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L'arme au bras.
En avant, marche!
L'arme au bras!
Demi-tour, droite!
En avant!
Peloton!
Halte!
L'arme au bras.
En avant, marche!
L'arme au bras.
Demi-tour, droite.
Je d�sire parler � Sa Majest�.
Quel est le gentilhomme de service? - C'est M. de Gu�m�n�.
Annoncez le duc de La Rochefoucauld-Liancourt.
Bonsoir, Gu�m�n�.
Veuillez m'annoncer tout � l'heure � Sa Majest�.
Je vous pr�viens, M. le duc, qu'il y a eu aujourd'hui une furieuse partie de chasse,
et que Sa Majest� dort comme Hercule apr�s ses travaux.
Je vous en prie, mon cher Gu�m�n�. Faites vite.
- C'est donc grave? - Je crois, oui.
Sa Majest� ne dort pas, veuillez entrer.
Ah, mon cher La Rochefoucauld!
Vous tombez bien!
J'ai �t� brusquement r�veill� par une l�g�re fringale.
C'est cette chasse.
Nous avons poursuivi un dix-cors, et ils se font rares.
Picard, prends la table et pose-la sur le lit.
Mon bon Gu�m�n�, versez-moi donc un verre de vin.
Mon cher duc,
passez-moi ce poulet que le brave Picard a mis hier soir hors de ma port�e.
Picard croit, parce que je suis le roi, que je dois avoir le bras long.
Mais quelle erreur, Picard! Merci.
Qu'est-ce qu'il y a?
Sire, les Parisiens ont pris la Bastille.
C'est donc une r�volte?
Non, sire. C'est une r�volution!
Hep!
Je t'ai vu!
Que votre seigneurie pardonne � un pauvre malheureux!
Bien s�r, j'ai eu tort de tirer sur vos pigeons.
Mais ils d�voraient ma r�colte, et je n'ai que cela pour vivre.
Eh l� bas, arrivez. Vous servirez de t�moins.
- J'ai rien vu. - On te demande pas ton avis. Ob�is.
Emmenez-les.
Affaire Anatole Roux : dix cabris, d�lit de rapine.
Tu es un r�cidiviste.
L'ann�e derni�re, mes gardes t'ont surpris
en train de relever des bulots sur la colline de la Rouerais.
Heureusement pour toi, ce terrain appartenait � M. Giraud,
ici pr�sent, maire de ce village.
Sa coupable faiblesse t'a sauv� des gal�res.
M. le Comte, Charbonnier est ma�tre chez lui.
Cette fois-ci, le cas est flagrant. Le pigeon m'appartient, et il y a des t�moins.
Moi, j'ai rien vu.
Seigneur de ce village, j'ai h�rit� de mes anc�tres du droit de basse justice.
C'est une pr�rogative assez ingrate.
Mais je consid�re qu'il est de mon devoir de l'exercer sans d�faillance.
Nous sommes avant toutes choses au service de Sa Majest�.
Mon bon ami, ton cas d�passe ma comp�tence.
Je m'en vais te d�ferrer � la justice du baillage.
Allons, M. le Comte, vous connaissez les juges du baillage.
Ils n'ont pas plus de c�ur que le rocher de la montagne.
Ils n'ont pas plus d'intelligence qu'un vieux chaudron.
Avec eux, c'est les gal�res!
Les gal�res pour un pigeon! Vous trouvez �a juste?
Le pigeon n'est pour rien dans l'histoire.
Il est le symbole de l'ordre que je suis charg� de d�fendre.
Pour un symbole, je le trouve un peu maigre.
Une fois d�plum�, il ne doit pas peser lourd.
Laissez les paysans tuer nos pigeons et bient�t ils br�leront nos ch�teaux.
Vous avouez donc que ce sont vos biens et vos titres f�odaux que vous d�fendez,
et non pas tant les lois de Sa Majest�.
Je d�fends les deux.
D�truisez-les, ces droits f�odaux apr�s lesquels vous en avez tant.
Ils sont l'effet de cette hi�rarchie sociale
bas�e sur le respect des forces naturelles et divines.
Et dont vous �tes tout de m�me un b�n�ficiaire.
Un bien petit b�n�ficiaire. Oh, mais je connais la chanson.
Elle consiste � vouloir me faire croire
que si vos privil�ges disparaissent, mon petit bien les suivra.
Et que si je veux conserver ma modeste aisance,
je dois me faire le d�fenseur des abus dont vous vivez.
Enfin bref, que nos deux causes,
celle du grand seigneur poss�dant la moiti� de la contr�e,
et celle de Paul Giraud, ancien premier ma�tre sur les vaisseaux de Sa Majest�, sont solidaires.
Je connais! J'aimerais mieux perdre tous mes biens et re...
Je suis pris. Faites de moi ce que vous voudrez.
Qu'est-ce que tu racontes. T'es pas un peu fou, non?
- Tu fais une chemin�e? - Oui.
Mais ta chemin�e est fausse.
Tu veux peut-�tre m'apprendre � faire une chemin�e, non?
Je suis ma�on de mon �tat, et bon ma�on.
Tellement bon ma�on que mes coll�gues m'ont surnomm� Gamate.
Qu'est-ce que tu reproches � cette chemin�e?
Mais le vent est du couchant.
Ici, tu n'es pas � la ville mais dehors. Et le vent compte, tu sais.
�a y est, j'en ai une belle.
Oh, qui c'est?
J'en sais rien. Au fait, qui es-tu?
- Et vous? - On est de Marseille.
- Vous fuyez la justice du roi. - Non, pas celle du roi.
- Celle des aristocrates. - Je suis dans le m�me cas.
Nous, on n'a rien fait de mal. On n'est pas des criminels.
- Moi non plus. - Nous sommes des patriotes.
Aujourd'hui, � Marseille, �a suffit pour m�riter la prison.
Moi, j'ai tu� un pigeon. Cela suffit pour m�riter les gal�res.
- Vous connaissez la r�gion. - Ouais, je suis n� � Cadolive, derri�re la colline.
Le cur� est un ami d'enfance.
Quand il en a l'occasion, il nous apporte � manger.
- Tu n'as pas une ceinture de cuir? - Moi j'en ai une. Un cadeau de ma m�re.
Tiens.
Ah, avec �a on va faire une bonne fronde pour les merles.
C'est en plein la saison. Tu n'aurais pas un morceau de ficelle?
Pour quoi faire?
Pour les lapins. Ici, c'en est plein.
Tu m'as l'air d'un fin chasseur.
Je comprends. C'est aussi l'avis de Monsieur le Comte.
- Comment tu t'appelles? - Jean-Joseph Bomier.
Moi, Anatole Roux. Mais dans la r�gion, on m'appelle Cabri.
Moi je m'appelle Arnaud. Honor� Arnaud.
Je suis commis au douane sur le port de Marseille.
- Alors, tu restes avec nous? - Tr�s volontiers.
- Seulement nous refaisons la chemin�e. - Oh toi alors!
M�me ici, on a la bonne vie. Tu veux un merle?
Tu prends la fronde et pan! tu as un merle.
Tu veux un li�vre?
Tu mets un petit bout de ficelle dans les buissons et le li�vre arrive.
Le tout est de s'y conna�tre et d'observer les myst�res de la nature.
Mais c'est pr�cis�ment ce qui rend la chose beaucoup plus passionnante.
C'est bien simple, je me demande pourquoi nous ne resterions pas ici jusqu'� la fin de nos jours.
Et ta m�re, tu n'as pas envie de la revoir?
Bien s�r, mais quand je pense que j'ai perdu toute ma belle jeunesse
� rester enfermer sous un toit, �a me fait mal au ventre.
C'est comme si j'avais v�cu dans une armoire.
Ma d�cision est prise : je reste ici.
Et les femmes? Je suis vieux, je m'en fous, mais vous �tes jeunes.
On pourrait peut-�tre faire venir une belle petite?
Entre nous trois, on s'arrangerait pour la nourrir.
Et puis elle donnerait un coup de main � la cuisine.
Et puis vous vous foutriez sur la gueule,
parce qu'il y en a un qui voudrait la garder pour lui tout seul.
J'ai compris!
Mais si tu fais venir tout ce qui te manque :
du pain, du vin, du sel, de l'eau-de-vie, des femmes,
sans compter le tabac dont tu peux pas te passer, ici, �a deviendra une ville.
Alors autant descendre � Marseille faire un bon nettoyage.
Chasser les aristocrates et les inutiles.
Et profiter des commodit�s que nous devons au travail de nos parents.
Oh, les amis!
Oh, Fayet!
- C'est comme �a que vous montez la garde? - Pour quoi faire?
Il ne vient personne par ici. Dis donc, qu'est-ce que tu nous apportes?
Tout ce qu'un pauvre cur� peut trouver : du pain, du fromage et du tabac.
Il est fameux, ce pain.
On peut remercier votre bon Dieu que vous soyez l'ami d'enfance d'Arnaud.
C'est pas parce qu'il est mon ami qu'il fait tout �a.
Non.
C'est parce que, moi aussi, j'en ai assez de crever de faim.
Notre situation ferait crier de piti� les pierres-m�me du chemin
o� nous tra�nons nos souliers perc�s.
Tourne ton lapin! Il est trop cuit de ce c�t�!
Laisse-moi faire! C'est toi ou moi qui le fais cuire?
Depuis qu'il se croit cuisinier, plus moyen de lui parler.
Si je te disais qu'il y a un an que je n'ai pas de carreaux aux fen�tres de mon presbyt�re.
Et pendant ce temps, l'�v�que habite un palais, a des ma�tresses,
et m�ne une vie de d�bauch� dont devrait rougir un serviteur du Christ.
Un gamin de 22 ans, si c'est pas malheureux!
Un gamin noble n'est pas un gamin ordinaire.
Nous autres, quand nous faisons un enfant � une femme,
nous lui transmettons la couleur de nos cheveux ou la forme de notre nez.
Mais quand un noble fait l'amour, sans se donner plus de mal que nous,
il s�me g�n�reusement tous les talents imaginables :
politiques, militaires, eccl�siastiques.
Si bien que le rejeton se trouve tout savoir sans jamais avoir rien appris.
Nous autres, les cur�s � portion congrue, nous sommes des sergents.
Et comme nos pareils de l'arm�e, nous avons perdu l'espoir de jamais devenir officier.
Moi j'�tais veuf de bonne heure. Tous mes enfants sont morts, et j'en suis tr�s heureux.
Si tous les paysans �taient raisonnables, ils ne feraient plus d'enfants.
Cette fois, ton lapin est cuit!
Je crois que tu as raison.
Tu as vu la fum�e?
C'est le ch�teau de Pichon qui br�le.
D'autres l�-bas, le fort de mon �v�que fait la m�me chose.
Mes enfants, le moment est venu pour vous de quitter la montagne.
On a besoin de vous.
Tout de m�me, les seigneurs doivent faire une dr�le de gueule.
Il me semble qui si on br�lait ma maison, je ne serais pas content.
Si on te donnait 10 ans de gal�res, tu serais content?
