All language subtitles for Couleurs.De.L.Incendie.2022.FRENCH.1080p.WEBRip.H264_Subtitles02.FRE

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Original subtitles

[musique dramatique]

[sonnerie de cloches]

[chant lyrique]

Je suis désolé, Madeleine. Le président est annoncé.

Merci, Gustave.

Paul est en bas ?

Je ne l'ai pas vu.

- Vous avez vu pour la musique ? - Tout à fait, madame.

Monsieur Dupré...

Vous savez où est Paul ?

Non, madame, mais il était là tout à l'heure.

Je ne comprends pas, Paul devrait être ici.

Peut-être votre dame de compagnie...

- Madame, pour les fleurs ? - C'est bien, c'est bien.

[conversations indistinctes]

- Léonce, vous savez où est Paul ? - Non, je le cherche, moi aussi.

- Vous voudriez bien...? - Bien sûr.

Enfin, ouvrir un testament, c'est pas compliqué, merde !

- Je suis pressé, moi. - Je fais de mon mieux.

- Je peux pas faire plus vite. - Grouillez-vous ou je suis mort !

Pardon, monsieur Péricourt, vous n'avez pas vu Paul ?

Non.

[Charles] Écoutez, si dans les 3 jours, rien n'est fait...

Nous avons besoin de Paul. Vous ne l'avez pas vu ?

Non, je ne l'ai pas vu. Ni justice, ni fidélité, ni Dieu...

André, vous serez un grand écrivain,

pour l'heure vous êtes le précepteur de Paul. Alors, allez le chercher.

Allez !

- Vous n'avez pas vu Paul ? - Non, pas dernièrement.

Je cherche Paul. Vous ne l'avez pas vu à l'étage ?

Non.

Désolée, je ne l'ai pas vu, monsieur André.

Paul ?

Paul ?

Paul ?

[trompette]

[fanfare]

Merci, merci.

[conversations indistinctes]

Merci beaucoup, ça me touche.

[musique dramatique]

[cri de stupeur]

[musique dramatique]

[flash]

[notaire] Bien.

Passons à l'essentiel.

"Je lègue à ma fille, Madeleine Péricourt,

"représentée ici par Mlle Léonce Picard,

"toutes mes actions dans la banque dont je suis le fondateur,

"ainsi que l'hôtel particulier que j'ai fait bâtir.

"À mon petit-fils, Paul, une dotation de trois millions de francs

"en obligations de l'État qui seront gérés par sa mère

"jusqu'à sa majorité.

"À mon frère, Charles,

"je lègue la somme...

- "de 200 000 francs. - [gloussement]

[notaire] "Et à mon fidèle collaborateur..."

[Charles] Non, non, non...

S'il vous plaît, attendez.

C'est bien régulier de donner trois millions de francs

à un légume qu'on va conduire

dans la tombe de son grand-père dans moins d'une semaine ? Non...

Il est déjà mort. Vous allez lui envoyer son héritage au cimetière ?

C'est vrai, quoi !

On donne pas des millions à un macchabée !

[fermeture de porte]

Bien, continuons.

Au revoir. Et encore toutes mes condoléances à Mme Péricourt.

Très bien.

Venez.

Si Charles souhaite contester le testament...

Non, il n'en est pas question. Charles est un peu sanguin,

mais nous parviendrons à lui faire entendre raison.

Je comprends que ce soit un héritage décevant,

mais il n'est tout de même pas à la rue.

Si je peux me permettre, presque.

Charles a profité de sa position de député

pour privilégier certaines entreprises de travaux publics.

Il a payé de gros dessous-de-table.

Je vous parle de montants à cinq chiffres.

Mais... il a lésiné sur les matériaux.

Bien sûr, tout cela n'est pas très grave, vous me direz.

Hélas, trois ouvriers ont traversé le plancher.

Ils sont à la Pitié-Salpêtrière.

En mauvais état.

Alors, vous voyez, maître,

son immunité parlementaire,

je doute qu'elle dure encore très longtemps.

[notaire] Je comprends.

Ce que contient le coffre personnel de M. Péricourt

ne figure pas dans la succession, il faudra expliquer à Madeleine.

Comptez sur moi.

[Charles] Évidemment, pour vous, c'est un boulevard.

Son ex-mari ayant disparu de la circulation,

vous allez épouser Madeleine et devenir président de la banque.

C'est facile !

N'allez pas trop vite en besogne.

Allons, Joubert. Avec ce qui vient d'arriver à son fils...

Il est vrai qu'elle aura besoin à ses côtés d'un homme d'expérience.

Justement, Gustave, elle vous fait confiance.

Vous pouvez lui demander de me donner un coup de pouce ?

J'ai deux filles à marier, moi.

Je vais voir ce que je peux faire, mais je vous promets rien.

- [Léonce] Ses chemises, mettez-les là. - [bonne] Bien, madame.

Merci, Léonce.

C'est joli.

C'est...

Je suis ravie que ça vous plaise.

C'est très beau,

cette nouvelle chambre.

André, qu'est-il arrivé à Paul ?

Se jeter, ainsi, par la fenêtre...

Personne ne comprend. Peut-être vous ?

Je ne sais pas, c'est très... Je veux dire...

Pardonnez-moi, André.

Vous n'y êtes pour rien. C'était maladroit de ma part.

C'est que cette question ne cesse de me hanter.

C'est un geste...

Personne ne comprend.

Paul n'aura pas besoin d'un précepteur avant longtemps.

Il est temps de vous rendre votre liberté, André,

et de vous remercier pour tout. Si je puis faire quelque chose...?

Justement, pourriez-vous m'aider à trouver

un travail journalistique, quelque chose de modeste ?

Oui, oui.

Merci beaucoup, Madeleine.

[musique triste]

[Gustave] On observe une petite baisse des valeurs hypothécaires.

C'est un phénomène marginal, quasi mécanique.

Y a pas lieu de s'inquiéter, vous savez.

On fera ça plus tard.

Je suis sot.

Je suis désolé, mais...

y a une chose qui peut pas attendre : votre oncle.

Il s'est mis dans de sales draps.

Il n'a jamais été bon à rien. Mon père a fait toute sa carrière.

Enfin, il porte le nom des Péricourt.

Pour la réputation de la banque, ce serait fâcheux.

Dites-lui de venir me voir.

J'y pense, Gustave, pourriez-vous aider

Delcourt à trouver quelque chose dans le journalisme ?

Il a une jolie plume, je crois.

Je m'en occupe.

Il a voulu mourir, et je...

Gustave.

Vous êtes si malheureuse, si seule.

Madeleine, j'ai toujours été votre ami, n'est-ce pas ?

Plus que jamais.

Je ferais n'importe quoi pour vous accompagner.

- Pour vous aider. - Merci, Gustave.

Pour vous aimer.

[claque]

[musique grave]

Excusez-moi.

[bruit de la rue]

[ouverture de portière]

[bruit de la circulation]

[fermeture de portière]

Alors ?

Elle va vous recevoir.

Elle aurait pu dire oui tout de suite.

C'est que ça me coûte bonbon, moi, cette affaire.

Les inspecteurs me réclament 100 000 francs,

les enquêteurs 80 000

et maintenant, le juge d'instruction, 90 000 !

Et vos ouvriers, toujours à l'hôpital ?

Au moins, eux, ils risquent plus rien. Tandis que moi !

[bruit de la circulation]

Ça a pas l'air d'aller, vous.

Parce que vous, vous allez bien ?

[retentissement de pas]

[raclement de gorge]

[ouverture de porte]

- Je suis désolée. - Au revoir, madame.

[fermeture de porte]

C'était la onzième, Madeleine.

Quand ce serait la centième,

je ne vais pas confier mon fils à la première venue.

[tintement de cloche]

[ouverture de porte]

[elle parle slovaque]

[raclement de gorge]

[elle parle slovaque]

Pardon, vous parlez français ?

[elle parle slovaque]

[soupir d'effort]

[elle parle slovaque]

Je ne vous permets pas.

Léonce.

Vous allez pas embaucher une polak qui parle pas français ?

[elle parle slovaque]

[léger rire]

[cri de stupeur]

Eh bien, peut-être que si, Léonce.

[musique calme]

- Merci, monsieur Dupré. - Je vous en prie.

[briquet]

[soupir]

[bruit de la circulation]

[elle parle slovaque]

[rire]

Mais assez parlé de moi. Racontez-moi tout.

Le journal.

- Je veux tout savoir. - Ben... justement.

[ambiance du restaurant]

C'est merveilleux.

- Votre propre chronique, bravo. - C'est aussi grâce à vous.

Non.

Parfait, Gustave, je vous remercie.

Nous nous verrons dorénavant à la banque.

Ce sera plus...

professionnel.

Très bien.

Pardon de vous interrompre, M. Charles aimerait vous parler.

