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Le jour des alliances
Il faut que je trouve un endroit pour t�l�phoner.
C'est �a, tu vas vraiment nous faire prendre, toi.
Toutes les cabines sont flicqu�es et les bistrots c'est des nids de collabo.
Attends, attends, arr�te-toi qu'on r�fl�chisse.
Arr�te-toi!
T'aime bien donner des ordres, toi.
T'aurais d� faire l'arm�e.
Mais j'�tais pr�t, figure-toi.
La guerre m'en a emp�ch�.
Emp�ch� de faire l'arm�e pour cause de guerre?
C'est comique, �a.
Quoi, tu as quelque chose contre l'arm�e?
Tout! Mon ami, tout.
Sans l'arm�e, comment tu d�fends ton pays?
Tu crois que notre arm�e elle a d�fendu le pays?
Hep, vous l�-bas!
Au nom de la loi, arr�tez-vous. (coup de feu)
(coups de sifflet)
On a de la chance.
Vachement de la chance.
Tu crois qu'on va retourner l�-bas?
T'as raison. On ne peut pas t�l�phoner.
J'ai toujours raison.
T'es toujours modeste, aussi?
Toujours.
Allez, viens.
Je sais o� on pourrait aller.
J'ai un pote qui se planque dans une ferme, pas trop loin.
O� �a?
A deux-trois bornes, chez un pote de mon p�re.
Un pote de ton p�re?
Pourquoi t'es pas all� te planquer l�-bas, alors?
Parce que c'est un pote de mon p�re.
Mais maintenant qu'on est en cavale... pour un jour ou deux, histoire de voir venir.
Et il y a un t�l�phone l�-bas, tu crois?
(elle chante) Au musette mais il m'a suffit d'un seul baiser
Je ne vous avais pas vu.
Je ne voulais pas vous d�ranger... Vous chantez si bien!
N'exag�rons rien.
Mon p�re voulait que je fasse carri�re, mais...
... pas d'argent.
J'ai appris que le directeur de votre �cole avait �t� arr�t�.
Oui.
Avec trois des coll�gues.
Je crois qu'il est mort sous la torture.
C'�tait �a, les probl�mes dont vous parliez?
Oh ce n'est pas que je trouve que la r�sistance soit un probl�me.
Non, bien s�r.
D'ailleurs... votre mari, il en est aussi, � ce qu'on m'a dit. Non?
Euh... Je ne sais pas. Il ne me parle pas du tout de ces choses l�.
Ah!
Et ... de quoi vous parle-t-il alors?
Madame B�riot? Oui.
Fiche de paie
Merci.
Secours national, et le journal. Merci.
Est-ce qu'il y a une Marguerite Martin ici? C'est moi.
Je suis la nouvelle maitresse de chant.
Je voulais prendre des cours de chant, moi. Merci.
Eh bien... bonne journ�e. Bonne journ�e.
Au revoir. Au revoir.
C'est une mauvaise nouvelle?
C'est mon mari.
Il est en stalag.
Ah... Je n'avais pas compris que... vous �tiez mari�e.
Je n'aime pas beaucoup en parler.
C'est peut-�tre une bonne nouvelle.
Oui, peut-�tre.
Excusez-moi.
Thierry!
Thierry?
Bin, tu ne peux pas r�pondre?
J'avais peur que ce soit les gendarmes.
Qui t'appellent par ton pr�nom!
Oh! On ne sait jamais.
Antoine, un copain. Salut.
Il y a un t�l�phone, ici?
Je n'en sais rien.
Mais t'as parl� au fermier?
Un peu
C'est � dire?
He... je lui ai demand� � bouffer, il m'a dit de fiche le camp.
Effectivement, c'est peu.
T'es rest� l�!
Ben ouais, puisque Claude devait revenir.
Tu devais revenir?
Mais tu ne m'as pas du tout dit �a!
Je lui ai dit... peut-�tre...
Attends! C'�tait des flics � l'usine, ou tu m'a racont� des craques?
Si, c'en �taient.
Enfin, je crois.
Il t'a dit qu'il devait revenir ou pas?
Eh bin c'est � dire, je... je... je ne sais pas.
Ecoute. C'�tait pas les flics.
Ecoute-moi, �coute-moi!