Les ma�tres, au lieu de nous polisser, ils ont fait de si mauvais m�urs.
Ils nous ont rendu barbares parce qu'ils le sont eux-m�mes.
Les r�coltes.
Ils r�colteront ce qu'ils ont sem�, va!
Ils sont comme certains animaux nuisibles, c'est pas leur faute.
C'est le bon Dieu qui les a fait comme �a. Il faut qu'ils fassent le mal, c'est dans leur nature.
Maintenant qu'on a des armes perfectionn�es, on arrive � s'en d�barrasser.
Je regrette aujourd'hui que mes enfants soient morts,
parce que vous autres les jeunes, vous allez vous fabriquer une nouvelle vie.
Au revoir les amis. Et surtout, ne reculez pas.
- Adieu, mon vieux Cabri. - Au revoir l'ami.
Adieu Cabri, et tu sais, j'oublierai pas tes le�ons.
Donne-moi �a. Vous aurez des fusils � la ville.
Arnaud, des Jeunesses citoyennes.
Et toi, Bomier, tu as ta carte?
Pour quoi faire, tu nous connais pas, peut-�tre?
Je devrais pas te laisser entrer, coll�gue.
Je comprends pas ces bureaucraties.
Est-ce qu'on a besoin d'une carte pour faire la r�volution?
C'est toi et tes coll�gues, les �crivains et les savants,
qui inventez toutes ces paperasses pour vous donner de l'importance.
Mon ami, on ne cr�e pas de l'ordre avec du d�sordre.
Ils se sont mis � dix gens de bonne famille pour attaquer dans une rue
le citoyen Maurras, le maire de Marseille que nous venons d'�lire!
Oui, nous voulons l'ordre dans les rues!
Parfaitement. Les r�actionnaires doivent ob�ir � la loi.
Et les riches doivent payer l'imp�t.
Nous, les portefaix du port de Marseille,
travailleurs disciplin�s et ennemis de la violence,
nous qui avons arr�t� la r�volte quand la populace voulait saccager la maison du fermier Rebuffet,
nous fl�trissons les l�ches attentats commis contre la tranquillit� publique,
par lesquels les r�actionnaires marquent leur d�pit de la victoire du peuple.
Il a raison. Y a qu'� tous les pendre!
En cons�quence, nous vous apportons notre enti�re adh�sion.
Le citoyen Moissan va vous r�sumer la situation.
Je r�sume la situation :
Au moment o� les Fran�ais sont les t�moins de l'admirable spectacle
du roi et la nation unis dans le m�me amour du bien public,
une poign�e de factieux est en train de compromettre l'�uvre de la r�volution.
Bravo!
� bas les aristocrates!
Nous les voyons derri�re les guichets des maisons de commerce
o� ils travaillent � faire monter les prix de la vie.
Nous les voyons dans l'administration,
o� ils complotent contre l'ex�cution des mesures favorables � la patrie.
Nous les voyons � l'arm�e.
Ici � Marseille, les trois forts de Notre-Dame de la Garde,
de Saint-Jean et de Saint-Nicolas,
sont entre les mains d'officiers rebelles aux volont�s du roi et de nos d�put�s.
Honte � eux!
� l'abri de leurs canons braqu�s sur la ville,
les fauteurs de trouble tiennent le haut du pav� et pourchassent les patriotes.
En accord avec la nouvelle municipalit�, nous citoyens marseillais,
membres de la garde civique, des clubs et des soci�t�s patriotiques,
nous avons d�cid� de nous emparer de ces forts,
et de les remettre � la garde des autorit�s que nous avons �lues.
Dans les livres, on parle toujours d'un magnifique lever de soleil.
C'est parce qu'� cette heure-ci, les �crivains sont encore dans leur lit.
Le plus souvent au lever du soleil, on a froid, il fait gris et les couleurs sont affreuses.
Je peux t'en parler parce que je suis peintre.
Qu'est-ce que tu peins? Tu fais le portrait?
Non, je peins des h�ros de l'Antiquit�.
Des Romains, des Spartiates, des patriotes, quoi.
J'ai abandonn� les bergers et berg�res bons pour les aristocrates.
Javel, Ardisson, je crois que vous pouvez y aller.
- �a va, Diog�ne? - Tr�s bien.
Eh, l�-dedans! Ouvrez!
- Qu'est-ce que vous voulez? - On apporte du vin.
- Et d'o� vient ce vin? - De Ravel.
C'est une bonne mani�re de la municipalit� � la garnison du fort.
Bon, je descends. Faites le tour par la grande porte.
Allez zou!
H� l�, d�chargez le tonneau dans le coin.
- Pourquoi pas plus loin? - �a te regarde pas.
Attention, va doucement.
Vous prenez bien des pr�cautions avec ce tonneau.
- Tu vois pas que c'est un vieux tonneau? - De secouer le vin, �a le trouble.
Vous me faites l'air de deux dr�les d'oiseaux, tous les deux.
Maintenant, allez-vous-en.
Vous �tes gu�re g�n�reux.
Apr�s un travail pareil, vous pourriez quand m�me nous payer quelque chose � boire.
Allez-vous-en, je vous dis. C'est la consigne. Allez!
Alors, donne-moi la main, camarade.
- H� l�, qu'est-ce que vous faites? - C'est la Nation qui vient s'emparer du fort!
Vous serez bien gentils de remettre vos fusils � mes camarades.
L�, voil�. Vous �tes bien braves!
Ouais Javel, prends-lui. Tu vois pas qu'il sait pas quoi en faire?
Va garder la porte.
Venez ici tous les deux. Donne-lui ton fusil.
Gardez les prisonniers. Qu'ils ne s'en aillent pas, parce qu'ils sont terribles.
Faites pas de bruit. Ici, c'est le corps de garde.
Debout, l�-dedans!
Au secours, des brigands!
N'ayez pas peur, camarades. On ne vous veut pas de mal.
Alerte! Croisez la ba�onnette!
Pas d'effusion de sang inutile. Rends-toi, citoyen sergent, �a vaudra mieux.
- Combien �tes-vous dehors? - Nous sommes au moins 2 000!
2 000? Dans ce cas, rendons les armes.
�a y est, j'ai trouv� le porte-clefs. Dis, je peux aller chercher Cuguli�re?
Oui, va!
Coll�gue, �a me fait plaisir de te voir!
Je savais pas que tu �tais sous les ordres!?
Nous sommes deux coll�gues, on est du m�me pays, d'Aubagne.
- Qu'est-ce que vous faites l�? - Vous voyez pas? Je monte la garde.
- Qui est-ce qui vous a plac� l�? - C'est moi.
Je monte la garde de ma propre initiative.
- Vous avez un chef? - Oui. Il s'appelle Arnaud.
Tenez, il est l�-dedans.
Viens, mon vieux. J'ai du tabac l�-bas.
Qui est celui-l�?
C'est M. le Marquis de Saint-Laurent, commandant en chef de tous les forts de Marseille.
- C'est un bon gar�on. Tiens. - Merci.
Marquis, �a va?
J'ai d�j� vu des ge�les assez curieuses au cours de ma longue carri�re militaire,
mais �a, je n'avais pas encore vu.
- Combien avez-vous de prisonniers? - Vingt-deux.
- Combien pour d�lit politique? - Tous.
Ce n'�tait pas la peine de supprimer les lettres de cachet.
- Vous �tes le sieur Arnaud? - Le citoyen Arnaud.
Je suis commandant des forts de Marseille. J'en suis responsable devant le roi.
Je vous prie donc de rendre vos armes et de sortir avec votre troupe.
- Ah, Cuguli�re! - Bomier?
- Mais qu'est-ce que tu as? - J'ai mal aux yeux.
Dans ce cachot, on attrape tous mal aux yeux.
Le m�decin dit qu'il y a rien � faire. Que ce sont des humeurs malsaines qui suintent des murs.
Et toi, qu'est-ce que tu fais l�?
- On vient de reprendre le fort. - Oh, par exemple!
C'est une bonne nouvelle!
On peut dire que c'est une bonne nouvelle!
- Et Arnaud, il va bien? - T'en fais pas pour Arnaud, va!
Il va mieux que toi. Allez viens.
Vous justifiez des actes que je consid�re comme une r�bellion par des mots que je ne comprends pas.
La "nation", les "citoyens", qu'est-ce que c'est que tout �a?
La nation, c'est la r�union fraternelle de tous les Fran�ais.
C'est vous, c'est moi, ce sont les gens qui passent dans la rue.
C'est ce p�cheur dans cette barque.
Les citoyens sont les gens qui composent cette nation.
Mais je n'ai rien � faire avec tous ces gens-l�.
C'est une nouvelle religion que je ne saurais admettre.
Je ne connais que le service de roi.
Ou plut�t ce que vous supposez �tre le service du roi.
Quand un roi est prisonnier de ses sujets factieux, et qu'il ne peut plus commander librement,
ses serviteurs fid�les sont bien oblig�s de supposer.
Maintenant, une question : qu'est-ce que vous allez faire de moi?
Vous souhaitez un bon voyage jusqu'� la fronti�re.
Un heureux s�jour en Allemagne.
Et � ne plus vous revoir!
Madame, cette chanson m'�meut profond�ment.
- Elle me rappelle notre Provence. - Je vous prie de m'excuser.
Je ne puis la chanter sans avoir les larmes aux yeux.
Madame de Saint-Laurent, le temps des regrets est pass�.
- Vous allez revoir votre France. - Quand?
Dans trois semaines, monsieur.
Enfin.
Et vous, M. de Boishut, ferez-vous campagne dans votre compagnie?
Ou serez-vous affect� � l'�tat-major des princes?
J'ai demand� � rester dans le rang.
Une seule chose m'inqui�te : les chaussures commencent � b�iller avec insolence.
Mais qu'importe, pour le service de Sa Majest�, on peut bien aller pieds-nus.
Mon cher Boishut, vos chaussures tiendront bien jusqu'� Paris!
Cette exp�dition ne sera qu'une petite promenade.
Je vois d'ici Son Altesse le comte d'Artois se pr�sentant devant les villes,
assis nonchalamment entre Mlle de Poulpry et Mme de Lage.
Devant lui, les portes s'ouvrent et la population � genoux lui pr�sente les clefs.
Le peuple enfin d�livr� acclame avec amour le drapeau blanc et les fleurs de lys.
Et m�me s'il y a combat, les r�volutionnaires ne tiendront pas.
On ne fait pas la guerre avec une arm�e de savetiers, de tisserands et d'avocats.
- Mes chers amis, vous oubliez une chose. - Quelle chose, mon cher Saint-Laurent?
C'est qu'on n'a pas toujours battu les Fran�ais et qu'ils sauront disputer le terrain.
Ah vraiment? Et � Rosbach, pendant la Guerre de sept ans,
ont-ils vraiment su disputer le terrain devant les Prussiens?
Vous connaissez le quatrain � propos du Mar�chal de Soubise?
Soubise dit, la lanterne � la main,
"J'ai beau chercher. O� diable est mon arm�e?"
