moi, la falsification n'est pas un hobby mais un art.
On pourrait avoir des probl�mes, tu sais. Les faux sont ill�gaux.
Tout ce dont nous avons besoin est ici.
D�s qu'il fera nuit, nous nous servirons.
Le vieux ne sera pas d'accord.
Dommage pour lui, s'il se met dans nos pattes.
On descendra du toit et on lui coupera la gorge comme cadeau de No�l.
C'est le genre de chose qui fait qu'on cesse de croire au p�re No�l.
Vraiment, F�lix, je ne te comprends pas.
Je t'ai dit de ne pas laisser de prisonniers tra�ner dans le magasin.
- Ils volent tout et tu les laisses faire. - Et apr�s?
C'est comme marcher sur le pied d'un mort.
�a ne se remarque presque pas, sauf pour lui.
As-tu fini les comptes de l'ann�e?
- J'ai fini l'encre rouge. - Attends qu'il l'apprenne.
Il faudra qu'il comprenne que la premi�re ann�e,
il y a des hauts et des bas.
Andr� Trochard n'aime pas les bas. Si tu perds ton travail...
Il comprendra, Am�lie, il ne me renverra pas.
- Et puis, nous sommes parents. - Cousins. Seulement cousins.
Ce serait mieux si nous �tions fr�res, bien s�r,
mais je pr�sume que c'est aussi trop tard pour �a.
F�lix, tu ne changeras jamais.
Tout ce que nos avons, notre maison, appartient � Andr�.
Le seul avantage, dans cet horrible endroit, c'est d'�tre � 5 000 km
d'Andr� Trochard.
Am�lie, je ne te demande pas de l'aimer,
mais quand j'ai fait faillite � Paris, qui a pay� mes dettes?
Lui. Et qui t'a pris ta soci�t� en �change de cette faveur?
Il m'a donn� la possibilit� de g�rer cet �tablissement.
Et menace de te jeter dehors si les affaires ne s'am�liorent pas.
- Dieu merci, ce n'est pas mon fr�re. - Je ne voulais pas te blesser.
C'est une tr�s belle femme. Tr�s belle.
Je crois que je penserai � elle avant de m'endormir ce soir.
Si quelqu'un doit penser � elle, ce sera moi.
Elle est � toi. D�sol�, je ne savais pas que tu �tais int�ress�.
C'est juste que j'en ai marre de Sarah Bernhardt.
Il y a quelqu'un sur le toit!
Comment?
Oui, j'ai oubli� de te dire.
Ce sont les prisonniers dont je t'ai parl�. Ils r�parent le toit.
Au moins, les escrocs te donnent une honn�te journ�e de travail.
Joyeux No�l!
Il y a quelqu'un?
Madame Parole. Joyeux No�l.
Joyeux No�l, si on peut l'appeler ainsi, il fait 40� � l'ombre.
Je ne peux pas rester.
Je suis juste pass�e prendre une bouteille de Chartreuse pour Ernest.
C'est ma surprise annuelle pour mon pauvre Ernest.
Il m'offre toujours une bo�te de biscuits.
Il les mange tous, bien s�r, et je bois la Chartreuse.
Je vous la donne.
J'ai remarqu� des ouvriers sur votre toit en entrant.
Des prisonniers, je vois. C'est si pratique et si bon march�.
�videmment, il faut faire attention
de ne prendre ni voleur ni d�linquant sexuel.
Les meurtriers sont les meilleurs. Ils sont si polis.
Je vous donne la Chartreuse.
Vraiment? J'appr�cie beaucoup. Merci.
Joseph, j'ai le droit de r�ver d'elle?
Il y a de quoi r�ver.
Elle est � moi! Toute � moi.
Chartreuse, madame. Cordezio.
Il vous faut un prisonnier pour vous aider ici, comme mon Octave.
C'est une perle!
D'accord, il parle beaucoup tout seul,
mais il est propre et soign� et tellement capable.
Il faut le voir aiguiser les couteaux. C'est un expert.
- Mettez-la sur ma note. - � propos de la note, madame Parole.
Oui. Il faudra que j'y jette un coup d'�il un de ces jours.
Juste apr�s les f�tes.
Donnez mon bonjour � votre charmante fille Isabelle.
Quel dommage qu'elle ne soit pas encore mari�e.
Joyeux No�l.
Au revoir.
Tu as vu ce qu'elle a dit d'Isabelle?
Qui?
Notre fille, Isabelle. Tu n'as pas oubli� notre fille?
Fille? Tu veux parler d'Isabelle.
Madame Parole a fait une remarque sur Isabelle?
Sur le fait qu'elle ne soit pas mari�e.
Elle n'a que 18 ans.
� 18 ans nous �tions mari�s depuis un an et Isabelle allait arriver.
Maintenant, Isabelle a 18 ans et o� est son Isabelle?
Tu m'embrouilles, Isabelle a disparu?
Non. Elle est � l'�glise. Tu ne m'�coutes jamais.
Am�lie, ne t'�nerve pas.
Am�lie, ne cherchons pas davantage d'ennuis.
Ne sois pas en col�re. �a me rend triste.
Tu sais comme je suis mal quand je suis triste.
Quelle m�re serais-je si je ne m'inqui�tais pas?
Tout arrive en m�me temps.
Pauvre Isabelle, le magasin, pas une vente comptant et puis No�l.
- Pauvre Isabelle? - Oui, elle est amoureuse de Paul.
Son neveu? C'est impossible. Ils ne se sont pas vus depuis un an.
�a a d�but� avant de quitter Paris.
Je croyais qu'elle l'oublierait, mais non.
Regarde. Toutes les pages de son journal, comme elle l'aime.
Tu lis ses pens�es secr�tes?
Pourquoi crois-tu que je lui ai donn� ce journal? Tu perds ton bouton.
Bien, elle aime Paul. Et alors?
Crois-tu que ton cousin laisserait son neveu �pouser notre fille?
Pourquoi pas? Ma famille est aussi bien que la sienne.
En fait, quand j'y pense, c'est la m�me famille.
Tu ne connais pas Andr� comme moi.
Pour lui, le mariage est une transaction de plus.
Tu donnes le minimum et tu obtiens le maximum.
Et je n'ai rien � donner, c'est cela?
Que de l'amour, et on n'ach�te rien avec.
Tu as raison. Pauvre Isabelle et pauvre Am�lie aussi.
Je ne parlais pas de moi. Je ne t'�changerais pour rien au monde.
Si Isabelle �pousait quelqu'un comme toi, je ne m'inqui�terais pas.
La seule chose que j'ai faite dont je suis fier est de t'avoir �pous�e.
Et je ne sais pas comment j'ai r�ussi � faire �a.
C'�tait mon id�e. Je t'aimais, tu te rappelles?
Je me rappelle de tout.
Je croyais pouvoir changer le monde pour toi, mais j'ai �chou�.
Le monde est toujours le m�me.
Pas tout � fait. J'ai grandi et j'ai deux enfants.
Isabelle et toi.
�a, c'est mieux. C'est comme �a qu'on f�te No�l.
Je me souviens de No�l 1892 � Marseille.
Un horrible endroit, pourri jusqu'au trognon
et j'en ai appr�ci� chaque minute.
Ils s'embrassent toujours.
Remarquable. 18 ans de mariage et dans un climat pareil.
"F�lix Ducotel."
Bonjour. Que puis-je faire pour vous?
Papa, c'est moi, Isabelle. Ta fille.
Et bien oui, c'est toi. J'avais oubli� combien tu es jolie.
Tu dis �a parce que je te ressemble.
Mais tu es jolie. Si seulement tu n'�tais pas si timide.
Je ne suis jamais timide avec toi.
C'est peut-�tre pour �a que tu penses que je suis jolie, et je pense...
Oh, j'ai perdu le fil.
Papa, voil� une lettre pour toi. Elle n'est pas ouverte.
- Une lettre? - Tu as oubli�?
Quelle lettre? Oui, celle que les prisonniers ont apport�e.
- Les prisonniers? - Ceux qui sont sur le toit.
- C'est toi Isabelle? - Oui, maman. Je rentre de l'�glise.
Tout le monde a aim� ma robe.
Elle fait un joli bruit quand je bouge.
P�re Edward m'a fait les gros yeux pendant les litanies.
Oh, non, il y a de la boue sur la jupe. Ces maudites rues!
D�sol�e. J'aurais d� regarder o� j'allais
mais je pensais � des choses merveilleuses en rentrant.
Tu penses souvent � Paris, ch�rie?
Comment savais-tu que je pensais � Paris?
Plie ton bras.
Sur tout le chemin, je pensais � rentrer l�-bas.
Y �tre, ne serait-ce que pour une heure.
�a te manque tellement?
Il y a une raison. Une raison particuli�re.
Maman, je ne te l'ai jamais dit. C'est Paul.
Paul Trochard. Je suis amoureuse de lui.
Vraiment?
Tu te rappelles comme j'ai pleur� quand nous avons quitt� la France?
C'�tait pour cela, � cause de Paul.
Oh, je ne m'en serais jamais dout�e.
Dis-moi, es-tu s�re que Paul t'aime?
Il ne t'a jamais �crit, pas une seule lettre.
Nous avons d�cid� de ne pas le faire.
