All language subtitles for Esther.Kahn.2000.MULTI.DVDRIP.x264-Venise93.[156min].FR

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Original subtitles

Esther Kahn était née dans une de ces rues sombres, malodorantes,

aux étranges recoins, qu'on trouve près des docks.

Une rue tranquille, qui semblait ne mener nulle part,

mais rester en marge pour un motif à elle pas tout à fait honnête.

Les stores de certaines maisons étaient toujours tirés,

des volets étaient cloués sur certaines fenêtres.

Peu de gens passaient.

Peu d'enfants jouaient sur la chaussée.

Les portes étaient silencieuses.

- Et les chemises? - Toutes parties.

J'ai beaucoup à faire. Excuse-moi.

Mishka, donne les rouleaux à Mme Kahn et les patrons.

Vous m'en faites une autre?

Pour la porte, là-bas.

C'est une mitzvah!

- Il n'y a pas la Bible en anglais? - Bien sûr que si.

Et en allemand et en russe, dans toutes les langues.

Un jour, il y a très longtemps,

en Égypte, on a réuni 72 grands savants juifs

dans 72 petites cabanes

où, pendant des années, ils ont traduit la Bible.

Tout, sauf quelques versets,

qu'on ne peut traduire.

Pourquoi?

Sinon, ils ne rendent plus les mains impures.

C'est quoi, ces versets?

Je ne sais plus...

"vehayou", "vehayore",

et quelques mots en araméen.

Parfois, ils ne savent pas si ce sont les lettres

ou leur signification qui comptent.

C'est pour ça que le rebtchik les écrit en hébreu

méticuleusement: Si une seule lettre n'était pas bien écrite,

la maison ne serait plus protégée.

C'est moi.

C'est pour quand?

Quatre pour demain, le reste en fin de semaine.

J'ai presque fini les costumes.

Maman, les boutonnières.

Rivka, prends les pantalons et fais le repassage.

Esther, dépêche-toi.

Attention!

Découpe lentement. Suis les marques.

Lève le bras gauche.

Non, le gauche, s'il te plaît.

Voilà ton bras gauche.

Le côté de ton cœur.

Ne bouge pas!

La pluie... Il pleut...

La pluie... Ah, le linge!

Je sors.

Tu veux pas aller jouer dehors?

Non.

Vinaigre, fille de vin!

La rue me fait peur.

"Nous avons entendu Sir Laurence Oliphant

dire que les juifs avaient droit à une terre..."

- Bon gars, ce... - Sir Laurence Oliphant.

- Il est juif? - Laurence? C'est pas juif, ça.

Après le souper,

les autres s'asseyaient autour de la table et parlaient avec animation.

Tous ces gens qui avaient tant d'intérêts en commun,

se souciaient des mêmes choses

et semblaient si attachés les uns aux autres,

se tenaient là, soir après soir, dans les mêmes attitudes,

aussi avides des événements du jour

qu'ils l'avaient été de ceux de la veille.

Toute chose était importante pour eux,

surtout la part qu'ils y prenaient.

Esther n'était pas sûre de tenir à eux plus qu'aux autres.

Ils étaient pour elle la vie réelle,

chose pour laquelle elle n'avait qu'une curiosité désintéressée.

Regardez ce qu'elle fait! Elle nous imite tous.

- Qui tu imitais cette fois? - Personne.

Mais si, tu faisais comme ça.

Je t'ai vue!

Ne faites pas attention à elle.

Ce n'est pas une enfant humaine, c'est...

un singe.

Elle habite avec nous,

alors, elle doit se voler une âme, comme font les singes.

On dirait des humains, mais ils savent qu'ils n'en sont pas.

Voilà pourquoi ils nous imitent.

Esther, très en colère,

se dit qu'elle ferait attention à l'avenir

de ne rien montrer de ce qu'elle éprouvait.

Allez, Esther, mange!

Mange, mon chien! Mange!

Je te hais tellement!

Adolescente, Esther avait l'air d'une femme.

Elle avait de gros os, des mains et des pieds très petits,

et son corps semblait endormi, en proie à une léthargie rêveuse.

Elle avait les cheveux épais de sa mère, mais plus souples

et naturellement ondulés.

Son visage était ovale, de contour délicat.

Ses lèvres étaient épaisses, rouges, tendues comme un arc.

Ses yeux étaient mystérieux mais sans signification personnelle.

Ils étaient insondables, plongés dans le sommeil,

le rêve inconscient qui est dans les yeux des animaux.

Tout son visage semblait attendre

avec une patience infinie

une force qui saurait le façonner et le réveiller.

Il ne voulait rien,

n'anticipait rien.

Il attendait...

Enlève ta veste.

Tousse.

Tousse encore.

Tousse.

Encore.

Elle a dit qu'on se verrait jeudi.

Elle t'a même pas regardé.

- Tu danses trop serrée. - Qu'est-ce que tu racontes?

Vous avez apporté les chemises à Goldfeib?

On les a livrées!

- Comment va le vieux Goldfeib? - Très bien.

On travaillera samedi pour finir les boutonnières, car Mina sera pas là.

J'adore cette robe.

Tu n'as qu'à t'en faire une.

Cause toujours! J'adore.

Va t'en faire une.

Je meurs de faim. Pas vous?

Où est Buba?

Là-haut. Monte-lui une brique.

- Comment c'était? - Bien.

- Comment c'était vraiment? - Bien, très bien.

- "Bien, très bien"! - Très bien.

Pourquoi tu as dit à maman qu'elle est pas ta mère?

Ça m'est passé par la tête.

Elle sera encore plus emmerdante maintenant.

Alors, qu'est-ce que tu feras quand on quittera la maison?

Je resterai.

Tu resteras?

Bouge-toi, tu ne fais rien.

- Tu fais quoi? - Elle efface les piqûres d'épingle.

Ce que tu peux être vaniteuse!

- Je veux pas être marquée. - Tu as honte?

Je veux pas de marques, je suis pas une esclave.

C'est mon tour de prendre le lit, mais ça m'est égal.

Qui le veut?

Garde-le, princesse.

La Gitane espagnole

Tu veux que je te prête un livre?

Esther, qu'est-ce que tu veux le plus au monde?

Le plus au monde?

Si tu avais une qualité que tu voulais voir récompensée?

Je ne sais pas.

Maman?

Ma chérie...

Dis-moi.

Qu'est-ce que je pourrais vouloir le plus au monde?

C'est un peu ridicule, je sais, mais...

j'aimerais être admirée pour ma beauté et mon élégance.

Et moi, pour mon intelligence.

Comme je travaille tout le temps, je voudrais plein de fric.

Des tonnes.

Bonne nuit.

Un jour, je voudrais vivre en Palestine.

Essais sur le socialisme

Je voudrais être vengée.

T'approche pas!

Arrête!

Fous le camp!

Qu'est-ce que tu fais ici?

J'ai peur de ne pas être réveillée.

Tu es réveillée.

Tu vas voir, il va t'inviter.

On est en retard.

Vite, Joël!

II me laissait pas sortir!

La pièce va commencer!

Tu as bien merdé!

Je suis vraiment désolé.

On entrera tous, c'est une grande salle.

J'y vais.

Poussez-vous!

Laisse-moi passer!

LA FILLE DE L'AMOUR

Esther!

Je suis là!

Cinq places au poulailler.

Paie, toi!

Un penny et demi.

On a de bonnes places.

Pour une fois que tu sors, quelle honte!

Ce qu'on fait cul-terreux!

Dans la loge là, c'est les Trevalga.

Le type avec eux est acteur, je le reconnais.

"Khave chéri,

"je t'aime tellement.

Mais pourquoi tu ne m'aimes pas?"

"Va au diable!

"Misérable!

Minable!"

"Mon trésor,

"ne te mets pas en colère contre moi,

je ne suis pas coupable."

"Qui est coupable?

"Moi?

Pourquoi je ne peux pas me débarrasser de toi?"

"C'est moi qui devrais t'en vouloir."

"Tu as perdu la boule?"

"Je sais jusqu'où elle est allée.

Elle laisse n'importe qui l'embrasser, comme le jeune maître."

Une fois dans la salle, elle ne parlait pas.

Elle regardait fixement les acteurs,

comme s'ils l'hypnotisaient.

Elle ne critiquait jamais la pièce, comme les autres.

La pièce ne semblait pas compter.

Elle y vivait, sans volonté

ni choix de sa part.

Juste parce que la pièce était là, sous son regard.

"Malheur à moi!

"Seulement avant-hier, il m'a encore dit

"qu'il allait m'épouser,

"qu'il était amoureux de moi.