"Elle �tait pourtant l� hier matin. Me l'a-t-on prise?
"Ou l'aurais-je �gar�e?"
Eh bien aujourd'hui, ces Prussiens sont avec nous.
Et nous sommes command�s par le duc de Brunswick,
le grand vainqueur de cette m�me Guerre de sept ans.
Moi, c'est bien simple : j'adore les Prussiens.
Et depuis le jour b�ni o� j'ai appris qu'ils marchaient avec nous,
je cherche toutes les occasions de les acclamer.
J'ai eu la joie et l'honneur d'approcher Sa Majest� le roi de Prusse � Pilnitz.
- Mais peut-�tre vous l'ai-je d�j� racont�? - Ah oui!
Eh bien voil� un homme! Un v�ritable Achille!
Un Agamemnon! Il p�se au moins ses 200 livres!
Et le jacobin le plus born�, apr�s l'avoir vu, n'oserait plus pr�tendre que les hommes sont �gaux.
Vive la Prusse et vivent les Prussiens!
Madame, je ne saurais m'associer � votre enthousiasme.
Apr�s nous �tre proclam�s aussi bruyamment les champions de la religion catholique,
il me semble un peu ind�cent de nous acoquiner avec ces h�r�tiques.
C'est le mariage de la carpe et du lapin.
Puisque lapin il y a, ne soyons pas des lapins ingrats,
et rendons gr�ce � la carpe g�n�reuse qui, apr�s tout, nous emp�che de mourir de faim.
�videmment, cet h�tel n'est pas Versailles.
Mais sans ces h�r�tiques, c'est dans la rue que nous ferions notre lit.
N'oublions pas que c'est gr�ce � eux que nous allons rentrer en France.
C'est pr�cis�ment l� o� le b�t me blesse.
Lorsqu'il y a deux ans, nous avons immigr�, tout �tait beau et pur.
Il n'�tait nullement question de solliciter les subsides de l'�tranger.
Nous voulions faire triompher des id�es qu'� tort ou � raison,
nous consid�rons comme ins�parables de la grandeur de notre pays.
Mais nous voulions les faire triompher par nos propres moyens.
Le linge sale se lave en famille.
Et si vous invitez vos voisins � la lessive,
il y a de grandes chances pour qu'ils emportent quelques pi�ces.
Mon cher, l'homme en train de se noyer peut bien abandonner sa montre � qui le tire de la rivi�re.
Vos scrupules sont bons tout au plus pour de petites gens.
Des paysans, des artisans, qui vivent confin�s sur quelque coin de terroir.
Ils ne peuvent avoir aucune largeur d'id�e.
Leur plus grand voyage est pour aller jusqu'au bourg voisin.
Et quand ils se marient, c'est pour �pouser la fille de quelque comp�re du m�me cru.
Leurs enfants, leurs petits-enfants n'auront jamais d'autres horizons.
On comprend que ces gens-l� se gargarisent du mot "nation".
Voulez-vous que je vous dise ce que c'est que leur nation?
C'est la r�union de la canaille contre les gens de qualit�.
Je connais une autre d�finition de ce mot nation.
Elle m'a �t� donn� � Marseille par l'homme qui m'a chass� du fort dont j'�tais le commandant.
Il s'appelait Arnaud.
Il avait l'air d'un honn�te homme, et pourtant c'�tait un patriote.
S'il y a beaucoup de r�volutionnaires � son image, nous aurons du fil � retordre.
M. de Fauguerolles et vous, M. de Saint-Laurent,
nous vous prions de cesser vos discussions historiques tout de suite.
Nous vous requerons pour r�gler un diff�rend de la plus haute importance.
� Versailles, pendant la troisi�me figure de la gavotte,
regardions-nous � droite en allant � droite ou bien � gauche?
Mais c'est tr�s simple. Tenez.
Mais c'est inconcevable! J'ai oubli�!
- Et vous, mon cher Saint-Laurent? - Excusez-moi, je ne suis pas tr�s expert.
Demandez donc � Boishut. Cet ancien affili� de Trianon.
- M. de Boishut. - C'est bien simple!
Vous devez constamment fixer votre vis-�-vis dans les yeux,
en regardant par-dessus votre �paule.
Qui vive?
Pardon, citoyenne. Je croyais que c'�tait les Autrichiens.
D'o� �tes-vous?
Du village des Grandes-Mottes sur la route de Mons.
Des franc-tireurs ont tir� sur les Autrichiens.
Ils ont mis le feu au village et arr�t� tous les hommes.
Mon mari a �t� pris et ils l'ont pendu.
C'est vrai qu'il y a des Fran�ais avec eux?
Bien s�r. Les aristocrates. L'arm�e de Coblentz.
C'est du propre!
Citoyenne, tu ne veux pas te reposer avec ton enfant?
On a fait du feu.
Vous n'avez pas honte de faire du feu et de vous reposer
pendant qu'on pend mon mari et qu'on br�le ma maison?
Vraiment, dans cette guerre, nous ne sommes pas prot�g�s.
Je me demande ce que fait l'arm�e de la nation.
Les Autrichiens en font des gorges chaudes de la fa�on dont vous fichez le camp.
- T'as entendu? - Oui.
- Elle a raison. - Oui.
- Il est cuit, ton jambon? - Non.
Il est sec comme un vieux sans-culotte.
C'est un vieux corbeau.
Trop heureux de l'avoir trouv�. Si on comptait sur le ravitaillement de M. de la Fayette!
� bas les aristocrates!
Ils nous laissent mourir de faim et ils trahissent la patrie.
Et De Rochambeau.
Tu ne le connais pas, De Rochambeau?
Le g�n�ral? J'ai pas cet honneur. Je ne le connais pas.
Mais je connais Marat. Il est venu une fois � Rouen et je lui ai parl�.
Nous, les Parisiens, quand on est arriv�s � Tournai,
le De Rochambeau nous a rassembl� dans la cour.
On venait de Douai, on avait march� toute la journ�e. �videmment on n'�tait pas joli.
On ne s'�tait pas ras� depuis Paris. On avait des barbes!
Mais des barbes! On aurait dit le Juif errant!
Eh bien le De Rochambeau,
il est sorti de son salon en s'essuyant la bouche avec sa serviette.
Il venait de se remplir la bedaine. Il nous a regard� longuement.
Il a pris tout son temps, comme si on avait aussi le ventre plein.
Il nous a dit, avec un m�pris que j'oublierai jamais :
"Qu'est-ce que vous voulez que je fasse de vous? Vous �tes trop petits."
Petits? Petits?
- Combien tu mesures? - Presque cinq pieds.
- T'es un bel homme. - Dans mon m�tier, je suis le plus grand.
Qu'est-ce que tu fais?
Je suis peintre en b�timent dans un petit village qu'on appelle Les Batignolles.
Pr�s de Paris. Et toi?
Je suis tonnelier � Darn�tal pr�s de Rouen.
Vois-tu, notre tort aux yeux de ces messieurs,
c'est d'�tre volontaires, c'est de porter l'habit bleu.
C'est d'avoir confiance dans les comit�s de nos r�giments.
Confiance dans l'Assembl�e, dans Robespierre, dans Marat.
En un mot, d'�tre des patriotes!
Presque tous les officiers sont des aristocrates!
Pour moi, quiconque porte la particule sont des tra�tres.
Si encore ces messieurs se contentaient de combattre franchement de l'autre c�t�.
Mais s'ils m�prisent la nation,
ils m�prisent moins la solde que l'Assembl�e a la b�tise de leur accorder.
"Je touche et je trahis", voil� leur devise.
- Qu'est-ce que c'est que �a? - Des hussards.
- Ils vont vers l'est. - Se rendre aux Autrichiens!
- Tu crois? - Ce serait pas la premi�re fois!
Rappelle-toi, la r�giment de Berchagny!
Pas plus tard que mardi dernier.
Qui ont bien dit qu'ils donnent les Autrichiens, par homme et par cheval.
Judas!
Attendez, canailles!
- Je me charge de te faire taire! - Filez vite ou on tire!
Tous les chevaux qu'on descendra, ce sera �a de moins que vous vendrez aux Autrichiens.
Viens, on n'a pas de temps � perdre.
Mon pauvre vieux,
si �a change pas bient�t, entre les Autrichiens et Paris,
on ne sera plus que nous deux.
Citoyens, je me nomme Louise Vauclair.
Je suis marchande de poissons au quartier de la douane et je paie l'imp�t.
Je viens vous dire que le 28 avril dernier,
pr�s d'une ville du nord qui s'appelle Mons,
- mon amant, Antoine Givaudan... - Ce vieux Toni! C'est mon coll�gue!
Tais-toi! Continue, citoyenne! Assis!
Mon amant, Antoine Givaudan, volontaire de 1791,
sergent au 49e r�giment d'infanterie, a �t� tu� par les Autrichiens.
Et le citoyen Antoine Besombes,
cavalier au 6e r�giment de dragons,
qui, bless�, de retour � Marseille, m'a apport� la nouvelle,
m'a dit que mon amant a �t� tu� en fuyant devant l'ennemi.
Citoyen, il y en a peut-�tre ici qui l'ont connu.
S'il y en a, ils savent qu'Antoine Givaudan n'avait peur de rien!
Et que s'il a fuit, c'est parce qu'il a �t� trahi!
- Moi je le connais, Antoine Givaudan. - Moi aussi.
- Taisez-vous, mon ami. - Le c�ur sur la main.
Et m�me que je lui dois encore deux �cus qu'il m'a pr�t�.
Citoyens, je viens vous demander si nous allons continuer � envoyer nos hommes
se faire tuer dans une guerre o� leurs plus grands ennemis ne sont pas devant eux, mais bien derri�re.
�a, c'est bien dit. � bas le comit� autrichien!
Assez!
Je parle m�me pas des tra�tres aristocrates qui appellent � la d�faite de leur pays,
puisque cette d�faite les r�tabliraient dans leurs privil�ges.
Je parle du roi, de la reine, de l'assembl�e!
Sa Majest� M. V�to trahit, parce que c'est une grosse chiffe!
Mme V�to trahit, parce qu'elle est Autrichienne.
Parce qu'elle est orgueilleuse!
Parce qu'elle d�teste la France!
Elle trahit, parce qu'elle croit que les arm�es de son neveu l'empereur d'Autriche,
r�tabliront son autorit� absolue.
Elle oublie qu'un peuple, �a ne se m�ne pas comme un mari!
Et que nous les femmes, nous sommes l�.
Quant � l'assembl�e, elle trahit parce qu'elle a peur.
Ces messieurs veulent bien d'une r�volution, mais � leur profit.
Si elle passe au profit du peuple, ils tirent � la bride et crient "� l'anarchie!"
Citoyens, un mot seulement.
Est-ce bien le r�le d'une femme de venir � cette tribune dire de pareilles choses?
Oui!
Aidez-moi! Je pr�tends que la place d'une femme est � son foyer.
Toi, ta place est aux gal�res!
On parle d'envoyer dans le nord un bataillon de Marseillais.