[Madeleine] J'arrive.

- Allez retrouver votre cousin. - Je vais les conduire, monsieur.

- [ricanements] - Oh oui !

Monsieur, est-ce que notre cousin...

- Alors, qu'est-ce qui vous amène ? - Ah là là, si tu savais.

Je ne demande pas mieux, mon oncle. Dites-moi tout.

[Charles] C'est cette histoire de travaux publics.

Il y a eu un malheureux accident.

Les ouvriers à l'hôpital, c'est regrettable, bien sûr.

[musique de suspense]

[Charles] Je n'y suis pour rien.

[Madeleine] Je n'en doute pas, mon oncle.

[conversation indistincte]

[musique de suspense]

- Quelle affaire. - Oui...

Et pour calmer tout ce monde-là,

j'ai besoin de 300 000 francs.

Je te le dis tout net, Madeleine, je ne les ai pas.

- Financièrement, je suis mort. - [Gustave] Madeleine. Charles.

[vrombissement du moteur]

[musique de suspense]

Vendez vos actions.

C'est tout ce qu'il me reste pour doter mes filles.

Vous aider ne va pas être possible.

- Pourquoi ça ? - Vous êtes financièrement mort.

Comprenez-le, on ne distribue pas des millions à un macchabée.

Je ne vais tout de même pas envoyer de l'argent au cimetière.

[Charles] Amenez-vous, les filles, et plus vite que ça !

En fait...

je me demande quel genre de mère tu es, Madeleine.

- Pardon ? - Oui.

Quel genre de mère es-tu...

pour que ton fils, à 11 ans,

ait une telle envie de mourir ?

- [pas qui s'éloignent] - [respiration saccadée]

[Charles] Vous comprenez ça, vous ? Ma nièce...

Tout ce que j'ai fait pour elle !

- [Gustave] Calmez-vous. - Vous en avez de bonnes, vous !

Qu'elle n'ait pas voulu lever le petit doigt, ça me...

[grognement]

Je peux vous aider.

[rire]

C'est 300 000 francs.

[soupir]

[musique intrigante]

[respiration]

[gloussements]

Merci, Gustave, merci.

[en slovaque]

[musique classique]

[chant lyrique]

[Paul] Mademoiselle Gallinato,

je me doute que les lettres que je vous envoie

doivent se noyer parmi celles de vos admirateurs.

Mais sachez que je ne cesserai jamais de vous écrire.

Car grâce à vous, je suis revenu à la vie.

Votre voix et votre interprétation sont pour moi le summum

de la justesse et de la beauté.

J'espère, évidemment, un jour vous lire.

Mais quoi qu'il en soit, je vous écouterai à jamais.

Paul, votre oreille.

- Tu n'es pas encore couché, toi ? - Si, si, j'ai fini.

Allez, au lit maintenant.

[Paul] Tiens.

C'est pour Solange Gallinato.

Oui.

[musique douce]

[Léonce chuchote] Bonne nuit.

Je vous remercie.

[chant lyrique]

Toujours l'opéra ?

Eh bien, mon oncle, que me vaut le plaisir ?

Je suis venu te parler de la crise américaine. Elle arrive.

Elle va déferler et ce sont les banques qui trinqueront.

Le gouvernement sauvera les grandes,

mais laissera crever les autres.

Dont la tienne.

N'est-ce pas alarmiste ?

Je siège à la commission des Finances, je sais ce que je dis.

Gustave en parle jamais.

Ça ne m'étonne pas, Joubert est un crétin.

Il est comme les cocus, il apprend tout après les autres.

Selon vous, que faut-il faire ?

Je revends mes actions tant qu'elles valent quelque chose

et j'investis dans le pétrole roumain.

Toi, tu fais ce que tu veux, mais tu es prévenue.

Votre intérêt de venir m'informer m'échappe.

C'est à moi que je pense, Madeleine.

J'ai une carrière, je suis pas un héritier.

Porter le nom d'une banqueroute va me coûter ma députation.

Je veille à l'avenir de mes filles, Madeleine.

Et toi aussi, tu ferais bien d'y penser.

Que va devenir ton fils si tu es ruinée ?

[musique calme]

[retentissement de pas]

[ouverture de porte]

[fermeture de porte]

[vrombissement du moteur]

[Gustave] Oui.

Vous savez, comment dire...?

Les journaux sont comme les hommes politiques.

Ils ne disent que ce qui les arrange.

Les banquiers aussi, alors qui croire ?

Moi, Madeleine.

Vous savez, la France...

la France se porte très bien.

Notre système financier fait l'admiration du monde entier.

[Madeleine] Mon oncle Charles m'assure pourtant que la crise américaine...

Avec tout mon respect, votre oncle est un député incompétent,

doublé d'un piètre financier.

Hmm.

Croyez-moi,

notre système économique est indestructible.

Ne serait-il pas plus prudent

de nous diriger vers d'autres secteurs, moins exposés ?

Votre père a fait fortune dans la banque.

Je ne vous parle pas d'hier, Gustave, mais d'aujourd'hui.

- On me conseille le pétrole roumain. - Non.

Pas le pétrole roumain.

Ce serait une folie. Je comprends, vous voulez varier vos activités...

Non, si c'est pour le pétrole, prenez du pétrole irakien.

Leurs titres sont au plus bas, c'est le moment d'investir.

On parle de gisements faramineux, vous savez.

Presque inépuisables.

Le pétrole roumain se porte à merveille.

Pourquoi préférer votre intuition aux résultats de la bourse ?

Faites-moi un rapport dans la semaine.

[musique intrigante]

- [retentissement de pas] - [ouverture de porte]

[fermeture de porte]

[coups contre la porte]

[musique douce]

- Bonjour, monsieur Paul. - Bonjour, monsieur Dupré.

C'est de Mlle Gallinato ?

Oui.

J'ai peur de la lire.

[soupir]

"Mon petit Paul,

"j'ai bien eu toutes tes lettres,

"ne crois pas que je suis restée indifférente."

- [Solange] Si je t'ai pas répondu plus tôt, c'est que j'étais souffrante.

Il paraît que j'ai le cœur malade.

Il a trop battu, sans doute. Ou trop vite.

C'est une belle maladie, n'est-ce pas ?

Ce que tu m'écris sur Le Secret m'a bouleversée.

On dirait que personne autour de moi ne comprend ce morceau.

On ne me le demande jamais.

Il est sans doute trop moderne.

Mais je l'aime par-dessus tout car il est le dernier morceau

que m'a composé Maurice Grandet,

le grand amour de ma vie, avant de se tuer au volant.

J'ai hâte de parler de tout ça avec toi, mon chéri.

Je joins des invitations pour mon prochain récital,

à l'opéra Garnier, en fin de semaine.

Viens, sans faute.

Ta Solange.

[brouhaha]

Bonsoir, messieurs-dames. Je suis désolé,

vous pouvez pas rester avec votre chariot dans la travée.

C'est une question de sécurité. Par contre, vous pouvez

écouter le récital au fond de la salle. C'est très bien.

Je suis sûre qu'on entendra très bien.

[Paul] Nos places sont au 3e rang, d'où nous assisterons au spectacle.

Faute de quoi, vous devrez appeler la police

pour évacuer de force un infirme

devant une foule de photographes qui se chargeront de votre réputation.

[spectatrice] Jamais vu ça ! Incroyable !

- [spectateur] Mais vous me heurtez ! - [plaintes]

[spectateur] Doucement !

[spectatrice] C'est pas vrai, en plus il me frappe !

[applaudissements]

[piano]

♪ Au premier regard ♪

♪ Vous avez compris qui j'étais ♪

♪ Vous avez compris ♪

♪ Mon secret ♪

♪ Au premier sourire ♪

♪ Vous avez été ma lumière ♪

♪ Vous m'avez aimée tout entière ♪

♪ Puisque notre vie ♪

♪ est un mystère ♪

♪ Faisons de notre amour un secret ♪

♪ Mon cœur s'est donné sans retour ♪

♪ Il est tout à vous pour toujours ♪

[piano]

[applaudissement]

- [Paul] Bravo ! Bravo ! - [applaudissements]

Bravo !

[applaudissements et acclamations]

[musique douce]

[Solange] Paul ?

[brouhaha]

- [les spectateurs chuchotent] - [Solange] Le petit Paul.

Je t'ai vu au parterre.

Je te reconnais.

C'est toi qui m'as écrit ces belles lettres ?

Le petit Paul, c'était toi.

Le Secret,

c'était pour toi, tu sais.

- Merci, madame. - Oh non, pas "madame" !

Appelle-moi Solange, si tu veux bien.

Merci, Solange.

Mon Dieu,

ce que tu es beau.

[M. Dupré] La voiture est avancée.

Il est temps de rentrer. Tu as dit merci pour les places ?

C'est rien du tout. Martha ?