C'�tait pas les flics, mais je t'ai trouv� sympa et je me suis dit qu'on serait plus forts si on �tait plusieurs. Voil�
Plus forts pour quoi!
Je ne sais pas, moi. Pour s'organiser, trouver quelque chose � bouffer, un endroit o� dormir...
Eh ducon, tu fous en l'air mon rendez-vous!
Ton rendez-vous, ton rendez-vous! Tu as envie de te planquer en Suisse, toi? Franchement! Remarque...
Tu ne pouvais pas me le dire en face? Tout simplement.
Te dire quoi?
Je te trouve sympa, et si on se planquait ensemble.
Ca n'aurait servi rien.
T'avais ton rendez-vous.
Alors toi, quand tu as un truc qui ne te convient pas, tu mens.
Oui, parfois.
Tu ne fais pas �a, toi?
Pour le moment, je suis engag�e dans quelque chose dont je ne peux pas sortir comme �a.
Je comprends.
Tu comprends toujours tout, toi.
Mais il y a une chose que je ne comprends pas.
Les communistes... Tu les d�testais quand m�me � l'�poque.
En ao�t 39 quand ils ont sign� le pacte.
Tu disais qu'ils �taient pire que les boches.
Toi, tu es devenu mar�chaliste, � lire tes derni�res lettres.
Tu ne peux pas nier que le Mar�chal nous prot�ge.
Le Mar�chal, G�rard...
C'est nos camarades emprisonn�s par dizaines...
... fusill�s, d�port�s...
... pas de libert� de la presse, pas de syndicat...
Et tu n'es pas d'accord sur la politique?
Tu n'as pas envie de revenir?
Tu sais bien que ce n'est pas �a.
Oh, �coute, tu r�gles tes affaires comme tu dois. Mais moi, je veux que tu reviennes.
Je pourrai t'avoir des faux papiers qui nous permettraient de passer en Suisse avec la petite.
Comment?
Par Hubert. Il est gardien-chef � la prison de Villeneuve.
Hubert?
Et on... on pourrait s'installer � Lausanne.
Tu ne portes plus ton alliance!
Non. Je l'ai, bien s�r...
C'est que dans la clandestinit�, on ne doit rien garder sur nous qui puisse nous identifier.
Tu en as fait quoi?
Je l'ai cach�e dans une de mes planques.
Ecoute, Suzanne, il me faut une r�ponse.
Ecoute, laisse-moi encore un peu de temps.
J'ai un truc important � faire.
Retrouvons-nous demain � la m�me heure.
N'en parle � personne.
Evidemment.
Pas m�me � L�onore.
Ca me fait dr�le, quand m�me, pour l'alliance.
Allez, les m�mes, on se l�ve. Je lui ai dit qu'il ne pouvait pas rester ici, lui.
Vous pouvez nous filer � manger, quand m�me?
Pourquoi je vous filerai � manger?
Je ne suis pas le secours national!
Je peux travailler pour vous.
Je connais bien le bois. Vos charettes, je peux les retaper.
Pourquoi vous vous cachez comme �a?
On ne se cache pas. On nous a vol� notre voiture et nos papiers... Arr�te.
Vous savez tr�s bien qu'on est des r�fractaires.
Tout ce qu'on vous demande c'est un quignon de pain et de l'eau.
Et apr�s, vous allez faire quoi?
En quoi �a vous regarde, �a?
Oui, t'as raison.
Alors, barrez-vous ou j'appelle les gendarmes.
Un chien aboie.
Fermez vos gueules et planquez-vous. Pas un bruit, hein.
Il nous a donn�, ce con! Ferme la.
Enfin, r�fl�chis, ils n'arrivent par hasard.
S'il nous avait donn�, il ne nous aurait pas r�veill�.
C'est un collabo!
Je croyais que c'�tait un copain de ton p�re?
Mais j'ai dit �a comme �a, pour que tu aies confiance.
Il ne faut plus que tu dises de trucs comme �a, Claude.
Mis�re, tout ce qu'il a � bouffer l'enfoir�!
Il ne veut m�me pas nous refiler un quignon de pain!
En tout cas, il faut qu'on se tire.
Tu as une id�e?
Une vraie!
Une vraie... non.
Moi, j'ai un cousin qui est en for�t avec des potes. Enfin des mecs comme nous , quoi. Mais il faut marcher.
En for�t?
Ca veut dire quoi?