On nous dit qu'ils passeront par Paris avant d'aller � la fronti�re.
Mais on nous en a tellement racont�, que nous sommes devenus m�fiants.
Ce qu'il nous faut, c'est une certitude. C'est l'assurance que nos hommes,
avant d'aller pr�senter leurs poitrines aux canons des Autrichiens,
auront fait justice des chefs criminels.
Des chefs criminels qui mettent leur int�r�t de caste au-dessus de la sauvegarde de leur pays.
Si nous n'avons pas cette assurance,
nous irons nous placer devant le chemin de nos volontaires.
Il faudra bien qu'ils s'arr�tent ou alors, ils nous passent sur le ventre.
Mais je crois plut�t qu'ils s'arr�teront. J'ai dit.
� bas l'anarchiste! � bas Robespierre!
Vive Robespierre!
Votre Robespierre n'a ni �loquence ni dignit�.
Pour tout dire, c'est un r�publicain.
Robespierre? Pas d'�loquence? Pas de dignit�?
Attends un peu, coll�gue. Tu vas voir!
Silence!
Citoyens!
Est-ce que nous sommes des esclaves ou des hommes libres?
Je vous rappelle au respect de ce lieu.
Club des amis de la constitution.
Une libre tribune o� la tradition jacobine exige
que chacun ait le droit de s'exprimer.
Je donne la parole au citoyen Moissan.
Citoyens,
je vais vous expliquer pourquoi la ville de Marseille,
a d�cid� d'envoyer dans le nord un bataillon de volontaires.
Ce bataillon, � l'exemple des autres f�d�r�s partis de tous les coins de la France,
ira repr�senter devant le roi et l'assembl�e la volont� de la nation.
La ville de Marseille exigera de chaque volontaire le serment d'aller d'abord � Paris,
de s'y mettre en rapport avec les sections patriotiques ainsi qu'avec les autorit�s des autres d�partements,
et de ne quitter la capitale qu'apr�s avoir obtenu le rappel des ministres patriotes.
Les mesures de rigueur contre les pr�tres r�fractaires,
contre les agents de l'�tranger et des princes, contre les sp�culateurs.
Et autres adversaires de la r�volution.
C'est seulement apr�s avoir assur� l'ex�cution de ces mesures,
n�cessaires au salut de la patrie,
que nos f�d�r�s partiront vers la fronti�re combattre l'ennemi �tranger.
L'ennemi �tranger aux gal�res!
Pour r�pondre aux accusations de nos adversaires,
qui ne manqueront pas de nous repr�senter sous les dehors les plus noirs,
la ville de Marseille a d�cid� que ne seront admis dans le bataillon,
que les citoyens pouvant justifier de leur parfaite honorabilit�.
Les volontaires devront prouver qu'ils n'ont jamais encouru de condamnation en justice,
qu'ils disposent de ressources assurant la vie de leur famille pendant leur absence.
Ils devront faire le serment qu'ils n'ont pas de dette.
Cette exp�dition ne devant �tre pour aucun
un pr�texte pour se soustraire � des obligations.
Ils devront avoir servi, soit dans l'arm�e,
soit dans la garde nationale, ou dans une formation civile.
Citoyens, nous ouvrons le premier registre d'enr�lement.
H�ros du midi, sauveur du nord, vous pouvez r�pondre � l'appel de la patrie.
Ah �a ira, �a ira, �a ira!
Les aristocrates � la lanterne. Ah �a ira, �a ira, �a ira!
Les aristos, on les pendra.
Ah �a ira, �a ira, �a ira! Les aristocrates � la lanterne.
Ah �a ira, �a ira, �a ira! Les aristos, on les pendra.
Bomier, tu ne vas pas rester l�!? On nous attend en bas.
- Bomier, tu ne viens pas? - Non.
- Tu ne pars pas? - Non.
Tu vas nous laisser partir seuls � Paris?
Tu ne pars pas seul. Vous �tes 500.
- C'est ta m�re. - C'est ton histoire avec Marie.
- Peut-�tre. - Je ne comprends pas.
Jean-Joseph Bomier, vieux compagnon de lutte,
un des lib�rateurs de la ville.
Toi qui faisais de grands projets pour partir.
Qui ne r�vais que d'espace, de sacrifice � la patrie.
Maintenant que le moment de l'action est venu, tu nous abandonnes.
Tu te foutais tellement de la faiblesse de Louis XIV pour sa femme,
que tu fais la m�me chose?
Tu sacrifies ton honneur et ta dignit� � une femme!?
- Adieu Bomier. - C'est comme si mon fr�re venait de mourir.
Tante, tous les jeunes hommes partent.
- O� �a? - � Paris.
Il para�t que tous les jeunes gens de Marseille partent � Paris.
Je sais.
- Tu ne manges pas? - Non.
Pourtant, on a fait des tomates comme tu les aimes.
Je n'ai pas faim. Et toi, tu ne manges pas?
Je mangerai apr�s toi. Tu es le chef de famille.
Le seul homme dans la maison.
Que dirait ton pauvre p�re s'il voyait une femme attabl�e pendant que tu manges?
Ces vieilles coutumes n'ont plus de raison d'�tre. Assis-toi, je t'en prie.
Non, � mon �ge, on ne peut pas changer ses habitudes.
Mais pourquoi tu ne manges pas?
Toi, tu pars � Paris et tu n'oses pas me le dire!
Non. Je ne pars pas.
�a me fait plaisir de voir que tu es plus raisonnable.
� quoi �a te m�nerait toutes ces agitations, ces bagarres?
Contre des gens plus forts, plus riches, mieux arm�s que toi?
C'est la lutte du pot de terre contre le pot de fer.
Crois-moi, il y aura toujours des riches et des pauvres.
Ce ne sont pas tes copains qui y changeront quelque chose.
Puisque tu n'en es pas au d�part, pourquoi ne manges-tu pas?
- Tu as des ennuis? - Oui.
� cause de cette cr�ature?
- Qu'est-ce qu'elle a, Cl�mence? - Si tu ne comprends pas, tu es aveugle!
Il n'y a que les hommes pour aller chercher dehors ce qu'ils ont � la maison.
Qu'est-ce qu'elle a encore fait, l'autre? Elle est encore partie?
Ouais. Je n'en suis pas marri.
Et elle t'a pris des sous?
Elle ne les a pas pris. Je les lui ai donn�s.
Soi-disant pour acheter un commerce.
Et maintenant, j'ai des dettes.
Je ne peux pas partir parce dans ce bataillon, si tu as des dettes, on ne te prend pas.
Tous mes amis les meilleurs,
Arnaud, Cuguli�re, Garnier, Moissan, Ardisson...
La fleur de la ville.
Des gar�ons qui sont pour moi comme des fr�res s'en vont.
Et moi, je reste l�.
Tu peux me croire, ils vont en voir des choses � Paris.
Parce que tu sais, il va s'en passer de dr�les l�-haut.
Pendant ce temps, je resterai l� � me ronger les sangs.
� regarder ces m�mes toits de maison, cette m�me petite rue.
Ce m�me coin de mer, l�-bas au fond,
que je ne pourrai plus voir, parce que je les ai trop vus.
Oui. �coute, c'est bien simple,
tu vas �crire � ton oncle � Cassis.
Puisqu'il s'occupe de nos biens en m�me temps que des siens,
tu lui diras de vendre la vigne.
Il a des sous. Peut-�tre qu'il ach�tera lui-m�me.
Tu es le chef de la famille. Tu peux faire ce que tu veux.
Merci maman.
Je peux m'inscrire tout de suite.
On est tellement nombreux, et on n'en prend que 500.
Oh ma tante!
Je t'en prie, ferme la fen�tre.
Dansons la carmagnole, vive le son du canon!
Mme V�to avait promis, Mme V�to avait promis.
de faire �gorger tout Paris, de faire �gorger tout Paris,
Mais son coup a manqu�, Elle s'est cass�e le nez
Dansons la carmagnole, Vive le son, vive le son...
Tu r�ponds aux conditions de l'engagement?
Ouais.
T'es s�r que tu n'as pas de dette, pas de condamnation?
Dansons la carmagnole, vive le son du canon!
- Je viens pour signer. - Oh, vieux copain!
Oh par exemple. Tu vois, je me fais inscrire.
� la file.
O� vas-tu, Bomier?
Du silence!
- Tu as ton certificat? - Ouais, tiens.
Comment �a se fait que tu n'es pas encore engag�?
J'ai �t� retard�.
Moi aussi. J'�tais � Avignon.
J'ai peint pour la municipalit� le tableau repr�sentant Brutus tuant le tra�tre C�sar.
Avance.
Il y a l�-dedans 1 500 Avignonnais
habill�s en citoyens romains et tous parfaitement reconnaissables.
Je crois qu'on arrive juste.
Ils en ont d�j� pris plus de 450.
S'ils ne faisaient pas tant de difficult�s,
ils auraient pu en envoyer plus de 100 000 � Paris.
Avance.
- Qu'est-ce qui se passe l�-dedans? - Je ne sais pas.
Un banquet en l'honneur des d�l�gu�s de Montpellier.
Il para�t que l�-bas, les f�d�r�s sont d�j� pr�ts � partir.
Dommage qu'on parte pas avec eux.
J'ai entendu dire que du c�t� de Tarrascon,
il y a une arm�e de 50 000 aristocrates arm�s jusqu'aux dents, conduits par des capellans.
- Des capellans? - Des pr�tres r�fractaires.
- Tu crois qu'ils sont 50 000? - Au moins.
Avance!
Ne ferme pas la porte qu'on entende ce qu'ils disent.
Le jour de gloire est arriv�.
- Qui chante? - Mireur de Montpellier.
- Il chante quoi? - Je ne sais pas.
L'�tendard sanglant est lev�.
L'�tendard sanglant est lev�.
Entendez-vous dans les campagnes mugir...
- Adieu Bomier. - Adieu Javel.
- Au suivant. - Jean-Joseph Bomier.
- Tu as tes certificats? - Les voici.
Tu peux jurer sur l'honneur que tu n'as pas de dette,
et que ta famille a de quoi vivre durant ton absence?
Je le jure sur la Nation.
Arnaud, Bomier qui s'inscrit.
Cuguli�re, �a me fait plaisir de te voir.
J'�tais s�r que tu nous reviendrais.
Alors signe, citoyen.
Qu'est-ce que tu attends?
Cette chanson de Mireur, je la trouve pas mal.
- Mais c'est pas tout � fait �a. - Souque � droite, Bomier.
Qu'est-ce que �a veut dire :
"Aux armes, citoyens. Formez les bataillons."
Si c'est pour faire des difficult�s aux citoyens qui veulent former les bataillons,
sous pr�texte qu'ils sont pauvres ou qu'ils ont des dettes...
N'en parle plus, coll�gue. Tu parleras demain.
Voil� une dr�le de r�volution!
O� la gloire de servir la patrie
est reserv�e uniquement au citoyen qui paie l'imp�t.
Laisse-la grandir, la r�volution. Elle est � peine en enfance.