"Mon Dieu!

"Je me noie!

"Je n'en peux plus!

Ça ne peut pas continuer!"

"Oh malheur!

"Il l'a aimée

comme il m'a aimée."

Quelle affreuse histoire!

Elle lui sacrifie tout et il la trahit.

Jamais une femme ne ferait ça pour un homme!

Comment peux-tu dire ça?

II n'a pas promis le mariage.

Vous êtes écœurants.

- C'est pas une ordure? - Qui?

Le grand avec son écharpe.

Oui, je sais.

On sort?

Je vais chercher à manger.

C'est pour toi.

- Tu n'en prends pas? - J'ai un beignet.

T'as pas le droit? C'est de l'agneau.

Oui, mais j'aime mieux pas.

On ne parle pas, d'accord?

- Je sais, mais son jeu... - Tu as vu ça?

J'aime le Gaiety Theater. Enfin un théâtre pas bourgeois.

J'aime son allure.

Son jeu n'est pas logique, elle n'est pas bien.

Esther se réveille!

Pourquoi tu dis ça? J'aime sa voix.

Elle est sublime.

Tu ne connais rien aux acteurs.

Tu te trompes toujours.

Dès que tu as un avis, tu te trompes.

J'ai le droit de l'admirer!

C'est une question de goût.

Pour moi, elle apporte de la beauté à...

On en a rien à foutre de toi et de ton opinion!

Elle n'est pas bien!

- Elle fait plein de fautes! - Des fautes?

C'est pas une dictée.

T'es folle?

II l'a payé!

On dirait qu'elle le fait exprès.

Sa scène à la barrière,

elle ne sait pas la jouer.

C'est pourtant facile.

Elle essaie tout le temps d'être autre chose.

Tu veux que je te dise?

Va la voir dans sa loge et fais-la profiter de ta science.

Ça ne m'intéresse pas de lui parler.

Lâche!

Ce que tu es lâche!

Hier, je t'ai écrit une lettre.

Je vais pas la lire ici.

Je jette un coup d'œil.

C'est une longue lettre.

Si tu m'écris chaque fois qu'on s'embrasse,

je vais avoir beaucoup à lire.

Dans l'enveloppe...

On y va dans cinq minutes.

Bonsoir, les amoureux.

Regarde...

- Qu'est-ce que c'est? - Un diamant.

Je l'ai apporté du magasin pour te le montrer.

Parce que pour moi, tu es comme un diamant.

Ça vaut très cher. Même petit comme ça.

Tu l'as volé au magasin?

Non! II n'était même pas enregistré.

Tu peux le garder.

Il vaut mieux que tu le rapportes.

A demain, alors.

Tu me laisses t'embrasser!

J'ai pas fait exprès, pardonne-moi.

Je t'ai à peine touché!

Qu'est-ce que c'est?

C'est ridicule.

Peut-être, mais j'aime bien.

Tu t'intéresses aux vedettes?

Pas du tout.

Venez m'aider, il y a plus de charbon!

Où sont-ils?

Sammy!

Ythzok!

Où sont-ils?

Au syndicat avec Samuel, pour lui trouver du travail.

Tu es dégoûtante!

Qu'est-ce que tu fabriques?

Sors de là!

Salope!

Ne me regarde pas comme ça!

Tu m'espionnes aux waters!

20 minutes à faire pipi!

- Peut-être je faisais caca. - Avec la main dans ton truc?

Je t'ai reniflée. Tu es ma fille.

Je sens quand tu es excitée, tu sens le poisson.

Deux heures aux chiottes

avec tes doigts dans la chatte!

- J'arrive pas à faire pipi, ça pique. - Ça suffit.

Tu vas t'abîmer, à te branler comme ça.

Ne hurle pas!

Tu es gouine?

Ça suffit, laisse-la tranquille.

Emmène-la! C'est une vicieuse!

J'ai peur de vous laisser ensemble dans la chambre, la nuit!

Quand je vous laisse dans cette chambre, j'ai peur

que vous deveniez vicieuses, et votre frère aussi!

Je peux pas être là sans arrêt, il faut que je dorme!

Et votre père qui ne dit pas un mot.

Je ne veux plus qu'elle m'outrage!

Je ne veux plus qu'elle travaille ici!

Elle est folle.

Tu veux que je te coiffe?

- Elle doit pas t'embêter aux waters. - Je m'en fous.

Que tu es jolie!

J'ai peur qu'elle le raconte à tout le monde.

On embauche des femmes aux machines!

Viens par là.

Passe-moi ça.

Qu'est-ce qu'il y a?

J'ai les mains brûlées.

C'est le soufre.

Tu es nouvelle...

Tu habites où?

Spitafields?

Moi aussi, à côté du marché.

On pourra rentrer ensemble.

Esther! Tu restes encore un peu?

- Non, je m'en vais. - A demain.

Tu travailles chez les Felder, maintenant.

C'est pas trop dur?

J'aime mieux travailler à l'usine qu'à la maison.

Encore des disputes avec ta mère?

Si elle a dit des choses sur moi, c'est pas vrai.

Elle accuse les autres de ce qu'elle fait, elle.

Tu as l'air en colère.

Tu ne devrais pas rester seule.

C'est ma mère qui ne veut plus de moi à la maison.

Tu ne viens plus à la synagogue.

Mon père non plus.

Ton père est ton père.

Qu'il vive jusqu'à 120 ans...

N'empêche que Dieu te voit.

Non! Dieu m'a abandonnée parce que je suis pauvre.

Et on n'a pas besoin de pauvres à la synagogue.

Ta mère a raison de dire que tu es fière et arrogante.

Dites-moi ce que je fais de mal, alors.

Bien peu de choses, j'en suis sûr.

Je sais que tu veux être actrice.

Dis-toi bien

que tes disputes avec ta mère ne t'ouvriront pas la voie du théâtre.

Elle sentait mauvais.

C'est pas sa faute, c'est le corps qui se vide.

Je ne peux pas la toucher.

Désolée.

Je t'aime.

Voilà.

Ne t'en fais pas, Esther.

La terre est une bonne mère.

Va chercher ta sœur.

C'est malin de partir maintenant!

Tu dis que tu me défends, hein? Et puis tu fous le camp!

Et moi...

je dois me débrouiller! Comment je vais faire?

La terre n'est pas une bonne mère.

Mamie, j'ai peur que tu aies froid.

C'est sale, c'est froid et tu seras enfermée avec des bestioles.

Déjà que tu es vieille!

Toute la famille se prépare à en faire un fromage. T'entends?

II y en a un autre?

- A l'usine, ils ont demandé. - Le dis pas.

Ton père va te tuer.

Je m'en fous.

A demain.

RECHERCHONS FIGURANTS

Maintenant, tourne-toi.

Bien.

Je peux voir ton profil gauche?

Non, l'autre.

Bien.

Tu ne vas pas avoir le trac?

Tu ne vas pas avoir peur et rester muette?

C'est quoi, ton nom?

Comment ça s'écrit?

Et ton prénom?

Esther Kahn...

C'est pour le programme.

Canetti...

Esther Canetti.

Ça fait italien.

Tu es brune.

Je ne peux pas changer de nom.

Esther Kahn, c'est pas très joli.

C'est un peu sévère.

Canetti, c'est mieux.

Je ne veux pas changer.

Alors, je mettrai ton nom.

K... A... H... N.

Il est quelle heure?

Où étais-tu passée?

On avait une livraison à 6 heures.

Et il est quelle heure?

Je vais faire du théâtre.

Ben voyons!

Et quand commences-tu?

Lundi soir.

Tu parles pas sérieusement?

Je parle sérieusement.

Je joue le rôle de la bonne dans "Les Gages du péché".

Je l'ai vu!

Elle parle deux fois dans toute la pièce.

C'est vrai.

Venez lundi pour m'entendre.

Ça suffit.

Silence et au travail.

Tu ne lis jamais, tu n'as jamais d'avis sur rien,

rien ne t'intéresse. C'est quoi, cette lubie?

Tu vas pas réussir juste parce que t'es jolie!

Fais gaffe, pour être actrice, il faut coucher.

Arrête!

- Comment tu sais? - C'est bien connu.

Ça la gênera pas.

Mais c'est déjà fait! Tu couches avec le directeur?

Sinon, il est temps de t'y mettre.

Tu nous enlèves le pain de la bouche.

Comment on va faire si elle ne travaille plus?

Je gagnerai de l'argent, comme à l'usine.

Elle pourra plus nous aider le soir, hein?

- On a déjà du mal à... - Hé, les pleureurs!

Vous avez autre chose à faire. Il faut livrer à 9 heures.