Ce sont des places pour Milan. Je chante à la Scala dans un mois.

Si ta mère a envie de te faire plaisir.

Au revoir, Paul.

[baiser] À bientôt.

Donc, la crise n'est pas pour demain,

le pétrole roumain est une mauvaise affaire, les banques risquent rien.

Ai-je bien tout compris ?

C'est à peu près cela, oui.

Cela ne vous dérange pas

d'être le seul à penser cela ?

Non, pas quand j'ai raison.

C'est mon intuition qui a permis à votre banque d'être là aujourd'hui.

Non, c'est mon père qui l'a fait. L'intuition, c'était lui.

Je crains que vous n'en soyez dépourvu.

Venez, Léonce.

[Gustave] Avant que vous ne partiez,

c'est à propos de Mlle Picard.

J'ai vérifié les comptes de la maison Péricourt.

Que de surprises !

Comptes truqués,

fausses factures...

On a fait beaucoup de profits sur les tapis, sur les...

planchers, les luminaires, les parquets, le mobilier...

jusque sur le fauteuil

- de M. Paul. - [Madeleine] Gustave, c'est très gênant.

Savez-vous combien je suis payée ?

Tous les voleurs pensent qu'ils n'ont pas suffisamment.

- Au revoir, Madeleine. - [fermeture de porte]

[tintement de cloches] [vrombissement des moteurs]

C'est ma faute. Je ne vous paie pas suffisamment.

Je vais doubler vos gages et payer cette dette absurde.

- Non, non. - Si, je vais vous faire un chèque.

Ne le dites pas à Gustave.

[pleurs] Merci.

Merci, Madeleine.

Gustave m'inquiète.

Il ne croit pas à la crise.

Il est le seul.

Que feriez-vous à ma place ?

Je sais pas du tout, Madeleine.

Si j'avais de l'argent, je ferais comme tout le monde.

Je l'investirais dans le pétrole roumain, je...

[musique mystérieuse]

[aboiements] [cris d'enfants]

[André] J'ai interrogé le journaliste économique.

Il confirme que la crise va arriver en France.

Et pour le pétrole roumain ?

Il dit comme tout le monde : c'est un investissement

qui rapporte gros depuis près de dix ans.

Selon lui,

le pays aura toujours plus besoin de pétrole que de banques.

Ainsi, vous abandonnez la banque de votre père pour le pétrole.

Rien ne vous échappe.

[musique intrigante]

Êtes-vous sûre de vouloir vraiment

transférer tous vos avoirs ?

[elle acquiesce]

Tous, sans exception ? Est-ce bien prudent ?

Jusqu'ici, j'étais votre patronne.

Maintenant, je suis votre principale cliente.

Nous avons toutes les raisons de rester en bons termes.

Vous avez raison.

Donc, Madeleine quitte la banque de son père ?

Eh oui, que voulez-vous ?

Je suis la seule personne qu'elle ne croit plus.

Elle a décidé de diriger tout son argent sur le pétrole roumain.

C'est totalement irrationnel.

Très féminin, si je peux me permettre.

Vos informations sur le pétrole roumain sont-elles certaines ?

D'où les tenez-vous ?

Confidence de banquier.

Faites-moi confiance.

Le pétrole roumain va s'effondrer, c'est imminent.

Tiens.

Trinquons.

[tintement des verres]

Au pétrole irakien !

[rire]

[Paul] Imaginons, M. Dupré arrive pas à démarrer la voiture ?

[Madeleine] Le train part à 19 h. On ne va pas attendre 2 h à la gare.

Merci, M. Dupré. Vous n'avez pas vu Mlle Léonce ?

Pas aujourd'hui.

[en slovaque]

[M. Dupré] Attendez,

laissez-moi vous aider.

[musique dramatique]

[bris de verre]

[musique dramatique]

[bruit étouffé]

[musique dramatique]

Ce voyage à Milan ne va pas être possible, poussin.

Vous êtes ruinée. Et croyez bien que je le regrette.

C'était votre plan, n'est-ce pas ?

Mon oncle a été votre complice pour m'inquiéter sur la crise.

Vous avez fait semblant d'être dépassé par la situation

pour m'inciter à tout vendre !

Vous ne m'avez pas fait confiance.

Vous avez fait monter les actions du pétrole roumain

pour acheter de l'irakien à bas prix. C'est ça, n'est-ce pas ?

Dites-moi, Gustave !

Vous avez investi personnellement dans le pétrole irakien ?

Absolument. Mais...

je vous en ai parlé et vous n'avez pas voulu m'écouter.

Vous me retrouverez sur votre route, Gustave.

Je vais utiliser les obligations de Paul dont j'assure la gestion...

[rire]

Des obligations...

Mais Paul n'a plus la moindre action, sachez-le.

Souvenez-vous, Madeleine,

je vous ai demandé avec insistance :

"Êtes-vous bien sûre de vouloir transférer tous vos avoirs ?"

"Sans exception."

Vous pouvez vendre l'hôtel Péricourt.

Vous en tirerez pas grand-chose, vu que vous êtes pressée.

Mais cela vous assurera une petite rente, à Paul et à vous.

Modeste, j'en conviens.

Ma fortune tout entière est passée dans vos mains.

Non, Madeleine.

Vous avez dilapidé votre fortune alors que je construisais la mienne.

[sanglots]

[gémissement]

[conversations indistinctes]

[musique dramatique]

Venez, madame Péricourt, ne restez pas là.

[musique dramatique]

Ce qui vous arrive est si injuste.

[soupir]

Je ne sais pas ce que je vais devenir, cher André.

Pauvre Paul.

Il ne nous reste plus que vous comme ami, cher André.

[musique triste]

[hurlements]

[Madeleine] Paul ! Paul !

- [hurlements] - Chut, Paul, Paul !

- [hurlements] - Chut, Paul, chut !

[sanglots]

Je suis là.

Chut.

Chut.

Paul.

Le jour de l'enterrement de Papy,

si je me suis jeté par la fenêtre, c'est...

[piaillements]

C'est parce que... [conversation indistincte]

[retentissement de pas]

[grincement de la porte]

[chant lyrique]

[André] Paul ?

[chant lyrique]

[Marcel] Alors, bonhomme ?

Tu as encore fait un cauchemar ?

[chant lyrique]

Paul ?

Paul ?

[chant lyrique]

- [en slovaque] - Oui, oui.

[Madeleine] J'ai rien vu, j'ai tout raté.

[sanglots]

Pardon.

Pardon.

[déménageur] Allez, les gars, oh !

Allez !

[conversations indistinctes]

[vrombissement du moteur]

[cris indistincts]

[conversations indistinctes]

[M. Dupré] Bonjour, madame Péricourt. Je vous rends l'uniforme.

Tenez, ce sont les clés de...

Vous avez retrouvé du travail ?

Vous inquiétez pas pour moi.

C'est pour vous que je suis navré.

Monsieur Dupré ?

Qu'est-ce que...

[gloussement]

Comment fait-on ?

Je veux dire...

dans la vraie vie.

On apprend vite.

- Au revoir, madame Péricourt. - Au revoir, monsieur Dupré.

[musique douce]

[tintement de cloches]

[enfant] Ils sont bons, mes marrons, ils sont bons !

Ils sont beaux et ils sont bons, les marrons de Léon.

[cris indistincts]

Qui veut les beaux marrons, qui veut ?

Pas cher !

[musique douce]

[en slovaque]

[musique douce]

[en slovaque]

[retentissement de pas]

Tout va bien, les enfants ?

[en slovaque]

[Madeleine] Bon, très bien.

- Tiens, ton Paris-Soir. - Merci, mon chéri.

Vladi, la toilette du jeune homme, puis à table.

[en slovaque]

Bonjour, Gustave.

Bonjour, mon oncle.

Et le bonjour aussi à vous...

...cher André.

Alors comme ça, la banque ne vous suffisait pas, Gustave.

Toujours plus.

[vrombissement du moteur]

- [conversations indistinctes] - [hennissement]

Taxi !

[vrombissement du moteur]

Monsieur Dupré ?

Madame Péricourt.

Ça alors ! Comme je suis heureuse de vous voir !

Montez, je vous en prie.

C'est amusant de vous rencontrer comme ça, monsieur Dupré.

Ces jours-ci, je pensais justement à vous.

Je cherche quelqu'un pour un travail...

Quel genre de travail ?

[briquet]

Euh... D'enquêtes...

sur des gens. Et je me demandais si...

Si j'étais un homme à faire ça ?

[ambiance du café]

Vous avez besoin d'une canaille et vous pensez que ça se recrute

chez les ouvriers, c'est ça ?

Mais pas du tout, monsieur Dupré.

Pour une fille de banquier, de l'ouvrier à la canaille,

doit pas y avoir bien loin, non ?

Je me suis trompée, monsieur Dupré.