Les riches l'ont commenc�e, les pauvres la finiront.
- Oui, mais quand? - J'en sais rien.
Nous ne vivrons peut-�tre pas jusque l�.
Cette chanson de Mireur, d'o� elle vient?
Il l'a entendu chanter par une chorale d'ouvriers � Montpellier.
Elle-m�me la tenait d'un colporteur juif qui l'avait entendue � Strasbourg.
On appelle �a "le chant de guerre de l'arm�e du Rhin".
Qui l'a faite? Les soldats du Rhin ou le colporteur juif?
C'est un d�nomm� Des �les ou De Lisle. C'est un officier du g�nie.
- D'o� il est, celui-l�? - Je ne le connais pas, coll�gue.
Il n'est certainement pas du midi.
Il y a un quelque chose dans cette chanson qui sent le nord.
Quelque chose de sauvage et de grandiloquent qui ne me pla�t pas.
- Qu'est-ce qui te pla�t? - Je ne suis pas musicien.
Il me semble qu'une chanson doit �tre compos�e en suivant les r�gles de l'harmonie.
Tes r�gles de l'harmonie sont bonnes pour les aristocrates.
En tous cas, ce chant m'a boulevers�.
C'est comme l'�cho de mes propres pens�es.
Je ne sais pas ce que vous y trouvez. Pour moi, c'est un engouement passager.
Et dans quinze jours, tout le monde l'aura oubli�e.
Aux armes, citoyens!
Formez vos bataillons!
Marchons, marchons!
Qu'un sang impur
abreuve nos sillons!
Aux armes, citoyens!
Formez vos bataillons!
Marchons, marchons!
Qu'un sang impur
abreuve nos sillons!
Amour sacr� de la patrie,
conduis, soutiens nos bras vengeurs.
Libert�, libert� ch�rie,
combats avec tes d�fenseurs.
combats avec tes d�fenseurs.
Sous nos drapeaux que la victoire Accourre � tes m�les accents,
Que tes ennemis expirants, Voient ton triomphe et notre gloire!
Aux armes, citoyens!
Formez vos bataillons!
Tu chantes?
Je chante pour faire comme tout le monde.
Rassemblement!
Rassemblement!
Portez vos armes!
Allons, tu m'as compris. Alors, allons-y.
- Que veut cette bande d'esclaves... - Cette horde.
Une bande ou une horde. Je ne vois pas la diff�rence.
Allez, en tension. Un, deux, trois.
Que veut cette horde d'esclaves,
De rois, de tyrans conjugu�s.
"Conjurer", teste d'a�!
Oh, conjurer, conjuguer. Tu vois?
Cette chanson est pleine de mot qu'on peut pas prononcer.
J'y renonce.
Mon commandant, je suis le cur� doyen de la ville.
J'ai tenu � vous dire que je ferai des pri�res pour la r�ussite de votre entreprise.
Tu vois ce capellan qui parle avec Moissan?
C'est l'avant-garde de l'arm�e de la r�action.
Par exemple!
Son langage empoisonn� est plus dangereux que la voix des sir�nes.
Javel, tu es un pessimiste incorrigible.
Pourquoi veux-tu qu'un porteur de soutane soit forc�ment un r�actionnaire?
Tu n'as pas le droit d'oublier les services que les pr�tres ont rendus � la r�volution.
Nous allons ex�cuter la charge en bout de temps.
Le soldat qui charge le mieux est celui qui charge avec calme et sang-froid.
Un homme qui a des gestes nerveux risque de r�pandre sa poudre par terre.
Attention. Un, chargez vos armes.
La main gauche � la hauteur de la premi�re capucine.
La main droite � la poign�e.
L'avant-bras contre la crosse.
Deux, ouvrez le bassinet.
Trois, prenez la cartouche.
Quatre, d�chirez la cartouche.
Cinq, amorcez.
Mettez la poudre, juste de quoi remplir le bassinet.
Je vous rappelle que de l� d�pend la puissance de votre coup de feu.
Tout ce que vous mettrez � c�t� ne sera pas dans le canon pour pousser votre balle.
Ensuite, entre le pouce et l'index, fermez bien le papier de votre cartouche.
Six, fermez le bassinet.
Sept, l'arme � gauche.
Huit, cartouche dans le canon.
Neuf, tirez la baguette.
Un temps, deux mouvements.
Dix, bourrez.
Chassez fortement la baguette deux fois dans le canon.
Onze, remettez la baguette.
Douze, portez vos armes.
Voyez-vous?
Du foin!
Des bottes d'une taille raisonnable et une bonne poign�e de foin dedans.
Avec �a, tes pieds arrivent � Paris frais comme des roses.
Qu'est-ce que tu nous racontes?
Si les gazettes n'�taient pas si ch�res, rien ne vaut le papier!
Tout �a, c'est des blagues. Le meilleur, c'est une bonne chandelle bien ramollie.
Le principe, c'est de se graisser entre les doigts de pieds.
Apr�s, on file comme si on avait des ailes.
Voyez les bonnes herbes que j'aie trouv�es pour le feu comme � Marseille.
Nous aussi, � Montalban, on a un f�d�r�.
Un seul, et c'est mon neveu.
Il est parti vers Paris en secret, � cause de la municipalit� r�actionnaire.
Puisque tu y vas, voudrais-tu me faire une commission pour lui?
- Oui, mais o� je trouverai ton neveu? - � Paris, je te dis.
Il s'appelle Besson, comme moi. Jules de son pr�nom.
Tu le reconna�tras facilement. Un grand blond avec des taches de rousseur.
Ah bon. Qu'est-ce que cette commission?
La premi�re : je voudrais que tu lui remettes ces vingt francs.
Quand vous aurez foutu M. V�to en l'air,
et avant d'aller � la fronti�re en faire autant aux Autrichiens,
je voudrais qu'il se paye un bon gueuleton.
Ce sera fait, je te le promets.
Quelle est la deuxi�me commission?
Je voudrais que tu lui apprennes ce chant des Marseillais que tes camarades chantaient.
Ah, le chant de l'arm�e du Rhin. Vous le trouvez si joli que �a?
Ah oui. Pour nous, il restera toujours le chant des Marseillais.
Bon, je lui apprendrai. �a je te le promets.
Pour moi, le plus beau couplet,
c'est celui qu'un brave ma�tre d'�cole de Vienne a compos� en notre honneur.
"Nous entrerons dans la carri�re quand nos a�n�s n'y seront plus".
Arnaud, tu veux manger du cochon grill�?
Il fallait voir cette belle jeunesse nous d�clamer ces vers qu'ils avaient compos�s pendant la nuit.
�a se passait devant le temple d'Auguste et de Livy.
- Donne-moi du cochon, Cuguli�re. - Tenez, M. Livy.
Ah, mes amis. Que c'�tait beau!
Tiens, j'en ferai un tableau que j'intitulerai :
"La France de demain devant les restes de la Rome antique".
Qu'est-ce qu'on attend ici?
Je crois qu'un canon est tomb� dans un trou.
Un canon dans un trou? Comme c'est vraisemblable!
- On dit �a pour nous rassurer. - Qu'est-ce que tu crois?
Je crois que nous sommes devant l'arm�e des capellans.
Nous sommes bien tranquilles assis sur ce banc de pierres,
mais tout d'un coup, tu vas les voir sortir de ce petit bois,
et nous tomber dessus au moment o� on s'y attendra le moins.
Un canon dans un trou? C'est s�rement une blague.
Ou alors, il s'agit d'un fameux trou.
- Un trou aristocrate. - Vous ne croyez pas si bien dire.
Nous sommes ici dans un district royaliste.
Ils sont trop contents de laisser les routes dans cet �tat,
pour prouver que depuis qu'on a supprim� la corv�e,
il est impossible de circuler en France.
C'est toujours la m�me tactique,
qui consiste � essayer de prouver au peuple,
que les d�crets de la r�volution d�sorganisent la vie publique.
Arnaud, tu as d�chir� ta culotte. Passe-la-moi, je vais y faire un point.
Et puis si on repart, je serais sans culotte.
Et Javel en fera un tableau!
Accompagnez Massugue. Vous serez charg� de l'avant-garde.
Bien, mon commandant.
Il n'a rien. Les roues seules risquaient.
Si nous le servont bien, il nous servira.
Qui sait ce qu'ils vont dire � Paris quand ils entendront notre chant des Marseillais?
L'id�e de Moissan de nous la faire chanter � notre entr�e est des plus dangereuses.
Dangereuse? Mais je te l'ai toujours dit.
Ce chant fera l'union de tous les Fran�ais.
Ce sera comme une nouvelle f�d�ration.
Et quand les Parisiens entendront ces strophes magnifiques,
ils feront comme tous les autres.
Ils nous acclameront et ils chanteront avec nous.
La reine, effray�e, retourne dans son pays,
- Sur le Danube. - Avec les Croates.
Ouais, avec les crabes.
Le roi retire son v�to.
Il rappelle les ministres patriotes, et dans quinze jours,
nous mangeons des saucisses � la choucroute � Vienne,
capitale de l'Autriche.
Les Croates se nourrissent exclusivement de chandelles.
Ignorant!
Dis donc, Bomier.
Tu m'avais pas dit que ce chant �tait un engouement passager?
Que dans quinze jours, on n'en parlerait plus?
Je t'ai dit �a? Mais o� et quand?
Au large du Ch�teau d'If,
la derni�re fois que nous sommes all�s p�cher en barque, M. Bomier.
Justement, M. Arnaud, je m'en souviens tr�s bien.
Je t'ai m�me dit que ce chant �tait comme l'�cho de mes propres pens�es.
Oh matelots! qu'un cargue la grand-voile!
Au cabestan que tout le monde y soye!
Et vire, vire, vire donc,
Sans �a t�auras rien dedans ton bidon.
Ils ont bien v�cu sept ans,
Sur le b�timent sans se reconna�tre
Ils ont bien v�cu sept ans,
Se sont reconnus au d�barquement.
Puisqu�enfin l�amour nous rassemble,
Il faudra nous marier ensemble.
L�argent que nous avons gagn�,
Il nous servira dans notre m�nage.
Dis, il y a combien de temps que nous marchons?
- 25 jours. - A�e, �a me semble un si�cle.
Au moins.
Un peu de patience, nous arriverons bient�t.
Et vire, vire, vire donc, Sans �a t�auras rien dedans ton bidon.
Qui sait? Pendant tout ce temps, ils ont peut-�tre fait une contre-r�volution l�-haut.
- Tu crois? - Tu crois que Robespierre va te recevoir...
au faubourg St-Antoine? Pas du tout! C'est l'empereur d'Autriche!
Avec une arm�e de j�suites et de janissaires.
Et l�-haut � Paris, pas moyen de foutre le camp dans la montagne.
Dis Arnaud, tu te rappelles la montagne avec Cabri?
Comme c'�tait beau!
Les Dauphinois? O� sont les Dauphinois?
- J'ai perdu les Dauphinois. - Eh, citoyen!
C'est plut�t ta t�te que tu as perdue.