Fichez-moi le camp! Disparaissez!

- On revient à midi! - Tous les deux!

Avec ce qu'on gagne,

si tu nous aides pas, on s'en sortira pas.

Vous n'avez qu'à me remplacer.

Avec quel argent?

Si je réussis,

je vous rembourserai ce que ça coûte.

Combien coûte Mme Rosch?

Une livre par semaine, si elle vient tous les soirs.

Une bonne ouvrière coûte plus.

Mais moi, je suis lente.

C'est pas une raison pour embaucher une lente.

Je vous devrai une livre par semaine tant que je resterai à votre charge.

D'accord?

Un enfant, ça coûte une livre...

Ça fait quatre livres par mois.

Et le soir, je mange au théâtre. Vous y gagnerez.

D'ici six mois,

je vous rendrai 2 livres et demie pour chaque semaine.

10 livres par mois...

ça fait 60 livres.

Et si tu es au chômage après ta pièce?

Ça n'arrivera pas.

C'est ce que tu penses.

Je sais me débrouiller.

Qu'elle fasse comme elle veut.

C'est une bonne à rien et elle nous freine.

Tu es sinistre!

J'aime mieux t'envoyer au théâtre que t'avoir dans les pattes.

On est d'accord?

On fait comme j'ai dit?

D'accord.

D'accord?

En voilà une: "La domestique entre..."

Je fais une marque.

Ça sera plus facile pour toi.

"C'est lui, je l'ai vu!"

Hé toi! Prends celle-là!

Les filles en scène dans cinq minutes!

Qu'est-ce qui se passe?

Une robe verte.

Ça porte malheur.

On ne porte pas de vert en scène.

Moi, je la prends.

Voilà, ma fille.

Je vais porter celle-là.

"Rose, dois-je le reconnaître?

Je n'aime pas ton amie Ruth."

"Tu ne l'aimes pas?"

"Je ne crois pas qu'elle soit ce qu'elle paraît."

"Tu plaisantes!"

"Non, je suis sérieux."

Rendez-vous en scène!

"Bonne nuit!"

"Écoutez-moi..."

"Me voilà bien!"

"Qui aurait cru ça d'elle!"

Viens avec moi.

Ça va? Pas trop le trac?

Prends la veste de la dame.

Sois naturelle. Regarde pas le public, parle pas trop vite.

Ça va aller.

Tu as ton maquillage?

Maquille-toi ici.

Tout va bien?

"Je regrette qu'il soit parti."

"Moi aussi.

Savez-vous que je pourrais en pleurer?"

- "Moi aussi." - "Vous?"

- "De joie." - "Misérable!"

Ça va être à toi.

Tu es prête?

Tu sais ce que tu dois faire?

"Je dois trouver un homme qui dise la vérité."

A toi.

Tu as des gens à voir?

Non, ça va.

On peut y aller.

On va régler ça. Il faut trouver une solution.

C'est tout simple.

Tu ne manges pas?

J'ai pas faim.

Tu t'es sentie nerveuse?

Ça m'a paru tout naturel.

Elle ne dit pas qu'une vague de triomphe avait déferlé sur elle

en sentant la chaleur de la rampe lui monter aux yeux

et vu l'essaim flottant de blancs visages

surgir d'une masse compacte de ténèbres.

A ce moment-là, ses narines avaient aspiré le souffle de la vie.

Comment va ta petite Esther?

Je n'en reviens pas. C'est une vraie actrice maintenant.

Elle joue de vrais rôles presque tous les soirs.

Et elle est aussi doublure.

Il paraît qu'elle a du succès.

On l'a vue l'autre jour au Trianon. On a failli ne pas la reconnaître.

On dit du bien d'elle.

Tu dois être heureuse.

Je suis surprise.

C'est vrai qu'elle va habiter dans le Strand?

Elle peut se le permettre, elle a de l'argent maintenant.

En six mois, elle a remboursé tout ce qu'elle devait.

Je passe toujours par ici parce que j'aime ce coin.

Vu d'ici, on dirait un peu la Chine.

Tout est gris, le fleuve gris...

Pékin...

Tu veux aller en Chine?

Non, mais j'aime bien la Chine.

C'est bien, la Chine.

Ma fille qui ne parle pas!

- Vous êtes toujours à discuter. - Qui?

Tout le monde.

Toute la famille.

Et toi, tu ne penses à rien.

Ma petite vache...

"Athena...

aux yeux de génisse."

Quoi?

Dans Homère... une fille aux yeux de vache

ou aux yeux de génisse...

Tu t'es fait des amis, au travail?

Pas beaucoup.

Tu devrais.

Vois des gens.

Sors, promène-toi...

Je ne sais pas...

Va à Westminster.

Tu n'y es jamais allée?

Si, une fois.

Une fois!

II te faut des expériences.

Des expériences!

Qu'est-ce que tu as contre?

Tu vois ça?

Ce n'est rien.

Voilà.

C'est à toi.

Ça te plaît?

Tu ne défais pas tes bagages?

Voilà ta clef!

Tu vas être mieux ici.

Tout près du théâtre.

"Hola, Jessica!"

"Eh bien, Jessica!"

"Je ne dis pas d'appeler."

"Vous vous plaignez toujours qu'il faille tout me dire!"

Entre, Jessica.

"Appelez-vous? Quelle est votre volonté?"

"Je suis invité à souper dehors.

"Voici mes clefs...

"Mais pourquoi irais-je?

"On ne m'invite pas par amitié, on me flatte.

"Mais j'irai par haine me nourrir aux dépens du chrétien prodigue.

"Jessica, veille sur ma maison. Je répugne à sortir.

Il se trame quelque vilenie contre mon repos..."

Écoute, Nathan...

que tu sois un mauvais acteur ne me dérange pas du tout.

Tu le sais aussi bien que moi.

Tu sais que je t'aime beaucoup.

Mais...

pourrais-tu avoir l'air un peu plus...

juif?

Est-ce trop te demander?

D'avoir l'air un peu plus juif?

Quoi? Tu es juif ou tu n'es pas juif?

Je suis juif.

Très bien!

Arrête de jouer! Je ne t'ai pas engagé pour jouer.

Je t'ai engagé pour être juif.

Tu ne l'as pas "engagé".

Nathan, tu fais juste la doublure.

C'est pas une raison pour jouer comme une moule!

Tu veux tellement jouer que tu ne ressembles à rien!

Aie l'air juif, merde!

Cette enfant est perdue!

Tu es là pour l'aider, pour la mettre en valeur!

Sincèrement, tu trouves qu'il fait juif?

Je ne sais pas.

Ce crétin ne connaît rien à Shylock!

Pas l'air assez juif! Meshuge !

Je t'ai empêchée de jouer?

Tu es de la tribu? Cohendim?

Ma sœur va épouser un Anglais.

Et alors? Tu es juive ou pas?

A tes souhaits.

Je m'en fiche.

C'est un merveilleux rôle, Jessica.

Je suis seulement doublure si l'actrice est malade.

Tu pourrais être une bonne actrice. Tu suis des cours?

Des cours?

Tu devrais. On doit tous apprendre.

Je ne suis peut-être pas terrible comme comédien, mais je pourrais...

t'apprendre, si ça t'intéresse.

J'aurai pas le temps.

Tu as un autre travail?

Alors, mardi matin, dans le café en face.

Si ça t'intéresse.

Tu ne bois pas?

Viens, il fait froid.

Tiens.

Je ne paie pas la salle.

C'est pour les leçons.

Disons que c'est un geste amical.

C'est parce que tu es vieux.

Tu voudrais imaginer que tu as une amie, et que ça serait moi.

C'est la dérision de l'amitié.

Un jour, on sera peut-être amis, et peut-être pas.

Prends l'argent.

Si tu y tiens,

je te dirai mon prix...

un jour, mais pas aujourd'hui.

Un jour.

Allez, je me lance...

Tu es actrice.

Du moins, tu veux l'être.

Moi aussi, je suis acteur.

Le problème pour nous, acteurs,

ce que nous devons réussir à faire,

c'est: Faire croire.

C'est pour ça que les gens viennent nous voir.

Mais si tu racontes un gros mensonge, personne ne te croira.

Les gens ne vont pas au théâtre pour qu'on leur mente.

D'un autre côté,

si tu ne viens raconter que la vérité toute bête,

à quoi leur demandes-tu de croire? A rien.

Et ils n'y "croiront" pas non plus.

Tu as compris?

Bien.

Alors, déjà la question s'est un peu déplacée.

Maintenant, je peux demander: Sur scène, dois-je mentir

ou dire la vérité?