En fait, il a pens� que ce serait mieux ainsi.
D'attendre un an et voir si on avait toujours les m�mes sentiments.
Et maman, j'ai toujours les m�mes sentiments.
Va, ma ch�rie.
Regarde-les. Ils sont prisonniers aussi, tout comme nous.
Comment peut-on se mettre dans de tels draps?
Et bien, j'ai une fille de son �ge.
J'esp�re qu'elle est avec sa m�re. Une femme formidable, sa m�re.
- J'aurais d� l'�pouser. - Am�lie!
- Am�lie! - Qu'y a-t-il?
Il est l�. En personne. � Cayenne.
- Qui? - Cousin Andr�.
Il est sur le vapeur en quarantaine dans le port.
"Et tu auras la gentillesse de me sortir de cet horrible rafiot sur-le-champ.
"Sinc�rement, Andr� Trochard."
Ce n'est pas tout. Il n'est pas seul. Paul est avec lui.
- Paul? - Ils sont l� tous les deux.
J'aimerais �tre un ivrogne. J'aimerais �tre mort.
J'aimerais �tre un ivrogne mort.
Je vais aller au Conseil de la Sant� pour organiser
sa sortie du bateau.
Ne peut-on faire sortir Paul,
et laisser Andr� o� il est au moins jusqu'apr�s les f�tes?
Il y a pens�.
Il dit qu'il veut passer No�l avec nous pour voir les livres de comptes.
J'ai entendu papa. �a ne va pas?
Pas pour toi, ch�rie. Pour toi, No�l sera merveilleux.
- Paul est ici, � Cayenne. - Paul?
Tu as d� prier bien fort � l'�glise ce matin.
Je n'y crois pas. Tu es s�re?
Ils vont venir chez nous. Je ferais bien d'aller me changer et me pr�parer.
"Je suis arriv� ce matin et suis retenu en quarantaine."
Il sera l� pour au moins une semaine, peut-�tre plus.
Dr�le de lettre.
Tout se passe bien et tout � coup, le ciel lui tombe sur la t�te.
Voil�.
"Paul est mon seul h�ritier et j'ai arrang� un mariage
"avec la fille d'Audibert, l'armateur.
"J'ai besoin de bateaux pour mes affaires."
On doit faire un truc, mais j'ai oubli� quoi.
J'ai lu que lorsqu'une femme s'�vanouit, il faut la d�shabiller.
C'est ces lectures-l� qui t'ont caus� des ennuis.
- Va chercher de l'eau. - De l'eau, oui.
De l'eau! O� est l'eau?
Qui �tes-vous?
Voil�.
Isabelle!
Ne vous inqui�tez pas. Nous �tions avec elle.
- Qu'avez-vous fait? - Rien.
Nous �tions en haut quand c'est arriv�.
Son p�re est parti, vous lui avez donn� la lettre, elle l'a lue...
Page deux, le paragraphe fatal.
"C'est mon seul h�ritier et j'ai arrang� un mariage avec la fille..."
En voil� un cousin.
Il vaut mieux qu'elle vous voie d'abord en se r�veillant.
Nous ne sommes pas si laids � regarder, mais il faut s'habituer.
Ch�rie. Mon Isabelle ch�rie.
- Paul? - Salut!
Je n'ai fait que sourire.
- �a suffit. - Elle est fragile de l'estomac.
Que vais-je faire d'elle?
- La porteriez-vous dans sa chambre? - Bien s�r.
C'est par ici.
Vous passez ces portes, par l�.
Mon Dieu!
- Par ici. - Bien.
Ici.
Merci. Je vais chercher des sels.
- Ce serait une bonne id�e si tu... - Si je...
Tout � fait.
Vos amis sont tr�s serviables,
surtout celui qui a port� ma fille.
Comment a-t-il eu ses ennuis?
Il courrait apr�s une fille.
Apr�s une fille? C'est un crime en France?
Non, pas vraiment. Malheureusement, il l'a attrap�e.
Tout va bien. Jules y est aussi.
Il n'a rien fait d'autre que tuer sa femme.
Mais tu es cens� le faire quand une fille s'�vanouit.
N'y allez pas, madame, elle pleure...
Ma pauvre enfant.
Dieu du ciel, un client.
� un moment comme celui-ci.
C'est toujours le bon moment pour un client. Puis-je?
Vous me feriez une faveur. Cela fait si longtemps.
Il va s'occuper de votre client, madame.
C'est une sorte de g�nie, une fois, il a estourbi 9 millions de francs,
ce genre d'homme est rare.
Je pr�sume, mais quand m�me, un prisonnier qui sert un client...
- On vous rend nerveuse? - Oui, je pense.
Ne vous inqui�tez pas, madame,
m�me si aucun d'entre nous n'est all� en prison pour des prunes.
J'ai fait une belle carri�re, moi aussi.
Il ouvrait les coffres.
- Je n'ai fait qu'une erreur. - Laquelle?
Une petite diff�rence d'opinions avec ma femme.
Voil� ce magnifique peigne d'argent et sa brosse, il est fait pour vous.
Vous en avez de la chance. C'est notre dernier.
- Qu'en ferai-je? - De l'exercice.
Ce sera bon pour vous. De plus, l'avoir trompera le monde.
Vous pourrez le laisser � votre famille.
- Je n'ai pas de famille. - Justement.
L'autre jour, j'ai vendu une r�plique de cet ensemble � un chauve,
- il faut le voir maintenant. - Quoi?
Il est mort, mais il est mort avec de beaux cheveux.
Je vais vous chercher la monnaie.
Vous avez la monnaie? J'ai fait une vente de 117 francs.
- Qu'avez-vous vendu? - Le peigne et la brosse en argent.
Mais on les a depuis 10 ans. � qui les avez-vous vendus?
Il dit qu'il est receveur des Postes.
Le receveur? Mais il est compl�tement chauve.
Vite, avant qu'il ne s'en rende compte.
Mon, Dieu. C'est mon mari qui a les cl�s.
Si vous permettez.
�a fait longtemps, mais je suis s�r qu'un ma�tre garde son savoir-faire.
Je ne peux le faire que dans le noir, alors taisez-vous.
Merci!
Vous �tes s�r que c'est le receveur?
Il voulait un couvre-lit.
Et vous lui avez vendu un peigne?
Il n'y avait pas de couvre-lit.
- Il y en a beaucoup des comme vous... - Oui. De toute sorte.
C'est un monde comme les autres.
Vendre l'argenterie, s'occuper de filles �vanouies...
C'est une vieille coutume familiale, on porte les dames.
Je lui ai aussi vendu une lotion pour les cheveux. 11 francs.
Merci.
Bien, retournons sur le toit.
O� est Adolphe?
Vous �tes quatre?
D'une certaine mani�re. Adolphe est un petit serpent en cage.
Comme nous, exil� et prisonnier.
- Adolphe nous a accord� une faveur. - Une �norme faveur.
Nous �tions surveill�s par un gardien,
un homme d�testable avec un fouet.
Un jour, il hurlait particuli�rement m�chamment,
et une petite note de sa voix a d� irriter Adolphe,
les vip�res sont des reptiles sensibles � la musique,
bien plus qu'on ne le pense.
Quoi qu'il en soit, le serpent a perdu patience,
il est tomb� entre le col du gardien
et ce qui, je pr�sume, �tait son cou
et...
�a n'a pris que quelques secondes.
C'�tait une bien belle faveur.
Oui, le gardien �tait bien plus gentil apr�s.
C'est horrible.
Je pr�sume que ce n'est pas votre genre d'histoire.
Ne bougez pas, jeune dame.
- J'ai trouv� �a dans ma chambre. - Ne bougez pas.
Qu'y a-t-il?
Il aurait pu vous mordre. Il est un peu b�te.
C'est un serpent, voyez-vous?
Ma fille, ma pauvre fille.
C'est son jour pour tomber dans les pommes.
O� dois-je la mettre cette fois-ci?
Au m�me endroit.
Elle doit perdre cette habitude.
Tomber tout le temps comme �a, elle pourrait se faire mal.
Il n'y a personne dans la boutique.
Faisons un inventaire.
Choisissez quelque chose de bien pour moi.
Enlevons-la d'ici.
Non, �pargnez-la.
Prenez mon argent. Prenez tout ce que j'ai, mais �pargnez ma femme!
Il vous faut des lunettes.
La derni�re fois que je vous ai vus, vous �tiez sur le toit.
Que s'est-il pass�? C'est tomb�?
- Rentr� du Conseil de la Sant�? - Oui.
Et votre cousin Andr�?
Ils ne le laisseront pas d�barquer avant demain.
C'est bien.
Que faites-vous avec mes comptes?
Comptes? Vous appelez ce fouillis math�matique "des comptes"?
J'ai pris 10 ans pour des comptes mieux faits que �a.
O� sont les sels? Merci.
Am�lie, je ne comprends pas.
Un prisonnier fait mes comptes, d'autres, autre chose.
Quand tu sauras ce qui s'est pass�, tu remercieras ces messieurs.
- Isabelle a lu la lettre. - Sur le mariage de Paul?
Oui. Viens.
Ces gens ont assez d'ennuis sans nous.
On devrait abandonner l'id�e de les voler et partir.
Tu t'attendris?