Bin, je crois qu'ils ont un campement...
...ils ont � bouffer...
Tu pr�f�res la Suisse et le beau-fr�re?
C'est o�?
Venez.
Tu bouges.
Oh, je suis un �tre vivant, Hortense.
Mais il ne faut pas bouger, sinon je n'y arrive pas.
Tu devrais peindre des cadavres.
Arr�te. Quelle horreur.
Tu n'aimes pas �a?
Quoi?
Poser pour moi.
Tu veux dire Est-ce que j'aime rester de longues minutes immobile en attendant tes ordres?
Comment dire? Non.
Ce n'est pas gentil.
Je ne suis pas un type gentil.
Ohhh... quand on te connait bien...
Ya. Ah... Ludwig!
Tu en prends de plus en plus souvent.
J'ai de plus en plus mal.
Et �a fait de moins en moins d'effet, non?
Ca en fait, ne t'inqui�te pas.
Ca en fait.
J'ai peur.
De quoi?
Qu'un jour il n'y ai plus de morphine.
Hortense!
Tant qu'il y aura la Wermacht, il y aura toujours de la morphine.
Aaaaah!
Oh, �a y est.
Oh, �a fait du bien de ne plus avoir mal.
Si �a pouvait �tre toujours comme �a.
Pour les armes, vous les contr�lez maintenant.
Tout � l'heure, il sera trop tard.
Et surtout, interdiction absolue de tirer sans mon ordre.
V�rifiez que vous n'avez rien sur vous qui permette de vous identifier.
Ca va bien se passer. Ne vous inqui�tez pas.
Faites ce qu'il vous dit.
Tout ira bien.
Ca va?
Mais oui, �a va.
Ca te va bien, l'uniforme.
Je ne trouve pas.
Marcel, j'ai peur pour toi.
Je veux dire plus que d'habitude, parce que c'est une id�e � moi.
Tu ne dois pas.
Tu ne dis pas la v�rit�. Ce n'est plus une id�e � toi. C'est une id�e du parti.
Le parti ne me rend pas amn�sique, tu sais.
Dommage.
L'amn�sie, �a aide parfois.
J'ai revu mon mari, hier.
Suzanne, ce n'est plus le moment de parler de �a.
Marcel, est-ce que tu m'aimes?
Est-ce que tu m'aimes vraiment?
Oui.
Qu'est-ce que tu nous ram�nes?
Des potes.
Claude, Antoine, Alban.
Et puis les deux autres, je sais pas leur blaze.
Vous avez des trucs � bouffer?
On pensait en trouver chez vous!
Quoi? C'est ce que nous a dit cet abruti.
Bah, tu m'avais dit que tu faisais cuire des trucs!
Des ch�taignes.
Elles sont inbouffables, je ne sais pas pourquoi.
Parce qu'il faut faire une entaille avant de les mettre dans le feu.
J'ai rien bouff� depuis hier, moi!
Cez n'est pas une raison pour nous ramener des inconnus.
T'as oubli� qu'on est recherch� ou quoi?
A propos de s�curit�, votre feu, ce n'est pas prudent.
Ca se voit � des kilom�tres.
Quand on veut se cacher, jamais de feu � d�couvert.
T'es un petit malin, toi.
Bon, allez, tirez-vous.
Vous n'avez rien pour nous, on n'a rien pour vous.
Je n'aime pas les donneurs de le�on.
C'est idiot, on dev... D�gagez!
Ta gueule, elle ne me revient pas.
On n'a pas gard� les vaches ensemble et je n'ai pas envie qu'on les garde. C'est clair?
Hugg... Ben quoi?
... mon corset!
Oh!!! Ca va?
Un truc dans les os. Je n'en n'ai plus que pour quelques mois.
Oh!!! Ca passe la plupart du temps. Ca me ronge de l'int�rieur.
J'esp�rais trouver un peu...
...de solidarit�, de chaleur humaine...
Bah, on ne pouvait pas savoir.
Oh....
(rires)
Mais tout va bien, les gars.
Je suis en pleine forme.
J'ai juste un peu faim.
Ca alors!
Tu m'as bien eu!
J'ai cru � ton truc, moi. Merde.
Alors, on peut rester avec vous?
Bon.
Tu peux rester. De toute fa�on, on n'a rien � partager.
Tu vois, parfpois, �a peut servir de mentir.