Si tu veux être actrice,

dois-tu commencer par mentir ou dire la vérité?

Faisons un exercice.

Imaginons...

que tu aies à jouer le rôle de Cordelia.

Tu vas dans les coulisses

et quand je tape du pied, comme ça, tu entres.

Et...

tu t'arrêtes.

C'est tout?

Disparais!

Qui vient d'entrer?

Cordelia...

Tu sais bien que ce n'est pas vrai.

C'est une pièce de Shakespeare, mort depuis des siècles.

Il n'y a que nous deux, dans ce théâtre,

et tu voudrais me faire croire

que c'est la vraie Cordelia

qui vient d'entrer?

Alors, qui vient d'entrer?

Je ne sais pas.

Je suis Esther.

Oui, et c'est important.

Mais ce n'est pas suffisant.

Parce que la fille qui entre va devoir dire:

"Que va dire Cordelia?

Aime et tais-toi."

Et Esther ne parle pas tout à fait comme ça. Redresse-toi.

Recommence!

Et cette fois, quand tu entres,

que ce ne soit ni Esther ni Cordelia.

Entre en scène et c'est tout.

Suis-moi.

Reste là.

Je me mets là. C'est une petite scène.

Tu viens me serrer la main et tu dis: "Bonjour, monsieur."

Bonjour, monsieur.

Charmant!

C'est assez bien, parce que là...

tu as de la présence.

C'est seulement assez bien.

Parce que ce qu'il faut,

c'est que chaque pas semble plus incroyable que le précédent.

Chaque pas...

Eh bien chaque pas doit contenir une idée, si complexe

qu'il faudrait dix philosophes pour la déchiffrer.

Chaque pas doit tendre comme une corde

dans l'esprit des spectateurs,

jusqu'à ce qu'ils veuillent crier:

"Attention, Esther, tu vas la casser!"

Ici...

Deux pas...

Tu choisis de t'approcher du vieux. Il faut qu'on voie que tu choisis.

Deux pas...

Tu te sens mal à l'aise, c'est un grand théâtre,

tu es seule au milieu de la scène,

le chemin va être long.

Tu risques d'avoir l'air bête.

Deux pas, ça fait...

ça fait six.

Ici...

je veux que tu éprouves de la honte.

Et la honte est pénible, elle fait mal.

Imagine qu'une spectatrice se lève et éclate de rire.

Ce que tu te sens gourde!

Tu es rouge comme une pivoine.

Comme si tu étais debout sur des lames de couteau.

Encore deux pas...

et là tu penses:

Tout ça, c'est la faute du vieux qui me fait faire tout ce chemin.

Deux pas...

et maintenant...

tu es en colère.

C'est facile pour moi, je suis là à me tourner les pouces.

Je suis bien peinard.

Dix!

Quand tu arrives ici...

Une fois ici,

je veux que tu aboies, que tu grognes contre moi,

que tu effaces le sourire du vieux.

Deux pas...

Tu m'aimes bien

parce que je suis Nathan, un acteur comme toi.

Je suis ton seul ami, si jamais le public se moque de toi.

Toutes ces femmes avec leur argent et leurs beaux habits!

Et là, on se serre la main.

En marchant,

je veux que tu te rappelles tout ça dans l'ordre...

bien dans l'ordre.

A toi!

Tu lui as demandé?

Monsieur, s'il vous plaît.

Ce ne sera pas long, monsieur.

Esther eut un petit rôle comme doublure.

Et elle eut bientôt l'occasion de le jouer.

Elle commençait à gagner un peu d'argent et comme promis,

elle remboursait ses parents.

Ils y gagnaient

et ne lui demandèrent donc pas de revenir à la couture.

Esther faisait son chemin.

Encore en retard, Esther! Allons-y!

- Ça n'arrivera plus. - Ça ne me suffit pas!

Ça ne doit plus se reproduire. Il faut régler ça.

- Quand vous voulez, les filles. - Les mendiants, s'il vous plaît!

Tu es là

pour apprendre à faire une action.

Si tu veux être actrice, tu dois apprendre à faire des actions.

Mais qu'est-ce qu'une action?

C'est facile.

C'est quoi?

Je ne sais pas le dire.

C'est une action.

"C'est facile!"

Pour accomplir une action,

il faut faire des mouvements avec certaines parties de ton corps.

Si je suis malheureux...

Maintenant,

si tu parles...

tu fais des mouvements

avec ta bouche et ta gorge.

Ne ris pas!

Dis: "ahh".

Mais ça,

ça n'est pas encore vraiment parler,

bien que parler, ce soit remuer la bouche, la langue et la gorge.

Il y a donc une chose spéciale qui transforme ces mouvements

en véritable langage.

Sinon, ce n'est que du bruit.

De même, tu dois trouver la chose spéciale qui transforme ce que tu fais...

en action.

"Mon bon seigneur,

"vous m'avez engendrée, élevée, aimée.

"Je vous rends en retour les devoirs qu'il convient.

"Je vous obéis, vous aime et entre tous, vous honore.

"Qu'ont à faire mes sœurs d'un mari, si elles disent n'aimer que vous seul?

"Peut-être, quand je me marierai,

"le seigneur dont la main recevra ma foi emportera

la moitié de mon amour, de mes soins et de mes devoirs..."

- Je le lis encore? - Je crois que je le sais.

Tu le connaissais déjà?

Non, mais je crois que je le sais.

Alors, tu as une mémoire surprenante.

C'est Cordelia qui défie son père

dans la première scène

de cette grande pièce.

As-tu bien compris ce texte?

Bien. Reprenons au début.

"Mon bon seigneur, vous m'avez engendrée, élevée..."

Recommence. Je vais essayer de te déconcentrer.

"Mon bon seigneur, vous m'avez engendrée, élevée, aimée.

"Je vous rends en retour les devoirs qu'il convient.

"Je vous obéis, vous aime et entre tous vous honore.

"Qu'ont à faire mes sœurs d'un mari si elles disent n'aimer que vous seul?

"Peut-être, quand je me marierai

"le seigneur dont la main recevra ma foi emportera

"la moitié de mon amour, de mes soins et mes devoirs.

"Je ne me marierai jamais comme mes sœurs

pour donner tout mon amour à mon père."

Bien.

J'ai pris ta main et ça t'a gênée au début,

et puis je t'ai vraiment agacée,

mais tu as tenu bon.

Tu as dit tout ton texte comme il fallait.

Parce que tu étais bloquée,

tu ne pensais ni à jouer ni à être une autre,

mais seulement à ne pas rire.

- Quel embarras tu m'as causé! - Oui, ça t'a dérangée.

Tu étais embarrassée.

Mais s'il y avait eu des spectateurs,

ils auraient compris le texte jusqu'au bout.

Et ça prouve que tu as pu...

accéder aux mots,

même si on t'a distraite.

Tu as appris quelque chose, aujourd'hui.

Tu as appris à perdre le sens.

Joue une fille qui commande du thé à la serveuse.

Un thé, s'il vous plaît.

Plus fort. La serveuse ne vient pas.

Elle ne veut pas venir.

Tu es au salon de thé.

Tu es pressée et tu cries après la serveuse.

Puis-je avoir du thé, s'il vous plaît?

S'il vous plaît, du thé!

C'est pas mal, mais...

toi, tu oserais crier dans un salon de thé?

Si tu sais jouer la fille en colère, c'est bien. Sinon...

tu nous dis que c'est gênant de crier dans un lieu public.

Tu dis deux vérités: Celle des grandes gueules et celle de la gêne.

Tu dis la vérité deux fois.

Il y a une troisième vérité

très mystérieuse

et c'est que tu n'es pas cette fille.

Tu n'es pas dans le salon de thé.

Tu es sur scène,

et il y a tous ces gens dans la salle.

Si tu arrives à dire une fois la vérité,

que tu es ici et qu'ils sont là, tu seras une grande actrice.

On reprendra demain,

à la même heure, 9h et demie.

Ça a été une bonne journée.

- Tu veux rester? - Je reste.

Ferme en partant.

Ça va?

C'est bien, ici.

Qu'est-ce qui t'amène?

Tu passais par là?

Tu veux une tasse de thé?

Je vais m'en faire une.

Je marchais dans la rue et mes pas m'ont conduite ici.

Bonne idée.

Et alors?

Je me demandais ce que tu penses de moi.

Bien...

Tu m'as beaucoup vue jouer...

alors...

dis-moi la vérité. Est-ce que je le fais bien?

Ou tu penses que je devrais faire autre chose?

Je ne pense rien de spécial.

Je pense que tu ne m'aimes pas beaucoup,

mais je peux le comprendre.

