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Original subtitles

Transcription: Elisabeth Buffard

Ce matin, quand je me suis réveillé, la première chose que j’ai fait,

comme d’habitude, c’est regarder mon téléphone.

Dans mon fil d’actualités, j’avais une suggestion d’article qui me disait

que cet été, la mode serait au T-shirt brodé.

Alors, je me suis levé content, je savais ce que je porterais aujourd’hui.

Il a fallu que j’attende un peu, que je prenne mon café du matin,

pour me rendre compte de ce que je venais de faire.

Je venais de laisser à mon téléphone

le soin de choisir la tenue que je porterai aujourd’hui.

Je me suis vu un peu comme dans ce dessin animé de Pixar,

Wall-E, où les humains, complètement asservis par leur technologie,

changent la couleur de leur combinaison parce qu’un ordinateur dicte

que la tendance est au bleu plutôt qu’au rouge aujourd’hui.

Et là, plein d’images ont commencé à tournoyer dans ma tête.

Des images d’un futur peut-être pas si lointain,

dans lequel la technologie déciderait non seulement de ce que je porte,

mais peut-être aussi de nos lois

ou des opportunités qui s’offrent à moi dans ma vie.

Projetons-nous un peu dans un monde à La Bienvenue à Gattaca,

ce film où, parce qu’un ordinateur a prédit que le personnage principal

serait susceptible de développer des maladies pendant sa vie,

alors un pan entier de carrière professionnelle

lui serait fermé pour toujours.

Projetons-nous un peu dans un monde à la 1984 de George Orwell

ou des Temps Modernes de Chaplin,

où des machines nous surveilleraient en permanence

et nous enverraient des rappels à l’ordre

si notre comportement ne suivait pas une norme préétablie.

Le futur que je vous décris vous effraie ?

Ou est-ce qu’au contraire vous vous dites que je suis un peu alarmiste,

que je décris de la pure fiction qui n’arrivera jamais ?

Pourtant, dans de nombreux domaines,

nous avons déjà sacrifié, au profit de la machine, une part de nos décisions.

Mais avant d’y revenir, demandons-nous plutôt comment,

comment une machine peut-elle apprendre à faire

quelque chose qui nous prend à nous, humains, des années à maîtriser ?

Comment peut-elle prédire les tendances de la mode

ou battre un maître aux échecs ?

Eh bien, cette machine, appelons-la intelligence artificielle ou IA,

et c’est un programme informatique

que je vous propose de voir comme une fusée.

Alors cette fusée en elle-même, elle ne sert à rien

si on ne fixe pas d’objectif :

aller sur la Lune, aller en orbite autour de Saturne.

Et cet objectif, dans le monde de l’intelligence artificielle,

c’est la tâche que l’on cherche à rendre automatique.

Est-ce que je vais vouloir

prédire la susceptibilité de développer une maladie

ou trouver mon chemin dans la rue ?

Soyons déjà d’accord sur un point :

il n’existe pas aujourd’hui de fusée magique

qui atteindrait tous les objectifs.

Autrement dit, pour des finalités différentes,

l’intelligence artificielle que nous créerons sera différente.

Nous sommes bien loin encore de la versatilité que nous seuls, humains,

pouvons faire preuve.

Mais avoir une fusée bien conçue est une chose.

Pour qu’elle atteigne son objectif, il lui faut également du carburant.

Et ce carburant dans le monde de l’intelligence artificielle,

ce sont les données.

Les données lui servent d’exemples sur la manière d’atteindre l’objectif

dans un cas précis.

Je pourrai ainsi expliquer à mon téléphone

le chemin que j’ai suivi ce matin pour aller chez mon boulanger

et il pourra réutiliser cette information

pour savoir comment me guider d’un point A à un point B.

Pour peu qu’elle ait suffisamment de données,

l’intelligence artificielle saura atteindre l’objectif

dans une grande variété de situations.

C’est sur ce principe que l’intelligence artificielle

nous permet de rendre plus simples et plus automatiques

une grande variété de tâches rébarbatives de notre quotidien.

C'est ce qui a fait la clé de son succès.

Pensons-y un instant.

C’est indéniablement un succès retentissant.

Qui parmi vous, ne dégaine pas spontanément son smartphone

lorsqu’il s’agit de se repérer dans la rue ?

Qui parmi vous cherche encore ses prochains vêtements,

son prochain logement ou ce qu’il va manger ce soir

sans passer par des moteurs de recommandation ou de recherche

qui prémâcheront le travail ?

Et ça va encore plus loin,

parce que l’IA, c’est du confort et de la sécurité gagnés au quotidien.

Parmi vous, je sais que vous êtes de plus en plus nombreux

à demander à la maison, à votre assistant vocal,

d’allumer la lumière du salon, de passer la musique

ou tout simplement de vous rappeler que vous avez rendez-vous

chez le médecin demain matin.

Mais pensons-y un peu.

Le temps et le confort gagnés en rendant automatique ces tâches,

ne l’avons-nous pas payé au prix d’un peu de notre libre arbitre ?

Ne sommes-nous pas devenus un peu paresseux

et n’aurions-nous pas perdu un peu de notre intelligence

en la sacrifiant au profit de la machine ?

Beaucoup d’entre vous sont suffisamment âgés

pour avoir vécu le développement de l’intelligence artificielle

et sa croissance, jusqu’à prendre une part si importante

dans nos vies de tous les jours.

Nous avons tous encore en tête des mémoires d’un temps

où nous étions plus jeunes, moins dépendants de la technologie,

moins connectés, nous pourrons toujours nous y référer.