Mais l�, tu ne mentais pas.
Tu jouais.
Ce n'est pas pareil.
Tu es mon b�b�.
A dodo a. Oui, on va faire dodo avec doudou.
(murmures entre m�re et fille)
Jules? Hmm...
Marguerite... H� bien?
Elle cache quelque chose.
Moi aussi, je cache quelque chose, Lucienne.
On cache tous quelque chose, mais c'est rarement passionnant pour les autres
Elle a re�u une lettre, hier...
Elle m'a racont� que �a venait de son mari qui est en stalag.
Mais c'est s�rement vrai.
Sauf que sur les lettres de stalag, il y a un cachet sp�cial.
...alors que sur celle-l� il y a un tampon ordinaire de la poste.
Vous l'avez vue de si pr�s!
Oui.
J'ai vu le timbre: c' �tait le mar�chal, �a veut dire que la lettre a �t� post�e en France.
Mmmm... Je ne vois pas en quoi �a nous regarde.
Elle est cens�e apprendre des valeurs aux enfants, si elle ment c'est quand m�me un probl�me.
Rien ne prouve qu'elle ment.
Mais enfin...
Beaucoup de prisonniers �crivent aux associations qui renvoient � la famille.
Ca va plus vite.
Je ne savais pas.
Mais maintenant, vous savez.
N'emp�che, elle n'a pas d'alliance...
Une femme de prisonnier qui n'a pas d'alliance, c'est quand m�me ...
Quand m�me quoi?
Peut-�tre qu'elle n'aime plus son mari.
Elle a un amant. Encore une fois en quoi �a nous regarde?
Elle m'a demand� si vous �tiez dans la r�sistance.
Enfin, elle pensait que vous l'�tiez.
Elle m'a demand� de confirmer.
Elle aura entendu des on-dit.
Vous n'allez rien faire!
Non, je ne vais rien faire. Ha! Avec vos soup�ons, vous m'avez... Il faut que je recommence tout, maintenant.
H�, Max, c'est pas un peu bizarre, un barrage de gendarmes � cet endroit?
Ferme-la! Et pr�pare-toi � faire ce que tu as � faire.
Il arrive.
Qu'est-ce qui se passe?
Bonjour. Guten tag. La route est bloqu�e.
Il y a eu un �boulement. Kaput!
Bouge pas!
Toi aussi.
Sors!
A genoux. A genoux!
Sors, toi aussi.
Putain, j'ai eu peur.
Tu paries combien sur une bonne dinde?
Tu sais, moi, les paris...
(fusillade)
Toi, reste l�.
Tu ne bouges pas!
(coups de feu )
(fusillade nourrie entrecoup�e de cris)
Planque-toi, merde!
(tirs multiples)
J'ai pas mal!
J'ai pas mal.
Allez.
Il faut faire une pose.
Pas question. On est encore trop pr�s de la route.
Et Julien!
Attendez, on ne va pas...
On peut au moins essayer de trouver un m�decin.
Dix heures de marche minimum.
Il sera mort bien avant.
Merde.
On ne peut pas le laisser l�, comme �a!
Je vais rester avec lui.
Hors de question.
S'il est l�, c'est � cause de moi.
Ca arrive, c'est la guerre.
Tu as fait ce que tu avais � faire.
Maintenant, il faut qu'on file.
Allez-y. Il faut mettre les armes � l'abri.
Je reste avec toi.
Ne tra�nez pas.
On vous attend mardi, 9 heures, carrefour des tilleuls.
D'ici l�, c'est la jungle. Aucun contact, aucune planque, rien.
Oui.
J'ai envie de dormir.
Ca va aller, hein!
Herr Muller, au nom de notre pays, je vous pr�sente nos condol�ances les plus sinc�res.
Et sachez que nous ferons tout pour retrouver les terroristes qui ont commis ces actes ignobles.
Vraiment. Le Pr�fet m'a charg� de vous transmettr....
Ca ne m'int�resse pas!
Mais dites-lui ceci: 50 otages seront d�port�s en Allemagne d�s ce soir.
50 autres personnes seront arr�t�es et deviendront otages.
Allons, Monsieur Muller, nous sommes pr�ts � collaborer comme vous voulez, et vous le savez.
Mais enfin, 50 arrestations!
Vous avez raison, 100. Ce sera 100.