C'est pas vrai, je suis ta sœur.

Si tu ne veux plus faire l'actrice, fais autre chose.

On peut demander à Mike!

Mais si tu veux faire l'actrice, ne te pose plus ces questions.

Jouer bien ou mal... qui sait?

J'ai menti.

J'ai dit que je savais faire l'actrice, mais...

je ne sais pas.

C'est pas vrai.

Quand on entre en scène,

les gens doivent se dire: "Voilà, c'est ça la vérité."

Mais comme je suis trop petite et trop vide,

ils ne voient rien.

Tu as parlé de ça à ton ami Nathan?

J'ai peur de le décevoir.

Va le voir et parle-lui.

C'est pas une question d'être trop petite ou trop grosse ou trop bête.

C'est ridicule.

Pourquoi tu ne m'as pas dit que ça sert plus à rien de travailler?

Parce que tu le sais.

Qu'est-ce que je fais, maintenant?

Rien. C'est terminé.

Tu es une actrice. C'est ce que tu voulais.

Je ne suis pas assez bien.

Il me manque quelque chose.

Le remède est entre tes mains.

Tu ne peux pas continuer à refuser le monde.

Comment peux-tu prétendre jouer des émotions

que tu n'as jamais vécues?

Je ne refuse rien.

Disons les choses autrement. Tu es vierge?

Quoi?

Tu as déjà couché avec un garçon?

Avec une fille, alors?

Prends un amant, tombe amoureuse, c'est la seule façon.

Tu crois pouvoir jouer?

Tu n'as rien connu de pire qu'une piqûre au doigt.

Pour jouer un cadavre, je devrais être morte?

C'est idiot, ça n'a rien à voir.

Tu parles comme mon père qui me dit de sortir dans des clubs.

C'est pas ce que je dis.

Je dis que pour l'instant...

tu es morte.

Tu es froide et dure comme une pierre.

Un jour, il va falloir que tu...

J'ai besoin du conseil de quelqu'un.

Esther jeta un regard pratique autour d'elle.

Il ne lui semblait rien faire d'insolite

ou de susceptible d'échouer dans son dessein.

Elle passa en revue tous les hommes qu'elle connaissait.

Je peux te demander quelque chose?

Todds...

Il est rigolo. Un peu vieux.

Il avait un théâtre, mais maintenant, il est dans les affaires.

Très galant, mais pas très chaud-lapin.

- Et l'autre, là? - Où ça?

Assis derrière Todds.

C'est Dominique.

Tu es sortie avec lui?

A côté de lui, c'est un artiste, Craig.

Je ne te le conseille pas.

Et Philip Haygard?

Haygard! Où est-il?

II n'est pas là.

Ça m'aurait étonnée.

Il ne vient pas aux premières.

Je parie qu'il n'a même pas de smoking.

Tu le connais?

II me fait peur. Trop sévère.

A moi, ça me va.

Alors, je t'en prie.

Vas-y, fais-toi plaisir.

- Il a une femme? - Pas de femme...

plein de femmes.

C'est en anglais?

- C'est pas une pièce? - Non, c'est un essai.

Je croyais qu'il écrivait des pièces.

Je ne sais pas. On peut passer une commande.

Non, c'est pas la peine.

On peut faire tourner la tête de tous les hommes.

Mais comment on s'y prend?

Disons que tu as décidé... qu'un homme te plaît,

comment tu lui dis?

Je vais chez lui et je demande: "Qu'est-ce que t'en dis?"

Tu y vas quand?

A minuit.

Je frappe à sa porte et je dis: "C'est moi".

Allons, Esther, je plaisante!

Tu peux pas aller chez un homme et soulever ta jupe!

Ça se fait pas, tu devrais le savoir.

- Alors, qu'est-ce que je fais? - J'en sais rien.

Vous vous rencontrez, vous bavardez un peu...

et les choses arrivent... peu à peu...

merde!

Je peux voir le registre?

Voyons...

Haygard Philip.

Il a réservé pour le 12.

Loge 21, fauteuil 213.

On pourrait prendre un verre après la pièce?

Si vous voulez.

D'accord.

Je ne suis pas un vrai écrivain, j'écris des articles et des trucs.

Je ne peux pas encore vous faire de compliments.

Vous n'avez pas assez joué pour ça, et je n'ai pas assez écrit.

Vous vous préparez à une horrible soirée?

Non, tout va bien.

Bonsoir, Philip.

Tu es sorti de ta tanière?

Comme tu vois.

Vous vous connaissez?

Méfiez-vous, il est malin. Plus encore que ses pièces.

Bonne soirée.

A la prochaine!

Désolé, je n'ai pas pu vous présenter,

je ne me souviens pas de son nom.

- Mon nom à moi, c'est... - Je vous en prie!

C'est assez angoissant.

Le pub va bientôt fermer.

Je vais suggérer qu'on aille boire un verre ailleurs.

Et on verra trois ou quatre pubs fermer les uns après les autres.

Et quand ils seront tous fermés,

je vous proposerai de venir dormir chez moi.

On verra bien.

Ça me rassure de savoir que vous pouvez partir entre chaque pub.

Comment vous m'avez trouvé?

En parlant avec Christel.

Elle joue dans la pièce.

Vous savez...

C'est elle.

Ah oui, Christel!

Moi, vous savez m'imiter?

Montrez-moi!

Allez, montrez-moi!

J'ai parlé avec elle... et me voilà.

Je détestais la rue où j'habitais, les gens là-bas, ma famille.

Je rêvais d'une maison où personne ne me verrait.

Que des murs, pas de fenêtre.

Là, j'aurais été bonne ou méchante, à mon gré

et je serais venue à bout de Dieu.

Ça signifie que votre âme était enfermée.

C'est vrai?

Ou qu'au contraire, votre âme est trop libre.

C'est très facile d'attaquer quelqu'un.

Ça me fait peur.

Quand je rentre chez moi, par exemple.

Il lui fit la cour

beaucoup plus habilement que ses autres soupirants,

et bien qu'elle déchiffrât ses intentions

aussi clairement qu'il le souhaitait,

elle lui fut reconnaissante de la délicatesse de ses avances.

Il ne prononça jamais le mot "amour", sauf pour en plaisanter.

Il lui cacha même à quel point sa présence le troublait.

Il ne parla que d'amitié

et de sujets d'ordre général.

Et pourtant, on ne pouvait douter de ses intentions.

Toute son attitude était une attente patiente.

Il l'intéressait. Franchement, il l'intéressait.

Voilà donc l'homme qu'il lui fallait.

J'ai pris une chambre pour vous.

La mienne n'est pas très grande.

Alors, si vous préférez...

Tu peux éteindre la lumière?

Bien sûr.

Tu es très jeune.

Je ne veux rien te devoir.

Je m'appartiens en propre.

Tu ne me dois rien.

- Tu ne seras plus jamais vierge. - On s'en fout!

Ce marché,

ce marché infiniment important avait été conclu

les yeux ouverts et en toute conscience,

dans un but, le but pour lequel elle vivait.

C'était bien?

Je ne comprends pas pourquoi je ne l'ai pas fait avant.

C'est très agréable.

Je continuerai à le faire.

Tu coucheras avec d'autres hommes.

Mais si.

Tu es une actrice, tu coucheras avec d'autres hommes.

Je l'ai fait!

Elle se demandait ce qu'une femme

était censée éprouver en de pareilles circonstances

et pourquoi elle ne l'avait pas éprouvé.

Quelle différence avec la sensation éprouvée à sa première entrée en scène!

Cela avait été une nouvelle vie,

ou le commencement même de la vie.

Tu n'en as pas marre de cette pièce?

Tu dois la savoir par cœur.

J'aime bien. Je te regarde. Je ne m'ennuie pas.

Tu as couché avec lui?

Comment c'était?

Tu l'aimes?

Je ne joue pas mieux qu'avant.

Ça n'a rien changé.

J'ai parlé à tes parents.

Je veux que tu sois ma femme.

Ils sont d'accord.

Je veux que tu me laisses t'épouser.

- Je ne t'aime pas, Joël. - Je le sais.

Ça ne me gêne pas.

Tu es toute seule.

Tu as besoin de quelqu'un.

Regarde-toi!

Ce type ne s'occupera pas de toi.

Moi, oui.

Je ne serais pas une bonne épouse pour toi. Demande à ta famille.

J'en ai rien à foutre de ma famille

et j'en ai rien à foutre de ton théâtre.

Je suis désolée.

Tout glisse sur toi, tu n'éprouves rien.

Non, rien.

Je suis enfermée.

Parfois, tu me sembles une marionnette, qui feint d'être triste ou heureux.

