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Zulu
���
Miaulement
���
On frappe.
- Monsieur le directeur ? - Oui, faites entrer.
- Monsieur.
- Asseyez-vous, madame... Borel ?
- C'est �a, monsieur le directeur.
- Vous habitez le d�partement du Loiret ?
- Nous, on dit la Sologne.
- Merci d'avoir fait le voyage. - Je ne suis pas venue expr�s.
Je devais voir mon fr�re, � Courbevoie.
- Je voulais vous voir parce que nos orphelins sont pris en charge
par la nation, surtout les orphelins de guerre.
Mais �a ne peut plus durer.
Nous devons les placer dans des familles.
Vous comprenez ?
- Oui, monsieur le directeur.
- Et il vaut mieux que les enfants aient d�j�
un lien avec leur nouveau foyer.
Dans le dossier
du jeune Caradec, Paul,
je n'ai trouv� que votre nom.
Vous connaissiez le p�re, je crois.
- Le p�re, non.
La m�re, oui.
- Et � quel titre, si ce n'est pas indiscret ?
- Eh bien... elle �tait de chez moi.
De mon village.
- Vous avez connu l'enfant ?
- Non.
Je l'ai m�me jamais vu.
Sa pauvre m�re �tant morte en couches...
- Ah oui.
Bon. Je ne vais pas tourner autour du pot.
Vous prendriez ce gar�on chez vous ?
- Vous voulez dire... l'adopter ?
- Pas de pr�cipitation. Il faudrait voir
si vous vous entendez.
- Monsieur le directeur, �a... �a va pas �tre possible.
- Pourtant, vous avez l'habitude. - Oui,
mais...
cet enfant-l�, c'est pas possible. Je peux pas le prendre.
- Bon.
J'insiste pas.
Puisque vous �tes l�, vous voulez le voir ?
- Je...
- �a suffit !
Brouhaha
Stop !
���
On arr�te !
- Allez chercher Caradec. - Oui, monsieur.
Caradec !
- Il y a une maman qui vient te chercher.
Caradec, fais pas ta poule mouill�e.
- �a suffit.
Am�ne-toi par l�.
- Alors, Caradec ?
Tu veux passer la nuit au trou ?
Madame voulait te conna�tre.
Qu'est-ce qu'elle va penser de toi ?
- Je m'en fiche.
- Va te recoucher.
C'est pas leur faute, � ces petits.
� force d'�tre derri�re des murs, ils en ont aussi dans la t�te.
C'est pour �a que c'est important de les placer en famille. Mais bon...
Babillements
���
- Tu veux du chocolat ?
- Non, merci.
Sifflet de locomotive
���
- Tu veux pas parler ? - Non.
- Pardon ?
- Non, madame. J'ai pas envie de parler.
- S'il te pla�t, ne me donne pas du "madame".
Je suis C�lestine.
Maman C�lestine.
- J'appelle personne "maman".
- Je l'ai pour les vacances. C'est le fils
du neveu de ma cousine. - Bon. Il y a du travail au manoir.
Il faut tout ranger. - On a cass�
la lampe de la chambre bleue.
- Ne vous souciez pas. Je m'en chargerai.
- Ho ! On ne touche pas. Hein ?
Je file. On nous attend � Paris avant ce soir.
- Lui, c'est pas le comte. C'est son fils.
Son fils �go�ste.
- Pourquoi vous avez dit que j'�tais le fils de... ?
- Parce que j'ai pas le droit de loger n'importe qui chez moi.
- Un mensonge, quoi.
- Qu'il te faudra r�p�ter, si on te pose des questions.
Puis arr�te avec ton "vous". Je suis pas comtesse, moi.
Chant du coq et aboiements
Voil� chez nous.
���
Je vais me changer.
Il va pas te manger. Ce serait plut�t le contraire.
- Comment il s'appelle ? - Euh...
Il s'appelle Jeannot.
Allez !
Rire
- Le renard
qui bouffait nos poules.
- C'est bien. T'as fini par l'avoir.
- C'est donc �a, ton dr�le ?
- Le dr�le, il s'appelle Paul.
Mon mari. Borel.
- Ah...
- Borel.
- Ma parole, c'est le bagne ici ou quoi ?
- C'est quoi ? - Du lapin. Tu le reconnais pas ?
C'est Jeannot.
- C'est d�gueulasse.
- Je t'expliquerai.
Paul.
C'�tait la chambre de tous mes enfants.
- Vos enfants ?
- Oh, arr�te avec ton "vous".
Ils �taient pas vraiment � moi. Dieu a pas voulu que je sois maman,
alors je me suis occup�e des enfants des autres.
C'est eux qui m'ont appel�e "maman C�lestine".
- Des orphelins ? - Non.
Parfois, les familles, elles peuvent pas s'en occuper.
- Ils avaient qu'� les coller � l'Assistance.
- On y met les enfants abandonn�s, qui n'ont pas de famille.
Il y a pas de honte � �tre orphelin.
Ton papa, c'�tait un petit gars de l'Assistance.
Tu savais pas ?
- Comment vous le savez ? - Ben...
On a d� me le dire.
- C�lestine !
- J'arrive ! Il se couche avec les poules.
- Avec les poules ?
- Allez, au plume.
C'est pour dire qu'il se couche t�t.
Enfin, quand il fait pas sa ronde en for�t.
- La nuit ?
- Tu sais, il se passe de dr�les de choses dans la for�t, par ici.
Allez, dors bien.
Elle soupire. Eh ben...
- Vous allez fermer
� cl� ?
- Essaye : "Tu vas fermer � cl� ?"
Il soupire. - Tu vas la fermer ?
- Pourquoi je ferais �a ?
- Je pourrais m'�chapper.
- Pour s'�chapper, il faut �tre enferm�. Et ici, tu l'es pas.
Et la nuit, en for�t,
tu reviendrais en courant.
Dors bien.
- Allez. Barrez-vous, les mecs.
Allez. Allez ! Vous voulez rester en taule ou quoi ?
Vous �tes trop cons.
- Tu causes aux lapins, maintenant ?
Ferme �a. Viens m'aider � nourrir les chiens.
- J'aime pas les chiens.
- Gna, gna, gna...
T'as peur ? Il fallait pas venir en Sologne.
- On m'a oblig�.
- Ah oui ? Maintenant que t'es l�, au boulot.
Chant du coq
Caqu�tements
���
- Vous pouvez arr�ter des gens ?
- Affirmatif. Garde-chasse, c'est gendarme de la for�t.
- Il y a des voleurs dans la for�t ? - Un braco, �a s'appelle.
- "Braco" ? - Oui, enfin, braconnier.
Parasite. Voleur de gibier, de poissons,
de champignons, de bois... Tout.
Ici, il y en a un : Totoche. Le pire de tous.
- Il a fait quoi ? - Demande plut�t ce qu'il a pas fait.
On va le poisser la main dans le sac.
Direct, retour en prison. Au bagne, m�me.
Aboiements
Serr�s, serr�s.
Serr�s, serr�s, serr�s.
Ho !