Tu as peut-�tre envie de retourner en prison. Pas moi.
Je pense qu'il faut s'�vader, mais pas se servir d'eux.
�a me donne l'impression d'�tre un criminel.
Montons sur le toit et attendons la nuit.
Peut-on attendre une minute?
Cette fille, j'aimerais la voir avec les yeux ouverts.
Un autre client.
C'est sa vie, vendre � des gens des choses inutiles
pour plus d'argent qu'ils n'en ont.
- Si nous partons, il faut partir. - Je veux bien rester.
No�l a toujours �t� une f�te sp�ciale pour moi.
C'est l� que j'ai eu des ennuis. Je suis rentr� � l'improviste un No�l
et j'ai trouv� ma femme qui offrait un cadeau � un de mes amis.
Dommage. D�sol� de l'apprendre, Jules.
C'�tait enti�rement ma faute.
J'aurais d� lui �crire que je rentrais.
C'est trop petit.
Oui, c'est un brin �troit.
Je vais en chercher une plus grande.
Je reviens dans dix secondes.
Que faites-vous?
L'inspecteur des douanes la veut plus grande.
Il n'y a pas d'autre taille.
- Je sais. Je lui ram�ne celle-ci. - Mais la taille n'est pas bonne.
Je ne vends pas un objet. Je vends une id�e.
Vous avez de la chance. C'est la derni�re.
Merci.
Tenez.
Bien, rentrez un peu le ventre.
Encore un peu. Oui, c'est mieux.
Pas d'estomac. Arr�tez de respirer.
Ces �paules.
Un homme avec d'aussi belles �paules ne devrait pas les cacher.
Vous recommencez � respirer. C'est mieux. Quelle diff�rence.
Deux tailles de plus vous rajeunissent de dix ans. C'est remarquable.
Merci.
C'est cens� �tre une veste � deux boutons. Revenez nous voir.
- Merci. - �a me pla�t. L�ger, confortable.
- Il l'a prise. - Pourquoi pas? Elle est parfaite,
tant qu'il ne met rien dans ses poches et ne se penche pas.
Vous devriez mettre �a dans votre caisse, ce sera en s�curit�.
Nous avons presque fini.
Je vais vous aider.
Un instant.
Ma femme m'a dit combien vous aviez �t� serviables.
Vous savez, c'est No�l,
et ma femme a pens�, et je suis d'accord,
enfin, si vous n'avez pas d'autres projets...
Nous invitez-vous � votre d�ner de No�l?
Quelles que soient nos autres occupations, nous acceptons.
J'en suis heureux.
J'esp�rais pouvoir vous convaincre.
Mais ils vous attendent peut-�tre � la prison.
- Soyez-en s�r. - Qu'ils attendent. C'est bon pour eux.
Ils ont toujours ce qu'ils veulent.
Et avec votre fille qui s'�vanouit sans cesse,
il faudra quelqu'un pour la porter.
Bien, c'est arrang�. Je dirai � ma femme que j'ai su vous convaincre.
Nous ferons un vrai No�l, avec un sapin, des d�corations et des cadeaux.
Occupez-vous de tout, je vais acheter une dinde.
- Tu as dit "acheter"? - En honneur des f�tes.
�a risque de prendre du temps. Il faut d'abord que je vole l'argent.
Qu'est-ce que...
L'estomac fragile. �a m'arrive tout le temps avant les repas.
Il nous faut des fleurs.
Comme dans le jardin du Gouverneur?
Ne marche pas sur la pelouse.
Bien s�r que non. Pour qui me prends-tu? Marcher sur la pelouse...
Besoin d'aide?
C'est vous, l'un des prisonniers.
Celui qui vous a port�e toute l'apr�s-midi.
Vous allez quelque part?
Je vais me tuer.
� 60 ans, vous porterez ce chapeau, que les hommes ne vous regardent pas.
Pas maintenant. Vous �tes jolie.
Comment m'enfuir sans chapeau?
Fuir parce que vous �tes en col�re contre Paul?
Nous �tions sur le toit. Nous savons tout de Paul et vous.
Alors vous savez pourquoi je m'enfuis.
Pourquoi Paul viendrait-il sinon pour vous revoir?
Son oncle l'a forc�.
Non. Je parie qu'il y a une autre raison. Il a d� venir pour s'enfuir avec vous.
�a ne risque pas d'arriver.
Un homme ne fait pas 6 500 km pour prouver que c'est un gredin.
Il aurait pu le faire par lettre, comme je le fais toujours.
C'est dr�le, mais je veux vous croire.
C'est ce que je pense.
Le moins que vous puissiez faire, c'est attendre la version de Paul.
Ce qui me d�range, � propos de Paul, enfin, c'est que...
Je ne lui en voudrais pas de me rejeter.
Je sais, je suis un peu bizarre. Je n'attire pas les hommes.
Je suis un homme.
Vous me trouvez...
Enfin, est-ce que je vous semble...? Je le suis?
Je pourrais aller en prison pour ce que je ressens,
si je n'y �tais pas d�j�.
Alors faites un joli sourire et ne blessez pas ceux que vous aimez.
- Vous �tes merveilleux. - Pourquoi?
� cause de �a? Je ne suis pas n� en cellule, vous savez.
Vous n'avez pas l'air d'un criminel.
Si le crime se voyait sur le visage, il n'y aurait plus de miroirs.
Puis-je?
- Vous aimez ce que nous avons fait? - C'est joli.
Vous savez, j'ai oubli� de quel c�t� on met les couteaux.
- Donnez. Je vais vous aider. - Bien s�r.
Vous disiez quelque chose. Je ne me rappelle pas exactement quoi,
mais quelque chose sur le fait que je suis s�duisante.
Tr�s s�duisante. Et croyez-moi, je m'y connais.
C'est ce qui m'a caus� des ennuis. Une femme.
J'avais besoin d'argent, mon oncle m'en refusait.
En prison pour avoir demand� de l'argent � votre oncle?
C'est la fa�on de demander.
Au proc�s, ils ont dit que je l'avais frapp� 14 fois sur la t�te.
- Comment avez-vous pu? - Avec un tisonnier.
De toute fa�on, c'est pass�,
et nous parlons d'autre chose, vous vous rappelez?
De moi qui suis ce que vous avez dit.
Vous pensez vraiment que les hommes me trouvent s�duisante?
Je crois qu'il nous faut plus de tasses et de sous-tasses.
Tu dois te sentir mieux, ch�rie. Tu as repris des couleurs.
Je n'ai jamais �t� aussi heureuse de ma vie.
- Vous portez mon tablier. - C'est tout ce que j'ai trouv�.
�a ne me g�ne pas. C'est joli sur vous. Le rose vous va bien.
- Vous trouvez? - �a rehausse la couleur de vos yeux.
Dis-le.
- Vas-y. Dis quelque chose. - Je n'ai rien � dire. Rien du tout.
- Sauf... - Sauf quoi?
Joseph, elle a raison.
�a rehausse la couleur de tes beaux grands yeux marrons.
Oh, �tre peintre!
Quelle belle dinde. O� l'avez-vous trouv�e?
Elle m'a suivi malgr� moi.
Regardez �a.
Comment un homme comme vous est-il arriv� ici?
C'est facile. J'avais une usine d'air.
Nous vendions des bouteilles d'air � ceux qui ont besoin d'en changer.
Trois sortes : air marin, des montagnes
et normal, juste pour respirer.
- Un faible co�t de production. - Vous avez eu du courage.
Aller en prison n'est pas courageux.
Juste quelques vols et un peu de malchance.
Vous faisiez ce que vous vouliez.
Ce que je voulais a toujours �t� ill�gal.
Regardez-moi, j'ai fini d'�tudier, me suis mari�e,
et 20 ann�es ont pass�, tristes et ennuyeuses.
J'en ai pass� 10 en prison.
C'est surprenant de voir comme on s'y ennuie.
Ils font un effort pour �viter trop d'excitation.
- Si c'�tait � refaire... - Je referais pareil.
Ma seule erreur, c'est de m'�tre fait attraper.
Apr�s tout ce que vous avez subi, vous et les autres,
c'est tr�s gentil de nous aider, et Isabelle, une inconnue. Pourquoi?
Elle a rappel� sa jeunesse � Jules,
moi la maison et la famille que je n'ai pas eue et Albert...
Albert est un cochon.
Am�lie, o� a-t-on trouv� une dinde?
Elle l'a suivi malgr� lui.
- Je vais chercher du vin pour le d�ner. - Un Richebourg irait bien.
Pas avec une dinde. Un Chateau d'Yquem 88.
Chateau d'Yquem?
La vie en prison doit �tre meilleure que je ne l'imaginais.
- Qu'est-ce que cette chose rabougrie? - Un sapin! J'ai oubli� les anges.
Voil�. Les trois anges. Ils �taient sur mon premier sapin de No�l.
Ce ne serait pas No�l sans eux. Vous voyez? Comme dans la chanson.
"Trois anges sont descendus sur terre Et partout les �toilent brillaient"
Je me rappelle.
Vos anges ont fait un voyage �prouvant.
Leurs ailes sont un peu ab�m�es.
Les plumes sont parties.
Et ils n'ont plus leurs aur�oles.
Si, ils en ont. Ils ont une aur�ole. Pour moi, en tout cas.