Monsieur Muller!
200. (Chassagne) 300!
Trois morts, trois cents arrestations, �a me para�t juste.
Cent pour un, c'est ce qu'a dit votre F�hrer.
Raison de plus.
Il faut �craser la vermine terroriste, Servier, faire peur � ceux qui la soutienne ou auraient tout simplement envie de la soutenir.
On ne fait pas peur avec des lois et des discours mais avec des actes.
La mairie et au-del� tous les vrais fran�ais sont avec vous.
Et vous, Servier, vous �tes avec nous?
Je vous transmets les condol�ances du Pr�fet et je vous laisse. Vous allez �tre tr�s pris par cette enqu�te.
Monsieur le Maire.
On ne peut rien faire avec ce genre de couilles molles.
Pour une fois, nous sommes d'accord.
Je crois qu'on peut �ttre d'accord sur beaucoup de choses.
Ecoutez, j'ai un projet dont j'aimerais vous parler.
Venez d�ner � la maison.
Ce soir, la mort me coupe l'app�tit.
Disons, demain?
On boira, et on parlera.
Amenez Hortense.
Il avait de la famille, Julien?
Je crois que sa m�re habitait � Nancy.
Parfois je me dis que tu aimes �a, la guerre. Je me trompe?
Ca fait longtemps que je ne me pose plus la question.
Moi, je te la pose.
Personne n'aime la guerre.
Si c'�tait vrai il n'y en aurait jam�ais.
Suzanne, c'est une vraie question.
Non.
Mais j'ai une vraie question.
Je t'�coute.
Mon alliance?
Quoi?
Ce truc rond et dor� que tu m'as emprunt� dans une chambre d'h�tel il y a des lustres, tu te rappelles?
Oui.
T'en as fait quoi?
Et pourquoi?
J'aimerais savoir.
Aucune id�e.
Tu mens. Tu en as fait quoi?
Tu l'as gard�e tout ce temps!
Oh, tu sais, une alliance, �a ne se jette pas.
Surtout quand ce n'est pas la sienne.
En la gardant, tu as viol� toutes nos r�gles sur l'anonymat, camarade.
Pourquoi?
Je ne sais pas.
Quand on est s�par�, �a m'aide � penser � toi.
Il ne faudrait pas que tu la perdes alors parce que sinon tu m'oublierais.
Je ne crois pas.
Tant mieux, parce que je la garde.
Elle est � toi.
Bon. On se dit au revoir ici? Je vais prendre un peu l'air.
Mardi 9h. Carrefour des tilleuls.
Bon courage, camarade.
Excusez-moi. J'ai oubli� de vous pr�venir pour le... pour le store.
Et comment vous avez su que j'avais un probl�me avec le store?
Vous �tes t�l�pathe?
Vous voulez que je vous montre?
Mais je ne voudrais pas vous d�ranger.
D�cid�ment, c'est une maladie chez vous.
Quoi?
La peur de d�ranger.
Montrez-moi.
Si je n'arrive pas � le fermer, je vais me faire coffrer par la d�fensive...
Je crois que vous avez cass� le m�canisme.
Je suis d�sol�e.
Mais je paierai, bien s�r.
Non. Mais ne dites pas de b�tise. Ca fait des mois qu'on dit qu'on devrait le changer.
Qui est-ce qui vivait dans cette chambre, avant?
Moi.
Vraiment?
C'est ici que vous avez rencontr� monsieur B�riot, alors?
Je pensais que vous �tiez arriv�s ensemble � Villeneuve.
Non. Il faudrait vraiment arriver � le fermer.
Vous avez raison. Excusez-moi.
Eh bien, si vous �tes capable de r�parrer �a, je vous paie un verre.
Excusez-moi. Je vais r�essayer.
Vous ne voulez pas aller me chercher un chiffon au r�fectoire?
Oui, bien s�r.
Vous y �tes arriv�e.
Vous �tes trop forte.
Bon. A demain.
Attendez, le chiffon, pour vos mains. Ah oui. Merci
A demain, Lucienne.
Merci.
Bien dormi?
Tu pars, donc! J'ai des b�tes.
Et puis �a caille.
C'est la nature, quoi.
Et puis je n'ai plus de flotte.
C'est peut-�tre mieux pour ta toux, non?
La toux, c'est mon probl�me.