Excusez-moi.

[bruit de bouche]

[ambiance du café]

Sur qui vous voulez enquêter ?

Un ancien banquier,

un député de l'Alliance démocratique et un journaliste célèbre.

Mon salaire sera de 1 000 F par mois, plus les frais.

- C'est énorme ! - Faites-le vous-même alors.

D'accord.

Pourquoi acceptez-vous ?

Parce que j'ai vu ce qu'ils vous ont fait.

À vous et au petit Paul.

[musique de suspense]

[choc du verre contre la table]

Hmm.

Une dernière chose,

madame Péricourt,

si vous voulez que ça se passe bien,

faudra cesser de me prendre pour un imbécile.

Faire mine de tomber sur mon taxi par hasard alors que vous attendez

depuis 20 minutes au coin de ma rue, vous appelez ça comment, vous ?

Et laissez, c'est pour moi.

[musique de suspense]

[crissement de pneus]

[musique de suspense]

[Charles] Vous le faites exprès !

Rentrez-moi ça tout de suite. Tout de suite !

[retentissement de pas]

[homme] Bonjour.

Le gouvernement, vos concurrents, la presse... Après votre annonce,

la moitié d'entre eux seront des envieux, l'autre des ennemis.

Dans trois mois, ils vous mangeront dans la main.

Trois mois ?

Mais hier, c'était un mois.

Le retard fait partie des projets ambitieux.

Mon journal vous soutient depuis trois ans.

Et j'ai besoin de votre soutien, pas de vos commentaires.

Messieurs, bonjour !

Vous connaissez mes filles, non ?

Elles raffolent de vos articles, hein ?

- [filles] Oui ! - Faudra venir dîner un soir.

- Certainement. - Allez, on y va.

[Charles] Ah, c'est notre heure, les filles !

C'est notre heure !

[rires]

[brouhaha]

[Gustave] Messieurs !

[claquement de mains]

Messieurs, s'il vous plaît !

Je sais que beaucoup ne sont là que pour le buffet.

[rires]

Alors, je vais tâcher d'être un peu court.

Après trois années

de travaux continus, trois années de recherches acharnées,

la compagnie aéronautique que j'ai l'honneur de diriger

est heureuse de vous annoncer, dans trois mois,

les essais d'un prototype de moteur

révolutionnaire.

Moteur destiné à équiper le premier avion

à réaction du monde.

- [exclamations] - Oui, mes amis,

il sera français.

[acclamations]

C'est un moteur d'avion

sans hélices

capable d'atteindre la vitesse du son.

Nous nous contenterons

de 700

à 800 km/h...

[rires]

...dans un premier temps.

C'était une plaisanterie. Trêve de théorie,

je pense qu'une image vaut bien mieux qu'un long discours.

[claquement de doigts]

[musique solennelle]

[étonnement du public]

[allumage des projecteurs]

[applaudissements]

[musique victorieuse]

[tous] Bravo !

Magnifique.

Bravo !

[musique sombre]

[Gustave] Non, non, s'il vous plaît !

Pas de photos, pas de photos.

[les applaudissements s'intensifient]

[tous] Bravo, bravo !

Bravo, Joubert, bravo.

Félicitations, monsieur Joubert.

Monsieur le ministre.

- Bravo, Joubert. - Oh !

Vous préférez l'industrie à la banque ?

Plus que jamais. Plus que jamais.

Pour une commande de l'État, il va nous falloir un essai.

- Et très concluant. - Oui.

Vous l'aurez, vous l'aurez.

Votre charmante épouse est pas là ?

Oh...

- Elle ne devrait pas tarder. - Très bien.

[gémissements]

J'ai joui. C'est pas Dieu possible.

Il est quelle heure ?

Non ! Tu l'as déjà vendue ?

Une montre à 1 000 F !

[roucoulement]

Tu sais que tu es un sacré voyou, toi ?

[aboiements]

Non.

Arrête.

Je suis déjà en retard, il va être furieux.

On s'en fout.

Dis pas ça, c'est lui qui paie.

[gloussements]

- Anatole, toujours au ministère ? - Oui, absolument.

- Vous connaissez mes filles ? - Non.

Venez manger un soir à la maison, mardi !

Trois mois, vous m'aviez pas dit ça !

Financièrement, je suis au bout du rouleau, moi.

Je vais vous rendre riche, soyez patient.

J'ai tout mis dans votre affaire.

Il faut des commandes, que l'argent rentre !

Je pense que j'ai compris, Charles.

C'est... c'est...

[musique sombre]

Tu aurais pu faire un effort pour arriver à l'heure.

J'ai déjà fait l'effort de venir.

Enfin un peu de grâce ! Madame Joubert.

- Toujours aussi ravissante. - Merci.

Monsieur le ministre, comment allez-vous ?

[chasse d'eau]

[musique mystérieuse]

[briquet]

- [choc contre les boules] - Et voilà le travail.

Quoi ?

Tu vas pas me chier une pendule à 13 coups.

[joueur] Oh !

[chant lyrique]

[chant lyrique]

[Paul] Ça ne va pas ?

[Martha] Vladi, voulez-vous aller nous chercher un verre d'eau ?

Non, ce n'est rien.

Tu vois ?

C'est déjà terminé.

Vous devriez vous reposer.

L'opéra de Berlin, mon chéri.

Le Troisième Reich m'invite à célébrer la musique allemande.

Un programme : Bach,

Beethoven, Brahms, Wagner !

Le chancelier Hitler, lui-même, sera là.

- Maman ! - Alors,

je vais leur offrir...

un récital historique.

Ce sera un grand moment, j'en suis certaine.

Ah là là, remuez

cette vieille carcasse.

Il serait temps...

qu'elle rejoigne la coulisse,

ta vieille Solange.

[les filles gloussent] Oh qu'il est beau, qu'il est beau !

[femme] Pour la dot, on avait bien dit 500 000 F, n'est-ce pas ?

[Charles] Tout à fait.

Je comprends l'embarras de votre Lucien,

je ne saurais pas laquelle choisir.

[gloussements]

[musique énigmatique]

[démarrage de l'ascenseur]

[grincement de l'ascenseur]

[bruit sec]

[musique énigmatique]

[bruit sourd]

[homme] Bon, hé, ça va !

- [femme] C'est parce que tu es bourré. - [homme] Non, je suis pas bourré.

[musique énigmatique]

[sonnette]

[en slovaque]

- [en slovaque] - Bonjour, Vladi.

[fermeture à clé de la porte]

Monsieur Dupré !

Paul, viens dire bonjour à M. Dupré.

- Bonjour, madame Péricourt. - Bonjour.

- Tu te souviens de M. Dupré ? - Bien sûr, bonjour.

Bonjour, Paul.

Je suis très heureux de vous revoir. Vous semblez en forme.

- Très en forme. - L'opéra.

Toujours admiratif de Mlle Gallinato ?

Elle va donner un récital à Berlin devant les dignitaires du Reich !

Wagner,

Schumann, Brahms !

[M. Dupré] Un récital à Berlin...

Diable.

[Paul] En présence du chancelier Hitler.

[en slovaque]

Monsieur Dupré ?

[en slovaque]

[cri de joie]

[Madeleine] Un 4e sans ascenseur, pas très pratique pour nous.

[M. Dupré] Je me doute.

M. Joubert est très nerveux.

[briquet]

Il a des difficultés.

L'explication sera un peu technique.

Je suis prête à tout.

Très bien.

Il a d'abord travaillé sur un compresseur radial, mauvais choix.

Il travaille maintenant sur un axial,

mais il a perdu un an avec cette fausse piste.

Ça a rendu ses partenaires très impatients

et le gouvernement sceptique.

Le temps joue contre lui.

Il a plus le droit à l'erreur.

Il faudrait pouvoir l'aider un peu, ce cher Gustave.

Absolument.

Quant à

André Delcourt,

il est très calme,

une vie rangée, travaille beaucoup, ne sort pas.

Il a un fouet chez lui.

Un objet colonial, exotique,

usagé, ça lui suffit.

Sa principale faiblesse est son engagement.

Il a entraîné son journal dans un soutien à Joubert.

Il a dû toucher de l'argent, mais ce sera difficile à démontrer.

En revanche,

du côté de Mme Joubert, nous avons ce qu'il nous faut.

[musique intrigante]

Oh !

[musique intrigante]

[rire]

Excellent ! Merci, monsieur Dupré.

[musique intrigante]

Madame Péricourt.

- Madeleine. - Alors, au revoir, Madeleine.

Au revoir, monsieur Dupré.

[musique mystérieuse]

Il y a une dame dans le salon. Elle n'a pas voulu dire son nom.

- Elle m'a demandé... - Oui, bon, ça va, je m'en occupe.

[Madeleine] Bonjour, Léonce.

Je me suis permis.