Serr�s, serr�s, serr�s !
Voil�, serr�s. Vol-au-vent, ho !
Grognement
Rentre donc, toi.
Ils vont pas te becter. T'es pas du gibier.
Allez.
Cet empot� !
Sors de l� !
Aboiements
Hop. H�, h�.
- Vite, il faut que j'y aille. J'ai mon service � prendre au manoir.
Bon.
- Je viens avec vous. - Ah non.
Le comte n'aime pas les enfants. S'il arrive, tu te sauves. D'accord ?
- Je fais quoi, tout seul ? - Ce que tu veux.
Mais pas de b�tises.
- Je peux aller me promener ? - �videmment.
Gazouillis
���
Grognements
Gazouillis
���
Cris d'oiseau
���
- C'est qui, Totoche ?
- Qui t'a parl� de lui ? - C'est ton mari, Borel.
Il a m�me dit qu'il voulait l'envoyer au bagne.
- Ces deux-l�... Ils sont comme chien et chat.
C'est pas le mauvais bougre, Totoche.
C'est juste qu'il est... Comment dire ?
Libre. Voil�.
Mais vraiment libre. Tout le contraire de Borel,
qui marche droit, droit, droit.
- Il para�t que c'est un braconnier.
- En Sologne, tout le monde l'est. C'est tol�r�.
Il faut am�liorer l'ordinaire. La terre est pauvre.
Pour te dire comme Totoche est libre...
C'est sa maison, l�-bas.
- Il y a pas de maison. - Si, le bateau.
Dans le renfoncement, pr�s des arbres.
Tu vois ?
- L� ? - Oui.
Grognement
Jappement
Aboiement
- Gar�on ! Gar�on !
- Il faut y aller. - Je sais pas nager, moi !
Avec le courant, elle va se prendre dans les branches !
Non, Gar�on !
Oh, nom de Dieu !
G�missements
- Allez.
- Attrape !
���
���
Allez, viens.
Viens. Viens.
Viens, ma fifille, viens.
Oh l� l�.
Oh l� l�, ma fille...
Tintement
Pas lourds
���
O� c'est que t'as appris � nager, toi ?
- � l'orphelinat. C'�tait soit cat�chisme,
soit piscine. - Ah...
- Pourquoi vous l'appelez "Gar�on", votre chienne ?
Apprenez-moi � p�cher. - J'ai pas que �a � faire.
- Et si je vous apprenais quelque chose ?
� nager, par exemple.
- �coute. C'est tr�s gentil
d'avoir sauv� Gar�on.
Mais les gamins, j'en veux pas. Surtout pas un parigot.
Allez, file.
Gar�on.
Allez, viens.
- Tu vas o� ? - Me poster aux grands ch�nes.
Avec le vent du nord, les faisans s'y perchent par grappes.
Mais je suis pas le seul � le savoir. Cette pleine lune,
il va vouloir en profiter, le lascar.
Et l�...
Crac ! Je te le prends en flagrant d�lit,
et en taule, le Totoche.
- C'est pour quoi faire ?
- Ben... pour le faire s�cher, tiens.
- La nuit ?
- Bon, �coute.
Regarde.
Je t'ai retrouv� des lingeailles.
Comme �a, tu pourras te fagoter.
Et voil�.
Cris d'animaux
���
Rires
���
- �a va ?
�a a pas l'air d'aller.
- Il perd rien pour attendre.
- Se mettre dans cet �tat pour quelques lapins...
- "Quelques lapins" ?
"Quelques lapins"...
- Mange ta tartine, toi.
Grognements
���
- Encore toi ? Fous-moi le camp.
C'est Borel qui t'envoie pour m'espionner ?
- Non, je vous jure... - Ha !
On doit jamais jurer.
Allez, oust ! Du vent !
- Je veux venir avec vous. - Ben, je veux pas.
Grognement
Gar�on !
Viens l�.
- Borel a pass� la nuit dehors
pour vous remettre en taule.
Je sais o� vous �tiez et avec qui.
Alors si vous m'emmenez pas...
- �coute, salopiaud. Si je me fais gauler,
je me trancherai la gourgne pour pas �tre enferm�.
- Moi aussi, j'�tais en taule. - Ha ! Cette bonne blague.
- L'orphelinat, �a s'appelle.
- Je veux pas t'entendre.
Cris d'oiseaux
���
Aboiements
- Ouais. Bien, mon Gar�on. Allez.
Mais non.
- C'est �a, braconner ? - "Braconner"...
Qu'est-ce que tu parles, hein ?
Il est � qui, le gibier ?
Un jour sur un domaine, le lendemain sur un autre.
(-C'est quoi ?)
(-Je t'avais pas dit "silence" ?)
(-Ben oui, mais l�...)
- Tu vois ces 2 petits doigts
en arri�re des pinces, hein ?
Ben, �a te donne le poids du bestiau.
10 kilos
par centim�tre.
L�, on a quoi ? 12 centim�tres ?
C'est un m�le. 3, 4 ans. 120 kilos, quoi.
- C'est un m�le de quoi ? - Ben, un cochon.
Un sanglier, comme disent les petits gars des villes.
- Comment vous savez que c'est un m�le ?
- Bon.
Regarde.
- Merci.
- Tu bouges pas.
Tu bouges pas d'un poil de millim�tre.
Ne bouge pas.
100 sous, qu'il en donne, le pharmacien.
Pour me graisser le gosier. Donne-moi le sac. Allez.
Ouais...
Jappements
Aboiement
Allez, viens. Vite.
D�p�che.
Hennissement
Aboiement
Grognements
- Totoche !
Montre-toi, Totoche ! Je sais que t'es l� !
- Borel, vous en faites, un raffut.
- C'est... - J'esp�rais voir des cerfs.
- Monsieur le comte, c'est un de ses collets.
Il faut que vous portiez plainte. - Il me faut des preuves.
Vous n'en avez pas.
Qui nous dit que c'est Totoche ? Et des lapins,
il y en a tant sur le domaine.
- Pour les limiter, il faut poser du grillage.
- Non. �a, jamais.
Ni mur, ni grillage. Une for�t n'est pas une prison.
Et puis cessez de crier comme un enrag� dans mes bois.
- Tiens. Continue � marcher sur le sec, l�.
Fais attention de pas laisser d'empreintes.
Gar�on.
Allez.
Jappement
���
Aboiement
C'est mon attrape-couillon.
T'as compris ?
Rire
- S'il lance les chiens, on est foutus.
- Penses-tu, va.
Ils sont cr�anc�s sur le cerf.
- "Cranciers" ?
- Cr�anc�s. Ils ont plus que �a dans la truffe, dans le ciboulot.
Le cerf, le cerf, le cerf.
Allez.
- Borel est cr�anc� sur vous ? - Pas b�te, �a.
Il va encore se faire avoir, le gard�illon.
- Dis donc, Lucien. C'est du faisan ?
- Ben, pour s�r.
- Pourtant, la chasse est pas encore ouverte.
Tu sais ce que tu risques, si on te verbalise ?