Citoyen, veuillez �vacuer cette tribune r�serv�e aux f�d�r�s bretons.
C'est �a, l'�galit�? Pourquoi les Bretons auraient droit � cette tribune et pas moi?
Et pourquoi toi et pas les Bretons?
Si tout le monde faisait comme toi, ce serait du propre!
Tu n'as pas honte, citoyen, de prendre ainsi la place de nos fr�res,
qui ont quitt� leur d�partement pour venir vers nous?
Entendez-vous dans les campagnes mugir ces f�roces soldats,
qui viennent jusque dans nos bras �gorger nos fils et nos compagnes.
Aux armes, citoyens! Formez vos bataillons!
Marchons, marchons,
qu'un sang impur abreuve nos sillons.
Ce n'est pas un tableau, c'est une fresque!
Et moi, non?
Allez, encore une fois!
Eh ben, c'est pas tout naturel?
- Tu sais que ton vin est bon, citoyen. - C'est du vin d'Argenteuil. J'y ai une vigne.
Et Robespierre?
C'est pas difficile. Pour le voir, tu le trouveras au club des jacobins.
Citoyens, nous avons organis� un banquet dans un caf� des Champs-�lys�es.
Ceux de tes compagnons qui voudront bien accepter notre invitation fraternelle seront les bienvenus.
Citoyen, ton accueil nous va droit au c�ur. Tout l'�tat-major y sera.
� Paris aussi, vous avez du soleil.
Tu ne peux imaginer, citoyen,
l'enthousiasme extraordinaire que nous avons rencontr� sur notre route.
Alors, votre voyage s'est bien pass�?
Et des tomates comme depuis Marseille, je n'en avais pas trouv�.
C'est �a, les Champs-�lys�es? Quel dr�le de nom!
Les anciens d�signaient ainsi le s�jour des morts.
Et o� sont les morts?
Regardez-les l�-bas, au seuil de ce caf�, qui nous attendent.
Je ne sais pas s'ils sont morts, mais ils ont des figures de l'autre monde.
Les voil�!
� bas les r�volutionnaires!
Allez-y tous!
Ah �a ira, �a ira, �a ira, les r�volutionnaires � la lanterne.
Ah �a ira, �a ira, �a ira, les r�volutionnaires, on les pendra.
Ne r�pondez pas. C'est une provocation.
Camarades, ne leur r�pondons surtout pas. Calme et discipline.
� table, citoyens.
Citoyen gar�on, pour moi, ce sera des pommes d'amour.
- Qu'est-ce que c'est que �a? - Des tomates, voyons!
- Nous voulons voir les Marseillais. - Ils sont l�.
Oh, nous avons des pieds!
Il est inconcevable que cette canaille vienne faire la loi jusque dans les Champs-�lys�es!
- Vive la nation! - Vive le roi!
Tant pis, ils l'auront voulu!
Citoyenne, allons-nous-en d'ici.
- Je vous accompagne. - Non.
Nous habitons trop loin.
- Au faubourg Saint-Antoine. - �a fait rien.
Je peux pourtant pas vous laisser seules et sans d�fense dans ce Paris,
qui m'a l'air plus infest� de brigands que le bois de Cuges.
Arr�te-toi, citoyen, et je m'arr�terai aussi.
Je voudrais te poser une question : pourquoi nous battons-nous?
Tu portes le costume de garde national, et moi aussi.
Oui, mais tu es un r�publicain. Moi, je suis un partisan de l'ordre.
Si tu es un partisan de l'ordre, pourquoi es-tu venu troubler notre fraternel banquet?
"Fraternel banquet"? D�fends-toi, mis�rable anarchiste!
On arrive, on arrive!
Et tu peux dire � ton ma�tre que s'il persiste dans son v�to,
ce n'est pas dans ce petit bassin que nous le jetterons,
c'est dans le port de Marseille, avec les requins.
� moi les aristocrates! � moi!
- Vous reprenez votre habit? - Non, je le reprendrai pas.
Dites-moi, il pleut souvent comme �a dans votre Paris?
- Oh oui! - Eh ben!
Les marchands de parapluie doivent faire fortune.
- Et � Marseille? - Il pleut jamais.
- Un fiacre, si on le prenait. - Tu es folle, nous n'avons pas les moyens.
�a fait rien, laissez-moi faire. � Marseille, nous roulons sur l'or.
Ne bougez pas, je vais le chercher. Cocher?
Voyons donc quel oiseau va sortir de cet �uf.
Qu'en pensez-vous?
Messieurs?
M. Leroux.
Sire, je crains que de cet �uf, il sorte non point un oiseau,
mais un reptile dangereux.
Qu'en savez-vous, M. Leroux?
Permettez-moi madame de rappeler � votre m�moire
quelques-unes des phrases que ce M. Brunswick,
g�n�ralissime des arm�es qui envahissent la France,
adresse � nos populations, au nom de l'empereur d'Autriche, du roi de Prusse,
et, ce qui est plus grave, en notre nom personnel.
"Les habitants de villes, bourgs et villages,
qui oseraient se d�fendre contre les troupes de Leurs Majest�s imp�riales et royales,
seront punis sur le champ suivant la rigueur du droit de la guerre,
et leurs maisons d�molies ou br�l�es."
Il me semble qu'il y a quelque chose de choquant de voir nos personnes cit�es dans un manifeste,
contenant de pareilles menaces envers nos sujets.
Les malveillants ne manqueront pas de faire des rapprochements,
qui ne sont pas faits pour accro�tre notre popularit�.
"La ville de Paris et tous ses habitants sans distinction
sont retenus de se soumettre sur le champ et sans d�lai au roi."
"Rend personnellement responsable les membres de l'assembl�e nationale,
du d�partement, du district..." Enfin, tout le monde.
"Si le ch�teau de Tuileries est forc� ou insult�,
ils en tireront une vengeance exemplaire et � jamais m�morable."
"En livrant Paris � une ex�cution militaire et � une foudroyante... subversion totale."
Subversion, quel dr�le de mot!
Malheureusement, il est clair. Il dit bien ce qu'il veut dire.
Et vous m'avez confi�, madame,
que nous pouvions attribuer la r�daction de ce petit chef d'�uvre litt�raire,
� M. de Limon.
Ancien serviteur de mon fr�re en Provence et pr�sentement �migr�.
Eh bien franchement, je n'aime pas son style.
Quant � ceux qui, derri�re lui, sont les v�ritables auteurs de ce manifeste,
ce sont des inconscients,
qui agitent des torches bien pr�s d'un baril de poudre.
Les connaissez-vous donc?
Mieux que vous ne pensez.
Donc la question se pose.
Devons-nous, oui ou non,
communiquer ce manifeste � l'assembl�e et le rendre public?
Messieurs, je vous prie de me donner votre avis.
Je vous ai r�unis � cette intention.
Sire, ce manifeste est l'�uvre de vos amis les plus sinc�res et les plus clairvoyants.
Sa diffusion remplira de joie la partie saine de notre population.
Je m'excuse de faire une incursion dans ma vie priv�e,
mais hier j'�tais chez mon agent de change, et naturellement nous avons parl� de la guerre.
Il m'a dit : "M. le ministre,
je pr�f�rerais voir camper les Prussiens sur la place Louis-XV,
et l'assignat tomber au-dessous de z�ro,
plut�t qu'assister � une victoire qui renforcerait l'audace des �l�ments de d�sordre."
Sire, je suis fermement partisan de la publication de ce manifeste,
qui glacera de terreur vos sujets r�volt�s.
� moins qu'il ne les transporte de fureur.
Mais cette fois,
l'enjeu de la partie serait l'existence-m�me de la monarchie.
Vous avez raison, Leroux.
Le rideau va se lever sur le dernier acte de la trag�die.
Et je suis d'avis de frapper les trois coups.
� la guerre, la meilleure d�fense, c'est l'attaque.
J'ai h�te de sortir de cette situation fausse.
Un roi qui est un roi, sans l'�tre.
Des sujets qui se reconnaissent des sujets, mais qui n'ob�issent plus.
Une guerre que nous sommes oblig�s de mener contre nos alli�s naturels.
Nos propres parents.
Et o� ceux que nous appelons nos ennemis se battent pour la conservation de nos personnes.
Ces abandons perp�tuels, ces compromis d�testables avec des hommes que nous ha�ssons,
et des principes que nous consid�rons comme des blasph�mes.
Qu'elle vienne, cette r�volte! Et le plus vite possible!
Qu'ils attaquent le ch�teau.
Cette fois-ci, nous sommes pr�ts � les recevoir.
M. de la Chesnaye me l'a dit.
Nous avons des munitions.
Nous pouvons compter sur le d�vouement des Suisses, des gentilshommes.
Les sections des meilleurs quartiers de Paris sont avec nous.
Les r�volutionnaires entreront peut-�tre au ch�teau mais n'en sortiront pas vivants.
Et comme chez eux, comme chez nous, ce sont les �l�ments les plus actifs
je n'ose pas dire les meilleurs,
qui, d'instinct, se portent toujours en avant,
cette extermination sera la fin de la sinistre com�die.
Le d�faut de l'affaire, c'est que dans cette repr�sentation, nous sommes aussi acteurs.
Ce qui est �videmment une position moins commode que celle de spectateurs.
Notre tr�s cher cousin d'Autriche a la partie belle.
Qu'est-ce qu'il risque? En tous cas, pas sa t�te.
Et quelle jolie perspective pour ce jeune fanfaron,
de finir � Paris en triomphateur,
jouer les deus ex machina.
Ce qui m'ennuie le plus dans toute cette histoire,
c'est que je serai oblig� de l'inviter � la chasse.
Eh bien alors, n'est-ce pas naturel?
Il tire mal.
Je le tiens de Sa Majest� votre fr�re, h�las d�c�d�.
Et son ministre Cohn qui a toujours �t� contre cette guerre.
Comment pouvez-vous ajouter foi aux dires d'un individu qui se lave les dents?
Et en public, et tous les jours encore!
Je suis s�r que cette �trange habitude est excellente pour la sant�.
Nous nous lavons bien les mains, pourquoi pas les dents?
Si ce n'�tait tous les ennuis qui m'assaillent � pr�sent,
j'aimerais assez t�ter de ce brossage.
N'emp�che que mon neveu Fran�ois II, empereur d'Autriche, tire bien.
Il tire mal. D'ailleurs, on ne sait plus chasser aujourd'hui.
Quel int�r�t voyez-vous � ces exp�ditions avec des rabatteurs,
qui vous am�ne le gibier comme des quilles devant la boule d'un joueur?
Oh madame!
Sire, il faut que vous ayez pour moi bien peu d'affection
pour prendre � parti publiquement une personne de ma famille.
Madame, j'implore votre pardon. C'est la faute de la chasse.
J'�prouve une telle passion pour cet exercice
que j'en oublie les formes convenables � mon affectueuse tendresse.
Messieurs, veuillez faire porter le manifeste de Brunswick � l'assembl�e.