Alors?
Rien.
Tous les collets sont vides.
Ceinture.
Faut peut-�tre attendre plus.
C'est pas �a.
On est trop haut.
Trop pentu pour les lapins.
J'ai faim! Ouais, et bien on a tous faim.
Mais je n'ai pas de solution.
Comment on fera quand ce sera vraiment l'hiver?
On devrait peut-�tre se rendre, non?
On n'est pas venu jusqu'ici pour se rendre.
Il faut trouver une solution.
On va la trouver.
Ensemble.
Si on retournait � la ferme?
Quelle ferme?
La ferme o� on se planquait.
C'est vrai que le mec, il a plein � bouffer.
P�t�s poulets saucissons. Il en vend aux boches. Il doit bien lui en rester!
On ne va pas retourner dans une ferme o� il y a des boches.
Tu as une autre id�e, toi?
Il faut qu'on bouffe et l�, �a a l'air d'�tre la seule solution.
C'est trop dangereux.
Ca va.
On n'aura qu'a surveiller la ferme avant d'y aller.
Supposons qu'on y retourne...
... on y fait quoi?
On discutera avec le fermier.
Il n'est pas commode, hein!
Eh! Attendez, les gars...
On ne vole pas. On est d'accord?
On t'a dit qu'on discute.
T'es soup�onneux comme mec, hein?
Alors?
Trois soldats tu�s.
Ces imb�ciles ont vol� des armes et ont disparu dans la nature.
Je vais avoir du mal � les retrouver.
T'as mal!
Non.
Enfin, si.
Mais ce n'est pas �a, le probl�me.
Kollwitz va me mettre lourdement en cause. Ce transport n'aurait jamais d� se faire comme �a.
J'ai laiss� filer la s�curit�.
Ah oui. Ca ne te ressemble pas.
De nos jours, rien ne ressemble � rien, Hortense.
A part ton visage.
C'est d'avoir perdu ces trois soldats qui te d�prime � ce point?
Ces trois soldats...
C'est la guerre qu'on est en train de perdre.
Arr�te. Tu dis �a pour me faire peur.
Nous allons perdre la guerre parce que nous perdons un char toutes les quatre heures.
Et qu'en m�me temps, les russes et les am�ricains en construisent dix.
Pareil pour les canons, les obus, les avions...
...c'est math�matique.
Nous n'avons pas encore perdu, mais nous ne pouvons plus gagner.
Et qu'est-ce que tu comptes faire?
Je lance des repr�sailles f�roces qui ne serviront � rien.
A part cr�er des vocations de r�sistants.
Je parle de nous.
Nous?
Nous on est dans la dweizemkeit.
Qu'est-ce que �a veut dire?
C'est intraduisible.
Einsamkeit c'est la solitude et Dweizemkeit, la solitude � deux.
Ce n'est pas une situation d'avenir, �a!
Enfin! Ya.
Tu n'en as plus.
Trois jours!
Je ne tiendrai jamais trois jours.
(les bruits de la ferme: jappements de chiens, caqu�tement de poules...)
Il y a quelqu'un?
Il ne doit pas �tre l�.
P't-�tre dans la grange.
Ohoh.
Monsieur?
Monsieur?
Il n'est pas l�.
Ca, ce n'�tait pas pr�vu.
Alors, on fait quoi?
On attend.
Ca peut durer des plombes. On n'a qu'� se servir.
On a dit qu'on ne volait pas! S'il �tait l�.
Il n'est pas l�.
Mais c'est encore pire, s'il n'est pas l�!
Tu fais ce que tu veux. Moi je me sers.
Attends, h�, merde!
On ne peut pas faire �a.
Ils font quoi les petits cons l�-bas?
On va vous expliquer.
Allez, range �a.
Pas question. Il cherche la bagarre, il va la trouver.
Qu'est-ce que tu fous!
Range �a, je te dis.
Prenez votre poulet et barrez-vous.
On ne voulait pas vous voler.
Foutez le camp.
C'est le pourboire, connard.
Ecoutez... D�gage, toi.
On se retrouvera, va.
Je l'ai retrouv�e dans une de mes planques.
Et je suis oblig�e de te la rendre.
Tu m'as demand� de te r�pondre vite.
Et tu as raison, je ne peux pas quitter la vie que je m�ne.
Tu veux dire...