- Rien. Ils viennent de la ferme de mon cousin.
C'est �lev� au bon grain, messieurs.
- Du bon grain dur comme du plomb.
- Salut, Lucien.
On le tient. - Qui ?
- Totoche, pardi. Ces 2 collets, c'est sign�.
Sans compter les traces qui vont nous mener � lui.
- Tu dis toujours �a et puis... - Non, non.
Avec ce sol humide, impossible de perdre sa piste.
On le tient, l�. On le tient.
Je comprends pas.
Je comprends pas dans quel sens il va.
- On peut rien faire, tant qu'on a pas
un flagrant d�lit.
Je dirais m�me un d�lit flagrant.
- Flagrant.
- L�, l�...
L�. Hop, comme �a.
Et l�...
Et...
- Des chasseurs l'ont tu� ? - Mais non.
Chaque hiver, les bois tombent.
Mais non.
Les bois du cerf. Et au printemps, �a repousse.
Un sacr� bon surandouiller.
- Un quoi ?
- Andouiller, surandouiller, trochure, la fourche avec 2 �pois.
C'est un dix cors.
Sifflement
V'l� le D�d� avec sa b�rouette.
Chant d'oiseau
(T'entends quoi, l� ?)
���
(Hein ?)
(-Des oiseaux.)
(-Pas des oiseaux, nom d'une pipe en bois.)
(Un oiseau. La fauvette.)
(-Et l� ?)
(Hein ?)
(-L�, j'entends plus rien.) (-Oui, c'est normal.)
(La fauvette, on l'appelle "la sentinelle de la for�t".)
(Elle donne l'alerte en cas de danger.)
(-Oh, la pauvre...)
- C'est bien.
Laisse-le.
C'est bien.
- La pauvre b�te.
- Ben non. C'est la vie.
- La vie, c'est pas la mort. - Ben si, justement.
Pour que le renard vive, le faisan doit mourir.
Pour que le faisan vive, les insectes doivent mourir.
Pour que les insectes vivent, les plantes doivent mourir.
C'est �a, la nature : vie, mort, vie.
Cris d'oiseau
���
Aboiements
Ronflements
���
���
���
���
���
- Ma b�rouette...
Ma b�rouette.
Oh, nom di diou !
- On dira qu'un p�cheur t'a donn� ces �crevisses.
- Pourquoi ? - Ben... Il est pas idiot,
Borel.
Il sait que tu les aurais pas trouv�es tout seul.
Si je te laisse aller en for�t, c'est parce qu'il t'accompagne.
Et c'est notre petit secret.
Si Borel l'apprenait, s�r que tu pourrais plus y aller.
Tu l'aimes bien, Totoche ?
- Toi aussi, hein ?
- Ben... mis � part Borel, tout le monde l'aime bien, Totoche.
- Mais toi plus que les autres ? - Tu me saboules
avec tes questions.
- C'est qui, au-dessus de Borel ?
- C'est mon petit fr�re, Guirec. Le jour o� il est parti sur le front.
- Il est revenu ? - Oh oui. Dieu merci.
- Mon p�re est pas revenu.
Quand on est mort, on va o� ?
- Ben, au ciel, bien s�r.
- Pourquoi on enterre les morts ?
- C'est comme les vivants. Ils ont besoin d'une maison.
Alors la tombe, c'est la maison des morts.
Leur nom est grav� dessus. On peut aller se recueillir en pensant � eux.
- Mon p�re est dans un cimeti�re militaire.
Je suis jamais all� le voir.
Ma m�re, je sais pas o� est sa tombe.
Tintement
- Ben... Que fais-tu ici, toi ? Qui es-tu ?
R�ponds !
- Tu remercieras ton mari pour ce beau capucin.
- C'est pas Borel qui me l'a apport�.
- Il �tait... � la chasse ?
- Et qui va � la chasse...
- Qui est ce gar�on qui tra�ne ?
- �a doit �tre le petit Parisien. Il ne vous d�rangera plus.
- Il a un nom, ce muet ?
- Paul. Paul Lacassagne. C'est le fils du neveu de ma cousine.
- Bon.
- Il est o�, ce gamin ?
- D'o� tu sors � cette heure ?
Ton p�re t'a pas appris la politesse ?
- Il est mort � la guerre. Laissez-moi tranquille.
- Qu'est-ce que tu dis ? - Arr�tez !
Arr�te ! L�che-le.
Et toi, tu dois pas te promener au manoir.
File dans ta chambre. �a t'apprendra � ob�ir.
- Si �a le d�frise, il a qu'� retourner � Paris.
Claquement de porte
Son p�re est mort � la guerre ?
- Ben oui, le pauvre.
- Tu m'as pas dit qu'il avait �t� r�form�,
Lacassagne ?
- Ah oui ?
Mais non, tu confonds avec le cousin de mon neveu.
Celui-l�, le... C'est le gamin du neveu de ma cousine.
Alors c'est pas...
Bon. Allez.
- Qui vous a appris ? - Appris quoi ?
- La p�che, les plantes, les animaux...
- J'ai appris tout seul, � force de regarder.
Quand j'avais ton �ge, on �tait 10 � la maison.
Le p�re m'a dit : "Trop de bouches � nourrir. Je t'ai plac�
"comme gar�on vacher."
- Cow-boy.
En Am�rique, on dit "cow-boy".
- Moi, je dis comme je dis.
Alors j'ai pris mon balluchon, puis...
Dans cette ferme, je m'occupais du troupeau.
Le jour, j'�tais au pr�.
Le soir, d�s la brunante, j'�tais � l'�table.
Je litais dans la paille. J'�tais heureux.
Il y avait personne pour m'emmerder.
- Vos parents devaient
�tre tristes. - Pff ! Penses-tu.
Je suis rentr� chez nous qu'au bout d'un an.
Ils s'en foutaient. Ils m'ont m�me pas dit bonjour.
Alors j'ai dit : "Bon.
"Salut, la compagnie." Et je suis retourn� � l'aventure.
Puis tu vois, ben... j'y suis toujours.
- Vous avez pas eu
de parents, quoi.
- Ben, par le fait, non.
- On est pareils.
- �a emp�che pas de pousser, tu verras.
Le seigneur de la Loire. Magnifique saumon.
Tu le vois ? - Oui.
On va le p�cher ?
- On va essayer de le p�cher, parce que...
le poisson, o� il est, pour le gauler...
On va l'attaquer du plus loin possible.
Toi, tu restes l�. Tu me fais des signes.
Je compte sur toi.
Il faut surtout pas qu'elle drague, l�.
- Il y est ! Il y est !
- Allez.
Oh, bordel � cul. Il est mal accroch�
sur le bord de la gueule.
Allez !
Et bien en dessous, hein.
On aura pas d'autre chance. Regarde comme il se bat, ce con.
- Bordel � cul !
- Tiens.
Je te fais chevalier
dans l'ordre des p�cheurs � la mouche.
Aboiements
���
Voil�. Et la touche finale.
Un bon petit beurre blanc.
Attends, attends.
Voil�.
Du romarin...