Et leurs ailes sont parfaites, leurs plumes sont blanches comme la neige
et ils viennent des �toiles, m�me si on dirait qu'ils viennent du toit.
- Ne marche pas sur la pelouse. - Certainement pas.
- Pour les dames. - Merci.
Je suis pr�te.
Merci.
Par ici, s'il vous pla�t. No�l se trouve par ici.
C'est beau, n'est-ce pas?
Quelles jolies fleurs, comme dans le jardin du Gouverneur.
Dinde Ducotel, sauce Isabelle...
Regardez!
- Quel bel arbre. - Mais, il a grandi!
Toutes les �toiles brillent de mille feux
Les bergers en sont �merveill�s
Trois anges sont venus cette nuit
V�tus de robes blanches �tincelantes
Pour apporter de bonnes nouvelles
Car le matin de No�l �tait proche
Allons, Paul.
Combien pour m'emmener au magasin de F�lix Ducotel?
� cette heure de la nuit, le soir de No�l, huit francs.
Je vous donne trois francs.
�a n'est pas assez pour nourrir mon cheval, monsieur.
Les habitudes alimentaires de votre cheval ne me regardent pas. En route.
Hue!
J'esp�re que c'est une bonne ann�e.
Mis en bouteille en 1888, comme moi.
Joyeux No�l, messieurs.
Joyeux No�l.
Moments d'amour
Moments que tu as partag�s avec moi
Dureront toujours et toujours
Dans mon souvenir
Moments d'amour
Je ch�ris chacun d'eux
Et je les vis encore et encore
Quand ma journ�e est finie
Ces longues promenades heureuses
Les discussions paisibles
La musique
Les choses folles que font les amants
Quand l'amour vient de na�tre
Moments d'amour
Partageons-les encore
Ils nous rapprocheront plus encore
Plus encore
Comme au temps jadis
Ma femme a pens�, et moi aussi,
nous n'avons pas eu le temps de vous choisir quelque chose,
enfin, un cadeau de No�l. Nous voulions...
Enfin, joyeux No�l.
Il se fait tard. Nous devrions...
- Bonne nuit. Joyeux No�l. - Merci pour la f�te.
Bonne nuit.
Des gens comme �a, comment peut-on leur couper la gorge?
Ce n'est pas facile.
Personne n'a �t� gentil avec moi depuis
octobre 1891.
Si seulement ils n'avaient pas confiance.
Ce n'est pas juste. Nous voil�, trois criminels d�sesp�r�s
que rien n'arr�te pour s'�vader de l'�le du Diable,
et on tombe sur des gens gentils.
Vous ne voulez pas leur couper la gorge.
En ce qui me concerne, je ne pr�f�rerais pas.
Apr�s tout, �a risque de g�cher leur No�l.
Je me moque de leur gentillesse. Ils ne m'attendriront pas.
Nous fuyons et c'est notre seule chance.
Nous sommes venus les voler, c'est ce que nous ferons.
Leur d�foncer le cr�ne, leur arracher les yeux, leur couper la gorge.
D�s qu'on aura fait la vaisselle.
Bonsoir.
- �a ne peut pas �tre un client. - Le p�re No�l.
Des prisonniers.
Que faites-vous ici le soir de No�l?
Nous sommes les rois mages.
Regarde le joli gar�on. Ce doit �tre Paul et cousin Andr�.
Comment �tes-vous sortis de quarantaine, un pot-de-vin?
Voil� No�l � la poubelle.
Je croyais avoir entendu quelqu'un...
Mais, cousin Andr�.
Quel accueil.
24 h dans le port dans un bateau surchauff�,
8 h � essayer de convaincre un abruti de rebouteux
que je n'ai jamais �t� expos� � la peste bubonique.
Et quand je d�barque enfin,
je suis accueilli par un comit� d'accueil p�nitentiaire.
Des amis, sans doute? Des invit�s pour la soir�e?
- En fait... - Nous travaillons ici.
Je ne vous parlais pas, mais allez donc travailler.
Prenez nos bagages.
- Tu te rappelles Paul, bien s�r. - Paul. Bien s�r.
On ne vous attendait pas avant demain. Vos chambres ne sont pas pr�tes.
Alors pr�pare-les! J'ai chaud, je suis fatigu�.
Tout de suite, bien s�r.
Am�lie! Isabelle!
- Ce type est pour moi. - Les choses se corsent.
Je commen�ais � m'ennuyer avec toute cette gentillesse.
Je pr�f�re �a.
Passeports, v�tements, argent. Tout ce qu'il faut, m�me des billets.
Quel cadeau de No�l.
Andr�, je suis d�sol�e, nous ne sommes pas pr�ts.
Jamais pr�t. Tu ne changes pas.
Je suis d�sol�.
Ces prisonniers ont l'air dangereux. Mais je pr�sume que tu es arm�.
Non.
Et bien, je dormirai avec un pistolet en main. Rappelez-vous-en.
- Viens, Andr�. - Merci.
Am�lie a pr�par� ta chambre. Attention avec �a. Ne le faites pas tomber.
Doucement. Doucement.
- Am�lie, Isabelle, Andr� et Paul. - Oh, bonsoir.
Bonsoir, Am�lie. Bonsoir, Isabelle.
Bonsoir. Avez-vous fait bon voyage, cousin Andr�?
Vous faites de l'humour?
Vos chambres sont bient�t pr�tes. Nous allons � l'�table.
- Pas de d�tails. �a ne m'int�resse pas. - Excusez-moi.
- Je suis ravie de te revoir, Paul. - C'est bon de te voir, Isabelle.
- Paul. - Oui, mon oncle.
Fais-moi le plaisir d'aller te coucher imm�diatement.
Nous avons beaucoup de travail � faire demain. Dis bonne nuit � ces dames.
- Bonne nuit, Isabelle. Am�lie. - Ta chambre est l�, Paul.
C'est ma chambre. J'esp�re que mes affaires ne te g�neront pas.
Ce sera encore plus plaisant.
Bonne nuit, Paul.
- Vous, prenez ses bagages. - Moi?
- Non. Pas vous. Vous! - Albert!
Pardon.
- Voici votre chambre, cousin Andr�. - Y a-t-il des insectes?
C'�tait notre chambre, � F�lix et moi.
Bien, �a fera peut-�tre l'affaire. Bonne nuit, Am�lie.
- Bonne nuit. - Bonne nuit, Isabelle.
Qu'est-ce que vous regardez?
Vous. Je n'avais jamais rien vu de tel auparavant.
Moi si, mais pas � No�l.
Vos servants ne sont pas bien form�s.
Mais la discipline n'a jamais �t� une de tes vertus, F�lix.
En parlant de discipline,
je veux clarifier certaines choses d�s le d�part.
Pas de b�tises entre Paul et Isabelle. C'est bien compris?
Elle �tait tellement press�e de le revoir.
Ils s'aimaient beaucoup avant.
Si Isabelle veut �pouser Paul pour mon argent,
elle peut abandonner son plan imm�diatement.
De plus, Paul est d�j� fianc� � la fille de monsieur Audibert,
l'armateur, un homme tr�s riche. J'ai besoin de ses bateaux pour mon...
Que voulez-vous?
Je veux m'occuper de vous personnellement.
Il veut dire, voulez-vous manger quelque chose,
de la dinde, peut-�tre. Nous en avons eu pour d�ner.
Je vous f�licite. Les affaires doivent aller mieux que je ne le pensais.
- Et bien... - Les dindes sont bon march� ici.
Quand je voudrai des petites informations, je vous le demanderai.
Apportez-moi des fruits.
Oui, monsieur. Absolument. Ce sera pr�t pour demain matin.
Esp�ce de butor!
Apr�s vous, butor.
J'ai envoy� Paul au lit pour qu'on r�gle les choses tout de suite.
J'esp�re avoir �clairci tout �a dans ma lettre,
mais il y a certains d�tails que je veux confirmer avant d'aller dormir.
Je ne suis pas venu en vacances. Tu comprends �a?
Je suis ici � cause de tes rapports confus et irr�guliers.
Je ne veux pas �tre ennuy� avec des discussions inutiles.
- Votre fruit, monsieur. - Fourchette, couteau?
Vous le mangez comme une pomme.
Je veux savoir comment marchent les affaires.
Et je veux savoir pourquoi, en presque un an,
il n'y a m�me pas eu une petite marge.
Tous les rapports �taient dans le rouge.
J'ai pass� l'ann�e � m'habituer aux choses.
T'habituer, je pr�sume que �a veut dire laisser tout aller � vau-l'eau.
Quelle est la recette du mois dernier?
Le mois dernier? Je n'ai pas encore clos les comptes.
Le mois dernier, c'�tait novembre.
Nous sommes bient�t fin d�cembre
et tu n'as pas clos les comptes pour novembre?
Mais bien s�r que si, monsieur.
En novembre, nous avons fait 32 815 francs.
Vraiment?
- Vraiment? - Vraiment.
Jusqu'ici pour d�cembre, nous avons fait
33 824 francs et 12 centimes.
Ce n'est qu'une grossi�re estimation, bien s�r. Le boum de No�l.
Oui.
- Vous �tes s�r du total de d�cembre? - Est-ce que je suis s�r?