Gustave va rentrer et...

Non, il est en réunion aux ateliers,

il finira pas avant 5 ou 6 heures.

Venez vous installer près de moi, Léonce.

C'est joli, ce que vous avez fait.

Écoutez,

Madeleine.

[inspiration]

Je...

Je comprends qu'on aime les hommes...

[musique grave]

Mais de là à avoir deux maris...

Vous épousez Gustave alors que vous êtes déjà mariée à Robert Ferrand.

Vous êtes bigame, Léonce.

C'est un an de prison et 300 000 francs d'amende.

Non, pas la prison.

Je veux vous éviter de fuir.

Votre sac, s'il vous plaît.

S'il vous plaît.

Sans autre argent que celui que vous volez à Gustave,

vous n'iriez pas bien loin.

Très jolies, ces cartes de visite. Et je garde le passeport.

- Que voulez-vous ? - Vous serez mes yeux.

Je veux tout savoir de Joubert. Tout.

Avec qui il parle, avec qui il dîne, avec qui il signe des contrats.

Les cadeaux qu'il fait à ses clients,

ce qu'il distribue aux politiciens.

Les quotidiens dont il achète les journalistes, tout.

Ne triez pas, je m'en chargerai.

Si vous me cachez quoi que ce soit,

j'envoie vos deux actes de mariage chez le commissaire de police.

Ah oui, je vous embauche vous, mais aussi votre mari.

- Il n'a jamais travaillé. - Y a un début à tout,

j'en sais quelque chose.

Je veux qu'il se fasse embaucher aux Ateliers aéronautiques.

S'il n'y est pas arrivé dans une semaine,

je vous envoie en prison.

S'il n'a jamais travaillé,

il apprendra à fabriquer des espadrilles.

C'est Gustave qui a voulu.

C'est tout à fait lui.

[soupir]

[Léonce] Tu as aucune chance.

[Robert] Faut voir.

S'il recrute sur une épreuve de billard...

Là, tu as tes chances.

[Robert] Faut voir.

[soupir]

Mais qu'est-ce qu'on va devenir ?

Je te préviens, la prison, je supporterai pas.

Hé.

Oh, qu'est-ce que tu racontes ?

- On va trouver un moyen. - En une semaine ?

Qu'est-ce qu'il aime, ton deuxième mari ?

À part ma femme.

[soupir]

En dehors des avions et des voitures...

Eh bien.

C'est déjà ça.

[musique intrigante]

[Gustave] Le ministre m'a dit que sa femme t'avait invitée à déjeuner ?

[Léonce] Oh, c'est une andouille.

[Gustave] Oui, mais j'ai besoin de son mari.

[Léonce] Lui, c'est un con.

[Gustave] Écoute, Léonce.

- Je... - Arrête-toi, c'est ici !

Je vais acheter le chapeau, je reviens.

Oui.

[claquement de portière] [cliquetis du frein à main]

Une petite cigarette.

- Bonjour. - Bonjour.

- [Gustave] Vous avez des cigarettes ? - Oui, quoi ?

[Gustave] Euh...

- Oui. - Très bien.

[Robert] J'en ai rien à foutre de ta Blue Train Special, tu m'entends ?

Ta Bentley, je l'emmerde. Tu en fais ce que tu veux,

mais tu me rends mon pognon. C'est clair ?

- Je te donne deux semaines. - [Gustave] Non, non.

Excusez-moi, je me suis permis d'écouter votre conversation.

Vous parlez d'une Blue Train ?

Vous connaissez ? C'est rare.

- La Bentley ? - Oui.

Vous savez qu'il n'y en a que quatre dans le monde ?

Monsieur est connaisseur.

- Pourquoi, vous en vendez une ? - Euh... Enfin un ami, oui.

Je peux vous offrir quelque chose ?

- [Gustave] C'est une voiture mythique. - [Robert] Parfaitement.

[Gustave] Six cylindres en V !

147 chevaux ! Une bombe, monsieur. On fera jamais mieux.

- [Gustave] Oui. - Eh bien, qu'est-ce que tu fais ?

Ce monsieur va me vendre une Bentley.

Non, j'ai dit qu'il y avait déjà quelqu'un dessus.

On peut peser sur la décision, mais rien de certain.

Pardon, je ne vous ai pas présenté,

- mon épouse. Monsieur...? - Ferrand. Robert Ferrand.

Ferrand.

M. Ferrand est militaire. Démobilisé, il cherche du travail.

Je vais bien lui trouver quelque chose à l'atelier.

C'est pas de refus.

Très bien. On y va ?

J'arrive. Monsieur Ferrand,

nous allons nous revoir.

[musique énigmatique]

Ah !

[rire]

[homme] Robert.

- Tu peux me remplacer demain ? - C'est toutes les semaines.

- Ma femme accouche mardi. - Elle accouche tous les mois ?

Oh, hé, oh !

[homme] Bonjour, Louise.

[Louise] Ça va, Urbain ?

[Louise] Bonjour.

[Urbain] Bonjour, madame Louise.

[musique énigmatique]

Comment ça va, Louise ?

Ça va très bien, et toi ?

[hurlements]

- C'est le patron ? - Qui d'autre ?

[hurlements]

[Louise] Avant, il était déjà pas pratique,

mais là, il est franchement chiant.

[Louise] Ben...

- Robert ! - Je vous demande pardon, Louise.

Vous êtes si jolie.

[hurlements]

[grondement du turboréacteur]

Montez davantage.

[bruit de pression]

[le bruit du turboréacteur s'intensifie]

[clics]

Encore.

[grésillement du turboréacteur]

[bruit de pression]

[bruit du turboréacteur]

Montez encore.

[bruit sourd]

[Gustave] Faites ce que je vous dis.

Allez.

[bruit de pression]

[le réacteur commence à surchauffer]

[bruit sourd]

[bruit du réacteur qui s'éteint]

Au feu !

[cris indistincts]

Sabotage.

Sabotage.

Dépêche !

Patron, pour la Blue Train Special...

Foutez-moi la paix !

[retentissement de pas]

[Madeleine] Voilà un début assez prometteur.

Espérons que Ferrand soit aussi efficace en vigile qu'en chômeur.

- Bonne journée, Madeleine. - Bonne journée.

Ah !

J'allais oublier, j'ai quelque chose pour Paul.

[Madeleine] Merci, monsieur Dupré.

C'est très gentil.

Ça concerne l'opéra ?

En quelque sorte.

[musique rythmée]

À mardi alors ?

[musique rythmée]

[roucoulements]

[aboiements]

[musique mystérieuse]

[claquement]

[musique mystérieuse]

[claquement du fouet]

[musique mystérieuse]

[chant lyrique]

♪ Toute la vie ♪

[soupir]

[froissement de journaux]

[Paul] Monsieur Dupré m'a donné ces articles, regardez.

Mais enfin, Solange !

"Journée de boycottage des commerçants juifs."

"Hitler instaure contre les Juifs une lutte sans merci."

"Autodafé géant : 20 000 livres anti-allemands ont été brûlés."

- Mon chéri, il faut que tu saches... - Non, tenez.

Arnold Gassner...

[Solange] Lui, je le connais.

Excellent compositeur.

Justement !

"Limogé de son poste

"au Conservatoire pour avoir refusé de composer l'hymne nazi."

[inspiration]

Il y a des choses que tu peux pas comprendre, mon chéri.

Fais confiance à ta vieille Solange.

Je t'assure que ce récital

va être un grand moment pour le Troisième Reich.

Et pour ma carrière,

le plus grand peut-être.

[froissement de journaux]

Tout va bien. Ils vont

m'accueillir comme une reine.

[retentissement de pas]

[musique calme]

Je ne peux pas dire le programme que je prépare pour ce récital.

C'est une surprise.

Mais ça va être...

Oh, mon Dieu.

[Martha] Je suis navrée, madame, mais il va falloir y aller.

[musique calme]

[baiser]

[retentissement de pas]

[en slovaque]

[Paul] Tais-toi, Vladi !

[musique dramatique]

Chère Solange,

ce que vous faites pour M. Hitler

n'est pas compatible avec l'amour que je vous porte.

[Charles] Je suis au sein d'un gouvernement

et on entend dire certaines choses.

Trois semaines de retard pour un colis perdu !

Quand il contient des pièces sur mesure, oui.

C'est le temps nécessaire.

Comment peut-on perdre un colis si précieux ?

On ne le perd pas, on le vole.

Vous avez intérêt

à ce qu'on l'apprenne pas. Déjà un an de perdu avec le compresseur...

[Gustave] Radial.

C'est un compresseur radial.

[claquement de porte]

[musique de suspense]

- [bonne] Mais enfin, monsieur ! - [André] Ça va, je connais le chemin !

[cris indistincts]

[claquement de la porte]

[grincement de la porte]

[conversation indistincte]

[André] Au journal, personne croyait à votre projet.