- C�lestine r�cite toujours une pri�re avant qu'on mange.
- Grenouille de b�nitier.
- C'est quoi ?
- Un enfant de ch�ur qui s'enfile le vin de messe.
- La messe, � l'orphelinat,
je voulais pas y aller. - T'as bien raison.
Puis nous, tu sais,
on pr�f�re le vin d'ici � l'au-del�.
T'as compris ?
- Ben oui, hein.
Bon.
- Elle va venir, C�lestine ? - Non. Pourquoi ?
- Le torchon.
- Quel torchon ?
- Celui qu'elle accroche � sa fen�tre.
- Dis donc, toi.
Il me faut un signal. Sinon le Borel, il va me poigner.
Et attention.
Motus. Motus.
- Oui.
Et alors ?
- Si Borel est en for�t, je vais pas poser mes collets.
La bonne blague.
- Donc vous allez ailleurs ?
- Bon. Alors, comment il est,
ce saumon � la Totoche ? - Bon.
Aboiement
Hennissement
- Il manquait plus que ceux-l�.
- C'est un cirque ?
- C'est pas un cirque, non. �a va �tre le bazar.
Je me demande pourquoi le comte tol�re ces tra�niers.
Ils chapardent, carottent,
grappillent tout ce qu'ils trouvent. Les champignons, le gibier,
le poisson.
- Ah.
Comme les braconniers, alors ?
- Attrape la bouteille.
La boutanche � ta vip�re. Tu te souviens ?
Je t'en sers un coup.
C'est du bon.
C'est pas de la bibine � cureton.
Allez.
Maintenant qu'on a trinqu�, tu me dis "tu".
- C'est cinq � six personnes
Qui rentrent de Paris
- D'o� �a sort, �a ?
- Je l'ai trouv� par terre.
- B�nissez-nous,
Seigneur. B�nissez ce repas
et procurez du pain � ceux qui n'en ont pas.
Paul pouffe.
- Un peu de respect pour la religion !
- Je suis pas une grenouille de b�nitier.
- Je vais lui en coller une. - Arr�tez vos chamailleries.
Regardez ce que je vous ai mitonn� : tripes et pieds de cochon.
- T'as pas oubli� les oreilles ?
- La voil�, ton oreille.
- T'en veux ?
Non ?
T'as tort. C'est le meilleur.
Quelle chochotte, celui-l�.
- Je vais vous prendre un brochet. Celui-ci.
- Mon p�re veut acheter 2 poulets. Je vais les ramener.
- Un autre.
- Je vais vous prendre celle-l�.
- Jolis balais en bremaille. On en profite !
Deux pour le prix d'un.
D�p�che-toi.
- Je te paye plus tard.
Merci.
- Madame Borel ! Un bon balai.
- Mets-le-toi o� je pense.
- C'est � moi que tu dis �a ? - Oui.
Soiffard, sac � vin.
Je t'ai confi� le gosse pour autre chose.
Je suis responsable de lui. - D'o� il sort ?
- C'est le fils du neveu...
- �a passe pas avec moi.
- Viens.
- Alors, Totoche ? On commerce honn�tement ?
- Pour vous servir. Un beau balai pour Madame ?
Non ?
- Je sais pas quoi lui dire, � ce gosse.
- C'est pas tes oignons. - C'est pas mes oignons ?
Facile � dire !
Croassement
- �a t'apprendra � m'espionner.
Allez, Tito, laisse-le.
Tu t'appelles comment ?
- Paul. Et toi ?
- On m'appelle Bella.
Tu tombes bien, on va danser pour le comte. Viens.
- Comment tu vas ?
- Bien. - Heureux de te voir.
- Moi aussi, Joseph.
Musique gitane
���
Chant du coq
Brame
���
Aboiement
- Totoche ! Totoche !
J'ai vu un cerf, un g�ant ! Il avait 16 cors au moins.
J'en suis s�r.
J'ai compt� comme tu m'as dit.
- T'avais lichetronn� ou quoi ?
C'te bonne blague. File-moi des chatouilles.
Aboiement
Jour de chance. Exactement ce qu'il me fallait
pour l'auberge de Grandbois.
Totoche ricane.
Bien.
Tu peux faire les lignes qui restent ?
- Oui. - Oui ?
Je t'en donne encore deux � poser. Tu me surveilles les autres.
Je te pr�te mon couteau.
Fais gaffe
que personne te voie.
Chants d'oiseaux
���
- Halte l� !
Au nom de la loi, jette ton arme.
L�ve tes mains.
Flagrant d�lit de braconnage.
Article 132. �a va t'emmener loin, mon gars.
Le tribunal et tout ce qui s'ensuit.
- Vous me renvoyez
� l'orphelinat ? - � la vraie prison.
� moins que tu avoues qui t'a entra�n� ici.
- Personne.
- Ah oui ?
Il est � qui, ce couteau ?
- � moi. - Te fous pas de ma gueule !
En plus d'�tre braco, tu serais un bonimenteur ?
Tu crois que le juge va te croire ? - Le juge ?
- Marche devant.
- Mais...
- Je te ram�ne ton malfaisant.
- Qu'est-ce qu'il a fait ?
- Il te le dira, s'il a encore sa dignit�.
Je veux plus le voir tra�ner en for�t.
� partir de maintenant,
il reste avec toi.
- Le comte... - Je veux pas le savoir !
Tu t'en occupes, sinon je le remets dans le 1er train pour Paris.
- Qu'est-ce que tu as fait ?
Aboiements
- Ce coup-ci, t'es fait comme un rat.
Le gamin, il a parl�.
- Mais quel gamin ? - Prends-moi pour une buse.
Je vais te refoutre en prison.
Il a balanc� tes trafics, tes collets...
Pi�ce � conviction, �a.
- Pourquoi t'es pas venu me coxer avec les pandores ?
C'est la proc�dure, non ?
- Je fais ce que je veux. Me donne pas d'ordres.
C'est quoi ?
- �a, c'est... C'est une lampe, on dirait.
- Pour braconner
la nuit ?
- Mais non, monsieur Borel. �a, c'est une lampe de marine.
C'est pour naviguer sur la Loire par temps de brouillard.
- Il est � moi, ce gamin. T'entends ?
Alors tu le vois plus.
Sinon...
- Elle monte dr�lement bien, la fille du comte.
- Qu'est-ce que tu racontes ? La fille du comte est morte.
- Ah bon ? T'es s�re ? - Mais oui.
Si tu vois le comte, tu lui parles jamais de sa fille. Jamais.
�a lui ferait trop d'�motion. T'as compris ?
Bon.
Sonnerie d'horloge
���
- Alors ?
Eh ben, je te fais peur ?
- Oui, monsieur, un peu.
- Tu regardes les troph�es ?
- Le douze cors, l�, avec le surandouiller bien noir.
- Douze cors ? Surandouiller ? Qui t'a enseign� cela ?
- C'est Borel, monsieur.
- � ton �ge, je n'en savais pas tant.
Celui-ci est effectivement un bon douze cors.
�a, il nous en a fait voir.