Qu’en sera-t-il pour nos enfants ?

Eux naissent et grandissent dans un monde déjà largement dominé par la technologie.

Il leur sera d'autant plus difficile d'imaginer vivre autrement.

Pour eux et pour nous tous,

nous comprenons que savoir où je place le curseur entre le confort et la sécurité

gagnés grâce à l’intelligence artificielle

et la part de libre arbitre que je lui sacrifie, est très complexe.

Alors face à cette complexité et ce risque pour notre humanité,

devrions-nous dire stop ?

Stop, on arrête de développer l’IA, on ne fait plus rien, on s’arrête là.

Est-ce qu’on y perdrait quelque chose ?

Dans de nombreux domaines, l’IA est déjà bien régulée

et elle permet d’assister l’humain

sans pour autant remplacer son expertise ou ses valeurs.

Dans le domaine de la santé, certaines technologies peuvent,

sur la base d’une image IRM, d’une image radio, d’un scanner,

guider le médecin vers un diagnostic plus précis, et ce au bénéfice du patient.

Pensez-vous que de telles technologies peuvent voir le jour

si seuls des experts de l’intelligence artificielle

œuvrent à les développer ?

Non.

Pour que ce système puisse fonctionner et rester utile et respectueux de tous,

ces experts travaillent avec des experts de l’imagerie médicale, des médecins,

des patients.

Et c’est ensemble, entre personnes directement concernées

par ces technologies et leur utilisation

que nous pouvons garantir de concevoir cette IA utile pour tous.

C'est donc ensemble que nous devons définir les règles du jeu de l'IA.

Il ne s’agit pas simplement de poser des limites à l’IA

et lui interdire certains champs d’application,

mais plus simplement que chacun se sente légitime,

quelles que soient ses compétences,

pour dire ce pour quoi il a besoin de l’IA dans sa vie.

Alors ce que je suis en train de dire

peut vous paraître simple quand on a un diplôme en informatique

et que ces système nous sont très familiers.

Cela voudrait dire que nous devrions exclure du débat

toutes les personnes sans diplôme ?

Devrions-nous exclure nos enfants ?

Les personnes qui ne parlent pas notre langue

ou qui partagent une culture différente de la nôtre ?

Comment les impliquer ?

Eh bien, revenons à cette définition de l’IA,

ce programme informatique qui cherche à atteindre un objectif

grâce à des données.

Alors, certes, nous n’avons pas tous les compétences

pour contribuer à développer ce programme informatique.

Mais la finalité pour laquelle nous développons l’IA

et les données que nous lui confions,

ce sont également bien des humains qui l’ont définie.

Et pour cela, nous sommes tous légitimes.

Ce n’est pas au gouvernement ou aux grandes entreprises

de décider pour nous quelles seront les finalités

pour lesquelles nous voulons voir l’IA développée.

Afin d’éviter les risques de dérives,

cette volonté doit venir d’un engagement citoyen de chacun de nous.

Certains définissent aujourd’hui l’IA comme la nouvelle électricité,

cette énergie qui décuplerait nos capacités

lorsqu’elle aura alimenté tous les pans de notre vie quotidienne.

Et quand on voit les enjeux stratégiques

dont fait l’objet l’approvisionnement en énergie,

on comprend aujourd’hui à quel point nous en sommes dépendants.

Et on comprend qu’il est essentiel de lancer dès à présent

ce débat sur la place qu’aura l’IA dans notre société.

Pour le confort et la sécurité qu’elle apporte,

nous devons nous assurer de déployer l’IA partout où elle est nécessaire,

mais pour les risques qu’elle pose, garantissons aussi de la déployer

seulement là où c’est nécessaire.

Et si nous voulons y parvenir, l'IA doit devenir notre bien commun à tous.

Ce que je vous propose ici,

c’est finalement de partir pour une quête de cohérence,

de cohérence dans la relation que nous entretenons

avec cette technologie déjà si importante dans notre vie

et dont l’importance est encore amenée à grandir.

Mais si nous sommes convaincus du devoir d’agir, comment le faire concrètement ?

Alors nous avons parlé plus tôt de lois, de normes pour mieux encadrer l’IA.

Et c'est un début.

Mais pour que cet objectif soit pérennisé, assurons-nous aussi d’éduquer à l’IA

le plus grand nombre et surtout nos enfants.

Montrons-leur les opportunités qu’offre l’IA

mais également les risques qu’elle pose pour notre humanité.

Nous avons également intérêt, tous, gouvernements, grandes entreprises,

individus, à rester transparents sur la finalité

pour laquelle nous déployons l’IA.

Et nous devons aussi rendre accessible à tous, sans prérequis de connaissance,

la contribution à chacune des étapes

de la conception de l’intelligence artificielle,

depuis l’idée initiale

jusqu’à sa diffusion dans notre vie quotidienne.

Créons des espaces de partage, des moments de partage

pour échanger ensemble sur la construction de cette IA

Je rêve de cafés IA ou de hubs IA,

où chacun pourrait venir avec ses compétences,

ses connaissances ou bien simplement ses idées et ses besoins,

pour échanger ensemble

et construire une solution qui soit vraiment en cohérence

avec les besoins que nous avons réellement.

C’est seulement tous ensemble,

entre personnes de valeurs et compétences diverses,

et pas seulement entre experts,

que nous créerons une intelligence artificielle

qui soit véritablement au service de l’humain et pas l’inverse.

Alors, puisque nous sommes tous concernés par cet enjeu,

soyons-en tous acteurs.

Merci.

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