La France, depuis lontemps,
�puis�e de num�raires et de grains par les accapareurs royaux,
boulevers�e en tous points par les pr�tres fanatiques,
et les fonctionnaires contre-r�volutionnaires,
d�chir�e par les factions int�rieures et trahie par ses g�n�raux,
et cern�e par 500 000 satellites
des despotes conjur�s avec Louis XVI pour nous remettre � la cha�ne.
Les satellites, ce sont les Autrichiens, les Prussiens et les capellans.
- Leur chef audacieux... - C'est Brunswick.
- Pardon, c'est le comte d'Artois. - Je regrette beaucoup.
Mais le g�n�ralissime des arm�es combin�es de l'invasion est le duc de Brunswick,
franc-ma�on et agent secret du pape.
Bon, si tu veux.
Leur chef audacieux, souffl� par le comit� des Tuileries,
nous somme de nous remettre � la merci de notre ancien tyran,
- et de reprendre nos fers. - Alors!
Mes chers compatriotes, ne vous laissez pas endormir,
Tenez en otage Louis XVI, sa femme, son fils, ses ministres,
tous vos infid�les repr�sentants,
voil� les tra�tres dont la nation doit demander justice,
et qu'elle doit d'abord immoler au salut public.
Apr�s quoi, elle pourra s'occuper de la proscription des indignes capets
et du ch�timent de tous les conspirateurs. Sign� : l'Ami du peuple.
Vive Marat! Vive l'Ami du peuple!
Tout de m�me, Capet est un dr�le de nom.
Tu t'appelles bien Bomier.
Pourquoi veux-tu que le roi ne s'appelle pas Capet?
Arnaud, quoi de neuf?
Je reviens des Jacobins avec Garnier, Phillibert et les autres d�l�gu�s.
T'as qu'� lui dire que je l'embrasse et tu signes apr�s.
Il para�t que Robespierre et Antoine n'ont pas arr�t� de travailler chez Duplaix
depuis deux jours et deux nuits sans se coucher.
Toute la journ�e, il y a eu des r�unions dans les sections.
Il para�t m�me que Santerre au faubourg St-Antoine voulait marcher tout de suite.
Sans Robespierre qui est contre une action non pr�par�e, �a y �tait.
� l'heure actuelle, nous serions d�j� en train de nous battre.
� la section de Mauconseil, ils ont fait mieux.
Ils ont purement et simplement proclam� la d�ch�ance du roi.
Finalement, qu'est-ce que nous avons d�cid�?
Ouais, qu'est-ce que nous avons d�cid�?
C'est bien simple, si le roi ne retire pas son v�to,
et ne prend pas des mesures utiles � la d�fense nationale,
nous donnons une semaine � l'assembl�e pour proclamer sa d�ch�ance,
suivant les formes pr�vues par la constitution.
Mais qui �a, nous?
Moi, j'ai rien d�cid�. On dit toujours "nous".
Ce sont tes repr�sentants. Les gens que tu as �lus.
C'est-�-dire les membres du comit� central des f�d�r�s de toute la France,
d'accord avec le bureau de correspondance des sections r�volutionnaires de Paris.
Et si l'assembl�e ne marche pas?
Alors, nous attaquerons le ch�teau.
En langage militaire, c'est ce qu'on appelle un "ultimatum".
� la soupe! �a va se refroidir.
Oh, tu es bien press�.
- Encore des pommes de terre? - Pas beaucoup, ce sont les derni�res.
C'est tout ce qu'il reste des couffins qu'on nous avait donn�s � la section des enfants trouv�s.
Beaucoup ou pas beaucoup, j'en ai assez.
Je refuse de me nourrir de racines.
Je ne suis ni un cochon ni un indig�ne.
Tu ignores donc, malheureux, que ce pr�cieux tubercule
peut �tre cuisin� de vingt fa�ons diff�rentes?
Et toutes plus d�licieuses les unes que les autres.
Qui nous fournit g�n�reusement non seulement farine et f�cule,
des m�dicaments, mais encore une excellente eau-de-vie!
Le roi Louis XVI lui-m�me,
qui n'est pas un tr�s bon politique mais qui est un fin mangeur,
il se nourrit exclusivement de pommes de terre.
Dis Bomier, si tu les veux pas, donne-les-moi.
Non, je les mange par discipline r�volutionnaire.
Si tu veux manger autre chose, c'est pas difficile.
Tu n'as qu'� accepter les 30 sous par jour que nous donne l'assembl�e,
� la condition que nous quittions imm�diatement Paris.
30 sous par jour pour trahir sa patrie?
Surtout apr�s un pareil voyage, c'est pas assez pay�.
Et Moissan a bien fait de refuser.
Tiens, tiens, tiens.
Vous �tes donc quelquefois d'accord avec vos chefs, M. Bomier!?
�a m'arrive, M. Arnaud.
Moi, je vous dis que dans cette assembl�e, une bande de tra�tres m�nent la barque,
qu'on ferait pas mal d'envoyer aux gal�res.
Ces 30 sous, c'est la main de l'empereur d'Autriche qui nous en veut personnellement.
Ce Brunswick, qui n'est pas tomb� de la derni�re pluie, lui a s�rement dit.
Fran�ois, mon ami, avec ces Marseillais, tu ne rentreras jamais � Paris.
Dis, t'as pas un peu de sel?
Prends de la gabelle tant que tu voudras.
Oh, il y a trop.
Nous sommes aujourd'hui le 3 ao�t. Disons une semaine...
Ceux d'entre nous qui le 10 ao�t ne seront pas morts de faim,
ce jour-l�, ils auront une belle occasion de se rattraper.
Asseyez-vous, citoyenne.
- Oh, ce sont les Marseillais! - Oui.
Citoyens, nous continuons le spectacle par "Le roi et la nation".
C'est le roi!
Vive la nation!
Madame, Madame la Nation,
je vous en prie, venez dans mes bras que je vous embrasse.
M. le Roi, impossible de venir dans vos bras.
Entre nous deux, le pont est cass�.
Une ab�me nous s�pare.
Quel est donc cet ab�me?
C'est le manifeste de Brunswick.
Jean-Joseph, apr�s-demain, vous partez pour l'attaque!?
Oui.
Et le 10, vous entrez aux Tuileries!?
Oui.
- Et le 11, qu'est-ce que vous faites? - Nous partons � la fronti�re.
Et la guerre finie,
vous retournerez � Marseille aupr�s de votre m�re?
Non, j'aimerais bien m'�tablir � Paris.
Je suis bon ma�on, tellement bon que mes coll�gues me surnommaient Gamate.
Vous ne savez peut-�tre pas ce qu'est une gamate, dans le nord?
C'est le petit machin en bois, comme �a,
dans lequel nous autres les ma�on, nous faisons le mortier.
- Bomier, tu dormais? - Non, je r�vais.
Il me semble que tu r�ves souvent maintenant, tu sais?
Dis, je ne te comprends plus.
�a fait plus d'une semaine que tu te prom�nes avec Louison,
et tu l'as m�me pas encore embrass�e.
J'ose pas.
Pauvre vieux, je te plains.
Oh, mais je suis pas � plaindre.
Je passe des journ�es comme au paradis.
- � quoi faire? - � la regarder.
Aujourd'hui j'ai pas quitt� de l'�il un petit pli qu'elle a juste derri�re l'oreille.
Il est joli, ce petit pli.
Je l'aime de tout mon c�ur.
De ce th��tre d'ombres chinoises, j'ai pas vu grand-choses, tu sais.
Mais quand m�me, �a a du bon.
Eh ben, ce que je me suis r�gal�.
Si jamais on revient de toutes ces histoires,
je voudrais bien la marier.
Mais... qui sait si elle voudra de moi.
Garde-�-vous, peloton!
Mes camarades,
Notre coll�gue Garnier, d�l�gu� par nous au comit� central de l'h�tel de ville,
nous fait dire qu'� l'heure actuelle, nos fr�res de la section du th��tre fran�ais,
s'appr�tent � donner le signal du d�part.
Ce signal est un coup de canon qu'ils doivent tirer du pont St-Michel.
Aussit�t, les cloches de toutes les �glises patriotes de Paris sonneront le tocsin,
et appelleront aux armes les citoyens des sections r�volutionnaires et les f�d�r�s.
R�unis aux forces du th��tre fran�ais, du faubourg St-Marceau et des f�d�r�s bretons,
nous irons prendre position devant la porte du ch�teau.
Avant d'attaquer, nous attendrons que le brave Santerre
nous ait apport� l'appoint des sections du faubourg St-Antoine,
de Montreuil et du roi de Sicile.
Nous devons faire tout pour �viter une action sanglante.
L'action pacifique est pour un r�volutionnaire
une arme plus efficace qu'un fusil.
Nous parlerons aux Suisses et aux malheureux Fran�ais forc�s de d�fendre une cause perdue.
S'ils r�sistent, faisons notre devoir tout en les �pargnant du mieux que nous pourrons.
Que chacun se dise que quel que soit son sort personnel dans la bataille,
le soleil se couchera demain sur une France purifi�e de la trahison
et pr�te � faire face � l'envahisseur �tranger.
Reposez-vous sur vos armes.
J'aimerais bien revoir Louison.
Madame, de deux choses l'une,
ou nous d�cidons d'attaquer ou nous restons sur la d�fensive.
Nous restons sur la d�fensive, ce sont les ordres de Sa Majest�.
Dans ce cas, les mieux est de laisser forcer la grille du ch�teau.
Une fois les factieux dans la cour, nous ordonnons une d�charge g�n�rale de nos batteries,
qui doit en d�truire une grande partie.
Au cas o� il en r�chapperait quelques-uns,
ou bien dans le cas o� nos canonniers se laisseraient gagner,
toutes les fen�tres qui dominent cette cour
sont occup�s par des hommes s�rs, qui seront dans une position commode
pour effectuer un feu tr�s meurtrier. Avec de la chance,
nous pouvons esp�rer que bien peu d'assaillants sortiront vivants de ce pi�ge.
Nous devons mettre le bon droit de notre c�t�.
Le fait de p�n�trer dans cette cour sera pour ces gens l'aveu de leur insubordination.
Accompagnez-moi aupr�s de Sa Majest�.
Madame, nous sommes en bonne posture.
Je ne dois pas vous laisser ignorer
que tous ces gens qui remplissent les appartements g�nent le service de la d�fense.
Monsieur, vous parlez mal � propos.
Je r�ponds de tous les gentilshommes qui sont ici.
Vive la reine!
Ils marcheront devant, derri�re, dans le rang, comme vous voudrez.
Ils sont pr�ts � tout ce qui pourra �tre n�cessaire.
Ce sont des hommes s�rs.
Vive la reine!
Comment, sire? Vous mangez en de pareilles circonstances?
Et pourquoi pas?
L'estomac est un organe qui ignore les subtilit�s de la politique.
Je me suis fait servir des tomates.
On parle beaucoup de ces l�gumes depuis l'arriv�e � Paris de ces Marseillais.
J'ai voulu en t�ter moi aussi. Madame, voulez-vous mon impression?