On l'a perdu lorsqu'il a �t� tap� au change.
- �a veut dire quoi, "tap� au change" ?
- Une ruse du cerf. Il tente d'�garer la meute
en allant taper dans d'autres animaux pour que les chiens perdent sa trace.
On a r�ussi � d�m�ler tout �a.
- Paul, viens ici.
- Laissez, C�lestine. Il ne me d�range pas.
�a t'int�resse tant que �a, la chasse, les animaux ?
- Les animaux, oui.
- Tiens, viens. Je vais te montrer quelque chose.
- Pourquoi ils sont tous habill�s en beau comme �a ?
- Pour chasser le cerf, on s'habille en beau.
C'est la tradition.
- Pourquoi on n'utilise pas un fusil ?
- Un animal comme lui
se sert toujours � l'arme blanche, pas autrement.
Tiens.
Le quinze cors. Le plus beau m�le jamais pris sur le domaine.
- Il y en a pas de plus grand ?
- Ah...
On le dit. Il y aurait un g�ant.
- Un g�ant ? - Oui.
Il porterait 17, m�me 18 cors.
Un noble et grand voyageur
qui viendrait s'aventurer jusque sur nos terres.
Mais �a doit �tre une l�gende. Personne ne l'a jamais vraiment vu.
- Vous avez parl� de quoi ?
- Ben, de la chasse, des cerfs.
Je veux voir Totoche. - Borel veut pas. Tu sais bien.
- On serait pas oblig�s de lui dire.
- Avec l'�cole, t'auras plus le temps de le voir.
- L'�cole ?
- Tu croyais qu'elles allaient durer jusqu'� No�l, les vacances ?
- �a veut dire que tu vas me garder chez toi ?
Brouhaha
���
- Les enfants. Madeleine, Hermine, on se retourne.
Alors... Asseyez-vous.
Les enfants... Silence, les deux pipelettes au 1er rang.
Les enfants, je vous pr�sente Paul Lacassagne.
Votre camarade arrive de Paris.
Silence !
Paul, tu vas prendre
la place de Michel. Michel, tu vas � c�t� d'Olivier.
J'esp�re
que vous avez pass� de bonnes vacances.
On va prendre une feuille...
Aboiements
G�missements
- Allez, gar�on, viens. Viens.
- "Heureux qui,
"comme Ulysse,
"a fait un beau voyage.
"Heureux qui, comme...
"Ulysse... Ulysse,
"a fait un beau voyage.
"Ou comme cestuy-l�...
"cestuy-l�,
"qui conquit...
"la toison."
Aboiement
���
- Ah. Alors, l'ami, tout va comme vous voulez ?
- Oh, �a va, monsieur le comte. Merci.
- La braconne est bonne ?
- C'est plus ce que c'�tait.
- Ah oui. Je vois �a.
Je pourrais d�poser plainte.
- Pour quelques champignons ?
C'est malheureux � dire, mais on avait plus de libert�
du temps des rois. - Les lapins, passe encore,
mais les c�pes, c'est plus rare.
- Qui vous a racont� cette fable ?
- Mon garde. - Borel...
Au lieu de me traquer, il ferait mieux de s'occuper du domaine.
Vos grumes de ch�nes,
�a grouille de termites. - Ah bon ?
- Oui. - Allons voir �a.
- Il conna�t pas les coins � champignons.
Il y a plein de c�pes. Et c'�tait couru.
"Gr�sil � la Saint-Sim�on, champignons � la Saint-Gilles."
Vous en voudrez ?
- Je pr�f�re les girolles, pour tout vous dire.
Une omelette aux girolles, quel bonheur.
- On a les m�mes go�ts.
- Seulement, Madeleine, ma cuisini�re, les rate toujours. Trop s�ches.
- Peut-�tre qu'elle laisse noircir le beurre.
Il faut le laisser blondir d�licatement.
Demandez � C�lestine. C'est la reine de l'omelette.
- Le braconnier r�gal� par la femme du garde-chasse.
�a, c'est cocasse.
� ce propos, vous savez qu'elle h�berge un...
un petit Parisien ?
- Un petit Parisien ? - Oui.
J'ai l'impression de le conna�tre. C'est curieux, �a.
Ce jeune gar�on pr�tend avoir vu
mon fameux g�ant.
- Ce 18 cors, c'est une l�gende, vous savez.
- Je me demande parfois s'il n'y a pas un fond de v�rit�.
- T'as vu cette nuit noire ? Une nuit id�ale pour lanterner.
S�r qu'il y sera, l'autre.
- C'est pas dans ses usages. - Je l'ai vue, la lanterne.
Il la bricolait.
Je parie qu'il est en chemin pour les garennes de Poigny.
S'il y est, il est cuit.
Je vais le prendre en flagrant d�lit.
Depuis l'auberge, j'appelle les gendarmes.
Ils vont venir le chercher avec son butin.
- Moins fort. Tu vas r�veiller le petit.
- Le petit, comme tu dis,
allait mal tourner aussi.
Toi, naturellement,
tu voyais rien.
Non, je t'assure.
Il est temps de d�barrasser le pays de l'autre nuisible, l�.
Oh. Ben, dis donc...
- Je peux boire un coup, de temps en temps ?
- Doucement. Si je veux le poisser,
il faut que je marche droit.
Voil�.
Bon, un petit dernier. Un petit dernier pour la route.
Apr�s, j'y vais.
Claquement
���
- Totoche ?
Totoche !
Totoche ?
Totoche. Totoche.
Borel va venir...
- Qu'est-ce que tu fous ici en pleine nuit ?
Qu'est-ce que t'as dans le cr�ne ?
T'aurais pu te prendre un coup de fusil.
- Moi, j'ai eu peur.
- T'as eu peur ? - Il veut te remettre en prison.
- Il est pas n�, celui qui me remettra en prison.
Tu m'entends ?
- J'ai rien dit � Borel sur la braconne. Rien.
- J'ai jamais dout� de toi.
T'es un bon petit gars. Mais me refais jamais un coup pareil.
C�lestine aurait dit quoi, s'il t'�tait arriv� malheur ?
Tu vas le rentrer.
Allez, c'est fini.
- Viens, bonhomme. J'ai pas la b�rouette,
sinon je t'aurais roul�.
T'as pas froid ? - Non, �a va.
Klaxon
���
- Vous avez fait bonne route ?
Allez.
- Merci.
- Bonjour, monsieur le comte.
- Bonjour, p�re. - Bonjour, Bertrand.
- J'ai invit�
quelques amis. - Oui, je vois �a, oui.
- Et voil�.
Voil�. Hop.
*Musique dansante
���
- Charles.
���
Champagne pour tout le monde. Armand, servez.
���
- "Ma C�lestine ch�rie.
"J'avais r�v� de me marier aux Herteignes,
"dans l'�glise de mon village, en pr�sence de mes proches.
"C'�tait impossible pour les raisons que tu sais.
"Ce plus beau jour de ma vie �tait un peu triste,
"parce que tu n'�tais pas l�. Alors je t'envoie la photo.