Mais d'autres fois, je vous envie tous.

C'est comme si vous étiez dans le fleuve.

Moi, je suis assise à côté

et je vous regarde passer.

"Philip,

"j'aimerais te voir, te parler.

Je pense qu'on devrait se voir encore une fois."

J'ai eu ton adresse au théâtre.

Je tombe mal? Je peux revenir.

Non, ça va. Entre.

Je t'avais apporté des fleurs, mais je me suis senti bête.

Je vais les chercher.

Elles sont dans le couloir.

Je voudrais être une bonne actrice.

Alors?

Ça m'a plu.

C'est pas possible.

Cette femme est une bonne actrice!

Tu veux dire...

sympathique, gentille?

C'est justement ce qui est terrible.

Cette femme est affreusement gentille.

Mais quel triste pays que celui

où on aime les "gentilles actrices sympathiques"!

Je t'en prie, ne deviens jamais une "gentille actrice"!

Tu devrais couper ta frange.

Tu crois?

Si tu la portais plus courte et plus nette, comme ça,

les gens pourraient lire tes pensées.

Tu as un grand front, il faut t'en servir.

Comme ça, on peut imaginer des idées qui se bagarrent derrière.

Vous la voulez vraiment aussi courte?

Philip avait un sens du jeu

semblable à celui qu'aurait un bon acteur

s'il pouvait être lui-même

et en même temps, spectateur de lui-même.

Il savait non seulement quoi faire, mais exactement pourquoi le faire.

Loin de soupçonner qu'il avait été choisi à cette fin,

il se mit à enseigner son art à Esther.

Tu vois, l'homme se méfie de toi.

C'est très concret.

Imagine que Desdémone veuille venir s'asseoir sur ses genoux.

Othello se dit avec soupçon: "Elle a déjà couché avec Cassio.

"Et si elle veut venir sur mes genoux,

c'est qu'elle est insatiable."

- Où est-ce écrit? - Quoi?

Ce que tu viens de dire.

Là... partout.

Il regarde ton derrière, tu viens t'asseoir et il se dit:

"Cassio l'a tellement excitée

qu'elle veut recommencer avec un autre."

Quel appétit terrifiant!

Et si tu ne viens pas sur mes genoux,

ça prouve que tu as couché avec Cassio.

Tu es si gavée de sexe que tu n'en veux plus.

Tu es repue et c'est aussi ignoble.

Mais Othello n'est pas fou: Tu n'as peut-être pas encore couché avec Cassio.

Mais il doute et c'est trop tard.

Parce que si tu viens t'asseoir sur mes genoux,

même si tu n'as pas encore couché avec Cassio,

je vais me dire:

"Elle vient frotter son cul contre moi, elle en veut, la putain.

Elle en veut tellement que tôt ou tard, Cassio l'aura."

Et j'ai envie de te dire: "N'as-tu pas de pudeur?"

Et si tu ne viens pas t'asseoir,

c'est que, sans tu le saches,

je te dégoûte.

Tu te crois pure parce que tu n'as pas trouvé celui qu'il te faut,

mais je sais que ta lubricité va s'éveiller.

Ce que j'ai fait, c'est dégrader et souiller tout ce que tu désires.

Tout ce que tu désires est devenu précisément le désir d'une putain.

Qu'est-ce que tu as?

- Ça ne va pas? - Si, ça va très bien.

J'ai les yeux collés.

C'est parce qu'on a trop couché hier soir.

Voilà la toile.

Tout au fond.

La fille pose pour Bouvier.

Elle fait fureur.

Mais on se fout des toiles de Bouvier.

Venez. Je vais vous montrer une chose incroyable.

C'est pour ton journal?

Non, c'est des photos d'art.

C'est une Italienne... de Campanie, je crois.

Elle est arrivée il y a 3 mois avec un joueur d'orgue de Barbarie.

Elle parle pas un mot d'anglais, mais un horrible patois du Sud

que même à Milan, on ne doit pas comprendre.

George avait fait un croquis d'elle,

il lui a demandé de le signer

et elle a fait une croix!

J'ai trouvé la femme de ma vie.

J'ai trouvé mon Esther Kahn.

Cet après-midi, on a vu cette fille...

vous savez, le modèle?

Et c'était stupéfiant.

Comment elle est?

Elle a l'air plutôt... suédoise ou allemande.

Oui, une aristocrate allemande... Pas du tout le type italien.

Tu te rappelles?

Laquelle est Esther Kahn?

Bravo!

Bonsoir, Trish.

C'est elle.

Enchantée, madame.

Suivez-moi.

Mon mari.

Mon banquier.

Sean, un de vos fervents admirateurs.

Asseyez-vous.

N'ayez pas peur.

Elle n'a pas peur.

Vous avez faim?

Elle n'a pas faim.

Vous n'avez pas faim?

Philip,

ici.

Alors, c'est vous la bonne actrice?

Et vous n'avez jamais joué pour nous?

Vous êtes merveilleuse.

Sean est notre metteur en scène.

Avez-vous déjà joué des premiers rôles?

Deux fois, au Forester.

Dans quoi?

De petites pièces.

Vous buvez quelque chose?

Laisse-la tranquille, Dodo.

Un rôle principal n'a rien à voir avec un rôle secondaire.

Mais on dit

que c'est plus facile.

Donc, ce sera plus facile?

Philip est mon lecteur et traducteur, mon écrivain français.

Je suis pas un écrivain français.

Il vous a déjà parlé français?

A moi non plus.

Quoi qu'il en soit, il travaille pour moi

et je ne fais rien sans le consulter.

Il est très raisonnable. Un peu trop.

Ça vous rendrait presque ennuyeux.

Mais c'est plutôt rassurant, c'est l'avantage.

Il est devenu fou, une fois, en Italie.

Depuis, vous êtes guéri.

Je suis vacciné.

Tu faisais quoi de fou?

J'étais obsédé par des idées...

Il était seul

à Ferrare.

Vos amis étaient rentrés en Angleterre.

Vous aviez dû être assez odieux.

- Qu'est-ce que tu faisais? - Rien.

J'avais des idées qui me couraient dans la tête.

Je ne trouvais plus le sommeil.

J'ai pensé que si j'arrivais à m'épuiser, je pourrais peut-être dormir un peu.

Raisonnable, non?

Alors, je suis allé marcher.

J'ai marché pendant 15 ou 20 heures.

Je me suis retrouvé la nuit dans la campagne.

J'ai vu une haie.

Je me suis allongé et endormi.

Plus tard, des paysans sont venus avec des bersaglieri.

Le nom de la police en Italie.

Ils m'ont pris et ramené à Ferrare.

Ils m'ont jeté au cachot,

ils m'ont mis aux fers avec de grosses chaînes.

Je m'en fichais pas mal, je délirais.

Le lendemain, trois énormes gardiens

m'ont emmené aux chiottes.

Je me suis senti traqué.

Comment ça?

Juste traqué.

J'ai cru ne jamais m'en sortir.

Et puis, l'idée m'est venue que je devrais m'échapper.

J'ai saisi un des gardiens à la gorge.

J'ai essayé de le tuer.

J'en frappe un autre à l'estomac.

On est tous tombés par terre.

J'avais la force de dix hommes.

Mais j'avais oublié une chose:

J'étais pieds nus, et mes geôliers avaient des souliers cloutés.

Et alors?

Ils se sont jetés sur mes pieds nus,

si violemment que mes pieds se sont mis à saigner.

Des ruisseaux de sang!

Tous les quatre, on pataugeait dans le sang de mes pieds.

Après, je me suis évanoui.

Ils m'ont remis au cachot.

Et puis, je suis tombé dans le coma.

Ils ont fini par avertir l'ambassadeur et on m'a renvoyé en France,

et ensuite à Londres, grâce à Trish.

On l'a hospitalisé dans un asile privé.

En plus de ses problèmes mentaux,

il avait ces problèmes de pieds.

Je ne deviendrai plus jamais fou.

Je n'ai pas de respect pour la folie ni pour la souffrance.

Voilà, c'étaient mes vacances en Italie.

Qu'est-ce qui se passe?

Je suis sûre que tu existes!

Je vais bien.

L'intérêt constant que Philip portait à son jeu,

la patience avec laquelle il l'aidait et travaillait avec elle

empêchèrent Esther de comprendre combien le sentiment qu'il avait pour elle

s'était réduit à peu de choses.

Je t'ai acheté ça hier, avant d'aller au théâtre.

C'est très gentil de ta part.

Ibsen.

Il y a une raison?

Je sais que c'est bien pour toi.

Mais c'est en norvégien!