- Je vous soutiens à bout de bras. - À bout de bras ?

La Une de ce soir :

"Les Ateliers aéronautiques promettent un triomphe

"industriel et patriotique." Mon soutien est pas spectaculaire ?

- Écoutez... - [André] De quoi je vais avoir l'air ?

Mais de ce que vous êtes, mon vieux.

Un petit journaliste merdeux

que l'on paie pour offrir des publicités dans son journal.

[Charles] Moi, c'est l'inverse. Je paie vos frasques.

Comment je vais faire pour réunir la dot de mes filles ?

J'ai tout mis dans votre affaire.

Je joue ma carrière. Votre naufrage sera le mien.

Vous commencez à m'emmerder, tous les deux.

[musique grave]

Vous,

vous voulez que je rende public le prix de votre soutien ?

Hm ?

Vous voulez qu'on continue ?

Ou vous voulez tout perdre maintenant ?

[musique grave]

[Gustave] Voilà ce qu'on va faire.

On va faire fonctionner cette merveille.

Comme ça, ça remettra toutes les pendules à l'heure.

J'ai besoin de trois semaines.

Ce jour-là, si vous ratez votre coup,

vos ateliers ferment...

- et je perds tout ce que j'ai. - Et moi, je suis discrédité.

Je dis quoi à ma rédaction ?

Trois semaines, trois petites semaines.

[musique intrigante]

C'est nouveau, ça ?

C'est M. Joubert qui a la clé.

Maintenant, c'est lui qui ouvre et qui ferme.

Il est pas croyable.

[sonnette]

[Paul] Chère Solange, ce qui me fait de la peine...

[en slovaque]

[Paul] ...ce n'est pas que vous chantiez à Berlin.

C'est de vous voir aussi enthousiaste pour ces gens.

[claquement de porte]

[Solange] Ça ne va pas se passer comme ça, mon chéri.

C'est moi qui te le dis.

[musique triste]

Bon, je crois que maintenant, Paul sait à quoi s'en tenir.

[gémissements]

Vladi, voulez-vous me donner un verre d'eau, je vous prie ?

[bruit de verre]

[musique triste]

Ce que j'avais soif !

Bon, je vous laisse. À bientôt.

[Madeleine] Au revoir, So...

Bonne journée.

[musique mystérieuse]

[fermeture de portière]

[bruit de la circulation]

Cet atelier aéronautique,

madame Joubert, quelle ambitieuse entreprise !

- Durement éprouvée, je crois. - Justement,

c'est la raison de ma venue.

Je vois.

Au cas où les choses tourneraient au désavantage de votre mari,

il ne souhaite pas

- que l'État... - Tout à fait.

J'ai lu que votre établissement...

...propose des comptes individuels parfaitement discrets.

[léger rire]

En fait, nous avons un système

tout à fait nouveau. De notre invention.

Le compte numéroté.

Nous ouvrons des comptes sans identité.

Juste un numéro,

qui ne conduit nulle part.

[stupéfaction]

Il faut pourtant que vous sachiez à qui correspond

tel ou tel numéro de compte.

Ce carnet

est le seul document de rapprochement.

Il est soit au coffre, soit sur moi.

Le secret est absolu.

Il n'y a pas trois personnes capables de rapprocher

les numéros de nos comptes de l'identité de nos clients.

Mon mari va être très impressionné.

Il va peut-être devoir prendre des dispositions rapidement.

Et il s'agirait de...?

Au début, 800 000 francs.

Oh ! Je suis déçu en bien.

[vacarme]

[André] Comprenez, je risque ma carrière ce soir.

Moi, je joue l'avenir de mes filles !

Les derniers essais étaient impressionnants.

Mais après ces déboires, je n'ose pas y croire.

Mais si, ça va marcher ! Ça a déjà marché deux fois !

Pourquoi ça marcherait pas maintenant ?

Enfin, ça...

[Gustave] On est en retard !

Vous savez qu'on est en retard, alors travaillez !

Qu'est-ce que vous faites ? Regardez-vous ! Vous bavassez !

Vous ne faites rien, vous êtes des fainéants !

Bons à rien ! Il faut travailler !

[cris au loin]

[musique de suspense]

[pas dans l'escalier]

- Salut. - Salut.

[raclement de gorge]

[chasse d'eau]

Le patron est en panne de cigarettes.

Tiens, dépêche-toi.

Oh non.

Le tabac est à deux bornes !

Raison de plus pour te grouiller.

Ça fait quatre bornes aller-retour !

[André] Enfin, Gustave,

comprenez mon inquiétude.

Si y a quelqu'un de bien placé pour être inquiet, c'est moi.

Vous n'avez pas d'enfant, vous.

- Qu'est-ce que vous faites ? - Pardon.

Qu'est-ce que vous faisiez ?

- C'est pour la photo, ça m'embête. - Quoi, la photo ?

Les reporters vont voir le prototype partir comme une fusée,

et se précipiter pour le photographier, non ?

- Oui, et alors ? - Je me dis...

Cette bête-là, ce prototype, on devrait briquer la carrosserie.

La faire briller, ressortir,

sinon ils verront des traces d'huile sur la carlingue.

[claquement de doigts] [sifflement]

- Il est où, l'agent d'entretien ? - On le cherche.

Trouvez-le !

[musique grave]

Quoi ?

- Allez. - Non, mais je sais pas faire...

[musique grave]

[raclement de gorge]

[musique grave]

[brouhaha]

- [Gustave] Vous ne serez pas déçus. - Bonjour.

Bonjour.

- Bonjour. - Bonjour.

[raclement de gorge]

[Gustave] Messieurs.

Aujourd'hui,

je voudrais...

vous démontrer...

l'extraordinaire puissance...

de ce turboréacteur,

des usines Joubert.

Alors nous allons vous faire une petite démonstration.

Et ensuite,

mon équipe et moi-même seront à votre disposition pour répondre

à d'éventuelles questions.

Voilà.

[démarrage du moteur]

[vrombissement du moteur]

[allumage du chalumeau]

[allumage du réacteur]

[le bruit s'intensifie]

[bruits sourds] [cliquetis des chaînes]

[le bruit du réacteur s'atténue]

[cris d'étonnement]

[applaudissements]

Bravo !

[tous] Bravo !

[applaudissements et acclamations]

[homme] Félicitations !

Hmm.

[Gustave] Messieurs...

[chuintement du turboréacteur]

[implosion] [débris du réacteur]

[bruit sec]

[cris d'étonnement]

[acouphènes]

[tous] Monsieur Joubert, que s'est-il passé ?

[tumulte] [flashs des appareils photo]

C'est pas vrai.

[journaliste] Est-ce un échec pour votre maison ?

[flash d'appareil photo]

[bruit de sabots et de talons]

[passante] Daniel, maman était très ennuyée que vous soyez pas là dimanche.

[passant] Je vous en prie, Marie-Françoise...

[musique douce]

[nouement de gorge]

[musique douce]

[cri de douleur]

- Mademoiselle. - [coup sec]

[musique d'intrigue]

[vrombissement du moteur]

[ambiance de bar]

Il me faut un double de ceci.

8 000 francs.

Pour quelques pages ?

[faussaire] Ce carnet doit avoir 3 ou 4 ans.

L'homme qui l'a tenu a écrit avec différentes plumes,

différentes encres.

Il faudra en trouver d'équivalentes,

et simuler les différents moments où il a été... utilisé

et qui influent

sur la calligraphie.

Ça vaut 8 000 francs.

Sans compter que vous allez me demander de modifier des lignes.

Je me trompe ?

Seulement trois lignes à ajouter

vers le début du carnet.

6 000 francs.

6 000, d'accord.

Vous pouvez le réaliser pour quand ?

- Deux mois. - Je suppose que,

pour dans 10 jours, ce sera 8 000.

Absolument.

[musique sombre]

3 000 francs d'acompte, rien de plus.

Messieurs-dames.

[chant d'oiseaux]

[Madeleine] Vous ai-je suffisamment remercié ?

Tout à fait.

Rassurez-vous.

[briquet]

[bruit de chevaux]

[ouverture de porte]

[musique intrigante]

[bris de porcelaine]

[bris de la lampe] [bruit sourd]

[bris de verre]

[musique intrigante]

[serveur] Si vous voulez bien me suivre.

[enfant] Je vais manger tous les macarons.

[jeune femme] Tu veux qu'on parie ?

[jeune femme] Enfin, Lili, lui dis pas ça.

[ambiance du restaurant]

[enfant] Oui, chef.

Parfait.

Restez cachée quelques jours.

Votre nom va circuler, vous ne seriez pas en sécurité.

[commissaire] Y avait personne dans la maison ?

[Gustave] Non. C'est le jour du personnel.

Ça tombait mal, dites donc. Et y a beaucoup d'argent ?