"Je t'embrasse. J'esp�re te voir un jour � Paris."
- "Ta Mathilde."
On frappe.
- T'en fais, une t�te.
�a va pas ?
- C'est qui, sur la photo ?
- Donne-moi �a.
- Explique-moi.
- Donne-moi cette photo !
Donne !
- Ma m�re s'appelait aussi Mathilde.
C'est pour �a que je suis ici ?
Ma m�re �tait du village, alors tu la connaissais ?
- C'est pas comme �a. D'abord, t'as pas � fouiller !
- Je m'en fous !
Je veux savoir. - Plus tard ! L�, je suis...
toute tourneboul�e.
Laisse-moi.
- J'en ai marre,
de toi. De vous tous !
- Tiens. Le marmouset.
- T'as pas vu Totoche ? - Non.
Monte. �a te dit de faire un tour en b�rouette ?
Hou l�...
Il y a quelque chose qui te marchouille, toi. Hein ?
C'est l'�cole ?
- Non.
D�d�, t'es l� depuis combien de temps ?
- Hou... Depuis lurette.
- T'aurais pas connu une Mathilde ?
- Ah ! Il y avait bien une petite qui me demandait de la rouler
jusqu'� l'�cole.
Elle me nommait "la Brouette".
Mais elle est partie.
- Elle est partie o� ?
- Ben, partie. L�-haut.
H�, reviens. Eh ben...
- Qu'est-ce que tu fouines ici ? Hein ?
- Je cherchais la tombe de ma m�re. Parce que D�d� m'a dit...
- Oh, "D�d� m'a dit", oui...
Tu te mets � �couter toutes ses imaginations.
En admettant que ta m�re soit ici,
�a t'avancera � quoi, hein ?
Apr�s la pierre, tu vas creuser la terre ?
Tu sais ce que tu vas y trouver ? Des os qui puent la charogne.
T'as envie de �a ?
- Non.
- Filons de l� avant... On y sera bien assez t�t.
Enfin, moi.
Oh, par piti�... �te ces id�es noires de ta calebasse.
La vie est belle, enfin, quand elle veut bien.
Mais crois-moi, �a passe vite. Il faut en profiter. Hein ?
Et tous les jours de la semaine
Les cocus se prom�nent
COCU, COCU, COCU, CUL
- Tu sais ce que c'est, un "cocu" ? - Non.
- Paul ?
Paul, tu veux qu'on parle ?
- � quoi �a servirait de parler ?
- Ben, je sais pas, moi.
- � rien. Je te le dis.
La belle vie, c'est pas de la charogne pourrie.
- Bon.
Aboiements
- Alors ? Tu l'as revu, notre grand cerf, le g�ant ?
- Non.
- S'il est sur le domaine, mes chiens finiront par le rembucher.
- Il est malade ?
- Non. Il est comme moi, �g� et fatigu�,
comme une vieille br�haigne.
C'�tait le trotteur de ma fille.
Personne ne l'a plus mont� depuis que...
depuis qu'elle n'est plus l�.
Tu aimerais
apprendre � monter, jeune Lacassagne ?
Je t'ai pos� une question.
- Je m'appelle pas comme �a. - Ah bon ?
- Non. - Ah, je croyais.
- En vrai, je m'appelle Caradec.
Aboiements
���
- Mais vous vous rendez compte ? Apprendre �a comme �a ?
- Oui, bien s�r. - Ben oui, "bien s�r", mais...
- Je suis d�sol�e. Je...
- Vous vous rendez compte ?
- Je pensais pas � mal en le prenant chez moi.
- Mais vous, vous saviez qui il �tait ?
- Oui. Je suis d�sol�e.
- D�sol�e de quoi, C�lestine ? - De vous avoir cach� tout �a.
- Et lui, Paul, que sait-il ? - Rien.
J'ai pas su lui dire.
- Vous avez bien fait.
Laissons-le donc faire son chemin.
Merci, C�lestine. Merci de me l'avoir amen�.
Sifflement
- Je te voyais plus. T'�tais o� ?
- Pff... � l'�cole.
- T'as de la chance. Moi, j'ai pas �cole.
Allez, viens.
- Ouah...
Brame
- C'est un cerf qui brame.
- Pourquoi il crie ?
- Il est amoureux.
Brames
���
���
Aboiements
���
- A�e. Rires �touff�s
A�e !
���
- Totoche ! Cette fois, je l'ai vu. Le grand cerf.
- Pourquoi t'es toujours le seul qui le vois ?
- J'�tais
pas tout seul.
- Une biche qui l'aurait vu aussi. �a compte pour du beurre.
- Tu me crois pas ? Viens. Je t'emm�ne.
- Tu vois pas que j'ai du travail ?
Ne marmaille pas
dans les parages. Si Borel venait... Allez, filez !
Allez.
On n'y va jamais, dans ce coin-l�.
- Vers l'�tang de la Minaudi�re ? Ben non.
Brouhaha joyeux des enfants
- "... 18 cors qui faisaient comme une couronne
"sur sa t�te.
"Ce roi de la for�t vivait cach� dans les bois �pais."
- C'est pas bien ? - Ah si. C'est tr�s, tr�s joli.
Mais dis-moi... Ce cerf, l�, ce g�ant,
tu l'as vu ou tu l'as imagin� ?
- Je l'ai vu comme je vous vois. C'�tait la 2e fois.
- �coute, Paul.
Ce cerf, t'en parles � personne.
Tu m'entends ?
Personne.
- Vous l'avez vu ?
- Je l'ai vu pour la premi�re fois il y a 5 ans.
Il vient ici chaque ann�e pour se reposer dans un lieu secret
apr�s le brame.
Il faut le prot�ger. - Comment on le prot�ge ?
- Ben, en n'en parlant � personne.
Et surtout pas au comte.
- Non.
- Ah, Armand.
Arr�tez-vous, arr�tez-vous. - Bien, monsieur.
- Monte. Monte ! Tu vas attraper du mal.
�a, c'est pas une 12 cors. C'est une 15 chevaux.
�a se passe bien, � l'�cole ? - �a va.
La ma�tresse dit que je suis r�veur.
- C'est pas forc�ment un d�faut.
Tu voudrais faire quoi, plus tard ?
- Je sais pas.
- Qu'est-ce que tu aimes ?
- Les poissons, les �tangs...
La nature, quoi.
- Tu voudrais �tre... garde-forestier ?
Garde-chasse ?
- J'ai pas envie de courir apr�s les bracos.
- Tu voudrais �tre braconnier, alors ?
Tu as raison. C'est plus rigolo.
- Oui. Cherche la trace.
Cherche !
Oui, bien. Oui, cherche.
Une bris�e parfaite. Un volcelest comme on en r�ve.
- C'est lui ? Vous l'avez vu par corps ?
- Affirmatif. C'est pas un 18, c'est un 17.
Je l'ai rembuch� avec Vol-au-vent
au chemin d'Orguefeuille. Le chien tirait.
- Il ne se trompe jamais. Allons-y.
- P�re.