J'avais pas bien regardé.

Tu veux que je le change?

Non, je vais me mettre au norvégien. C'est très bien, merci.

Il faut faire ça quand un livre tombe. Sinon, son esprit s'envole.

Apportez les brochures.

Je suis un ami de Mlle Kahn.

Nous avons deux semaines

pour monter "Hedda Gabler".

C'est Philip Haygard qui a fait la traduction.

Philip n'est pas là.

Pour commencer, je voudrais que tout le monde se présente.

Esther, rôle de Hedda Gabler.

Je suis le mari de la dame... Tesman.

- Vous me connaissez tous. - Bien sûr.

Sarah, rôle de Julia Tesman.

Margaret, je suis Bertha.

Et je suis Mme Elvsted. Thea.

Lövborg.

Je m'appelle David et je sais pas prononcer le nom de mon personnage.

Eilert Lövborg.

Et...?

Nathan Quellen... Brack.

Quelqu'un a besoin d'un texte?

Quelqu'un le sait déjà?

Pas tout à fait.

"Madame, la dame qui a apporté des fleurs il y a un moment

"est revenue.

Les fleurs que Madame tient."

"Elle est là? Faites-la entrer."

Faites-la entrer...

"Bonjour, chère Mme Elvsted.

C'est un plaisir de vous revoir."

"Il y a longtemps que nous ne nous sommes vues."

"Et nous deux aussi, hein?"

"Merci pour vos ravissantes fleurs."

"Je vous en prie.

Je serais venue hier, mais j'ai su que vous n'étiez pas là."

"Vous venez d'arriver en ville?"

"Je suis arrivée hier vers midi.

"J'étais vraiment désespérée

d'apprendre que vous n'étiez pas chez vous."

"Désespérée? Pourquoi donc?"

"Mais ma chère Mme Rysing... je veux dire, Mme Elvsted..."

II ne faut pas que l'esprit s'envole.

Sale temps!

Ton ami est déjà parti?

II est très bien, Nathan.

Alman cherche un fiacre.

Comment se passent les répétitions?

Vous êtes bien silencieux!

On est fatigués, Alman.

Qu'est-ce qu'ils foutent?

- Ne les laisse pas t'intimider. - Elle ne se laisse pas intimider.

C'est toi qui nous intimides.

Je bâille déjà. Ils ne sont pas trop ennuyeux?

Non, ça va.

Et Trish est contente?

Je ne sais pas.

Trish va bien. Merde, ça va prendre des heures!

Je vais aller voir.

N'y va pas, c'est tout boueux!

C'est ta voiture qui est coincée?

Sylvia... Esther, une actrice merveilleuse.

- A plus tard. - Je vais y aller.

Ils ont presque dégagé.

Tu ne montes pas?

Je suis à côté, je vais marcher.

C'est idiot, on peut te déposer.

Non, je préfère comme ça.

Tu es sûre?

Oui, allez-y.

Philip est là.

C'est un peu difficile pour moi, parce qu'il est avec une amie...

Je vais marcher.

J'ai pris ta clef, au cas où tu ne reviendrais pas seul.

Qu'est-ce que tu fais avec cette fille?

Je vois qui je veux, quand ça me plaît.

Tu ne la "vois" pas,

tu la baises.

C'est ma maîtresse.

Pourquoi tu fais ça?

Parce que j'en ai envie.

Parce que cette fille me plaît, qu'elle me fouette les nerfs.

Tu aimes une fille qui danse dans la rue et qui te trompe?

Je sais que je n'ai rien à craindre de cette femme.

Tu ne l'aimes pas parce qu'elle est comme toi,

parce qu'elle est apatride et inculte, comme toi,

parce qu'elle sait à peine lire et écrire, comme toi,

parce qu'elle est modèle,

parce qu'elle a couché avec moi par intérêt, comme toi.

Une créature insignifiante,

une paysanne de Campanie qui n'a pour elle

que sa beauté et sa grâce.

Tais-toi!

Ne me compare pas à cette putain!

Pourquoi dis-tu ça?

Elle est modèle, pas putain.

Tout le théâtre se moque de toi.

Sean l'a vue

dans la rue. Elle embrassait un vieux type.

Quelle est ta définition d'une putain?

Dis-moi.

Tu en parles avec assez d'assurance pour le savoir.

Qu'est-ce qui te prend?

Une putain est une femme

qui écarte les jambes par intérêt,

car elle ne sait rien faire d'autre.

Je ne comprends rien à ce que tu dis.

Explique-moi ce que toi, Esther Kahn, actrice,

tu fais avec moi, Philip Haygard,

critique de théâtre.

Dis-le-moi.

Ne me fais pas de mal avant que je joue.

"Ne me fais pas de mal avant que je joue"!

Je ne te fais pas de mal, tu es une machine.

Je suis avec toi, parce que...

Tu m'aimes? Tu parles!

Tu es Esther Kahn, la pute à Haygard,

qui va te quitter et te rendre au vide dont je t'ai tirée.

Tu es jaloux.

Tu ne feras rien d'elle.

Elle ne te rendra jamais fier, comme moi.

N'en sois pas si sûre.

Je suis plus fier de sa beauté

que je l'ai été de ton intelligence et de ton talent.

J'ai aimé au-dessous de ma condition.

Je me suis abaissée à t'aimer.

Je suis souillée.

Où tu vas?

Ne pars pas sans me dire où tu vas.

Si tu veux rester, tu sais quoi faire.

La réception est en bas.

Tu paies et tu rends la clef en partant.

Elle ne marche pas.

"Hedda...

que va-t-il advenir de tout ça?"

"A dix heures, il sera ici.

"Je le vois déjà,

avec du pampre dans les cheveux, ardent et téméraire..."

"Pourvu que ce soit vrai!"

"Alors, vois-tu,

"il sera redevenu maître de lui-même.

Et il sera un homme libre à jamais."

"Mon Dieu...

s'il pouvait arriver tel que tu le vois."

"Il arrivera tel que je le vois.

"Si tu pouvais comprendre comme je suis pauvre.

"Toi à qui le destin a donné d'être si riche!

Je crois que je vais te brûler les cheveux!"

"Lâche-moi!

J'ai peur de toi, Hedda!"

"Le thé est servi dans la salle à manger."

"Bien,

nous venons."

"Je préfère rentrer chez moi toute seule,

tout de suite."

"Ridicule."

C'est tout pour aujourd'hui. On verra demain.

J'arrive pas à me concentrer, j'étais absente.

Je t'assure, c'était formidable.

Non, j'ai des soucis.

Demain, j'espère juste m'en sortir.

Que puis-je pour vous?

Chambre 211.

M. Haygard n'est pas là.

Je suis au courant.

La chambre est libre.

Bien.

Mlle Kahn est dehors.

On t'attendait.

Elle ne veut pas entrer.

Pourquoi?

Ça va?

Je ne veux pas entrer.

J'ai peur de ne pas pouvoir jouer.

Tu as le trac, c'est normal.

Vous vous êtes disputés?

Je ne suis plus avec Philip.

J'ai honte.

Il t'a bien amochée!

Personne ne me tape dessus.

Il y a que moi qui me tape dessus.

Je te crois!

J'ai peur de m'être abîmé la mâchoire.

J'ai du mal à parler.

On va te mettre une pommade... ou quelque chose.

- Je veux parler à personne. - Tu ne seras pas obligée.

Va leur dire.

Elle n'a rien. Juste quelques marques sur le visage.

Voilà de la glace.

Je pose la robe là-bas.

Il faut que je parle à Nathan.

Nathan...

c'est Esther.

Je suis prêt.

Ne me laisse pas.

Je resterai collé à toi.

"Vous étiez une classe au-dessus de moi. J'avais peur de vous!"

- "Peur de moi?" - "Affreusement.

Quand nous nous croisions dans l'escalier..."

Je ne peux pas jouer.

Je suis malade.

Vous n'avez qu'à jeter sa pute dehors,

sinon, j'entre pas en scène.

Je ne peux pas virer un spectateur.

C'est dérangeant.

Compris?

Tu ne te débarrasseras pas de lui comme ça.

Philip a une grande gueule.

Si tu lui parles, ça sera pire.

Ils ont déjà leurs billets.

Les ouvreuses m'ont dit qu'ils étaient déjà placés.

Je ne veux pas jouer si elle est là!

Pourquoi ne m'en as-tu pas parlé avant?

On se serait arrangés.

C'est trop tard, maintenant.

On aurait pu vendre leurs places.

Je suis malade.

C'est pas ma faute.

Quelqu'un ne pourrait pas aller leur parler discrètement?