Janvier, f�vrier, mars, avril, mai, juin, juillet...
Mauvais mois. La pluie, vous savez.
Ao�t, septembre, octobre, novembre, d�cembre.
Nous y voil�. 33 824 francs et 12 centimes,
exactement.
Combien en cr�dit?
Cr�dit?
Mr Ducotel dit que faire cr�dit revient � faire cadeau.
Ah oui?
Je t'ai peut-�tre mal jug�. Je le saurai demain en faisant l'inventaire.
On ne va pas travailler le jour de No�l?
Comme �a on ne sera pas d�rang�.
Je ne compte pas passer le reste de ma vie ici.
Mais je...
J'ai dit demain. Maintenant, bonne nuit, F�lix.
Bonne soir�e.
- Vous �tes devenu fou? - Moi?
Vous savez bien. Tout ce man�ge avec les re�us.
Quand il verra les comptes...
Les comptes? Oh, les comptes.
Vous �tes inquiet pour les comptes.
Messieurs, il s'inqui�te pour les comptes.
Les comptes sont dans le coffre : je ne vous donnerai pas la combinaison.
Il ne nous donnera pas la combinaison. Maestro.
- Que ferez-vous avec mes comptes? - On va les arranger.
Il faut plus d'une nuit pour faire �a.
Une nuit m'a suffi pour les comptes d'une soci�t�
qui �tait cens�e avoir sept usines.
- Combien d'usines y avait-il? - Aucune. Juste des actionnaires.
Surveille la porte. Je ne lui fais pas confiance.
Qu'allez-vous faire?
C'est le Michel-Ange de la Guyane Fran�aise.
Vous serez l'homme d'affaires le plus prosp�re
de l'�le du Diable.
Non, certainement pas.
M'occuper de vos comptes sera un plaisir pour moi.
Vous voyez, en affaire, comme partout,
il y a les apparences, et il y a la r�alit�.
Mais, je suis un homme honn�te.
Bien s�r. �a, c'est la r�alit�. Vous �tes honn�te.
Et alors, si vos comptes ressemblent � ceux d'un escroc?
Je ne vais faire qu'accorder vos comptes � votre personnalit�.
Une entr�e ici, une virgule l�, une rature ou deux
et bient�t vous aurez fait 33 824 francs en d�cembre...
et 12 centimes.
- Hors de mon chemin, butor. - Vous me faites peur.
Vous voulez quelque chose?
Vous rappeler que je me l�ve t�t, 7 heures piles.
- Je vous r�veillerai. - Assurez-vous-en.
Oui. Encore une chose.
Vos comptes. J'aimerais les voir avant d'aller dormir.
- Mes comptes? - Vos comptes.
�a.
J'allais les mettre � jour.
Je les prendrai tels quels, purs et innocents.
- Je n'ai pas ajout� les re�us du jour. - C'est vrai.
Nous le ferons demain, en faisant l'inventaire.
Peu importe. Tu restes un grand artiste.
Quel int�r�t d'�tre artiste si on a rien pour peindre.
- Je suis soulag�. M�me heureux. - Pourquoi?
Et bien, j'ai �t� tent�. Je l'admets.
Je vous aurais laiss� arranger les comptes et je l'aurais regrett�.
Je suis un homme honn�te. C'est comme �a. Qu'y puis-je?
Je l'ignore. Je n'ai jamais essay� vos m�thodes.
Et bien, je vais me coucher � pr�sent, j'esp�re bien dormir.
Bonne nuit, messieurs.
Bonne nuit.
Il faut l'admirer, m�me si ce n'est pas le cas.
Nous ne l'avons pas beaucoup aid�.
Il est temps de penser � nous. On en a assez d'�tre noble.
Oui, si on doit s'enfuir, fuyons.
On ne peut rien faire pour lui.
- Il reste la fille et Paul. - Je ne l'aime pas.
- Elle, tu l'aimes bien. - Oui.
Alors on va arranger les choses pour elle et partir.
Je ne sais pas si ce serait lui rendre service.
Elle veut de lui, �a me suffit.
Qu'est-ce que c'est?
"Ch�re Isabelle, j'ai besoin de toi. Je te veux.
"Viens..." Quoi? "Viens..."
"Viens � moi, mon ador�e, mon amour."
- Sign� "Paul"? - Sign� "Paul".
Et si elle conna�t son �criture?
Si tu re�ois un joli mot comme �a,
perds-tu du temps � comparer les signatures?
Non, tant qu'il est sign� par une femme.
La famille dort dans l'�curie. R�veille-la et donne-lui �a.
Ne te trompe pas de chambre et ne lui donne rien de plus.
Et lui?
Dis-lui de le retrouver � la maison d'�t�. Il y sera.
C'est ferm�.
Que voulez-vous?
On veut vous parler.
O� avez-vous achet� ces chapeaux?
�a ne va pas �tre facile.
- O� est-il? - Attendez une minute.
Quand un homme vous envoie un mot pareil, on ne court pas.
- Mais il peut changer d'avis. - S'il change, vous le rechangez.
Comment faire cela?
Paul sera dans la maison d'�t�. La nuit est belle et chaude.
Un peu de ci, un peu de �a, et le tour est jou�.
- Vous avez du parfum? - Oui.
Mettez-en.
Ce peignoir. Vous craignez de prendre froid?
Qu'est-ce qui ne va pas avec mon peignoir?
Et bien, pour commencer, on ne voit pas � travers.
Vous voyez l'id�e.
- Comme �a? - �a fera l'affaire.
Albert, o� avez-vous appris tant de choses sur... Tant de choses?
J'ai lu beaucoup de livres.
C'est un scandale!
De vous demander de voir une jeune personne
par une belle nuit tropicale?
- Vous �tes vraiment malade. - Je ne l'aime pas.
Vous n'allez pas le lui dire, n'est-ce pas?
- Non. - Pas aussi b�te qu'il en a l'air.
- Que vais-je lui dire? - Laissez-la parler.
Dites parfois "oui, ch�rie" et hochez la t�te le reste du temps.
- Lui faire la cour. - Si elle ne parle plus?
- Embrassez-la. C'est la coutume. - Je ne veux pas.
Mais si. � votre �ge, �a ne prend pas longtemps.
Vous voyez que �a ne marchera pas, non?
Oncle Andr� en entendra parler demain matin.
Qui est-ce?
C'est vous!
Comment serais-je quelqu'un d'autre?
Je cherche Isabelle. Elle a quitt� sa chambre.
Ne vous inqui�tez pas.
Paul, non plus. Elle n'est pas avec lui, si?
Si. Mais elle est bien chaperonn�e. Mes amis sont l�.
Mais il n'est pas l'homme qu'il lui faut.
Ni � d'autres, mais elle doit s'en rendre compte toute seule.
Elle lui posera des questions, il ne r�pondra pas.
S'il ne vaut rien, ce que je crois, elle s'en rendra compte.
- Laissez-lui une chance. - Vous savez tout, n'est-ce pas?
C'est l'exp�rience. Il y a longtemps.
- Vous �tes un bon vendeur. - Merci.
Vous savez,
je vous dois des excuses ainsi qu'� vos amis.
Je vous croyais comme les autres prisonniers.
Je croyais que vous �tiez venus nous voler.
Qu'est-ce qui vous a donn� cette id�e?
Et bien, j'avais tort. Je m'en rends compte. Vous nous aimez bien, non?
Et je vous envie F�lix et vous. Vous avez une gentille famille.
Un bon foyer, un joli magasin.
- Je r�parerai la clochette demain. - Merci.
Pas par l�.
- On va les surveiller. - Merci encore pour tout.
Bonne nuit.
Toute cette ann�e, je me suis souvenu de ce qu'on s'�tait dit.
- Il l'a embrass�e? - Non.
Il attend son pot-de-vin.
Nous sommes ensemble � pr�sent, avec l'avenir devant nous.
Oncle Andr� a des arrangements pour mon avenir.
Tu pourrais gagner ta vie sans son aide, ici.
Comme dans une scierie ou une plantation.
- Je ne suis pas tr�s manuel. - Pas besoin de l'�tre.
Le matin, tu pourrais monter � cheval et donner des ordres,
puis me retrouver � la maison, je te prendrais dans mes bras,
et on n'arr�terait jamais de se faire la cour.
- Qu'en dis-tu? - Je ne sais pas monter � cheval.
Que devient la France?
Si tu savais combien de fois j'ai r�v� de �a.
Je me demande ce que dira cousin Andr� quand tu lui diras qu'on s'aime.
- Je devrais lui dire, tu crois? - Ce sera facile.
Tu vas le voir et tu lui dis :
"J'aime Isabelle, un point c'est tout." Vas-y essaye.
- "J'aime Isabelle." - J'aime Isabelle.
"Un point c'est tout."
- Un point c'est tout. - Tu vois?
Bravo!
Oncle Andr�.
Dans ta chambre, tout de suite.
- Oncle Andr�, je... - Tu m'as entendu.
Dis-lui, Paul. C'est notre seule chance.
- Oncle Andr�, je... - J'ai dit, va dans ta chambre.
Tiens, prends �a avec toi et �tudie-les.
On en parlera plus tard.
Paul.
Je suis d�sol�.
Je crois que c'est mieux comme �a.