Très peu, très peu.

Non, ce qui est important, ce sont...

ce sont les plans de mes recherches.

Ça, ça a beaucoup de valeur.

- Et Mme Joubert ? - Elle n'était pas là.

Elle va arriver.

- Et vous dites que la clé était...? - Dans cette boîte à cigares.

[commissaire] C'est curieux de faire des éraflures pareilles,

quand on ouvre un coffre avec la clé.

Vous trouvez pas ?

Ça donne presque l'impression qu'elles ont été faites

intentionnellement, pour simuler un cambriolage.

[léger rire]

Vous m'accusez ?

Vous accuser ?

Vous n'y pensez pas.

Mais voyez-vous, quand on s'attaque à une maison pareille,

et qu'on a la chance que tout le monde soit sorti,

on ramène des caisses...

on gare un camion pour emporter tout ce qui a de la valeur.

[ricanement]

Un cambrioleur arrive de l'extérieur.

Quand il casse une vitre, les morceaux sont à l'intérieur.

Ici, c'est le contraire.

Très étrange.

Bon...

On va faire un rapport.

Messieurs.

[retentissement de pas]

[en slovaque]

Non, Vladi, il va pas avec celui-là.

Je t'ai dit "chronologiquement".

[chuchotements]

Désolée, les enfants, je suis en retard mais ça valait la peine.

Paul, je me suis demandé...

Non, tu vas trouver ça pénible.

- Quoi, maman ? - Non, c'est rien,

une idée que j'avais, mais je veux pas t'embêter avec ça.

Maman !

[musique gaie]

Ça vous plairait d'aller écouter Solange à Berlin ?

Je me suis débrouillée.

[rire]

J'aurais juste un petit service à te demander.

Tout ce que tu veux, maman.

Il doit bien y avoir un moyen...

Non, y a pas moyen.

Non, les Ateliers sont fermés,

tout le monde rentre à la niche.

C'est clair ?

Comment c'est possible ?

Mais regardez autour de vous.

Sabotage. Nous sommes victimes d'un complot.

Un complot ? Mais de qui ?

Nos concurrents, les Allemands, le gouvernement... Y a le choix.

Mais je saurai qui est derrière tout ça, je vous le garantis.

Je suis...

Ben, je...

je suis ruiné.

C'est ça, oui.

[Gustave] Imbécile.

Je suis ruiné, André.

Ruiné...

On m'a retiré ma chronique.

Je dois quitter le journal.

[ouverture de porte]

[musique intrigante]

[voyageur] Pardon.

[annonce de gare] [brouhaha]

[musique intrigante]

[contrôleur] Montez.

[sifflement du train]

[démarrage du train]

[musique intrigante]

Soyez prudente.

[ambiance du wagon]

[serveur] Le porto pour le jeune homme.

Chameau.

[en allemand] Contrôle des douanes. Vos papiers.

[en slovaque et en allemand] Tenez.

[en allemand] Vous êtes polonaise ?

[en allemand] Non, je suis slovaque.

[en allemand] Mais j'ai de bons amis allemands.

[en slovaque]

[en allemand] Ja, ja. Je ne parle pas tchécoslovaque.

[musique inquiétante]

- [en allemand] Merci. - [en allemand] Je vous en prie.

[en allemand] Bon voyage.

Madame "Jouberte" ?

Joubert.

- [en allemand] Bon voyage. - Merci.

[musique intrigante]

[bourdonnement du moteur]

[musique intrigante]

[bruit de la circulation]

[musique intrigante]

[ouverture de la porte]

[brouhaha]

[musique intrigante]

Alors, c'est la faillite ?

Mon mari a résisté comme il pouvait mais que voulez-vous...

Justement. Que voulez-vous ?

Le projet est très avancé.

Mon mari répugne à voir le fruit de son travail jeté à la poubelle.

Il souhaite que sa recherche soit poursuivie.

Dans l'intérêt de la communauté scientifique, bien sûr.

Les essais n'ont pas été très concluants.

Au contraire, major.

Il avait deux hypothèses.

Grâce à cet échec, on sait quoi faire.

Alors, pourquoi ne pas poursuivre ?

Le Français est d'un tempérament pressé. Personne ne veut patienter.

[musique sombre]

Puis, je vous l'avoue, mon mari est très déçu par son propre pays.

- Ce sont...? - Oui.

Ce sont.

Et votre mari reste

dans cette opération parfaitement désintéressé ?

Absolument, major.

Le travail intellectuel est pas une vulgaire marchandise.

Votre mari envisage de faire profiter gracieusement la science

des résultats de sa recherche ?

Tout à fait, major.

Hormis quelques frais secondaires, bien entendu.

Mon mari les estime à 600 000 francs suisses.

Je lui ai dit : "Gustave, ce n'est pas raisonnable."

"Tu as eu beaucoup de frais, mais on va croire que tu es intéressé."

L'argument a porté, major,

il a refait ses comptes, j'avais raison.

500 000 francs suisses, seulement.

- C'est cher. - Absolument, major.

Ce que coûte la recherche, c'est effarant.

Dites-moi, major,

vous-même, la glorieuse aviation du Reich,

où en êtes-vous question turboréacteur ?

Ce sont des extraits.

Des dessins, des plans, les résultats de quelques tests...

Et 4 pages du dernier rapport

avec les préconisations.

[musique sombre]

[major] Hmm.

[musique sombre]

Je repars demain.

Alors, je vous donnerai réponse demain.

Merci, major.

[musique sombre]

[conversations indistinctes]

[brouhaha]

[mouvement de la foule]

[le brouhaha s'atténue]

[spectateurs] Chut.

- Sieg... - [tous] Heil !

- Sieg... - [tous] Heil !

- Sieg... - [tous] Heil !

- [Hitler] Sieg... - [tous] Heil !

[mouvement de la foule]

[applaudissements]

[Richard Wagner : "La Chevauchée des Walkyries"]

[Paul] Monsieur Gassner, c'est à vous.

[piano]

[Verdi : "Va, pensiero"]

[en allemand] C'est très beau, vous ne trouvez pas ?

[en allemand] Beau ?

Le chant des esclaves juifs de Babylone, beau ?

Si vous êtes du côté des Juifs, n'hésitez pas, applaudissez.

[Verdi : "Va, pensiero"]

[brouhaha]

[Verdi : "Va, pensiero"]

[piano]

[musique triste]

[en allemand] Emmenez-la !

[musique triste]

[major] J'ai une mauvaise nouvelle pour vous.

Mes supérieurs estiment le montant des frais excessif.

Je suis au regret.

Je suis bien déçue, moi aussi, major.

Mais je comprends.

Mon mari a toujours pensé qu'il fallait s'adresser aux Italiens.

- Les Italiens n'ont pas d'argent. - Évidemment.

Mais mon mari est ainsi. Quand il a une idée...

Personne n'a d'argent en Europe.

Mais on trouve toujours le moyen de payer ce qu'on a envie d'acheter.

Selon lui, M. Mussolini n'a pas vocation

à être le faire-valoir de M. Hitler.

Moi, major, je ne vous le cache pas,

tout cela me dépasse un peu.

Comme je l'ai dit,

mes supérieurs n'y sont pas très favorables,

mais ils m'abandonnent la décision.

Et si nous tombions d'accord sur les frais ?

Comment souhaiteriez-vous qu'ils soient réglés à votre mari ?

La moitié en espèces,

en reichsmarks, ce serait parfait.

En reichsmarks ?

Pour le solde,

voici les coordonnées bancaires.

Il faudrait que les fonds proviennent de l'étranger,

et que ça apparaisse comme le règlement d'une commande.

[en allemand] Mademoiselle Gallinato,

nous vous mettons dans le train pour Paris.

Sachez-le, à partir de maintenant,

vous êtes interdite de séjour en Allemagne.

[annonce de gare] [brouhaha]

[musique triste]

[Vladi parle en allemand]

[musique triste]

[musique intrigante]

[en allemand] Cette salope !

- [en allemand] Vous en êtes certain ? - [en allemand] Absolument.

[en allemand] Ces documents concernent une recherche abandonnée,

et non l'actuelle.

Mme Joubert nous a donné des documents inutilisables.

- [en allemand] Je vais m'occuper d'elle. - [en allemand] J'arrête le train.

[en allemand] Non, non, non !

Restons discrets.

Le train ne s'arrête pas entre Berlin et la frontière.

Nous pourrons la cueillir là.

Donnez son signalement au poste-frontière.

Et une voiture, vite !

[musique intrigante]

[en allemand] Vite !

[vrombissement du moteur]

[musique intrigante]

[cri en allemand]

[musique intrigante]

[ouverture de la portière]

[musique intrigante]

[en allemand] Major, nous sommes bloqués !

[marmonnements en allemand]

[en allemand] Dégagez-moi ça ! Immédiatement !