Lui dire que c'est difficile pour moi,

c'est vrai que c'est difficile,

et que ça ira mieux si elle s'en va.

C'est possible, ça?

Je peux pas lui demander moi-même...

Toi, tu restes ici.

Reste ici!

C'est une blague malsaine qu'il te fait.

Ignore-le.

C'est pas possible.

J'essaie, mais je ne peux pas.

Fin de la discussion.

Fais pas d'histoires.

Je ne crois pas que Philip sera dans la salle. On lui a parlé.

Tiens bon.

Ne fais pas attention.

J'ai tout oublié.

J'arrive même pas à lire.

Bois un peu d'eau.

Ça va aller.

Je suis malade, je ne peux pas jouer.

Excuse-moi.

C'est ma faute. Je suis stupide.

C'est pas grave.

Détends-toi.

Je vais chercher de l'eau. Ou tu préfères du thé?

On a dix minutes.

Je reviens.

Va chercher l'infirmier! Vite!

Merde, Esther...

Qu'est-ce que tu as fait?

Je vais désinfecter, ça va piquer.

Mais je ne peux pas cautériser.

Ça va saigner, mais très peu.

Les plaies sont petites. Ça ira bien dans vingt minutes.

Elle doit entrer en scène maintenant.

Ça va juste saigner un peu.

- Ça te fait mal? - Non.

J'ai peur qu'elle en ait avalé.

Quelle classe!

Tu as mâché ça?

Tu es brave!

Je suis impressionné.

Si tu voyais Sean!

II chie dans son froc.

Si j'en mangeais un peu aussi?

Comme ça, il m'adorera.

Reste un peu seul. Tu as besoin de te concentrer.

Tu laisses l'infirmier avec elle?

Tu es ici pour jouer, ne pense qu'à ça. Kathryn et moi, on se débrouillera.

Concentre-toi: Acte I, acte II, acte III...

En scène, chacun tout seul. On ne joue pas avec, on joue contre.

Vous êtes allé parler à la fille?

Je crois.

Tu veux bien vérifier?

Je crois que Kathryn l'a vue, ou le portier.

Ils sont en train de s'en occuper.

Tu viendras me le dire?

Je serai en bas.

Deux minutes!

De toute façon, on va s'en assurer.

Ou je monte ou je te le dirai en bas.

Alors, tu monteras me le dire?

Tu veux mettre ta robe?

C'est parfait.

Il faut y aller.

Sean veut que tu ailles chercher Esther.

- Elle est dans la salle? - Je ne sais pas.

Mlle Kahn!

Elle est sur scène.

Rideau!

"Ma parole, ils ne sont pas encore levés!"

"Je vous l'avais dit.

Je veux pas que cette putain me touche!

Un jour, tu seras dans le caniveau et je piétinerai ton cadavre. Je te hais!

Je ne peux pas jouer. Il faut les prévenir.

Je vous rembourserai.

Tu n'as pas assez d'argent.

Pas en une fois, en plusieurs versements.

Je ne suis même pas jalouse.

Mais je ne peux pas jouer ce soir!

Demain...

Tu joueras devant cette fille ce soir.

Et demain, on écorchera vif ce petit con de Haygard.

Je vais tout gâcher. Je ne sais plus...

"Surtout maintenant que j'ai une maison où travailler."

Je ne peux pas!

J'ai mal!

Je t'attends ici.

Tu n'as que deux répliques et tu sors de scène.

Essaie! Si c'est trop difficile, on s'arrête.

"Je crois que la voilà."

Ça me brûle partout. Je ne veux pas y retourner.

"Hedda, n'est-ce pas émouvant?"

Faites rapide.

Cinq minutes de répit et on baisse le rideau.

- Ça suffira? - Je peux le faire.

- Comment ça se passe? - Tout va bien.

"Pour l'amour de moi, Hedda!"

II faut qu'elle reste en scène.

Si Esther sort de scène, elle est capable de ne pas revenir.

Je la surveille.

Elle ne sort pas de scène, compris?

Tu la changes en scène, tu la maquilles en scène.

L'infirmier a un truc pour sa bouche.

Lève-toi une minute.

Donne-moi tes bras.

Tu veux un petit verre?

Un remontant?

J'ai oublié des répliques?

Tu es très bien.

J'avais peur d'en oublier et de te décaler.

Tu as été parfaite.

Parfaitement en place.

J'ai parlé au souffleur, il dit que tout se passe bien.

J'ai trouvé cette préparation, c'est très bien.

Ça ne saigne presque plus.

Tu as une scène. Une scène, qu'est-ce que c'est?

Je peux prendre la chaise?

Elle n'avait jamais été plus contenue, plus libre d'effort.

C'est à peine si elle semblait jouer.

On eût dit qu'il s'était établi un courant magnétique

entre elle et ceux qui la regardaient.

Ils retinrent leur souffle

comme s'ils assistaient à une tragédie réelle,

comme si, à tout moment,

ce jeu pouvait faire place

à quelque passion horrible, nue, de la nature.

Je dois aller aux toilettes.

Ramène-la en scène.

"C'est sur l'avenir.

On m'a dit chez le libraire que tu vas en faire une série, cet automne."

Nathan...

c'est affreux pour moi.

C'est pas si terrible!

Non...

mais c'est humiliant pour moi.

Je suis une femme, quand même.

"Je le savais bien!

"Hedda!

Eilert Lövborg ne se dressera pas sur notre route!"

"Notre route? Laisse-moi en dehors de ça."

"Et vous, Conseiller Brack, qu'en dites-vous?"

"Je dis qu'une victoire morale peut être une belle chose..."

Je vais me changer.

Je te laisse un moment.

Il y a un mot de Haygard.

Je te le garde ou je te le donne maintenant?

Vivement qu'on ait fini la pièce.

C'est vrai.

Je dois aller pisser.

Je vais avec toi.

Tu me rends mille fois ce que je t'ai donné.

Tu fais de toi une grande actrice. Permets-moi de te voir.

Pardonne-moi, c'est Sean qui m'a demandé...

Je ne sens plus rien.

Je voulais savoir quelle impression ça fait quand la vie entre en vous.

Parce que je ne sentais rien et je ne connaissais rien.

Maintenant, tout m'arrive très fort.

Ça brûle chaque nerf. C'est comme une boucherie.

Tout rentre à l'intérieur de moi.

Je suis toute arrachée.

Je sens que je meurs à toute vitesse et ça ne s'arrête pas.

Comment vous faites

si vous sentez la vie tout le temps?

Je ne vous crois pas.

Je sais que vous faites semblant,

parce que ça fait si mal que vous hurleriez.

Je préférais avant.

Vivement que ça s'arrête!

Tu crois que ça va s'arrêter?

C'est mieux quand on est enfermé, hein?

II ne faut jamais rien connaître.

C'est pas bon de savoir.

Ça n'est que de la merde.

Tu m'avais menti.

"Ecoutez, Mme Elvsted,

"vous devriez vous installer chez tante Julie.

Je viendrai le soir et nous travaillerons là-bas."

"J'entends ce que tu dis, Tesman!

Et à quoi passerai-je mes soirées ici?"

"Le Conseiller Brack aura sûrement la gentillesse

de passer te voir, malgré mon absence."

"Tous les soirs, avec plaisir, Mme Tesman.

Nous nous entendrons fort bien."

"C'est bien ce que vous espérez, Conseiller!

Être le seul coq du poulailler!"

"Elle joue encore avec ces pistolets!

"Elle s'est tuée!

"Une balle dans la tempe!

Pensez un peu."

"Miséricorde.

On ne fait pas des choses pareilles!"

La réflexion revenant

au travers d'un amas confus de souffrance et d'émoi,

à sa nature déterminée et automatique

qu'un grand choc venait en quelque sorte de libérer,

elle réalisa que ce qu'elle avait voulu toute sa vie

s'était enfin produit.

On lui avait donné la note et elle lui avait répondu,

comme elle répondait à toute suggestion... infailliblement.

Elle savait qu'elle pourrait répéter la note quand elle le voudrait,

puisqu'elle l'avait trouvée.

Il n'y aurait pas de variations.

L'actrice était faite, enfin.

Elle pouvait reprendre son amant ou ne jamais le revoir,

cela ne changerait rien.

"Cela ne changerait rien", se répétait-elle encore et encore,

en versant des larmes irrépressibles.

Moi, je calcule tout parce que je suis en faillite!

Toi, tu ne comptes pas, tu es si prospère!

Tu te trompes de personne. Tu ne me parles pas à moi!

Je te survivrai, tu comprends? Je vais m'en sortir!

Malgré toi, mais je vais m'en sortir...

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