Et maintenant, �coutez-moi, jeune femme.
Ne flirtez pas avec Paul. Je l'interdis.
Si vous pensez mettre la main dessus, et ma fortune,
- vous vous trompez. - Je ne veux pas votre argent.
B�tises. Tout le monde veut mon argent. Paul, plus que tous.
- C'est faux. - Ne soyez pas idiote.
Il veut que je meure pour avoir mes millions.
Et c'est ainsi que �a doit �tre. J'�tais pareil � son �ge.
Si c'�tait vrai, je n'aimerais pas Paul, je le d�testerais.
Vous rendez tout vilain parce que c'est ainsi que vous �tes.
Votre opinion sur moi n'a pas de valeur marchande.
� propos,
j'ai regard� les comptes de votre p�re, et il se peut
qu'il reste sur l'�le du Diable mais pas en tant que civil.
Bonne nuit, ma ch�re. Faites de beaux r�ves.
Que faites-vous l�? Hors de mon chemin.
- La ferme. - C'est bien mieux que d'�tre poli.
Vous feriez mieux d'aller au lit. Personne ne dort ici.
C'est un scandale!
Que se passe-t-il? Un peu nerveux peut-�tre?
Pardon. C'est cela que vous cherchez? Je l'ai nettoy� pour vous.
Les choses sont diff�rentes!
Pas vraiment, j'en ai peur, car j'ai aussi nettoy� les balles.
- Je vous ferai arr�ter! - C'est un peu tard pour �a.
- On s'en est charg� il y a longtemps. - � titre d�finitif.
- Meurtriers. - Bien dit.
Pas moi. Je suis un maniaque.
Je connais des hommes de loi ici.
Vous �tes en libert� surveill�e. Demain, je verrai le Gouverneur. Il le saura.
Il vous fera passer un No�l inoubliable,
cinq ans en r�gime cellulaire.
- �a vous va comme cadeau? - Charmant cadeau de No�l.
Mais comment l'envelopper?
Oncle Andr�! J'ai lu les comptes. C'est incroyable.
Vous devriez regarder.
Je m'en occuperai demain matin.
Vous �tes impoli. Je ne pense pas vouloir faire l'inventaire avec vous.
Pas d'inqui�tude. Vous ne le ferez pas.
On va d�couvrir que F�lix et ces voleurs
nous ont vol�s sans vergogne. Viens, Paul. Nous le saurons bient�t.
Ces escrocs ne devraient pas �tre sur l'�le du Diable.
Non. L'endroit va avoir mauvaise r�putation.
Il a v�cu trop longtemps, c'est son probl�me. Bien trop longtemps.
Vous voyez ce que je veux dire?
Tu vois ce qu'il veut dire?
Oh, �a.
J'insiste pour que tout soit l�gal.
Bien. On lui fera un proc�s l�gal.
C'est une bonne id�e.
La cour si�ge. Albert, tu seras le procureur.
Tu seras l'avocat de la d�fense. Le proc�s peut commencer.
Votre Honneur, membres du jury,
je demande qu'il soit jug� "coupable".
S'il n'est pas jug� "coupable", je trouverai un nouveau jury.
S'il y a des objections, elles sont rejet�es.
La cour donne la parole
au distingu� avocat de la d�fense.
Votre Honneur,
membres du jury.
La d�fense
se repose.
�a marche pour la d�fense?
�a me rappelle mon avocat.
Membres du jury, avez-vous un verdict?
Le verdict est la mort.
Le d�fendant a-t-il quelque chose � dire?
Le d�fendant n'a rien � dire.
- J'insiste pour faire appel. - Rejet�.
- Retenu. - Ma�tre, reprenez vos esprits.
Votre Honneur, ce proc�s va-t-il s'�terniser?
Quoi qu'il en soit,
mon client comprend le caract�re d�sesp�r� de sa situation.
Il comprend qu'il doit �tre ex�cut�. La question est : comment?
Comment?
Nous allons nous �vader. J'irai � Paris et prendrai un travail chez lui.
� la fin de l'ann�e, il fera faillite et se fera sauter la cervelle.
L'id�e a du m�rite, mais pourquoi attendre si longtemps?
- On peut pas faire plus vite? - Il ira plus vite.
Adolphe. Bien s�r.
On va l'envelopper comme cadeau de No�l
pour le cousin Andr�. Joyeux No�l.
On le met dans son lit. Et voil� nos amis avec un horrible parent en moins.
La cour se retire.
Il y a une fortune � faire en �levant ces petites cr�atures.
Alors, ce sera quoi? "Joyeux No�l" ou "surprise"?
Je viens de penser � quelque chose. C'est impossible.
Tu t'inqui�tes pour Adolphe? Il n'aura pas mal.
Je m'inqui�te pour la famille. �a fera quoi,
si au matin, cousin Andr� est un cadavre?
- Qui se pr�occupe des voisins? - Je pense � la m�re et la fille.
Cousin Andr� est retrouv� mort dans son lit, le teint verd�tre.
Ils viennent nous voir et demandent : "Vous �tes responsables?"
Lequel d'entre nous pourra les regarder et mentir?
Je suis dans un repaire de voleurs. Quels comptes. Regardez �a!
Il manque quatorze montres du stock. Trois harmonicas.
Un service � vaisselle de 410 pi�ces.
Il y a des escrocs sur cette �le.
Oui, et les plus grands escrocs sont ici.
Qu'est-ce que c'est?
Un autre objet vol� dans le stock, je pr�sume.
- C'est � moi. - Balivernes! Je ne suis pas b�te.
Les prisonniers ne peuvent rien poss�der. Qu'y a-t-il dedans?
- Un serpent. - Ne mentez pas. Comment l'ouvrir?
J'ai dit : comment l'ouvre-t-on?
Pourquoi tu ne le lui dis pas?
Non.
C'est � lui. Rendez-le-lui.
Pas avant de savoir ce qu'il y a dedans. Vous ne me le volerez pas.
Quelqu'un devrait aller le pr�venir.
Jules, vas-y et pr�viens-le,
avant qu'il ne soit trop tard. Dis-lui pour le serpent.
Il ne me croira pas. Il ne m'aime pas.
- Albert. - Tu me parles?
Tu dois aller l'avertir.
On va tirer au sort.
Bonne id�e. Je prends les cartes.
Qui tire en premier?
Je d�teste �tre en premier. �a porte malheur.
- Apr�s toi. - Vous n'�tes pas tr�s fair-play.
C'est � toi.
Je vais aller lui dire.
J'ai oubli� ce que je devais lui dire.
Dis-lui qu'il ne doit surtout pas ouvrir cette cage.
Dis-lui, parce que s'il essaie
et met sa main dans la cage,
pour voir ce qu'il y a dedans,
il se peut qu'il ait une mauvaise surprise.
Dis-lui...
Et bien, qu'il y a un serpent
mortel et venimeux
dans la cage.
Dis-le-lui.
Tu ne lui as pas dit.
Il le sait d�j�.
Bonjour.
Alors?
Cousin Andr� lui-m�me ne ferait pas la diff�rence.
Voil� son �criture. Voil� la mienne.
Parfait.
"Je, Andr� Trochard, sain de corps et d'esprit,
"d�clare par la pr�sente que ceci est mon testament", etc.
Oui, il est inutile de permettre que le vieil homme meure
avec sa fortune en d�sordre.
J'ai tout laiss� � Paul et F�lix, deux parts �gales.
- Tu es tr�s g�n�reux. - Facile.
Mets-le dans sa sacoche et laisse-la en vue.
- Comment va notre client ce matin? - Toujours mort.
C'est ainsi, "Au fa�te de la vie" etc. J'ai oubli� la suite.
- J'esp�re qu'il a l'air bien. - �a va.
Il est m�me mieux.
Oui, il �tait trop p�le quand il �tait en vie.
Bien, �a a �t� tr�s plaisant.
Nous devrions penser � partir d'ici.
Le bateau ne restera pas pour toujours au port.
On ne peut pas laisser ce d�sordre.
D'abord, il faut que quelqu'un trouve le corps et le testament.
Apr�s, on se tire.
D'abord, quelqu'un doit trouver le corps.
- J'en serais tr�s heureux. - Je suis toujours pr�t � crier.
Non. Il faut que ce soit un spectateur innocent.
Y a-t-il quelqu'un? C'est moi! Madame Parole!
C'est la d�licieuse grosse dame d'hier.
La personne id�ale pour d�couvrir un cadavre.
Je vais voir si je peux orienter la conversation dessus.
- Il faut retrouver Adolphe. - Donne-lui une fraise pour moi.
Bonjour.
- Je peux vous aider? - Je voudrais me plaindre � M. Ducotel.
- C'est � propos de �a. - Qu'y a-t-il?
Il n'y a rien d'autre que de l'eau. Je voudrais me plaindre.
Mais certainement. Vous devriez. C'est tr�s important.
Andr� Trochard est arriv� hier soir, le propri�taire.
Vous devriez vous plaindre � lui en personne.
Qu'il vienne.
Je ne pr�f�re pas. Mais par ici.
O� est-il?
Dans son lit en ce moment.
Je ne lui parlerai pas tant qu'il n'est pas lev�.
- Ce sera long. - Et bien, je reviendrai.