... tu ne veux pas?
Oui, je ne veux pas.
Et s'il n'y avait pas eu la guerre?
Ca aurait chang� quelque chose?
S'il n'y avait pas eu la guerre, tu ne serais pas parti trois ans, G�rard.
Tu ne vas pas me le reprocher!
Je ne te reproche rien.
C'est juste que...
Je ne t'aime plus.
Il y a quelqu'un d'autre, je suppose.
Quelle importance?
Qu'est-ce que je vais dire � El�onore?
J'esp�re que tu me laisseras la voir.
Je ne sais pas. Je...
Je ne sais pas.
Je suppose que...
Ca va aller.
Je ne m'attendais pas � te voir.
Ca fait si longtemps.
Tu vas bien.
Ecoute, j'ai beaucoup de monde. Tu es malade?
Non, j'ai besoin de quelque chose. J'en ai juste pour deux minutes.
Je t'en prie.
Ce ne sera pas long, Messieurs-dames
C'est dr�le de revenir ici.
Tordant. Qu'est-ce que je peux faire pour toi?
Tout va bien avec Sarah?
Comme je te l'ai dit, j'ai du monde.
Enfin, on peut quand m�me s'�changer trois mots, non?
J'ai du monde.
Alors tu as ouvert un deuxi�me cabinet � Moissay?
Oui, ici, je ne consulte plus que deux fois par semaine. Tu as de la chance de me trouver. Alors?
J'ai besoin de morphine.
Je sais que tu en as.
Oui, pour mes malades.
Daniel c'est un service que je te demande. Un service personnel.
Mais ce n'est pas toi qui es malade.
Mais qu'est-ce que �a change. C'est moi qui te le demande.
Ca change tout, justement. Ah oui?
Et pourquoi?
Parce que celui qui a besoin de morphine, il est en train de faire d�porter 50 personnes de Villeneuve, Hortense.
Comme il en a fait d�porter des dizaines depuis l'ann�e derni�re.
La v�rit� c'est que tu es jaloux.
D�sol� de te d�cevoir.
Enfin, Daniel, tu es m�decin. Un homme souffre. Tu es sens� le soigner, non?
Tu as pr�t� serment � 25 ans.
J'ai soign� des gens qu'il a fait torturer.
J'ai soign� des parents de gens qu'il a fait fusiller. Tu crois que je vais te donner de la morphine pour lui?
Il est face � sa conscience, comme toi.
Il n'en n'a pas, de conscience.
Papa!
Pas maintenant, Te Quiero. Retourne jouer.
Que tu as grandi!
Ca suffit. Retourne jouer.
Allez!
Retourne jouer.
Ob�is � ton p�re, s'il te pla�t.
Tu l'emm�nes avec toi quand tu consultes ici.
J'avais un rappel de vaccin � lui faire.
Ecoute, Hortense en plus d'�tre un nazi et un sadique, Muller est un psychopathe.
Il se d�truit. Il d�truit tout ce qu'il touche.
Tu refuses de me donner ce que je te demande? Oui.
Tu es toujours la bienvenue ici mais...
Oh, �a va. Je le connais le couplet du gentil Daniel. J'y ai eu droit pendant 15 ans.
Et vous avez fouill� sa chambre!
C'est elle qui m'a laiss� rentrer.
Donc vous avez lu la lettre.
Elle �tait l�, sous mes yeux, grande ouverte.
Ce qui veut dire qu'elle n'avait pas peur de son contenu.
S'ils savaient qui tu es vraiment... Jules, c'est une menteuse et une intrigante.
Je ne vous d�range pas?
Comment pourriez-vous me d�ranger dans votre propre �cole?
Ca va?
Vous vous plaisez, ici?
Oh, je veux dire... Oui, oui. Tout est parfait.
Ma chambre est tr�s bien. Votre femme est charmante...
Il y a un probl�me?
Non, non, non, non. Enfin un tout petit.
S'il est si petit, il sera facile � r�soudre.
Bien s�r.
Euh, voil�. Votre mari est en stalag, n'est-ce pas?
Oui.
C'est un probl�me? Non....
... si c'est vrai.
Je me demandais si Lucienne avait lu la lettre.
Juste le d�but.
Ecoutez, votre vie priv�e vous regarde... Vous �tes dans la r�sistance, n'est-ce pas?