Je peux me joindre � vous ?
- La chasse en robe de chambre ?
- Ben, je...
Aboiements
���
Respiration rapide
Cor de chasse
- Au co�te !
Aboiements
Bien, Vol-au-vent !
En avant !
���
���
H� ! H� !
���
Ho ! Ho !
���
Au co�te ! Au co�te !
Au forlonge ! Forlonge !
���
���
Cor de chasse
Respiration rapide
Aboiements
���
G�missements
Oui, Tapageaut. La voie.
Aboiements
Vol-au-vent, la voie !
Allez, cherche !
Cherche, allez, merde !
Allez, les chiens, allez.
Allez.
G�missements
���
���
Il est parti vers l'amont !
- D�p�chons.
S'il se forlonge trop,
on le perd.
Battements de c�ur
���
���
Aboiements
���
- Monsieur, c'est la fin.
� l'eau ! � l'eau ! � l'eau, les gars.
Monsieur le comte !
Battements de c�ur
���
Il faut le servir sans attendre.
Il pourrait se reprendre, comme ce grand 12 � Vauquois.
Cloche
- Au revoir, monsieur.
- Au revoir. - Il fallait courir plus vite.
- Bonjour.
- Paul. Paul !
- Totoche !
- T'avais raison, pour le cerf. - Tu l'as vu ?
- Et comment. Un sacr� seigneur.
Le comte l'a pris en chasse avec Borel.
Ils l'ont pouss� jusqu'� l'hallali. - Ils l'ont tu� ?
- Ils l'ont accul� dans une mare.
Et l�, le comte, qui avait r�v� toute sa vie
de chasser un cerf pareil... - Ben, quoi ?
- Il l'a graci�.
Hennissement
- � mon �ge,
c'est souvent le d�but de la fin, ce genre de chose.
- N'exag�rez pas.
- Je m'inqui�te pour le domaine.
- Oui. Il n'y a personne autour de vous
susceptible de prendre la rel�ve.
Enfin, personne...
Personne digne de confiance.
- Qu'as-tu fait pour me l'inspirer, cette confiance ?
As-tu travaill�
dans ta vie ?
- C'est vous qui me dites �a ?
Vous avez refus� de m'avancer
l'argent pour mon affaire. - Une affaire...
- Ma s�ur, vous l'auriez aid�e.
Une question me taraude.
Ce grand cerf,
pourquoi l'avoir graci� ?
- Pourquoi ? Pour rendre gr�ce, pr�cis�ment.
- Tu n'as rien � faire ici. Oust ! - Je lui ai dit de venir.
Entre. Entre.
Approche.
- Voil� ce que vous avez demand�.
- Merci, C�lestine.
Tu aimes le chocolat chaud ?
- Tiens. Il faut pas trop le g�ter, monsieur le comte.
- Et pourquoi pas ?
- C'est qui ?
- C'est Madame.
- Madame qui ? - Mon �pouse.
Elle a succomb� � la grippe espagnole.
- Tout le monde est mort,
dans votre famille.
- Mais non !
Mais non.
- Monsieur Bertrand.
- Ah. Borel.
O� pouvons-nous le trouver ? - J'ai pas revu son pied.
- Rembuchez-le avec les chiens. Ratissez tout le domaine.
- Monsieur le comte l'a graci�. - Ne discutez pas mes ordres.
Bon. En attendant qu'on nous d�busque ce cerf,
d�foulons-nous sur les canards.
Coups de feu
���
Caqu�tements
���
Coup de feu
Caqu�tements
���
Coup de feu
���
���
- Tuer un h�ron !
Sois maudit !
Paratoukis !
- Fous le camp, sorci�re. - Et toi,
va en enfer !
- Tiens-moi �a.
Merde !
- J'arrive, Bertrand !
Hennissements
- O� est la petite sorci�re ?
- Le h�ron, tu vas encore dire que c'est nous,
les gitans. - Demain, vous d�guerpissez.
La marmaille, tout le monde.
- Ton p�re ne l'autorisera pas. - C'est moi qui d�cide.
Et avec moi, les choses vont changer.
Rires
- Qu'est-ce que �a veut dire ?
- Je vais t'apprendre � lire et � �crire.
"B" et "P".
Comme "Bella" et "Paul".
- "B" et "P"...
T'as d�j� re�u un baiser d'amoureux, un vrai ?
- Ni un vrai ni un faux. J'ai re�u que des gnons et des claques.
- Je vais t'apprendre.
- Mon petit Paul est pas venu, aujourd'hui.
- Il risquerait de vous fatiguer. - Non, au contraire.
- Allez. - �a me repose, de parler avec lui.
Et puis...
il me reste plus beaucoup de temps.
- Allez, voyons, voyons.
Guitare
���
- Tu veux savoir pourquoi le comte
nous prot�ge ? - Raconte-lui.
- Quand il �tait jeune homme,
le comte a �t� tr�s amoureux d'une belle gitane, lui aussi.
Mais ses parents ont tout fait
pour briser �a et emp�cher le mariage.
Et puis... �a a recommenc�.
- Quoi ?
- Le comte avec sa fille. Lui aussi a voulu emp�cher
son mariage. - Celle qui est morte ?
- Oui. Mathilde, sa fille.
Chanson m�lancolique
���
- Ta maman, c'est le 1er b�b� dont je me suis occup�e.
Je la revois, ma petite Mathilde...
Le comte �tait fou de sa fille. Elle �tait tout pour lui.
Mais Mathilde, elle a rencontr� un jeune homme.
Jean,
ton papa.
Elle en est tomb�e amoureuse.
Tr�s amoureuse.
Il �tait cheminot.
- �a veut dire quoi ?
- Il �tait venu poser des rails ici, dans la for�t.
Ta maman traversait le domaine � cheval, alors...
ils se sont rencontr�s.
Ils ont v�cu leur amour cach�s dans une cabane,
au milieu de la for�t.
M. le comte a tout fait pour les s�parer.
Il a m�me port� plainte. Ta maman �tait encore mineure.
Ils se sont enfuis tous les deux � Paris.
L'amour entre tes parents �tait plus beau,
plus fort que tout.
Et la guerre est arriv�e.
Ton papa est parti.
Et il est mort sur le front.
Et puis tu es n�.
- Ma m�re est morte � cause de moi. - Non.
Crois pas �a. T'es responsable de rien.
Les m�decins n'ont pas pu la sauver.
M. le comte �tait fou de douleur. On l'entendait hurler comme une b�te.
Il avait pas voulu r�pondre
aux lettres de ta maman.
Il avait refus� de la voir.
Et c'est dans un cercueil qu'elle est revenue ici.
- Pourquoi
tu m'as rien dit ?
- Parfois, on...
on se fait une montagne de choses simples.
Et j'avais peur de pas trouver les mots.
- Alors tu sais, maintenant.
Comme elle est belle, ta maman.
- "�tait" belle.
- Je sais ce que tu ressens. - Je m'en fiche.
C'est avant qu'il fallait l'aimer. Quand elle �tait en vie.
Vous l'avez chass�e et refus� de la revoir.