C'est un met excellent. Nous avons eu tort de le n�gliger.
Sire, ne passerez-vous pas vos troupes en revue?
Il serait peut-�tre bon de r�chauffer leur enthousiasme.
Mais c'est la d�cision que je viens de prendre avec ces messieurs.
Picard.
Sire, votre perruque est de travers.
Oh, Picard.
Ce brave Picard est tr�s emu ce matin. Il fait tout de travers.
Picard, merci. Je reviens.
M. de la Chesnaye, M. de Maillardoz, M. de Backman,
M. l'adjudant g�n�ral Denay, veuillez m'accompagner.
Vive le roi!
� Richard, � mon roi,
L'univers t'abandonne
Sur la terre il n'est donc que moi
Qui s'int�resse � ta personne!
Moi seul dans l'univers voudrait briser tes fers,
Et tout le reste t'abandonne!
� Richard, � mon roi...
Vive le roi!
Pr�sentez vos armes!
Mon Dieu, qu'est-ce que Sa Majest� va faire par l�?
Vive la nation!
- � bas le roi! � bas le v�to! - Oui, � bas le v�to!
Sire, venez par ici.
Coquin, je vais vous apprendre la politesse!
Allez vous-en! Laissez-nous tranquille!
Sinon, aussi vrai que nous sommes bons citoyens, nous ouvrons la porte,
nous rejoignons les sections et nous tournons les pi�ces contre le ch�teau!
Arri�re ou je t'embroche!
Je te d�fends d'insulter mes hommes. Ils n'ont d'ordre � recevoir que de moi!
Allons, messieurs.
Vive la nation!
Je vous en supplie, mon fils. Cessez de vous rouler par terre!
Vous �tes constamment � vous tra�ner sur les tapis.
C'est une bien vilaine habitude qu'il faudra que vous perdiez.
Ma s�ur.
Picard, cette perruque de travers me d�range.
T�chez donc de la mettre droite.
Sire, les membres du d�partement de Paris dont je suis le procureur-syndic,
d�sirent parler � Sa Majest� sans autre t�moin que sa famille.
Les ministres du roi doivent rester pr�s de Sa Majest�.
Si le roi le veut.
Sire, Votre Majest� n'a pas cinq minutes � perdre.
Il n'y a de salut pour elle qu'� l'assembl�e nationale.
C'est en ce moment la seule chose que le peuple respecte.
L'opinion du d�partement est qu'il faut s'y rendre sans d�lai.
Marchons.
Picard.
M. R?derer, vous avez gagn�.
Non madame. C'est le bon sens de Sa Majest�.
M. R?derer, vous r�pondez de la vie de mon fr�re?
Oui madame, sur la mienne.
Je marcherai imm�diatement devant le roi.
Mais monsieur, sommes-nous donc seuls?
- Personne ne peut-il donc agir? - Oui madame. Seuls.
L'action est inutile. La r�sistance impossible.
Tout Paris marche.
Sire, je demande � Votre Majest� de ne se faire accompagner par personne de sa cour,
de n'avoir d'autre cort�ge que les membres du d�partement,
qui environneront la famille royale.
Mais... il n'y a qu'� le dire.
M. R?derer, des ministres pourront-ils suivrent?
Oui monsieur. Ils ont leur place � l'assembl�e nationale.
Et Madame de Tourzelle, monsieur? La gouvernante de mes enfants.
Mais oui, madame.
Quant � vous mesdames,
il m'est impossible de vous faire sortir du palais, je n'en ai pas le pouvoir.
Permettez-moi avant de vous quitter de vous donner un conseil :
Si le peuple envahit le ch�teau, il y aura comme toujours des pillards
et des assassins qui profiteront de l'occasion.
Mettez-vous sous la sauvegarde des formations r�volutionnaires organis�es,
sectionnaires parisiens ou f�d�r�s d�partementaux.
Le roi et sa famille se rendent � l'assembl�e seuls,
sans autre cort�ge que les ministres, les d�partements et huit gardes.
Veuillez faire ouvrir le passage.
Messieurs.
- M. de la Chesnaye? - Quoi?
Le roi nous abandonne. Qu'allons-nous devenir?
Qu'allons-nous faire?
Messieurs, vous pouvez regagner imm�diatement les postes qui vous ont �t� affect�s.
Je vous pr�viens que si vous les quittez � nouveau, je vous ferai fusiller.
Messieurs.
nous devons nous f�liciter du d�part de Sa Majest�.
D�livr�s du souci de la conservation des personnes royales,
nous allons pouvoir pousser l'affaire jusqu'au bout.
Ce combat doit �tre le dernier.
Le moment est venu de vaincre ou de mourir.
Esp�rons que nous vaincrons.
Voici bien des feuilles!
Elles tombent de bonne heure cette ann�e.
Eh bien, les Marseillais, vous attendez le d�luge?
En avant contre le ch�teau, et mort au tyran!
C'est vrai, qu'est-ce qu'on attend?
De quoi on a l'air plant�s comme une asperge devant cette porte?
De v�ritables poireaux, voil� de quoi on a l'air.
Dites donc, camarades, vous �tes bien press�s de vous battre!
Vous oubliez que les gens derri�re sont des gardes nationaux.
D'honn�tes citoyens de la ville de Paris.
Personnellement, � aucun prix je ne tirerais le premier.
- Tu as raison, petit. - J'y aurais jamais pens�.
- Il est terrible, cet Arnaud. - C'est vrai.
Il y en a aussi l�-dedans qui ont leur p�re, m�re, oncle...
et les enfants. Des affections.
- Tu penses � Louison? - Oui.
Oh hisse!
Les camarades, il faut profiter de l'occasion.
Garde-�-vous, peloton!
Portez vos armes.
En avant!
Fr�res, nous devons �viter un bain de sang inutile.
Marchez avec nous. Rendez-vous � la nation.
Il a raison.
Ne d�fendez pas une cause perdue.
Embrassez le parti du peuple qui est le v�tre.
Ce serait un d�shonneur. Oui, un d�shonneur.
Si vous d�posez les armes, vous aurez la vie sauve.
Si au contraire vous combattez, il y aura des suites terribles.
Messieurs,
je crois que le moment est venu de faire notre devoir, si p�nible qu'il soit.
Veuillez donner l'ordre de tirer.
T'as pas entendu ce qu'a dit Arnaud? Viens avec nous!
Nous sommes Suisses.
Les Suisses n'abandonnent les armes qu'avec leurs vies.
Nous ne croyons pas avoir m�rit� un tel affront.
Nous ne quitterons pas nos postes et nous ne nous laisserons pas d�sarmer.
� ta place, je quitterais mon poste.
Pour m'en aller sur ta montagne derri�re le mont Blanc.
Parce que tu sais, la montagne, je la connais.
J'y ai v�cu pendant trois mois avec Arnaud, et �a me plaisait.
Tu es bless�?
- Salauds, ils t'ont touch�. - Va-t-en! Laisse-moi!
Tu es fada! Tu crois pas que je vais te laisser l�!
Attendez, je veux mon chapeau!
C'est un bless�.
Par ici, vous autres.
- Croisez la ba�onnette! - En avant!
Je suis s�r qu'elle viendra.
Elle est tellement patriote.
� la Bastille, c'est elle qui chargeait le fusil de son p�re.
- Quel �ge il a, ce beau petit? - Sept mois.
C'est un bel enfant. Il se porte bien?
Mon petit bonhomme fait ses dents. La nuit, il crie.
Moi aussi, j'ai envie de crier.
Camarades, je crois qu'on va avoir besoin de nous.
Ne t'en fais pas, mon vieux. �a sera rien.
Adieu, vieux fr�re.
Quand tu seras en bas, dis bonjour � la montagne.
Louison!
C'est Bomier.
- Qu'est-ce qu'il a, Bomier? - Il est bless�.
Par l�.
Le pauvre Bomier!
Il est bien fatigu�. Je crois m�me qu'il est foutu.
Ne lui dites pas.
Prenez-le dans vos bras, qu'il ait au moins une derni�re joie!
Je rentrerai pas au ch�teau.
J'irai pas � la fronti�re.
Je reverrai plus Marseille.
Ma pauvre m�re!
Elle va se faire du mauvais sang.
Tu diras � mes amis que j'ai d�pens� les 20 F.
des f�d�r�s de Montalban et que je le regrette pas.
Au contraire.
Je refuse ce bandeau.
- � ta guise, citoyen. - Je ne suis pas un citoyen.
Je suis Jean-Paul d'Offenberg.
Appr�tez vos armes.
Feu!
En avant, citoyennes.
Regarde.
- Appr�tez vos armes. - Arr�tez!
Citoyens, �coutez.
La commune insurrectionnelle de Paris se d�clarant seule repr�sentante du peuple,
nous a charg� nous, d�partements de Paris,
de vous communiquer sa d�cision de faire cesser les ex�cutions des Suisses,
gentilshommes et autres, convaincus d'avoir tir� sur le peuple.
Ces coupables seront imm�diatement deferr�s devant des tribunaux extraordinaires,
form�s par des juges et des jur�s �lus par des sections parisiennes.
- Et le roi? - Lui aussi sera jug�.
� la demande de la commune de Paris, l'assembl�e vient de d�clarer sa d�ch�ance provisoire
jusqu'� la r�union d'une convention nationale �lue par tous les Fran�ais,
sans distinction de fortune.
La commune de Paris proclame la patrie en danger,
et se d�clare pr�te � assurer la sauvegarde du pays par tous les moyens.
De ma vie, j'ai jamais eu si froid aux pieds.
Dis, c'est encore loin cette colline de Valmy,
o� para�t-il, on doit retrouver le 54e d'infanterie,
ci-devant r�giment du Roussillon.
�a doit �tre cette petite butte avec un moulin dessus.
- Et les Prussiens, o� ils sont? - S�rement l� derri�re.
Tu vois o� il y a cette canonnade? Ils cherchent � gagner la route de Ch�lon.
Mais s'ils la prennent?
Alors, ils continueront sur Paris.
Ce sera la fin de notre r�volution.
Et notre pauvre Bomier sera mort pour rien.
Non, pas pour rien.
Car m�me si aujourd'hui les canons des Prussiens nous �crasent,
ils n'arriveront pas � �craser ce que nous avons apport� au monde.
Vois-tu, avant nous,
les peuples �taient en face de la libert� comme un amoureux devant une femme
� qui il lui aurait �t� interdit m�me d'adresser la parole.
Et brusquement, gr�ce � nous,
voil� que notre homme peut enfin tenir sa bien-aim�e dans ses bras.
Mais bien s�r, elle n'est pas encore sa ma�tresse.
Il devra se donner du mal pour terminer sa conqu�te.
Mais maintenant qu'ils se connaissent, m�me si on les s�pare,
un jour ou l'autre, ils se retrouveront.
Javel, qu'est-ce que tu en dis?
Je dis que les 20.000 esclaves et les 5.000 tra�tres l�-bas en face,
ne viendront jamais � bout de 20 millions d'hommes libres.
Vive la libert�!
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