J'ai bien des choses � dire � M. Trochard,
sur la fa�on dont est tenu cet �tablissement.
Avant de partir, pour votre note.
Un petit paiement avec votre joli porte-monnaie?
Je n'ai pas d'argent sur moi.
Vous n'avez pas regard�. Faisons-le ensemble, d'accord?
Comment osez-vous?
- J'ignorais qu'on n'avait pas confiance! - La confiance est le c�ur des affaires.
Un manque de confiance m'a envoy� sur cette �le.
- Manque de confiance? - Des autres.
N'oubliez pas ceci. Vous l'avez pay�e.
- On ne trouve pas Adolphe. - On a cherch� partout.
Ce n'est pas un bibelot qu'on laisse tra�ner.
Il doit r�cup�rer quelque part. Apr�s tout, il a mordu Trochard.
Il mourra sans antidote.
Une chose pareille est �puisante pour Adolphe. Pauvre petit.
Il doit �tre dans un coin, quelque part,
enroul� comme un joli petit bracelet.
Il faut le trouver avant que quelqu'un le mette.
Adolphe.
Bonjour.
Que faites-vous?
- Oui... - Oui.
- Nous avons perdu une chose. - Un petit...
Oui, un...
- Bracelet. - Oui!
- Environ cette taille. - Je vais vous aider.
Non, merci! On dirait que vous alliez sortir.
Oui, je vais � la messe.
Vous �tes s�rs de ne pas vouloir de mon aide?
Enfin, si. Vous pouvez faire quelque chose.
Cousin Andr� voudrait peut-�tre aller � la messe.
Vous pourriez lui demander.
Entrez donc et dites "l'�glise, �a vous dit?"
Je suis s�r qu'il en meurt d'envie.
Je ne veux pas lui parler, pas apr�s hier soir.
Apr�s hier soir, c'est lui qui a besoin d'aller � l'�glise.
Pourquoi ne l'appelez-vous pas?
Pour qu'il me dispute encore? Non, merci.
On ne sait jamais. Il a peut-�tre chang�.
Il doit �tre plus calme aujourd'hui.
Je l'esp�re. Je prierai pour lui.
Oui, il en a besoin.
Je prierai pour vous aussi.
Oui, c'est comme �a.
Quand vous ne voulez pas qu'on trouve le corps, tout le monde tombe dessus.
Il faut trouver Adolphe avant que quelqu'un lui tombe dessus.
Il est peut-�tre all� dans le jardin par la fen�tre. Il aime les fleurs.
- Que se passe-t-il? - Pardon. On a perdu quelque chose.
- L� haut? - Ce n'est pas lourd.
Bonjour. Heureux de vous voir.
- Vous avez bien dormi? - Tr�s bien, merci.
- Mon cousin est-il lev�? - Non, il n'a pas boug� d'un pouce.
N'est-il pas temps de l'appeler?
Non. Qu'il dorme. D�s qu'il sera lev�, les probl�mes commenceront.
Un homme de son �ge ne dort pas beaucoup.
Pourquoi ne pas tous lui faire une surprise?
Je ne veux pas le voir pour l'instant.
Je vais aller marcher. Ma femme pr�pare le petit-d�jeuner.
Si elle me demande, venez me chercher au caf�.
Caf�? Je parie qu'il s'�clipse pour aller boire un verre.
J'en boirais bien un.
Nous voil� avec un cadavre
et personne pour le d�couvrir.
Je voulais m'�vader de la prison. Maintenant, je veux m'�vader d'ici.
Non, je ne laisserai pas Adolphe derri�re moi. Il est dangereux.
V�rifie chaque cm� du salon. Va voir dans le magasin.
Je v�rifie qu'il n'est pas ici.
Adolphe. Je sais que tu es l�.
Que faites-vous?
Et bien, nous partons bient�t
et j'ai pens� que ce serait bien de rassembler nos affaires.
- Puis-je? - Merci.
Ne pensez-vous pas que vous devriez faire le m�nage?
Je fais le petit-d�jeuner.
J'ai pens� que vous aimeriez nettoyer un peu plus t�t.
La poussi�re peut-�tre. La chambre de cousin Andr�. Faire son lit.
�a peut attendre.
J'aimerais vous parler si vous avez le temps.
Un homme condamn� � vie a toujours le temps.
J'ai eu peur que ce ne soit humide.
Merci, vous �tes tr�s pr�venant.
J'essaye. De mon mieux.
�a peut vous para�tre �trange, mais je vous envie.
- Moi? Un criminel? - J'aimerais �tre comme vous.
Vous ne pensez pas � commettre un crime?
Si, hier soir.
Je sais que vous ne me croirez pas,
mais je pensais � diverses fa�ons de tuer Andr� Trochard.
C'est tr�s dr�le.
Je sais que �a � l'air ridicule.
Oui et non.
Je n'irai jamais plus loin.
C'est juste une id�e.
Un d�sir.
Puisque vous d�sirez, ne perdez pas espoir.
Adolphe.
- Bonjour. - Bonjour.
- Que faites-vous l� dessous? - C'est � vous.
- Quoi? - De r�veiller votre oncle.
Grands dieux. Mon oncle n'est pas encore lev�?
C'est �trange. Il voulait se lever t�t ce matin.
Vous ne l'avez pas r�veill�?
J'ai frapp� � la porte, comme il l'a demand�
mais je ne veux pas entrer parce que...
Je vois. Tr�s bien. Je vais le r�veiller.
J'en suis heureux. Excusez-moi.
Monsieur Trochard?
Ta�aut!
Albert. Eur�ka!
- Tu as trouv� Adolphe? - Non.
Mon oncle. Mon oncle est mort!
Comment? C'est impossible!
- Il est mort, je vous le dis. - Vous plaisantez.
Vous voulez dire que ce cher cousin Andr� n'est plus des n�tres?
Et on dit qu'un long voyage en mer est bon pour la sant�.
Oui, on le dit.
Il n'avait pas l'air bien hier soir.
Il n'a jamais eu l'air bien.
Toutes nos condol�ances.
Bien, il faut s'occuper des d�tails de l'enterrement.
- Je m'habille. - Rien ne presse.
Il ne serait pas d�cent de l'enterrer avant le d�jeuner.
Le choc a �t� rude pour eux.
Je n'y crois pas. Andr� est mort?
�a arrive � tout le monde.
O� est mon mari? O� est F�lix?
Je vous m�ne � lui. C'est le moins que je puisse faire.
Oui?
Votre triste mine est tr�s efficace.
Vous serez splendide sur la tombe.
Que faites-vous de la sacoche de mon oncle?
Nous pensions que vous vouliez voir ses papiers.
Nous avons pens� qu'il pouvait y avoir un testament dedans.
Laissez-moi seul.
Ne me voyez-vous pas affect� par cette mort?
- J'ai moi-m�me du mal � ne pas rire. - Dehors!
J'avoue, j'aime beaucoup cet air triste. Tr�s efficace.
- J'ai honte, souhaiter sa mort. - Vous ne devriez pas.
Vous avez commis le crime parfait. Tout a eu lieu l�-haut.
Pas de preuves, pas de t�moins, juste des r�sultats, je vous envie.
F�lix, j'ai une terrible nouvelle. Andr� est mort.
- Mort? - C'est vrai. Dans son sommeil.
- C'�tait tr�s poli de sa part. - Je ne sais pas quoi faire.
D'abord, v�rifier qu'il est bien mort. Je n'ai pas confiance.
Vous pouvez me croire. Il est bien mort.
Il faut un docteur pour le certificat de d�c�s.
Allons au Conseil de la Sant�.
- Quel cadeau de No�l. - Ne vous m�prenez pas.
Il est vrai que je n'aimais pas mon cousin, parce qu'il n'�tait pas aimable.
Il avait certaines qualit�s, j'en suis s�r. Mais je n'en trouve aucune.
Hier, c'�taient trois prisonniers sur le toit.
Aujourd'hui, l'un d'eux me dit qu'il est le nouvel assistant.
Quelque chose ne va pas.
S'ils �taient trois, dites-le au commandant.
Il faut sans cesse surveiller ces prisonniers, ces meurtriers.
Adolphe.
- Et bien, il faut vraiment partir. - Quoi?
Ta d�licieuse grosse amie a parl� aux autorit�s.
- On n'a pas trouv� Adolphe. - Il est sacrifiable.
Peut-on faire une minute de silence?
Nous n'avons pas le temps.
O� sont-ils tous? F�lix!
Il a trouv� mon testament.
Vous. Venez ici.
- O� est F�lix? Je veux lui parler. - Du testament, peut-�tre?
- Non. Les d�tails de l'enterrement. - On lui creusera un trou.
J'esp�re que les prix seront plus faibles qu'en France, bien s�r.
Il n'a pas laiss� de testament ou autre chose?
Non. Je vois dans l'inventaire qu'il y a des brassi�res de deuil.
- Donnez-m'en une. - Attendez. � propos du testament.
Vous avez bien regard� partout? Dans la sacoche?
J'ai v�rifi� soigneusement tous ses papiers.
Mon oncle n'a laiss� aucun testament. Rien du tout.
Donc en tant que parent le plus proche, j'h�rite de tout.
Quand je pense �tre le seul � �tre malhonn�te.