J'ai menti sur la provenance de la lettre.
Elle vient d'un membre du groupe auquel j'appartiens.
Enfin, appartenais.
Ah bon! Quel groupe?
Le groupe de mon coll�ge.
On �tait quatre.
J'ai �t� la seule � passer au travers.
Sans doute parce que j'�tais la moins engag�e.
Guimard m'avait recrut�e il y a deux mois. Je n'ai pas eu le temps de faire grand chose.
D'ailleurs c'est lui qui m'a appris que vous �tiez dans le grand bain.
... comme il disait. Vous �tes la seule � �tre pass�e au travers?
Oui.
Visiblement il... il est mort sans avoir parl�.
Mais alors, qui est-ce qui vous a �crit?
Marigot.
C'est son pseudo.
C'est notre contact � Besan�on.
C'est lui qui envoyait nos informations � Londres.
Je comprends.
Je vous montrerais bien la lettre, mais �videmment, je l'ai d�truite.
Bien s�r.
Et finalement, vous �tes vraiment mari�e?
Je l'ai �t�.
Mais il est mort.
Je... je suis d�sol�.
Vous ne pouviez pas savoir.
Monsieur B�riot...
Oui.
Vous savez, j'aimerais beaucoup poursuivre ce que je faisais l�-bas, avec vous.
Mais je ne fais pas de r�sistance, Marguerite.
Je ne sais pas pourquoi Guimard vous a racont� �a.
Je comprends.
Bonne journ�e et merci pour vos r�ponses.
Excusez-moi.
Je dois prendre un dossier.
Oui, je vous en prie, Ludwig.
Vous avez trouv�, de la morphine?
Non.
Rupture de stock.
Il va �tre d��u.
Il n'y a aucun autre moyen d'en trouver rapidement?
Si, mais il faudrait beaucoup d'argent.
Il ne vous le dit pas, mais il n'en a plus.
J'ai quelque chose qui vaut de l'argent.
Elle vaut au moins 5 000 francs.
Je ne sais pas.. je.. je n'aurai pas un bon prix... et si c'est un bijou de famille, c'est dommage.
Ca n'a aucune importance. C'est juste ... une alliance....
... usag�e.
Du moment que c'est suffisant.
C'est plus que suffisant.
Mais il ne va pas aimer.
C'est pourquoi �a doit rester entre nous.
Hmm. Je peux compter sur vous?
Une r�sistante, �a alors!
Ca explique toutes ces cachotteries.
La lettre �tait un message cod�.
C'est horrible. Elle doit m'en vouloir. Elle doit me trouver...
Elle vous trouve charmante. Il n'y a aucun probl�me, croyez-moi.
Vous croyez qu'elle sait que j'ai lu sa lettre?
Sans aucun doute.
Elle ne m'en veut pas?
Moi, � sa place, je lui en voudrais.
Mais vous n'�tes pas elle et elle n'est pas vous.
Ca va?
Vous �tes rassur�e?
Oui, oui.
Tu ne manges pas?
Je ne suis pas un voleur de poule.
Que tu manges maintenant ou que tu ne manges pas, �a ne changera rien � ce qui a �t� fait.
Les poulets sont vol�s tu�s et cuits.
Et �a, on ne peut plus le changer.
En effet.
Tu dois avoir faim.
J'en cr�ve.
Bin alors, mange!
Tu ne sais pas ce que c'est qu'un principe.
Si! Mais je sais qu'en ce moment, il faut en changer souvent.
Les poulets aussi, ils devaient avoir des principes.
Putain, mange. Non.
(d�clamant) Mange donc, malheureux, tant qu'il y en a encore. Mets de l'eau dans ton vin. Cherche-tu donc la mort?
Tu sais, la vie, ce n'est pas du th��tre.
Tu crois �a?
Eh, les gars, regardez.
C'est qui ces mecs?
En tout cas, c'est pas des flics.
C'est peut-�tre des types comme nous!
Sont trop vieux.
Qu'est-ce qu'on fait, alors?
Mais qu'est-ce que tu veux qu'on fasse?
On va bien voir ce qu'ils veulent.
Alors, les petits cons...
Tu sais comment on les traite, les voleurs? On n'est pas des voleurs.
Ah bon!
Vous �tes quoi?
Vous volez mais vous n'�tes pas des voleurs?
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