Vous avez m�me pas
�t� � son mariage.
- Tu as raison, mais...
lorsque je m'en suis rendu compte,
il �tait trop tard.
J'ai pas su comprendre ma fille...
ni accepter son bonheur.
J'ai rendu tout le monde malheureux.
Et toi... tu es l�, maintenant.
Et tu as besoin d'�tre aim�.
Viens l�.
Viens. Oh...
Mon petit Paul.
Paul pleure. Chut...
���
Je te demande pardon.
Je te demande pardon.
���
- Grand-p�re...
Aboiements
���
Arri�re. Arri�re !
Serr�s ! Serr�s !
Arri�re, Lucifer. Arri�re, j'ai dit.
Serr�s ! Arri�re !
P�piements
���
Cloche
���
Pri�re en latin
���
- In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen.
- Va embrasser ton grand-p�re.
- Tu pourras lui d�poser �a de ma part, hein ?
Il pr�f�rera �a aux fleurs.
- Tu viendras pas ?
- Les fun�railles � l'�glise, moi...
c'est pas ma paroisse. Puis tu embrasseras le petit.
- Il aime pas les embrassades.
- Bon. Ben...
tu feras ce que tu veux, merde. Mais tu lui dis.
- Toutes mes condol�ances, monsieur Bertrand.
- Toutes mes condol�ances, monsieur.
- Merci.
- Toutes mes condol�ances, monsieur Bertrand.
- Monsieur,
la chevali�re de feu M. votre p�re.
- Vous voyez,
on est ici, � l'endroit o� la rivi�re marque la limite nord du domaine.
On reprendra la construction du mur l� o� la rivi�re
ne constitue pas de limite naturelle. - Pas question de laisser
cette portion ouverte � tous les intrus.
- La rivi�re...
- La rivi�re est franchissable en plein d'endroits.
On ne doit plus entrer dans le domaine comme dans un moulin.
Le mur devra en faire...
Bertrand siffle.
le tour complet.
- Avec son mur d'enceinte, c'est la mort !
- Pourquoi c'est grave, le mur ?
- Les grands animaux, les sangliers, les cerfs,
ils ont besoin d'espace. Ils se d�placent selon les saisons.
Pas seulement pour se nourrir.
- Apr�s le brame, les cerfs ont besoin de vitamines
pour refaire les bois.
Donc ils vont, ils viennent.
- Ouais.
Avec son foutu mur, l�, c'est fini.
Plus de champignons, plus de ch�taignes. Plus de bois.
Plus rien !
- Il va pas tout interdire ?
- Mais enfin, D�d�. �a sera boucl�, ferm�. Termin� !
- On se laissera pas faire !
- OUAIS !
Brouhaha
���
- Silence ! Le fils a d�cid� de chasser le grand cerf.
Il le tient pour responsable de la mort du comte. Belle excuse.
Et ce con, il a trouv�
o� il se rembuchait.
Bon. Ce cerf, il a �t� graci�.
- On tue pas une b�te graci�e. C'est sacril�ge.
- Il faut emp�cher �a.
- Borel ! Allez !
Aboiements
- Allez, Vol-au-vent. Allez, Tapageaut.
Imb�cile, va.
Aboiements
���
���
- Allez, Borel !
Il est coinc� !
Ricanement
Aboiements
Allez.
���
- Non, monsieur !
Non ! Non !
Coup de feu
Aboiements
���
- Arri�re ! Arri�re !
Arri�re !
Reculez !
Tapageaut ! Vol-au-vent ! - Mais...
- Oui. C'est bien.
���
Totoche siffle.
- Vous �tes renvoy�.
Renvoy� !
- O� tu vas aller vivre, alors ? - � Romorantin, chez ma s�ur.
- En ville ? - Ben...
�a va me faire mal, de laisser tout �a.
- Pauvre Borel. Tu vas me manquer. - Ouais, toi aussi.
Tu vas nous manquer.
- Vieux fr�re, puisque tu pars, on va �changer nos bottes.
- Nos bottes ? - Oui.
Pour mon attrape-couillon, tr�s utile,
quand t'as les gendarmes au cul. Regarde bien.
- Oh, salopiaud...
- Puisque tu pars, c'est comme si tu revenais ici.
- Oh, salopiaud, va !
- Monsieur Germain Borel ?
Sonnerie d'horloge
- Que font-ils ici ?
- C'est moi qui les ai convoqu�s. On n'attendait plus que vous.
Veuillez vous asseoir pour entendre la lecture du testament.
"Je soussign�
"Philippe Louis Alexandre de La Fresnaye
"d�clare que ceci est mon testament, qui r�voque
"toute disposition ant�rieure.
"Je l�gue les biens suivants aux personnes suivantes.
"Pour les gitans,
"la jouissance
"sans limite de dur�e des terres entre
"le ruisseau de La Vilotte et le chemin de Bois-Baudet.
"Soit une superficie d'environ 2 hectares.
"Pour M. Germain Borel
"et son �pouse, C�lestine, la pleine propri�t�
"de leur logement, du potager
"et du jardin attenant.
"M�me disposition
"pour Armand et Madeleine Lemercier.
"� mon fils, Bertrand.
"�tant donn� qu'il a gag� une partie du patrimoine,
"je l�gue de quoi vivre enfin de son travail.
"Soit la nue-propri�t� de ma fabrique de vinaigre � Orl�ans,
"rue du Faubourg-Bannier, et du logement attenant."
- Mais enfin, ma�tre...
Et le reste ?
- Attendez.
Il faudra revenir nous voir.
Le domaine est ouvert � tout le monde.
- Au revoir, monsieur Bertrand.
- Prenez soin de vous.
Mon petit Paul.
Fais attention � toi, d'accord ?
- H�, les gars !
Les gars ! Vous savez quoi ?
Le gamin... Paul, l�, je devrais dire.
Il est institu� "l�gatoire" universel.
Enfin, bref. Voil�.
Il h�rite du domaine et du manoir.
Alors la for�t, le grand cerf,
tout �a, c'est sauv� !
Cris de joie
Ben, h�...
Il y a toute une harde.
15 ragots, 3 laies et un gros quartanier.
Hein ?
- Oui.
Un gros m�le. Au moins 130 kilos.
- Si on les laisse faire, ils vont tout saccager.
Demain, ils seront dans les vignes.
- Moi, ce que je recommande, monsieur Paul, c'est une battue.
- Oui, d'accord. On fera une battue demain matin.
- Bon.
� quelle heure, monsieur Paul ?
- Euh... 9 h.
- 9 h !
Il nous m�ne � la dure, notre patron.
- Allez, le bicloune. - Bravo !
- Bon. - On y va, alors.
- Maman C�lestine.
- H�, Totoche. � toi l'honneur.
Cor de chasse
���
Aboiements
���
- Allez ! Et on reste bien en ligne, les gars !
Aboiements
Cor de chasse
Grognements
���
Cris d'animaux
���
Battements d'ailes
���
Gazouillis
���
Brame
���
Sous-titrage : Eclair Media
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