[grossièretés en allemand]

[freinage du train]

[musique intrigante]

[cris en allemand au loin]

[en allemand] Stop, vos papiers !

[en allemand] Halte.

[en allemand] Regarde-moi.

[en allemand] Blonde... Dégage !

[cris en allemand]

[brouhaha]

[ouverture de porte]

[en allemand] Vos papiers !

[souffle du train]

[cris en allemand]

[musique intrigante]

[en allemand]

[cris en allemand]

Madame Madeleine Péricourt ?

[cris en allemand]

[cris en allemand]

[cris en allemand]

[briquet]

Bonsoir, monsieur Dupré.

Vous avez fait bon voyage ?

Excellent, monsieur Dupré, merci.

Vous êtes allé folâtrer dans la paille, monsieur Dupré ?

Les charmes de la campagne.

[musique intrigante]

[Solange] "Bouquets des premiers jours

"Lilas des Flandres

"Douceur de l'ombre

"Et vous

"Bouquets de la retraite

"Roses tendres

[musique triste]

"Couleur de l'incendie

"Au loin"

[musique triste]

[moteur de la voiture] [aboiements]

[tintement de cloches]

[Madeleine] Monsieur Dupré ?

[M. Dupré] Hmm ?

Je voulais vous demander...

Je vous écoute.

Vous ne voudriez pas venir vous coucher sur moi ?

Avec grand plaisir, Madeleine.

Bonj...

[musique douce]

...jour.

Asseyez...

C'est pour... placer de l'argent.

Oui.

[musique douce]

Euh... oui.

Une... une fortune personnelle, peut-être, madame...?

Ferrand.

- Ferrand... - On pourrait faire

ce dépôt...

par exemple, mardi ?

Mardi...

Oui, c'est... c'est très bien, c'est parfait.

[ouverture de la porte]

Oh...

Avant de partir...

- Pourriez-vous m'indiquer...? - Bien sûr.

C'est la dernière porte sur la gauche.

[musique d'intrigue]

Monsieur Renaud !

Quoi ?

[musique d'intrigue]

[ouverture de porte]

Enfin, c'est absurde, messieurs.

Que voulez-vous ?

Le juge a reçu une lettre, il est obligé de vérifier.

Il paraît que votre banque aide des Français à frauder le fisc

en déposant leur argent chez vous, en Suisse.

[musique grave]

Et c'est interdit.

Mais que cherchez-vous, exactement ?

Vous disposeriez d'un registre

avec la liste des contribuables

et les sommes qu'ils vous auraient versées.

C'est absurde.

C'était dans les toilettes,

caché derrière la chasse d'eau.

C'est à vous ?

Ça y ressemble, mais...

C'est impossible, on me l'a volé.

Fichtre, il y a du beau monde, là-dedans.

Et de belles sommes.

C'est rigoureusement impossible.

Attendez.

Les toilettes...

c'est elle !

C'est elle ! C'est...

C'est la grue !

C'est la... c'est la grue !

Elle m'a... elle m'a... C'est la grue !

C'est elle, c'est la...

Bon, bon. Le mieux,

c'est d'expliquer tout ça au juge.

[ambiance du restaurant]

[Madeleine] Hmm.

Vous me semblez inquiet, cher André.

Les choses vont bien pour vous à Paris-Soir ?

Oui, oui.

Oui, ça va, je vous remercie.

C'est sûrement que j'ai une migraine.

Oh.

Alors buvez un peu de ce bon vin, ça vous fera du bien.

- Je vais pas rester longtemps. - Je comprends.

[musique grave]

On mange un plat et vous filez.

Place au cochon !

[déverrouillage de la serrure]

[interrupteur]

[musique grave]

J'ai insisté pour vous voir, cher André, parce que...

maintenant que Paul va mieux...

Maintenant qu'il va tout à fait bien,

il est temps de vous remercier.

Me remercier ? Mais de quoi, Madeleine ?

Je sais tout ce que vous avez été pour mon fils, André,

tout ce que vous avez fait pour lui.

Et je peux vous assurer...

que de tels bienfaits ne se perdent jamais.

Vous êtes un peu patraque, André ?

[musique dramatique]

Reposez-vous.

[bruit de la circulation]

[musique grave]

[cliquetis d'une machine à écrire]

[coups contre la porte]

Messieurs.

C'est une perquisition.

Vous plaisantez ?

J'en ai l'air ?

- Messieurs. - Mais enfin...

[musique grave]

J'exige une explication.

Le juge dispose d'un carnet contenant

l'identité de nombreuses personnes

détenant des comptes en Suisse

pour échapper à l'impôt français.

Qu'ai-je à voir avec ça ?

Votre nom y figure, M. Delcourt, pour une somme

de 400 000 francs.

[rire]

- J'ai jamais eu une telle somme. - C'est ce qui inquiète le juge.

[policier] Commissaire !

Y a quelque chose là-dessous.

[musique grave]

[commissaire] Des reichsmarks ?

- Mais non ! - Et beaucoup.

Vous allez devoir nous accompagner.

Non, non, non !

Non, me touchez pas, non, non !

Non !

Non, lâchez-moi !

Arrêtez, vous me faites mal !

[musique grave]

[enclenchement de l'ascenseur]

Oui, alors, quoi ?

[commissaire] Bonjour, monsieur Joubert.

Mais je vous en prie.

- Installez-vous. - Merci.

Pouvez-vous nous dire où est votre épouse, je vous prie ?

Mon épouse ?

[rire]

[toux]

Excusez-moi.

Ça fait plusieurs jours que je n'ai pas de nouvelles de mon épouse.

Vu que je suis ruiné,

je serais pas surpris de plus revoir mon épouse.

Eh bien, monsieur Joubert, elle est en Allemagne.

Elle s'est rendue au ministère de l'Air allemand, à Berlin,

où elle a rencontré à deux reprises un certain major Dietrich.

- C'est impossible. - C'est certain.

Depuis ce rendez-vous, elle a complètement disparu.

Votre femme s'est volatilisée, monsieur Joubert.

Non, c'est absurde.

Pas tant que ça.

Notre service de contre-espionnage nous affirme que vos recherches

ont été vues dans les bureaux du ministère allemand.

De là à penser qu'elle vous attend

avec le fruit de la vente en Allemagne,

il n'y a qu'un pas.

[musique grave]

Vous ne pouvez rien prouver.

[reniflement]

Comment expliquez-vous le virement de 200 000 francs suisses

sur le compte de votre entreprise

émanant d'une société allemande ?

C'est un complot, c'est un complot.

Ça,

c'est la justice qui décidera.

[ambiance du restaurant]

Merci.

Vous êtes libre, Léonce.

Je suis libre de quoi, Madeleine ?

Il y a là 20 000 francs qui vous permettront de voir venir.

[musique douce]

[léger rire]

[ambiance du restaurant]

[léger rire]

Madeleine...

Paul vous a beaucoup aimée, Léonce.

Moi-même...

[soupir]

Allons, nous n'allons pas devenir sentimentales, n'est-ce pas ?

Vous allez refaire votre vie.

[musique douce]

Ne vous faites pas trop de reproches, Léonce.

D'abord, c'est trop tard.

Puis, vous pouviez peut-être pas faire autrement.

[musique d'intrigue]

Prenez soin de vous, Léonce.

Merci.

[bruit de la circulation]

[musique d'intrigue]

[crissement des pneus]

[musique d'intrigue]

[piano]

[Solange] Mon chéri,

tout ce que j'ai aimé est ici.

Il n'y manquait que toi.

Alors, voilà,

maintenant, tout ceci t'appartient.

Quand tu les auras regardées,

jette-moi toutes ces vieilleries, hein ?

Ne te laisse pas atteindre par les regrets.

Regarde-moi,

grâce à toi,

je n'en ai aucun.

Pense à moi de temps en temps,

mais d'abord,

sois heureux.

Tu as été la lumière de ma vie.

Je t'aime, mon petit Paul.

[chant de Solange]

♪ Vous avez été ♪

♪ ma lumière ♪

♪ Vous m'avez aimée tout entière ♪

♪ Puisque notre vie est un mystère ♪

♪ Faisons de notre amour un secret ♪

♪ Mon cœur s'est donné sans retour ♪

♪ Il est tout à vous pour toujours ♪

[piano]

Monsieur Dupré,

vous voulez bien rester encore un peu avec moi ?

Avec plaisir,

Madeleine.

Avec plaisir.

[musique douce]

♪ Puisque notre vie ♪

♪ est un mystère ♪

♪ Faisons de notre amour un secret ♪

♪ Notre amour est notre secret ♪

♪ Ma vie est à vous à jamais ♪

♪ Mais ceci est notre secret ♪

♪ Notre secret ♪

[musique intrigante]

[musique douce]

Sous-titrage : EVA France ST'501

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