- Pardon? - Et Isabelle?
On ne va pas recommencer la farce d'hier soir, non?
- C'�tait dr�le sur le moment, mais... - Mais pas assez
pour que �a dure une vie, c'est �a?
Je suis responsable � pr�sent et dois penser � l'avenir.
Et l'avenir n'inclut pas Isabelle?
Je crains que non.
Avec elle, ce serait le mariage ou rien, et c'est hors de question.
- Et Ducotel. Pour lui? - Je n'ai rien contre F�lix.
Il peut rester ici, si l'inventaire est juste bien s�r.
Sinon, � la porte. Les sentiments n'ont pas de valeur marchande.
Vous voudrez bien m'excuser, je dois m'occuper des affaires de mon oncle.
Je vais le d�sh�riter. Je vais faire un autre testament.
Il s'en d�barrassera comme du premier.
- Il est aussi mauvais que son oncle. - Pire.
Si on trouvait Adolphe, il nous ferait une autre faveur.
Adolphe est parti. Il est plus intelligent que nous.
Connaissez-vous les serpents de l'�le?
Je viens de me faire mordre par un serpent.
Un petit serpent? De cette taille environ?
Oui.
Avec des couleurs diff�rentes, comme un joli bracelet?
Vous l'avez � peine senti, c'�tait tr�s rapide?
Oui.
Ce ne doit pas �tre tr�s dangereux.
- Ne vous inqui�tez de rien. - De rien.
On s'occupe de tout.
Tout de m�me, je serais rassur� qu'un docteur y jette un �il.
Il dit qu'il serait rassur� si un docteur y jetait un �il.
- Il veut faire venir un m�decin. - Dis-lui de garder son argent.
Il dit : "Gardez votre argent." C'est un bon conseil. Croyez-moi.
Vous devez avoir raison. �a piquait au d�but, maintenant, je ne sens plus rien.
- Il ne sent plus rien. - Qu'a-t-il dit?
Qu'il ne sent plus rien.
- En d'autres mots, �a ne fait pas mal. - Bien.
Comment est-ce arriv�?
B�tement. Il �tait dans la poche de mon oncle.
Sa poche? Que faisiez-vous dans sa poche?
Je ne faisais que...
Regarder ses comptes. On sait.
J'ai la t�te qui tourne un peu. Je vais m'asseoir.
Voil�.
O� le met-on?
Cette maison est pleine. Dans la maison d'�t�.
Il aurait fi�re allure dans la maison d'�t�.
- Va chercher Adolphe. - Oui.
O� m'emmenez-vous?
Dans la maison d'�t�, vous aurez fi�re allure.
Vous m'emmenez toujours dans la maison d'�t�.
Adolphe, tu ne devrais pas dispara�tre ainsi, mon petit ange.
Tu l'as?
Oui. Il est fatigu�, pauvre petit gars.
Messieurs, les Ducotel ont perdu un autre parent.
Comme l'a dit untel ou untel : "Bien jou�, Adolphe."
Oui, c'�tait rapide et indolore.
Il nous a quitt� le sourire aux l�vres, ses derniers mots furent :
"Pas de cr�dit."
Comment le lui dire?
Laissez-moi faire. Je lui dirai doucement.
J'ai tenu ma promesse. J'ai pri� pour vous tous, et cousin Andr� aussi.
C'est bien, parce qu'il est mort.
Heureux que tu lui aies dit doucement.
- Cousin Andr� est mort? - Oui, dans son sommeil,
apr�s avoir ouvert son cadeau de No�l.
Je n'y crois pas. Quelle horreur.
Vous �tes la seule � �tre de cet avis.
Pauvre Paul.
- Le choc a d� �tre dur pour lui. - Il n'a rien senti.
Non, il est rest� tr�s calme.
Raide comme la justice.
Je dois changer de robe avant d'aller lui parler.
Je ne veux pas qu'il me croie insensible.
Avant que vous partiez, � propos de Paul... Vous et Paul en fait.
�a va. Je sais que Paul ne m'aime pas.
Ce n'est pas une fa�on de se rappeler de lui. Ce matin encore il disait...
Oui, vraiment. Combien il vous aime.
Il n'a parl� que de vous.
Ne pensez pas qu'il ne vous aime pas.
Oui, il vous aime.
Je suis rest�e �veill�e cette nuit, je pensais � lui
et j'ai soudain compris que c'�tait comme un conte de f�es.
Quelque chose qu'on fait croire � un enfant.
- Hier soir, j'ai grandi. - Vous ne l'aimez plus?
Je n'aime que vous trois, parce que vous m'avez menti.
- On ne s'en est pas trop mal tir�s. - Tant qu'elle est heureuse.
Peu importe. Un jour, un gentil jeune homme viendra, juste pour elle.
- Mais ce ne sera pas moi. - C'est comme �a.
� Paris, il y a un an,
au coin d'une rue, au bon moment,
Isabelle et toi auriez pu vous rencontrer par accident.
"Mes excuses, mademoiselle."
"Mais non, monsieur. J'aurais d� regarder o� j'allais."
- Vous auriez un enfant maintenant. - Oui.
Mais ce sera quelqu'un d'autre
qui viendra sonner � sa porte un de ces jours.
Sur mesure.
C'est le destin, voil� tout.
Non. C'est le type du bateau.
Je suis m�decin.
Le Conseil de la Sant� m'a dit qu'il y avait un mort.
- Puis-je faire quelque chose? - �a d�pend? Vous �tes mari�?
- Pardon? - J'ai dit : "�tes-vous mari�?"
Non.
Il n'est pas mal. Pas mal du tout.
Ne m'en veux pas, Albert, mais il est mieux que toi.
Je ne vois pas le rapport avec un mort.
On n'est pas press�s. Votre client ne partira pas.
- Elle l'aimera? - Il est pas mal.
- L'uniforme, �a aide. - Il ressemble � un verre de lait.
Il a l'air plut�t intelligent, c'est mieux que ce qu'on esp�rait.
- Je ne vois toujours pas... - Ne g�chez rien.
Qu'en dis-tu, Albert?
C'est bon pour moi.
Je ne trouve pas Paul. Il n'est pas dans sa chambre.
Il �tait dans le jardin.
- Je pense qu'il y est encore. - J'en suis s�r.
Excusez-moi.
- Qui est cette jeune femme? - Elle vit ici. Jolie, n'est-ce pas?
- Elle a l'air charmante. - Bien, �coutez.
Vous aussi �tes charmant, alors soyez poli,
patient, et tr�s gentil.
Ou vous aurez affaire � notre ami Adolphe.
- Elle va revenir bient�t? - C'est mieux.
D�s qu'elle aura trouv� son bonheur.
Voil�. Elle l'a trouv�.
Permettez-moi. Dans le jardin.
Dans le jardin.
- Maintenant, je l'ai vraiment perdue. - Tu ne l'as jamais eue.
- On ne peut plus rien. - C'est la faute de mon oncle.
S'il m'avait donn� l'argent que je lui demandais.
S'il avait souri et dit : "Bonjour mon gar�on.
"Bonjour, fiston. Je parie que tu es venu m'emprunter de l'argent.
- "Jeune fou." - "On ne peut pas te tromper."
"Non, impossible. J'ai �t� jeune, moi-m�me.
"Combien veux-tu?"
Il n' a pas dit �a du tout. Alors tu as pris un tisonnier
et tu lui as mis une correction. Voil�.
Et me voil�. Et ils ont dit que c'�tait lui la victime.
Elle s'est �vanouie.
- J'ai lu une fois que... - Il est m�decin. Il saura quoi faire.
- Que dois-je faire? - Posez-la quelque part.
Sa chambre est en haut des escaliers, attention � sa t�te avec la rampe.
Tr�s bien.
Charmant petit couple.
Bonjour.
Oui. Elle lui va � ravir.
- C'est vous? - Difficile � croire, non?
- Vous avez l'air diff�rents. - Nous le sommes.
Au revoir, madame. Au revoir, monsieur.
- Vous partez? - Notre travail est termin�.
- Vous avez r�par� le toit? - Nous avons tout r�par�.
Il nous faut partir maintenant. Merci de votre hospitalit�.
Voil� des ann�es que nous n'avions pas eu un bon No�l.
Au revoir.
Bonnes f�tes.
Joyeux No�l.
Voil� notre bateau. Il attend toujours.
Le reste sera simple.
Il nous faut monter � bord et laisser l'�le du Diable derri�re nous.
C'est dr�le ce qui s'est pass�.
C'�tait comme un miracle, tout �a, comme si �a avait �t� arrang�.
M�me la jeune fille nous a appel�s ses anges.
Nous ne sommes pas des anges.
Quand j'�tais libre, j'avais toujours des probl�mes.
Je ne sais pas ce qui me presse d'en avoir � nouveau.
Je crois qu'ils seraient heureux de nous revoir en prison.
On peut remercier la prison. On y rencontre des gens meilleurs.
Oui. Il y a beaucoup � dire sur la prison.
On sait toujours quand vous vous levez le matin.
Oui. Et je dormirais bien.
Que dis-tu? La prison n'�tait pas si mal.
Retournons-y. Pense � l'accueil que nous aurons.
Si les choses se passent mal, on recommencera l'ann�e prochaine.
Fin
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.